Sougya : Le daf achève la Michna sur l'amputé (kite'a) : son pilon de bois (kav), les supports (semokhot) de celui qui marche sur les genoux, la chaise de celui qui ne marche pas du tout, et les loketamin. Rava demande à Rav Nahman qui, de Rabbi Meir ou de Rabbi Yossi, permet de sortir avec le kav.
Chmouel et Rav Houna lisent que l'amputé ne sort pas, mais une tradition de la maison de Rav inverse la version, et chacun des deux Amoraim se rétracte ailleurs. La Guemara discute ensuite le sandale des plâtriers, puis Abaye et Rava débattent si le kav muni d'un réceptacle est impur de midras.
Et Rabbi Yossi interdit.
Début de la Michna (65b) : l'amputé sort avec son kav (pilon de bois), selon Rabbi Meir, car c'est sa chaussure. Rabbi Yossi l'interdit : le kav n'a pour lui statut ni de chaussure ni de parure (takhchit) : le porter en domaine public est interdit.
Le Roch tranche comme Rabbi Yossi, puis en tire une règle sur les bâtons : celui qui ne peut pas marcher sans eux peut sortir avec ; un vieillard qui s'en sert seulement dehors, par fatigue, ne le peut pas.
Et s'il (le kav) a un réceptacle pour chiffons (kettitin), il est impur.
Un ustensile de bois ne reçoit l'impureté que s'il a un réceptacle (beit kibboul), par analogie avec le sac mentionné dans la Tora. Rachi précise : le creux pour la jambe ne suffit pas, car la jambe n'est pas un contenu que l'on transporte ; il faut un creux pour des chiffons.
Ses supports (semokhot) sont impurs de midras ; on sort avec eux le Chabbat et on entre avec eux dans l'Azara (le parvis du Temple).
Midras : l'impureté que transmet un zav à un objet fait pour qu'on s'y appuie, s'y assoie ou s'y couche ; l'objet devient av ha-touma. Les semokhot portent le poids du corps, d'où leur impureté de midras.
Pour le Chabbat ils sont une parure ; pour l'Azara ils ne comptent pas comme chaussure, car ils ne sont pas à l'extrémité du pied.
Sa chaise et ses supports sont impurs de midras ; on ne sort pas avec eux le Chabbat et on n'entre pas avec eux dans l'Azara.
Il s'agit ici d'un infirme qui ne marche pas du tout : assis sur une chaise attachée à lui, il avance en s'appuyant sur les mains. Rachi rejette la raison de ses maîtres pour l'interdit du Chabbat et propose la sienne : ces supports pendent et risquent de se détacher, et il les porterait alors en domaine public. À l'inverse du cas précédent, ils sont au bout des pieds : ils ont donc le statut de chaussures pour l'Azara.
Les loketamin sont purs, et on ne sort pas avec eux.
La Guemara (66b) proposera plusieurs identifications des loketamin. Rachi retient le masque destiné à effrayer les enfants. Il ne reçoit pas l'impureté, et on ne sort pas avec puisque ce n'est pas une parure.
Guemara. Rava dit à Rav Nahman : comment avons-nous appris (la Michna) ?
Il lui répondit : je ne sais pas. Quelle est la halakha ?
Il lui répondit : je ne sais pas.
Rava ignore laquelle des deux attributions est exacte : qui permet et qui interdit. Rav Nahman ne connaît ni la version (girsa) ni la halakha. La suite établit la version par des traditions et des textes parallèles.
Le Roch cite ici la suite de la Guemara (66b) sur l'identité des anketamin.
Il a été dit : Chmouel dit "l'amputé ne (sort) pas", et de même Rav Houna dit "l'amputé ne (sort) pas". Rav Yossef dit : puisque Chmouel a dit "l'amputé ne (sort) pas" et que Rav Houna a dit "l'amputé ne (sort) pas", nous aussi enseignons "l'amputé ne (sort) pas".
Selon cette version, Rabbi Meir interdit et Rabbi Yossi permet. Rav Yossef adopte la lecture sur l'autorité de deux Amoraim.
Rava bar Chira objecte : n'ont-ils pas entendu ce que Rav Hanan bar Rava enseignait à Hiya bar Rav devant Rav, dans la petite salle (kitouna) de la maison de Rav : "l'amputé ne sort pas avec son pilon, paroles de Rabbi Meir, et Rabbi Yossi permet" ; et Rav lui fit signe : inverse ! Rav Nahman bar Yitshak dit : et le signe mnémotechnique est samekh samekh.
Une tradition vivante de la maison de Rav : on enseignait la version de Chmouel, et Rav a fait signe de l'inverser. Donc Rabbi Meir permet et Rabbi Yossi interdit.
Le siman (moyen mnémotechnique) : YoSSi et oSSer ont tous deux la lettre samekh ; on associe donc Rabbi Yossi à l'interdit.
Et même Chmouel est revenu sur son avis. Car nous avons appris : si elle a retiré (dans la halitsa) un sandale qui n'est pas le sien, un sandale de bois, ou celui du pied gauche (chaussé) au pied droit, la halitsa est valable.
La halitsa : la veuve sans enfant retire la chaussure de son beau-frère pour être libérée du yiboum. La Michna valide un sandale de bois : elle le considère donc comme une chaussure. La question suivante sera : quel Tana tient cela ?
Et nous avons dit : qui est le Tana (de cette Michna) ? Chmouel a dit : c'est Rabbi Meir, car nous avons appris : "l'amputé sort avec son pilon, paroles de Rabbi Meir ; Rabbi Yossi interdit".
Pour attribuer la Michna de la halitsa à Rabbi Meir, Chmouel lui-même cite la version où Rabbi Meir permet le pilon de bois, qu'il tient pour une chaussure. Il a donc abandonné sa lecture "l'amputé ne sort pas".
Et même Rav Houna est revenu sur son avis, car il a été enseigné : le sandale des plâtriers (sayyadin) est impur de midras, une femme fait la halitsa avec, et on sort avec lui le Chabbat, paroles de Rabbi Akiva ; et ils ne lui ont pas concédé.
Rabbi Akiva donne au sandale des plâtriers le statut complet de chaussure : midras, halitsa, Chabbat. Lo hodou lo : les autres Sages ne l'ont pas suivi. Il reste à savoir de qui il s'agit.
Rachi et Tossefot hésitent sur la matière : bois (explication des maîtres de Rachi) ou paille (avis de Rachi). Tossefot montre que l'explication par la paille répond mieux à la question : un objet non durable ne reçoit pas l'impureté.
Mais il a été enseigné : "ils lui ont concédé" ! Rav Houna dit : qui (sont ceux qui) "lui ont concédé" ?
Rabbi Meir. Et qui "ne lui ont pas concédé" ?
Rabbi Yossi.
Deux baraitot se contredisent. Rav Houna les concilie : Rabbi Meir suit Rabbi Akiva, Rabbi Yossi s'y oppose. Une chaussure de bois compte donc comme chaussure pour Rabbi Meir, qui permet le kav. Rav Houna a donc lui aussi adopté la version de Rav.
Rav Yossef dit : qui (sont ceux qui) "ne lui ont pas concédé" ? Rabbi Yo'hanan ben Nouri.
Car nous avons appris : une ruche (kaveret) de paille et un tube de roseaux, Rabbi Akiva les déclare impurs et Rabbi Yo'hanan ben Nouri les déclare purs.
Rav Yossef reste fidèle à sa version ("l'amputé ne sort pas") : il attribue le désaccord avec Rabbi Akiva à Rabbi Yo'hanan ben Nouri. Ainsi rien ne prouve que Rabbi Yossi refuse le pilon de bois.
Deux lectures du lien : la matière (la paille n'est pas du bois, selon Rachi) ou l'usage inhabituel (on ne fait pas ces objets en cette matière, selon ses maîtres).
Le maître a dit : le sandale des plâtriers est impur de midras. Mais il n'est pas fait pour la marche !
Rav Aha bar Rav Oula dit : car le plâtrier s'y promène jusqu'à ce qu'il arrive à sa maison.
L'impureté de midras suppose un objet fait pour qu'on s'y appuie en marchant. La réponse : le plâtrier rentre chez lui avec, cela suffit. Tossefot donne deux explications de la question, car à première vue le plâtrier marche avec pendant son travail.
"Et s'il a un réceptacle pour chiffons, il est impur." Abaye dit : impur de l'impureté du mort, et non impur de midras. Rava dit : même impur de midras.
Deux niveaux d'impureté : l'impureté de contact (le kav devient richon, ou av ha-touma au contact d'un mort) et le midras (il devient av ha-touma sous le poids d'un zav). Pour Abaye le kav sert de parure : il reçoit seulement le premier niveau. Pour Rava il reçoit aussi le midras.
Rachi explique l'expression "lève-toi, que nous fassions notre travail" : un objet dont on dirait cela à l'utilisateur n'est pas fait pour qu'on s'y appuie. C'est le critère du midras.
Rava dit : d'où est-ce que je le dis ? Car nous avons appris : le chariot d'un enfant est impur de midras.
Et Abaye dit : là-bas, il s'appuie dessus ; ici, il ne s'appuie pas dessus.
Rava compare le kav au chariot d'enfant, qui est impur de midras. Abaye distingue : l'enfant s'y appuie de tout son poids, l'amputé ne s'appuie pas ainsi sur son kav. Selon Tossefot, il s'agit d'un trotteur pour apprendre à marcher.
Abaye dit : d'où est-ce que je le dis ? Car il a été enseigné : le bâton des vieillards est pur de tout !
Le bâton des vieillards : on s'y appuie parfois, et pourtant il n'est pas impur de midras, car il n'est pas fait pour cela. Il en va de même pour le kav, selon Abaye.
Rachi écarte une objection : on ne peut expliquer cette pureté par le fait que le bâton est un ustensile plat, car cette règle ne concerne pas le midras.
Et Rava (répond) : là-bas...
La réponse de Rava se poursuit en 66b : il distinguera le cas du bâton de celui du kav.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).