Sougya : La page achรจve la sรฉrie des remรจdes et formules (lehachim) commencรฉe en 66b : fiรจvre tierce, fiรจvre brรปlante soignรฉe par les versets du buisson ardent, furoncles, dรฉmons. La Guemara revient ensuite ร la Michna prรฉcรฉdente sur les clochettes des fils de rois (Rabbi Chimon ou tissรฉes dans le vรชtement).
La nouvelle Michna rapporte la discussion entre Rabbi Meir et les Hakhamim sur l'ลuf de criquet, la dent de renard et le clou de pendu. Abaye et Rava posent le principe : ce qui a une vertu de guรฉrison n'est pas darkei haEmori ; la Guemara l'รฉprouve sur l'arbre peint en rouge, puis cite les deux exceptions de Rabbi Hiya bar Avin.
Pour la fiรจvre tierce : qu'on apporte sept รฉpines de sept palmiers, sept รฉclats de sept poutres, sept chevilles de sept ponts, sept cendres de sept fours, sept poussiรจres de sept crapaudines de porte, sept (morceaux de) poix de sept bateaux, sept graines de cumin, et sept poils de la barbe d'un vieux chien ; et qu'on les attache ร l'ouverture du col (du vรชtement) avec un fil de crin.
Suite de la liste de remรจdes rapportรฉe par Abaye au nom de sa nourrice (fin de 66b). La achta tilta est une fiรจvre qui revient tous les trois jours. Le remรจde consiste en objets comptรฉs par sept, que l'on porte nouรฉs au col.
Rabbi Yo'hanan dit : pour la fiรจvre brรปlante, qu'on prenne un couteau tout en fer, qu'on aille ร un endroit oรน il y a un buisson (รฉpineux), et qu'on y attache un fil de crin.
Le remรจde de Rabbi Yo'hanan s'appuie sur le buisson ardent (sneh) : le feu n'y consumait pas le buisson. De mรชme, le feu de la fiรจvre ne doit pas consumer le malade. Le Ben Yehoyada lit le mot du segment suivant comme serrer le nลud, progressivement sur trois jours.
Le premier jour, qu'il y fasse une petite entaille et dise : "L'ange de Hachem lui apparut..." (Chemot 3, 2). Le lendemain, qu'il y fasse une petite entaille et dise : "Moche dit : je vais m'รฉcarter et voir..." (Chemot 3, 3).
Le lendemain, qu'il y fasse une petite entaille et dise : "Hachem vit qu'il s'รฉcartait pour voir..." (Chemot 3, 4).
Chaque jour, une entaille et un verset. Rachi explique le choix : le deuxiรจme verset se termine par pourquoi le buisson ne brรปle pas ; le troisiรจme contient le mot sar (s'รฉcarter), lu comme : que la maladie s'รฉcarte.
Rav Aha fils de Rava dit ร Rav Achi : qu'il dise (plutรดt) : "Il dit : n'approche pas d'ici..." (Chemot 3, 5) ! Mais (il faut dire) : le premier jour, qu'il dise : "L'ange de Hachem lui apparut..." et "Moche dit..." ; le lendemain, qu'il dise : "Hachem vit qu'il s'รฉcartait pour voir" ; et le lendemain : "Hachem dit : n'approche pas d'ici".
Rav Aha fils de Rava propose d'ajouter le verset al tikrav halom, qui exprime le mieux le souhait : que la maladie n'approche pas. Pour garder trois jours, il regroupe les deux premiers versets le premier jour.
Et quand il le coupe, qu'il se baisse, le coupe et dise ainsi : "Buisson, buisson ! Ce n'est pas parce que tu es plus รฉlevรฉ que tous les arbres que le Saint, bรฉni soit-Il, a fait reposer Sa Chekhina sur toi ; c'est parce que tu es plus bas que tous les arbres que le Saint, bรฉni soit-Il, a fait reposer Sa Chekhina sur toi.
Et de mรชme que le feu a vu Hanania, Michaรซl et Azaria et s'est enfui devant eux, ainsi que la fiรจvre voie Untel fils d'Unetelle et s'enfuie devant lui."
Le jour oรน il coupe le buisson, il le coupe au ras du sol et prononce une formule. Elle rappelle l'humilitรฉ du buisson, lieu de la Chekhina, et la fournaise dont Hanania, Michaรซl et Azaria sont sortis indemnes (Daniel 3). La formule nomme le malade par le nom de sa mรจre, selon l'usage pour ces formules.
Pour le simta (furoncle), qu'il dise ainsi : "Baz, Bazia, Mas, Masia, Kas, Kasia, Charlai et Amarlai, ce sont les anges qui ont รฉtรฉ envoyรฉs du pays de Sedom pour guรฉrir les furoncles douloureux. Bazakh, Bazikh, Bazbazikh, Masmasikh, Kamon, Kamikh, ton aspect en toi, ton aspect en toi, ta place en toi, ta semence comme celle du stรฉrile et comme la mule qui ne croรฎt ni ne se multiplie ; ainsi, ne croรฎs pas et ne te multiplie pas dans le corps d'Untel fils d'Unetelle."
Formule composรฉe de noms d'anges et de syllabes sans sens (Rachi : telle est la formule). Les deux demandes prรฉcises : que le furoncle ne rougisse plus et ne s'รฉtende pas, et qu'il ne se multiplie pas, comme la mule qui n'engendre pas.
Pour la kifa, qu'il dise ainsi : "Epรฉe tirรฉe et fronde tendue, son nom n'est pas Yokhav, maladies et douleurs."
Rachi rapporte deux sens de kifa : des pustules sur la peau, ou l'รฉtat de celui qu'un dรฉmon a saisi (kafa, contraindre).
Pour un dรฉmon, qu'il dise ainsi : "Tu as รฉtรฉ bouche, bouche tu as รฉtรฉ ; maudit, brisรฉ et excommuniรฉ soit Bar Tit, Bar Tamei, Bar Tina, comme Chamgaz, Merigaz et Istemai."
Pour le dรฉmon des lieux d'aisance, qu'il dise ainsi : "Sur la tรชte du lion et sur le nez de la lionne, nous avons trouvรฉ le dรฉmon Bar Chirika Panda ; dans un carrรฉ de poireaux je l'ai abattu, avec la mรขchoire de l'รขne je l'ai frappรฉ."
Et les fils de rois avec des clochettes. Qui est le tanna (de cette Michna) ?
Rabbi Ochaya dit : c'est Rabbi Chimon, qui dit : tous les (enfants d')Israรซl sont des fils de rois. Rava dit : (il s'agit d'une clochette) tissรฉe dans son vรชtement, et c'est l'avis de tous.
Retour ร la Michna de 66b : les fils de rois sortent avec des clochettes, et tout homme aussi. Pour Rabbi Ochaya, la Michna suit Rabbi Chimon : tout Juif est un fils de roi, la parure lui convient et il ne l'enlรจvera pas. Rava explique autrement : la clochette est tissรฉe dans le vรชtement ; elle ne peut s'enlever, et la Michna vaut pour tous.
Tossefot pose la question de la chute de l'objet et rapporte le Yerouchalmi : il s'agit d'enfants. Il explique alors pourquoi la Michna prรฉcise fils de rois : la crainte porte sur le pรจre, qui pourrait prendre l'objet en main.
MICHNA. On sort (le Chabbat) avec l'ลuf de criquet, la dent de renard et le clou (pris) d'un pendu, ร titre de remรจde : paroles de Rabbi Meir.
Et les Hakhamim l'interdisent mรชme en semaine, ร cause des darkei haEmori (voies de l'Amorreen).
Nouvelle Michna. Pour Rabbi Meir, ces objets sont des remรจdes : ils ont le statut d'une parure ou d'un pansement et ne sont pas un fardeau. Pour les Hakhamim, ce sont des pratiques idolรขtres, interdites en tout temps (darkei haEmori, fondรฉ sur Vayikra 18, 3).
GUEMARA. On sort avec l'ลuf de criquet, qu'on emploie contre le chihla (mal d'oreille) ; et avec la dent de renard, qu'on emploie pour le sommeil : (celle d'un renard) vivant pour celui qui dort (trop), (celle d'un renard) mort pour celui qui ne dort pas.
Et avec le clou d'un pendu, qu'on emploie contre le zirpa (enflure).
Chaque objet a une fonction mรฉdicale. Le mot chihla reรงoit deux explications : Rachi, le mal d'oreille ; le Roch, le relรขchement de la hanche (chahoul, Bekhorot 40a).
Le Roch conteste l'explication de Rachi sur le principe d'Abaye et Rava : une formule (lahach) ne peut pas relever des darkei haEmori, puisque la page en cite plusieurs. Pour lui, il s'agit d'un acte sans effet visible, comme peindre l'arbre.
ร titre de remรจde : paroles de Rabbi Meir.
Abaye et Rava disent tous deux : toute chose qui a une vertu de guรฉrison n'est pas concernรฉe par (l'interdit des) darkei haEmori.
Principe d'Abaye et Rava : si l'on pratique quelque chose pour guรฉrir, ce n'est pas une coutume idolรขtre. Rachi limite le principe aux remรจdes dont l'effet est visible.
Donc ce qui n'a pas de vertu de guรฉrison est concernรฉ par darkei haEmori ? Or il a รฉtรฉ enseignรฉ : un arbre qui perd ses fruits, on le peint, on le colore au minium (sikra), et on le charge de pierres.
On comprend qu'on le charge de pierres, pour affaiblir sa force. Mais le peindre au minium, quelle guรฉrison opรจre-t-on ?
La Guemara dรฉduit l'inverse du principe : sans vertu de guรฉrison, ce serait interdit. Une baraita permet pourtant de peindre en rouge l'arbre qui perd ses fruits. Les pierres ont un effet : l'arbre trop vigoureux perd ses fruits, les pierres l'affaiblissent. La peinture n'a pas d'effet sur l'arbre.
Pour que les gens le voient et prient pour lui. Comme il a รฉtรฉ enseignรฉ : "Et il criera : impur, impur" (Vayikra 13, 45) : il doit faire connaรฎtre sa souffrance au public, et le public priera pour lui.
Ravina dit : selon qui suspendons-nous des grappes (de dattes) au palmier ? Selon ce tanna.
La peinture est un signal : le passant voit l'arbre malade et prie pour lui. La source est le metsora, qui annonce son รฉtat pour que le public prie pour lui. Ravina y rattache l'usage de suspendre des grappes au palmier.
Un tanna enseigna le chapitre des Amorreens (de la Tossefta) devant Rabbi Hiya bar Avin. Celui-ci lui dit : toutes (ces pratiques) relรจvent des darkei haEmori, sauf celles-ci : celui qui a un os (coincรฉ) dans la gorge apporte (un os) de la mรชme espรจce, le pose sur le sommet de son crรขne et dit ainsi : "Un, un, descends, avalรฉ ; avalรฉ, descends, un, un." Cela ne relรจve pas des darkei haEmori.
Le perek Emorai est un chapitre de la Tossefta (Chabbat ch. 6-7) qui รฉnumรจre les pratiques des Amorreens. Rabbi Hiya bar Avin prรฉcise que toutes sont interdites, ร deux exceptions prรจs : l'os posรฉ sur le crรขne (ici) et la formule pour l'arรชte (segment suivant).
Pour l'adra (arรชte), qu'il dise ainsi : "Tu es plantรฉ comme une aiguille, tu es ferme comme un bouclier ; descends, descends."
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).