Sougya : La page achรจve la liste de la Tossefta sur les darkei haEmori (pratiques des Amorreens) : formules de bonne fortune, prรฉsages tirรฉs des oiseaux, gestes de cuisine censรฉs faire rรฉussir un plat. Rabbi Yehouda classe gad et dan comme invocations d'idoles.
ร l'inverse, ce qui produit un effet rรฉel (bois de mรปrier, sel dans la lampe) est permis, et la formule de Rabbi Akiva, hamra ve-hayei, est une simple beraha. Rav Zoutra rattache le gaspillage de combustible ร bal tachhit.
Le chapitre Bameh icha s'achรจve, et le septiรจme chapitre s'ouvre sur la Michna du kelal gadol : le nombre de hataot dรฉpend de ce qu'on a oubliรฉ.
Celui qui dit : "Gad gadi (que ma fortune soit favorable), ne te lasse ni de jour ni de nuit", il y a lร (un รฉlรฉment) des darkei haEmori. Rabbi Yehouda dit : gad n'est autre qu'un terme d'idolรขtrie, ainsi qu'il est dit : "Vous qui dressez une table pour Gad" (Isaie 65, 11).
La Guemara poursuit la liste du perek Emorai de la Tossefta. La formule s'adresse ร la fortune personnelle (mazal) pour qu'elle agisse jour et nuit. Pour le premier Tanna, c'est une superstition interdite (darkei haEmori). Rabbi Yehouda va plus loin : Gad est le nom d'une idole, comme le montre le verset d'Isaie ; la formule est donc une invocation d'avoda zara.
(Que) lui (soit appelรฉ) par son nom ร elle et elle par son nom ร lui : il y a lร des darkei haEmori.
L'รฉchange des noms entre รฉpoux vise ร dรฉtourner un danger par une ruse. Aucun effet naturel n'est en jeu : c'est un nihouch, donc interdit. Le Ben Yehoyada explique la logique de la pratique : tromper les chedim sur le sexe de chaque conjoint.
"Donou dani (que mes tonneaux se renforcent)" : il y a lร des darkei haEmori. Rabbi Yehouda dit : dan n'est autre qu'un terme d'idolรขtrie, ainsi qu'il est dit : "Ceux qui jurent par la faute de Chomron et disent : vive ton dieu, Dan" (Amos 8, 14).
Mรชme structure qu'au segment 0. Pour Rabbi Yehouda, Dan dรฉsigne l'idole que Yarovam avait installรฉe ร Dan (le verset d'Amos). Rachi prรฉcise la consรฉquence : celui qui prononce la formule transgresse l'interdit de mentionner le nom d'une idole ("le nom d'autres dieux, vous ne le mentionnerez pas").
Celui qui dit au corbeau : "Crie !", et ร la femelle du corbeau : "Siffle, et tourne ta queue vers moi pour le bien" : il y a lร des darkei haEmori.
Le cri du corbeau passait pour annoncer un รฉvรฉnement. Lui rรฉpondre par une formule pour orienter le prรฉsage vers le bien est un nihouch.
Celui qui dit : "รgorgez ce coq qui a chantรฉ le soir" et "(cette) poule qui a chantรฉ comme un coq" : il y a lร des darkei haEmori.
Abattre l'animal ร cause d'un chant inhabituel repose sur l'idรฉe qu'il porte malheur. Le motif est le prรฉsage ; c'est ce qui rend le geste interdit.
"Je boirai et j'en laisserai, je boirai et j'en laisserai" : il y a lร des darkei haEmori.
Rachi comprend la formule comme un moyen d'attirer la bรฉraha sur le vin. Le Ben Yehoyada retient la version du Mรฉiri ("il n'y a pas lร "), en s'appuyant sur l'usage de laisser du vin dans la coupe de Kiddouch rapportรฉ au nom de l'Ari.
Celle qui casse des ลufs contre le mur et les รฉtale devant les poussins : il y a lร des darkei haEmori.
Les segments 6 ร 8 concernent l'รฉlevage des poussins : casser des ลufs, remuer, danser et compter. Aucun de ces gestes ne nourrit ni ne protรจge l'animal ; ce sont des prรฉsages. Le Ben Yehoyada commente les trois gestes ensemble.
Et celle qui remue (une marmite) devant les poussins : il y a lร des darkei haEmori.
Celle qui danse, et celle qui compte soixante et onze poussins pour qu'ils ne meurent pas : il y a lร des darkei haEmori.
Le chiffre soixante et onze n'a pas de fonction pratique ; il fait partie du rituel. Rachi ne commente pas ces deux segments ; le Ben Yehoyada les explique au segment 6.
Celle qui danse pour le koutah, celle qui impose le silence pour les lentilles, et celle qui crie pour les grisin (gruau) : il y a lร des darkei haEmori.
Trois gestes de cuisine : danser, faire taire, crier. Aucun n'agit sur la cuisson. Le koutah est un condiment ร base de petit-lait (Pessahim 42a).
Celle qui urine devant sa marmite pour qu'elle cuise vite : il y a lร des darkei haEmori.
Mais on peut mettre un copeau de mรปrier et des รฉclats de verre dans la marmite pour qu'elle cuise vite. Et les Hakhamim interdisent les รฉclats de verre ร cause du danger.
Le critรจre de la page apparaรฎt ici : ce qui a un effet rรฉel sur la cuisson est permis. Le verre est lui aussi efficace, mais les Hakhamim l'interdisent pour une autre raison, le danger d'en avaler un รฉclat.
Nos Maรฎtres ont enseignรฉ : on peut mettre un bloc de sel dans la lampe pour qu'elle รฉclaire et brรปle (mieux). Et on peut mettre de la boue et de l'argile sous la lampe pour qu'elle dure et brรปle (plus longtemps).
Deux procรฉdรฉs physiques pour la lampe ร huile : le sel rend la flamme plus vive, l'argile ralentit la combustion. Ils sont permis puisque leur effet est rรฉel.
Rav Zoutra a dit : celui qui couvre une lampe ร huile ou dรฉcouvre (une lampe ร ) naphte transgresse (l'interdit de) bal tachhit (ne pas dรฉtruire).
Le principe inverse du segment prรฉcรฉdent : faire brรปler le combustible plus vite sans raison est un gaspillage, interdit au titre de bal tachhit. Couvrir l'huile retient la chaleur ; dรฉcouvrir le naphte, trรจs volatil, attire la flamme.
"Du vin et de la vie ร la bouche des Maรฎtres" : il n'y a pas lร de darkei haEmori. Il arriva que Rabbi Akiva fit un festin pour son fils, et sur chaque coupe qu'il apportait, il disait : "Du vin et de la vie ร la bouche des Maรฎtres ; de la vie et du vin ร la bouche des Maรฎtres et ร la bouche de leurs รฉlรจves."
Une formule de vลu dite en buvant est une bรฉraha, sans prรฉtention d'agir magiquement ; elle est donc permise. La preuve vient de Rabbi Akiva au festin de son fils. Le Ben Yehoyada propose plusieurs lectures de l'inversion vin et vie / vie et vin.
Nous reviendrons ร toi, (chapitre) Bameh icha.
Hadran : fin du sixiรจme chapitre, Bameh icha. Le Roch rรฉsume la sougya de 67a et discute le critรจre d'Abaye et Rava. Selon Rachi, ce qui n'a pas de valeur de remรจde dรฉsigne une formule murmurรฉe. Le Roch objecte que la Guemara cite de nombreuses formules permises ; il limite donc le critรจre ร un acte dont l'effet n'est pas visible, comme peindre l'arbre en rouge.
MICHNA. Ils ont รฉnoncรฉ un grand principe (kelal gadol) au sujet du Chabbat : quiconque oublie l'essence du Chabbat et fait de nombreuses melakhot (travaux interdits) pendant de nombreux Chabbatot n'est tenu que d'une seule hatat (sacrifice expiatoire).
Celui qui connaรฎt l'essence du Chabbat et fait de nombreuses melakhot pendant de nombreux Chabbatot est tenu (d'une hatat) pour chaque Chabbat. Celui qui sait que c'est Chabbat et fait de nombreuses melakhot pendant de nombreux Chabbatot est tenu pour chaque
Dรฉbut du septiรจme chapitre, Kelal gadol. La hatat expie une faute commise par chegaga (inadvertance). Le nombre de sacrifices dรฉpend du nombre d'erreurs distinctes, et cela dรฉpend de l'objet de l'oubli :
1) oubli du principe mรชme du Chabbat : une seule erreur, une hatat ; 2) oubli du jour : chaque Chabbat est une erreur distincte, car les jours intermรฉdiaires valent une yedia ; 3) oubli des interdits : une hatat par av melakha.
Tossefot contestent la raison de Rachi (il a forcรฉment appris entre-temps que c'รฉtait Chabbat) et y substituent une gezerat hakatouv : le verset impose une chemira pour chaque Chabbat.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).