Sougya : La page achรจve la Michna du kelal gadol : plusieurs melakhot d'un mรชme type n'entraรฎnent qu'une hatat. La Guemara demande pourquoi la Michna emploie l'expression kelal gadol (grand principe), alors que la Michna des maasser dit seulement kelal.
Aprรจs avoir รฉcartรฉ deux explications, elle conclut que le terme signale un domaine dont le champ d'application est plus large que celui du domaine voisin : Chabbat plus que Chevi'it, Chevi'it plus que maasser, et selon Bar Kappara maasser plus que pea. Rav et Chmouel limitent ensuite le cas de l'oubli du principe du Chabbat ร l'enfant captif et au converti parmi les nations ; celui qui a connu puis oubliรฉ est tenu pour chaque Chabbat.
(... est tenu pour) chaque av melakha (catรฉgorie principale de travail). Celui qui fait de nombreuses melakhot relevant d'une seule melakha n'est tenu que d'une seule hatat (sacrifice expiatoire).
Fin de la Michna. Le dรฉcompte des sacrifices suit les avot melakhot (les 39 catรฉgories). Une toleda (travail dรฉrivรฉ) compte comme son av : deux toledot d'un mรชme av, ou un av et sa toleda, ne font qu'une seule faute, donc une seule hatat. Rachi prรฉcise que deux toledot d'avot diffรฉrents entraรฎnent deux hatatot.
Guemara. Pourquoi (la Michna) a-t-elle enseigne kelal gadol (grand principe) ?
Diras-tu : parce qu'elle veut enseigner (plus loin) : Ils ont encore รฉnoncรฉ un autre principe, elle a enseignรฉ (ici) kelal gadol ; et de mรชme pour la Chevi'it (annรฉe sabbatique), parce qu'elle veut enseigner : Ils ont encore รฉnoncรฉ un autre principe, elle a enseignรฉ kelal gadol. Mais pour le maasser (dรฎme), oรน elle enseigne : Ils ont (encore) รฉnoncรฉ un autre principe, elle n'a pas enseignรฉ kelal gadol !
Premiรจre hypothรจse : l'adjectif gadol servirait seulement ร distinguer un premier principe d'un second (od kelal aher), comme ร Chabbat 75b et en Chevi'it. La Guemara la rรฉfute par la Michna de Maasrot : elle รฉnonce deux principes ร la suite, et pourtant le premier est appelรฉ simplement kelal.
Rabbi Yossi bar Avin dit : le Chabbat et la Chevi'it, qui comportent des avot et des toledot, (la Michna) a enseignรฉ gadol ; le maasser, qui ne comporte pas d'avot et de toledot, elle n'a pas enseignรฉ kelal gadol. Mais selon Bar Kappara, qui enseigne kelal gadol pour le maasser, quels avot et quelles toledot y a-t-il ?
Deuxiรจme hypothรจse : gadol dรฉsignerait un domaine structure en avot (catรฉgories principales) et toledot (dรฉrivรฉs). Chabbat et Chevi'it le sont, le maasser non. La Guemara la rรฉfute par la version de Bar Kappara, qui dit kelal gadol mรชme pour le maasser.
Rachi rappelle les avot de la Chevi'it tirรฉs du verset : semer, moissonner, tailler, vendanger.
La raison n'est-elle pas plutรดt celle-ci : la sanction du Chabbat est plus grande que celle de la Chevi'it, car le Chabbat s'applique au dรฉtachรฉ comme ร l'attachรฉ (au sol), alors que la Chevi'it ne s'applique pas au dรฉtachรฉ et s'applique ร l'attachรฉ. Et la sanction de la Chevi'it est plus grande que celle du maasser, car la Chevi'it s'applique ร la nourriture humaine comme ร la nourriture animale, alors que le maasser s'applique ร la nourriture humaine et ne s'applique pas ร la nourriture animale.
Conclusion de la Guemara : gadol est un terme comparatif. Le domaine appelรฉ gadol a un champ d'application plus large que le domaine voisin.
Chabbat > Chevi'it : les melakhot du Chabbat portent sur le tlouch (dรฉtachรฉ : moudre, pรฉtrir) et le mehoubar (attachรฉ : moissonner) ; la Chevi'it ne concerne que le travail du sol. Chevi'it > maasser : la Chevi'it inclut la nourriture animale (Vayikra 25,7), le maasser non.
Rachi et le Ri divergent sur le sens de dรฉtachรฉ/attachรฉ : Rachi l'applique aux produits (interdit de consommation), le Ri ร l'interdit des travaux.
Et selon Bar Kappara, qui enseigne kelal gadol pour le maasser : la sanction du maasser est plus grande que celle de la pea (coin du champ laissรฉ aux pauvres), car le maasser s'applique ร la figue et aux lรฉgumes, alors que la pea ne s'applique pas ร la figue et aux lรฉgumes. Car nous avons appris : Ils ont รฉnoncรฉ un principe au sujet de la pea : tout ce qui est nourriture, qui est gardรฉ, dont la croissance vient de la terre, dont la rรฉcolte se fait en une fois et que l'on met en rรฉserve, est soumis ร la pea.
Selon Bar Kappara, le maasser mรฉrite aussi le titre de kelal gadol : son champ est plus large que celui de la pea. La Michna de Pea pose cinq critรจres cumulatifs, tirรฉs du mot katsir (moisson). Le maasser n'en exige que trois : figue et lรฉgumes sont donc soumis au maasser et exemptรฉs de pea.
Le Rachba explique pourquoi les autres Sages ne disent pas kelal gadol pour le maasser : sa supรฉrioritรฉ sur la pea n'est que midรฉRabbanan.
Nourriture : pour exclure les repousses de satis (guรจde) et de koutsa (garance). Garde : pour exclure le hefker (bien sans maรฎtre).
Dont la croissance vient de la terre : pour exclure les truffes et les champignons. Dont la rรฉcolte se fait en une fois : pour exclure la figue.
Et que l'on met en rรฉserve : pour exclure les lรฉgumes.
Chaque critรจre de la pea exclut une catรฉgorie prรฉcise. Les deux derniers critรจres (likitato ke-ahat, rรฉcolte en une fois ; makhnisso le-kiyoum, mise en rรฉserve) sont absents de la rรจgle du maasser : c'est eux qui crรฉent l'รฉcart entre les deux domaines.
Tossefot : le satis et la koutsa sont choisis parce que leurs repousses sont un peu comestibles ; l'exemple apprend que cela ne suffit pas pour la pea.
Alors qu'au sujet du maasser nous avons appris : Ils ont รฉnoncรฉ un principe au sujet du maasser : tout ce qui est nourriture, qui est gardรฉ et dont la croissance vient de la terre, est soumis au maasser. Rรฉcolte en une fois et mise en rรฉserve, nous ne l'avons pas appris.
La Michna de Maasrot (1,1) omet les deux derniers critรจres. Rachi en donne la raison : le maasser des fruits et lรฉgumes est une institution rabbinique, et les Sages l'ont รฉtendu ร toutes les espรจces sans distinction.
Rav et Chmouel disent tous deux : notre Michna (traite) d'un enfant capturรฉ parmi les nations et d'un converti qui s'est converti parmi les nations. Mais celui qui a connu (le Chabbat) et a fini par oublier est tenu pour chaque Chabbat.
Nous avons appris : Celui qui oublie le principe du Chabbat ; cela n'implique-t-il pas qu'il en avait connaissance ร l'origine ? Non.
Que signifie : Quiconque oublie le principe du Chabbat ? Que le principe du Chabbat lui รฉtait oubliรฉ (depuis toujours).
Rav et Chmouel restreignent la premiรจre clause de la Michna (une seule hatat) ร celui qui n'a jamais su : le tinok chenichba (enfant capturรฉ et รฉlevรฉ parmi les nations) et le guer converti sans apprendre le Chabbat. Celui qui a su puis oubliรฉ (hekir ve-lasof chakhah) est traitรฉ comme celui qui connaรฎt le principe : une hatat par Chabbat.
Objection : le verbe choke'ah (oublier) suppose un savoir antรฉrieur. Rรฉponse : il signifie que le principe lui a toujours รฉtรฉ inconnu.
Tossefot : la conversion doit avoir eu lieu devant un tribunal de trois, sinon il n'est pas guer.
Mais celui qui a connu et a fini par oublier, qu'en est-il : il est tenu pour chaque Chabbat ? Au lieu d'enseigner : Celui qui connaรฎt le principe du Chabbat et fait de nombreuses melakhot pendant de nombreux Chabbatot est tenu pour chaque Chabbat, qu'elle enseigne : Celui qui a connu et a fini par oublier, et ร plus forte raison celui-ci !
Que signifie : Celui qui connaรฎt le principe du Chabbat ? Celui qui connaissait le principe du Chabbat et l'a oubliรฉ.
Seconde objection : si celui qui a oubliรฉ est tenu pour chaque Chabbat, la Michna aurait dรป enseigner ce cas, le plus nouveau, et le cas de celui qui sait s'en dรฉduirait par kal va-homer. Rachi : chez celui qui connaรฎt le principe, les jours permis entre deux Chabbatot valent une yedia qui sรฉpare les fautes ; chez celui qui a oubliรฉ le principe, ce raisonnement est plus faible.
Rรฉponse : hayodea ikar Chabbat dรฉsigne prรฉcisรฉment celui qui connaissait le principe et l'a oubliรฉ.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).