Sougya : Le daf poursuit la discussion sur la nature de l'erreur (chegaga) qui oblige ร apporter une hatat. Toute la Torah est comparรฉe ร l'idolรขtrie : la hatat ne vient que pour une faute dont la version volontaire entraรฎne le karet.
Mounbaz considรจre comme fautif par erreur celui qui ignorait seulement l'obligation du korban ; les Rabbanan exigent une erreur sur la faute elle-mรชme, et R. Yo'hanan et Reich Lakich discutent : suffit-il d'ignorer le karet, ou faut-il ignorer aussi l'interdit (lav) ?
La Guemara รฉprouve ces positions sur le cas des 39 melakhot faites en un seul oubli, identifie l'auteur d'une baraita comme Mounbaz, et termine par la chevouat bitouy selon Abaye.
ยซ Et si vous vous trompez et n'accomplissez pas tous ces commandements ยป (Bamidbar 15, 22), et il est รฉcrit : ยซ Et la personne qui agira ร main levรฉe ยป (Bamidbar 15, 30). Tous (les commandements) ont รฉtรฉ comparรฉs ร l'idolรขtrie : de mรชme que lร -bas il s'agit d'une chose pour laquelle on est passible de karet (retranchement) si on la fait volontairement et d'une hatat (sacrifice expiatoire) si on la fait par erreur, de mรชme toute chose pour laquelle on est passible de karet si on la fait volontairement, on doit une hatat si on la fait par erreur.
La Guemara rapporte la source de R. Yehochoua ben Levi : les fautes commises par erreur dans toute la Torah sont comparรฉes (hekech) ร l'avoda zara. Le verset de Bamidbar 15, 22 traite de l'idolรขtrie ; le verset 30, juxtaposรฉ, parle de celui qui agit volontairement et est puni de karet.
Consรฉquence : une hatat n'est due que pour une faute dont la version volontaire entraรฎne le karet. Tossefot prรฉcise que l'on ne compare ร l'idolรขtrie que ce qui est รฉcrit dans cette paracha : le karet oui, la lapidation non.
Mais selon Mounbaz, en quoi consiste l'erreur (chegaga) ? Par exemple, il s'est trompรฉ sur le sacrifice.
Et les Rabbanan : l'erreur sur le sacrifice ne s'appelle pas une erreur.
Mounbaz tient que celui qui avait la connaissance au moment de l'acte doit quand mรชme une hatat. La Guemara demande oรน est alors la chegaga. Rรฉponse : il connaissait l'interdit et le karet, mais ignorait l'obligation du korban (chegagat korban).
Les Rabbanan refusent : l'erreur doit porter sur la transgression elle-mรชme. Tossefot explique la logique de Mounbaz par le principe du chav mi-yediato : celui qui aurait renoncรฉ s'il avait tout su.
Et selon les Rabbanan, en quoi consiste l'erreur ? R.
Yo'hanan dit : du moment qu'il s'est trompรฉ sur le karet, bien qu'il ait agi volontairement quant au lav (interdit). Et Reich Lakich dit : il faut qu'il se soit trompรฉ sur le lav et sur le karet.
Rava dit : quelle est la raison de R. Chimon ben Lakich ?
Le verset dit : ยซ qui ne doivent pas รชtre faites (acher lo teasena), par erreur, et il se rend coupable ยป (Vayikra 4, 27) : il faut qu'il se soit trompรฉ sur le lav et sur le karet qui s'y rattache.
ร l'intรฉrieur de l'avis des Rabbanan, deux Amoraim s'opposent. R. Yo'hanan : il suffit d'ignorer le karet, mรชme si l'on savait que l'acte est interdit (lav). Reich Lakich : il faut ignorer le lav et le karet.
Rava donne la source de Reich Lakich : ยซ acher lo teasena ยป dรฉsigne le lav ; l'erreur doit donc le couvrir. Pour R. Yo'hanan, le sacrifice vient ร la place du karet, donc seule l'erreur sur le karet compte.
Et R. Yo'hanan, que fait-il de ce verset de R.
Chimon ben Lakich ? Il en a besoin pour ce qui est enseignรฉ : ยซ Du peuple du pays ยป : ร l'exclusion du mechoumad (apostat).
R. Chimon ben Elazar dit au nom de R.
Chimon : ยซ qui ne doivent pas รชtre faites, par erreur, et il se rend coupable ยป : celui qui revient (de sa faute) ร la suite de sa connaissance apporte un sacrifice pour son erreur ; celui qui ne revient pas ร la suite de sa connaissance n'apporte pas de sacrifice pour son erreur.
R. Yo'hanan utilise le verset de Reich Lakich pour une autre rรจgle : le mechoumad (celui qui transgresse habituellement cet interdit) n'apporte pas de sacrifice. Principe de chav mi-yediato : seul celui qui aurait renoncรฉ en connaissant l'interdit peut expier son erreur par un korban.
Nous avons appris (dans la Michna) : les avot melakhot (catรฉgories principales de travaux) sont quarante moins une. Et nous en avons discutรฉ : pourquoi ai-je besoin du nombre ?
Et R. Yo'hanan a dit : pour que, s'il les a toutes faites dans un seul oubli, il soit redevable pour chacune.
Comment trouves-tu ce cas ? Avec zadon Chabbat (conscience que c'est Chabbat) et chegagat melakhot (erreur sur les melakhot).
La Guemara apporte une รฉpreuve ร partir du nombre 39 de la Michna. Selon R. Yo'hanan, ce nombre enseigne qu'on peut devoir 39 hatatot pour un seul oubli. Cela suppose zadon Chabbat ouchegagat melakhot : il sait que c'est Chabbat, mais ignore que ces travaux sont interdits.
Rachi : dans le cas inverse (il oublie que c'est Chabbat), une seule hatat suffit. Et pour parler de zadon Chabbat, il faut qu'il connaisse au moins une halakha du Chabbat.
Cela se comprend selon R. Yo'hanan, qui a dit : du moment qu'il s'est trompรฉ sur le karet, bien qu'il ait agi volontairement quant au lav ; tu trouves ce cas lorsqu'il connaรฎt le Chabbat par le lav.
Mais selon R. Chimon ben Lakich, qui a dit : il faut qu'il se soit trompรฉ sur le lav et sur le karet, en quoi connaรฎt-il le Chabbat ?
Il le connaรฎt par les tehoumin (limites de dรฉplacement), et selon R. Akiva.
Pour R. Yo'hanan, pas de difficultรฉ : il connaรฎt le lav des melakhot (c'est son zadon Chabbat) et ignore le karet (c'est sa chegaga). Pour Reich Lakich, l'erreur doit couvrir le lav de chaque melakha : que reste-t-il pour dire qu'il sait que c'est Chabbat ?
Rรฉponse : il connaรฎt l'interdit des tehoumin, qui selon R. Akiva est de la Torah mais n'entraรฎne pas de korban. Tossefot demande pourquoi on n'a pas dit qu'il connaรฎt le commandement positif du repos.
Qui est le Tanna de ce que les Rabbanan ont enseignรฉ : S'il s'est trompรฉ sur ceci et sur cela, c'est le fautif par erreur dont parle la Torah. S'il a agi volontairement sur ceci et sur cela, c'est le fautif volontaire dont parle la Torah.
S'il s'est trompรฉ sur le Chabbat et a agi volontairement quant aux melakhot, ou s'il s'est trompรฉ sur les melakhot et a agi volontairement quant au Chabbat, ou s'il a dit : je sais que cette melakha est interdite, mais je ne sais pas si l'on doit pour elle un sacrifice ou non, il est redevable. Selon qui ?
Selon Mounbaz.
Une baraita classe les cas : erreur sur tout, volontรฉ sur tout, erreur partielle. Le dernier cas, celui qui connaรฎt l'interdit mais ignore l'obligation du korban, est dรฉclarรฉ redevable : c'est exactement la position de Mounbaz (chegagat korban).
Abaye dit : tous reconnaissent, pour la chevouat bitouy (serment d'expression), qu'on ne doit pour elle un sacrifice que si l'on s'est trompรฉ sur le lav qu'elle comporte. ยซ Tous reconnaissent ยป : qui ?
R. Yo'hanan.
C'est รฉvident ! Quand R.
Yo'hanan parle, c'est lร oรน il y a le karet ; mais ici, oรน il n'y a pas de karet, non !
La chevouat bitouy est un serment portant sur un acte (manger, ne pas manger). Sa transgression par erreur oblige ร un korban, bien que sa transgression volontaire n'entraรฎne pas de karet.
Abaye : tous reconnaissent qu'il faut ici s'รชtre trompรฉ sur le lav. Rachi montre que ยซ tous ยป vise R. Yo'hanan, car Mounbaz ne peut pas รชtre concernรฉ (kal va-homer). La Guemara objecte : c'est รฉvident, R. Yo'hanan ne se contente d'une erreur sur le karet que lร oรน il y a un karet.
Rachi et Tossefot divergent sur le cas : oubli du serment (Rachi) ou ignorance que le serment interdit l'acte (Tossefot).
Il aurait pu te venir ร l'esprit de dire : puisqu'on doit un sacrifice, c'est une nouveautรฉ (hidouch), car dans toute la Torah nous ne trouvons pas de lav pour lequel on apporte un sacrifice, et ici on en apporte : lorsqu'il s'est trompรฉ sur le sacrifice, qu'il soit aussi redevable.
La Guemara justifie l'enseignement d'Abaye par une hava amina : la chevouat bitouy est un hidouch (korban sans karet), on aurait donc pu penser que, mรชme selon les Rabbanan, l'erreur sur le korban y suffit. Abaye enseigne que non.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).