Sougya : Le daf achรจve la discussion sur l'erreur (chegaga) qui oblige au korban : une baraita sur la chevouat bitouy du passรฉ est attribuรฉe ร Mounbaz, puis, dans une autre version, sert de rรฉfutation ร Abaye. Abaye enseigne ensuite que pour le cinquiรจme (homech) de la terouma il faut s'รชtre trompรฉ sur l'interdit lui-mรชme, et Rava รฉtablit l'analogie mort par le Ciel / karet et homech / korban.
La Guemara traite ensuite du voyageur perdu dans le dรฉsert qui ne sait plus quel jour est Chabbat : Rav Houna et Hiyya bar Rav discutent de l'ordre du compte, Rava rรจgle ce qu'il peut faire chaque jour. Enfin R.
Nahman tire de deux versets la distinction de la Michna entre celui qui a oubliรฉ le principe de Chabbat et celui qui le connaรฎt.
(Abaye) nous enseigne (qu'il n'en est rien). On objecte : quelle est l'erreur (chegaga) dans la chevouat bitouy (serment verbal) portant sur le passรฉ ?
Si (celui qui jure) dit : ยซ Je sais que ce serment est interdit, mais je ne sais pas si l'on doit pour lui un korban ou non ยป, il est redevable (d'un korban) ! Selon qui est cet enseignement ?
C'est Mounbaz.
Abaye a enseignรฉ (69ร ) que pour la chevouat bitouy, tous admettent qu'il faut s'รชtre trompรฉ sur le lav. On lui oppose une baraita : pour un serment sur le passรฉ (je jure que j'ai mangรฉ), celui qui savait l'interdit et ignorait seulement l'obligation du korban est redevable. C'est une chegagat korban.
La Guemara rรฉpond : cette baraita suit Mounbaz, pour qui l'erreur sur le korban suffit partout. Rachi et Tossefot discutent de la maniรจre dont les Rabbanan trouvent un cas d'erreur dans le serment du passรฉ : selon Rachi ils n'en trouvent pas (avis de R. Ichmael) ; selon Rabbenou Chmouel, il s'agit de celui qui croyait le serment interdit par un assรฉ et ignorait le lav.
(Autre version : selon qui est cet enseignement ? Si l'on dit Mounbaz, c'est รฉvident : puisque dans toute la Torah, oรน il n'y a pas de nouveautรฉ, il a dit que l'erreur sur le korban s'appelle une erreur, ici, oรน il y a une nouveautรฉ, ร plus forte raison !
C'est donc les Rabbanan, et c'est une rรฉfutation d'Abaye ! C'est une rรฉfutation.)
Selon cette seconde version (lichna ahrina), attribuer la baraita ร Mounbaz la rendrait superflue : la chevouat bitouy est un hidouch (korban sans karet), et si Mounbaz admet l'erreur sur le korban partout ailleurs, il l'admet ici par kal va-homer. La baraita suit donc les Rabbanan, et l'enseignement d'Abaye est rรฉfutรฉ (tiouvta).
Et Abaye a dit : tous admettent, pour la terouma, qu'on n'est redevable du cinquiรจme (homech) que si l'on s'est trompรฉ sur le lav qu'elle comporte. ยซ Tous admettent ยป, qui ?
R. Yo'hanan.
C'est รฉvident ! Quand R.
Yo'hanan parle, c'est lร oรน il y a karet ; lร oรน il n'y a pas de karet, non ! On aurait pu dire : la mort (par le Ciel) tient la place du karet, et quand il s'est trompรฉ sur la mort, qu'il soit aussi redevable ; (Abaye) nous enseigne (qu'il n'en est rien).
Rava a dit : la mort tient la place du karet, et le cinquiรจme tient la place du korban.
Le zar qui mange de la terouma par erreur rembourse le principal plus un homech (cinquiรจme). Volontairement, il est passible de mita bidei chamayim.
Abaye : mรชme R. Yo'hanan, qui se contente ailleurs d'une erreur sur le karet, exige ici une erreur sur le lav (il croyait manger du hullin). La hava amina rejetรฉe : assimiler la mort par le Ciel au karet. Rava soutient justement cette assimilation : mort = karet, homech = korban ; selon lui, R. Yo'hanan rend donc redevable celui qui s'est trompรฉ seulement sur la peine de mort.
Rav Houna a dit : s'il marchait en chemin ou dans le dรฉsert et ne sait pas quand est Chabbat, il compte six jours et observe un jour. Hiyya bar Rav dit : il observe un jour et compte six.
Sur quoi divergent-ils ? L'un pense : comme la crรฉation du monde ; l'autre pense : comme Adam harichon.
On objecte : s'il marchait en chemin et ne sait pas quand est Chabbat, il observe un jour pour six. N'est-ce pas : il compte six et observe un jour ?
Non : il observe un jour et compte six.
Un voyageur a perdu le compte des jours. Rav Houna : il compte six jours puis observe le septiรจme, ร l'image de la crรฉation du monde (six jours d'ลuvre, puis Chabbat). Hiyya bar Rav : il observe d'abord un jour, ร l'image d'Adam harichon, crรฉรฉ le sixiรจme jour, dont le premier jour complet fut Chabbat.
La baraita dit ยซ un jour pour six ยป ; Hiyya bar Rav peut encore la lire ร sa faรงon. Le Ben Yehoyada rattache les deux avis aux deux formulations du Dรฉcalogue, chamor et zakhor.
Si c'est ainsi, (au lieu de) ยซ il observe un jour pour six ยป, il aurait fallu dire ยซ il observe un jour et compte six ยป. De plus, il est enseignรฉ : s'il marchait en chemin ou dans le dรฉsert et ne sait pas quand est Chabbat, il compte six et observe un jour.
C'est une rรฉfutation de R. Hiyya bar Rav !
C'est une rรฉfutation.
Double objection ร Hiyya bar Rav : la formule ยซ un jour pour six ยป dรฉsigne naturellement un jour aprรจs six ; et une autre baraita dit explicitement ยซ il compte six et observe un jour ยป. Hiyya bar Rav est rรฉfutรฉ ; la halakha suit Rav Houna, et le Roch la tranche ainsi en citant la suite de la sougya (Rava).
Rava a dit : chaque jour, il fait pour lui-mรชme de quoi subsister, [sauf ce jour-lร ]. Et ce jour-lร , qu'il meure ?!
(Il s'agit du cas) oรน il a fait la veille deux subsistances. Et peut-รชtre la veille รฉtait-ce Chabbat !
Plutรดt : chaque jour, il fait pour lui-mรชme sa subsistance, mรชme ce jour-lร . Et ce jour-lร , par quoi se distingue-t-il pour lui ?
Par le kiddouch et la havdala.
Chaque jour peut รชtre Chabbat ; le voyageur ne fait donc de melakha que le minimum vital (parnassa), permis par pikouah nefech. Prรฉparer la veille une double portion ne rรฉsout rien, puisque la veille peut elle-mรชme รชtre Chabbat, et ce travail ne serait alors pas nรฉcessaire ร la survie du jour.
Le jour qu'il a choisi d'observer ne diffรจre donc des autres que par le kiddouch et la havdala, qui entretiennent le souvenir de Chabbat.
Rava a dit : s'il connaissait en partie le jour oรน il est sorti, il fait une melakha toute la journรฉe. C'est รฉvident !
On aurait pu dire : puisque le Chabbat on ne sort pas, la veille de Chabbat [non plus] on ne sort pas ; et celui-ci, mรชme s'il est sorti le cinquiรจme jour de la semaine, qu'il lui soit permis de faire une melakha deux jours ; (Rava) nous enseigne qu'il arrive qu'on trouve une caravane et qu'on sorte par occasion.
Rachi : il ignore le jour de la semaine, mais il sait combien de jours se sont รฉcoulรฉs depuis son dรฉpart. Le 8e, le 15e jour, etc. tombent le mรชme jour de la semaine que le dรฉpart ; or personne ne part en voyage le Chabbat. Ces jours-lร sont donc certainement profanes, et il peut y faire toute melakha.
La hava amina : on ne part pas non plus la veille de Chabbat, donc le lendemain du jour du dรฉpart (9e jour) serait aussi permis. Rava l'รฉcarte : on part parfois un vendredi quand une caravane se prรฉsente.
ยซ Celui qui connaรฎt le principe de Chabbat ยป : d'oรน tirons-nous ces choses ? R.
Nahman a dit au nom de Rabba bar Avouh : deux versets sont รฉcrits : ยซ Et les enfants d'Israรซl garderont le Chabbat ยป (Chemot 31, 16), et il est รฉcrit : ยซ Et Mes Chabbats vous garderez ยป (Vayikra 26, 2). Comment (concilier) ?
ยซ Et les enfants d'Israรซl garderont le Chabbat ยป : une seule observance pour de nombreux Chabbats. ยซ Et Mes Chabbats vous garderez ยป : une observance pour chaque Chabbat.
La Michna (67b) distingue : celui qui a oubliรฉ le principe mรชme de Chabbat (ikar Chabbat) et a travaillรฉ pendant plusieurs Chabbats ne doit qu'une hatat ; celui qui connaรฎt Chabbat mais a oubliรฉ quel jour c'รฉtait doit une hatat par Chabbat.
R. Nahman tire les deux rรจgles de la diffรฉrence singulier / pluriel entre deux versets. Rachi explique la logique : l'oubli du principe est une seule erreur ; chez celui qui connaรฎt Chabbat, les jours de semaine entre deux Chabbats valent une yedia (prise de conscience) qui sรฉpare les fautes.
Rav Nahman bar Yitshak objecte : au contraire, c'est l'inverse qui est logique : ยซ Et les enfants d'Israรซl garderont le Chabbat ยป : une observance pour chaque Chabbat. ยซ Et Mes Chabbats vous garderez ยป : une seule observance pour de nombreux Chabbats.
Rav Nahman bar Yitshak inverse l'attribution des versets. Rachi prรฉcise que la halakha reste la mรชme : le dรฉsaccord porte seulement sur la lecture (machma'out) des versets.
ยซ Celui qui sait que c'est Chabbat. ยป
La Guemara cite le passage suivant de la Michna : celui qui sait que c'est Chabbat mais ignore que les travaux faits sont des melakhot interdites. La discussion commence au daf suivant.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).