Sougya : Le daf explique la diffรฉrence entre les deux cas de la michna : celui qui a oubliรฉ le Chabbat apporte une hatat par Chabbat, celui qui ignorait l'interdit des melakhot en apporte une par melakha. Rav Safra rattache la diffรฉrence ร ce qui fait cesser l'auteur ; Rav Nahman la rattache au nombre de chegagot (erreurs).
La Guemara cherche ensuite la source du hilouk melakhot : Chmouel l'apprend de ยซ mehalleleha mot yumat ยป, et l'on demande pourquoi il n'utilise pas la source de Rabbi Natan (ยซ lo tevaarou ech ยป) ni celle de Rabbi Yossi (ยซ meahat mehena ยป).
En quoi la premiรจre partie (rischa) diffรจre-t-elle de la derniรจre (sefa) ? Rav Safra dit : ici, c'est par la connaissance du Chabbat qu'il se retire (de la faute) ; et lร , c'est par la connaissance de la melakha qu'il se retire.
Rav Nahman lui dit : se retire-t-il ร cause du Chabbat pour une autre raison que les melakhot ? Et se retire-t-il des melakhot pour une autre raison que le Chabbat ?
Mais Rav Nahman dit : le sacrifice auquel le Misรฉricordieux oblige, pour quoi est-il du ? Pour une chegaga (erreur).
Lร -bas, il y a une seule chegaga ; ici, il y a de nombreuses chegagot.
La michna distingue deux cas. Rischa : il a oubliรฉ que c'est Chabbat mais connaรฎt les interdits ; il apporte une hatat par Chabbat. Sefa : il sait que c'est Chabbat mais ignore que ces actes sont des melakhot interdites ; il apporte une hatat par melakha.
Rav Safra regarde ce qui fait cesser l'auteur. Rav Nahman objecte que les deux informations sont toujours liรฉes : la faute consiste ร faire une melakha un jour de Chabbat. Il propose un autre critรจre : la hatat expie une chegaga ; on compte donc les erreurs. Oublier le Chabbat est une erreur unique ; ignorer plusieurs melakhot fait plusieurs erreurs.
ยซ Il est redevable pour chaque melakha ยป : le hilouk melakhot (division des melakhot), d'oรน le tirons-nous ? Chmouel dit : le verset dit ยซ celui qui le profane mourra (mot yumat) ยป (Chemot 31,14) : la Torah a multipliรฉ les morts pour une seule profanation. โ Mais ce verset est รฉcrit pour le mezid (faute volontaire) ! โ S'il ne s'applique pas au mezid, puisqu'il est รฉcrit ยซ quiconque y fera une melakha sera mis ร mort ยป (Chemot 35,2), applique-le au chogeg (faute par erreur).
Et que signifie ยซ sera mis ร mort ยป ? Sera mis ร mort par l'argent.
Le hilouk melakhot : celui qui fait plusieurs melakhot dans un seul helem (un seul moment d'ignorance) apporte une hatat pour chacune. Il faut une source.
Chmouel lit le redoublement mot yumat comme des morts multiples. Le verset parle de la faute volontaire, mais celle-ci est dรฉjร traitรฉe en Chemot 35,2 ; selon la rรจgle im eino inyan (s'il n'est pas utile ร son contexte), on le reporte au chogeg. La mort devient alors une peine en argent : le prix de plusieurs sacrifices.
Qu'il tire donc le hilouk melakhot d'oรน le tire Rabbi Natan ! Car il est enseignรฉ (dans une baraita) : Rabbi Natan dit : ยซ Vous n'allumerez pas de feu dans toutes vos demeures le jour du Chabbat ยป (Chemot 35,3), pourquoi le verset le dit-il ?
Parce qu'il est dit ยซ Moche rassembla toute l'assemblรฉe des enfants d'Israรซl ... voici les choses ... six jours on fera la melakha ยป. ยซ Devarim ยป (choses), ยซ ha-devarim ยป (les choses), ยซ eleh ha-devarim ยป (voici les choses) : ce sont les trente-neuf melakhot dites ร Moche au Sinaรฏ.
La Guemara propose ร Chmouel la source de Rabbi Natan. Celui-ci s'interroge sur l'interdit explicite d'allumer le feu (havara), dรฉjร inclus dans l'interdit gรฉnรฉral de melakha.
Il introduit d'abord le compte des 39 melakhot, tirรฉ de la formule eleh ha-devarim par la guematria (valeur numรฉrique) et la valeur des marques de pluriel et d'article.
On pourrait penser : s'il les a toutes faites dans un seul helem (oubli), il n'est redevable que d'une seule ? Le verset dit : ยซ au labour et ร la moisson tu te reposeras ยป (Chemot 34,21).
Et je dis encore : pour le labour et la moisson il est redevable de deux, et pour toutes (les autres) il n'est redevable que d'une ? Le verset dit : ยซ vous n'allumerez pas de feu ยป.
La havara (allumage) รฉtait incluse dans le klal (la rรจgle gรฉnรฉrale) ; pourquoi en est-elle sortie ? Pour lui comparer (les autres) et te dire : de mรชme que la havara est un av melakha (catรฉgorie principale) et que l'on est redevable pour elle seule, de mรชme pour tout av melakha, on est redevable pour lui seul.
La baraita avance par รฉtapes. On pourrait penser qu'un seul helem n'entraรฎne qu'une hatat. Le verset du labour et de la moisson les isole : on pourrait donc penser que seuls ces deux-lร se comptent ร part.
Le verset lo tevaarou ech apporte la conclusion : la havara รฉtait comprise dans le klal de toutes les melakhot ; elle en sort pour enseigner sur tout le klal (davar che-haya bikhlal veyatsa). On compare donc ร elle chaque av melakha : chacun oblige ร sa propre hatat.
Rachi et Tossefot discutent pourquoi on n'apprend pas dรฉjร du labour et de la moisson. Tossefot retient la rรจgle des chnei ketouvim haba'im ke-ehad : deux versets qui disent la mรชme chose n'enseignent pas pour le reste.
Chmouel pense comme Rabbi Yossi, qui dit : la havara est sortie (du klal) pour (en faire) un lav. Car il est enseignรฉ : la havara est sortie pour un lav, paroles de Rabbi Yossi.
Rabbi Natan dit : elle est sortie pour diviser.
Pourquoi Chmouel n'utilise-t-il pas la source de R. Natan ? Parce qu'il suit Rabbi Yossi, qui lit la sortie de la havara autrement : elle enseigne que l'allumage n'est qu'un lav (interdit simple), sans karet ni sekila (lapidation). Le verset est alors employรฉ et ne peut plus servir au hilouk melakhot.
Qu'il tire donc la division des melakhot d'oรน la tire Rabbi Yossi ! Car il est enseignรฉ : Rabbi Yossi dit : ยซ et il fera de l'une d'entre elles (meahat mehena) ยป (Vayikra 4,2) : parfois on est redevable d'une seule pour toutes, et parfois on est redevable pour chacune.
Et Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina dit : quelle est la raison de Rabbi Yossi ? ยซ Ahat ยป, ยซ meahat ยป ; ยซ hena ยป, ยซ mehena ยป : une qui est plusieurs, plusieurs qui sont une.
Nouvelle question ร Chmouel : si tu suis R. Yossi pour la havara, prends aussi sa source pour le hilouk melakhot. R. Yossi l'apprend du verset des hataot meahat mehena.
La lettre mem (de) ajoutรฉe aux deux mots permet de les lire aussi sans elle : ahat (une) et hena (elles, plusieurs). D'oรน deux cas : une faute qui compte pour plusieurs, et plusieurs fautes qui comptent pour une. La rรฉponse ร la question se trouve au daf suivant.
ยซ Ahat ยป (une) : Chimon. ยซ Meahat ยป (d'une) :
La Guemara commence ร dรฉtailler l'emploi des mots du verset. Ahat dรฉsigne la melakha complรจte : รฉcrire le nom Chimon en entier. Meahat (une partie d'une) dรฉsigne la melakha partielle : รฉcrire seulement Chem, les deux premiรจres lettres, qui forment un mot valable. La phrase se poursuit en 70b.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).