Shabbat 71b — Yediot, hafrachot, kapparot : quand les hataot se séparent

Shabbat 71b

Sougya : Le daf achève la discussion sur la Michna des demi-kezeitim : Rav Houna l'établit dans le cas d'une prise de conscience entre les deux moitiés, selon Rabban Gamliel pour qui il n'y a pas de yedia pour un demi-chiour. Vient ensuite la mahloket de Rabbi Yo'hanan et Rech Lakich : celui qui a mangé deux kezeitim de helev dans un seul oubli et les apprend l'un après l'autre doit-il deux hataot ou une seule ?

Chacun s'appuie sur un verset et répond au verset de l'autre. Ravina demande à Rav Achi à quel stade porte la mahloket (avant ou après la mise à part du sacrifice) ; Rav Achi répond : dans les deux, avec une réserve.

Le daf s'ouvre enfin sur une déclaration d'Oula concernant l'acham vadaï.

2 kezeitim de helev, 1 oubli : où tombe la 2e prise de conscience ?Il mange2 kezeitimYédia 1apprend le 1erHafrachamet à part la hatatKapparasacrifice offertzone A : 2e yediaAVANT la hafrachazone B : 2e yediaAPRÈS hafracha, avant kapparazone C : après kapparatous : 2 hataotHypothèse de RavinaZone AZone B1. On discute en zone A(yédiot vs hafrachot)RY: 2 / RL: 1mahloketRY: 2 / RL: 2accord2. On discute en zone B(hafrachot vs kapparot)RY: 1 / RL: 1accordRY: 2 / RL: 1mahloket3. On discute partout(Rav Achi: mistabra)RY: 2 / RL: 1mahloketRY: 2 / RL: 1mahloketRY = Rabbi Yo'hanan (yédiot mehalkot) ; RL = Rech Lakich (seule la kappara sépare)
Les étapes (yedia, hafracha, kappara) et les trois hypothèses de Ravina.
Deux versets, deux positions, deux réponsesRabbi Yo'hanan : 2 hataotal hatato... ve-heviune hatat pour chaque fauteRech Lakich : 1 hatatme-hatato ve-nisla'h lopartie expiée = tout pardonnéLe verset de RL selon RY :un kazaït et demi ; le demi restantsuit le 1er kazaït, pas de 2e hatatLe verset de RY selon RL :2e faute appriseaprès la kappara du 1erRav Achi : ces réponses montrent que la mahloket couvre les zones A et B.
Les deux versets et la manière dont chaque partie répond au verset de l'autre.
1
מכלל דרישא מין אחד ותמחוי אחד. מין אחד ותמחוי אחד צריכא למימר?! אמר רב הונא: הכא במאי עסקינן — כגון שהיתה לו ידיעה בינתיים. ורבן גמליאל היא דאמר: אין ידיעה לחצי שיעור.

Par implication, la première partie (de la Michna) traite d'une seule espèce et d'un seul plat. Une seule espèce et un seul plat, fallait-il le dire ?!

Rav Houna a dit : de quoi s'agit-il ici ? Du cas où il a eu une prise de conscience (yedia) entre-temps.

Et c'est (l'avis de) Rabban Gamliel, qui a dit : il n'y a pas de prise de conscience pour un demi-chiour (demi-mesure).

📜 Rachi (4)
מכלל דרישא דאמר חייב:
Par implication, la première partie - qui dit : il est redevable (hayav).
מין אחד ותמחוי אחד בתמיה:
Une seule espèce et un seul plat - (dit) sur un ton d'étonnement.
שהיתה לו ידיעה בין שני חצאי שיעור ואיצטריך לאשמעינן דליצטרפו דס"ד אמינא הואיל ובשיעורין שלמים חלוקין לחטאות הכא נמי לא ליצטרפו קמ"ל דהתם הוה ידיעה אבל ידיעת חצי שיעור לאו ידיעה היא:
Il a eu une prise de conscience - entre les deux demi-chiourim ; et il fallait nous apprendre qu'ils se joignent, car on aurait pu penser : puisque pour des chiourim complets (les prises de conscience) les séparent en plusieurs hataot, ici aussi ils ne devraient pas se joindre. (La Michna) nous apprend que là-bas c'est une prise de conscience, mais la prise de conscience d'un demi-chiour n'est pas une prise de conscience.
רבן גמליאל היא דאמר לקמן בפרק הבונה אין ידיעה לחצי שיעור:
C'est Rabban Gamliel qui a dit - plus loin, au chapitre Ha-boné : il n'y a pas de prise de conscience pour un demi-chiour.
🗂️ Tossefot (1)
מכלל דרישא מין אחד ותמחוי אחד כו' לעיל לא בעי למיפרך מכלל דסיפא משני מינין ושני תמחויין צריכא למימר שלא חש להאריך כיון דלא קאי הכי:
Par implication, la première partie traite d'une seule espèce et d'un seul plat, etc. - plus haut, (la Guemara) n'a pas voulu objecter : par implication, la seconde partie (seifa) traite de deux espèces et de deux plats, fallait-il le dire ?! Elle n'a pas pris la peine de s'étendre, puisqu'on ne s'en tient pas à cette lecture.
💡 Explication

La Michna rend redevable celui qui a mangé deux demi-kezeitim (demi-volume d'olive) d'une même espèce dans un même plat. La Guemara s'étonne : c'est évident. Rav Houna répond qu'il s'agit du cas où une yedia (prise de conscience de la faute) a eu lieu entre les deux moitiés.

Pour des mesures complètes, une yedia intermédiaire sépare les fautes en plusieurs hataot. Selon Rabban Gamliel, une yedia portant sur un demi-chiour n'a pas de valeur : les deux moitiés se joignent et forment une seule faute.

🖼️ Schéma
Une yedia au milieu d'un seul kazaït1/2 kazaïtmangeyedia(prise de conscience)1/2 kazaïtmangeR. Gamliel : pas de yedia pour un demi-chiourles deux moitiés se joignent : 1 hatat
Selon Rabban Gamliel, la yedia au milieu d'un kazaït ne sépare pas.
2
איתמר: אכל שני זיתי חלב בהעלם אחד, ונודע לו על הראשון, וחזר ונודע לו על השני. רבי יוחנן אמר: חייב שתים. וריש לקיש אמר: אינו חייב אלא אחת. רבי יוחנן אמר חייב: ״על חטאתו ... והביא״. וריש לקיש אמר פטור: ״מחטאתו ונסלח לו״.

Il a été dit (itmar) : celui qui a mangé deux kezeitim (volumes d'olive) de helev (graisse interdite) dans un seul oubli (héélem ehad), a appris (sa faute) pour le premier, puis a appris (sa faute) pour le second. Rabbi Yo'hanan dit : il est redevable de deux (hataot).

Et Rech Lakich dit : il n'est redevable que d'une seule. Rabbi Yo'hanan dit qu'il est redevable : « pour sa faute... et il apportera ».

Et Rech Lakich dit qu'il est exempt : « de sa faute, et il lui sera pardonné ».

📜 Rachi (3)
וחזר ונודע לו לקמן בעי ליה אי קודם שהפריש קרבן על ידיעה ראשונה וקסבר ידיעות מחלקות לחטאות ואע"פ שלא היתה ידיעה בין אכילה לאכילה או לאחר הפרשה וקסבר הפרשות מחלקות והא דאביי ורבא דאמרי לעיל ונודע לו על אחת מהן וחזר ואכל כו' אלמא דחדא הוא דמיחייב אי סבירא להו פלוגתא דר' יוחנן וריש לקיש בקודם הפרשה אינהו דאמור כריש לקיש אי נמי סבירא להו דלאחר הפרשה פליגי ואינהו דאמור קודם הפרשה נודע על השני ודברי הכל אין חלוקין לחטאות:
Puis a appris - plus loin on se demande (s'il s'agit du cas où il a appris le second) avant d'avoir mis à part (hifrich) un sacrifice pour la première prise de conscience, et (R. Yo'hanan) tient que les prises de conscience séparent (yédiot mehalkot) pour les hataot, même s'il n'y a pas eu de prise de conscience entre une consommation et l'autre ; ou (s'il s'agit du cas où il l'a appris) après la mise à part, et il tient que les mises à part séparent (hafrachot mehalkot). Et ce qu'Abbayé et Rava ont dit plus haut : « il a appris l'une d'elles, puis il a de nouveau mangé, etc. », d'où il ressort qu'il n'est redevable que d'une seule : s'ils tiennent que la divergence de R. Yo'hanan et Rech Lakich porte sur (le cas) avant la mise à part, eux ont parlé selon Rech Lakich ; ou bien ils tiennent que la divergence porte sur (le cas) après la mise à part, et eux parlent du cas où il a appris le second avant la mise à part, ou, de l'avis de tous, (les prises de conscience) ne séparent pas pour les hataot.
על חטאתו והביא והביא קרבנו שעירת עזים תמימה נקבה על חטאתו אשר חטא (ויקרא ד׳:כ״ח) משמע על כל חטאת וחטאת יביא:
Pour sa faute... et il apportera - « et il apportera son offrande, une chèvre sans défaut, femelle, pour sa faute qu'il a commise » (Vayikra 4, 28) : cela signifie que pour chaque faute il apporte (un sacrifice).
מחטאתו ונסלח לו אפי' לא הביא אלא על מקצת חטאתו ונסלח לו כולו:
De sa faute, et il lui sera pardonné - même s'il n'a apporté (le sacrifice) que pour une partie de sa faute, il lui est pardonné entièrement.
💡 Explication

Cas : deux kezeitim de helev mangés dans un seul héélem (oubli). En principe, un seul oubli entraîne une seule hatat. Ici la personne apprend ses deux fautes à deux moments différents.

Rabbi Yo'hanan : les deux prises de conscience séparent, il faut deux hataot (verset al hatato... ve-hevi). Rech Lakich : une seule hatat suffit, car expier une partie de la faute efface le tout (verset me-hatato ve-nisla'h lo).

3
וריש לקיש, הכתיב: ״על חטאתו ... והביא״! ההוא לאחר כפרה. ולרבי יוחנן נמי, הכתיב: ״מחטאתו ונסלח לו״! הכא במאי עסקינן — כגון שאכל כזית ומחצה, ונודע לו על כזית, וחזר ואכל כחצי זית אחר בהעלמו של שני. מהו דתימא ליצטרפו — קא משמע לן.

Et Rech Lakich, n'est-il pas écrit : « pour sa faute... et il apportera » ? Celui-là (s'applique) après l'expiation (kappara).

Et pour Rabbi Yo'hanan aussi, n'est-il pas écrit : « de sa faute, et il lui sera pardonné » ? De quoi s'agit-il ici ?

Du cas où il a mangé un kazaït et demi, a appris (sa faute) pour un kazaït, puis a mangé un autre demi-kazaït pendant l'oubli du second (demi-kazaït). On aurait pu dire qu'ils se joignent : (le verset) nous apprend (que non).

📜 Rachi (1)
קמ"ל כיון דהאי חצי זית עם זית קמא שייך בתר ידיעה קמייתא הוה כאילו נודע לו על הכל דהא אי הוה מייתי קרבן הוה מיכפר בהדיה [דזית] בלא שום ידיעה דפחות מכשיעור לא חשיב אבל כזית לא מיכפר בלא ידיעה הלכך כי לא איתידע ליה בהדיה אלא זה אחר זה הוו ידיעות מחלקות:
(Le verset) nous apprend - puisque ce demi-kazaït, avec le premier kazaït, relève de la première prise de conscience, c'est comme s'il avait appris le tout ; car s'il avait apporté un sacrifice, (ce demi-kazaït) aurait été expié avec lui sans aucune prise de conscience, puisque moins que le chiour ne compte pas. Mais un kazaït (entier) n'est pas expié sans prise de conscience ; c'est pourquoi, quand il ne l'a pas appris en même temps (que l'autre), mais l'un après l'autre, les prises de conscience séparent.
💡 Explication

Chacun doit expliquer le verset de l'autre. Pour Rech Lakich, al hatato ve-hevi vise celui qui apprend la seconde faute après la kappara de la première : le sacrifice déjà offert ne peut plus couvrir une faute nouvellement connue.

Pour Rabbi Yo'hanan, me-hatato ve-nisla'h lo vise le kazaït et demi : le demi-kazaït restant est rattaché à la première yedia et se trouve expié avec le kazaït connu. Il ne se joint donc pas au nouveau demi-kazaït pour former une seconde faute. Rachi précise : un demi-chiour est expié sans yedia, un kazaït entier exige une yedia.

🖼️ Schéma
Le kazaït et demi (réponse pour Rabbi Yo'hanan)mangé 1 + 1/2dans un oubliapprend 1 kazaïtle 1/2 reste ignorémangé encore 1/2même oubli que le 1er 1/2Hava amina1/2 + 1/2 = un kazaït nouveaudonc une 2e hatatKa machma lanle 1er 1/2 est rattaché à la 1re yediame-hatato ve-nisla'h lo : exempt
Le demi-kazaït déjà couvert ne se joint pas au nouveau.
4
אמר ליה רבינא לרב אשי: דאיתידע ליה קודם הפרשה פליגי, ובהא פליגי: דמר סבר ידיעות מחלקות, ומר סבר הפרשות מחלקות, אבל לאחר הפרשה מודי ליה ריש לקיש לרבי יוחנן דחייב שתים. או דילמא דאיתידע ליה לאחר הפרשה פליגי, ובהא פליגי: דמר סבר הפרשות מחלקות, ומר סבר כפרות מחלקות. אבל קודם הפרשה מודי ליה רבי יוחנן לריש לקיש דאינו חייב אלא אחת. או דילמא בין בזו ובין בזו מחלוקת?

Ravina dit à Rav Achi : est-ce dans le cas où il l'a appris avant la mise à part (hafracha) qu'ils divergent, et voici l'objet de leur divergence : l'un tient que les prises de conscience séparent, l'autre tient que les mises à part séparent ; mais après la mise à part, Rech Lakich reconnaît à Rabbi Yo'hanan qu'il est redevable de deux ? Ou peut-être est-ce dans le cas où il l'a appris après la mise à part qu'ils divergent, et voici l'objet de leur divergence : l'un tient que les mises à part séparent, l'autre tient que les expiations (kapparot) séparent ; mais avant la mise à part, Rabbi Yo'hanan reconnaît à Rech Lakich qu'il n'est redevable que d'une seule ?

Ou peut-être, dans l'un comme dans l'autre cas, y a-t-il divergence ?

📜 Rachi (1)
דאיתידע ליה על השני קודם שהפריש קרבן על ידיעה הראשונה פליגי:
Il l'a appris - (sa faute) pour le second, avant d'avoir mis à part un sacrifice pour la première prise de conscience : (c'est là) qu'ils divergent.
💡 Explication

Trois étapes peuvent marquer une séparation entre deux fautes : la yedia (prise de conscience), la hafracha (mise à part de l'animal pour la hatat) et la kappara (offrande effective). Ravina demande à quel moment la seconde yedia doit intervenir pour que la mahloket s'applique.

Hypothèse 1 : avant la hafracha (yediot contre hafrachot). Hypothèse 2 : après la hafracha (hafrachot contre kapparot). Hypothèse 3 : dans les deux cas.

5
אמר ליה: מסתברא בין בזו ובין בזו מחלוקת. דאי סלקא דעתך קודם הפרשה פליגי, אבל לאחר הפרשה מודה ליה ריש לקיש לרבי יוחנן דחייב שתים — אדמוקים ליה קרא לאחר כפרה, לוקמיה לאחר הפרשה! ואי אחר הפרשה פליגי, אבל קודם הפרשה מודה ליה רבי יוחנן לריש לקיש דאינו חייב אלא אחת, אדמוקי ליה קרא בכזית ומחצה, לוקמיה קודם הפרשה!

(Rav Achi) lui dit : il est raisonnable (de dire que) dans l'un comme dans l'autre cas il y a divergence. Car si tu penses qu'ils divergent avant la mise à part, mais qu'après la mise à part Rech Lakich reconnaît à Rabbi Yo'hanan qu'il est redevable de deux, au lieu d'établir le verset après l'expiation, qu'on l'établisse après la mise à part !

Et s'ils divergent après la mise à part, mais qu'avant la mise à part Rabbi Yo'hanan reconnaît à Rech Lakich qu'il n'est redevable que d'une seule, au lieu d'établir le verset dans (le cas d')un kazaït et demi, qu'on l'établisse avant la mise à part !

📜 Rachi (1)
אדמוקים לאחר כפרה כי פרכינן לעיל לריש לקיש הא כתיב על חטאתו והביא ואוקימנא שיטתיה דתלמודא בלאחר כפרה לוקמא בלאחר הפרשה אבל השתא דאוקימנא בלאחר כפרה ש"מ דפשיטא לבני הישיבה שסדרו הגמ' דלאחר הפרשה נמי פטר ריש לקיש:
Au lieu d'établir après l'expiation - quand nous avons objecté plus haut à Rech Lakich : « n'est-il pas écrit : pour sa faute... et il apportera », et que le cours du Talmud l'a établi après l'expiation, qu'on l'établisse après la mise à part ! Mais maintenant que nous l'avons établi après l'expiation, on en déduit qu'il était évident pour les membres de la yechiva qui ont ordonné la Guemara qu'après la mise à part aussi Rech Lakich exempte.
💡 Explication

Rav Achi tire sa preuve des réponses du segment 2. Pour Rech Lakich, le Talmud a placé le verset contraire après la kappara, le cas le plus éloigné. S'il admettait deux hataot dès la hafracha, il aurait suffi de dire après la hafracha. Donc il exempte aussi après la hafracha.

De même pour Rabbi Yo'hanan : s'il admettait une seule hatat avant la hafracha, on aurait placé son verset contraire dans ce cas simple, sans recourir au kazaït et demi. Donc il rend redevable même avant la hafracha.

🖼️ Schéma
La preuve de Rav Achi et la réserveSi RL admettait 2 en zone Ble Talmud aurait dit : verset de RY= après hafrachail dit : après kapparaSi RY admettait 1 en zone Ale Talmud aurait dit : verset de RL= avant hafrachail dit : kazaït et demiMistabra : mahloket dans les deux zonesRéserve : peut-être un doute, réponses en im timtsi lomar
Le raisonnement de Rav Achi et la réserve du segment suivant.
6
ודילמא ספוקי מספקא ליה, ו״אם תימצי לומר״ קאמר: אם תימצי לומר קודם הפרשה פליגי בה, רבי יוחנן היכי מוקי ליה לקרא — בכזית ומחצה. ואם תימצי לומר לאחר הפרשה פליגי, ריש לקיש היכי מוקי ליה לקרא — בלאחר כפרה.

Mais peut-être est-il dans le doute, et il parle sur le mode « si tu veux dire » (im timtsi lomar) : si tu veux dire qu'ils divergent avant la mise à part, comment Rabbi Yo'hanan établit-il le verset ? Dans (le cas d')un kazaït et demi.

Et si tu veux dire qu'ils divergent après la mise à part, comment Rech Lakich établit-il le verset ? Après l'expiation.

📜 Rachi (1)
הכי גרסינן בספרים ישנים ודילמא ספוקי מספקא להו ואת"ל קאמר אם תמצא לומר קודם הפרשה פליגי רבי יוחנן היכי מוקי ליה לקרא בכזית ומחצה את"ל אחר הפרשה פליגי ר"ל היכי מוקי ליה לקרא בלאחר כפרה והכי פירושא ודילמא לבני תלמודא נמי מספקא להו פלוגתא דר"י ור"ל במאי כי היכי דמספקא ליה לדידי אי בקודם אי בלאחר אי בתרווייהו וכי פריך בעל התלמוד לרבי יוחנן נמי והא כתיב מחטאתו ונסלח לו ומשני ליה בכזית ומחצה בלשון את"ל פריך ליה ומשני ליה והכי קאמר אי הוה פשיטא לן דלאחר הפרשה הוא דמחייב [ר"י תרתי] אבל בקודם הפרשה מודה [לר"ל] לא הוה קשיא לן מידי דאוקימנא מחטאתו ונסלח לו בקודם הפרשה אבל השתא קשיא לן את"ל בהך בעיא דרבינא דבקודם הפרשה נמי פליגי וא"ר יוחנן חייב שתים ר' יוחנן היכי מוקי ליה לקרא דמחטאתו ונסלח לו ושני ליה בכזית ומחצה והכי קמשני אפי' את"ל דקודם הפרשה לחודא פליגי אי נמי בתרווייהו פליגי איכא לאוקמא בכזית ומחצה ולר"ל נמי כי פריך ליה תלמודא הכתיב על חטאתו והביא ושני ליה בעל התלמוד בלאחר כפרה לעולם ספוקי מספקא ליה במאי פליגי כלדידי ובאת"ל פריך ומשני והכי קאמר את"ל בלאחר הפרשה נמי פליגי דבלאחר הפרשה פטר ליה בחד קרבן דהשתא ליכא לאוקמא לקרא דמחייב בלאחר הפרשה ר"ל היאך מוקי ליה להאי קרא כלומר במאי מוקי ליה ושני ליה אפילו אם תמצא לומר בלאחר הפרשה פליגי איכא לאוקמי בלאחר כפרה. ורוב התלמידים שגו בשיטה זו ודימו דהאי דהיכי מוקי לה לקרא בכזית ומחצה וחברו היכי מוקי ליה לקרא בלאחר כפרה לשון קושיא הוא ולפרושי כמו מ"ט והוצרכו לשבש את הספרים ולמחוק הוי"ו ואת"ל קמא ולהגיה קאמרינן ולהגיה על קודם לאחר ועל לאחר קודם ואין שיטת התלמוד כפי סוגייתם:
Voici la version que nous lisons dans les livres anciens : « Et peut-être sont-ils dans le doute, et il parle sur le mode ve-im timtsi lomar : si tu veux dire qu'ils divergent avant la mise à part, comment Rabbi Yo'hanan établit-il le verset ? Dans un kazaït et demi. Si tu veux dire qu'ils divergent après la mise à part, comment Rech Lakich établit-il le verset ? Après l'expiation. » Et voici l'explication : peut-être les maîtres du Talmud aussi étaient-ils dans le doute sur l'objet de la divergence de R. Yo'hanan et Rech Lakich, de même que moi (Ravina) je suis dans le doute : est-ce avant, est-ce après, ou dans les deux ? Et quand l'auteur du Talmud objecte aussi à Rabbi Yo'hanan : « n'est-il pas écrit : de sa faute, et il lui sera pardonné », et lui répond : « dans un kazaït et demi », c'est sur le mode « si tu veux dire » qu'il objecte et qu'il répond. Voici ce qu'il dit : s'il était évident pour nous que c'est après la mise à part que [R. Yo'hanan] rend redevable de deux, mais qu'avant la mise à part il reconnaît [à Rech Lakich], il n'y aurait eu pour nous aucune difficulté, car nous aurions établi « de sa faute, et il lui sera pardonné » avant la mise à part. Mais maintenant la difficulté se pose : si tu veux dire, selon cette question de Ravina, qu'avant la mise à part aussi ils divergent, et que Rabbi Yo'hanan dit : il est redevable de deux, comment Rabbi Yo'hanan établit-il le verset « de sa faute, et il lui sera pardonné » ? Et il lui répond : dans un kazaït et demi. Voici ce qu'il répond : même si tu veux dire qu'ils divergent seulement avant la mise à part, ou bien qu'ils divergent dans les deux cas, on peut l'établir dans un kazaït et demi. Et pour Rech Lakich aussi, quand le Talmud lui objecte : « n'est-il pas écrit : pour sa faute... et il apportera », et que l'auteur du Talmud lui répond : « après l'expiation », en réalité il est dans le doute sur l'objet de leur divergence, comme moi, et c'est sur le mode « si tu veux dire » qu'il objecte et répond. Voici ce qu'il dit : si tu veux dire qu'ils divergent aussi après la mise à part, (Rech Lakich) l'exemptant avec un seul sacrifice après la mise à part, de sorte qu'on ne peut plus établir le verset qui rend redevable après la mise à part, comment Rech Lakich établit-il ce verset, c'est-à-dire dans quel cas l'établit-il ? Et il lui répond : même si tu veux dire qu'ils divergent après la mise à part, on peut l'établir après l'expiation. La plupart des élèves se sont trompés dans ce passage : ils ont imaginé que « comment établit-il le verset ? dans un kazaït et demi » et son pendant « comment établit-il le verset ? après l'expiation » étaient une formule d'objection, à expliquer comme « pour quelle raison ? ». Ils ont dû altérer les livres : effacer le vav du premier ve-im timtsi lomar, corriger en « kaamrinan », et corriger « avant » en « après » et « après » en « avant ». Or le cours du Talmud ne suit pas leur interprétation.
💡 Explication

Ravina refuse la preuve. Le Talmud a pu formuler ses réponses sur le mode im timtsi lomar (à supposer que) : sans savoir où porte la mahloket, il donne pour chaque hypothèse une réponse valable dans tous les cas. La réponse du kazaït et demi convient même si la mahloket porte avant la hafracha ; celle de l'après-kappara convient même si elle porte après la hafracha.

Rachi défend ici la lecture des livres anciens et rejette la correction de certains élèves, qui lisaient ces phrases comme des objections et avaient modifié le texte en conséquence.

7
אמר עולא: למאן דאמר אשם ודאי, לא בעי ידיעה בתחילה,

Oula a dit : selon celui qui dit que l'acham vadaï (sacrifice de culpabilité pour une faute certaine) n'exige pas de prise de conscience au début,

📜 Rachi (2)
למ"ד אשם ודאי לא בעי ידיעה פלוגתא דר"ט ור"ע היא בכריתות בפ' דם שחיטה (כריתות דף כב.) ר"ע מחייב על ספק מעילות אשם תלוי ופי' היו לפניו שתי חתיכות א' של קדש וא' של חולין ואכל אחת מהן ואינו יודע איזו אכל מביא אשם תלוי ומודה ר"ע שאינו מביא את מעילתו כלומר אינו משלם קרן וחומש עד שיודע לו ויביא עמה אשם מעילות ודאי כי היכי דאשם תלוי דשאר עבירות דספק כרת אינו מכפר כפרה גמורה וכשיודע לו דודאי חטא מביא חטאת אף זה כשיודע לו יחזור ויביא אשם ודאי ר"ט אומר מה לזה מביא שתי אשמות ולא דמי לאשם תלוי דספק חטאת דהתם ספיקו איל וודאי נקבה הלכך כי מתידע ליה בעי לאתויי נקבה אבל זה ששניהם מין אחד כדאמר התם שממין שמביא על הודע מביא על לא הודע שזה איל וזה איל יביא קרן וחומש ויביא איל ויאמר אם ודאי מעלתי זו מעילתי וזו אשמי ואם ספק שלא עתיד ספיקי להודע לי אשם זה יהיה אשם תלוי והקדש זה לנדבה ולכי מתיידע ליה לא בעי לאתויי אשם אחרינא אלמא לא בעי ידיעה בתחילה באשם ודאי קודם הבאת כפרתו דהא לא איתידע ליה כי אתיי' ומכפר עליה:
Selon celui qui dit que l'acham vadaï n'exige pas de prise de conscience - c'est la divergence de Rabbi Tarfon et Rabbi Akiva dans Keritot, au chapitre Dam chehita (Keritot 22a). Rabbi Akiva rend redevable, pour un doute de meila (usage profane d'un bien consacré), d'un acham talouy (sacrifice de culpabilité suspendu). Explication : il y avait devant lui deux morceaux, l'un consacré et l'autre profane (houlin) ; il a mangé l'un d'eux et ne sait pas lequel il a mangé : il apporte un acham talouy. Et Rabbi Akiva reconnaît qu'il n'apporte pas sa meila, c'est-à-dire qu'il ne paie pas le capital et le cinquième (keren ve-homech), jusqu'à ce qu'il l'apprenne ; et il apporte alors avec cela un acham meilot certain. De même que l'acham talouy des autres transgressions, pour un doute de karet, n'expie pas d'une expiation complète, et que lorsqu'il apprend qu'il a certainement fauté il apporte une hatat, de même celui-ci, quand il l'apprendra, apportera de nouveau un acham vadaï. Rabbi Tarfon dit : pourquoi celui-ci apporterait-il deux achamot ? Ce n'est pas comparable à l'acham talouy (qui vient) pour un doute de hatat, car là, pour son doute (il apporte) un bélier et pour la certitude une femelle ; c'est pourquoi, quand il l'apprend, il doit apporter une femelle. Mais ici, les deux sont d'une même espèce, comme il est dit là-bas : de l'espèce qu'il apporte pour ce qui est connu, il apporte pour ce qui n'est pas connu ; celui-ci est un bélier et celui-là est un bélier. Qu'il apporte le capital et le cinquième, qu'il apporte un bélier et dise : si j'ai certainement commis la meila, voici ma meila et voici mon acham ; et si c'est un doute, qui ne me sera jamais éclairci, que cet acham soit un acham talouy et ce (paiement) consacré une offrande volontaire (nedava). Et quand il l'apprendra, il n'a pas besoin d'apporter un autre acham. Il en ressort que l'acham vadaï n'exige pas de prise de conscience au début, avant d'apporter son expiation, puisqu'il ne l'avait pas appris quand il l'a apporté, et (le sacrifice) l'expie.
אשם ודאי כל אשמות קרוין אשם ודאי חוץ מאשם תלוי שהוא בא על לא הודע והן שלשה הבאין על חטא אשם מעילות אשם גזילות אשם שפחה חרופה:
Acham vadaï - tous les achamot sont appelés acham vadaï, sauf l'acham talouy qui vient pour ce qui n'est pas connu. Ce sont les trois qui viennent pour une faute : l'acham meilot, l'acham guezelot (vols) et l'acham chifha haroufa (servante fiancée).
🗂️ Tossefot (1)
מאן דאמר אשם ודאי לא בעי ידיעה בתחלה פי' בקונטרס דאיכא פלוגתא דר' עקיבא ורבי טרפון בפרק דם שחיטה בכריתות (דף כב:) וליתא דהא תנן התם דדוקא במעילה מרובה קאמר ר"ע שמביא שתי אשמות משום דטוב לו שיביא שתי אשמות משיביא אשם אחד ויתנה שאם לא יוודע לו תהא מעילתו נדבה אבל במעילה מועטת מודה ר"ע שמביא אשם אחד ויתנה ונוח לו שיתן מעילה מועטת על הספק משיביא שתי אשמות וקאמרינן בגמ' מדברי שניהם נלמד [א] אשם ודאי לא בעי ידיעה בתחלה ואם תאמר רבי טרפון דקאמר מה לזה מביא שתי אשמות משמע דעצה טובה קמ"ל אדרבה כיון דבמעילה מרובה פליגי אם כן טוב לו שיביא שתי אשמות כדאמר ר' עקיבא משיביא אשם אחד ומעילתו ויתנה כדפרישית יש לומר דר' טרפון לאו עצה טובה קאמר אלא לעולם אינו יוצא מידי עבירה בשתי אשמות אלא שיביא אשם ומעילתו ויתנה ואם תאמר ולרבי עקיבא אמאי מביא שתי אשמות במרובה ובמעוטה אשם ומעילה יביא לעולם אשם אחד ויתנה וכשיודע אז יביא מעילתו ויש לומר משום דאמר המביא אשמו עד שלא הביא מעילתו לא יצא:
Selon celui qui dit que l'acham vadaï n'exige pas de prise de conscience au début - le Kountres (Rachi) a expliqué qu'il s'agit de la divergence de Rabbi Akiva et Rabbi Tarfon au chapitre Dam chehita dans Keritot (22b). Ce n'est pas le cas : on a enseigné là-bas que c'est seulement pour une meila importante que Rabbi Akiva dit qu'il apporte deux achamot, parce qu'il vaut mieux pour lui apporter deux achamot plutôt que d'apporter un seul acham en posant la condition que, si (la faute) ne lui est pas connue, sa meila soit une offrande volontaire. Mais pour une meila minime, Rabbi Akiva reconnaît qu'il apporte un seul acham et pose la condition, et il lui est plus commode de donner une petite meila sur un doute que d'apporter deux achamot. Et on dit dans la Guemara : des paroles de tous les deux nous apprenons que l'acham vadaï n'exige pas de prise de conscience au début. Et si tu objectes : Rabbi Tarfon, qui dit « pourquoi celui-ci apporterait-il deux achamot ? », sous-entend qu'il nous enseigne un bon conseil ; or au contraire, puisqu'ils divergent sur une meila importante, il vaut mieux pour lui apporter deux achamot, comme le dit Rabbi Akiva, plutôt que d'apporter un seul acham avec sa meila et poser la condition, comme je l'ai expliqué ! On peut répondre que Rabbi Tarfon ne parle pas d'un bon conseil ; il dit qu'avec deux achamot il ne sort jamais de l'emprise de la transgression, à moins d'apporter un acham avec sa meila et de poser la condition. Et si tu objectes : selon Rabbi Akiva, pourquoi apporte-t-il deux achamot pour une meila importante, et pour une minime un acham avec la meila ? Qu'il apporte toujours un seul acham et pose la condition, et quand il l'apprendra, il apportera alors sa meila ! On peut répondre : parce qu'il est dit que celui qui apporte son acham avant d'avoir apporté sa meila n'est pas quitte.
💡 Explication

Oula ouvre une nouvelle déclaration (qui se poursuit au daf suivant). L'acham vadaï est le sacrifice de culpabilité pour une faute certaine : meilot, guezelot, chifha haroufa. On l'oppose à l'acham talouy, apporté en cas de doute.

Question de fond : l'acham vadaï exige-t-il que la faute soit connue avant l'offrande ? Rachi rattache la position qui ne l'exige pas à Rabbi Tarfon (Keritot 22). Tossefot conteste : selon la Guemara de Keritot, les deux Tannaïm s'accordent sur ce point, et leur divergence porte seulement sur le cas d'une meila importante.

🖼️ Schéma
Les achamot (sacrifices de culpabilité)AchamAcham talouyfaute douteuse (lo hoda)expiation provisoireAcham vadaï (faute certaine)meilot (bien consacré)guezelot (vol)chifha haroufa
Acham talouy et les trois achamot vadaï.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).