Sougya : Le daf achève la discussion sur la Michna des demi-kezeitim : Rav Houna l'établit dans le cas d'une prise de conscience entre les deux moitiés, selon Rabban Gamliel pour qui il n'y a pas de yedia pour un demi-chiour. Vient ensuite la mahloket de Rabbi Yo'hanan et Rech Lakich : celui qui a mangé deux kezeitim de helev dans un seul oubli et les apprend l'un après l'autre doit-il deux hataot ou une seule ?
Chacun s'appuie sur un verset et répond au verset de l'autre. Ravina demande à Rav Achi à quel stade porte la mahloket (avant ou après la mise à part du sacrifice) ; Rav Achi répond : dans les deux, avec une réserve.
Le daf s'ouvre enfin sur une déclaration d'Oula concernant l'acham vadaï.
Par implication, la première partie (de la Michna) traite d'une seule espèce et d'un seul plat. Une seule espèce et un seul plat, fallait-il le dire ?!
Rav Houna a dit : de quoi s'agit-il ici ? Du cas où il a eu une prise de conscience (yedia) entre-temps.
Et c'est (l'avis de) Rabban Gamliel, qui a dit : il n'y a pas de prise de conscience pour un demi-chiour (demi-mesure).
La Michna rend redevable celui qui a mangé deux demi-kezeitim (demi-volume d'olive) d'une même espèce dans un même plat. La Guemara s'étonne : c'est évident. Rav Houna répond qu'il s'agit du cas où une yedia (prise de conscience de la faute) a eu lieu entre les deux moitiés.
Pour des mesures complètes, une yedia intermédiaire sépare les fautes en plusieurs hataot. Selon Rabban Gamliel, une yedia portant sur un demi-chiour n'a pas de valeur : les deux moitiés se joignent et forment une seule faute.
Il a été dit (itmar) : celui qui a mangé deux kezeitim (volumes d'olive) de helev (graisse interdite) dans un seul oubli (héélem ehad), a appris (sa faute) pour le premier, puis a appris (sa faute) pour le second. Rabbi Yo'hanan dit : il est redevable de deux (hataot).
Et Rech Lakich dit : il n'est redevable que d'une seule. Rabbi Yo'hanan dit qu'il est redevable : « pour sa faute... et il apportera ».
Et Rech Lakich dit qu'il est exempt : « de sa faute, et il lui sera pardonné ».
Cas : deux kezeitim de helev mangés dans un seul héélem (oubli). En principe, un seul oubli entraîne une seule hatat. Ici la personne apprend ses deux fautes à deux moments différents.
Rabbi Yo'hanan : les deux prises de conscience séparent, il faut deux hataot (verset al hatato... ve-hevi). Rech Lakich : une seule hatat suffit, car expier une partie de la faute efface le tout (verset me-hatato ve-nisla'h lo).
Et Rech Lakich, n'est-il pas écrit : « pour sa faute... et il apportera » ? Celui-là (s'applique) après l'expiation (kappara).
Et pour Rabbi Yo'hanan aussi, n'est-il pas écrit : « de sa faute, et il lui sera pardonné » ? De quoi s'agit-il ici ?
Du cas où il a mangé un kazaït et demi, a appris (sa faute) pour un kazaït, puis a mangé un autre demi-kazaït pendant l'oubli du second (demi-kazaït). On aurait pu dire qu'ils se joignent : (le verset) nous apprend (que non).
Chacun doit expliquer le verset de l'autre. Pour Rech Lakich, al hatato ve-hevi vise celui qui apprend la seconde faute après la kappara de la première : le sacrifice déjà offert ne peut plus couvrir une faute nouvellement connue.
Pour Rabbi Yo'hanan, me-hatato ve-nisla'h lo vise le kazaït et demi : le demi-kazaït restant est rattaché à la première yedia et se trouve expié avec le kazaït connu. Il ne se joint donc pas au nouveau demi-kazaït pour former une seconde faute. Rachi précise : un demi-chiour est expié sans yedia, un kazaït entier exige une yedia.
Ravina dit à Rav Achi : est-ce dans le cas où il l'a appris avant la mise à part (hafracha) qu'ils divergent, et voici l'objet de leur divergence : l'un tient que les prises de conscience séparent, l'autre tient que les mises à part séparent ; mais après la mise à part, Rech Lakich reconnaît à Rabbi Yo'hanan qu'il est redevable de deux ? Ou peut-être est-ce dans le cas où il l'a appris après la mise à part qu'ils divergent, et voici l'objet de leur divergence : l'un tient que les mises à part séparent, l'autre tient que les expiations (kapparot) séparent ; mais avant la mise à part, Rabbi Yo'hanan reconnaît à Rech Lakich qu'il n'est redevable que d'une seule ?
Ou peut-être, dans l'un comme dans l'autre cas, y a-t-il divergence ?
Trois étapes peuvent marquer une séparation entre deux fautes : la yedia (prise de conscience), la hafracha (mise à part de l'animal pour la hatat) et la kappara (offrande effective). Ravina demande à quel moment la seconde yedia doit intervenir pour que la mahloket s'applique.
Hypothèse 1 : avant la hafracha (yediot contre hafrachot). Hypothèse 2 : après la hafracha (hafrachot contre kapparot). Hypothèse 3 : dans les deux cas.
(Rav Achi) lui dit : il est raisonnable (de dire que) dans l'un comme dans l'autre cas il y a divergence. Car si tu penses qu'ils divergent avant la mise à part, mais qu'après la mise à part Rech Lakich reconnaît à Rabbi Yo'hanan qu'il est redevable de deux, au lieu d'établir le verset après l'expiation, qu'on l'établisse après la mise à part !
Et s'ils divergent après la mise à part, mais qu'avant la mise à part Rabbi Yo'hanan reconnaît à Rech Lakich qu'il n'est redevable que d'une seule, au lieu d'établir le verset dans (le cas d')un kazaït et demi, qu'on l'établisse avant la mise à part !
Rav Achi tire sa preuve des réponses du segment 2. Pour Rech Lakich, le Talmud a placé le verset contraire après la kappara, le cas le plus éloigné. S'il admettait deux hataot dès la hafracha, il aurait suffi de dire après la hafracha. Donc il exempte aussi après la hafracha.
De même pour Rabbi Yo'hanan : s'il admettait une seule hatat avant la hafracha, on aurait placé son verset contraire dans ce cas simple, sans recourir au kazaït et demi. Donc il rend redevable même avant la hafracha.
Mais peut-être est-il dans le doute, et il parle sur le mode « si tu veux dire » (im timtsi lomar) : si tu veux dire qu'ils divergent avant la mise à part, comment Rabbi Yo'hanan établit-il le verset ? Dans (le cas d')un kazaït et demi.
Et si tu veux dire qu'ils divergent après la mise à part, comment Rech Lakich établit-il le verset ? Après l'expiation.
Ravina refuse la preuve. Le Talmud a pu formuler ses réponses sur le mode im timtsi lomar (à supposer que) : sans savoir où porte la mahloket, il donne pour chaque hypothèse une réponse valable dans tous les cas. La réponse du kazaït et demi convient même si la mahloket porte avant la hafracha ; celle de l'après-kappara convient même si elle porte après la hafracha.
Rachi défend ici la lecture des livres anciens et rejette la correction de certains élèves, qui lisaient ces phrases comme des objections et avaient modifié le texte en conséquence.
Oula a dit : selon celui qui dit que l'acham vadaï (sacrifice de culpabilité pour une faute certaine) n'exige pas de prise de conscience au début,
Oula ouvre une nouvelle déclaration (qui se poursuit au daf suivant). L'acham vadaï est le sacrifice de culpabilité pour une faute certaine : meilot, guezelot, chifha haroufa. On l'oppose à l'acham talouy, apporté en cas de doute.
Question de fond : l'acham vadaï exige-t-il que la faute soit connue avant l'offrande ? Rachi rattache la position qui ne l'exige pas à Rabbi Tarfon (Keritot 22). Tossefot conteste : selon la Guemara de Keritot, les deux Tannaïm s'accordent sur ce point, et leur divergence porte seulement sur le cas d'une meila importante.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).