Shabbat 72b — Mitasek et chogueg : l'intention nécessaire pour être redevable d'une hatat

Shabbat 72b

Sougya : Le daf ouvre sur la controverse d'Abaye et de Rava : celui qui voulait couper un végétal qu'il croyait détaché et a coupé un végétal attaché au sol est-il redevable d'une hatat ? Pour Rava il est exempt, car il n'avait pas l'intention d'une coupe interdite ; pour Abaye il est redevable, car il voulait couper et il a coupé.

Rava apporte une baraita : au Chabbat on est plus sévère (deux actes en un seul oubli entraînent deux sacrifices), et ailleurs on est plus sévère (le chogueg sans intention est redevable). La Guemara analyse la baraita : elle établit la reicha en idolâtrie selon R.

Ami, puis cherche ce que serait un chogueg sans intention en idolâtrie ; la réponse par amour ou par crainte ne convient qu'à Abaye, et la réponse omer moutar se heurte à une autre position de Rava. La discussion se poursuit au daf 73a.

Intention et résultat : quand l'acte est-il une chegaga ?Cas 1 : voulait SOULEVER du détachéCas 2 : voulait COUPER du détachéIntention : un geste de soulèvement(aucune coupe voulue)Intention : une coupe permise(il croit l'objet détaché)Résultat : il coupe de l'attachéRésultat : il coupe de l'attachéTous : PATOURmitasek (acte machinal)exclu par acher hâta bahRava : PATOURpas d'intention d'unecoupe interditeAbaye : HAYAVil voulait couper,et il a coupéChogueg (inadvertance) = redevable d'une hatat ; mitasek = exempt de tout sacrifice.
Les deux cas du début du daf : mitasek (exempt pour tous) et la controverse d'Abaye et de Rava.
La baraita de Rava : plus sévère au Chabbat / plus sévère ailleursPreuve de Rava : chogueg sans intention = hayav ailleurs, pas au ChabbatReicha : deux actes en un oubli -> deux hatat au Chabbat, pas ailleurs ?Coupe + mouture = graisse + sang (deux) ; coupe + coupe = graisse + graisse (une)Réponse : ailleurs = idolâtrie (R. Ami)sacrifier + encenser + libation en un oubli -> une seule hatatQuestion sur la seifa : chogueg sans intention en idolâtrie ?synagogue -> cœur vers le Ciel ; statue du roi -> mezid, ou rienPar amour ou par crainte : hayav selon Abayemais Rava exempte dans ce casPour Rava : il dit c'est permis (omer moutar)et au Chabbat il serait exempt totalement ?Objection : Rava a seulement demandé à Rav Nahmanune ou deux hatat, jamais l'exemption (suite 73a)
Parcours de la sougya : la baraita, l'établissement en idolâtrie et les objections.
1
נתכוין להגביה את התלוש, וחתך את המחובר — פטור. לחתוך את התלוש, וחתך את המחובר, רבא אמר: פטור. אביי אמר: חייב. רבא אמר פטור — דהא לא מיכוון לחתיכה דאיסורא. אביי אמר חייב — דהא קמיכוין לחתיכה בעלמא.

(Celui qui) a eu l'intention de soulever ce qui est détaché (du sol) et a coupé ce qui est attaché est exempt. (S'il a eu l'intention) de couper ce qui est détaché et a coupé ce qui est attaché, Rava dit : il est exempt ; Abaye dit : il est redevable.

Rava dit exempt, car il n'a pas eu l'intention d'une coupe interdite. Abaye dit redevable, car il a eu l'intention d'une coupe en général.

📜 Rachi (3)
נתכוין להגביה את התלוש כגון דנפל סכין בערוגת הירק ונתכוין להגביהו:
Il a eu l'intention de soulever ce qui est détaché - par exemple un couteau est tombé dans un carré de légumes et il a eu l'intention de le soulever.
וחתך את המחובר פטור דכתיב אשר חטא בה ודרשינן בכריתות פרט למתעסק בדבר אחר ועשה דבר זה ושוגג היכי דמי כגון שנתכוין לכך אבל שגג דסבר שאין היום שבת או סבר שמלאכה זו מותרת וזה מתעסק בהגבהה היה ולא בחתיכה:
Et il a coupé ce qui est attaché, il est exempt - car il est écrit (Vayikra 4, 23) : (sa faute) dans laquelle il a fauté (acher hâta bah), et nous en déduisons dans (le traité) Keritot : à l'exclusion de celui qui s'occupait d'une autre chose (mitasek) et a fait cette chose-ci. Et le chogueg (celui qui agit par inadvertance), comment est-ce ? Par exemple s'il a eu l'intention de (faire) cela, mais a commis une erreur, pensant qu'aujourd'hui n'est pas Chabbat, ou pensant que ce travail est permis. Or celui-ci s'occupait de soulever, et non de couper.
דהא לא איכוין אחתיכה דאיסורא בשגגת שבת או בשגגת מלאכות אלא מתעסק בחתיכת היתר הוה שיודע שהוא שבת ויודע שחתיכת מחובר אסור:
Car il n'a pas eu l'intention d'une coupe interdite - par erreur sur le Chabbat ou par erreur sur les travaux ; il s'occupait (mitasek) d'une coupe permise, car il sait que c'est Chabbat et il sait qu'il est interdit de couper ce qui est attaché.
🗂️ Tossefot (1)
נתכוין להגביה את התלוש פירש בקונטרס כגון סכין מוטל בערוגת ירק ונתכוין להגביה וחתך את המחובר א"כ הא דפליגי בנתכוין לחתוך את התלוש וחתך את המחובר היינו לחתוך תלוש וחתך מחובר אחר אבל לחתוך מחובר זה וחתך מחובר אחר משמע דחייב לכ"ע וקשה לר"ת דבסוף פ' ספק אכל (כריתות יט:) אמר שמואל המתעסק בחלבים ועריות חייב שכן נהנה בשבת פטור דמלאכת מחשבת אסרה תורה ומוכח התם דאפילו בנתכוין ללקוט תאנה זו וליקט תאנה אחרת פטר שמואל ולקמן בפרק הזורק (שבת דף צז:) פטר רבא נתכוין לזרוק ארבע וזרק שמנה כי לא אמר כל מקום שתרצה תנוח וכל שכן בנתכוין לזרוק בצד זה וזרק בצד אחר דלא נעשה כלל רצונו או נתכוין לחתוך מחובר זה וחתך מחובר אחר דפטור ונראה לר"ת דהכא מיירי בנתכוין לחתוך תלוש ונמצא שהוא מחובר וחותך מה שהיה מתכוין אלא שלא היה יודע שהיה מחובר ופליגי אביי ורבא בקרא דאשר חטא בה דמוקי ליה רבי אליעזר בפרק ספק אכל (שם יט:) פרט למתעסק והכי איתא התם בהדיא דקאמר עלה לרבא משכחת לה שנתכוין לחתוך את התלוש וחתך את המחובר לאביי שנתכוין להגביה את התלוש כו' ושמואל דפטר מטעם מלאכת מחשבת היינו בנתכוין לחתוך מחובר זה וחתך מחובר אחר דלא נעשה מחשבתו והשתא אתי שפיר דקאמר לקמן דמפרש שגג בלא מתכוין דשאר מצות היכי דמי כגון דסבור שומן הוא ואכלו דהיינו ממש דומיא דשבת לפר"ת:
Il a eu l'intention de soulever ce qui est détaché - Le Kountras (Rachi) explique : par exemple un couteau posé dans un carré de légumes ; il a eu l'intention de le soulever et a coupé ce qui est attaché. S'il en est ainsi, la controverse sur celui qui a eu l'intention de couper ce qui est détaché et a coupé ce qui est attaché porte sur celui qui voulait couper un (végétal) détaché et a coupé un autre (végétal), attaché ; mais (celui qui voulait) couper cet (végétal) attaché-ci et a coupé un autre (végétal) attaché serait, semble-t-il, redevable selon tous. Le Rabbenou Tam fait difficulté : à la fin du chapitre Safek akhal (Keritot 19b), Chmouel dit : celui qui agit machinalement (mitasek) avec les graisses interdites (halavim) et les unions interdites (arayot) est redevable, car il en a tiré jouissance ; au Chabbat il est exempt, car la Torah a interdit un travail réfléchi (melekhet mahachevet). Et il ressort de là-bas que même s'il avait l'intention de cueillir cette figue-ci et a cueilli une autre figue, Chmouel l'exempte. Et plus loin, au chapitre Hazorek (Chabbat 97b), Rava exempte celui qui voulait lancer (un objet à) quatre (coudées) et l'a lancé à huit, lorsqu'il n'a pas dit : partout où il voudra, qu'il se pose ; à plus forte raison celui qui voulait lancer d'un côté et a lancé d'un autre côté, dont la volonté ne s'est pas du tout réalisée, ou celui qui voulait couper cet (végétal) attaché-ci et a coupé un autre (végétal) attaché, est exempt. Il semble au Rabbenou Tam qu'il s'agit ici de celui qui voulait couper (ce qu'il croyait) détaché, et il s'avère que c'est attaché : il coupe ce qu'il voulait couper, mais il ne savait pas que c'était attaché. Et Abaye et Rava divergent sur le verset acher hâta bah, que R. Eliezer applique, au chapitre Safek akhal (ibid. 19b), à l'exclusion du mitasek. C'est explicite là-bas, puisqu'on y dit à ce propos : selon Rava, on le trouve lorsqu'il a voulu couper ce qui est détaché et a coupé ce qui est attaché ; selon Abaye, lorsqu'il a voulu soulever ce qui est détaché, etc. Et Chmouel, qui exempte en raison de melekhet mahachevet, (parle de) celui qui voulait couper cet (végétal) attaché-ci et a coupé un autre (végétal) attaché, dont l'intention ne s'est pas réalisée. Ainsi s'explique bien ce qui est dit plus loin, où l'on explique le chogueg sans intention dans les autres commandements : comment est-ce ? Par exemple s'il pensait que c'était de la graisse permise (chouman) et l'a mangée ; c'est exactement l'équivalent du Chabbat selon l'explication du Rabbenou Tam.
💡 Explication

Pour être redevable d'une hatat (sacrifice expiatoire), il faut un chogueg : un acte voulu, commis par erreur sur le Chabbat ou sur l'interdit. Le mitasek (celui qui agit machinalement, en visant autre chose) est exempt, d'après le verset acher hâta bah.

Premier cas : il voulait seulement soulever un couteau et a coupé au passage une plante; il n'a voulu aucune coupe, il est exempt pour tous. Second cas : il voulait couper une plante qu'il croyait détachée. Pour Rava, la coupe voulue était permise à ses yeux, sans erreur sur la halakha : c'est un mitasek. Pour Abaye, il a voulu un acte de coupe et l'a réalisé : c'est un chogueg.

Le Rabbenou Tam (Tossefot) précise : il coupe exactement la plante visée, en ignorant qu'elle est attachée. Si l'acte portait sur une autre plante que celle visée, tous exempteraient, en raison de melekhet mahachevet (travail réfléchi).

🖼️ Schéma
Intention et résultat : quand l'acte est-il une chegaga ?Cas 1 : voulait SOULEVER du détachéCas 2 : voulait COUPER du détachéIntention : un geste de soulèvement(aucune coupe voulue)Intention : une coupe permise(il croit l'objet détaché)Résultat : il coupe de l'attachéRésultat : il coupe de l'attachéTous : PATOURmitasek (acte machinal)exclu par acher hâta bahRava : PATOURpas d'intention d'unecoupe interditeAbaye : HAYAVil voulait couper,et il a coupéChogueg (inadvertance) = redevable d'une hatat ; mitasek = exempt de tout sacrifice.
Mitasek (exempt pour tous) et chogueg (controverse d'Abaye et de Rava).
2
אמר רבא: מנא אמינא לה? דתניא: חומר שבת משאר מצות, וחומר שאר מצות משבת. חומר שבת משאר מצות, שהשבת עשה שתים בהעלם אחד — חייב על כל אחת ואחת, מה שאין כן בשאר מצות. וחומר שאר מצות משבת — שבשאר מצות שגג בלא מתכוין — חייב, מה שאין כן בשבת.

Rava dit : d'où est-ce que je le dis ? Car il a été enseigné (dans une baraita) : il y a une rigueur au Chabbat par rapport aux autres commandements, et une rigueur dans les autres commandements par rapport au Chabbat.

Rigueur au Chabbat par rapport aux autres commandements : au Chabbat, s'il a fait deux (travaux) en un seul oubli (heelem), il est redevable pour chacun, ce qui n'est pas le cas dans les autres commandements. Rigueur dans les autres commandements par rapport au Chabbat : dans les autres commandements, s'il a agi par inadvertance sans intention (chagag bélo mitkaven), il est redevable, ce qui n'est pas le cas au Chabbat.

📜 Rachi (2)
משא"כ בשאר מצות כולה מפרש לה ואזיל:
Ce qui n'est pas le cas dans les autres commandements - il (la Guemara) explique tout cela ensuite.
שגג בלא מתכוין לקמן מפרש לה:
Il a agi par inadvertance sans intention - on l'explique plus loin.
💡 Explication

Rava lit l'expression chagag bélo mitkaven comme le cas qu'il exempte au Chabbat : il voulait un acte permis (couper du détaché) et a produit un acte interdit. Dans les autres interdits, un tel acte rend redevable ; au Chabbat, non, car la Torah exige une intention sur l'acte interdit.

Heelem ehad : une seule période d'oubli, sans prise de conscience entre les actes.

3
אמר מר: חומר שבת משאר מצות, שהשבת עשה שתים בהעלם אחד — חייב על כל אחת ואחת, מה שאין כן בשאר מצות. היכי דמי? אילימא דעבד קצירה וטחינה, דכוותה גבי שאר מצות אכל חלב ודם. הכא תרתי מיחייב, והכא תרתי מיחייב! אלא שאר מצות דלא מיחייב אלא חדא היכי דמי — דאכל חלב וחלב. דכוותה גבי שבת — דעבד קצירה וקצירה, הכא חדא מיחייב, והכא חדא מיחייב!

Le Maître a dit : rigueur au Chabbat par rapport aux autres commandements : au Chabbat, s'il a fait deux (travaux) en un seul oubli, il est redevable pour chacun, ce qui n'est pas le cas dans les autres commandements. Comment est-ce ?

Si l'on dit qu'il a fait (le travail de) moissonner et (celui de) moudre, l'équivalent pour les autres commandements est qu'il a mangé de la graisse interdite (helev) et du sang : ici il est redevable de deux, et là il est redevable de deux ! Mais (plutôt), dans les autres commandements, où il n'est redevable que d'un seul, comment est-ce ?

Qu'il a mangé de la graisse et (de nouveau) de la graisse. L'équivalent au Chabbat est qu'il a moissonné et (de nouveau) moissonné : ici il est redevable d'un seul, et là il est redevable d'un seul !

📜 Rachi (3)
חלב ודם דומיא דטחינה וקצירה שהן שני גופין:
Graisse et sang - comparable à la mouture et à la moisson, qui sont deux corps (distincts d'interdits).
אלא גבי שאר מצות היכי דמי דפטור:
Mais pour les autres commandements, comment est-ce - (le cas) où il est exempt (d'un second sacrifice) ?
כגון חלב וחלב בהעלם אחד:
Par exemple graisse et graisse - en un seul oubli.
💡 Explication

La Guemara cherche la différence annoncée par la baraita. Deux avot melakha distincts (moisson et mouture) correspondent à deux interdits distincts (graisse et sang) : deux sacrifices dans les deux cas. Deux fois le même travail correspond à deux fois le même interdit : un seul sacrifice dans les deux cas. Aucune différence n'apparaît.

🖼️ Schéma
Deux actes en un seul oubli : où est la différence ?ChabbatAutres interditsDeux corpsdistinctscoupe + mouture2 hatatgraisse + sang2 hatatMêmeinterditcoupe + coupe1 hatatgraisse + graisse1 hatat==
Les paires comparées : dans chaque ligne, Chabbat et autres interdits aboutissent au même résultat.
4
לעולם דעבד קצירה וטחינה, ומאי ״מה שאין כן בשאר מצות״ — אעבודה זרה, וכדרבי אמי. דאמר רבי אמי: זיבח וקיטר וניסך בהעלמה אחת — אינו חייב אלא אחת.

En réalité, il a fait (le travail de) moissonner et (celui de) moudre. Et que signifie : ce qui n'est pas le cas dans les autres commandements ?

(Cela se rapporte) à l'idolâtrie, selon R. Ami.

Car R. Ami a dit : (celui qui) a sacrifié, fait brûler (de l'encens) et fait une libation (à une idole) en un seul oubli n'est redevable que d'un seul (sacrifice).

📜 Rachi (1)
דרבי אמי במסכת סנהדרין בפרק ד' מיתות יליף למילתיה מקרא דאין חילוק חטאות לעכו"ם:
Selon R. Ami - dans le traité Sanhédrin, au chapitre Arba mitot (62a), il déduit sa position d'un verset : il n'y a pas de division des sacrifices hatat pour l'idolâtrie.
💡 Explication

Les autres commandements de la baraita désignent l'idolâtrie. Selon R. Ami, plusieurs formes de culte (sacrifier, encenser, verser une libation) commises en un seul oubli n'entraînent qu'une seule hatat, alors qu'au Chabbat plusieurs travaux distincts en entraînent plusieurs.

5
במאי אוקימתה — בעבודה זרה? אימא סיפא: חומר בשאר מצות, שבשאר מצות שגג בלא מתכוין — חייב, מה שאין כן בשבת — האי שגג בלא מתכוין דעבודה זרה היכי דמי? אילימא כסבור בית הכנסת הוא והשתחוה לה — הרי לבו לשמים. ואלא דחזי אנדרטא וסגיד לה, היכי דמי? אי דקבלה עליה באלוה — מזיד הוא. ואי דלא קבלה עליה באלוה — לאו כלום הוא.

Dans quel (cas) l'as-tu établie ? Dans l'idolâtrie ?

Dis la fin (seifa) : rigueur dans les autres commandements : dans les autres commandements, s'il a agi par inadvertance sans intention, il est redevable, ce qui n'est pas le cas au Chabbat. Ce chogueg sans intention en idolâtrie, comment est-ce ?

Si l'on dit qu'il pensait que c'était une synagogue et s'est prosterné devant elle, voici que son cœur est (tourné) vers le Ciel. Et si c'est qu'il a vu une statue (andarta) et s'est prosterné devant elle, comment est-ce ?

S'il l'a acceptée comme divinité, il est volontaire (mezid) ; et s'il ne l'a pas acceptée comme divinité, ce n'est rien.

📜 Rachi (3)
והשתחוה לה והיינו שגג שהיא ע"ז בלא מתכוין שלא נתכוון להשתחוות לע"ז:
Et s'est prosterné devant elle - c'est cela chogueg, car c'est une idole, sans intention, car il n'a pas eu l'intention de se prosterner devant une idole.
הרי לבו לשמים ומה חיוב יש כאן אפי' ידע שהוא בית ע"ז והשתחוה בו לשמים אין חיוב כאן:
Voici que son cœur est vers le Ciel - quelle obligation y a-t-il ici ? Même s'il savait que c'est une maison d'idolâtrie et s'y est prosterné en direction du Ciel, il n'y a pas ici d'obligation.
אנדרטא צורת המלך שעושין לכבוד המלך והשתחוה לה ולא לשם אלהות:
Andarta - l'image du roi que l'on fait en l'honneur du roi ; il s'est prosterné devant elle, et non en tant que divinité.
💡 Explication

Si la baraita parle d'idolâtrie, sa seconde partie doit décrire un chogueg sans intention en idolâtrie. La Guemara écarte les cas possibles : se prosterner dans ce qu'on croit être une synagogue n'est pas un culte ; devant une andarta (statue du roi), soit il l'accepte comme divinité et c'est un mezid (acte volontaire, sans sacrifice), soit il ne l'accepte pas et il n'y a aucun acte d'idolâtrie.

🖼️ Schéma
Idolâtrie : existe-t-il un chogueg sans intention ?Se prosterner(croyant à unesynagogue)Rien : cœurvers le CielStatue du roiacceptée commedivinitéMezid : pasde hatatStatue du roinon acceptéecomme divinitéRien : ce n'estpas un cultePar amour oupar crainte(crut permis)Abaye : hayavRava : patourSeul le 4e cas convient, et seulement selon Abaye ; d'où la réponse omer moutar pour Rava.
Les cas examinés pour trouver un chogueg sans intention en idolâtrie.
6
אלא מאהבה ומיראה. הניחא לאביי, דאמר חייב. אלא לרבא דאמר פטור, מאי איכא למימר? אלא באומר ״מותר״. מה שאין כן בשבת דפטור — לגמרי.

Mais (il s'agit de celui qui se prosterne) par amour ou par crainte. Cela va bien selon Abaye, qui a dit (qu'il est) redevable ; mais selon Rava, qui a dit (qu'il est) exempt, que peut-on dire ?

Mais (il s'agit de celui) qui dit : c'est permis (omer moutar). Ce qui n'est pas le cas au Chabbat, où il est exempt totalement ?

📜 Rachi (3)
מאהבה ומיראה מאהבת אדם או מיראת אדם השתחוה לע"ז וקרי ליה שוגג בלא מתכוין כלומר שגג בהכי דסבור כיון דאין מתכוין לבו לאלהות מותר:
Par amour ou par crainte - il s'est prosterné devant l'idole par amour d'un homme ou par crainte d'un homme, et (la baraita) appelle cela chogueg sans intention, c'est-à-dire qu'il a commis une erreur en pensant que, puisque son cœur ne vise pas la divinité, c'est permis.
אלא באומר מותר כגון גר שנתגייר בין הנכרים כסבור שאין ע"ז בתורה וקרי ליה שגג בלא מתכוין:
Mais dans le cas de celui qui dit : c'est permis - par exemple un converti qui s'est converti parmi les nations, et qui pense qu'il n'y a pas (d'interdit d')idolâtrie dans la Torah ; (la baraita) l'appelle chogueg sans intention.
דפטור לגמרי בתמיה:
Où il est exempt totalement - (lu) sous forme d'étonnement.
🗂️ Tossefot (3)
הניחא לאביי דאמר חייב פי' הניחא לאביי בהא דמשכחת גבי ע"ז שגג בלא מתכוין אבל מ"מ גם לאביי לא מיתוקמא ברייתא שפיר בהכי דהא אם חלל שבת מאהבה ומיראה נמי חייב ולהכי איצטריך בסמוך לאוקמא אליבא דאביי שגג בלא מתכוין ה"ד דסבור רוק הוא ובלעו:
Cela va bien selon Abaye, qui a dit : redevable - C'est-à-dire : cela va bien selon Abaye en ce qu'on trouve, pour l'idolâtrie, un chogueg sans intention ; mais de toute façon, même selon Abaye, la baraita ne s'établit pas bien ainsi, puisque s'il a profane le Chabbat par amour ou par crainte il est aussi redevable. C'est pourquoi il faut ensuite établir selon Abaye (le cas de) chogueg sans intention : comment est-ce ? S'il pensait que c'était de la salive et l'a avalée.
רבא אמר פטור ואם תאמר והא אמר בפרק בן סורר ומורה (סנהדרין דף עד.) דע"ז וגילוי עריות ושפיכות דמים יהרג ואל יעבור אם כן אפילו לא מקבל ליה חייב ואין לומר דרבא לטעמיה דאמר במס' ע"ז בפרק ר' ישמעאל (עבודה זרה דף נד.) דאפילו בע"ז בצינעא וחי בהם ולא שימות בהם והא דקאמר רבא בפ"ב דכתובות (דף יט.) גבי עדים שאמרו להם חתמו שקר כו' שאין לך דבר שעומד בפני פיקוח נפש אלא ע"ז וגילוי עריות ושפיכות דמים ה"פ אפילו מאן דמחמיר לא מחמיר אלא בע"ז ג"ע ושפיכות דמים דאם כן דטעמא דרבא דפטר הוי משום הכי מאי מייתי אביי בפ' ד' מיתות (סנהדרין סא:) מכמה ברייתות לימא דאתיא כמ"ד בפרק בן סורר (שם עד.) יהרג ואל יעבור דפלוגתא דתנאי היא וי"ל דסבר רבא דאפי' למ"ד דחייב למסור את עצמו אם לא מסר עצמו לא מיחייב מיתה בבית דין וקשה לרשב"א דאמר רבא במסכת ע"ז הכל היו בכלל לא תעבדם כשפרט לך הכתוב וחי בהם יצא אונס משמע דלא מפיק אלא אונס מיתה אבל שאר אונסין הוו בכלל לא תעבדם וחייב והכא פטור אפי' מאהבה דליכא אונס מיתה וי"מ דההיא דאמר יהרג ואל יעבור היינו בסתם אע"ג דלא מקבל עליה לאלוה אבל הכא במפרש דקעביד מאהבה ומיראה אי נמי אפילו בסתם ובע"ז שהכל אין עובדין אותה אלא מאהבה ומיראה דומיא דהמן דמייתי עלה התם להם אי אתה משתחוה אבל אתה משתחוה לאדם כמותך יכול אפי' נעבד כהמן ת"ל לא תעבדם [וקאמר רבא כהמן ולא כהמן דאילו התם מיראה והכא לאו מיראה] ומההיא גופא נמי יש לדקדק דחייב אע"ג דלא קבל עליה באלוה דמשמע דאסר נעבד כהמן דומיא דאדם שכמותך דשרי והיינו בלא קיבלו עליו באלוה ועוד דאמר בפרק ד' מיתות (סנהדרין דף ס:) הפוער עצמו לפעור זו היא עבודתו אע"ג דקא מכוין לבזוייא הזורק אבן למרקוליס זו היא עבודתו אע"ג דקא מכוין למירגמיה אלמא דחייב אע"פ שאין מקבל עליו באלוה ומיהו יש לפרש אע"ג דקא מכוין לבזוייא מכוין לעובדה דרך בזיון וברגימה זו והא דלא דחי ראיות דאביי בעובד מאהבה ומיראה סתם משום דסתם עובד כמדעתו דמי וא"ת ולמאי דפטר רבא אמאי לא השתחוה מרדכי להמן וי"ל כדאמרינן במדרש ששתי צורות היו על לבו ועוד משום קידוש השם כדאשכחן בירושלמי במסכת שביעית בפ"ד כגון פפוס ולולינוס אחיו שנתנו להם מים בזכוכית צבועה ולא קבלו מהם:
Rava dit : exempt - Et si tu objectes : il est dit au chapitre Ben sorer oumore (Sanhédrin 74a) que pour l'idolâtrie, les unions interdites et le meurtre, qu'il se laisse tuer plutôt que de transgresser ; s'il en est ainsi, même s'il ne l'accepte pas (comme divinité), il devrait être redevable. Et on ne peut pas dire que Rava suit sa propre opinion, lui qui dit dans le traité Avoda Zara, au chapitre R. Ichmael (Avoda Zara 54a), que même pour l'idolâtrie, en privé, (s'applique) : il vivra par eux, et non qu'il mourra par eux ; et ce que Rava dit au deuxième chapitre de Ketoubot (19a), à propos de témoins à qui l'on a dit : signez un faux, etc., qu'il n'y a rien qui fasse obstacle au sauvetage d'une vie (pikouah nefech) sauf l'idolâtrie, les unions interdites et le meurtre, s'expliquerait ainsi : même celui qui est rigoureux ne l'est que pour l'idolâtrie, les unions interdites et le meurtre. (On ne peut pas le dire,) car si la raison pour laquelle Rava exempte était celle-là, pourquoi Abaye apporte-t-il, au chapitre Arba mitot (Sanhédrin 61b), plusieurs baraitot ? Qu'on dise (plutôt) qu'elles suivent l'avis de celui qui dit, au chapitre Ben sorer (ibid. 74a) : qu'il se laisse tuer et ne transgresse pas, puisque c'est une controverse de Tannaim. On peut répondre que Rava estime que même selon l'avis qui l'oblige à se livrer (à la mort), s'il ne s'est pas livré, il n'est pas passible de mort par le tribunal. Mais le Rachba fait difficulté : Rava dit dans le traité Avoda Zara : tous étaient inclus dans : tu ne les serviras pas ; quand le verset t'a spécifié : il vivra par eux, la contrainte (ones) en est sortie. Cela implique qu'il n'exclut que la contrainte de mort, mais que les autres contraintes restent incluses dans : tu ne les serviras pas, et il est redevable ; or ici il est exempt même par amour, où il n'y a pas de contrainte de mort. Certains expliquent que ce qui est dit : qu'il se laisse tuer et ne transgresse pas, vise le cas non précisé (setam), même s'il ne l'accepte pas comme divinité ; mais ici il s'agit de celui qui précise qu'il agit par amour ou par crainte. Ou bien, même dans le cas non précisé, (il s'agit) d'une idolâtrie que tous ne servent que par amour et par crainte, à l'image d'Haman, à propos duquel on apporte là-bas : devant eux tu ne te prosternes pas, mais tu te prosternes devant un homme comme toi ; on pourrait croire (qu'il en va de même) même (pour un homme) adoré comme Haman : le verset enseigne : tu ne les serviras pas [et Rava dit : comme Haman et pas comme Haman, car là-bas (on se prosternait devant lui) par crainte, et ici ce n'est pas par crainte]. Et de ce passage même on peut aussi déduire qu'il est redevable bien qu'il ne l'ait pas accepté comme divinité, car cela implique qu'il est interdit (de se prosterner devant un homme) adoré comme Haman, comparable à un homme comme toi, ce qui est permis ; et c'est le cas où il ne l'a pas accepté comme divinité. De plus, il est dit au chapitre Arba mitot (Sanhédrin 60b) : celui qui se découvre devant Peor, c'est là son culte, bien qu'il ait l'intention de le mépriser ; celui qui jette une pierre à Markolis, c'est là son culte, bien qu'il ait l'intention de le lapider ; il en ressort qu'il est redevable bien qu'il ne l'accepte pas comme divinité. Toutefois on peut expliquer : bien qu'il ait l'intention de le mépriser, il a l'intention de le servir de cette manière méprisante et par ce jet de pierre. Et si (Rava) ne repousse pas les preuves d'Abaye en (les établissant dans le cas de) celui qui sert par amour ou par crainte sans précision, c'est que celui qui sert sans précision est considéré comme agissant de son plein gré. Et si tu objectes : selon Rava qui exempte, pourquoi Mordekhai ne s'est-il pas prosterné devant Haman ? On peut répondre, comme on le dit dans le Midrach, qu'il y avait deux images sur sa poitrine ; et de plus en raison de la sanctification du Nom (kiddouch Hachem), comme nous le trouvons dans le Yerouchalmi, traité Cheviit, chapitre 4, (dans le cas de) Pappos et de Loulianos son frère, à qui l'on donna de l'eau dans un verre coloré et qui ne l'acceptèrent pas.
באומר מותר והא דמעטינן בפ"ב דמכות (דף ז: ושם) בשגגה פרט לאומר מותר שאני גבי גלות דטובא בשגגה כתיבי התם ולהכי נמי אמר בסוף פ"ב דב"ק (דף כו: ושם) היתה אבן מונחת לו בחיקו ולא הכיר בה מעולם לענין גלות פטור מבשגגה לענין שבת פטור משום דבעינן מלאכת מחשבת והשתא תיפוק ליה דגבי שבת נמי כתיב בשגגה אלא ודאי דוקא גבי גלות ממעטינן משום דכתיבי בשגגה טובא:
Dans le cas de celui qui dit : c'est permis - Et ce que nous excluons au deuxième chapitre de Makkot (7b) (du mot) par inadvertance (bichgaga) : à l'exclusion de celui qui dit : c'est permis, c'est différent pour l'exil (galout), car par inadvertance y est écrit à plusieurs reprises. C'est pourquoi aussi on dit à la fin du deuxième chapitre de Baba Kama (26b) : s'il avait une pierre posée dans son giron et qu'il ne l'avait jamais remarquée, pour l'exil il est exempt en vertu de par inadvertance ; pour le Chabbat il est exempt car nous exigeons melekhet mahachevet. Or on pourrait le déduire (de ce) que pour le Chabbat aussi est écrit par inadvertance ! Il faut donc que ce soit seulement pour l'exil que nous excluons, parce que par inadvertance y est écrit à plusieurs reprises.
💡 Explication

Première réponse : il se prosterne par amour ou par crainte d'un homme, en pensant que c'est permis puisqu'il n'accepte pas l'idole comme divinité. Dans ce cas, Abaye le déclare redevable et Rava exempt (Sanhédrin 61b). Pour Rava, ce cas ne donne donc aucun chogueg en idolâtrie.

Seconde réponse, pour Rava : omer moutar, celui qui croit l'idolâtrie permise (Rachi : un converti parmi les nations). La baraita dirait alors qu'au Chabbat celui qui croit le travail permis est totalement exempt. Rachi lit la phrase comme une question étonnée.

Le Tossefot note que même pour Abaye la baraita reste difficile, puisqu'il rend aussi redevable celui qui profane le Chabbat par amour ou par crainte ; d'où l'explication donnée plus loin (73a) : il pensait que c'était de la salive et l'a avalée.

7
עד כאן לא בעא מיניה רבא מרב נחמן, אלא אי לחיובי חדא, אי לחיובי תרתי, אבל מפטריה לגמרי — לא.

Rava n'a demandé à Rav Nahman que (s'il fallait) le rendre redevable d'un seul (sacrifice) ou le rendre redevable de deux ; mais l'exempter totalement, non.

📜 Rachi (1)
עד כאן לא קבעי מיניה רבא מרב נחמן העלם זה וזה בידו מהו לעיל בפירקין (שבת דף ע:) דהיינו אומר מותר דאמר אין שבת בתורה היינו העלם זה וזה:
Rava n'a demandé à Rav Nahman que - (au sujet de) l'oubli de l'un et de l'autre en même temps, qu'en est-il, plus haut dans notre chapitre (Chabbat 70b) ; or celui qui dit : c'est permis, en disant : il n'y a pas de Chabbat dans la Torah, c'est l'oubli de l'un et de l'autre.
🗂️ Tossefot (1)
עד כאן לא בעא מיניה רבא מרב נחמן כו' וא"ת אמאי לא מייתי מתני' דהשוכח עיקר שבת דאינו חייב אלא אחת ולא הוי פטור לגמרי וי"ל דניחא ליה לאתויי מרבא דמספקא ליה בהעלם זה וזה דדילמא אפי' תרתי מיחייב דכי אוקי הכא באומר מותר היינו בנתעלמה ממנו לפי שעה דהיינו דומיא דהעלם זה וזה בידו כדפי' לעיל דאם לא נודע לו מעולם איסור ע"ז אינו ישראל כלל כיון שמודה בע"ז דדוחק להעמיד בתינוק שנשבה לבין העכו"ם:
Rava n'a demandé à Rav Nahman que, etc. - Et si tu objectes : pourquoi n'apporte-t-on pas notre michna, (selon laquelle) celui qui oublie le principe du Chabbat n'est redevable que d'un (sacrifice), et n'est pas exempt totalement ? On peut répondre qu'il lui est plus commode de l'apporter de Rava, qui doutait au sujet de l'oubli de l'un et de l'autre (heelem ze vaze), car peut-être est-il même redevable de deux. En effet, quand on l'établit ici dans le cas de celui qui dit : c'est permis, il s'agit de celui à qui (l'interdit) à échappé momentanément, ce qui correspond à l'oubli de l'un et de l'autre, comme il a été expliqué plus haut ; car s'il n'a jamais connu l'interdit de l'idolâtrie, il n'est pas du tout Israël, puisqu'il reconnaît l'idolâtrie, et il serait forcé d'établir (le cas) dans celui d'un enfant capturé parmi les idolâtres.
💡 Explication

Objection : au daf 70b, Rava a demandé à Rav Nahman ce qu'il en est de celui qui a oublié à la fois le Chabbat et les travaux interdits (heelem ze vaze) : une hatat ou plusieurs ? Il n'a jamais envisagé une exemption totale. Or celui qui dit c'est permis se trouve dans cette situation. L'explication omer moutar contredit donc Rava.

La réponse de la Guemara se trouve au daf 73a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).