Sougya : Le daf achรจve la melakha de dรฉchirer (kore'a) : dans le Michkan, une tenture percรฉe par un ver รฉtait dรฉchirรฉe puis recousue. Rav Zoutra bar Toviya rapporte au nom de Rav trois enseignements : tendre le fil d'une couture rend redevable d'un hatat, apprendre une chose d'un magoch rend passible de mort, et celui qui sait calculer les tekoufot et ne le fait pas est blรขmรฉ ; Rav et Chmouel divergent sur la nature du magoch.
La Gemara aborde ensuite la capture du hilazon : les Rabbanan et Rabbi Yehouda divergent sur l'รฉcrasement (dicha), et Rava explique pourquoi il n'y a pas de netilat nechama. Enfin, Rav et Chmouel divergent sur la melakha de l'abattage : teinture ou netilat nechama.
Car une tenture dans laquelle un ver (darna) avait fait un trou, on la dรฉchirait et on la recousait.
Fin de la discussion sur la melakha de kore'a (dรฉchirer) : on cherche son prรฉcรฉdent dans le Michkan. Quand un darna (ver) perรงait une tenture, on รฉlargissait le trou en une fente pour pouvoir la recoudre ร plat. Dรฉchirer al menat litpor (afin de coudre) est donc un travail constructif.
Tossefot explique pourquoi le chapitre Haoreg cherche un autre exemple : il veut un cas de deux coutures seulement, alors que la tenture percรฉe en demande plusieurs.
Rav Zoutra bar Toviya a dit au nom de Rav : celui qui tend le fil d'une couture le Chabbat est redevable d'un hatat (sacrifice expiatoire) ; celui qui apprend une seule chose d'un magoch (mage) est passible de mort ; et celui qui sait calculer les tekoufot (cycles solaires) et les mazalot (constellations) et ne calcule pas, il est interdit de parler de lui (lesaper hemenou).
Rav Zoutra bar Toviya rapporte trois enseignements de Rav entendus ensemble (Rachi). Le premier relรจve des lois du Chabbat : tendre le fil d'une couture qui s'est relรขchรฉe revient ร coudre (tofer), d'oรน un hatat. Les deux autres sont citรฉs parce qu'ils ont รฉtรฉ transmis avec lui.
Le magoch (mage perse) : Rachi l'identifie ร un min qui attire vers l'avoda zara ; on n'apprend rien de lui, pas mรชme de la Torah. Celui qui sait calculer les tekoufot et les mazalot sans le faire est blรขmรฉ. Le Ben Yehoyada relie les trois : le fil joint deux piรจces, la parole joint deux cลurs ; et il lit lesaper hemenou comme 'raconter sa louange'.
Amgoucha : Rav et Chmouel [divergent]. L'un dit : [ce sont des] sorciers (harchei) ; l'autre dit : [des] blasphรฉmateurs (gedoufei).
Concluons que c'est Rav qui dit 'blasphรฉmateurs', car Rav Zoutra bar Toviya a dit au nom de Rav : celui qui apprend une seule chose du magoch est passible de mort. Car si tu pensais 'sorciers', n'est-il pas รฉcrit : 'tu n'apprendras pas ร faire' (Devarim 18, 9) ?
[ร faire, tu n'apprendras pas,] mais tu apprends pour comprendre et pour enseigner. Concluons-le.
Rav et Chmouel divergent sur le magoch : harchei (sorciers) ou gedoufei (blasphรฉmateurs, idolรขtres militants). La Gemara attribue ร Rav la position gedoufei : pour la sorcellerie, le verset n'interdit que d'apprendre pour pratiquer ; apprendre pour comprendre et enseigner reste permis. Une peine aussi grave que la mort suppose donc que le magoch soit un idolรขtre qui entraรฎne ร l'avoda zara.
Rabbi Chimon ben Pazi a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi, au nom de Bar Kappara : quiconque sait calculer les tekoufot et les mazalot et ne calcule pas, de lui le verset dit : 'Et l'ลuvre de Hachem, ils ne la regardent pas, et l'ouvrage de Ses mains, ils ne le voient pas' (Yechaya 5, 12). Rabbi Chemouel bar Nahmani a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : d'oรน [sait-on] que c'est une mitsva pour l'homme de calculer les tekoufot et les mazalot ?
Car il est dit : 'Vous les garderez et les accomplirez, car c'est votre sagesse et votre intelligence aux yeux des peuples' (Devarim 4, 6). Quelle sagesse et quelle intelligence sont aux yeux des peuples ?
Dis : c'est le calcul des tekoufot et des mazalot.
Deux enseignements sur l'astronomie : celui qui en est capable et ne calcule pas nรฉglige 'l'ลuvre de Hachem' ; et c'est une mitsva de calculer les tekoufot (รฉquinoxes et solstices) et les mazalot, dรฉrivรฉe de Devarim 4, 6. La seule sagesse de la Torah que les nations peuvent vรฉrifier par elles-mรชmes est le calcul du ciel, car ses prรฉdictions se rรฉalisent sous leurs yeux (Rachi).
Le Ben Yehoyada rattache ce calcul au molad de la crรฉation, BaHaRaD (lundi, 5 heures, 204 halakim), point de dรฉpart du calendrier.
'Celui qui piรจge un cerf, etc.' Les Sages ont enseignรฉ : celui qui piรจge un hilazon (mollusque ร teinture) et l'รฉcrase n'est redevable que d'un seul [hatat]. Rabbi Yehouda dit : il est redevable de deux, car Rabbi Yehouda disait : l'รฉcrasement (petsia) est inclus dans le battage (dicha).
Ils lui dirent : l'รฉcrasement n'est pas inclus dans le battage. Rava a dit : quelle est la raison des Rabbanan ?
Ils pensent : il n'y a de battage que pour ce qui pousse de la terre. [On objecte :] qu'il soit aussi redevable pour avoir pris la vie (netilat nechama) !
Rabbi Yo'hanan a dit : [il s'agit du cas] oรน il l'a รฉcrasรฉ mort.
Retour ร la Mishna : tseida (capture). Le hilazon est le mollusque dont on tire la teinture bleue (tekhelet). L'รฉcraser pour en extraire le sang est-il du dicha (battage) ? Rabbi Yehouda compare cela au battage, qui sรฉpare le grain de l'รฉpi ; les Rabbanan limitent le battage ร ce qui pousse de la terre (Rava).
Question : en l'รฉcrasant, il le tue, d'oรน netilat nechama. Rabbi Yo'hanan rรฉpond qu'il l'a รฉcrasรฉ dรฉjร mort. Le Roch place ici les enseignements de Rav Zoutra sur la couture.
Rava a dit : tu peux mรชme dire qu'il l'a รฉcrasรฉ vivant : il est mitasek (agissant sans intention) ร l'รฉgard de la netilat nechama. [On objecte :] mais Abaye et Rava ont dit tous deux : Rabbi Chimon reconnaรฎt [la culpabilitรฉ] dans le cas de 'on lui coupe la tรชte, et il ne mourrait pas ?' (psik reicha ve-lo yamout) !
Ici c'est diffรฉrent : tant qu'il reste de la vie en lui, cela lui convient mieux, afin que sa teinture soit claire.
Rava accepte mรชme le cas oรน le hilazon est รฉcrasรฉ vivant : sa mort n'est pas voulue, il est mitasek. Objection : selon Rabbi Chimon, un acte non intentionnel est permis, sauf le psik reicha (consรฉquence inรฉvitable, comme couper la tรชte d'un animal en prรฉtendant ne pas vouloir sa mort). Rรฉponse : ici la mort va contre son intรฉrรชt, car le sang du vivant donne une couleur plus claire.
Rachi et Tossefot divergent sur la portรฉe du psik reicha : pour Rachi, il rend redevable quand le rรฉsultat est indiffรฉrent ; pour Tossefot, seulement quand le rรฉsultat est souhaitรฉ, sinon c'est une melakha cheeina tserikha legoufa.
'Et celui qui l'abat.' Celui qui abat, au titre de quoi est-il redevable ? Rav a dit : au titre de la teinture (tsovea).
Chmouel a dit : au titre de la netilat nechama.
La Mishna compte chohet (abattre) parmi les melakhot. Rachi demande : ร quoi servait l'abattage dans le Michkan, puisque pour les peaux, รฉtrangler suffisait ? D'oรน la question : de quelle melakha relรจve-t-il ? Rav : tsovea (teinture), car le sang colore la chair ; Chmouel : netilat nechama (prendre la vie).
Tossefot prรฉcise que la question vise tout abatteur, puisque la Mishna cite la teinture ร part : le chohet de la Mishna relรจve de la netilat nechama.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).