Shabbat 77a — Le vin pur et sa dilution, le vin figé, la gorgée de lait

Shabbat 77a

Sougya : Le daf poursuit l'examen des mesures de sortie des liquides. Rava prouve par la Mishna que le quart de revi'it de vin pur est retenu parce que, dilué à trois parts d'eau pour une, il atteint le revi'it des autres liquides.

Abaye lui oppose la Mishna de Nidda (dilution à deux pour un) et le fait que l'eau, encore dans la cruche, ne peut se combiner ; Rava répond à chaque objection. Rav Yossef rapproche ensuite Rabbi Natan (vin figé : un kazayit) et Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda (sang de nevela : un revi'it qui fige en kazayit), ce qu'Abaye refuse.

Le daf s'achève sur l'orthographe de la gorgée de lait, gemia.

Vin pur : un quart de revi'it, car dilué il atteint un revi'it ?Rava : preuve par la Mishnaautres liquides = revi'it ; vin pur = 1/4 revi'itcar le vin porte 3 parts d'eau pour 1Abaye, objection 1Nidda : le vin dilué = 2 parts d'eaupour 1 de vin (vin du Sharon)Abaye, objection 2l'eau est encore dans la cruche :comment se combinerait-elle ?Rava réponda) le vin du Sharon est faibleb) ou bien : 2 pour 1 fixe la couleur,le goût exige davantage d'eauRava répondle Chabbat exige une chose importante ;ce vin est important car il peutrecevoir l'eau (Rachi)Résultat : 1/4 de revi'it de vin pur, sorti seul, rend redevable
Rava déduit de la Mishna que le quart de revi'it de vin pur équivaut, une fois dilué, au revi'it des autres liquides ; Abaye conteste la proportion et le principe, Rava répond aux deux objections.
Un revi'it de liquide figé = un kazayit ?Rabbi Natan (vin figé)sortie : un kazayit de vin sec(il contenait un revi'it liquide)Rabbi Yossi b. R. Yehouda (sang)sang de nevela impur à partir d'un revi'itcar il peut figer en un kazayitRav Yossef : ils disent la même choseAbaye : peut-être pasLecture 1vin fluide : revi'it -> kazayit ;sang épais : moins d'un revi'it suffitLecture 2sang épais : revi'it -> kazayit ;vin fluide : il faut plus d'un revi'it
Rav Yossef rapproche deux tannaim qui feraient d'un revi'it figé un kazayit ; Abaye montre que la différence entre vin fluide et sang épais permet de les distinguer.
1
תנינא: המוציא יין — כדי מזיגת כוס, ותני עלה: כדי מזיגת כוס יפה. וקתני סיפא: ״ושאר כל המשקין ברביעית״. ורבא לטעמיה, דאמר רבא: כל חמרא דלא דרי על חד תלת מיא לאו חמרא הוא.

Nous l'avons appris : 'celui qui sort du vin - de quoi diluer une coupe', et on a enseigné à son sujet : 'de quoi diluer une belle coupe'. Et la fin [de la Mishna] enseigne : 'et tous les autres liquides, au revi'it'.

Et Rava suit son raisonnement, car Rava a dit : tout vin qui ne porte pas trois [parts] d'eau pour une n'est pas du vin.

📜 Rachi (1)
תנינא ממתניתין נמי שמעינן דזהו שיעורו מדתני בשאר משקין רביעית שמעינן מיניה דאין הוצאה במשקה הראוי לשתייה בפחות מרביעית הלכך על כרחיך כי שיערו ביין כדי מזיגת כוס של ברכה שיעור הראויה לשתיית רביעית נקט והיינו רובע רביעית דכי יהיב על חד תלת מיא כדרך המזיגות הראויות לשתייה יעמוד על רביעית יש טועים בשמועה זו לומר [רובע] רביעית רובע הלוג ויעמוד על רביעית על לוג שהוא רביעית הקב וטעות הוא בידם ורבותינו לא אמרו כן וראי' יש לדבר במס' נזיר (דף לח.) י' רביעיות הן חמש סומקתא כלומר שנאמרו ביין ודם וה' חיוורתא שנאמרו בשאר משקין וחשיב להא הוצאת שבת דשאר משקין גבי חיורתא ועל כרחיך הנהו כולהו ברביעית הלוג נינהו דקא חשיב בהדייהו רביעית שמן לנזיר דהוא חצי שיעורה של שמן התודה במנחות וחצי לוג שמן לתודה ילפינן במנחות (דף פח.):
Nous l'avons appris - De notre Mishna aussi nous apprenons que telle est sa mesure, puisqu'elle enseigne pour les autres liquides un revi'it : nous en apprenons qu'il n'y a pas de sortie pour une boisson propre à être bue en moins d'un revi'it. Par conséquent, nécessairement, lorsqu'ils ont fixé pour le vin 'de quoi diluer une coupe de bénédiction', ils ont retenu la mesure propre à la boisson d'un revi'it, c'est-à-dire un quart de revi'it : quand on y met trois [parts] d'eau pour une, selon les dilutions propres à la boisson, cela atteint un revi'it. Certains se trompent sur cet enseignement et disent : le [quart de] revi'it est le quart du log, et cela atteindrait un revi'it sur le log, c'est-à-dire le quart du kav. C'est une erreur de leur part, nos maîtres ne l'ont pas dit ainsi. Il y a une preuve à la chose dans le traité Nazir (38a) : il y a dix revi'iot, cinq rouges, c'est-à-dire mentionnées pour le vin et le sang, et cinq blanches, mentionnées pour les autres liquides ; et il compte celle-ci, la sortie du Chabbat pour les autres liquides, parmi les blanches. Or nécessairement toutes sont au revi'it du log, puisqu'il compte avec elles le revi'it d'huile du nazir, qui est la moitié de la mesure de l'huile de la toda dans Menahot ; et le demi-log d'huile de la toda, nous l'apprenons dans Menahot (88a).
🗂️ Tossefot (1)
דאמר רבא כל חמרא דלא דרי על חד תלת מיא כו' והא דאמרי' בפ' אחד דיני ממונות (סנהדרין לז.) גבי סנהדרין אל יחסר המזג אם הוצרך אחד מהם לצאת אם יש כ"ג יוצא כו' דהיינו שליש מסנהדרין משמע דמזיגה על חד תרין אומר ריב"א דרבא דוקא הי' מוזג כמשפט המזיגה על חד תלת כדאמר בהזהב (ב"מ ס.) אמר רבא מזיגה דידי מידע ידיעא ובכיצד מעברין (עירובין נד.) דמי האי מזיגה למזיגה דרבא בריה דרב יוסף בר חמא אבל שאר העולם האוהבים יין חזק אין מוזגין אלא על חד תרין ואין נראה לר"י דא"כ מאי פריך אביי לוקי מתני' דנדה במזיגת שאר בני אדם אלא נראה לר"י דקרא דאל יחסר המזג ביין השירוני משום דליכא לאוקמי לקרא בסתם מזיגה דהוי רביע דרביע סנהדרין למאי חזו אבל שליש חזו לדיני נפשות ומיהו לההוא לישנא דהתם משום חזותא דלא מחלק בין יין השירוני קשה ויש לפרש משום חזותא כדי שלא יפסיד המראה דרך למוזגו על חד תרין ולא יותר:
Car Rava a dit : tout vin qui ne porte pas trois [parts] d'eau pour une, etc. - Et ce qu'on dit au chapitre Ehad dinei mamonot (Sanhédrin 37a) à propos du Sanhédrin, [sur le verset] 'que le mélange ne manque pas' : si l'un d'eux doit sortir, s'il en reste vingt-trois il sort, etc., ce qui fait un tiers du Sanhédrin, implique une dilution de deux pour un. Le Ritsba dit : Rava précisément diluait selon la règle de la dilution, trois pour un, comme il est dit au chapitre Hazahav (Baba Metsia 60a) : Rava a dit : ma dilution est bien connue ; et dans Keitsad meabrin (Erouvin 54a) : cette dilution ressemble à la dilution de Rava fils de Rav Yossef bar Hama. Mais le reste des gens, qui aiment le vin fort, ne diluent qu'à deux pour un. Cela ne paraît pas juste au Ri : s'il en était ainsi, quelle objection Abaye soulèverait-il ? Qu'on explique la Mishna de Nidda selon la dilution du reste des gens ! Il semble plutôt au Ri que le verset 'que le mélange ne manque pas' concerne le vin du Sharon, parce qu'on ne peut pas expliquer le verset selon la dilution ordinaire, qui serait un quart : un quart du Sanhédrin, a quoi servirait-il ? Mais un tiers convient pour les procès capitaux. Toutefois, selon la version de là-bas, 'à cause de l'apparence', qui ne distingue pas le vin du Sharon, c'est difficile. On peut expliquer 'à cause de l'apparence' ainsi : pour ne pas gâter l'aspect, on a coutume de le diluer à deux pour un et pas davantage.
💡 Explication

Rava prouve par la Mishna la règle vue à la fin de 76b : la mesure du vin pur (yayin haï) est un quart de revi'it. La Mishna fixe les autres liquides au revi'it (un quart de log). Le vin pur n'est pas bu tel quel ; il est dilué à trois parts d'eau pour une. Un quart de revi'it de vin donne donc, dilué, un revi'it de boisson, la mesure commune.

Rachi précise que ce revi'it est le quart du log, et rejette ceux qui voudraient en faire un quart de kav. Tossefot discute le verset 'que le mélange ne manque pas', lu dans Sanhédrin comme une dilution à deux pour un.

🖼️ Schéma
Proportions de dilution du vinvineaueaueauRava : 1 + 3vin ordinaire, pour le goûtvineaueauNidda : 1 + 2vin du Sharon / couleur du sang
À gauche la dilution de Rava (1 vin + 3 eau) ; à droite celle de la Mishna de Nidda (1 vin + 2 eau).
2
אמר אביי: שתי תשובות בדבר — חדא, דתנן: והמזוג שני חלקי מים ואחד יין, מן היין השירוני. ועוד: מים בכד ומצטרפין?!

Abaye dit : il y a deux réponses à la chose. L'une, car nous avons appris : 'et le dilué : deux parts d'eau et une de vin, du vin du Sharon'.

Et encore : l'eau est dans la cruche, et elles se combinent ?!

📜 Rachi (4)
שתי תשובות בדבר דלא מצי למילף ממתניתין:
Deux réponses à la chose - [pour montrer] qu'on ne peut pas l'apprendre de la Mishna.
חדא דחמרא לא דרי מיא אלא על חד תרין במס' נדה (פ"ב דף יט.) חמשה מראה דמי' טמאין הן וחד מינייהו כמזוג ומפרש במשנה וכמזוג שאמרתי לך בשני חלקי מים ואחד יין:
L'une - que le vin ne porte que deux [parts] d'eau pour une, [comme on l'apprend] dans le traité Nidda (chapitre 2, 19a) : cinq teintes de sang sont impures, et l'une d'elles est 'comme le dilué' ; et on explique dans la Mishna : 'et comme le dilué dont je t'ai parlé : deux parts d'eau et une de vin'.
מן היין השירוני שגדל בשרון שם מדינה הוא:
Du vin du Sharon - qui pousse dans le Sharon ; c'est le nom d'une région.
ועוד מים בכד ומצטרפין אי טעמא דמתני' יין משום דלכי מזיג ליה ויראה לשתייה יהא בו רביעית השתא מיהא כי מפיק ליה עדיין לא נמזג ואין כאן שיעור מים שעודן בכד היאך מצטרפין לחייבו אלא על כרחך טעמא לאו משום דליתחזי לשתייה לרביעית כשאר משקין הוא אלא הכי שיעוריה ואע"ג דכי מזיג ליה לא הוי רביעית:
Et encore : l'eau est dans la cruche et elles se combinent - Si la raison de la Mishna pour le vin est que, une fois dilué et propre à la boisson, il y aura un revi'it, maintenant, lorsqu'il le sort, il n'est pas encore dilué et il n'y a pas la mesure : l'eau qui est encore dans la cruche, comment se combinerait-elle pour le rendre redevable ? Nécessairement la raison n'est donc pas qu'il conviendrait à la boisson d'un revi'it comme les autres liquides ; telle est simplement sa mesure, bien qu'une fois dilué il ne fasse pas un revi'it.
🗂️ Tossefot (2)
חדא דתנן והמזוג שני חלקי מים וא"ת לאביי דסתם מזוג על חד תרין אדרבה תקשה אמאי איצטריך לפרש שני חלקי מים הוה ליה למימר כמזוג סתם וי"ל דס"ד דאגב אורחיה קמ"ל דהכי הוי כל מזוג:
L'une, car nous avons appris : et le dilué, deux parts d'eau - Et si tu dis : pour Abaye, selon qui la dilution ordinaire est de deux pour un, au contraire, la difficulté serait : pourquoi fallait-il préciser 'deux parts d'eau' ? Il aurait dû dire 'comme le dilué' sans plus. On peut répondre qu'on aurait pu le penser ; elle nous enseigne en passant que telle est toute dilution.
ועוד מים בכד ומצטרפין אע"כ טעמא לאו משום דלכי מזיג ליה הוה רביעית וחזי לשתייה כשאר משקין אלא הכי שיעורא אע"ג דלכי מזיג ליה לא הוי רביעית כדפירש בקונטרס אלא משום דיין חשוב הוא וראוי להצניעו לכוס של ברכה ואע"פ שאינו ראוי לכוס של ברכה בלא מים מ"מ הוי כמו מים שמצניען לשוף בהן את הקילור אע"פ שאינן ראויין בלא קילור ואביי לא פליג אלא בהא דלא מצריך רביעית מזוג אבל רובע רביעית יין חי צריך לכוס של ברכה כדמשמע בערבי פסחים (דף קח:) דאמר רב יהודה אמר שמואל ד' כוסות הללו צריך שיהא בהן כדי מזיגת כוס יפה מיתיבי ד' כוסות הללו צריך שיהא בהם כדי רביעית אידי ואידי חד שיעורא הוא כדי מזיגת כוס יפה לכל אחד ואחד היינו כדי רביעית משמע דרביעית דברייתא היינו לכל ארבע כוסות דהוי לכל חד רובע רביעית שהוא מזיגת כוס יפה והא דקתני התם בסיפא דברייתא אחד חי ואחד מזוג ה"פ אחד ישתה אותו רובע רביעית כמו שהוא חי ואחד ימזגנו וישתה ומיהו קשה לר"י דבסמוך קאמר אביי ע"כ לא קאמר ר' נתן הכא דכזית בעי רביעי' כו' משמע דסבירא ליה לאביי דכוס של ברכה בעי רביעית יין חי ולפי מה שפירש בקונטרס בסמוך דביין קרוש בעי רביעית משום דאינו ראוי למזיגת כוס מצינן למימר דלעולם סבר אביי דאפי' ביין מזוג לא בעי רביעית אבל קשה לר"י לפי' הקונטרס דאי כזית יבש לא חזי למזיגה למה חשוב מטעם שהיה בו רביעית מתחלה מאי שנא מגרוגרת שצמקה דריש המצניע (לקמן שבת צא.) ונראה לר"י דרב יוסף ואביי סבירא להו דכוס של ברכה בעי רביעית יין חי כדמשמע בסמוך וברייתא דערבי פסחים דקתני שיהא בהן כדי רביעית היינו לכל אחד ומה ששנה במתניתין יין באנפיה נפשיה אע"ג דהוי ברביעית כשאר משקין היינו משום דלא נטעה בדרבא לומר דחשיב בכדי שראוי למזוג ולעמוד על רביעית והא דלא תנא בהדיא המוציא יין חי ברביעית משום דניחא ליה למינקט כדי מזיגת הכוס דמשום ההוא טעמיה דראוי להצניעו לכוס של ברכה הוא דמיחייב בהוצאת רביעית אבל אי מיפסל מכוס של ברכה על ידי פגימה או שנגע בו נכרי לא מיחייב ברביעית משום דראוי לשתיית ישראל או נכרי משום דלא מצנעי ליה כשיעור זוטר כולי האי הואיל ולא חזי אלא ע"י מזיגה ובעיא תקון ולא חשיב כשאר משקין שראויין בלא מים ולגיבול טיט נמי לא מצנעי ליה כמו קלף דלא חשיב כשיעור קשר מוכסין אע"פ שחשוב יותר מנייר משום דלא מצנעי ליה להכי:
Et encore : l'eau est dans la cruche et elles se combinent - Nécessairement, la raison n'est pas que, une fois dilué, il fait un revi'it et convient à la boisson comme les autres liquides ; telle est sa mesure bien qu'une fois dilué il ne fasse pas un revi'it, comme l'explique le Kountrass ; [la raison est] que le vin est important et digne d'être rangé pour la coupe de bénédiction. Et bien qu'il ne convienne pas à la coupe de bénédiction sans eau, il est néanmoins comme l'eau que l'on range pour y délayer le collyre, bien qu'elle ne serve pas sans collyre. Abaye ne conteste que ceci : il n'exige pas un revi'it dilué ; mais un quart de revi'it de vin pur est requis pour la coupe de bénédiction, comme il ressort de Arvei Pesahim (108b), où Rav Yehouda dit au nom de Chmouel : ces quatre coupes doivent contenir de quoi diluer une belle coupe. On objecte : ces quatre coupes doivent contenir un revi'it ! L'un et l'autre sont une seule mesure : de quoi diluer une belle coupe pour chacune, c'est un revi'it. Il en ressort que le revi'it de la baraita vaut pour les quatre coupes, soit pour chacune un quart de revi'it, qui est la dilution d'une belle coupe. Et ce qu'enseigne la fin de la baraita, 'que ce soit pur ou dilué', s'explique ainsi : l'un boira ce quart de revi'it tel quel, pur, et l'autre le diluera et le boira. Cependant le Ri trouve difficile que, plus loin, Abaye dise : 'Rabbi Natan n'a dit ici qu'un kazayit exige un revi'it, etc.', ce qui implique qu'Abaye pense que la coupe de bénédiction exige un revi'it de vin pur. Selon l'explication du Kountrass plus loin, que pour le vin figé il faut un revi'it parce qu'il ne se prête pas à la dilution d'une coupe, on peut dire qu'en réalité Abaye pense que même pour le vin dilué il n'exige pas de revi'it. Mais selon l'explication du Kountrass, le Ri trouve difficile : si un kazayit sec ne se prête pas à la dilution, pourquoi est-il important du fait qu'il contenait un revi'it au départ ? En quoi diffère-t-il de la figue sèche qui s'est ratatinée, au début [du chapitre] Hamatsnia (plus loin, Chabbat 91a) ? Il semble au Ri que Rav Yossef et Abaye pensent que la coupe de bénédiction exige un revi'it de vin pur, comme il ressort plus loin, et que la baraita de Arvei Pesahim qui enseigne 'qu'elles contiennent un revi'it' vise chacune. Si la Mishna a enseigné le vin à part, bien qu'il soit au revi'it comme les autres liquides, c'est pour que nous ne nous trompions pas comme Rava en disant qu'il compte pour la quantité qui suffit à être diluée et à atteindre un revi'it. Et si elle n'a pas enseigné explicitement 'celui qui sort du vin pur, au revi'it', c'est qu'elle préfère mentionner 'de quoi diluer la coupe', parce que c'est pour cette raison, qu'il est digne d'être rangé pour la coupe de bénédiction, qu'on est redevable pour la sortie d'un revi'it. Mais s'il devient impropre à la coupe de bénédiction par pegima (vin entamé) ou parce qu'un non-Juif l'a touché, on n'est pas redevable pour un revi'it au motif qu'il convient à la boisson d'un Juif ou d'un non-Juif : on ne le range pas en si petite quantité, puisqu'il ne sert que par dilution et demande une préparation, et il ne compte pas comme les autres liquides qui servent sans eau. Pour pétrir de l'argile non plus on ne le range pas ; de même le parchemin ne compte pas à la mesure du nœud des douaniers, bien qu'il soit plus important que le papier, parce qu'on ne le range pas pour cela.
💡 Explication

Abaye refuse la preuve de Rava par deux arguments.

1. La Mishna de Nidda décrit une teinte de sang 'comme le vin dilué' : deux parts d'eau pour une de vin. La dilution ordinaire serait donc à deux pour un, et le calcul de Rava tombe.

2. Au moment de la sortie, le vin est pur ; l'eau qui le rendrait buvable est encore dans la cruche. On ne peut pas compter cette eau pour atteindre le revi'it. Pour Abaye, le quart de revi'it est donc une mesure propre au vin ; Tossefot y voit l'importance du vin, digne d'être rangé pour la coupe de bénédiction.

3
אמר ליה רבא: הא דקאמרת שני חלקי מים ואחד יין מן היין השירוני — יין השירוני לחוד, דרפי. אי נמי, התם משום חזותא, אבל לטעמא בעי טפי. ודקאמרת: מים בכד ומצטרפין — לענין שבת מידי דחשיב בעינן, והא נמי — הא חשיב.

Rava lui dit : ce que tu as dit, 'deux parts d'eau et une de vin, du vin du Sharon' : le vin du Sharon est à part, car il est faible. Ou bien, là-bas c'est à cause de l'apparence, mais pour le goût il en faut davantage.

Et ce que tu as dit, 'l'eau est dans la cruche et elles se combinent' : pour le Chabbat nous exigeons une chose importante, et celle-ci aussi est importante.

📜 Rachi (3)
דרפי רך:
Qui est faible - tendre.
א"נ התם משום חזותא נקט ליה ונהי נמי דדרי על חד תלת בטעמא מראית דם לא הוי אלא בשני חלקים מים ואחד יין ואי יהיב ביה טפי דם הדומה לו כדם ירוק הוא וטהור:
Ou bien, là-bas à cause de l'apparence - il l'a mentionné ; et admettons même que, pour le goût, il porte trois [parts d'eau] pour une : l'aspect du sang n'existe qu'avec deux parts d'eau et une de vin ; si on y met davantage [d'eau], le sang qui lui ressemble est comme un sang verdâtre, et il est pur.
הא חשיב דחזי לצרופי ביה מיא:
Celle-ci est importante - car elle peut recevoir l'eau qu'on y mélange.
💡 Explication

Rava répond aux deux objections.

Sur Nidda : le vin du Sharon est léger et supporte moins d'eau. Ou bien la Mishna de Nidda fixe une couleur (au-delà de deux parts d'eau le sang paraît verdâtre, donc pur), alors que pour le goût on dilue davantage.

Sur l'eau dans la cruche : la sortie le Chabbat exige une chose importante (hachouv). Pour Rava, le quart de revi'it est important parce qu'il peut devenir, avec l'eau, une boisson d'un revi'it.

4
תנא: יבש בכזית, דברי רבי נתן. אמר רב יוסף: רבי נתן ורבי יוסי ברבי יהודה אמרו דבר אחד. רבי נתן — הא דאמרן, ורבי יוסי ברבי יהודה, דתניא: רבי יהודה אומר: ששה דברים מקולי בית שמאי ומחומרי בית הלל. דם נבלה — בית שמאי מטהרין, ובית הלל מטמאין. אמר רבי יוסי ברבי יהודה: אף כשטמאו בית הלל, לא טמאו אלא בדם שיש בו רביעית, הואיל ויכול לקרוש ולעמוד על כזית.

On a enseigné : [le vin] sec, à un kazayit (volume d'une olive) ; ce sont les paroles de Rabbi Natan. Rav Yossef dit : Rabbi Natan et Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda ont dit une même chose.

Rabbi Natan, c'est ce que nous avons dit ; et Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda, car il est enseigné : Rabbi Yehouda dit : six choses sont parmi les indulgences de Beit Chammai et les rigueurs de Beit Hillel. Le sang d'une nevela (bête morte sans chehita) : Beit Chammai le déclarent pur et Beit Hillel le déclarent impur.

Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda dit : même lorsque Beit Hillel l'ont déclaré impur, ils n'ont déclaré impur que le sang qui contient un revi'it, puisqu'il peut figer et atteindre un kazayit.

📜 Rachi (5)
יבש יין קרוש:
Sec - du vin figé.
בכזית דמעיקרא הוה ביה רביעית ובקרוש רביעית שלימה בעינן דלאו בר מזיגה:
À un kazayit - car au départ il contenait un revi'it ; et pour le [vin] figé nous exigeons un revi'it complet, car il ne se prête pas à la dilution.
ר' יהודה אומר ו' דברים מקולי כו' לאו דאיכא הני ותו לא דאכתי טובא איכא אלא כשנכנסו לכרם ביבנה והעידו כל אחד ואחד על אותו שבידו במס' עדיות העיד ר' יהודה על אלו:
Rabbi Yehouda dit : six choses parmi les indulgences, etc. - Cela ne signifie pas qu'il n'y ait que celles-là, car il y en a encore beaucoup ; mais lorsqu'ils entrèrent au Kerem de Yavne et que chacun témoigna de ce qu'il tenait, dans le traité Edouyot, Rabbi Yehouda témoigna de celles-ci.
ב"ש מטהרין דאינו כבשר לטמא בנבלה בכזית ולא תורת משקין לטומאה קלה. לי נראה דהאי דב"ש מטהרין מטומאת נבלות לחודא קאמר שלא יטמא אדם אבל טומאה קלה יש בו:
Beit Chammai le déclarent pur - car il n'est pas comme la chair pour rendre impur au titre de nevela par un kazayit, et il n'a pas le statut de liquide pour une impureté légère. Il me semble que ce que Beit Chammai déclarent pur vise seulement l'impureté de nevela, à savoir qu'il ne rend pas l'homme impur ; mais il a une impureté légère.
על כזית שהוא שיעור נבלה לטמא אדם והיינו אמרו דבר אחד שכזית היבש כשנימוח הוי רביעית:
À un kazayit - qui est la mesure de la nevela pour rendre l'homme impur ; c'est cela 'ils ont dit une même chose' : le kazayit sec, lorsqu'il fond, fait un revi'it.
🗂️ Tossefot (1)
הואיל ויכול לקרוש ולעמוד על כזית משמע דדם חשיב כבשר ותימה א"כ אמאי צריך קרא בפ' בהמה המקשה (חולין עב.) ובריש סנהדרין (דף ד.) לרביעית דם מת דמטמא באהל תיפוק ליה דהוי כבשר משום שיכול לקרוש ואומר ר"י דגבי מת בעי קרא לרביעית דם משום דבריש דם הנדה (נדה נה:) אמרינן דבטומאת מת בעינן אין גזעו מחליף דומיא דעצם ואפילו בשר הוה מטהרינן אי לאו דאין גזעו מחליף דנעשה במקומו צלקת ודם גזעו מחליף הוא ועוד י"ל דהאי תנא דהכא לא מטמא דם נבלות משום שיכול לקרוש אלא אית ליה שום דרשה דדם נבילות טמא והאי טעמא דיכול לקרוש איצטריך שלא יטמא הדם אלא ברביעית ולא בפחות שאז יש בו שיעור בשר אבל בלאו קרא מודו כ"ע דלא הוי כבשר ולהכי איכא תנא בפרק המנחות והנסכים [מנחות קג: וע"ש קד. ד"ה הואיל] דאמר שהעידו על דם נבלות שהוא טהור וכן משמע בכל מקום דדם לא הוי בכלל בשר נבלה דבפרק כל שעה (פסחים ד' כב.) מפיק דגיד וחלב מותר בהנאה משום דכשהותר' נבלה היא וחלבה וגידה הותרו וכי פריך התם והרי דם כו' לא משני כשהותרה נבלה היא ודמה הותרה ובמעילה (דף יז.) נמי בפרק קדשי מזבח מפיק דם השרץ מוזה לכם הטמא משום דלא הויא בכלל שרץ:
Puisqu'il peut figer et atteindre un kazayit - Cela implique que le sang compte comme la chair. Et c'est étonnant : s'il en est ainsi, pourquoi faut-il un verset, au chapitre Behema hamakacha (Houlin 72a) et au début de Sanhédrin (4a), pour le revi'it de sang d'un mort qui rend impur sous le même toit ? Qu'on le déduise de ce qu'il est comme la chair, puisqu'il peut figer ! Le Ri dit : pour le mort, il faut un verset pour le revi'it de sang, car au début de Dam hanidda (Nidda 55b) on dit que pour l'impureté du mort nous exigeons [un élément] dont la souche ne se renouvelle pas, à l'image de l'os ; et même la chair, nous la déclarerions pure si sa souche ne se renouvelait pas, puisqu'il se forme à sa place une cicatrice ; or le sang est une souche qui se renouvelle. On peut aussi dire que le tanna d'ici ne rend pas impur le sang des nevelot parce qu'il peut figer ; il a un derach [particulier] selon lequel le sang des nevelot est impur, et la raison 'il peut figer' est nécessaire pour que le sang ne rende impur qu'à partir d'un revi'it et pas moins, car alors il contient la mesure de la chair. Mais sans verset, tous admettent qu'il n'est pas comme la chair. C'est pourquoi un tanna, au chapitre Hamenahot vehanessakhim (Menahot 103b, voir 104a, début 'Hoil'), dit qu'on a témoigné que le sang des nevelot est pur. Et il ressort partout que le sang n'est pas inclus dans la chair de nevela : au chapitre Kol chaa (Pessahim 22a), on déduit que le nerf sciatique et la graisse sont permis au profit parce que 'lorsque la nevela a été permise, sa graisse et son nerf ont été permis' ; et lorsqu'on y objecte 'mais voici le sang, etc.', on ne répond pas 'lorsque la nevela a été permise, son sang a été permis'. Et dans Meila (17a) aussi, au chapitre Kodchei mizbeah, on exclut le sang du cherets par 'et voici pour vous l'impur', parce qu'il n'est pas inclus dans le cherets.
💡 Explication

Une baraita rapporte que Rabbi Natan fixe la sortie du vin figé (sec) à un kazayit. Selon Rachi, ce kazayit provient d'un revi'it de vin liquide ; le vin figé ne pouvant plus être dilué, on exige le revi'it complet et non le quart.

Rav Yossef le rapproche de Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda : le sang de nevela ne rend impur, selon Beit Hillel, qu'à partir d'un revi'it, parce qu'un revi'it figé donne un kazayit, la mesure d'impureté de la nevela. Les deux tannaim poseraient la même équivalence : un revi'it liquide = un kazayit sec.

🖼️ Schéma
Un revi'it de liquide figé = un kazayit ?Rabbi Natan (vin figé)sortie : un kazayit de vin sec(il contenait un revi'it liquide)Rabbi Yossi b. R. Yehouda (sang)sang de nevela impur à partir d'un revi'itcar il peut figer en un kazayitRav Yossef : ils disent la même choseAbaye : peut-être pasLecture 1vin fluide : revi'it -> kazayit ;sang épais : moins d'un revi'it suffitLecture 2sang épais : revi'it -> kazayit ;vin fluide : il faut plus d'un revi'it
L'équivalence revi'it liquide / kazayit figé, et les deux lectures d'Abaye qui séparent vin et sang.
5
אמר אביי: דילמא לא היא. עד כאן לא קאמר רבי נתן הכא דכזית בעי רביעית — אלא ביין דקליש, אבל בדם דסמיך — כזית לא בעי רביעית. אי נמי, עד כאן לא קאמר רבי יוסי ברבי יהודה התם דכזית סגי ליה ברביעית — אלא בדם דסמיך, אבל יין דקליש — כזית הוי יותר מרביעית, וכי מפיק פחות מכזית ליחייב.

Abaye dit : peut-être n'en est-il pas ainsi. Rabbi Natan n'a dit ici qu'un kazayit exige un revi'it que pour le vin, qui est fluide ; mais pour le sang, qui est épais, un kazayit n'exige pas un revi'it.

Ou bien, Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda n'a dit là-bas qu'un revi'it suffit pour un kazayit que pour le sang, qui est épais ; mais pour le vin, qui est fluide, un kazayit fait plus qu'un revi'it, et lorsqu'il sort moins d'un kazayit, il devrait être redevable.

📜 Rachi (3)
עד כאן לא קאמר ר' נתן הכא דכזית יבש בעי רביעית דלח ובציר מרביעית לח ליכא כזית יבש כדקאמר דכזית קרוש הויא ביה רביעית:
Rabbi Natan n'a dit ici - qu'un kazayit sec exige un revi'it liquide, et qu'avec moins d'un revi'it liquide il n'y a pas de kazayit sec, puisqu'il dit que le kazayit figé contenait un revi'it.
אלא ביין דקליש וכשהוא לח רב נפחו וכשמתייבש נצמק לשיעור קטן:
Que pour le vin, qui est fluide - lorsqu'il est liquide son volume est grand, et lorsqu'il sèche il se réduit à une petite mesure.
אבל דם כשהוא לח הוי סמיך עב וקרוב להיות קרוש וכשיבש אינו נצמק לשיעור קטן אלא מעט וכזית יבש לא בעי רביעית לח ודם נבילות מטמא בפחות מרביעית:
Mais le sang - lorsqu'il est liquide il est dense, épais, proche d'être figé ; lorsqu'il sèche, il ne se réduit pas à une petite mesure, mais un peu seulement ; un kazayit sec n'exige pas un revi'it liquide, et le sang des nevelot rend impur à moins d'un revi'it.
💡 Explication

Abaye refuse l'identification de Rav Yossef. Le vin est fluide (kalich) et perd beaucoup de volume en séchant ; le sang est épais (samikh) et en perd peu.

Lecture 1 : Rabbi Natan parle du vin ; pour le sang, moins d'un revi'it donne déjà un kazayit, et Rabbi Natan pourrait admettre que le sang rend impur en deçà d'un revi'it.

Lecture 2 : Rabbi Yossi parle du sang ; pour le vin, un kazayit figé demande plus d'un revi'it, et Rabbi Yossi rendrait donc redevable pour moins d'un kazayit de vin figé, puisque le revi'it liquide suffit.

6
חלב כדי גמיעה. איבעיא להו: ״כדי גמיאה״, או ״כדי גמיעה״. אמר רב נחמן בר יצחק: ״הגמיאיני נא מעט מים מכדך״.

Le lait, de quoi [faire] une gorgée (gemia). On s'est demandé : [lit-on] kedei gemia (avec alef) ou kedei gemia (avec ayin) ?

Rav Nahman bar Yitshak dit : 'Fais-moi boire (hagmiini), je te prie, un peu d'eau de ta cruche' (Berechit 24,17).

💡 Explication

La Mishna fixe la sortie du lait à une gorgée. La question porte sur l'orthographe : gemia s'écrit-il avec un alef ou un ayin ? Rav Nahman bar Yitshak tranche par le verset où Eliezer demande à Rivka : 'hagmiini', écrit avec alef.

7
איבעיא להו:

On s'est demandé :

💡 Explication

Une question semblable d'orthographe s'ouvre ici ; elle se poursuit sur le daf suivant (77b).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).