Sougya : Le daf achève la discussion sur le chtar remboursé (Abaye, Rava, Rav Ashi) : faut-il valider un chtar reconnu, écrit-on un reçu, et à quoi sert un chtar payé au débiteur. Puis Rava interroge Rav Nahman sur la peau : la mesure d'une amulette vaut-elle pour la peau tannée, à tanner ou non destinée au tannage ?
Rav Nahman répond que la matière destinée à un travail a la mesure du produit fini (preuve par la laine). Rava objecte à partir des teintures, des graines et de l'argile ; chaque fois, l'écart s'explique parce qu'on ne prépare pas le brut pour une quantité aussi petite.
Enfin, la Guemara examine les trois états de peau selon Oula (matsa, hifa, diftera) et distingue la peau fraîche (bichoula) et la kortovela.
[Ce sont les mots 'avant/après remboursement', c'est-à-dire :] jusqu'à ce que l'emprunteur dise 'j'ai payé' ou 'je n'ai pas payé'.
Fin de l'explication d'Abaye (commencée en 78b). Selon lui, les mots 'remboursé' et 'avant remboursement' de la baraita désignent la déclaration du débiteur. Le chtar est supposé non validé ; tant que le débiteur n'a rien dit, il garde sa valeur. S'il dit 'j'ai payé', il est cru selon le Tanna kamma, et le chtar n'a plus de valeur : celui qui le sort est exempt.
Rava dit : tous admettent qu'un chtar [dont le débiteur reconnaît] qu'il l'a écrit doit être validé ; et ici, ils divergent sur [la question] : écrit-on un reçu (chover) ? Le Tanna kamma pense qu'on écrit un reçu, et Rabbi Yehouda pense qu'on n'écrit pas de reçu.
Rav Achi dit : [Rabbi Yehouda le rend passible] parce qu'il doit le montrer à un second créancier, lui disant : vois, je suis un homme qui paie.
Deux nouvelles lectures de la divergence entre le Tanna kamma et Rabbi Yehouda sur le chtar remboursé sorti à Chabbat.
Rava : tous exigent le kiyoum (validation par les témoins) même si le débiteur reconnaît l'avoir écrit. Le débat porte sur le chover (reçu de paiement). Si l'on écrit un reçu, le débiteur est protégé et le prêteur ne tire aucun usage du chtar : exempt. Si l'on n'écrit pas de reçu, le prêteur doit garder le chtar pour le rendre : il a une valeur, passible. Rachi rejette la version inverse, car Rabbi Yehouda refuse le reçu en Baba Batra 170b.
Rav Achi : c'est le débiteur qui sort le chtar. Pour Rabbi Yehouda il en a l'usage : prouver à d'autres créanciers qu'il rembourse ses dettes.
'La peau : de quoi faire [une amulette]', etc. Rava demanda à Rav Nahman : celui qui sort de la peau, pour quelle quantité [est-il passible] ?
Il lui répondit : comme nous l'avons enseigné : la peau, de quoi faire une amulette (kamea). [Celui qui la tanne, pour quelle quantité ?
Il lui répondit : il n'y a pas de différence.] [Celui qui sort une peau] destinée à être tannée, pour quelle quantité ? Il lui répondit : il n'y a pas de différence.
Retour à la Mishna : la peau a pour mesure de quoi faire une kamea (amulette). Rava pose une série de questions à Rav Nahman. La première (sortir de la peau) a sa réponse dans la Mishna ; Rachi explique qu'elle sert d'introduction aux suivantes : la mesure pour le travail de tannage (mêla'ha de me'abed), puis la mesure pour sortir une peau encore brute mais destinée au tannage. Réponse : la même mesure partout.
Et d'où le dis-tu ? Comme nous l'avons enseigné : celui qui blanchit, celui qui peigne, celui qui teint et celui qui file : sa mesure est la pleine largeur du sit, doublée.
Et celui qui tisse deux fils : sa mesure est la pleine largeur du sit, doublée. On voit donc : puisqu'elle est destinée à être filée, sa mesure est celle du filé.
Ici aussi : puisqu'elle est destinée à être tannée, sa mesure est celle de la [peau] tannée. Et [celle qui n'est] pas [destinée] à être tannée, pour quelle quantité ?
Il lui répondit : il n'y a pas de différence.
Preuve de Rav Nahman : pour la laine, les travaux préparatoires (melaben blanchir, menapets peigner, tsovea teindre, tove filer) ont la même mesure que le fil filé et tissé : deux fois la largeur du sit. La matière brute compte déjà selon ce à quoi elle est destinée. De même, la peau destinée au tannage a la mesure de la peau tannée.
Rava demande encore : et la peau qui n'est pas destinée au tannage ? Même réponse.
Et il n'y a pas de différence entre [peau] tannée et non tannée ? Il lui objecta : celui qui sort des teintures trempées [est passible pour] de quoi teindre un échantillon pour l'ira.
Tandis qu'au sujet des teintures non trempées, nous avons enseigné : les écorces de noix, les écorces de grenade, le satis et la poua : de quoi teindre un petit vêtement [pour l'ouverture d'une] résille ! - Mais il a été dit à ce sujet : Rav Nahman a dit au nom de Rabba bar Avouh : parce qu'on ne se donne pas la peine de tremper des teintures pour teindre un échantillon pour l'ira.
Première objection de Rava : pour les teintures, la mesure du produit préparé (trempé) est un petit échantillon, alors que la mesure des matières brutes est plus grande (de quoi teindre le tissu d'une résille). Le brut et le préparé n'ont donc pas la même mesure.
Réponse : personne ne prépare une teinture pour une quantité aussi petite qu'un échantillon. La matière brute est donc mesurée selon la quantité qu'on trempe réellement. Pour la peau, Rachi précise qu'on tanne bien de quoi faire une amulette : la mesure est la même avant et après.
Et voici les semences de jardin : avant qu'on les sème, nous avons enseigné : les semences de jardin, moins qu'une grogueret (figue sèche) ; Rabbi Yehouda ben Beteira dit : cinq. Tandis qu'après qu'on les a semées, nous avons enseigné : le fumier et le sable fin, de quoi fumer une tige de chou, selon Rabbi Akiva ; et les Sages disent : de quoi fumer un poireau ! - Mais il a été dit à ce sujet : Rav Papa a dit : ici [il s'agit de ce] qui est semé, là de ce qui n'est pas semé, parce qu'on ne se donne pas la peine de sortir une seule graine pour la semer.
Deuxième objection : pour les graines, avant semis il faut cinq graines (Rabbi Yehouda ben Beteira) ; après semis, la mesure du fumier montre qu'une seule plante (chou ou poireau) compte. La mesure du brut est donc plus grande.
Réponse de Rav Papa : on ne sort pas une seule graine pour la semer. La mesure de la graine brute suit ce qu'on transporte réellement pour semer.
Et voici l'argile : avant qu'on la pétrisse, il est enseigné : les Sages admettent avec Rabbi Chimon, pour celui qui sort des eaux usées (chofkhin) dans le domaine public, que leur mesure est un revi'it ; et nous avons demandé : à quoi servent des eaux usées ? Et Rabbi Yirmeya a dit : à pétrir avec elles l'argile.
Tandis qu'après qu'on l'a pétrie, il est enseigné : l'argile, de quoi faire l'ouverture d'un creuset (kour) ! - Là aussi, comme nous l'avons dit : parce qu'on ne se donne pas la peine de pétrir de l'argile pour en faire l'ouverture d'un creuset.
Troisième objection : l'argile. Avant pétrissage, la mesure des eaux usées est un revi'it, qui sert à pétrir une quantité d'argile assez grande ; après pétrissage, il suffit de quoi faire l'ouverture d'un kour (creuset), quantité plus petite.
Même réponse : on ne pétrit pas de l'argile pour une si petite quantité. Les trois objections tombent pour la même raison : quand l'écart existe, il vient de l'usage réel du brut.
Viens entendre : Rabbi Hiya bar Ami a dit au nom de Oula : il y a trois [sortes de] peaux : matsa, hifa et diftera. Matsa, selon son sens [littéral] : non salée, non traitée à la farine (kamiah), non traitée aux noix de galle (afits).
Et quelle est sa mesure ? Rav Chmouel bar Rav Yehouda a enseigné : de quoi y envelopper un petit poids.
Et combien ? Abaye a dit : un quart de quart [de litra] de Poumbedita.
La Guemara cherche à trancher la question de Rava par l'enseignement de Oula, qui distingue trois stades du tannage : matsa (brute), hifa (salée), diftera (salée et traitée à la farine). Le dernier stade, avec la noix de galle, donne le cuir fini (ma'oubad).
Pour la matsa, la mesure est de quoi envelopper un petit poids : un seizième de litra de Poumbedita, selon Abaye. Cette mesure est plus grande qu'une amulette.
Hifa : salée, non traitée à la farine, non traitée aux noix de galle. Et quelle est sa mesure ?
Comme nous l'avons enseigné : la peau, de quoi faire une amulette. Diftera : salée, traitée à la farine, non traitée aux noix de galle.
Et quelle est sa mesure ? De quoi y écrire un guet.
On enseigne en tout cas : de quoi y envelopper un petit poids, et Abaye a dit : un quart de quart [de litra] de Poumbedita ! - Là, [il s'agit d'une peau] bichoula (fraîche).
La hifa a la mesure de la Mishna (amulette) ; la diftera, de quoi écrire un guet. Objection : la matsa, peau non tannée, a une mesure plus grande (le petit poids). Le brut et le fini diffèrent donc.
Réponse : la matsa de Oula est une peau bichoula, encore humide, inapte au tannage. Une peau sèche, apte au tannage, compte comme tannée (Rachi). Le Roch fixe la halakha : pour toute peau, tannée ou non, destinée au tannage ou non, la mesure est une amulette.
Tossefot conteste Rachi : la mesure du guet est plus grande que celle de l'amulette, parce qu'on réserve la diftera, matière plus précieuse, à un usage plus important, comme pour le parchemin.
Mais nous avons enseigné : le vêtement, trois sur trois pour le midras ; le sac, quatre sur quatre ; la peau, cinq sur cinq ; la natte, six sur six, tant pour le midras que pour le mort. Et on a enseigné à ce sujet : le vêtement, le sac et la peau : telle la mesure pour l'impureté, telle la mesure pour la sortie ! - Celle-là [concerne] la kortovela.
Dernière objection : la Mishna de Kelim fixe pour la peau une mesure de cinq tefahim sur cinq pour recevoir l'impureté de midras (impureté transmise par celui qui s'assoit ou se couche dessus) et de mort, et la Tossefta applique la même mesure à la sortie à Chabbat.
Réponse : cette mesure concerne la kortovela, peau bouillie et durcie qui sert de siège ou de couverture. Son usage demande une grande pièce, d'où la grande mesure.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).