Shabbat 79a — Peau brute ou tannée : la mesure de sortie suit l'usage

Shabbat 79a

Sougya : Le daf achève la discussion sur le chtar remboursé (Abaye, Rava, Rav Ashi) : faut-il valider un chtar reconnu, écrit-on un reçu, et à quoi sert un chtar payé au débiteur. Puis Rava interroge Rav Nahman sur la peau : la mesure d'une amulette vaut-elle pour la peau tannée, à tanner ou non destinée au tannage ?

Rav Nahman répond que la matière destinée à un travail a la mesure du produit fini (preuve par la laine). Rava objecte à partir des teintures, des graines et de l'argile ; chaque fois, l'écart s'explique parce qu'on ne prépare pas le brut pour une quantité aussi petite.

Enfin, la Guemara examine les trois états de peau selon Oula (matsa, hifa, diftera) et distingue la peau fraîche (bichoula) et la kortovela.

Les états de la peau et la mesure de sortie (Oula, 79a)ÉtatSelFarineNoix de galleMesure de sortieBichoulafraîche, humide---un petit poids à envelopper(1/4 de 1/4 de litra)Matsabrute, sèchenonnonnonune amulette (kamea)(après la conclusion)Hifasaléeouinonnonune amulette (kamea)(Mishna)Difterasalée + farineouiouinonde quoi écrire un guetKortovelabouillie, durcie---5 x 5 tefahim(comme pour l'impureté)Principe : une peau apte au tannage compte comme tannée ; seules bichoula et kortovela ont une autre mesure.
Les états de la peau selon Oula et la mesure retenue pour chacun après les réponses de la Guemara.
Matière destinée à être travaillée = matière travaillée ?Principe de Rav Nahmance qui est destiné au travail a la mesure du produit finiObjection (brut)vs (fini)RéponseTeintures non trempéespetit tissu de résilleTeintures trempéeséchantillon pour l'iraon ne se donne pas la peinepour si peuGraines non semées5 graines (RYbB)Graine semée1 pousse (chou / poireau)on ne se donne pas la peinepour si peuEaux pour l'argile1 revi'it d'eauArgile pétrieouverture d'un creuseton ne se donne pas la peinepour si peuLa mesure du fini est trop petite pour qu'on prépare le brut en vue d'elle : l'écart vient de l'usage réel.Pour la peau, on tanne bien de quoi faire une amulette : brute ou tannée, même mesure.
Les trois objections de Rava et la réponse commune : on ne prépare pas le brut pour si peu.
1
עד שיאמר לוה ״פרעתי״ ו״לא פרעתי״.

[Ce sont les mots 'avant/après remboursement', c'est-à-dire :] jusqu'à ce que l'emprunteur dise 'j'ai payé' ou 'je n'ai pas payé'.

📜 Rachi (1)
עד שיאמר פרעתי ולא פרעתי כלומר עד שלא אמר פרעתי חייב משאמר פרעתי פטור דבטל ליה:
Jusqu'à ce qu'il dise 'j'ai payé' ou 'je n'ai pas payé' - c'est-à-dire : tant qu'il n'a pas dit 'j'ai payé', on est passible ; dès qu'il a dit 'j'ai payé', on est exempt, car [le chtar] est annulé.
💡 Explication

Fin de l'explication d'Abaye (commencée en 78b). Selon lui, les mots 'remboursé' et 'avant remboursement' de la baraita désignent la déclaration du débiteur. Le chtar est supposé non validé ; tant que le débiteur n'a rien dit, il garde sa valeur. S'il dit 'j'ai payé', il est cru selon le Tanna kamma, et le chtar n'a plus de valeur : celui qui le sort est exempt.

2
רבא אמר: דכולי עלמא מודה בשטר שכתבו — שצריך לקיימו, והכא בכותבין שובר קמיפלגי: תנא קמא סבר כותבין שובר, ורבי יהודה סבר אין כותבין שובר. רב אשי אמר: מפני שצריך להראותו לבעל חוב שני, דאמר ליה: חזי, גברא דפרע אנא.

Rava dit : tous admettent qu'un chtar [dont le débiteur reconnaît] qu'il l'a écrit doit être validé ; et ici, ils divergent sur [la question] : écrit-on un reçu (chover) ? Le Tanna kamma pense qu'on écrit un reçu, et Rabbi Yehouda pense qu'on n'écrit pas de reçu.

Rav Achi dit : [Rabbi Yehouda le rend passible] parce qu'il doit le montrer à un second créancier, lui disant : vois, je suis un homme qui paie.

📜 Rachi (3)
דכולי עלמא צריך לקיימו והכא בפרעו ולא פרעו ממש קאמר ובשטר מקויים ודכולי עלמא אסור לשהות שטר פרוע:
Tous admettent qu'il faut le valider - et ici, 'remboursé' et 'non remboursé' sont dits au sens propre, il s'agit d'un chtar validé, et tous admettent qu'il est interdit de garder un chtar remboursé.
והכא בכותבין שובר קא מיפלגי יש גורסין ת"ק סבר אין כותבין שובר על שטר פרוע שאתה מצריכו לשמור שוברו מן העכברים אלא מחזיר לו ושורפו ואסור להשהותו ורבי יהודה סבר כותבין שובר ועל ידי שובר מותר לשהות שטר פרוע לצור ע"פ צלוחיתו ולא היא חדא דכיון דאסור לשהות שטר פרוע אפי' על ידי שובר נמי אסור להשהותו שמא יאבד השובר וזה חוזר וגובה בו ועוד לרבי יהודה אין כותבין שובר שמעינן ליה בבבא בתרא (דף קע:) דתנן מי שפרע מקצת חובו ר' יהודה אומר יחליף רבי יוסי אומר יכתוב שובר וה"ג ת"ק סבר כותבים שובר והכי קאמר משפרעו לוה והוציאו מלוה בשבת פטור שאינו צריך לו ואי אמרת כיון דראוי לצור ע"פ צלוחיתו הוא דבעי אהדורי ללוה לא משהי ליה שמא יבא לידי מלוה ויחזור ויתבענו ואי נמי לא מהדר ליה מלוה לא איכפת ליה ללוה דמלוה כתב ליה ללוה שובר עילויה ורבי יהודה סבר אין כותבין שובר הלכך צריך הוא המלוה דבעי אהדורי ואי לא מהדר ליה חוזר ותובעו לו מה שפרעו דלא סגי ליה בשובר דצריך לשומרו מן העכברים:
Et ici, ils divergent sur [la question] : écrit-on un reçu - certains ont la version : le Tanna kamma pense qu'on n'écrit pas de reçu sur un chtar remboursé, car tu obligerais [le débiteur] à garder son reçu des souris ; [le prêteur] le lui rend plutôt et il le brûle, et il est interdit de le garder ; et Rabbi Yehouda pense qu'on écrit un reçu, et grâce au reçu il est permis de garder le chtar remboursé pour entourer le goulot de sa fiole. Cette version est à rejeter. D'abord, puisqu'il est interdit de garder un chtar remboursé, même avec un reçu il est interdit de le garder, de peur que le reçu ne se perde et que [le prêteur] ne recouvre de nouveau avec lui. Ensuite, que selon Rabbi Yehouda on n'écrit pas de reçu, nous l'apprenons dans Baba Batra (170b), où il est enseigné : celui qui a remboursé une partie de sa dette, Rabbi Yehouda dit : il échange [le chtar] ; Rabbi Yossi dit : il écrit un reçu. Voici la bonne version : le Tanna kamma pense qu'on écrit un reçu, et il dit ceci : une fois que l'emprunteur a payé et que le prêteur l'a sorti à Chabbat, il est exempt, car il n'en a pas besoin. Et si tu dis : puisqu'il est bon pour entourer le goulot de sa fiole [il en a besoin] - il doit le rendre à l'emprunteur ; celui-ci ne le laisse pas [chez le prêteur], de peur qu'il ne revienne à la main du prêteur et qu'il ne le réclame de nouveau ; et même si le prêteur ne le lui rend pas, cela n'importe pas à l'emprunteur, puisque le prêteur lui a écrit un reçu à ce sujet. Et Rabbi Yehouda pense qu'on n'écrit pas de reçu ; c'est pourquoi le prêteur doit le rendre, et s'il ne le rend pas, [l'emprunteur] peut lui réclamer de nouveau ce qu'il a payé, car un reçu ne lui suffit pas, puisqu'il devrait le garder des souris.
רב אשי אמר פלוגתייהו כשהוציאו לוה הוא ומה הוא צריך לו דקאמר ודאי לא לצור דמשום סתימת פי צלוחית לא משהי ליה שמא יבא ליד המלוה אלא משהי ליה להראותו לשאר בעלי חובות ולהתהלל שהוא פורע חובותיו:
Rav Achi dit - leur divergence porte sur le cas où c'est l'emprunteur qui l'a sorti. Et quel besoin en a-t-il, dont on parle ? Certainement pas pour entourer [un goulot], car pour boucher l'ouverture d'une fiole il ne le garderait pas, de peur qu'il ne parvienne à la main du prêteur ; il le garde plutôt pour le montrer à ses autres créanciers et se vanter de payer ses dettes.
🗂️ Tossefot (2)
ת"ק סבר כותבין שובר ומיירי שכבר יש לו שובר ולכך משפרע פטור דאין זקוק להחזיר השטר ומתוך פירוש הקונטרס משמע שעדיין לא נכתב השובר וקשה דהרי צריך להחזירו ללוה שלא יצטרך לכתוב שובר:
Le Tanna kamma pense qu'on écrit un reçu - et il s'agit du cas où [l'emprunteur] a déjà un reçu ; c'est pourquoi, une fois le paiement fait, on est exempt, car [le prêteur] n'est pas tenu de rendre le chtar. De l'explication du Kountrass (Rachi), il ressort que le reçu n'a pas encore été écrit ; et c'est difficile, car alors il doit le rendre à l'emprunteur, pour ne pas avoir à écrire de reçu.
חזי דגברא דפרע אנא כרב אשי תניא בתוספתא דמכילתין ר' יהודה אומר אף המוציא שטר פרוע כל שהוא חייב מפני שמשמרו לבעל חוב ולשאר אמוראי קשה לרשב"א:
Vois, je suis un homme qui paie - conformément à Rav Achi, il est enseigné dans la Tossefta de notre traité : Rabbi Yehouda dit : même celui qui sort un chtar remboursé, de n'importe quelle taille, est passible, parce qu'il le garde pour un créancier. Et selon les autres Amoraim, c'est difficile, d'après le Rachba.
💡 Explication

Deux nouvelles lectures de la divergence entre le Tanna kamma et Rabbi Yehouda sur le chtar remboursé sorti à Chabbat.

Rava : tous exigent le kiyoum (validation par les témoins) même si le débiteur reconnaît l'avoir écrit. Le débat porte sur le chover (reçu de paiement). Si l'on écrit un reçu, le débiteur est protégé et le prêteur ne tire aucun usage du chtar : exempt. Si l'on n'écrit pas de reçu, le prêteur doit garder le chtar pour le rendre : il a une valeur, passible. Rachi rejette la version inverse, car Rabbi Yehouda refuse le reçu en Baba Batra 170b.

Rav Achi : c'est le débiteur qui sort le chtar. Pour Rabbi Yehouda il en a l'usage : prouver à d'autres créanciers qu'il rembourse ses dettes.

🖼️ Schéma
Chtar remboursé sorti à Chabbat : sur quoi porte la divergence ?AbayeChtar reconnu par le débiteur :faut-il le valider (kiyoum) ?TK : oui -> 'j'ai payé' lerend nul -> exemptR. Yehouda : non -> passibleRavaTous : il faut valider.Débat : écrit-on un reçu (chover) ?TK : oui -> le prêteurn'en a pas besoin -> exemptR. Yehouda : non -> passibleRav AshiLe débiteur sort le chtarremboursé.R. Yehouda : passible, il lemontré à un autre créancier :'je suis un homme qui paie'Abaye : fin de 78b et début de 79a. Rava et Rav Ashi : 79a.
Trois lectures de la divergence entre le Tanna kamma et Rabbi Yehouda.
3
עור כדי לעשות כו׳. בעא מיניה רבא מרב נחמן: המוציא עור, בכמה? אמר ליה: כדתנן: עור כדי לעשות קמיע. [המעבדו, בכמה? אמר ליה: לא שנא.] לעבדו בכמה? אמר ליה: לא שנא.

'La peau : de quoi faire [une amulette]', etc. Rava demanda à Rav Nahman : celui qui sort de la peau, pour quelle quantité [est-il passible] ?

Il lui répondit : comme nous l'avons enseigné : la peau, de quoi faire une amulette (kamea). [Celui qui la tanne, pour quelle quantité ?

Il lui répondit : il n'y a pas de différence.] [Celui qui sort une peau] destinée à être tannée, pour quelle quantité ? Il lui répondit : il n'y a pas de différence.

📜 Rachi (2)
המוציא עור בכמה משום דבעי למיבעי מיניה הנך בעיי אחרנייתא בעא מיניה הא ואף על גב דמתני' היא:
Celui qui sort de la peau, pour quelle quantité - comme il voulait lui poser les autres questions, il lui a posé celle-ci, bien que ce soit [explicite dans] notre Mishna.
לעבד עור העומד לעבדו ועדיין לא עבדו בכמה שיעור הוצאתו:
À tanner - une peau destinée à être tannée et pas encore tannée : quelle est la mesure de sa sortie ?
💡 Explication

Retour à la Mishna : la peau a pour mesure de quoi faire une kamea (amulette). Rava pose une série de questions à Rav Nahman. La première (sortir de la peau) a sa réponse dans la Mishna ; Rachi explique qu'elle sert d'introduction aux suivantes : la mesure pour le travail de tannage (mêla'ha de me'abed), puis la mesure pour sortir une peau encore brute mais destinée au tannage. Réponse : la même mesure partout.

4
ומנא תימרא? — כדתנן: המלבן והמנפץ והצובע והטווה — שיעורו כמלא רוחב הסיט כפול. והאורג שני חוטין — שיעורו כמלא רוחב הסיט כפול. אלמא: כיון דלטוייה קאי — שיעורו כטווי. הכא נמי, כיון דלעבדו קאי — שיעורו כמעובד. ושלא לעבדו, בכמה? אמר ליה: לא שנא.

Et d'où le dis-tu ? Comme nous l'avons enseigné : celui qui blanchit, celui qui peigne, celui qui teint et celui qui file : sa mesure est la pleine largeur du sit, doublée.

Et celui qui tisse deux fils : sa mesure est la pleine largeur du sit, doublée. On voit donc : puisqu'elle est destinée à être filée, sa mesure est celle du filé.

Ici aussi : puisqu'elle est destinée à être tannée, sa mesure est celle de la [peau] tannée. Et [celle qui n'est] pas [destinée] à être tannée, pour quelle quantité ?

Il lui répondit : il n'y a pas de différence.

📜 Rachi (5)
המלבן צמר:
Celui qui blanchit - de la laine.
סיט כדי הפרש אצבע מהאמה:
Sit - l'écart entre l'index et le majeur.
כפול שני סיטין:
Doublée - deux sit.
אלמא כיון דמנפץ ומלבן לטווייה קאי שיעוריה כטוויה:
On voit donc - puisque [la laine de] celui qui peigne et de celui qui blanchit est destinée au filage, sa mesure est celle du filage.
שלא לעבדו אינו עומד לעבד:
Pas à tanner - elle n'est pas destinée à être tannée.
🗂️ Tossefot (1)
אלמא כיון דלטוויה קאי הוה ליה למינקט כיון דלאריגה קאי שהוא רחוק יותר אלא שמא לאו כולהו קיימי לאריגה:
On voit donc : puisqu'elle est destinée au filage - il aurait dû dire 'puisqu'elle est destinée au tissage', ce qui est plus éloigné ; mais peut-être que toutes [ces laines] ne sont pas destinées au tissage.
💡 Explication

Preuve de Rav Nahman : pour la laine, les travaux préparatoires (melaben blanchir, menapets peigner, tsovea teindre, tove filer) ont la même mesure que le fil filé et tissé : deux fois la largeur du sit. La matière brute compte déjà selon ce à quoi elle est destinée. De même, la peau destinée au tannage a la mesure de la peau tannée.

Rava demande encore : et la peau qui n'est pas destinée au tannage ? Même réponse.

🖼️ Schéma
Une seule mesure pour toute la chaîne de la laineBlanchirPeignerTeindreFilerTisser 2 filsMesure unique : la largeur du sit, doublée(sit = écart index - majeur)Ce qui est destiné au filage a la mesure du filé ; de même la peau destinée au tannage.
Les étapes du travail de la laine partagent la mesure du produit final.
5
ולא שני בין מעובד לשאינו מעובד? איתיביה: המוציא סמנין שרוין, כדי לצבוע בהן דוגמא לאירא. ואילו בסמנין שאינן שרוין תנן: קליפי אגוזים וקליפי רמונין, סטיס ופואה, כדי לצבוע בהן בגד קטן [לפי] סבכה! הא איתמר עלה, אמר רב נחמן אמר רבה בר אבוה: לפי שאין אדם טורח לשרות סמנין לצבוע בהן דוגמא לאירא.

Et il n'y a pas de différence entre [peau] tannée et non tannée ? Il lui objecta : celui qui sort des teintures trempées [est passible pour] de quoi teindre un échantillon pour l'ira.

Tandis qu'au sujet des teintures non trempées, nous avons enseigné : les écorces de noix, les écorces de grenade, le satis et la poua : de quoi teindre un petit vêtement [pour l'ouverture d'une] résille ! - Mais il a été dit à ce sujet : Rav Nahman a dit au nom de Rabba bar Avouh : parce qu'on ne se donne pas la peine de tremper des teintures pour teindre un échantillon pour l'ira.

📜 Rachi (7)
דוגמא כלומר מעט כעין שמראין לדוגמא לומר רוצה אתה בזה:
Échantillon - c'est-à-dire peu, comme ce qu'on montre en échantillon pour dire : veux-tu de ceci ?
לאירא והוא כשיעור הצריך לאירא של גרדי לסתום פי קנה שפקעית הערב נתונה בו:
Pour l'ira - c'est la quantité nécessaire pour l'ira du tisserand, pour boucher l'ouverture du tube dans lequel est placée la bobine de la trame.
קליפי אגוזים קליפה לחה שעל קליפי האגוז:
Écorces de noix - l'écorce humide qui est sur la coque de la noix.
סטיס וישודא:
Satis - vichouda (la guède).
פואה וורנצ"א:
Poua - varantse (la garance).
פי סבכה קופ"א נותנין בגד באמצעיתה והאי שיעורא נפיש:
Ouverture de la résille - coiffe ; on met un tissu en son milieu, et cette mesure est grande.
שאין אדם טורח כו' ואם בא לשרותה שורה כדי פי סבכה אבל עור טורח אדם לעבד כדי קמיע ומעובד נמי פחות מכדי קמיע לא חשיב:
Parce qu'on ne se donne pas la peine, etc. - et si on vient à les tremper, on en trempe de quoi [teindre] l'ouverture d'une résille ; mais pour la peau, on se donne la peine de tanner de quoi [faire] une amulette, et une peau tannée de moins qu'une amulette n'a pas non plus d'importance.
💡 Explication

Première objection de Rava : pour les teintures, la mesure du produit préparé (trempé) est un petit échantillon, alors que la mesure des matières brutes est plus grande (de quoi teindre le tissu d'une résille). Le brut et le préparé n'ont donc pas la même mesure.

Réponse : personne ne prépare une teinture pour une quantité aussi petite qu'un échantillon. La matière brute est donc mesurée selon la quantité qu'on trempe réellement. Pour la peau, Rachi précise qu'on tanne bien de quoi faire une amulette : la mesure est la même avant et après.

6
והרי זרעוני גינה, דמקמי דזרעינהו תנן: זרעוני גינה פחות מכגרוגרת. רבי יהודה בן בתירא אומר: חמשה. ואילו בתר דזרעינהו תנן: זבל וחול הדק כדי לזבל בו קלח של כרוב, דברי רבי עקיבא. וחכמים אומרים: כדי לזבל כרישא! — הא איתמר עלה, אמר רב פפא: הא דזריע, הא דלא זריע — לפי שאין אדם טורח להוציא נימא אחת לזריעה.

Et voici les semences de jardin : avant qu'on les sème, nous avons enseigné : les semences de jardin, moins qu'une grogueret (figue sèche) ; Rabbi Yehouda ben Beteira dit : cinq. Tandis qu'après qu'on les a semées, nous avons enseigné : le fumier et le sable fin, de quoi fumer une tige de chou, selon Rabbi Akiva ; et les Sages disent : de quoi fumer un poireau ! - Mais il a été dit à ce sujet : Rav Papa a dit : ici [il s'agit de ce] qui est semé, là de ce qui n'est pas semé, parce qu'on ne se donne pas la peine de sortir une seule graine pour la semer.

📜 Rachi (5)
חמשה גרעינין:
Cinq - graines.
ואילו בתר דזרעינהו תנן דקלח אחד חשוב:
Tandis qu'après qu'on les a semées, nous avons enseigné - qu'une seule tige a de l'importance.
כרישא קפלוט:
Poireau - kaflout.
הא איתמר עלה לקמן בפרק רבי עקיבא מתרץ לה רב פפא הכי:
Mais il a été dit à ce sujet - plus loin, au chapitre Rabbi Akiva, Rav Papa la résout ainsi.
נימא גרעינין:
Nima - graines.
💡 Explication

Deuxième objection : pour les graines, avant semis il faut cinq graines (Rabbi Yehouda ben Beteira) ; après semis, la mesure du fumier montre qu'une seule plante (chou ou poireau) compte. La mesure du brut est donc plus grande.

Réponse de Rav Papa : on ne sort pas une seule graine pour la semer. La mesure de la graine brute suit ce qu'on transporte réellement pour semer.

7
והרי טיט, דמקמי דליגבליה תניא: מודים חכמים לרבי שמעון במוציא שופכין לרשות הרבים ששיעורן ברביעית, והוינן [בה] שופכין למאי חזו? ואמר רבי ירמיה: לגבל בהן את הטיט, ואילו בתר דגבליה תניא: טיט כדי לעשות (בהן) פי כור! התם נמי כדאמרן: לפי שאין אדם טורח (בהן) לגבל את הטיט לעשות בו פי כור.

Et voici l'argile : avant qu'on la pétrisse, il est enseigné : les Sages admettent avec Rabbi Chimon, pour celui qui sort des eaux usées (chofkhin) dans le domaine public, que leur mesure est un revi'it ; et nous avons demandé : à quoi servent des eaux usées ? Et Rabbi Yirmeya a dit : à pétrir avec elles l'argile.

Tandis qu'après qu'on l'a pétrie, il est enseigné : l'argile, de quoi faire l'ouverture d'un creuset (kour) ! - Là aussi, comme nous l'avons dit : parce qu'on ne se donne pas la peine de pétrir de l'argile pour en faire l'ouverture d'un creuset.

⚖️ Rosh (1)
מתני' דבק כדי ליתן בראש השפשף. חרסית כדי לעשות פי כור של צורפי זהב. רבי יהודה אומר כדי לעשות פטפוט. סובין כדי ליתן על פי כור של צורפי זהב. סיד כדי לסוד אצבע קטנה שבבנות. רבי יהודה אומר כדי לסוד כלכול. רבי נחמיה אומר כדי לסוד אונדפי. אדמה כחותם המרצופין דברי רבי עקיבא. וחכמים אומרים כחותם האגרות. זבל וחול הדק כדי לזבל. קלח של כרוב דברי ר"ע. וחכמים אומרים כדי לזבל כרישא. חול הגס כדי ליתן על מלא כף סיד. קנה כדי לעשות קולמוס. ואם היה עבה או מרוסק כדי לבשל בו ביצה קלה שבבצים טרופה ונתונה באילפס:
Mishna. La colle : de quoi mettre au bout du chafchaf. L'argile (harsit) : de quoi faire l'ouverture du creuset des orfèvres ; Rabbi Yehouda dit : de quoi faire un petpout. Le son : de quoi mettre sur l'ouverture du creuset des orfèvres. La chaux : de quoi enduire le petit doigt des filles ; Rabbi Yehouda dit : de quoi enduire un kalkoul ; Rabbi Nehemia dit : de quoi enduire l'ondafi. La terre : comme le sceau des sacs, selon Rabbi Akiva ; et les Sages disent : comme le sceau des lettres. Le fumier et le sable fin : de quoi fumer une tige de chou, selon Rabbi Akiva ; et les Sages disent : de quoi fumer un poireau. Le gros sable : de quoi mettre sur une pleine cuillère de chaux. Le roseau : de quoi faire une plume (kolmos) ; et s'il est épais ou écrasé : de quoi cuire un œuf, le plus léger des œufs, battu et placé dans une poêle.
💡 Explication

Troisième objection : l'argile. Avant pétrissage, la mesure des eaux usées est un revi'it, qui sert à pétrir une quantité d'argile assez grande ; après pétrissage, il suffit de quoi faire l'ouverture d'un kour (creuset), quantité plus petite.

Même réponse : on ne pétrit pas de l'argile pour une si petite quantité. Les trois objections tombent pour la même raison : quand l'écart existe, il vient de l'usage réel du brut.

8
תא שמע, דאמר רבי חייא בר אמי משמיה דעולא: שלשה עורות הן: מצה, וחיפה, ודיפתרא. מצה — כמשמעו, דלא מליח ודלא קמיח ודלא עפיץ. וכמה שיעורו? תני רב שמואל בר רב יהודה: כדי לצור בו משקולת קטנה. וכמה? אמר אביי: ריבעא דריבעא דפומבדיתא.

Viens entendre : Rabbi Hiya bar Ami a dit au nom de Oula : il y a trois [sortes de] peaux : matsa, hifa et diftera. Matsa, selon son sens [littéral] : non salée, non traitée à la farine (kamiah), non traitée aux noix de galle (afits).

Et quelle est sa mesure ? Rav Chmouel bar Rav Yehouda a enseigné : de quoi y envelopper un petit poids.

Et combien ? Abaye a dit : un quart de quart [de litra] de Poumbedita.

📜 Rachi (5)
מצה כמשמעו שאין לה שום תיקון:
Matsa selon son sens - qui n'a aucune préparation.
קמיח משהין אותו בקמח ומים:
Kamiah - on la laisse séjourner dans de la farine et de l'eau.
עפיץ מתקנין אותו בשחיקת עפצים כמו שעושין כאן בשחיקת קליפת ארז שקורין טנא:
Afits - on la prépare avec des noix de galle broyées, comme on fait ici avec de l'écorce de cèdre (erez) broyée, qu'on appelle tan.
וכמה שיעורו להוצאת שבת:
Et quelle est sa mesure - pour la sortie à Chabbat.
רבעא דרבעא דפומבדיתא רובע ליטרא של פומבדיתא דרך הסוחרים לצור משקולת של עופרת כדי שלא תפחת לפי שהמתכת נשחקת תמיד ונפחת מאליו:
Un quart de quart de Poumbedita - un quart de litra de Poumbedita ; les marchands ont l'habitude d'envelopper le poids de plomb pour qu'il ne diminue pas, car le métal s'use sans cesse et diminue de lui-même.
💡 Explication

La Guemara cherche à trancher la question de Rava par l'enseignement de Oula, qui distingue trois stades du tannage : matsa (brute), hifa (salée), diftera (salée et traitée à la farine). Le dernier stade, avec la noix de galle, donne le cuir fini (ma'oubad).

Pour la matsa, la mesure est de quoi envelopper un petit poids : un seizième de litra de Poumbedita, selon Abaye. Cette mesure est plus grande qu'une amulette.

9
חיפה — דמליח ולא קמיח ולא עפיץ. וכמה שיעורו? כדתנן: עור — כדי לעשות קמיע. דיפתרא — דמליח וקמיח ולא עפיץ וכמה שיעורו? — כדי לכתוב עליו את הגט. קתני מיהת, כדי לצור בו משקולת קטנה, ואמר אביי: ריבעא דריבעא דפומבדיתא! התם בבישולא.

Hifa : salée, non traitée à la farine, non traitée aux noix de galle. Et quelle est sa mesure ?

Comme nous l'avons enseigné : la peau, de quoi faire une amulette. Diftera : salée, traitée à la farine, non traitée aux noix de galle.

Et quelle est sa mesure ? De quoi y écrire un guet.

On enseigne en tout cas : de quoi y envelopper un petit poids, et Abaye a dit : un quart de quart [de litra] de Poumbedita ! - Là, [il s'agit d'une peau] bichoula (fraîche).

📜 Rachi (4)
קמיע בציר שיעוריה מכדי לצור משקולת:
Amulette - sa mesure est plus petite que de quoi envelopper un poids.
לכתוב גט ותנן (גיטין דף פה.) גופו של גט הרי את מותרת לכל אדם ושמו ושמה והעדים והזמן ושיעור זה קטן מכולן:
Écrire un guet - et nous avons enseigné (Guittin 85a) : le corps du guet est 'te voici permise à tout homme', et son nom, le nom [de la femme], les témoins et la date ; et cette mesure est la plus petite de toutes.
וקתני מיהת כו' אלמא שיעור דאין מעובד נפיש:
On enseigne en tout cas, etc. - on voit que la mesure de la [peau] non tannée est plus grande.
בבישולא לח כמו שהופשט קרי בשולא לשון בשול שהוא לח דאכתי לא חזי לעיבוד אבל יבש חזי לעיבוד וכיון דחזי לעיבוד הוי כמעובד:
Bichoula - fraîche, telle qu'on vient de l'écorcher ; on l'appelle bichoula, du mot bichoul, car elle est humide et pas encore apte au tannage ; mais sèche, elle est apte au tannage, et puisqu'elle est apte au tannage, elle est comme tannée.
🗂️ Tossefot (2)
כדי לכתוב עליו את הגט סבירא ליה כרבי אליעזר דאמר עדי מסירה כרתי דלר' מאיר אין כותבין על הדפתרא דתנן בגטין (דף כא:) אין כותבין על נייר מחוק ועל הדפתרא וחכמים מכשירין ואמר בגמ' מאן חכמים ר' אליעזר ובחנם פי' בקונטרס דשיעור גט קטן מכולן דהא אשכחן דקלף כדי לכתוב עליו פרשה קטנה שבתפילין ונייר דגרע טפי שיעורו לכתוב עליו קשר מוכסין וטעמא דקלף שהוא חשוב אין מצניעין אותו לקשר מוכסין וכן יש לפרש כאן:
De quoi y écrire le guet - [ce Tanna] pense comme Rabbi Eliezer, qui dit que ce sont les témoins de la remise qui opèrent la séparation (edei messira karti). Car selon Rabbi Meir on n'écrit pas sur la diftera, comme nous l'avons enseigné dans Guittin (21b) : on n'écrit pas sur du papier effacé ni sur la diftera, et les Sages le valident ; et il est dit dans la Guemara : qui sont les Sages ? Rabbi Eliezer. Et c'est sans raison que le Kountrass a expliqué que la mesure du guet est la plus petite de toutes, car nous trouvons que pour le parchemin [la mesure est] de quoi y écrire la plus petite paracha des tefilin, et pour le papier, qui vaut moins, sa mesure est de quoi y écrire un reçu de douane ; et la raison est que le parchemin, qui est précieux, on ne le met pas de côté pour un reçu de douane. On peut expliquer de même ici.
וקתני מיהא כדי לצור ואמר אביי קשה לר"י דלא הוה ליה לאתויי מילתא דאביי הכא:
Et on enseigne en tout cas : de quoi envelopper, et Abaye a dit - le Ri trouve difficile qu'on ait eu à citer ici la parole d'Abaye.
⚖️ Rosh (1)
גמ' עור כדי לעשות קמיע וכן שיעור המעבד עור והמוציא עור בין מעובד ובין שאין מעובד בין לעבדו ובין שלא לעבדו שיעורו לעשות קמיע:
Guemara. La peau : de quoi faire une amulette ; et telle est aussi la mesure de celui qui tanne une peau, et de celui qui sort une peau, tannée ou non tannée, destinée au tannage ou non : sa mesure est de quoi faire une amulette.
💡 Explication

La hifa a la mesure de la Mishna (amulette) ; la diftera, de quoi écrire un guet. Objection : la matsa, peau non tannée, a une mesure plus grande (le petit poids). Le brut et le fini diffèrent donc.

Réponse : la matsa de Oula est une peau bichoula, encore humide, inapte au tannage. Une peau sèche, apte au tannage, compte comme tannée (Rachi). Le Roch fixe la halakha : pour toute peau, tannée ou non, destinée au tannage ou non, la mesure est une amulette.

Tossefot conteste Rachi : la mesure du guet est plus grande que celle de l'amulette, parce qu'on réserve la diftera, matière plus précieuse, à un usage plus important, comme pour le parchemin.

10
והתנן: הבגד — שלשה על שלשה למדרס, השק — ארבעה על ארבעה, העור — חמשה על חמשה, מפץ — ששה על ששה, בין למדרס בין למת. ותאני עלה הבגד והשק והעור — כשיעור לטומאה כך שיעור להוצאה! ההוא בקורטובלא.

Mais nous avons enseigné : le vêtement, trois sur trois pour le midras ; le sac, quatre sur quatre ; la peau, cinq sur cinq ; la natte, six sur six, tant pour le midras que pour le mort. Et on a enseigné à ce sujet : le vêtement, le sac et la peau : telle la mesure pour l'impureté, telle la mesure pour la sortie ! - Celle-là [concerne] la kortovela.

📜 Rachi (3)
שלשה על שלשה לטומאת מדרס אבל למגע שלש על שלש והן אצבעות:
Trois sur trois pour l'impureté du midras - mais pour [l'impureté par] contact, trois sur trois, et ce sont des doigts.
כך שיעור להוצאת שבת אלמא שאין מעובד חמשה טפחים בעינן ומתניתין מוקי במעובד:
Telle est la mesure pour la sortie à Chabbat - on voit que pour [la peau] non tannée il faut cinq tefahim, et on interprète notre Mishna comme [traitant de peau] tannée.
בקורטבלא מבשלו ברותחין ומתקשה לישב עליו ולכסות דלובקאות שקורין פושדטוויי"ל ומטות ולעשותו שולחן:
Kortovela - on la cuit dans l'eau bouillante et elle durcit, pour s'asseoir dessus et pour couvrir des coffres, qu'on appelle pochdetoueil, et des lits, et pour en faire une table.
💡 Explication

Dernière objection : la Mishna de Kelim fixe pour la peau une mesure de cinq tefahim sur cinq pour recevoir l'impureté de midras (impureté transmise par celui qui s'assoit ou se couche dessus) et de mort, et la Tossefta applique la même mesure à la sortie à Chabbat.

Réponse : cette mesure concerne la kortovela, peau bouillie et durcie qui sert de siège ou de couverture. Son usage demande une grande pièce, d'où la grande mesure.

🖼️ Schéma
Mesures minimales pour l'impureté (midras et mort), en tefahimVêtement : 3 x 3Sac : 4 x 4Peau : 5 x 5Natte : 6 x 6Tossefta : pour vêtement, sac et peau, même mesure pour la sortie -> la peau vise ici est la kortovela.
Mesures d'impureté de la Mishna de Kelim, appliquées par la Tossefta à la sortie à Chabbat.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).