Sougya : Le daf poursuit le commentaire de la Mishna des mesures de sortie. Rava examine quand deux demi-mesures sorties sรฉparรฉment se joignent : lettres d'encre รฉcrites en marchant, encre qui sรจche, moitiรฉs de figue relevรฉes ou passรฉes ร moins de trois tefahim.
Une baraita pose la condition d'un seul oubli, et Rabbi Yossei exige un seul domaine d'arrivรฉe ; Rabba, Abaye et Rava discutent de ce qui coupe un domaine en deux. La Guemara commente ensuite les mesures du khรดl, de la cire, de la glu, de la poix, de la terre cuite et du son.
On a enseignรฉ (Tossefta) : deux lettres pour l'encre [sรจche], deux lettres pour [l'encre dans] le calame, deux lettres pour [l'encre dans] l'encrier (kalmarin). Rava a demandรฉ : une lettre d'encre [sรจche], une lettre dans le calame, une lettre dans l'encrier, qu'en est-il ?
Teikou (la question reste en suspens).
La mesure de l'encre est de deux lettres, quel que soit l'รฉtat de l'encre. Rava demande si des quantitรฉs d'une lettre sous des formes diffรฉrentes se joignent (tsirouf). La question reste sans rรฉponse : teikou.
Rachi prรฉcise qu'on ne peut rendre l'homme coupable pour le calame lui-mรชme : un rรฉcipient qui porte moins que la mesure lui est accessoire (tafel).
Rava a dit : s'il a sorti [de l'encre pour] deux lettres et les a รฉcrites en marchant, il est coupable : leur รฉcriture tient lieu de leur dรฉpรดt. Et Rava a dit : s'il a sorti [de quoi รฉcrire] une lettre et l'a รฉcrite, puis a de nouveau sorti une lettre et l'a รฉcrite, il est exempt.
Pourquoi ? Au moment oรน il a sorti la derniรจre, la mesure de la premiรจre a diminuรฉ.
Une sortie (hotsaa) exige un dรฉpรดt (hanaha). Pour l'encre, l'รฉcriture elle-mรชme est le dรฉpรดt : ketivatan zo hi hanahatan.
Dans le second cas, l'encre de la premiรจre lettre a sรจche. Au moment de la seconde sortie, la quantitรฉ ร joindre est infรฉrieure ร deux lettres : exempt.
Et Rava a dit : s'il a sorti une demi-figue sรจche et l'a dรฉposรฉe, puis a de nouveau sorti une demi-figue et l'a dรฉposรฉe, la premiรจre est considรฉrรฉe comme si [un chien] l'avait happรฉe ou comme si elle avait brรปlรฉ, et il est exempt. Mais pourquoi ?
Elle est dรฉposรฉe ! Voici ce qu'il dit : s'il a d'abord relevรฉ la premiรจre avant de dรฉposer la seconde, la premiรจre est considรฉrรฉe comme happรฉe ou brรปlรฉe, et il est exempt.
Et Rava a dit : s'il a sorti une demi-figue et l'a dรฉposรฉe, puis a sorti une demi-figue et l'a fait passer au-dessus d'elle, il est coupable. Mais pourquoi ?
Elle ne s'est pas posรฉe ! Il s'agit du cas oรน il l'a fait passer ร moins de trois [tefahim].
La mesure de sortie des aliments est une figue sรจche (grogeret). Deux moitiรฉs se joignent dans un mรชme oubli, ร condition qu'elles se trouvent ensemble au moment oรน la seconde est dรฉposรฉe.
Si la premiรจre a รฉtรฉ relevรฉe avant, elle est comme disparue (kelata kelev). Si la seconde passe ร moins de trois tefahim de la premiรจre, la rรจgle de levoud la considรจre comme posรฉe.
Mais Rava n'a-t-il pas dit : ร moins de trois [tefahim], selon les Rabbanan, il faut un dรฉpรดt sur quelque chose ? Ce n'est pas difficile : ici pour celui qui lance, lร pour celui qui fait passer [dans sa main].
Deux notions ร distinguer : levoud (ร moins de trois tefahim du sol, l'objet est considรฉrรฉ comme posรฉ) et hanaha al gabei machehou (dรฉpรดt effectif sur une surface, si petite soit-elle).
Pour celui qui lance (zorek), les Rabbanan exigent le dรฉpรดt effectif. Pour celui qui fait passer l'objet dans sa main (maavir), le levoud suffit : sa main est proche du sol et peut dรฉposer ร tout moment.
Les Rabbanan ont enseignรฉ : s'il a sorti une demi-figue et a de nouveau sorti une demi-figue, dans un mรชme oubli (hรฉ'elem), il est coupable ; dans deux oublis, il est exempt. Rabbi Yossei dit : dans un mรชme oubli, vers un seul domaine, il est coupable ; vers deux domaines, il est exempt.
Rabba a dit : ร condition qu'il y ait entre eux [un domaine entraรฎnant] l'obligation d'un [sacrifice] hatat ; mais une karmelit, non.
La jonction suppose un seul oubli (hรฉ'elem ehad) : deux fautes commises dans deux oublis distincts comptent chacune pour elle-mรชme, et aucune n'atteint la mesure.
Rabbi Yossei exige en plus que les deux moitiรฉs arrivent dans un seul domaine. Selon Rabba, deux parties du reshout ha-rabim ne sont distinctes que si un domaine d'interdit de Torah (reshout ha-yahid) les sรฉpare ; une karmelit (interdit rabbinique) ne les sรฉpare pas.
Abaye a dit : mรชme une karmelit ; mais une poutre (pisla), non. Et Rava a dit : mรชme une poutre.
Et Rava suit son raisonnement, car Rava a dit : le domaine de Chabbat est comme le domaine des actes de divorce (guittin).
Trois positions sur ce qui coupe le reshout ha-rabim en deux domaines selon Rabbi Yossei (voir le tableau).
Rava รฉtend la sรฉparation ร une simple poutre (pisla), en appliquant la dรฉfinition du domaine utilisรฉe pour les guittin : dans une cour prรชtรฉe ร la femme, la poutre compte comme un second endroit.
Du khรดl, de quoi farder un ลil. Un seul ลil ?
On ne farde pas un seul ลil ! Rav Houna a dit : car les femmes pudiques fardent un seul ลil.
On objecte : Rabbi Chimon ben Elazar dit : le khรดl, si c'est pour un remรจde, de quoi farder un ลil ; si c'est pour la parure, pour deux yeux. Hillel, fils de Rabbi Chemouel bar Nahmani, l'a expliquรฉ : cette [baraita] a รฉtรฉ enseignรฉe au sujet des villageoises.
La mesure du khรดl (fard des yeux) est d'un ลil. La Guemara s'รฉtonne : on farde les deux yeux. Rav Houna : les femmes pudiques sortent voilรฉes et ne fardent que l'ลil dรฉcouvert.
La baraita de Rabbi Chimon ben Elazar (deux yeux pour la parure) vise les villageoises, qui ne se voilent pas. Tossefot discute le sens de 'remรจde' et 'parure' : usage de ce khรดl prรฉcis, ou usage courant du lieu.
(De la cire, de quoi mettre sur l'ouverture d'un petit trou. On a enseignรฉ : de quoi mettre sur l'ouverture d'un petit trou [d'un rรฉcipient] de vin.)
Le vin, plus fluide, fuit par un trou plus petit : la mesure de cire est donc la plus petite possible.
De la glu, de quoi mettre au sommet de la planchette (chafchaf). On a enseignรฉ : de quoi mettre au sommet de la planchette qui est au bout de la perche des chasseurs.
La glu (devek) servait ร capturer les oiseaux. La mesure est celle qui suffit ร les retenir, donc relativement importante.
De la poix et du soufre, de quoi faire, etc. On a enseignรฉ : de quoi faire un petit trou.
La poix et le soufre servaient ร colmater les rรฉcipients. La mesure : de quoi rรฉduire une grande ouverture ร un petit trou.
De la terre cuite (harsit), de quoi faire l'embouchure du creuset, etc. Faut-il en dรฉduire que la mesure de Rabbi Yehouda est plus grande ?
Nous tenons que la mesure des Rabbanan est plus grande, comme nous l'avons appris : Rabbi Yehouda dit : de quoi prendre la mesure d'une chaussure pour un petit. Dis : de quoi enduire le trรฉpied d'un petit fourneau.
La Mishna donne pour Rabbi Yehouda la mesure d'un trรฉpied, ce qui semble plus grand que celle des Rabbanan. Or, ailleurs, Rabbi Yehouda donne toujours une mesure plus petite.
Rรฉponse : Rabbi Yehouda parle seulement de colmater les fissures d'un petit trรฉpied, ce qui demande peu de matiรจre.
Du son, de quoi mettre sur l'embouchure du creuset des orfรจvres.
Le son sert aux orfรจvres pour couvrir l'embouchure du creuset. Citation de la Mishna sans commentaire supplรฉmentaire.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).