Sougya : La Mishna fixe la mesure de sortie de l'os, du verre et de la pierre. La Guemara explique le 'haf de Rabbi Yehouda comme les dents d'une serrure et cite une baraita sur leur puretรฉ.
Elle traite ensuite des pierres qu'on peut dรฉplacer le Chabbat pour s'essuyer aux toilettes : Zounin pose la question, les Sages concluent ร plein la main ; Rabbi Meir et Rabbi Yehouda discutent de la taille, comme pour l'etrog. Rabbi Yanai distingue selon qu'il existe un endroit fixe, Rav Chechet permet la pierre portant une trace d'usage, et la Guemara concilie cela avec la baraita des dix choses qui causent les hรฉmorroรฏdes.
MICHNA. Un os : [on est coupable de le sortir s'il y en a] de quoi faire une cuillรจre (tarvad).
Rabbi Yehouda dit : de quoi en faire un 'haf. Du verre : de quoi racler avec lui la tรชte du karkar.
Un caillou ou une pierre : de quoi lancer sur un oiseau. Rabbi Elazar bar Yaakov dit : de quoi lancer sur une bรชte.
Suite de la Mishna des chiourim (mesures minimales) pour le transport le Chabbat : on est coupable seulement pour une quantitรฉ qui a un usage rรฉel.
Os : de quoi faire une cuillรจre. Verre : de quoi racler la pointe du karkar, bรขton des tisserands. Pierre : de quoi chasser un oiseau ; selon Rabbi Elazar bar Yaakov, il faut une pierre qui serve contre une bรชte, car un oiseau se chasse par un simple cri.
GUEMARA. Faut-il en dรฉduire que la mesure de Rabbi Yehouda est plus grande ?
Or nous tenons que la mesure des Rabbanan est plus grande ! Oula dit : [il s'agit] des dents ('hapei) de la serrure.
Les Sages ont enseignรฉ : les dents d'une serrure sont pures ; si on les a fixรฉes dans la serrure, elles sont impures. Et celles d'un gal, mรชme si on les a jointes ร la porte et fixรฉes avec des clous, sont pures, car tout ce qui est attachรฉ au sol est comme le sol.
Difficultรฉ : partout ailleurs, Rabbi Yehouda retient une mesure plus petite que celle des Rabbanan (par exemple pour le tlai). Or un 'haf (serrure entiรจre) serait plus grand qu'une cuillรจre.
Rรฉponse d'Oula : il s'agit des dents de la serrure, petites piรจces d'os. La Guemara cite alors une baraita sur leur statut de touma (impuretรฉ) : non fixรฉes, elles sont pures ; fixรฉes dans la serrure d'un ustensile, impures ; fixรฉes dans la porte d'une cour (gal), pures, car ce qui est attachรฉ au sol a le statut du sol.
Rachi et Tossefot divergent sur la raison : ustensile d'os avec rรฉceptacle selon Rachi, dents de mรฉtal dont la fabrication est achevรฉe selon le Ri.
Du verre, de quoi racler avec lui. On a enseignรฉ : sekhoukhit (verre), de quoi fendre avec lui deux fils ร la fois.
Une baraita donne une autre mesure pour le verre : un รฉclat capable de couper deux fils ร la fois, car un tesson de verre peut servir de couteau. Rachi explique les deux noms du verre.
Un caillou ou une pierre, de quoi lancer sur un oiseau. Rabbi Elazar, etc.
Rabbi Yaakov dit au nom de Rabbi Yo'hanan : et ร condition qu'elle le sente. Et quelle est sa mesure ?
Il a รฉtรฉ enseignรฉ : Rabbi Elazar ben Yaakov dit : le poids de dix zouz.
Selon Rabbi Elazar ben Yaakov, la pierre doit รชtre assez lourde pour que la bรชte sente le coup : un poids de dix zouz (piรจce d'argent).
Zounin entra ร la maison d'รฉtude et leur dit : Mes maรฎtres, les pierres des toilettes, quelle est leur mesure ? Ils lui dirent : comme une olive, comme une noix et comme un ลuf.
Il leur dit : va-t-il donc faire entrer une balance (tourtani) ? Ils se comptรจrent et conclurent : plein la main.
Il a รฉtรฉ enseignรฉ : Rabbi Yossi dit : comme une olive, comme une noix et comme un ลuf. Rabbi Chimon fils de Rabbi Yossi dit au nom de son pรจre : plein la main.
Question pratique : quelles pierres peut-on dรฉplacer le Chabbat pour s'essuyer aux toilettes ? Une pierre ordinaire est mouktsé ; celle qui sert ร cet usage est permise.
La premiรจre rรฉponse fixe trois tailles prรฉcises. Zounin objecte qu'on ne pรจse pas des pierres. On conclut par un vote : plein la main, sans mesurer chaque pierre.
Les Sages ont enseignรฉ, ร propos du Chabbat : trois pierres mekourzalot, il est permis de les faire entrer aux toilettes. Quelle est leur mesure ?
Rabbi Meir dit : comme une noix. Rabbi Yehouda dit : comme un ลuf.
Rafram bar Papa dit au nom de Rav 'Hisda : comme la discussion ici, ainsi la discussion au sujet de l'etrog. - Lร -bas c'est une michna, ici une baraita ! - Dis plutรดt : comme la discussion au sujet de l'etrog, ainsi la discussion ici.
Mekourzalot : pierres aux arรชtes tranchantes, propres ร l'essuyage. Rabbi Meir et Rabbi Yehouda discutent de la taille (noix ou ลuf). Rav 'Hisda rapproche cette discussion de celle sur la taille minimale de l'etrog (Soucca).
La Guemara corrige l'ordre de la phrase : on rattache le texte moins connu (la baraita) au texte connu de tous (la michna). C'est un siman, un moyen de mรฉmorisation.
Rav Yehouda dit : mais pas le payis. Qu'est-ce que le payis ?
Rabbi Zeira dit : des mottes babyloniennes (karchinei bavlaita). Rava dit : il est interdit de frotter (lemachmech) avec un caillou le Chabbat comme on frotte en semaine.
Mar Zoutra objecta : qu'il se mette en danger ?! - [Qu'il le fasse] de maniรจre inhabituelle (kilahar yad). Rabbi Yanai dit : s'il y a un endroit fixe pour les toilettes, [on fait entrer] plein la main ; sinon, comme le hekhra d'un petit mortier ร รฉpices.
Rav Chechet dit : s'il y a sur elle un tรฉmoin, c'est permis.
Payis : motte de terre friable ; elle ne sert pas ร l'essuyage, elle reste donc mouktsé.
Rava interdit de frotter avec un caillou pour provoquer l'รฉvacuation, ร cause de l'arrachage des poils. Mar Zoutra objecte que se retenir est dangereux ; on prรฉcise : on le fait kilahar yad, de maniรจre inhabituelle (caillou tenu entre deux doigts).
Rabbi Yanai : si les toilettes ont un endroit fixe, on prend plein la main, le surplus servira plus tard ; sinon, une pierre de taille moyenne. Rav Chechet : une pierre qui porte une trace d'usage (ed, tรฉmoin) est dรฉsignรฉe pour cela et peut รชtre dรฉplacรฉe.
On objecte : dix choses amรจnent l'homme aux hรฉmorroรฏdes (ta'htoniyot), et les voici : celui qui mange des feuilles de roseaux, des feuilles de vigne, des vrilles de vigne, les parties rugueuses (morigei) d'une bรชte sans sel, l'รฉpine dorsale d'un poisson, un poisson salรฉ qui n'a pas รฉtรฉ assez cuit ; celui qui boit la lie du vin ; celui qui s'essuie avec de la chaux, avec de l'argile ร potier ('harsit), et celui qui s'essuie avec un caillou avec lequel son prochain s'est essuyรฉ. Certains disent : aussi celui qui se tient suspendu aux toilettes. - Il n'y a pas de difficultรฉ : ici [il s'agit d'une pierre] humide, lร d'une [pierre] sรจche.
Et si tu veux, dis : ici d'un seul cรดtรฉ, lร des deux cรดtรฉs. Et si tu veux, dis : l'une est la sienne, l'autre celle de son prochain.
Objection contre Rav Chechet : une baraita compte parmi les causes d'hรฉmorroรฏdes le fait de s'essuyer avec une pierre dรฉjร utilisรฉe par autrui. Une telle pierre ne serait donc pas apte, et resterait mouktsé.
Trois rรฉponses : la baraita parle d'une pierre humide ; ou du mรชme cรดtรฉ ; ou de la pierre d'autrui. Rav Chechet parle d'une pierre sรจche, de l'autre cรดtรฉ, ou de sa propre pierre.
Abaye dit ร Rav Yosef : si des pluies sont tombรฉes sur elle et [les traces] ont รฉtรฉ effacรฉes, qu'en est-il ? Il lui dit : si leur marque est reconnaissable, c'est permis.
La pluie a partiellement effacรฉ la trace. Rav Yosef : tant qu'une marque reste visible, la pierre garde sa dรฉsignation ; personne ne la reprendra pour un autre usage (comme un pilon ร aromates).
Rabba bar Rav Chila demanda ร Rav [...]
La question se poursuit au daf suivant (81b) : peut-on monter ces pierres sur le toit ? Rav 'Hisda rรฉpond par le principe de kevod habriyot (dignitรฉ humaine).
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).