Sougya : Le daf achève la série de conseils d'hygiène liés aux toilettes : Rav Houna envoie son fils Rabba étudier chez Rav 'Hisda, dont les conseils de santé relèvent de la vie humaine. Deux mahlokot portent sur la matière avec laquelle on s'essuie le Chabbat (caillou, tesson, herbes), suivies de conseils sur la retenue et la constipation.
La mishna fixe ensuite la mesure du tesson dont le transport rend coupable (Rabbi Yehouda, Rabbi Meir, Rabbi Yossi), et la Guemara discute quelle mesure est la plus grande. Le chapitre Rabbi Akiva s'ouvre sur l'impureté par portage de l'idolâtrie, et la Guemara commence par la loi du mur mitoyen avec une maison d'idolâtrie.
... puisque vous ne vous essuyez pas avec un tesson, que vous ne tuez pas de pou sur vos vêtements, et que vous ne retirez pas un légume pour le manger de la botte que le jardinier a liée.
Fin d'un récit commencé au daf précédent : une sorcière explique qu'elle n'a aucune prise sur des personnes qui évitent ces trois gestes. Le texte en déduit que ces gestes exposent aux kechafim (sorcellerie).
Rav Houna dit à Rabba son fils : pourquoi n'es-tu pas présent devant Rav 'Hisda, dont les enseignements sont aiguisés ? Il lui répondit : pourquoi irais-je chez lui ?
Car quand je vais chez lui, il m'occupe de choses profanes. Il m'a dit : celui qui entre aux toilettes ne doit pas s'asseoir brusquement, ni forcer trop, car ce rectum (karkechta) repose sur trois dents ; peut-être les dents du rectum se déplaceront-elles et il en viendra au danger.
[Rav Houna] lui dit : il s'occupe de la vie des créatures, et toi tu dis des choses profanes ? À plus forte raison, va chez lui !
Rabba juge les conseils de Rav 'Hisda milei dealma (choses profanes). Rav Houna répond que la santé relève de hayei devriyata (la vie des créatures) : raison de plus pour aller chez lui.
La karkechta est le rectum ; les trois dents sont les attaches musculaires qui le maintiennent. S'asseoir brusquement ou forcer risque de les déplacer.
S'il avait devant lui un caillou et un tesson : Rav Houna dit : il s'essuie avec le caillou et ne s'essuie pas avec le tesson. Rav 'Hisda dit : il s'essuie avec le tesson et ne s'essuie pas avec le caillou.
On objecta : s'il avait devant lui un caillou et un tesson, il s'essuie avec le tesson et ne s'essuie pas avec le caillou. C'est une réfutation de Rav Houna !
Rafram bar Papa l'expliqua devant Rav 'Hisda selon Rav Houna : [il s'agit] des bords de récipients.
Le débat oppose deux considérations : le danger (un tesson coupant peut blesser) et l'interdit de mouktse (le caillou n'est pas un ustensile, le tesson garde un statut de keli).
Rav Houna privilégie la sécurité, Rav 'Hisda l'interdit de Chabbat. La baraita semble contredire Rav Houna ; Rafram la limite aux bords lisses de récipients cassés, sans danger.
S'il avait devant lui un caillou et des herbes : Rav 'Hisda et Rav Hamnouna. L'un dit : il s'essuie avec le caillou et ne s'essuie pas avec les herbes.
L'autre dit : il s'essuie avec les herbes et ne s'essuie pas avec le caillou. On objecta : celui qui s'essuie avec une chose que le feu consume, ses dents inférieures tombent !
Ce n'est pas difficile : l'une [parle] d'herbes humides, l'autre d'herbes sèches.
Même structure : l'un craint que les herbes blessent, l'autre évite le mouktse du caillou. La baraita met en garde contre ce qui est inflammable ; la réponse distingue les herbes humides (permises, le feu n'y prend pas) des herbes sèches.
Rachi précise que l'on s'essuie avec des herbes encore attachées au sol, sans les arracher ni les bouger.
Celui qui a besoin de se soulager et ne se soulage pas : Rav 'Hisda et Ravina. L'un dit : une mauvaise odeur le domine ; l'autre dit : une odeur de souillure le domine.
On a enseigné [une baraita] selon celui qui dit qu'une odeur de souillure le domine, car il est enseigné : celui qui a besoin [d'aller à] ses besoins et mange est semblable à un four que l'on a chauffé sur ses cendres, et c'est le début d'une odeur de souillure.
Selon Rachi, roua'h raa est une mauvaise haleine, et roua'h zouhama une odeur de tout le corps. La baraita du four chauffé sur ses cendres (on ajoute sans avoir vidé) soutient le second avis.
S'il a besoin de se soulager et ne peut pas se soulager : Rav 'Hisda dit : qu'il se lève et s'asseye, se lève et s'asseye. Rav 'Hanan de Nehardea dit : qu'il se déplace sur les côtés.
Rav Hamnouna dit : qu'il palpe avec un caillou à cet endroit. Et les Rabbanan disent : qu'il détourne son esprit.
Rav A'ha fils de Rava dit à Rav Achi : à plus forte raison, quand il détourne son esprit, il ne se soulage pas ! Il lui répondit : qu'il détourne son esprit des autres sujets.
Rav Yirmeya de Difti dit : j'ai vu moi-même un certain Arabe qui se levait et s'asseyait, se levait et s'asseyait, jusqu'à ce que cela se déverse comme d'une marmite.
Quatre conseils. Celui des Rabbanan est précisé par Rav Achi : il faut détourner l'esprit des autres sujets et se concentrer sur le besoin. Le témoignage de Rav Yirmeya confirme le conseil de Rav 'Hisda.
Nos Maîtres ont enseigné : celui qui entre à un repas fixe (seoudat keva) marchera dix fois quatre coudées, et certains disent : quatre fois dix coudées ; il se soulagera, puis entrera et s'assiéra à sa place.
Un repas fixe dure longtemps ; il faut éviter de le quitter. Les deux versions diffèrent sur la manière de marcher : dix fois quatre amot avec pauses, ou quatre fois dix amot, une marche plus longue.
MICHNA. Un tesson : [la mesure est] de quoi le placer entre une poutre et une autre ; ce sont les paroles de Rabbi Yehouda.
Rabbi Meir dit : de quoi attiser le feu avec. Rabbi Yossi dit : de quoi contenir un revi'it.
Rabbi Meir dit : bien qu'il n'y ait pas de preuve à la chose, il y a une allusion à la chose : 'et on ne trouvera pas parmi ses débris un tesson pour prendre du feu au foyer' (Yécha'ya 30, 14). Rabbi Yossi lui dit : de là une preuve ?
[La suite dit :] 'ou pour puiser de l'eau à la citerne'.
La mishna fixe la mesure minimale d'un tesson dont le transport d'un domaine à l'autre rend coupable le Chabbat : la plus petite taille qui lui donne une utilité.
Rabbi Meir cite un zekher ladavar (allusion) dans Yécha'ya : attiser le feu. Rabbi Yossi répond que la suite du verset parle de puiser de l'eau, ce qui soutient sa propre mesure.
GUEMARA. Ils demandèrent : la mesure de Rabbi Meir est-elle plus grande, ou la mesure de Rabbi Yossi est-elle plus grande ?
Selon la logique, la mesure de Rabbi Yossi est plus grande ; selon le verset, la mesure de Rabbi Meir est plus grande. Car si tu pensais que la mesure de Rabbi Yossi est plus grande, [le prophète] le maudirait-il par un petit objet, puis le maudirait-il par un grand ?
Abaye dit : la michna aussi [parle] d'attiser le feu d'un grand foyer.
Sevara (logique) contre mikra (verset). Logiquement, contenir un revi'it demande plus qu'une braise. Mais une malédiction va du grand au petit : le verset mentionne d'abord le feu, donc c'est la mesure la plus grande.
Abaye accorde la michna au verset : Rabbi Meir parle d'un grand feu, qu'on n'attise qu'avec un grand tesson pour ne pas se brûler.
Rabbi Yossi dit : de là une preuve ? Rabbi Yossi a bien parlé à Rabbi Meir !
Et Rabbi Meir parle [sur le mode] 'il n'est pas besoin' : il n'est pas besoin [de dire] qu'une chose importante aux yeux des hommes ne se trouvera pas chez lui, mais même une chose sans importance aux yeux des hommes ne se trouvera pas chez lui.
Rabbi Yossi : la malédiction mentionne puiser de l'eau, donc c'est un usage significatif. Rabbi Meir répond par le schéma lo mibaya : le verset va de l'important (attiser) au moins important (puiser), ce qui n'établit pas une mesure légale pour puiser.
Nous reviendrons à toi, [chapitre] Hamotsi yayin.
Formule de clôture du chapitre 8 (Hamotsi yayin).
MICHNA. Rabbi Akiva dit : d'où [savons-nous] que l'idolâtrie rend impur par portage (massa) comme la nida ?
Car il est dit : 'tu les rejetteras comme une [femme] impure, tu lui diras : sors' (Yécha'ya 30, 22). De même que la nida rend impur par portage, de même l'idolâtrie rend impur par portage.
Début du chapitre 9 (Rabbi Akiva), qui rassemble des lois dérivées de versets par asmakhta. L'impureté par massa (portage) atteint celui qui porte l'objet même sans le toucher.
Rachi et Tossefot divergent sur la raison de placer ce chapitre dans Chabbat : pour Rachi, à cause de la loi du lavage de la circoncision ; pour Tossefot, par lien avec les versets de Yécha'ya 30 cités à la fin du chapitre précédent.
GUEMARA. Nous avons appris là-bas : celui dont la maison était adjacente à [une maison d']idolâtrie, et [le mur] est tombé, il lui est interdit de le rebâtir.
Comment fera-t-il ? Il se retire de quatre coudées dans son propre terrain et construit.
La Guemara cite une mishna d'Avoda Zara. Rebâtir le mur mitoyen revient à construire pour l'idolâtrie. La solution : bâtir un nouveau mur en retrait de quatre amot dans son terrain.
Tossefot distingue ce cas du péage (mekhes), où payer n'est pas perçu comme un soutien à l'idolâtrie.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).