Sougya : Le daf achรจve la discussion sur le midras (impuretรฉ par pression du zav). Une baraita tire par kal va-homer que la natte (mapats), impure pour le zav, l'est aussi pour le mort.
R. Ila objecte que la natte n'a pas de purification au mikve ; R.
Hanina rรฉpond qu'il suffit que son espรจce en ait une, et justifie cette position par deux versets. Rava apporte une autre source pour dire que le kli hรจres ne reรงoit pas le midras : le couvercle scellรฉ (tsamid patil).
Puis commence la mishna de la plate-bande de six tefahim oรน l'on sรจme cinq espรจces sans enfreindre les kilayim, avec l'allusion au verset de Yechaya que Rav Yehouda explique.
Et c'est un raisonnement [ร fortiori] : si de petites cruches, qui sont pures ร l'รฉgard du zav, sont impures par le mort, une natte, qui est impure par le zav, n'est-il pas logique qu'elle soit impure par le mort ?! โ Mais pourquoi [la natte est-elle impure par le zav] ? Elle n'a pourtant pas de purification dans un mikve !
Rabbi Hanina lui dit : Lร -bas c'est diffรฉrent, puisqu'il y a [une purification] dans son espรจce.
La baraita (commencรฉe en 84a) cherchรฉ la source de l'impuretรฉ du mort pour la natte (mapats). Elle raisonne par kal va-homer : les petites cruches de terre cuite รฉchappent ร toute impuretรฉ du zav (ni midras, ni contact, ni dรฉplacement) et reรงoivent pourtant l'impuretรฉ du mort ; la natte, qui reรงoit le midras, doit ร plus forte raison la recevoir.
R. Ila revient ร la rรจgle รฉtablie en 84a : seul un objet purifiable au mikve devient midras. Or selon Rachi un ustensile de bois plat n'a pas de purification au mikve. R. Hanina rรฉpond qu'il suffit que l'espรจce (le bois) en ait une.
[Rabbi Ila] lui dit : Que le Misรฉricordieux nous prรฉserve de cette opinion ! [Rabbi Hanina rรฉpondit :] Au contraire, que le Misรฉricordieux nous prรฉserve de ton opinion !
Et quelle en est la raison ? Deux versets sont รฉcrits.
Il est รฉcrit : "Et l'homme qui touchera sa couche" (Vayikra 15,5), et il est รฉcrit : "Et toute couche sur laquelle se couchera le zav sera impure" (Vayikra 15,4). Comment [les concilier] ?
S'il y a [une purification] dans son espรจce, [la couche est impure] bien qu'elle-mรชme n'ait pas de purification dans un mikve ; s'il n'y en a pas dans son espรจce, [le verset] compare sa couche ร lui.
Les deux versets tirent en sens opposรฉ. Sa couche (mishkavo) รฉtablit un hekesh entre la couche et le zav : comme le zav se purifie au mikve, la couche doit รชtre purifiable. Toute couche (kol hamishkav) รฉlargit l'impuretรฉ ร tout objet sur lequel il se couche.
R. Hanina les concilie : si l'espรจce du matรฉriau connaรฎt la purification au mikve, l'objet reรงoit le midras mรชme si lui-mรชme ne se purifie pas (natte de bois). Si l'espรจce n'en connaรฎt aucune (terre cuite), on applique le hekesh et l'objet reste pur du midras.
Rava dit : que le midras d'un ustensile de terre cuite soit pur, [on l'apprend] d'ici : "Et tout ustensile ouvert sur lequel il n'y a pas de couvercle scellรฉ (tsamid patil) [est impur]" (Bamidbar 19,15). Donc, s'il y a un couvercle scellรฉ sur lui, il est pur.
Ne traitons-nous pas [aussi] du cas oรน on les a rรฉservรฉs ร sa femme nidda ? Et le Misรฉricordieux dit : pur !
Rava apporte une autre source pour dire que le kli hรจres (ustensile de terre cuite) ne reรงoit pas le midras. Un kli hรจres fermรฉ par un tsamid patil (couvercle scellรฉ) protรจge son contenu dans la tente du mort. Le verset ne distingue pas : mรชme un pot rรฉservรฉ ร une femme nidda protรจge. Or un objet susceptible d'impuretรฉ ne fait pas sรฉparation devant l'impuretรฉ ; donc le kli hรจres n'est pas susceptible du midras.
Rachi en dรฉduit qu'il ne s'impurifie pas non plus par le dรฉplacement. Tossefot contestent, ร partir de Nidda 5b et Guittin 61b : pour Rabbenou Tam le dรฉplacement compte comme une impuretรฉ venue de l'intรฉrieur ; le Ri limite la preuve au simple fait de rรฉserver le pot ร la nidda.
MISHNA. D'oรน [savons-nous] que dans une plate-bande (arouga) de six tefahim sur six, on sรจme cinq [espรจces de] semences : quatre sur les quatre cรดtรฉs de la plate-bande et une au milieu ?
Car il est dit : "Car comme la terre fait sortir sa pousse, et comme un jardin fait germer ses semences" (Yechaya 61,11). Il n'est pas dit : sa semence, mais : ses semences.
Nouvelle mishna, dans la sรฉrie des halakhot appuyรฉes sur un verset. Les kilayim (mรฉlanges d'espรจces) interdisent de semer ensemble des espรจces diffรฉrentes. Une arouga (plate-bande) de 6 x 6 tefahim permet pourtant cinq espรจces : quatre sur les cรดtรฉs, une au centre.
Selon Rachi, chaque cรดtรฉ est rempli par une rangรฉe jusque prรจs du coin. Aux coins, les rangรฉes se touchent presque, mais leurs directions diffรฉrentes (nord-sud / est-ouest) crรฉent une hekera (distinction visible), ce qui suffit pour les kilayim. Entre le centre et les cรดtรฉs, rien ne distingue les semences : il faut donc l'รฉloignement de l'yenika (aspiration des racines), 1,5 tefah pour chacune, soit 3 tefahim. Tossefot placent les semences des cรดtรฉs au milieu de chaque cรดtรฉ, et contestent que les kilayim de semences soient rabbiniques.
GUEMARA. D'oรน cela s'entend-il ?
Rav Yehouda dit : "Car comme la terre fait sortir sa pousse" : fait sortir (tรดtsi), une ; sa pousse (tsimha), une : cela fait deux. Ses semences (zรฉrouha), deux : cela fait quatre.
Fait germer (tatsmiah), une : cela fait cinq.
Rav Yehouda compte les termes de croissance du verset : deux verbes et un nom au singulier valent chacun un, le pluriel zรฉrouha (ses semences) vaut deux. Total : cinq.
La mesure de six tefahim ne sort pas du verset. Rachi explique qu'elle รฉtait connue des Sages comme la mesure usuelle d'une plate-bande de cinq semences : du bord au centre il y a 3 tefahim, soit 1,5 tefah d'aspiration pour chaque semence.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).