Sougya : Le daf justifie la rรจgle selon laquelle cinq semences dans une plate-bande de six tefahim ne se nourrissent pas l'une de l'autre : c'est une tradition des Sages, et la Guemara montre, ร partir du verset "tu ne dรฉplaceras pas la borne" et des fils de Sรฉir, experts de la terre, qu'un tel savoir agricole est fiable. Rav Assi prรฉcise que les six tefahim s'entendent ร l'intรฉrieur, sans les bordures, larges d'un tefah selon Rabbi Yehouda.
Rav limite ensuite la michna ร une plate-bande isolรฉe dans une ruine ; la Guemara objecte qu'on pourrait placer d'autres plates-bandes aux coins, et l'รฉcole de Rav rรฉpond qu'on remplit les coins.
Et les Sages tiennent pour รฉtabli (kim lehou) que cinq [semences] dans six [tefahim] ne se nourrissent pas l'une de l'autre.
Cette phrase achรจve le raisonnement du daf prรฉcรฉdent : le verset fait allusion ร cinq semences, et la mesure de six tefahim vient d'une tradition des Sages (kim lehou) sur la distance d'aspiration (yรฉniqa) des plantes.
Tossefot expliquent pourquoi il faut ร la fois le verset (il n'y a pas de mรฉlange visible) et la tradition (elle fixe la mesure), et pourquoi on ne peut pas semer neuf espรจces ou rรฉduire la plate-bande.
Et d'oรน savons-nous que ce que les Sages tiennent pour รฉtabli, [ร savoir] que cinq dans six [ne se nourrissent pas], est une chose [fondรฉe] ? Car Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : que signifie ce qui est รฉcrit : "Tu ne dรฉplaceras pas la borne de ton prochain [que les premiers ont fixรฉe]" (Devarim 19,14) ?
La borne que les premiers ont fixรฉe, tu ne la dรฉplaceras pas. Que signifie "les premiers ont fixรฉe" ?
Rabbi Chmouel bar Nahmani a dit au nom de Rabbi Yonatan : que signifie ce qui est รฉcrit : "Voici les fils de Sรฉir le Hรดri, habitants du pays" (Berechit 36,20) ? Tout le monde serait-il donc habitant du ciel ?!
Mais [cela signifie] qu'ils รฉtaient experts dans la mise en valeur (yichouv) de la terre, car ils disaient : cette longueur de roseau [convient] ร l'olivier, cette longueur de roseau aux vignes, cette longueur de roseau aux figuiers. Et "Hรดri" : qu'ils sentaient (merihim) la terre.
Et "Hivi" : Rav Papa a dit : qu'ils goรปtaient la terre comme un serpent (hivya). Rav Aha bar Yaakov a dit : "Hรดri", qu'ils devinrent libres (bnei horin) de leurs biens.
La Guemara cherche le fondement de la tradition des Sages : comment connaรฎtre la distance ร laquelle une plante tire sa nourriture du sol ? Le verset "tu ne dรฉplaceras pas la borne que les premiers ont fixรฉe" est lu comme une rรจgle de distance entre plantations, รฉtablie par les premiers habitants du pays.
Ces premiers sont les fils de Sรฉir. L'expression "habitants du pays" signifie qu'ils connaissaient la terre : ils savaient, ร la longueur de roseau prรจs, quelle culture convenait ร chaque parcelle. Les noms Hรดri (sentir, par inversion des lettres) et Hivi (serpent, qui goรปte la terre) sont interprรฉtรฉs dans ce sens. Leur savoir incluait donc la mesure d'aspiration.
Rav Assi a dit : la plate-bande (arouga) : son intรฉrieur [doit faire] six [tefahim], en dehors de ses bordures. On a aussi enseignรฉ ainsi [dans une baraita] : la plate-bande, son intรฉrieur [fait] six.
Ses bordures, de combien [sont-elles] ? Comme nous l'avons appris [dans une michna] : Rabbi Yehouda dit : la largeur [est] de la pleine largeur d'un pied (parsa).
Rabbi Zeira a dit, et certains disent Rabbi Hanina bar Papa : quelle est la raison de Rabbi Yehouda ? Car il est รฉcrit : "et tu l'arrosais avec ton pied, comme un jardin potager" (Devarim 11,10) : de mรชme que le pied [fait] un tefah, la bordure aussi [fait] un tefah.
Rav Assi prรฉcise que les six tefahim sont mesurรฉs ร l'intรฉrieur de la plate-bande. Les bordures (guevoulim), oรน l'on marche pour arroser, s'ajoutent autour. Rachi montre pourquoi : si les bordures รฉtaient comprises dans les six, il ne resterait que quatre tefahim, et deux seulement entre la semence du centre et celle du bord, alors que l'aspiration exige trois.
La largeur de la bordure est d'un tefah, d'aprรจs Rabbi Yehouda (largeur d'un pied), appuyรฉ sur le verset "tu l'arrosais avec ton pied".
Rav a dit : la plate-bande, nous l'avons apprise [dans le cas] d'une ruine (horva). Mais il y a l'emplacement des coins !
On a dit dans l'รฉcole de Rav, au nom de Rav : [il s'agit du cas] oรน l'on remplit les coins. Mais qu'il sรจme ร l'extรฉrieur et qu'il ne remplisse pas ร l'intรฉrieur !
Rav limite la michna ร une plate-bande isolรฉe (dans une horva, une ruine) : si d'autres plates-bandes l'entourent, les semences placรฉes prรจs des bords ne seraient sรฉparรฉes de celles de la voisine que par deux bordures, soit deux tefahim, alors qu'il en faut trois.
La Guemara objecte : les coins restent libres, on pourrait y mettre des plates-bandes voisines. Rรฉponse de l'รฉcole de Rav : on remplit les coins. La Guemara relance : pourquoi ne pas laisser les coins vides et semer davantage de plates-bandes ร l'extรฉrieur ? La rรฉponse vient sur l'amud suivant. Rachi et Tossefot (Rabbenou Tam) diffรจrent sur la disposition exacte des rangรฉes.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).