Sougya : Le daf poursuit l'étude de la michna des cinq semences dans une plate-bande de six tefahim. Rav limite la michna à une plate-bande isolée, par crainte qu'on remplisse les coins ; on lui oppose la règle du roch tor, et la Guemara répond qu'elle ne s'applique pas entre plates-bandes.
Chmouel admet une plate-bande entourée d'autres, à condition d'incliner les rangées. On discute ensuite si un seul sillon creusé suffit à séparer (Rav Chechet et Rav Assi), puis Rabbi Yo'hanan enseigne comment remplir tout un jardin : une plate-bande de six sur six avec un cercle de cinq, les coins pouvant recevoir d'autres espèces.
[La raison de Rav est] une guezera (décret), de crainte qu'il ne remplisse les coins. — Mais que cela ne soit [considéré] que comme un roch tor (pointe triangulaire) de légumes ! N'avons-nous pas appris : si une pointe triangulaire de légumes pénétrait dans un autre champ, c'est permis, car cela apparaît comme la fin du champ ! — Il n'y a pas de roch tor dans une plate-bande.
Rav (85a) limite la michna à une plate-bande isolée. Sa raison : une guezera. Les semences des côtés sont placées au milieu de chaque côté et les coins restent vides ; si des plates-bandes voisines existaient, on risquerait de remplir les coins et de semer trop près de la voisine.
Objection : la loi du roch tor permet qu'une pointe d'un champ entre dans un autre, car la forme montre à quel champ elle appartient. Réponse : cette distinction fonctionne pour un grand champ ; entre deux petites plates-bandes, l'œil ne distingue rien.
Et Chmouel a dit : c'est d'une plate-bande parmi les plates-bandes que nous avons appris [la michna]. — Mais elles se mélangent les unes aux autres ! — [Il s'agit du cas] où il incline une rangée de ce côté-ci et une rangée de ce côté-là.
Chmouel applique la michna même à une plate-bande entourée d'autres. La difficulté : les bordures ne font que deux tefahim, et les feuilles des plates-bandes voisines se rejoignent en hauteur. La solution : incliner les rangées dans des directions différentes.
Rachi comprend qu'on décale les semences vers des coins opposés pour qu'elles ne soient pas face à face ; il défend ici son interprétation de karnot comme les angles, contre ses maîtres qui y voyaient les bordures. Tossefot comprend qu'on rabat le feuillage de chaque plate-bande vers l'intérieur.
Oula a dit : on a posé la question en Occident (Erets Israël) : s'il a ouvert (hifkia) un seul sillon (telem) sur toute sa largeur, qu'en est-il ? Rav Chechet a dit : le mélange vient et annule la rangée.
Rav Assi a dit : son mélange n'annule pas la rangée. Ravina objecta à Rav Achi : Celui qui plante deux rangées de concombres, deux rangées de courges, deux rangées de fèves d'Égypte, c'est permis.
Une rangée de concombres, une rangée de courges et une rangée de fèves d'Égypte, c'est interdit ! — Ici c'est différent, car il y a des sarments (cherakha).
Question posée en Erets Israël : un seul sillon (telem) creusé entre des plates-bandes suffit-il comme séparation ? Rav Chechet : non, le mélange des plantes efface le sillon. Rav Assi : le sillon reste une séparation valable.
Objection tirée d'une michna de Kilayim : une seule rangée de courges entre concombres et fèves d'Égypte ne suffit pas. Réponse : ces plantes ont de longs sarments (cherakha) qui s'entremêlent ; les petites semences d'une plate-bande n'effacent pas le sillon.
Le texte nomme Rav Assi puis adresse l'objection à Rav Achi ; Tossefot lit Rav Achi dans les deux cas.
Rav Kahana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : celui qui veut remplir tout son jardin de légumes fait une plate-bande de six [tefahim] sur six, y trace un cercle de cinq, et remplit ses coins de tout ce qu'il veut.
Rabbi Yo'hanan donne une méthode pour couvrir tout un jardin de plates-bandes voisines. Chaque plate-bande fait six sur six tefahim ; on y trace un cercle de cinq, et les coins reçoivent d'autres espèces. Le cercle rend chaque zone visiblement distincte.
Selon Tossefot, un carré intérieur de 5 x 5 est entouré d'une bande d'un demi-tefah ; le cercle reçoit une espèce et chacun des quatre coins une autre, soit cinq espèces. Entre deux plates-bandes on obtient 1/2 + 2 + 1/2 = 3 tefahim, l'écart requis.
Mais il y a [l'espace] entre les deux ! — On a dit à l'école de Rabbi Yannai : [il s'agit du cas] où il laisse en friche l'entre-deux. Rav Achi a dit : s'ils étaient semés en long (chti), il les sème en large (erev) ; [s'ils étaient semés] en large, il les sème en long.
Ravina objecta à Rav Achi : Le travail d'un légume dans un autre légume, [c'est] six tefahim. Et on les considère...
Objection : si l'on sème aussi les bordures entre les plates-bandes, les espèces se touchent. Deux réponses.
École de Rabbi Yannai : l'entre-deux reste en friche ; remplir tout le jardin signifie remplir toutes les plates-bandes. Rav Achi : on peut semer l'entre-deux, mais dans l'autre direction (chti en long, erev en large) ; le changement de direction fait la distinction.
Ravina cite alors une baraita sur l'écart de six tefahim entre légumes ; la suite est au daf 86a. Tossefot y ajoute une longue critique de la lecture de Rachi et retient celle de Rabbenou Tam.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).