Sougya : Le daf achève la discussion sur les plates-bandes de kilayim, puis ouvre une nouvelle michna qui tire quatre halakhot d'allusions bibliques : l'impureté de la femme qui rejette de la semence le troisième jour, le lavage de la mila le troisième jour même à Chabbat, le fil écarlate du bouc émissaire, et l'onction assimilée à la boisson à Yom Kippour. La Guemara relève que la michna semble mélanger deux Tannaim, puis cite la baraita où R.
Eleazar ben Azaria, R. Ichmael et R.
Akiva divergent sur le compte (en jours ou en onot). Chaque opinion est rattachée à une date de la séparation avant le don de la Torah ; celle de R.
Akiva repose sur l'enseignement de Rav Ada bar Ahava : Moche montait et descendait à l'aube.
[Tous les kilayim ont été dits] comme une planche carrée. Comme une planche, c'est permis ; sinon, c'est interdit !
Là-bas, c'est pour ajouter une autre indulgence : permettre le roch tor (pointe triangulaire) qui en sort.
Fin de la sougya des kilayim (mélange d'espèces) du daf précédent. On objecte à partir d'une baraita : toutes les règles de plates-bandes ont été énoncées pour une plate-bande carrée comme une planche ; donc une forme ronde ne compterait pas.
Réponse : la mention du carré sert à une indulgence supplémentaire, le roch tor, pointe triangulaire d'un champ qui pénètre dans un autre. Si la plate-bande est carrée, cette pointe est reconnaissable et reste permise.
MICHNA. D'où [savons-nous] que la femme qui rejette de la semence (polétet) le troisième jour est impure ?
Car il est dit : "Soyez prêts pour trois jours" (Chemot 19,15). D'où [savons-nous] qu'on lave la mila (circoncision) le troisième jour qui tombe à Chabbat ?
Car il est dit : "Et ce fut le troisième jour, quand ils étaient souffrants" (Berechit 34,25). D'où [savons-nous] qu'on attache une langue de laine écarlate sur la tête du bouc envoyé [à Azazel] ?
Car il est dit : "Si vos fautes sont comme l'écarlate, elles blanchiront comme la neige" (Yechaya 1,18). D'où [savons-nous] que l'onction (sikha) est comme la boisson à Yom Kippour ?
Bien qu'il n'y ait pas de preuve à la chose, il y a une allusion à la chose, car il est dit : "Elle est entrée comme l'eau dans ses entrailles et comme l'huile dans ses os" (Tehilim 109,18).
Nouvelle michna : quatre halakhot, chacune rattachée à un verset.
1. Polétet : une femme qui rejette de la semence est impure comme celui qui touche de la semence, tant que celle-ci est encore apte à féconder. Au Sinaï, la séparation de trois jours visait à ce que les femmes ne soient pas impures au moment du don de la Torah.
2. Mila : le troisième jour après la circoncision l'enfant est encore en danger (les habitants de Chekhem "souffrants" au troisième jour) ; on le lave donc même à Chabbat.
3. Le fil écarlate du bouc de Yom Kippour, en lien avec l'image des fautes rouges qui blanchissent. 4. La sikha (onction) est interdite à Yom Kippour comme la boisson ; la michna la qualifie de zekher ladavar (simple allusion).
GUEMARA. Le début [de la michna] n'est pas selon R.
Eleazar ben Azaria, et la fin est selon R. Eleazar ben Azaria ?
Car selon R. Eleazar ben Azaria, nous l'avons entendu dire : [elle est] pure.
Celui qui n'établit pas [la michna] selon deux Tannaim enseigne dans le début "pure" et établit toute [la michna] selon R. Eleazar ben Azaria ; et celui qui l'établit selon deux Tannaim : le début est selon les Rabbanan et la fin selon R.
Eleazar ben Azaria.
La Guemara constate une tension : le début de la michna (polétet impure le troisième jour) contredit R. Eleazar ben Azaria, alors que la fin (laver la mila le troisième jour) est précisément son opinion.
Deux approches. Celui qui évite de dire qu'une michna est kitanaei (selon deux Tannaim) lit dans le début tahor (pure) : toute la michna est alors de R. Eleazar ben Azaria. Celui qui l'accepte attribue le début aux Rabbanan et la fin à R. Eleazar ben Azaria.
Rachi rattache cette divergence de méthode à la michna du tonneau (Bava Metsia 41a). Tossefot précise que la lecture "pure" existait déjà dans certaines versions.
Nos maîtres ont enseigné : la femme qui rejette de la semence le troisième jour est pure, ce sont les paroles de R. Eleazar ben Azaria.
R. Ichmael dit : il arrive que ce soient quatre onot (périodes), il arrive que ce soient cinq onot, il arrive que ce soient six onot.
R. Akiva dit : toujours cinq ; et si une partie de la première ona était passée, on lui donne une partie de la sixième ona.
Une ona est une période de douze heures : une nuit ou un jour. La question est de savoir combien de temps la semence reste apte à féconder, donc impure si elle est rejetée.
R. Eleazar ben Azaria : au troisième jour elle est déjà pure (le jour de la relation compte comme un jour entier). R. Ichmael : elle reste impure pendant trois jours, comptés en jours et non en heures ; selon le moment de la relation, cela représente 4, 5 ou 6 onot complètes. R. Akiva : la mesure est fixe, cinq onot complètes ; si la relation a eu lieu au milieu d'une ona, on complète sur la sixième.
Les maîtres l'ont dit devant Rav Papa, et certains disent : Rav Papa l'a dit à Rava. Cela se comprend pour R.
Eleazar ben Azaria, [qui est] selon les Rabbanan, qui disent qu'on a fait la séparation le cinquième [jour] ; et R. Ichmael [est] selon R.
Yossi, qui dit qu'on a fait la séparation le quatrième ; mais R. Akiva, selon qui [est-il] ?
En réalité selon R. Yossi, comme l'a dit Rav Ada bar Ahava : Moche est monté à l'aube et est descendu à l'aube.
La Guemara rattache chaque opinion à la discussion sur le jour de la perisha (séparation) avant le don de la Torah, donné selon tous à Chabbat, avec immersion la nuit de Chabbat.
Rabbanan : séparation le 5e jour ; certains se sont séparés au crépuscule, il ne restait que deux onot, et pourtant on ne s'est pas inquiété : c'est la source de R. Eleazar ben Azaria. R. Yossi : séparation le 4e jour ; au pire quatre onot, compté en jours : c'est R. Ichmael.
R. Akiva compte en onot, ce qui ne correspond à aucune des deux dates. Réponse : il suit R. Yossi, mais Moche a transmis l'ordre de séparation à l'aube du 4e jour ; la séparation couvrait donc exactement cinq onot complètes, et c'est cette durée que le verset exige.
Il est monté à l'aube, comme il est écrit : "Moche se leva tôt le matin et monta sur le mont Sinaï" (Chemot 34,4). Il est descendu à l'aube, comme il est écrit : "Va, descends, et tu monteras, toi et Aharon avec toi" (Chemot 19,24) : [le verset] compare la descente à la montée ; de même que la montée [se faisait] à l'aube, de même la descente [se faisait] à l'aube.
Source de Rav Ada bar Ahava. La montée à l'aube est explicite dans le verset. Pour la descente, la Guemara utilise un hekech (rapprochement de deux termes dans un même verset) : "descends" et "tu monteras" sont juxtaposés, la descente suit donc la règle de la montée.
Pourquoi avait-il besoin de le leur dire [le matin] ? Rav Houna n'a-t-il pas dit : Israël est saint et n'a pas de relations conjugales le jour !
Mais Rava a dit : si c'était une maison obscure, c'est permis. Et Rava a dit, et certains disent Rav Papa : un talmid 'hakham assombrit [la pièce] avec son talit, et c'est permis.
Objection à la réponse précédente : l'ordre donné à l'aube semble inutile, puisque les relations conjugales de jour sont de toute façon exclues par pudeur (Rav Houna).
Réponse : elles sont permises dans une maison obscure, et un talmid 'hakham peut assombrir la pièce avec son talit. L'ordre donné le matin avait donc une portée pratique pour les heures du jour.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).