Shabbat 87a — Les trois choses que Moche fit de son propre chef

Shabbat 87a

Sougya : Le daf poursuit la discussion sur la semaine du don de la Torah. Selon les Rabbanan, Roch Hodesh Sivan tombait un lundi et la séparation dura deux jours ; selon R.

Yose, Roch Hodesh tombait un dimanche et la séparation dura trois jours. À l'objection tirée du verset "aujourd'hui et demain", R.

Yose répond que Moche ajouta un jour de son propre chef ; la Guemara cite alors la baraita des trois choses que Moche fit de lui-même (ajouter un jour, se séparer de sa femme, briser les Tables), en donnant pour chacune sa derasha et la preuve que le Saint béni soit-Il fut d'accord. Suivent des objections tirées de baraitot ("troisième", "sixième") attribuées à R.

Yose, et la mahloket sur le sens de vayachev et vayaged.

La semaine du Sinaï : Rabbanan et R. YoseDimancheLundiMardiMercrediJeudiVendrediChabbatRabbananRH = lundi29 Iyar-1 SivanRoch Hodeshrien (fatigue)2 SivanVe-atemtihyu li3 Sivanhagbala4 Sivanperisha 1(ordre donné)5 Sivanperisha 26 SivanDON DELA TORAHR. YoseRH = dimanche1 SivanRoch Hodeshrien (fatigue)2 SivanVe-atemtihyu li3 Sivanhagbala4 Sivanperisha 1(ordre donné)5 Sivanperisha 26 Sivanperisha 3ajout de Moche7 SivanDON DELA TORAHRabbanan : l'ordre - aujourd'hui et demain - est donné jeudi : 2 jours (jeudi, vendredi).R. Yose : l'ordre est donné mercredi pour 2 jours ; Moche ajoute vendredi. Chekhina : Chabbat matin.
Calendrier de la semaine du don de la Torah selon les Rabbanan et selon R. Yose : Roch Hodesh, parole Ve-atem tihyu li, hagbala, jours de séparation et don de la Torah le Chabbat.
Trois choses que Moche fit de son propre chefActeDerasha de MochePreuve de l'accord divinAjout d'un jourde séparationAujourd'hui comme demain :chaque jour avec sa nuit ;la nuit d'aujourd'hui est passéeLa Chekhina ne se révèlequ'au matin du ChabbatSéparation totaled'avec sa femmeKal va-homer depuis Israël :une seule fois, moment fixé,et pourtant : n'approchez pasRetournez à vos tentes...et toi, tiens-toi ici avec Moi(autre avis : bouche à bouche)Bris desTablesKal va-homer depuis Pessa'h :aucun ben nekhar n'en mangera ;ici toute la TorahAcher chibarta :yichar koha'kh(Rech Lakich)
Les trois actes de Moche faits de son propre chef : la derasha qui l'a guide et le verset qui montre l'accord du Saint béni soit-Il.
1
בִּתְלָתָא אֲמַר לְהוּ מִצְוַת הַגְבָּלָה; בְּאַרְבָּעָה עֲבוּד פְּרִישָׁה. וְרַבָּנָן סָבְרִי — בִּתְרֵי בְּשַׁבָּא אִיקְּבַע יַרְחָא, בִּתְרֵי בְּשַׁבָּא לָא אֲמַר לְהוּ וְלָא מִידֵּי מִשּׁוּם חֻולְשָׁא דְּאוֹרְחָא; בִּתְלָתָא אֲמַר לְהוּ: ״וְאַתֶּם תִּהְיוּ לִי״; בְּאַרְבְּעָה אֲמַר לְהוּ מִצְוַת הַגְבָּלָה; בְּחֻמְשָׁא עֲבוּד פְּרִישָׁה. מֵיתִיבִי: ״וְקִדַּשְׁתֶּם הַיּוֹם וּמָחָר״, קַשְׁיָא לְרַבִּי יוֹסֵי!

Le mardi, Il leur dit la mitsva de la hagbala (délimitation autour du mont) ; le mercredi, ils firent la perisha (séparation d'avec leurs femmes). Et les Rabbanan pensent : le lundi, le mois fut fixé ; le lundi, Il ne leur dit rien à cause de la fatigue du voyage ; le mardi, Il leur dit : "Et vous serez pour Moi" ; le mercredi, Il leur dit la mitsva de la hagbala ; le jeudi, ils firent la perisha.

On objecte : "Sanctifie-les aujourd'hui et demain" (Chemot 19,10) : c'est une difficulté pour R. Yose !

📜 Rachi (2)
בִּתְלָתָא אֲמַר לְהוּ מִצְוַת הַגְבָּלָה שֶׁהַדְּבָרִים שֶׁנֶּאֶמְרוּ לוֹ בַּשֵּׁנִי יָרַד לָעֶרֶב וַאֲמָרָן לְיִשְׂרָאֵל כְּדִכְתִיב וַיָּבֹא מֹשֶׁה וַיִּקְרָא לְזִקְנֵי הָעָם וְגוֹ' וְלַמָּחֳרָת הִשְׁכִּים וְעָלָה וַיָּשֶׁב מֹשֶׁה אֶת דִּבְרֵי הָעָם וְגוֹ' כִּדְאָמַר כָּל עֲלִיּוֹתָיו בְּהַשְׁכָּמָה הָיוּ וּבוֹ בַּיּוֹם נֶאֱמַר לוֹ הִנֵּה אָנֹכִי בָּא אֵלֶיךָ בְּעַב וְגוֹ' וּמִצְוַת הַגְבָּלָתָם דְּהִשְׁמְרוּ לָכֶם עֲלוֹת בָּהָר אע"פ שֶׁהִיא כְּתוּבָה אַחַר וְקִדַּשְׁתֶּם הַיּוֹם וּמָחָר שֶׁהִיא מִצְוַת פְּרִישָׁה קֹודֶם לָכֵן נֶאֶמְרָה דִּכְתִיב בְּהַהִיא עֲלִייָּה שֶׁעָלָה בַּשְּׁלִישִׁי לְהָשִׁיב להקב"ה דִּבְרֵי הָעָם דְּנַעֲשָׂה (וְנִשְׁמָע) הִנֵּה אָנֹכִי בָּא אֵלֶיךָ וְסֵיפָא דִּקְרָא וַיַּגֵּד מֹשֶׁה אֶת דִּבְרֵי הָעָם וְגוֹ' וְכִי מַה דִּבְרֵי הָעָם יֵשׁ כָּאן אֶלָּא מִצְוַת הַגְבָּלָה נֶאֱמַר לוֹ בּוֹ בַּיּוֹם וּלְקַמָּן תַּנְיָא לָהּ הָכִי וְלָעֶרֶב אָמְרָה לְיִשְׂרָאֵל וְלַמָּחֳרָת בַּד' הִשְׁכִּים וְעָלָה וְהִגִּיד שֶׁקִּבְּלוּ עֲלֵיהֶם מִצְוַת הַגְבָּלָה וְנֶאֶמְרָה לוֹ מִצְוַת פְּרִישָׁה וְקִדַּשְׁתֶּם הַיּוֹם וּמָחָר ואע"פ שֶׁיֵּשׁ עוֹד ג' יָמִים עַד יוֹם שַׁבָּת הָאָמְרִינַן לְקַמָּן לר"י דְּמֹשֶׁה הוֹסִיף יוֹם אֶחָד מִדַּעְתּוֹ:
Le mardi Il leur dit la mitsva de la hagbala : car les paroles qui lui furent dites le lundi, il descendit le soir et les dit à Israël, comme il est écrit : "Moche vint et appela les anciens du peuple", etc. ; le lendemain il se leva tôt, monta, et "Moche rapporta les paroles du peuple", etc., comme on l'a dit : toutes ses montées se faisaient à l'aube. Ce jour-même il lui fut dit : "Voici, Je viens vers toi dans l'épaisseur de la nuée", etc., ainsi que la mitsva de les délimiter, "Gardez-vous de monter sur la montagne". Bien qu'elle soit écrite après "Sanctifie-les aujourd'hui et demain", qui est la mitsva de la séparation, elle fut dite avant. Car il est écrit, lors de cette montée qu'il fit le mardi pour rapporter au Saint béni soit-Il les paroles du peuple "nous ferons" : "Voici, Je viens vers toi", et la fin du verset dit : "Et Moche raconta les paroles du peuple", etc. Quelles paroles du peuple y a-t-il ici ? Il faut donc [dire] que la mitsva de la hagbala lui fut dite ce jour-là (plus loin on l'enseigne ainsi dans une baraita) ; le soir il la dit à Israël, et le lendemain, mercredi, il se leva tôt, monta et rapporta qu'ils avaient accepté la mitsva de la hagbala ; alors lui fut dite la mitsva de la séparation, "Sanctifie-les aujourd'hui et demain". Et bien qu'il reste encore trois jours jusqu'au Chabbat, on dit plus loin, selon R. Yose, que Moche ajouta un jour de son propre chef.
הַיּוֹם וּמָחָר מַשְׁמַע בָּהּ' נֶאֱמַר לוֹ לִפְרֹושׁ ה' ווֹ':
Aujourd'hui et demain : cela implique que [l'ordre] lui fut dit le jeudi, de se séparer le jeudi et le vendredi.
🗂️ Tossefot (1)
בִּתְלָתָא אֲמַר לְהוּ מִצְוַת הַגְבָּלָה לכ"ע הַגְבָּלָה קָדְמָה לִפְרִישָׁה דִּתְלָתָא וַיֹּאמֶר כְּתִיבִי וּסְבָרָא הוּא דְּכָל אֶחָד נֶאֱמַר בְּיוֹמוֹ בְּקַמָּא כְּתִיב וְאַתֶּם תִּהְיוּ לִי וְגוֹ' וּבְבָתְרָא כְּתִיב מִצְוַת פְּרִישָׁה וּמִצְוַת הַגְבָּלָה וּבָאֶמְצָעִי לָא כְּתַב בֵּיהּ מִידִי שֶׁיַּעֲשֶׂה מֹשֶׁה שְׁלִיחוּת לְיִשְׂרָאֵל וְאִית לָן לְמִישְׁדֵּי מִצְוַת הַגְבָּלָה אַהַהִיא אֲמִירָה וְלֹא אַמִּצְוַת פְּרִישָׁה שֶׁהֲרֵי מִיָּד אַחַר אֲמִירָה אַחֲרוֹנָה כְּתִיבָא מִצְוַת פְּרִישָׁה:
Le mardi Il leur dit la mitsva de la hagbala : selon tous, la hagbala précéda la séparation. En effet, trois [fois] "Il dit" sont écrits, et il est logique que chacun ait été dit en son jour. Dans le premier il est écrit "Et vous serez pour Moi", etc. ; dans le dernier sont écrites la mitsva de la séparation et la mitsva de la hagbala ; et dans celui du milieu il n'est rien écrit que Moche devait transmettre à Israël. Nous devons donc placer la mitsva de la hagbala sur cette parole [du milieu], et non la mitsva de la séparation, puisque la mitsva de la séparation est écrite juste après la dernière parole.
💡 Explication

Fin du calendrier de R. Yose commencé au daf précédent : Roch Hodesh Sivan un dimanche, la parole Ve-atem tihyu li le lundi, la hagbala (limite autour du mont) le mardi, la perisha (séparation des époux) dès le mercredi. Les Rabbanan décalent tout d'un jour, car pour eux Roch Hodesh tombait un lundi. Tous admettent que la Torah fut donnée un Chabbat.

L'objection : le verset "aujourd'hui et demain" parle de deux jours de séparation. Selon R. Yose, séparés du mercredi au Chabbat, cela en fait trois.

2
אָמַר לָךְ רַבִּי יוֹסֵי: יוֹם אֶחָד הוֹסִיף מֹשֶׁה מִדַּעְתּוֹ. דְּתַנְיָא: שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים עָשָׂה מֹשֶׁה מִדַּעְתּוֹ, וְהִסְכִּים הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עִמּוֹ. הוֹסִיף יוֹם אֶחָד מִדַּעְתּוֹ, וּפֵירֵשׁ מִן הָאִשָּׁה, וְשָׁבַר אֶת הַלּוּחוֹת.

R. Yose te répondra : Moche ajouta un jour de son propre chef (mi-daato).

Car il est enseigné [dans une baraita] : Moche fit trois choses de son propre chef, et le Saint béni soit-Il fut d'accord avec lui : il ajouta un jour de son propre chef, il se sépara de sa femme, et il brisa les Tables.

📜 Rachi (2)
אָמַר לָךְ ר' יוֹסֵי לְעוֹלָם בָּרְבִיעִי נֶאֱמַר לוֹ לִפְרֹושׁ ד' וָהּ' וְהוּא הוֹסִיף יוֹם אֶחָד וְהִסְכִּים הקב"ה לְדַעְתּוֹ:
R. Yose te répondra : en réalité, il lui fut dit le mercredi de se séparer le mercredi et le jeudi ; il ajouta un jour, et le Saint béni soit-Il fut d'accord avec son avis.
וּפֵירֵשׁ מִן הָאִשָּׁה לְגַמְרֵי לְאַחַר מַתַּן תּוֹרָה מִיָּד מִשֶּׁפֵּירֵשׁ עִם חֲבֵירָיו שׁוּב לֹא חָזַר לְתַשְׁמִישׁ:
Il se sépara de sa femme : complètement, après le don de la Torah ; dès qu'il se fut séparé avec ses compagnons, il ne revint plus aux relations conjugales.
🪔 Ben Yehoyada (1)
הוֹסִיף יוֹם אֶחָד מִדַּעְתּוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד הקב"ה אָמַר לוֹ ב' יָמִים כְּנֶגֶד חו"ב [חָכְמָה וּבִינָה] , אֶלֶף חָכְמָה אֶלֶף בִּינָה, וּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה הוֹסִיף יוֹם אֶחָד כְּנֶגֶד הַדַּעַת גַּם כֵּן, מִפְּנֵי כִּי הוּא שָׁרְשׁוֹ בְּדַעַת כַּיָּדוּעַ. וְלָזֶה אָמַר הוֹסִיף יוֹם אֶחָד 'מִדַּעְתּוֹ' דַּייְקָא. אוֹ יוּבָן בס"ד הקב"ה אָמַר לוֹ ב' יָמִים שֶׁהֵם כ"ד שָׁעוֹת וכ"ד שָׁעוֹת, וְהֵם כְּנֶגֶד שְׁנֵי שְׁלִישֵׁי הַחֶסֶד שֶׁנְּתָנוּם לְרָחֵל בְּסוֹד (יְשַׁעְיָהוּ נד, יב) וְשַׂמְתִּי כַּדְכֹד שֶׁמִּשְׁתְּיָךְ, וּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה רָצָה בְּחֶסֶד שָׁלֵם, וְהוֹסִיף יוֹם אֶחָד אֶחָד כְּנֶגֶד כ"ד הַנִּשְׁאָר בְּתִפְאֶרֶת גַּם כֵּן, וְאָז נִתְקַייֵּם (מִשְׁלֵי לא, כו) פִּיהָ פָּתְחָה בְחָכְמָה וְתוֹרַת חֶסֶד עַל לְשׁוֹנָהּ, כְּלוֹמַר נַעֲשָׂה חֶסֶד שָׁלֵם שֶׁהוּא ג' פְּעָמִים כ"ד כְּנֶגֶד ג' יָמִים. וּבָזֶה יוּבָן בס"ד (תְּהִלִּים מח, כ) בָּרוּךְ אֲדֹנָי יוֹם יוֹם יַעֲמָס לָנוּ הָאֵל יְשׁוּעָתֵנוּ סֶלָה , רְצוֹנוֹ לוֹמַר תְּחִלָּה יוֹם יוֹם יַעֲמָס לָנוּ שֶׁהֵם ב' יָמִים, וּלְסוֹף הָאֵל יְשׁוּעָתֵנוּ סֶלָה, שֶׁהִסְכִּים עִם מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה לְהוֹסִיף יוֹם אֶחָד לְהַשְׁלִים הַחֶסֶד: נִמְצָא וּלְפִי דִּבְרֵי הַבָּרַיְיתָא 'שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים עָשָׂה מֹשֶׁה מִדַּעְתּוֹ, וְהִסְכִּים הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עִמּוֹ' וְנִרְאֶה לִי שֶׁזָּכָה שֶׁיַּסְכִּים עִמּוֹ בְּכָל הַשְּׁלֹשָׁה הַנִּזְכָּרִים שֶׁעָשָׂה מִדַּעְתּוֹ, כִּי הוּא זָכָה אֶל הַדַּעַת שֶׁהוּא קַו אֶמְצָעִי דְּכוֹלֵל חו"ב [חָכְמָה וּבִינָה] , לְכָךְ זָכָה שֶׁיַּסְכִּים עִמּוֹ בְּכָל הַשְּׁלֹשָׁה שֶׁעָשָׂה מִדַּעְתּוֹ. וְנִרְאֶה לִי בס"ד רָאשֵׁי תֵּיבוֹת שְׁלֹשָׁה אֵלּוּ הֵם שפ"ה [ ה וְסַיִף יוֹם אֶחָד, פ רָשׁ מִן הָאִשָּׁה, ש בַּר אֶת הַלּוּחוֹת] , וּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה הָיָה לוֹ אוֹת בְּשָׂפָה שֶׁלּוֹ שֶׁהוּא נְבִיא אֱמֶת, מִפְּנֵי כִּי בְּטֶבַע אֵינוֹ יָכוֹל לוֹמַר בומ"ף שֶׁהֵם בִּשְׂפָתַיִם כְּמִצְטָרֵךְ, וְעִם כָּל זֶה הָיָה מוֹצִיא אוֹתָם כָּרָאוּי בְּדֶרֶךְ נֵס, לְכָךְ בִּשְׁלֹשָׁה דְּבָרִים שֶׁהֵם רָאשֵׁי תֵּיבוֹת שָׂפָה גַּם כֵּן נִתְאַמֵּת שֶׁהוּא אֲמִיתִּי.
Il ajouta un jour de son propre chef. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le Saint béni soit-Il lui dit deux jours, correspondant à 'Hokhma et Bina (Sagesse et Discernement) : Aleph de 'Hokhma, Aleph de Bina ; et Moche notre maître, que la paix soit sur lui, ajouta un jour correspondant aussi au Daat (Connaissance), car sa racine est dans le Daat, comme on le sait. C'est pourquoi il est dit précisément : il ajouta un jour mi-daato (de son Daat). Ou bien on comprendra, avec l'aide du Ciel : le Saint béni soit-Il lui dit deux jours, qui sont vingt-quatre heures et vingt-quatre heures ; ils correspondent aux deux tiers du 'Hessed (bonté) qui furent donnés à Rahel, selon le sod (secret) de "Je ferai tes créneaux de rubis (kadkod)" (Yechaya 54,12). Moche notre maître voulut un 'Hessed complet et ajouta un jour, correspondant aux vingt-quatre restants qui sont aussi dans Tiferet ; alors s'accomplit "Elle ouvre la bouche avec sagesse, et une Torah de bonté est sur sa langue" (Michle 31,26), c'est-à-dire qu'un 'Hessed complet fut réalisé, trois fois vingt-quatre, correspondant aux trois jours. Par là on comprendra, avec l'aide du Ciel : "Béni soit Hachem, jour après jour Il nous charge [de bienfaits], le D.ieu de notre salut, sela" (Tehilim 68,20). Il veut dire : d'abord "jour après jour Il nous charge", ce sont deux jours ; et à la fin "le D.ieu de notre salut, sela", car Il fut d'accord avec Moche notre maître pour ajouter un jour afin de compléter le 'Hessed. Selon les paroles de la baraita, "Moche fit trois choses de son propre chef et le Saint béni soit-Il fut d'accord avec lui", il me semble qu'il mérita qu'Il soit d'accord avec lui dans les trois choses mentionnées qu'il fit de son propre chef, parce qu'il avait atteint le Daat, qui est la ligne médiane englobant 'Hokhma et Bina ; c'est pourquoi il mérita qu'Il soit d'accord avec lui dans les trois choses qu'il fit de lui-même. Il me semble aussi, avec l'aide du Ciel, que les initiales de ces trois [choses] forment SaFa (lèvre) [Hé : il ajouta (hossif) un jour ; Pe : il se sépara (perach) de la femme ; Chin : il brisa (chibber) les Tables]. Moche notre maître avait dans sa lèvre (safa) un signe qu'il était un prophète de vérité : par nature il ne pouvait pas prononcer comme il faut les lettres BOuMaF, qui se prononcent avec les lèvres, et pourtant il les prononçait correctement par miracle. C'est pourquoi, dans les trois choses dont les initiales forment aussi SaFa, il fut confirmé qu'il était véridique.
💡 Explication

Réponse pour R. Yose : l'ordre divin portait bien sur deux jours (mercredi et jeudi), et Moche en ajouta un troisième de son propre chef (mi-daato). La Guemara s'appuie sur une baraita qui énumère trois initiatives de Moche que le Saint béni soit-Il a approuvées après coup.

Rachi précise que la séparation d'avec sa femme est une séparation définitive, après le don de la Torah, alors que le reste du peuple a repris la vie conjugale.

3
הוֹסִיף יוֹם אֶחָד מִדַּעְתּוֹ, מַאי דְרַשׁ? ״הַיּוֹם וּמָחָר״ — הַיּוֹם כְּמָחָר. מַה לְמָחָר לֵילוֹ עִמּוֹ, אַף הַיּוֹם לֵילוֹ עִמּוֹ. וְלַיְלָה דְּהָאִידָּנָא נְפַק לֵיהּ, שְׁמַע מִינַּהּ תְּרֵי יוֹמֵי לְבַר מֵהָאִידָּנָא. וּמְנָלַן דְּהִסְכִּים הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עַל יָדוֹ — דְּלָא שְׁרַאי שְׁכִינָה עַד צַפְרָא דְשַׁבְּתָא.

Il ajouta un jour de son propre chef : qu'a-t-il interprété ? "Aujourd'hui et demain" : aujourd'hui comme demain.

De même que demain [comprend] sa nuit avec lui, de même aujourd'hui [doit comprendre] sa nuit avec lui. Or la nuit d'aujourd'hui est déjà passée ; déduis-en : deux jours en dehors d'aujourd'hui.

Et d'où savons-nous que le Saint béni soit-Il fut d'accord avec lui ? Car la Chekhina (Présence divine) ne reposa [sur le mont] qu'au matin du Chabbat.

📜 Rachi (1)
אַף הַיּוֹם צָרִיךְ לִהְיוֹת לֵילוֹ עִמּוֹ וְהָא לֹא אֶפְשָׁר:
De même aujourd'hui : doit avoir sa nuit avec lui, et cela n'est pas possible.
🗂️ Tossefot (1)
הַיּוֹם כְּמָחָר אֵין זוֹ דְּרָשָׁה גְּמוּרָה אֶלָּא מַשְׁמַע דְּהַיּוֹם מַמָּשׁ דְּאִי לָאו הָכִי אֵין זֶה מִדַּעְתּוֹ:
Aujourd'hui comme demain : cette derasha n'est pas complète ; le verset implique bien aujourd'hui même, car sinon ce ne serait pas [un ajout] de son propre chef.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַאי דְרַשׁ? "הַיּוֹם וּמָחָר" הַיּוֹם כְּמָחָר, מַה לְמָחָר, לֵילוֹ עִמּוֹ, אַף הַיּוֹם, לֵילוֹ עִמּוֹ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מְנָא לַן לְמִדְרַשׁ הָכִי? וְנִרְאֶה לִי בס"ד מִשּׁוּם דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'וְקִדַּשְׁתֶּם יוֹמַיִם' כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (הוֹשֵׁעַ ו, ב) יְחַיֶּנּוּ מִיָּמִים, וְכֵן יוֹמַיִם אֶעֱזָבְךָ, וְלָמָּה נָקֵיט ב' תֵּיבוֹת 'הַיּוֹם וּמָחָר' אֶלָּא וַדַּאי לְמִדְרַשׁ הַיּוֹם כְּמָחָר.
Qu'a-t-il interprété ? "Aujourd'hui et demain" : aujourd'hui comme demain ; de même que demain a sa nuit avec lui, de même aujourd'hui a sa nuit avec lui. On peut demander : d'où tire-t-on d'interpréter ainsi ? Il me semble, avec l'aide du Ciel : parce que [le verset] aurait dû dire "sanctifie-les deux jours (yomayim)", comme il est dit "Il nous fera revivre après deux jours (miyomayim)" (Hochea 6,2), et de même "deux jours je t'abandonnerai". Pourquoi a-t-il employé deux mots, "aujourd'hui et demain" ? C'est certainement pour interpréter : aujourd'hui comme demain.
💡 Explication

La derasha de Moche : le verset met sur le même plan aujourd'hui et demain. Le jour de demain sera complet, nuit comprise (le jour juif commence au soir). Il faut donc aussi un aujourd'hui complet avec sa nuit. Comme l'ordre a été reçu le matin, la nuit précédente est passée et ce jour ne compte pas ; il faut deux jours entiers après lui.

Preuve de l'accord divin : la Chekhina ne s'est révélée que le Chabbat matin, après les trois jours comptés par Moche. Tossefot souligne que le sens simple du verset est bien "aujourd'hui même" ; sinon l'ajout ne serait pas une initiative de Moche.

4
וּפֵירַשׁ מִן הָאִשָּׁה, מַאי דְרַשׁ? נָשָׂא קַל וָחֹומֶר בְּעַצְמוֹ, אָמַר: וּמַה יִשְׂרָאֵל שֶׁלֹּא דִּבְּרָה שְׁכִינָה עִמָּהֶן אֶלָּא שָׁעָה אַחַת, וְקָבַע לָהֶן זְמַן, אָמְרָה תּוֹרָה: ״וְהָיוּ נְכֹנִים וְגוֹ׳ אַל תִּגְּשׁוּ״. אֲנִי, שֶׁכָּל שָׁעָה וְשָׁעָה שְׁכִינָה מְדַבֶּרֶת עִמִּי, וְאֵינוֹ קוֹבֵעַ לִי זְמַן — עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה. וּמְנָלַן דְּהִסְכִּים הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עַל יָדוֹ? — דִּכְתִיב: ״לֵךְ אֱמֹר לָהֶם שׁוּבוּ לָכֶם לְאָהֳלֵיכֶם״, וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ: ״וְאַתָּה פֹּה עֲמֹד עִמָּדִי״. וְאִית דְּאָמְרִי: ״פֶּה אֶל פֶּה אֲדַבֶּר בּוֹ״.

Il se sépara de sa femme : qu'a-t-il interprété ? Il raisonna par un kal va-homer (raisonnement à fortiori) sur lui-même ; il dit : si Israël, avec qui la Chekhina ne parla qu'une seule fois et [pour qui] Il fixa un moment, la Torah a dit : "Soyez prêts, etc., n'approchez pas [d'une femme]" (Chemot 19,15) ; moi, avec qui la Chekhina parle à chaque instant et [pour qui] Il ne fixe pas de moment, à plus forte raison !

Et d'où savons-nous que le Saint béni soit-Il fut d'accord avec lui ? Car il est écrit : "Va, dis-leur : retournez à vos tentes" (Devarim 5,27), et il est écrit ensuite : "Et toi, tiens-toi ici avec Moi" (Devarim 5,28).

Et certains disent : [la preuve est] "Bouche à bouche Je lui parle" (Bamidbar 12,8).

📜 Rachi (4)
וְקָבַע לָהֶם זְמַן אֵימָתַי יְדַבֵּר עִמָּהֶם:
Et Il leur fixa un moment : quand Il leur parlerait.
אָמְרָה תּוֹרָה וְהָיוּ נְכֹונִים וְגוֹ' פֵּירְשׁוּ מִנְּשׁוֹתֵיהֶן:
La Torah a dit : Soyez prêts, etc. : séparez-vous de vos femmes.
וְלֹא קָבַע לִי זְמַן לְדִבּוּרוֹ שֶׁאוֹכַל לִפְרֹושׁ קֹודֶם לָכֵן:
Et Il ne me fixe pas de moment : pour Sa parole, de sorte que je puisse me séparer avant.
לְאָהֳלֵיכֶם לְהַתִּיר נְשׁוֹתֵיכֶם לְתַשְׁמִישׁ שֶׁאָסַרְתִּי לָכֶם:
À vos tentes : pour vous permettre vos femmes pour les relations, que Je vous avais interdites.
🗂️ Tossefot (3)
וּמַה יִשְׂרָאֵל כוּ' וא"ת מַאי קָאָמַר (דְּהוֹסִיף) מִדַּעְתּוֹ דְּאוֹרָיְיתָא הוּא דק"ו נִיתַּן לִידָּרֵשׁ וי"ל דְּלָא הָוֵי ק"ו גָּמוּר דְּשָׁאנֵי הָתָם מִשּׁוּם עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת:
Si Israël, etc. : Et si tu demandes : pourquoi dit-on "de son propre chef", puisque c'est de la Torah, le kal va-homer ayant été donné pour être interprété ? On peut répondre : ce n'était pas un kal va-homer complet, car là-bas c'est différent, à cause des Dix Paroles.
וְקָבַע לָהֶם זְמַן תֵּימַהּ לר"י דְּהִיא הַנּוֹתֶנֶת דְּמִשּׁוּם שֶׁקָּבַע לָהֶם זְמַן וְיָדְעוּ שֶׁבְּאוֹתוֹ יוֹם וַדַּאי תְּדַבֵּר שְׁכִינָה עִמָּהֶם הֻוצְרְכוּ לִפְרֹושׁ אֲבָל הוּא מִסָּפֵק לָמָּה יִפְרֹושׁ וי"ל דְּלָהֶם נָמֵי אִיכָּא סְפֵיקָא שֶׁמָּא לֹא תִּפְלוֹט וְהָכִי עֲבִיד ק"ו וּמַה יִשְׂרָאֵל שֶׁקָּבַע לָהֶן זְמַן וא"כ לֹא הָיוּ צְרִיכִים לִפְרוֹשׁ מִשּׁוּם קֶרִי דִּבְיוֹם אֶחָד הָיָה דַּי אַפֵּ"ה מִשּׁוּם חֲשַׁשׁ פְּלִיטָה שֶׁהִיא קַלָּה הֻוזְקְקוּ לִפְרֹושׁ אֲנִי שֶׁלֹּא קָבַע לִי זְמַן וְיֵשׁ חֲשַׁשׁ קֶרִי שֶׁהוּא חָמוּר לֹא כ"ש שֶׁיֵּשׁ לִי לִפְרֹושׁ:
Et Il leur fixa un moment : le Ri s'étonne : c'est justement ce point qui fait la différence ! Parce qu'Il leur avait fixé un moment et qu'ils savaient que ce jour-là la Chekhina leur parlerait certainement, ils durent se séparer ; mais lui, dans le doute, pourquoi se séparerait-il ? On peut répondre : pour eux aussi il y avait un doute, peut-être [la femme] ne rejetterait[-elle] pas [la semence]. Voici comment il fit le kal va-homer : si Israël, à qui Il avait fixé un moment, et qui n'avaient donc pas à se séparer à cause du keri (émission), car un seul jour aurait suffi, durent pourtant se séparer à cause de la crainte du rejet [de semence], qui est léger ; moi, à qui Il n'a pas fixé de moment et pour qui il y a la crainte du keri, qui est grave, à plus forte raison dois-je me séparer.
וְאַתָּה פֹּה עֲמֹוד עִמָּדִי וא"ת מִנָּלַן דְּפֵירֵשׁ מֹשֶׁה מִדַּעְתּוֹ קֹודֶם וְשׁוּב הִסְכִּים הַקב"ה עַל יָדוֹ שֶׁמָּא זֶה הוּא צִוּוּי גָּמוּר שֶׁצִּוָּה לוֹ לִפְרֹושׁ וְתֵירֵץ ר"ת דְּאִם אִיתָא דְּמֵחֲמַת צִוּוּי הקב"ה פֵּירֵשׁ וְלֹא מִדַּעְתּוֹ הֵיאַךְ הָיָה מְעַרְעֵר אַהֲרֹן וּמִרְיָם דִּכְתִיב וַתְּדַבֵּר מִרְיָם וְאַהֲרֹן בְּמֹשֶׁה אֶלָּא וַדַּאי מִתְּחִלָּה פֵּירֵשׁ מִמֶּנָּה לְגַמְרֵי מֹשֶׁה מִדַּעְתּוֹ ואע"ג דְּהִסְכִּים הַקב"ה עַל יָדוֹ מ"מ נִתְרַעֲמוּ עָלָיו לְפִי שֶׁאִילּוּ לֹא פֵּירֵשׁ מִדַּעְתּוֹ לֹא הָיָה הקב"ה מַסְכִּים דִּבְדֶרֶךְ שֶׁאָדָם הוֹלֵךְ בָּהּ מוֹלִיכִין אוֹתוֹ שֶׁהֲרֵי לְאַהֲרֹן וּמִרְיָם לֹא אָמַר לִפְרֹושׁ אע"ג שֶׁגַּם עִמָּהֶם הָיָה מְדַבֵּר וּמִיהוּ קָשֶׁה דְּמַשְׁמַע בַּמִּדְרָשׁ שֶׁלֹּא יָדְעוּ זְמַן גָּדוֹל שֶׁפֵּירַשׁ מִמֶּנָּה גַּבֵּי אֶלְדָּד וּמֵידָד שֶׁהָיוּ מִתְנַבְּאִים שֶׁאָמְרָה מִרְיָם אַשְׁרֵי נְשׁוֹתֵיהֶן שֶׁל אֵלּוּ שֶׁנִּתְמַנּוּ בַּעֲלֵיהֶן פַּרְנָסִין עַל הַצִּיבּוּר אָמְרָה צִפּוֹרָה אוֹי לָהֶם לִנְשׁוֹתֵיהֶם שֶׁל אֵלּוּ שֶׁמִּיּוֹם שֶׁנִּתְיַיחֲדָה שְׁכִינָה עִם אָחִיךָ פֵּירֵשׁ מִמֶּנִּי מִיָּד וַתְּדַבֵּר מִרְיָם וְאַהֲרֹן בְּמֹשֶׁה מַשְׁמַע שֶׁלֹּא יָדְעוּ קֹודֶם לָכֵן וְכִי לֹא יָדְעוּ הָא דִּכְתִיב וְאַתָּה פֹּה עֲמֹוד עִמָּדִי ואור"ת דְּוַדַּאי יָדְעוּ אֲבָל הָיוּ סִבּוּרִין שֶׁפֵּירַשׁ ע"פ הַדִּבּוּר עַד שֶׁאָמְרָה לָהֶם צִפּוֹרָה שֶׁמִּדַּעְתּוֹ פֵּירֵשׁ מִמֶּנָּה מִתְּחִלָּה:
Et toi, tiens-toi ici avec Moi : Et si tu demandes : d'où savons-nous que Moche se sépara d'abord de son propre chef, et qu'ensuite le Saint béni soit-Il fut d'accord avec lui ? Peut-être est-ce un ordre formel par lequel Il lui ordonna de se séparer ! Rabbenou Tam a répondu : s'il s'était séparé sur l'ordre du Saint béni soit-Il et non de son propre chef, comment Aharon et Myriam auraient-ils contesté, comme il est écrit : "Myriam et Aharon parlèrent contre Moche" ? Il faut donc certainement [dire] qu'au début Moche se sépara d'elle complètement de son propre chef ; et bien que le Saint béni soit-Il fut d'accord avec lui, ils lui en firent grief malgré tout, car s'il ne s'était pas séparé de son propre chef, le Saint béni soit-Il n'aurait pas été d'accord, puisque dans la voie où l'homme va, on le conduit. En effet, à Aharon et Myriam Il n'a pas dit de se séparer, bien qu'Il leur parlât aussi. Toutefois, il y a une difficulté : le Midrach implique qu'ils ne surent pas pendant longtemps qu'il s'était séparé d'elle. À propos d'Eldad et Medad qui prophétisaient, Myriam dit : Heureuses les femmes de ceux-ci, dont les maris ont été nommés dirigeants de la communauté ! Tsipora dit : Malheur à leurs femmes, car depuis le jour où la Chekhina s'est unie à ton frère, il s'est séparé de moi. Aussitôt, "Myriam et Aharon parlèrent contre Moche". Cela implique qu'ils ne le savaient pas avant. Mais ne connaissaient-ils pas ce qui est écrit : "Et toi, tiens-toi ici avec Moi" ? Rabbenou Tam dit : ils le savaient certainement, mais ils pensaient qu'il s'était séparé sur la parole [divine], jusqu'à ce que Tsipora leur dise qu'il s'était séparé d'elle au départ de son propre chef.
🪔 Ben Yehoyada (3)
ופרש מן האשה, מאי דרש? נשא קל־וחמר בעצמו. יש להקשות והלא מוכח כי דיבור (דברים ה, כז) ואתה פה אמר לו תיכף עם דיבור (דברים ה, כו) שובו, ואם כן על איזה זמן קאמר שפירש משום קל וחומר, אם על קודם מתן תורה איך דריש קל וחומר כיון שלא אמר לו עדיין דיבור (שמות יט, טו) אל תגשו, ואחר שאמר לו דבור זה הנה גם לישראל לא התיר התשמיש אלא רק בשעה שאסרו עליו באומרו ואתה פה? ועוד למאן דאמר (זבחים דף קטז) יתרו אחר מתן תורה בא אם כן אשתו לא היתה אצלו כדי שיפרוש ממנה? ונראה לי בס"ד, למאן דאמר יתרו קודם מתן תורה בא, מוכרח לומר שמשה רבינו ע"ה ראה ברוח הקודש שעתיד הקב"ה לצוות לישראל (שמות יט, טו) אל תגשו אל אשה, וכיון דידע זה ברוח הקודש אז הסכים בדעתו על עצמו מכח קל וחומר שיפרוש לגמרי, ותיכף עשה מחיצה באהל שלו בינו לבינה, וגם ודאי אמר לה בפירוש שאסור לו לשמש עמה, ואפילו למאן דאמר אחר מתן תורה בא גם כן אתי שפיר, כי קודם מתן תורה כשראה ברוח הקודש שעתיד לצוות לישראל אל תגשו, אז הסכים על עצמו לפרוש כשתבא אשתו אליו. ומה שאמר עשה מדעתו משום שאר דברים נקיט האי לישנא. ושוב ראיתי בתוספות יבמות (דף סב בד"ה אמור) שהקשו כמו קושיא דידן, אך לא ידעתי אמאי לא הקשו הקושיא על מה שאמר 'מאי דרש' כאשר תפסתי אנא עבדא? ולפי דבריהם שכתבו שנתן לה גט או עשה לה אהל בפני עצמה אינו מתיישב הספרי דקאמר אהרן ומרים ידעו בדבר הזה מכח דברי צפורה, וגט או אהל בפני עצמה קלא אית לה, ובודאי היו שומעין ויודעין אחיו ואחותו? והנה על פי המאמר כאן דנשא קל־וחמר, נראה בס"ד לומר טעם על אשר התפלל על מרים בשם 'אל' דכתיב (במדבר יב, יג) אל נא רפא נא לה, דידוע די"ג מדות שהתורה נדרשת בהם דנקיט רבי ישמעאל בברייתא, הם כנגד י"ג מדות רחמים של אל רחום וחנון, ומדה הראשונה שהיא קל וחמר היא כנגד מדת שם 'אל' ומאחר דמרים לא נשאה קל וחומר דדריש משה רבינו ע"ה גבי אשה, חטאה בזה למדת שם 'אל' ולכך בקש ממדת שם 'אל' בעצמו לרחם עליהם ולרפאות אותה.
Il se sépara de la femme : qu'a-t-il interprété ? Il raisonna par un kal va-homer sur lui-même. On peut demander : il est pourtant établi que la parole "Et toi, ici" (Devarim 5,28) lui fut dite aussitôt avec la parole "Retournez" (Devarim 5,27). S'il en est ainsi, de quel moment dit-on qu'il se sépara en vertu d'un kal va-homer ? Si c'est avant le don de la Torah, comment a-t-il interprété un kal va-homer, puisqu'Il ne lui avait pas encore dit la parole "N'approchez pas" (Chemot 19,15) ? Et après qu'Il lui eut dit cette parole, même à Israël Il n'a permis les relations qu'au moment même où Il les lui interdit en disant "Et toi, ici". De plus, selon celui qui dit (Zevahim 116) que Yitro vint après le don de la Torah, sa femme n'était pas auprès de lui pour qu'il se sépare d'elle ! Il me semble, avec l'aide du Ciel : selon celui qui dit que Yitro vint avant le don de la Torah, on est obligé de dire que Moche notre maître, que la paix soit sur lui, vit par l'esprit saint (roua'h ha-kodech) que le Saint béni soit-Il ordonnerait à Israël "N'approchez pas d'une femme" (Chemot 19,15). Puisqu'il le savait par l'esprit saint, il décida alors pour lui-même, en vertu du kal va-homer, de se séparer complètement ; aussitôt il fit une cloison dans sa tente entre lui et elle, et il lui dit certainement de façon explicite qu'il lui était interdit d'avoir des relations avec elle. Même selon celui qui dit que [Yitro] vint après le don de la Torah, cela convient aussi : avant le don de la Torah, quand il vit par l'esprit saint qu'Il ordonnerait à Israël "N'approchez pas", il décida pour lui-même de se séparer quand sa femme viendrait auprès de lui. Et si l'on dit "il le fit de son propre chef", on emploie cette expression à cause des autres choses. Ensuite j'ai vu dans les Tossefot de Yevamot (62a, passage commençant par Amor) qu'ils ont posé une question semblable à la nôtre ; mais je ne sais pas pourquoi ils n'ont pas posé la question sur ce qu'on dit "qu'a-t-il interprété", comme je l'ai saisi, moi le serviteur. Et selon leurs paroles, qui ont écrit qu'il lui donna un guet (acte de divorce) ou lui fit une tente à part, le Sifré, qui dit qu'Aharon et Myriam apprirent cette chose par les paroles de Tsipora, ne s'explique pas : un guet ou une tente à part fait du bruit, et son frère et sa sœur l'auraient certainement entendu et su ! D'après ce qui est dit ici, qu'il raisonna par un kal va-homer, il semble, avec l'aide du Ciel, qu'on peut donner une raison au fait qu'il pria pour Myriam avec le Nom É-l, comme il est écrit : "É-l, de grâce, guéris-la de grâce" (Bamidbar 12,13). On sait en effet que les treize règles par lesquelles la Torah s'interprète, que R. Ichmael énonce dans la baraita, correspondent aux treize attributs de miséricorde de "É-l miséricordieux et clément" ; la première règle, le kal va-homer, correspond à l'attribut du Nom É-l. Puisque Myriam n'a pas admis le kal va-homer que Moche notre maître avait interprété au sujet de la femme, elle a fauté par là envers l'attribut du Nom É-l ; c'est pourquoi il demanda à l'attribut du Nom É-l lui-même d'avoir pitié d'eux et de la guérir.
וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ: (דְּבָרִים ה, כח) "וְאַתָּה פֹּה עֲמֹד עִמָּדִי". נִרְאֶה לִי בס"ד אָמַר לוֹ תֵּיבַת 'פֹּה' לִרְמֹוז לוֹ הַטַּעַם מַה שֶׁהֻותַּר לוֹ לִפְרֹושׁ מִן הָאִשָּׁה, מִפְּנֵי שֶׁיֵּשׁ לוֹ כֹּחַ לִבְרֹא נְפָשׁוֹת לַגֵּרִים עַל יְדֵי הַפֶּה שֶׁלּוֹ וְאֵין צָרִיךְ לַעֲסֹוק בִּפְרִיָּה וּרְבִיָּה בְּזִוּוּג אִשְׁתּוֹ. וְזֶה שֶׁאָמַר וְאַתָּה פֹּה רְצוֹנוֹ לוֹמַר יֵשׁ לְךָ כֹּחַ בַּפֶּה שֶׁתּוּכַל לַעֲשׂוֹת בּוֹ פְּרִיָּה וּרְבִיָּה, לָכֵן עָמַד עִמָּדִי וְאֵין אַתָּה צָרִיךְ לְהִזְדַּווֵּג עִם אִשְׁתְּךָ. גַּם אָמַר לוֹ עָמַד עִמָּדִי דְּיָדוּעַ שֶׁיֵּשׁ לְאוֹת ה' צוּרַת 'דּוּ' וְצוּרַת 'דִּי' וְהִנֵּה אוֹת הֵ"א נִמְצֵאת בְּסוֹף שְׁמוֹ שֶׁל מָשׁ ה רַבֵּינוּ ע"ה, וְאִם לֹא הָיָה פּוֹרֵשׁ מִן הָאִשָּׁה הִנֵּה הִיא אֶצְלוֹ כְּצוּרַת ד"ו הַמּוֹרֶה עַל זִוּוּג שְׁנֵי גּוּפִים, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ טָב לְמֵיתַב טַן 'דּוּ' אַךְ כֵּיוָן שֶׁפֵּירַשׁ מִן הָאִשָּׁה הִנֵּה הִיא אֶצְלוֹ כְּצוּרַת דַּי הַמּוֹרֶה עַל פְּרִישׁוּת, לוֹמַר 'דָּי' לְךָ בְּזִוּוּג תַּחְתּוֹן שֶׁהָיָה לְךָ קֹודֶם וְאִינָךְ צָרִיךְ לְהִזְדַּווֵּג עַתָּה בְּזִוּוּג תַּחְתּוֹן שֶׁל שְׁנֵי גּוּפִים. וְלָזֶה אָמַר עָמַד עִמָּדִי חִלֵּק הַתֵּיבָה לִשְׁתַּיִם וּקְרֵי בָּהּ 'עִם דָּי'. גַּם יֵשׁ לוֹמַר וְאַתָּה פֹּה רָאשֵׁי תֵּיבוֹת פ רֵישׁ ה אִשָּׁה עָמַד עִמָּדִי. וּמַה שֶׁהִקְשָׁה הָרִי"ף זַ"ל דִּילְמָא הָא דְּאָמַר לוֹ עָמַד עִמָּדִי הוּא לְפִי שָׁעָה, לְפִי שֶׁצָּרִיךְ לַעֲלוֹת לְקַבֵּל הַלּוּחוֹת וּמְנָא לָן דְּהִסְכִּים עַל פְּרִישׁוּתוֹ לְגַמְרֵי? וְנִרְאֶה לִי בס"ד מֵאַחַר דְּמָצִינוּ שֶׁהֻוצְרַךְ לְהַתִּיר לְיִשְׂרָאֵל בְּפֵירוּשׁ, כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (דְּבָרִים ה, כו) שׁוּבוּ לָכֶם וְהוּא לֹא נִכְנַס בְּהֶיתֵּר זֶה כִּי אָמַר לוֹ עָמַד עִמָּדִי, אִם הָיָה דָּבָר זֶה לְפִי שָׁעָה הָיָה צָרִיךְ שֶׁיַּתִּיר לוֹ גַּם כֵּן בְּפֵירוּשׁ אַחַר זֶה.
Et il est écrit ensuite : "Et toi, tiens-toi ici avec Moi" (Devarim 5,28). Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'Il lui dit le mot po (ici, qui s'écrit comme pe, la bouche) pour lui faire allusion à la raison pour laquelle il lui fut permis de se séparer de la femme : il a le pouvoir de créer des âmes pour les convertis par sa bouche, et il n'a pas besoin de s'occuper de "croissez et multipliez" par l'union avec sa femme. C'est ce qu'Il dit : "Et toi, po", c'est-à-dire : tu as dans la bouche un pouvoir par lequel tu peux accomplir "croissez et multipliez" ; c'est pourquoi tiens-toi avec Moi, et tu n'as pas besoin de t'unir à ta femme. Il lui dit aussi "tiens-toi avec Moi" (amod imadi), car on sait que la lettre hé a la forme de dou (dalet-vav) et la forme de di (dalet-youd). Or la lettre hé se trouve à la fin du nom de Moche notre maître ; s'il ne s'était pas séparé de la femme, elle serait chez lui sous la forme dou, qui indique l'union de deux corps, comme on a dit : "mieux vaut demeurer à deux (dou)" ; mais puisqu'il s'est séparé de la femme, elle est chez lui sous la forme di, qui indique la séparation, pour dire : il te suffit (di) de l'union d'en bas que tu avais auparavant, et tu n'as plus besoin maintenant de l'union d'en bas de deux corps. C'est pourquoi Il dit "amod imadi" : on coupe le mot en deux et on lit im di. On peut dire aussi que ve-ata PôH (et toi, ici) [contient] les initiales de Parach Ha-icha (il se sépara de la femme) : tiens-toi avec Moi. Quant à la question du Rif : peut-être ce "tiens-toi avec Moi" était-il temporaire, car il devait monter recevoir les Tables ; d'où savons-nous qu'Il fut d'accord avec sa séparation définitive ? Il me semble, avec l'aide du Ciel : nous trouvons qu'Il dut permettre explicitement à Israël, comme il est dit : "Retournez à vos tentes" (Devarim 5,27), et lui n'était pas inclus dans cette permission, puisqu'Il lui dit "tiens-toi avec Moi". Si cette chose avait été temporaire, Il aurait dû ensuite lui donner à lui aussi une permission explicite.
וְאִית דְּאָמְרִי: (בַּמִּדְבָּר יב, ח) "פֶּה אֶל פֶּה אֲדַבֶּר בּוֹ". יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מֵהֵיכָא מַשְׁמַע דְּהִסְכִּים בִּפְרִישׁוּתוֹ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הֵם כָּל טַעֲנָתָם בָּעִרְעוּר שֶׁלָּהֶם הוּא מִמַּה שֶׁאָמַר (בַּמִּדְבָּר יב, ב) הֲלֹא גַּם בָּנוּ דִבֵּר, שֶׁאֲנַחְנוּ לֹא פֵּרַשְׁנוּ וְעוֹדֶנּוּ נְבִיאִים, וּבְדִבּוּר זֶה סָתַר טַעֲנָתָם כִּי אָמַר לָהֶם פֶּה אֶל פֶּה אֲדַבֶּר בּוֹ דִּשְׁכִינָה מְדַבֶּרֶת מִתּוֹךְ גְּרוֹנוֹ, וְנִמְצָא הֵם אֵין לָהֶם דִּמְיוֹן אֵלָיו בִּנְבוּאָה דְּאֵין לָהֶם עִנְיָן זֶה, וְכֵיוָן דְּסָתַר טַעֲנָתָם מַשְׁמַע דְּהִסְכִּים עִמּוֹ.
Et certains disent : "Bouche à bouche Je lui parle" (Bamidbar 12,8). On peut demander : d'où déduit-on qu'Il fut d'accord avec sa séparation ? Il me semble, avec l'aide du Ciel : tout leur argument dans leur contestation venait de ce qu'ils dirent : "N'a-t-Il pas parlé aussi avec nous ?" (Bamidbar 12,2), c'est-à-dire : nous ne nous sommes pas séparés et nous sommes pourtant prophètes. Par cette parole Il réfuta leur argument, en leur disant : "Bouche à bouche Je lui parle", car la Chekhina parle par sa gorge ; il en résulte qu'ils ne lui sont pas comparables en prophétie, car ils n'ont pas cette qualité. Et puisqu'Il réfuta leur argument, cela implique qu'Il fut d'accord avec lui.
💡 Explication

Deuxième initiative : la séparation définitive de Moche d'avec sa femme. Il la tire d'un kal va-homer : Israël devait se séparer pour une révélation unique et annoncée à l'avance ; Moche reçoit la parole divine à tout moment et sans préavis, il doit donc être toujours prêt.

Preuve de l'accord : après le Sinaï, le peuple reçoit l'ordre "retournez à vos tentes" (reprise de la vie conjugale), et Moche seul reçoit "tiens-toi ici avec Moi". Autre avis : "bouche à bouche Je lui parle", réponse à Aharon et Myriam qui critiquaient cette séparation.

Tossefot discute la solidité du raisonnement : la différence entre un moment fixé et un moment inconnu joue à première vue dans l'autre sens. Le Ri répond en distinguant la crainte du rejet de semence par la femme (léger) et celle du keri de l'homme (grave).

5
שָׁבַר אֶת הַלּוּחוֹת, מַאי דְרַשׁ? אָמַר: וּמַה פֶּסַח שֶׁהוּא אֶחָד מִתַּרְיָ״ג מִצְוֹת, אָמְרָה תּוֹרָה: ״וְכָל בֶּן נֵכָר לֹא יֹאכַל בּוֹ״. הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ [כָּאן] וְיִשְׂרָאֵל מְשֻׁומָּדִים — עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה. וּמְנָלַן דְּהִסְכִּים הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עַל יָדוֹ? — שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֲשֶׁר שִׁבַּרְתָּ״, וְאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: יִישַׁר כֹּחֲךָ שֶׁשִּׁבַּרְתָּ.

Il brisa les Tables : qu'a-t-il interprété ? Il dit : si pour le Pessa'h (sacrifice pascal), qui est une seule des six cent treize mitsvot, la Torah a dit : "Aucun étranger (ben nekhar) n'en mangera" (Chemot 12,43) ; [ici] la Torah entière, et Israël sont apostats : à plus forte raison !

Et d'où savons-nous que le Saint béni soit-Il fut d'accord avec lui ? Car il est dit : "que tu as brisées (acher chibarta)" (Chemot 34,1), et Rech Lakich a dit : Bravo (yichar koha'kh) d'avoir brisé.

📜 Rachi (3)
בֶּן נֵכָר מוּמָר שֶׁנִּתְנַכְּרוּ מַעֲשָׂיו לְאָבִיו שֶׁבְּשָׁמַיִם:
Ben nekhar : un apostat, dont les actes sont devenus étrangers à son Père qui est aux cieux.
הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ תְּלוּיָה בַּלּוּחוֹת הַלָּלוּ וְיִשְׂרָאֵל מוּמָרִים עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה שֶׁאֵינָם כְּדֵי לָהּ:
La Torah entière : dépend de ces Tables, et Israël sont apostats ; à plus forte raison ils n'en sont pas dignes.
אֲשֶׁר אִישּׁוּר שֶׁאִישְּׁרוֹ וְשִׁיבְּחוֹ עַל שְׁבִירָתָן:
Acher : approbation (ichour) : Il l'approuva et le loua pour les avoir brisées.
🗂️ Tossefot (1)
וּמַה פֶּסַח כּוּ' אֵין זֶה ק"ו גָּמוּר דְּאִם מוּמָר אָסוּר בְּפֶסַח שֶׁהוּא קָרְבָּן מ"מ לֹא הָיָה לוֹ לִמְנֹועַ מִלִּיתֵּן לָהֶם הַתּוֹרָה וּלְהַחֲזִירָם בִּתְשׁוּבָה:
Si pour le Pessa'h, etc. : ce kal va-homer n'est pas complet. Si un apostat est interdit de Pessa'h, qui est un sacrifice, [Moche] n'avait pas pour autant à s'abstenir de leur donner la Torah et de les ramener à la techouva (repentir).
🪔 Ben Yehoyada (1)
וּמְנָא לָן דְּהִסְכִּים הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עַל יָדוֹ? שֶׁנֶּאֱמַר: "אֲשֶׁר שִׁבַּרְתָּ", וְאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: יִישַׁר כֹּחֲךָ שֶׁשִּׁבַּרְתָּ. נִרְאֶה דָּרֵישׁ נַמֵּי אֲשֶׁר עִם הַכּוֹלֵל שֶׁבֶר , שֶׁאָמַר לוֹ אֲשֶׁר לְשׁוֹן 'אֲשֶׁר' עַל הַשֶּׁבֶר שֶׁעָשָׂה, וְיָדוּעַ שֶׁמֹּשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה הוּא בְּסוֹד הַחֲסָדִים, וְנִרְאֶה עַתָּה נַעֲשֶׂה 'דִּין' לְשַׁבֵּר הַלּוּחוֹת אַךְ בֶּאֱמֶת זֶה 'חֶסֶד' שֶׁבָּזֶה הִצִּיל אֶת יִשְׂרָאֵל! וְיָדוּעַ דְּאוֹר יָשָׁר הוּא חֶסֶד, וְאוֹר חוֹזֵר דִּין, וְלָזֶה אָמַר יִישַׁר כֹּחֲךָ שֶׁאַתָּה עוֹדְךָ בְּחֶסֶד אוֹר יָשָׁר אַף עַל פִּי שֶׁשִּׁבַּרְתָּ אֶת הַלּוּחוֹת. וְנִרְאֶה לִי י יָשָׁר כ חֵךְ ש שִׁבַּרְתָּ סוֹפֵי תֵּיבוֹת כת"ר , שֶׁעַל יְדֵי זֶה זָכָה לִכְתָרִים שֶׁל יִשְׂרָאֵל שֶׁלְּקָחָם.
Et d'où savons-nous que le Saint béni soit-Il fut d'accord avec lui ? Car il est dit : "que tu as brisées", et Rech Lakich a dit : bravo d'avoir brisé. Il semble qu'il interprète aussi acher, avec le kollel (l'unité ajoutée au total), comme chever (brisure) : Il lui dit acher, terme d'approbation, sur la brisure qu'il avait faite. On sait que Moche notre maître est dans le sod des Hassadim (bontés) ; il semblait maintenant qu'il avait accompli un acte de din (rigueur) en brisant les Tables, mais en vérité c'était un 'Hessed, car par là il sauva Israël. On sait que la lumière directe (or yachar) est 'Hessed et la lumière reflétée (or hozer) est din ; c'est pourquoi Il dit yichar koha'kh : tu es toujours dans le 'Hessed de la lumière directe, bien que tu aies brisé les Tables. Il me semble aussi que les lettres finales de yichaR koa'KH chechibarT forment KeTeR (couronne) : par là il mérita les couronnes d'Israël qu'il prit.
💡 Explication

Troisième initiative : le bris des Tables après le veau d'or. Le raisonnement part du Pessa'h : le verset "aucun ben nekhar n'en mangera" exclut, selon Rachi, le Juif apostat, "étranger" à son Père céleste. Si une seule mitsva est refusée à l'apostat, la Torah entière ne peut être remise à un peuple en pleine idolâtrie.

L'accord divin est lu dans le mot acher ("que tu as brisées"), rapproché de yichar (approbation). Tossefot note que ce kal va-homer n'est pas rigoureux : on aurait pu donner la Torah pour ramener le peuple à la techouva.

6
תָּא שְׁמַע: ״וְהָיוּ נְכֹנִים לַיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי״, קַשְׁיָא לְרַבִּי יוֹסֵי. הָא אָמְרִינַן יוֹם אֶחָד הוֹסִיף מֹשֶׁה מִדַּעְתּוֹ. תָּא שְׁמַע: ״שְׁלִישִׁי״ — שְׁלִישִׁי בַּחֹדֶשׁ וּשְׁלִישִׁי בַּשַּׁבָּת, קַשְׁיָא לְרַבָּנָן! אָמְרִי לָךְ רַבָּנָן: הָא מַנִּי — רַבִּי יוֹסֵי הִיא.

Viens et entends : "Et soyez prêts pour le troisième jour" (Chemot 19,11) : difficulté pour R. Yose !

N'avons-nous pas dit que Moche ajouta un jour de son propre chef ? Viens et entends : "troisième" : le troisième du mois et le troisième de la semaine.

Difficulté pour les Rabbanan ! Les Rabbanan te répondront : de qui est-ce ?

C'est R. Yose.

📜 Rachi (4)
ה"ג וְהָיוּ נְכֹונִים לַיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי ול"ג וְהָיוּ נְכוֹנִים לִשְׁלֹשֶׁת יָמִים:
Telle est la version : "Et soyez prêts pour le troisième jour" ; on ne lit pas "Soyez prêts pour trois jours".
הָא אֲמָרָן יוֹם אֶחָד הוֹסִיף וְהַאי קְרָא דּוֹהָיו נְכוֹנִים לַיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי קֻודְשָׁא בְּרִיךְ הוּא אָמַר לֵיהּ וּמֹשֶׁה אָמַר לָהֶן הֱיוּ נְכֹונִים לִשְׁלֹשֶׁת יָמִים וְלֹא אָמַר לַיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי אֶלָּא פֵּירְשׁוּ ג' יָמִים וּקְרָא דִּכְתִיב וַיְהִי בַּיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי בִּהְיֹות הַבֹּקֶר שְׁלִישִׁי לְיָמִים שְׁלֵמִים שֶׁלֵּילָן עִמָּם קָאָמַר:
N'avons-nous pas dit qu'il ajouta un jour : ce verset, "Soyez prêts pour le troisième jour", le Saint béni soit-Il le lui a dit ; et Moche leur dit "Soyez prêts pour trois jours", sans dire "pour le troisième jour", c'est-à-dire : séparez-vous trois jours. Et le verset qui dit "Et ce fut le troisième jour, au matin" parle du troisième des jours complets, qui ont leur nuit avec eux.
ת"ש דְּתַנְיָא בַּבָּרַייְתָא הָכִי שְׁלִישִׁי שְׁלִישִׁי בַּחֹדֶשׁ הָיָה שְׁלִישִׁי בַּשַּׁבָּת הָיָה וּלְקַמָּן בָּעֵי שְׁלִישִׁי קַמָּא לְמַאי ע"כ בְּמִילְּתָא דִּשְׁלִישִׁי קָמַייְרֵי וְקָאָמַר עֲלָהּ שְׁלִישִׁי זֶה שְׁלִישִׁי בַּחֹדֶשׁ:
Viens et entends : car il est enseigné ainsi dans une baraita : "troisième" : c'était le troisième du mois, c'était le troisième de la semaine. Plus loin on demande : le premier "troisième", de quoi ? Force est [de dire] qu'on traite d'une affaire de "troisième", et on dit à son propos : ce troisième est le troisième du mois.
קַשְׁיָא לְרַבָּנָן דְּשָׁמְעִינַן בְּחַד בְּשַׁבָּא אִיקְּבַע יַרְחָא א"כ עַל כָּרְחָךְ בִּתְרֵי בְּשַׁבָּת אָמַר וְאַתֶּם תִּהְיוּ בִּתְלָתָא הַגְבָּלָה בְּאַרְבָּעָה פְּרִישָׁה וּבַשְּׁבִיעִי נָתְנָה תּוֹרָה דְּהָא לכ"ע בְּשַׁבָּת נִתְּנָה תּוֹרָה:
Difficulté pour les Rabbanan : car nous apprenons [de là] que le mois fut fixé le dimanche. S'il en est ainsi, force est [de dire] que le lundi Il dit "Et vous serez", le mardi la hagbala, le mercredi la séparation, et que le septième [jour] la Torah fut donnée, car selon tous la Torah fut donnée le Chabbat.
🗂️ Tossefot (1)
קַשְׁיָא לְרַבָּנָן פִּי' לְמַה שֶׁפֵּירֵשׁ רָבָא לְעֵיל דְּבִקְבִיעָא דְּיַרְחָא פְּלִיגִי:
Difficulté pour les Rabbanan : c'est-à-dire selon ce qu'a expliqué Rava plus haut, qu'ils divergent sur la fixation du mois.
💡 Explication

Deux objections. La première, contre R. Yose : Hachem a dit "pour le troisième jour", donc deux jours de séparation. Réponse déjà donnée : Moche a ajouté un jour ; au peuple, il a dit "pour trois jours".

La seconde, contre les Rabbanan : une baraita dit que le "troisième" jour était le 3 du mois et un mardi, ce qui place Roch Hodesh un dimanche. Réponse : cette baraita suit R. Yose.

7
שְׁלִישִׁי לְמַאי? לְכִדְתַנְיָא: ״וַיָּשֶׁב מֹשֶׁה אֶת דִּבְרֵי הָעָם אֶל ה׳״, וּכְתִיב: ״וַיַּגֵּד מֹשֶׁה אֶת דִּבְרֵי הָעָם אֶל ה׳״.

Troisième de quoi ? Selon ce qui est enseigné [dans une baraita] : "Et Moche rapporta (vayachev) les paroles du peuple à Hachem" (Chemot 19,8), et il est écrit : "Et Moche raconta (vayaged) les paroles du peuple à Hachem" (Chemot 19,9).

📜 Rachi (2)
לְכִדְתַנְיָא כּוּ' וְהָכִי קָאָמַר יוֹם שְׁלִישִׁי לַדְּבָרִים שֶׁהִתְחִיל מֹשֶׁה לְהַמְשִׁיךְ לִבָּם שֶׁל יִשְׂרָאֵל וּלְפָרֵשׁ עָונְשָׁן וּמַתַּן שְׂכָרָן וְאוֹתוֹ יוֹם הָיָה שְׁלִישִׁי בְּחֹדֶשׁ שְׁלִישִׁי בְּשַׁבָּת וְרַבִּי יוֹסֵי קָאָמַר לָהּ:
Selon ce qui est enseigné, etc. : voici ce qu'il dit : le troisième jour depuis les paroles par lesquelles Moche commença à attirer le cœur d'Israël et à leur expliquer leur punition et l'octroi de leur récompense ; et ce jour-là était le troisième du mois et le troisième de la semaine. Et c'est R. Yose qui le dit.
וַיֵּשֶׁב וַיַּגֵּד וְכִי מֶה אָמַר הקב"ה לְמֹשֶׁה בֵּין וַיֵּשֶׁב מֹשֶׁה דְּנַעֲשָׂה (וְנִשְׁמַע) לֶוְּיִגֵּד מֹשֶׁה שֶׁאָמַר לָהֶן לְיִשְׂרָאֵל וּמֶה אָמְרוּ יִשְׂרָאֵל לְמֹשֶׁה עַל כָּךְ שֶׁהֻוצְרַךְ מֹשֶׁה לְהַגִּיד לְמָקוֹם וַהֲלֹא לֹא נֶאֱמַר בֵּינְתַיִם אֶלָּא הִנֵּה אָנֹכִי בָּא וְגוֹ':
Vayachev, vayaged ; et qu'a dit le Saint béni soit-Il à Moche : entre "Moche rapporta" [la réponse] "nous ferons" et "Moche raconta", qu'a-t-il dit à Israël, et qu'ont dit Israël à Moche à ce sujet, pour que Moche ait dû le raconter à D.ieu (ha-Makom) ? Or entre les deux il n'est dit que "Voici, Je viens", etc.
💡 Explication

La Guemara précise le point de départ du compte de la baraita : le "troisième" se compte à partir des paroles que Moche adressa au peuple, entre vayachev (verset 8) et vayaged (verset 9). Rachi relève la difficulté des versets : entre les deux, le texte ne rapporte aucun nouvel échange entre Moche et le peuple ; il faut donc identifier ce contenu, ce que fait le segment suivant.

8
מֶה אָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה, וּמֶה אָמַר לָהֶם מֹשֶׁה לְיִשְׂרָאֵל, וּמֶה אָמְרוּ יִשְׂרָאֵל לְמֹשֶׁה, וּמָה הֵשִׁיב מֹשֶׁה לִפְנֵי הַגְּבוּרָה? זוֹ מִצְוַת הַגְבָּלָה, דִּבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה. רַבִּי אוֹמֵר: בַּתְּחִילָּה פֵּירַשׁ עָונְשָׁהּ, דִּכְתִיב: ״וַיָּשָׁב מֹשֶׁה״ — דְּבָרִים שֶׁמְּשַׁבְּבִין דַּעְתּוֹ שֶׁל אָדָם, וּלְבַסּוֹף פֵּירֵשׁ מַתַּן שְׂכָרָהּ, דִּכְתִיב: ״וַיַּגֵּד מֹשֶׁה״ — דְּבָרִים שֶׁמּוֹשְׁכִין לִבּוֹ שֶׁל אָדָם כְּאַגָּדָה. וְאִיכָּא דְּאָמְרִי: בַּתְּחִילָּה פֵּירֵשׁ מַתַּן שְׂכָרָהּ, דִּכְתִיב: ״וַיָּשָׁב מֹשֶׁה״ — דְּבָרִים שֶׁמְּשִׁיבִין דַּעְתּוֹ שֶׁל אָדָם, וּלְבַסּוֹף פֵּירֵשׁ עָונְשָׁהּ, דִּכְתִיב: ״וַיַּגֵּד מֹשֶׁה״ — דְּבָרִים שֶׁקָּשִׁין לָאָדָם כְּגִידִּין.

Qu'a dit le Saint béni soit-Il à Moche, qu'a dit Moche à Israël, qu'ont dit Israël à Moche, et qu'a répondu Moche devant la Toute-Puissance (ha-Guevoura) ? C'est la mitsva de la hagbala : paroles de R.

Yose bar Yehouda. Rabbi dit : au début il expliqua sa punition, car il est écrit "vayachev Moche" : des paroles qui détournent (mechabbevin) l'esprit de l'homme ; et à la fin il expliqua l'octroi de sa récompense, car il est écrit "vayaged Moche" : des paroles qui attirent le cœur de l'homme comme l'aggada.

Et certains disent : au début il expliqua l'octroi de sa récompense, car il est écrit "vayachev Moche" : des paroles qui ramènent (mechivin) l'esprit de l'homme ; et à la fin il expliqua sa punition, car il est écrit "vayaged Moche" : des paroles dures pour l'homme comme des gidin (herbes amères).

📜 Rachi (4)
זוֹ מִצְוַת הַגְבָּלָה שאע"פ שֶׁכְּתוּבָה אַחַר מִצְוַת פְּרִישָׁה בַּשְּׁלִישִׁי נֶאֶמְרָה לוֹ וְהֻוצְרַךְ לְהָשִׁיב שֶׁקִּבְּלוּ עֲלֵיהֶן:
C'est la mitsva de la hagbala : bien qu'elle soit écrite après la mitsva de la séparation, elle lui fut dite le mardi, et il dut rapporter qu'ils l'avaient acceptée.
עָונְשָׁהּ שֶׁל תּוֹרָה:
Sa punition : [celle] de la Torah.
מְשַׁבְּבִין כְּמוֹ וַיֵּלֶךְ שׁוֹבָב (יְשַׁעְיָהוּ נ״ז:י״ז) שֶׁמּוֹנְעִין מִלְּקַבֵּל שֶׁאִם יְקַבְּלוּ יֵעָנְשׁוּ הַדְּבָרִים הַלָּלוּ מְשַׁבְּבִין אֶת לִבָּם מִן הַמָּקוֹם וְאַף עַל פִּי כֵן קִיבְּלוּ עֲלֵיהֶן:
Mechabbevin : comme "il alla, détourné (chovav)" (Yechaya 57,17) : [des paroles] qui empêchent d'accepter, car s'ils acceptent, ils seront punis ; ces paroles détournent leur cœur de D.ieu (ha-Makom), et malgré cela ils acceptèrent.
כְּגִידִין יֶרֶק מַר:
Kegidin : une herbe amère.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רַבִּי אוֹמֵר: בַּתְּחִלָּה פֵּרֵשׁ עָנְשָׁהּ, דִּכְתִיב: "וְיָשַׁב מֹשֶׁה", דְּבָרִים שֶׁמְּשַׁבְּבִין דַּעְתּוֹ שֶׁל אָדָם. וּלְבַסּוֹף פֵּרֵשׁ מַתַּן שְׂכָרָהּ. נִרְאֶה לִי בס"ד טַעְמָא דְּרַבִּי מֵאַחַר דְּהַתּוֹרָה קִיּוּמוֹ שֶׁל עוֹלָם, כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (יִרְמְיָהוּ לג, כה) אִם לֹא בְרִיתִי יוֹמָם וָלָיְלָה חֻקּוֹת שָׁמַיִם וָאָרֶץ לֹא שָׂמְתִּי לְכָךְ נָהַג עִמָּהֶם כִּבְרִיָּתוֹ שֶׁל עוֹלָם, דִּבְרֵישָׁא חֲשׁוּכָה, וַהֲדַר נְהוֹרָא, וְהַחֹשֶׁךְ הוּא סִטְרָא דְּדִינָא, וְהָאוֹר סִטְרָא דְּרַחֲמֵי, לְכָךְ תְּחִלָּה פֵּרֵשׁ עָנְשָׁהּ מִצַּד הַדִּין, וְאַחַר כָּךְ שְׂכָרָהּ מִצַּד הָרַחֲמִים, אֲבָל הָאִיכָּא דְּאָמְרִי סְבִירָא לֵיהּ נָהַג עִמָּהֶם כְּאָדָם הָרִאשׁוֹן, שֶׁתְּחִלָּה רָאָה יוֹם שֶׁהוּא חֶסֶד וְאוֹר, וְאַחַר כָּךְ רָאָה לַיְלָה שֶׁהוּא גְּבוּרָה וְחֹשֶׁךְ. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד טַעְמֵיהּ דְּרַבִּי עַל דֶּרֶךְ מַה שֶׁכָּתַב מָהַרְשָׁ"א דְּבָאוֹתִיּוֹת מִצְוָה יֵשׁ אוֹתִיּוֹת הוי"ה, כִּי מ"צ בא"ת ב"ש הוּא י"ה , וְיָדוּעַ מַה שֶׁאָמְרוּ בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ דְּהַלָּאוְיָן הֵם גְּבוּרוֹת מֻושְׁרִים בְּאוֹתִיּוֹת 'יָהּ' וְהֶעֱשִׁין שה"ס [שֶׁהוּא סוֹד] חֲסָדִים מֻושְׁרָשִׁים בְּאוֹתִיּוֹת 'וָהּ' נִמְצָא בְּשֵׁם הַמִּצְוָה עַצְמָהּ נִרְמְזוּ הַגְּבוּרוֹת שֶׁהֵם הַלָּאוְיָן קֹודֶם הַחֲסָדִים שֶׁהֵם הֶעֱשִׁין כִּי אֵלּוּ ב 'מֹץ' וְאֵלּוּ ב 'וָהּ'. וְלָכֵן סְבִירָא לֵיהּ תְּחִלָּה הִגִּיד עֹונֶשׁ הָעֻובָּר עַל הַמִּצְוָה שֶׁל תּוֹרָה שֶׁהוּא בָּא מִצַּד הַגְּבוּרָה, וְאַחַר כָּךְ הִגִּיד שְׂכַר הַמִּצְוָה שֶׁהוּא מִצַּד הַחֶסֶד, אַךְ הא"ד סְבִירָא לֵיהּ תְּחִלָּה מַתַּן שְׂכָרָהּ וְאַחַר כָּךְ עָונְשָׁהּ, כְּפִי סֵדֶר הַמִּדּוֹת לְמַעְלָה שֶׁמִּדַּת הַחֶסֶד הִיא קֹודֶם מִדַּת הַגְּבוּרָה זֶה יָמִין וְזֶה שְׂמֹאל, אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד מָר אֲמַר חֲדָא וּמָר אֲמַר חֲדָא וְלָא פְּלִיגִי, דְּרַבִּי קָאֵי עַל אֲנָשִׁים שֶׁדַּעְתָּם סוֹבֵל, וְאִיכָּא דְּאָמְרִי קָאֵי עַל הַנָּשִׁים שֶׁאֵין דַּעְתָּם סוֹבֵל לְכָךְ הִגִּיד לָהֶם הַשָּׂכָר קֹודֶם. אִי נָמֵי רַבִּי קָאֵי עַל מִצְוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לַחֲבֵירוֹ שֶׁאֵין הָאָדָם חָרֵד עֲלֵיהֶם כָּל כָּךְ וְקַלִּים בְּעֵינָיו, לְכָךְ הֶפְחֵידָם תְּחִלָּה בָּעֳונָשִׁין שֶׁיֵּדְעוּ חֹומֶר הֶעָוֹן, וְהָאִיכָּא דְּאָמְרִי אַייְרֵי בִּדְבָרִים שֶׁבֵּין אָדָם לַמָּקוֹם דַּחֲמוּרִים הֵם בְּעֵינֵי הָאָדָם, וְלָזֶה הִגִּיד הַשָּׂכָר תְּחִלָּה שֶׁבָּזֶה יִתְפַּעֲלוּ יוֹתֵר בְּקִיּוּמָם.
Rabbi dit : au début il expliqua sa punition, car il est écrit "vayachev Moche" : des paroles qui détournent l'esprit de l'homme ; et à la fin il expliqua l'octroi de sa récompense. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison de Rabbi est la suivante : la Torah maintient le monde, comme il est dit : "Si ce n'était Mon alliance jour et nuit, Je n'aurais pas établi les lois du ciel et de la terre" (Yirmeyahou 33,25) ; c'est pourquoi il agit avec eux selon l'ordre du monde, où vient d'abord l'obscurité, puis la lumière. L'obscurité est du côté du din (rigueur) et la lumière du côté des rahamim (miséricorde) ; il expliqua donc d'abord la punition, du côté du din, puis la récompense, du côté des rahamim. Mais l'avis de "certains disent" est qu'il agit avec eux comme avec Adam le premier homme, qui vit d'abord le jour, qui est 'Hessed et lumière, puis la nuit, qui est Guevoura et obscurité. Ou bien, il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison de Rabbi suit ce qu'a écrit le Maharcha : dans les lettres du mot mitsva se trouvent les lettres du Nom Havaya, car mem-tsadi en at-bach donnent youd-hé. Et on sait ce qui est dit dans le saint Zohar : les interdits (lavin) sont des Guevourot enracinées dans les lettres youd-hé, et les commandements positifs (assin), qui sont dans le sod des Hassadim, sont enracinés dans les lettres vav-hé. Il en résulte que dans le mot mitsva lui-même sont indiquées les Guevourot, qui sont les interdits, avant les Hassadim, qui sont les commandements positifs : les unes dans mem-tsadi et les autres dans vav-hé. C'est pourquoi il pense qu'il annonça d'abord la punition de celui qui transgresse une mitsva de la Torah, qui vient du côté de la Guevoura, puis la récompense de la mitsva, qui vient du côté du 'Hessed. Mais "certains disent" pensent : d'abord l'octroi de sa récompense, puis sa punition, selon l'ordre des attributs d'en haut, où l'attribut de 'Hessed précède l'attribut de Guevoura, l'un à droite, l'autre à gauche. Ou bien, il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'un dit une chose et l'autre en dit une autre, et ils ne divergent pas : Rabbi parle des hommes, dont l'esprit le supporte, et "certains disent" parle des femmes, dont l'esprit ne le supporte pas ; c'est pourquoi il leur annonça d'abord la récompense. Ou bien Rabbi parle des mitsvot entre l'homme et son prochain, dont l'homme ne se soucie pas tellement et qui sont légères à ses yeux ; c'est pourquoi il les effraya d'abord par les punitions, pour qu'ils connaissent la gravité de la faute ; et "certains disent" parle des choses entre l'homme et D.ieu (ha-Makom), qui sont graves aux yeux de l'homme ; c'est pourquoi il annonça d'abord la récompense, car par là ils seront davantage portés à les accomplir.
💡 Explication

R. Yose bar Yehouda identifie le contenu non écrit entre les deux versets à la mitsva de la hagbala : Hachem la dit à Moche, Moche la transmet, le peuple l'accepte, et Moche rapporte cette acceptation.

Rabbi et un avis anonyme lisent les deux verbes comme deux étapes du discours de Moche. Pour Rabbi, vayachev évoque méchabbévin (qui détourne) : d'abord la punition ; vayaged évoque l'aggada qui attire : ensuite la récompense. L'autre avis inverse : mechivin (qui apaise) pour la récompense, puis gidin (herbes amères) pour la punition.

🖼️ Schéma
Vayachev puis vayaged : que dit Moche au peuple ?R. Yose bar YehoudaLe contenu non écritentre les deux versets= la mitsva de la hagbala(dite le mardi)Rabbi1. vayachev = méchabbévin :la punition (détourne l'esprit)2. vayaged = comme l'aggada :la récompense (attire le cœur)Certains disent1. vayachev = mechivin :la récompense (apaise l'esprit)2. vayaged = comme les gidin :la punition (amère)
Trois lectures de vayachev et vayaged : la hagbala (R. Yose bar Yehouda), punition puis récompense (Rabbi), récompense puis punition (certains disent).
9
תָּא שְׁמַע: ״שִׁשִּׁי״ — שִׁשִּׁי בַּחֹודֶשׁ, שִׁשִּׁי בְּשַׁבָּת, קַשְׁיָא לְרַבָּנָן! הָא נָמֵי רַבִּי יוֹסֵי הִיא. שִׁשִּׁי לְמַאי? רָבָא אָמַר:

Viens et entends : "sixième" : le sixième du mois, le sixième de la semaine. Difficulté pour les Rabbanan !

Celle-là aussi est [l'avis de] R. Yose.

Sixième de quoi ? Rava dit :

📜 Rachi (2)
שִׁשִּׁי שִׁשִּׁי בַּחֹדֶשׁ כּוּ' לְקַמֵּיהּ בָּעֵי שִׁשִּׁי קַמָּא לְמַאי דְּהָכָא לֵיכָּא לְמֵימַר שִׁשִּׁי לְאוֹתָן דְּבָרִים דְּבִשְׁלָמָא שְׁלִישִׁי דְּבָרַיְיתָא לְעֵיל אִיכָּא לְמֵימַר דְּאַייְרֵי בְּהוּ דְּהָא כָּל ג' יָמִים הָיָה מֹשֶׁה מְדַבֵּר בְּאוֹתָן הַדְּבָרִים דְּעַל כְּרִחְיָךְ וַיַּגֵּד מֹשֶׁה בַּד' כְּתִיב דְּבָרִים שֶׁקִּבְּלוּ בַּג':
Sixième, le sixième du mois, etc. : plus loin on demande : le premier "sixième", de quoi ? Car ici on ne peut pas dire "le sixième de ces paroles". Pour le "troisième" de la baraita plus haut, on peut dire qu'elle en parle, car pendant les trois jours Moche parlait de ces paroles, puisque, forcément, "vayaged Moche" est écrit le mercredi, [à propos] de paroles qu'ils avaient acceptées le mardi.
קַשְׁיָא לְרַבָּנָן דְּמַשְׁמַע דִּבְחַד בְּשַׁבָּא אִיקְּבַע יַרְחָא:
Difficulté pour les Rabbanan : car cela implique que le mois fut fixé le dimanche.
💡 Explication

Nouvelle baraita : le "sixième" était le 6 du mois et le sixième jour de la semaine (vendredi), ce qui place Roch Hodesh un dimanche, contre les Rabbanan. Réponse : elle aussi suit R. Yose. La Guemara demande alors à quoi se rapporte le premier "sixième" ; la réponse de Rava suit au daf 87b.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).