Sougya : Le daf poursuit la discussion sur la semaine du don de la Torah. Selon les Rabbanan, Roch Hodesh Sivan tombait un lundi et la séparation dura deux jours ; selon R.
Yose, Roch Hodesh tombait un dimanche et la séparation dura trois jours. À l'objection tirée du verset "aujourd'hui et demain", R.
Yose répond que Moche ajouta un jour de son propre chef ; la Guemara cite alors la baraita des trois choses que Moche fit de lui-même (ajouter un jour, se séparer de sa femme, briser les Tables), en donnant pour chacune sa derasha et la preuve que le Saint béni soit-Il fut d'accord. Suivent des objections tirées de baraitot ("troisième", "sixième") attribuées à R.
Yose, et la mahloket sur le sens de vayachev et vayaged.
Le mardi, Il leur dit la mitsva de la hagbala (délimitation autour du mont) ; le mercredi, ils firent la perisha (séparation d'avec leurs femmes). Et les Rabbanan pensent : le lundi, le mois fut fixé ; le lundi, Il ne leur dit rien à cause de la fatigue du voyage ; le mardi, Il leur dit : "Et vous serez pour Moi" ; le mercredi, Il leur dit la mitsva de la hagbala ; le jeudi, ils firent la perisha.
On objecte : "Sanctifie-les aujourd'hui et demain" (Chemot 19,10) : c'est une difficulté pour R. Yose !
Fin du calendrier de R. Yose commencé au daf précédent : Roch Hodesh Sivan un dimanche, la parole Ve-atem tihyu li le lundi, la hagbala (limite autour du mont) le mardi, la perisha (séparation des époux) dès le mercredi. Les Rabbanan décalent tout d'un jour, car pour eux Roch Hodesh tombait un lundi. Tous admettent que la Torah fut donnée un Chabbat.
L'objection : le verset "aujourd'hui et demain" parle de deux jours de séparation. Selon R. Yose, séparés du mercredi au Chabbat, cela en fait trois.
R. Yose te répondra : Moche ajouta un jour de son propre chef (mi-daato).
Car il est enseigné [dans une baraita] : Moche fit trois choses de son propre chef, et le Saint béni soit-Il fut d'accord avec lui : il ajouta un jour de son propre chef, il se sépara de sa femme, et il brisa les Tables.
Réponse pour R. Yose : l'ordre divin portait bien sur deux jours (mercredi et jeudi), et Moche en ajouta un troisième de son propre chef (mi-daato). La Guemara s'appuie sur une baraita qui énumère trois initiatives de Moche que le Saint béni soit-Il a approuvées après coup.
Rachi précise que la séparation d'avec sa femme est une séparation définitive, après le don de la Torah, alors que le reste du peuple a repris la vie conjugale.
Il ajouta un jour de son propre chef : qu'a-t-il interprété ? "Aujourd'hui et demain" : aujourd'hui comme demain.
De même que demain [comprend] sa nuit avec lui, de même aujourd'hui [doit comprendre] sa nuit avec lui. Or la nuit d'aujourd'hui est déjà passée ; déduis-en : deux jours en dehors d'aujourd'hui.
Et d'où savons-nous que le Saint béni soit-Il fut d'accord avec lui ? Car la Chekhina (Présence divine) ne reposa [sur le mont] qu'au matin du Chabbat.
La derasha de Moche : le verset met sur le même plan aujourd'hui et demain. Le jour de demain sera complet, nuit comprise (le jour juif commence au soir). Il faut donc aussi un aujourd'hui complet avec sa nuit. Comme l'ordre a été reçu le matin, la nuit précédente est passée et ce jour ne compte pas ; il faut deux jours entiers après lui.
Preuve de l'accord divin : la Chekhina ne s'est révélée que le Chabbat matin, après les trois jours comptés par Moche. Tossefot souligne que le sens simple du verset est bien "aujourd'hui même" ; sinon l'ajout ne serait pas une initiative de Moche.
Il se sépara de sa femme : qu'a-t-il interprété ? Il raisonna par un kal va-homer (raisonnement à fortiori) sur lui-même ; il dit : si Israël, avec qui la Chekhina ne parla qu'une seule fois et [pour qui] Il fixa un moment, la Torah a dit : "Soyez prêts, etc., n'approchez pas [d'une femme]" (Chemot 19,15) ; moi, avec qui la Chekhina parle à chaque instant et [pour qui] Il ne fixe pas de moment, à plus forte raison !
Et d'où savons-nous que le Saint béni soit-Il fut d'accord avec lui ? Car il est écrit : "Va, dis-leur : retournez à vos tentes" (Devarim 5,27), et il est écrit ensuite : "Et toi, tiens-toi ici avec Moi" (Devarim 5,28).
Et certains disent : [la preuve est] "Bouche à bouche Je lui parle" (Bamidbar 12,8).
Deuxième initiative : la séparation définitive de Moche d'avec sa femme. Il la tire d'un kal va-homer : Israël devait se séparer pour une révélation unique et annoncée à l'avance ; Moche reçoit la parole divine à tout moment et sans préavis, il doit donc être toujours prêt.
Preuve de l'accord : après le Sinaï, le peuple reçoit l'ordre "retournez à vos tentes" (reprise de la vie conjugale), et Moche seul reçoit "tiens-toi ici avec Moi". Autre avis : "bouche à bouche Je lui parle", réponse à Aharon et Myriam qui critiquaient cette séparation.
Tossefot discute la solidité du raisonnement : la différence entre un moment fixé et un moment inconnu joue à première vue dans l'autre sens. Le Ri répond en distinguant la crainte du rejet de semence par la femme (léger) et celle du keri de l'homme (grave).
Il brisa les Tables : qu'a-t-il interprété ? Il dit : si pour le Pessa'h (sacrifice pascal), qui est une seule des six cent treize mitsvot, la Torah a dit : "Aucun étranger (ben nekhar) n'en mangera" (Chemot 12,43) ; [ici] la Torah entière, et Israël sont apostats : à plus forte raison !
Et d'où savons-nous que le Saint béni soit-Il fut d'accord avec lui ? Car il est dit : "que tu as brisées (acher chibarta)" (Chemot 34,1), et Rech Lakich a dit : Bravo (yichar koha'kh) d'avoir brisé.
Troisième initiative : le bris des Tables après le veau d'or. Le raisonnement part du Pessa'h : le verset "aucun ben nekhar n'en mangera" exclut, selon Rachi, le Juif apostat, "étranger" à son Père céleste. Si une seule mitsva est refusée à l'apostat, la Torah entière ne peut être remise à un peuple en pleine idolâtrie.
L'accord divin est lu dans le mot acher ("que tu as brisées"), rapproché de yichar (approbation). Tossefot note que ce kal va-homer n'est pas rigoureux : on aurait pu donner la Torah pour ramener le peuple à la techouva.
Viens et entends : "Et soyez prêts pour le troisième jour" (Chemot 19,11) : difficulté pour R. Yose !
N'avons-nous pas dit que Moche ajouta un jour de son propre chef ? Viens et entends : "troisième" : le troisième du mois et le troisième de la semaine.
Difficulté pour les Rabbanan ! Les Rabbanan te répondront : de qui est-ce ?
C'est R. Yose.
Deux objections. La première, contre R. Yose : Hachem a dit "pour le troisième jour", donc deux jours de séparation. Réponse déjà donnée : Moche a ajouté un jour ; au peuple, il a dit "pour trois jours".
La seconde, contre les Rabbanan : une baraita dit que le "troisième" jour était le 3 du mois et un mardi, ce qui place Roch Hodesh un dimanche. Réponse : cette baraita suit R. Yose.
Troisième de quoi ? Selon ce qui est enseigné [dans une baraita] : "Et Moche rapporta (vayachev) les paroles du peuple à Hachem" (Chemot 19,8), et il est écrit : "Et Moche raconta (vayaged) les paroles du peuple à Hachem" (Chemot 19,9).
La Guemara précise le point de départ du compte de la baraita : le "troisième" se compte à partir des paroles que Moche adressa au peuple, entre vayachev (verset 8) et vayaged (verset 9). Rachi relève la difficulté des versets : entre les deux, le texte ne rapporte aucun nouvel échange entre Moche et le peuple ; il faut donc identifier ce contenu, ce que fait le segment suivant.
Qu'a dit le Saint béni soit-Il à Moche, qu'a dit Moche à Israël, qu'ont dit Israël à Moche, et qu'a répondu Moche devant la Toute-Puissance (ha-Guevoura) ? C'est la mitsva de la hagbala : paroles de R.
Yose bar Yehouda. Rabbi dit : au début il expliqua sa punition, car il est écrit "vayachev Moche" : des paroles qui détournent (mechabbevin) l'esprit de l'homme ; et à la fin il expliqua l'octroi de sa récompense, car il est écrit "vayaged Moche" : des paroles qui attirent le cœur de l'homme comme l'aggada.
Et certains disent : au début il expliqua l'octroi de sa récompense, car il est écrit "vayachev Moche" : des paroles qui ramènent (mechivin) l'esprit de l'homme ; et à la fin il expliqua sa punition, car il est écrit "vayaged Moche" : des paroles dures pour l'homme comme des gidin (herbes amères).
R. Yose bar Yehouda identifie le contenu non écrit entre les deux versets à la mitsva de la hagbala : Hachem la dit à Moche, Moche la transmet, le peuple l'accepte, et Moche rapporte cette acceptation.
Rabbi et un avis anonyme lisent les deux verbes comme deux étapes du discours de Moche. Pour Rabbi, vayachev évoque méchabbévin (qui détourne) : d'abord la punition ; vayaged évoque l'aggada qui attire : ensuite la récompense. L'autre avis inverse : mechivin (qui apaise) pour la récompense, puis gidin (herbes amères) pour la punition.
Viens et entends : "sixième" : le sixième du mois, le sixième de la semaine. Difficulté pour les Rabbanan !
Celle-là aussi est [l'avis de] R. Yose.
Sixième de quoi ? Rava dit :
Nouvelle baraita : le "sixième" était le 6 du mois et le sixième jour de la semaine (vendredi), ce qui place Roch Hodesh un dimanche, contre les Rabbanan. Réponse : elle aussi suit R. Yose. La Guemara demande alors à quoi se rapporte le premier "sixième" ; la réponse de Rava suit au daf 87b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).