Sougya : La Guemara poursuit la discussion entre Rabbi Yossi (Roch Hodech Sivan tombait un dimanche) et les Rabbanan (un lundi). Elle explique d'abord la divergence entre Rava et Rav Aha bar Yaakov sur le sixième jour, qui dépend de ce qui fut ordonné à Mara : le Chabbat seul, ou aussi les tehoumin.
Puis elle avance plusieurs preuves tirées du calendrier : la date de la sortie d'Égypte (jeudi 15 Nisan), l'arrivée au désert de Sin un Chabbat 15 Iyar (Rav Papa), et l'érection du Michkan un dimanche 1er Nisan de la deuxième année (Rav Havivi de Hozna). Les Rabbanan répondent chaque fois que Iyar a été allongé cette année-là, ou que la baraita suit Rabbi Yossi ; la dernière preuve, fondée sur l'opinion des Aherim, gêne les deux parties et oblige à supposer un calendrier ajusté.
[Rava dit : le sixième jour] de leur campement ; Rav Aha bar Yaakov dit : [le sixième jour] de leur départ. Et ils divergent au sujet du Chabbat [ordonné] à Mara, car il est écrit : "[Observe le jour du Chabbat pour le sanctifier] comme te l'a ordonné Hachem ton D.ieu" (Devarim 5,12), et Rav Yehouda a dit au nom de Rav : "Comme te l'a ordonné" - à Mara.
L'un pense : ils ont reçu l'ordre du Chabbat, ils n'ont pas reçu l'ordre des tehoumin (limites de déplacement). Et l'autre pense : ils ont aussi reçu l'ordre des tehoumin.
Suite du daf précédent. On sait que les Hébreux arrivèrent au Sinaï à Roch Hodech Sivan, et qu'un "sixième jour" est évoqué. Rava le compte depuis leur campement au Sinaï ; Rav Aha bar Yaakov depuis leur départ de Refidim. Selon Rachi, les deux eurent lieu le même jour ; la question est de savoir si ce jour pouvait être un Chabbat.
La Guemara rattache la divergence à ce qui fut ordonné à Mara (Rav Yehouda au nom de Rav, d'après "comme te l'a ordonné"). Si l'ordre des tehoumin (interdiction de dépasser 2000 coudées le Chabbat) n'était pas encore donné, le départ de Refidim a pu avoir lieu un Chabbat. Tossefot précise que le mot "tehoumin" désigne ici plutôt l'interdit de hotsaa (transporter), puisqu'ils emportaient tous leurs biens.
Viens entendre : [au mois de] Nisan au cours duquel Israël sortit d'Égypte, le quatorze ils égorgèrent leurs [agneaux de] Pessa'h, le quinze ils sortirent, et le soir les premiers-nés furent frappés. Le soir, cela te vient-il à l'esprit ?
Mais [dis] : depuis la veille au soir les premiers-nés furent frappés. Et ce jour-là était le cinquième jour de la semaine.
Puisque le quinze Nisan était un jeudi, le début du mois de Iyar était un Chabbat, et le début du mois de Sivan un dimanche : c'est une difficulté pour les Rabbanan !
Première preuve contre les Rabbanan. Une baraita fixe le 15 Nisan de la sortie d'Égypte à un jeudi. Or Nisan compte toujours 30 jours (Rachi) : le 1er Iyar tombe donc un Chabbat. Si Iyar suit l'ordre régulier (29 jours), le 1er Sivan tombe un dimanche, comme le dit Rabbi Yossi, et non un lundi.
La Guemara corrige au passage "le soir" en "la veille au soir" : la plaie des premiers-nés eut lieu dans la nuit du 15, avant la sortie.
Les Rabbanan te diront : Iyar de cette année-là, on l'a allongé (ibbour, ajout d'un 30e jour). Viens entendre qu'on ne l'a pas allongé : [au mois de] Nisan au cours duquel Israël sortit d'Égypte, le quatorze ils égorgèrent leurs [agneaux de] Pessa'h, le quinze ils sortirent, et le soir les premiers-nés furent frappés.
Le soir, cela te vient-il à l'esprit ? Mais dis : depuis la veille au soir les premiers-nés furent frappés.
Et ce jour-là était le cinquième jour de la semaine. Nisan fut complet, et Iyar tomba un Chabbat.
Réponse des Rabbanan : le calendrier était fixé par la vue de la lune ; Iyar a pu avoir 30 jours cette année-là, ce qui repousse le 1er Sivan au lundi.
Objection : une autre baraita précise explicitement l'enchaînement des mois : Nisan plein, puis (segment suivant) Iyar manquant.
Iyar fut manquant, et Sivan tomba un dimanche : c'est une difficulté pour les Rabbanan ! Qui est [l'auteur de] celle-ci ?
C'est Rabbi Yossi.
La seconde baraita dit en toutes lettres que Iyar était manquant (29 jours) : la réponse "Iyar a été allongé" ne tient plus. La Guemara répond autrement : cette baraita exprime l'opinion de Rabbi Yossi, et les Rabbanan ne la partagent pas.
Rav Papa dit : viens entendre : "Ils partirent d'Élim, et toute l'assemblée des enfants d'Israël vint, etc., le quinzième jour du deuxième mois" (Chemot 16,1). Et ce jour-là était un Chabbat, car il est écrit : "Et au matin vous verrez la gloire de Hachem" (Chemot 16,7), et il est écrit : "Six jours vous le ramasserez" (Chemot 16,26).
Puisque le quinze Iyar était un Chabbat, le début du mois de Sivan était un dimanche : c'est une difficulté pour les Rabbanan ! Les Rabbanan te diront : Iyar de cette année-là, on l'a allongé.
Deuxième preuve (Rav Papa). Au désert de Sin, le 15 Iyar, le peuple se plaint ; Moche annonce : "au matin vous verrez", et la manne commence à tomber le lendemain. Comme elle tombe six jours puis s'arrête le septième (Chabbat), le premier jour de manne est un dimanche : le 15 Iyar était donc un Chabbat.
Du 15 Iyar Chabbat, avec un Iyar de 29 jours, on arrive au 1er Sivan dimanche (le 15e jour compté à partir du 15 Iyar). Réponse des Rabbanan, déjà connue : Iyar a été allongé.
Rav Havivi de Hozna dit à Rav Achi : viens entendre : "Au premier mois de la deuxième année, le premier du mois, le Michkan fut dressé" (Chemot 40,17). On a enseigné : ce jour-là prit dix couronnes : premier de l'œuvre de la Création ; premier pour les princes ; premier pour la prêtrise ; premier pour le service ; premier pour la descente du feu ; premier pour la consommation des kodachim (choses saintes) ; premier pour la résidence de la Chekhina ; premier pour bénir Israël ; premier pour l'interdit des bamot (autels privés) ; premier des mois.
Et puisque le début du mois de Nisan de cette année-là était un dimanche, celui de l'année précédente était un mercredi.
Troisième preuve (Rav Havivi de Hozna). Le Michkan fut dressé le 1er Nisan de la deuxième année, et ce jour fut "premier de la Création" : un dimanche. En remontant d'une année lunaire, on obtient le 1er Nisan de l'année de la sortie d'Égypte.
La liste des dix couronnes est rapportée pour le premier de ses éléments, qui donne le jour de la semaine. Le calcul de l'écart entre les deux années vient au segment suivant.
Car on a enseigné : Aherim disent : entre Atseret (Chavouot) et Atseret, et entre Roch Hachana et Roch Hachana, il n'y a que quatre jours seulement ; et si c'était une année embolismique, cinq. Le début du mois de Iyar était donc une veille de Chabbat, et le début du mois de Sivan un Chabbat : c'est une difficulté aussi bien pour Rabbi Yossi que pour les Rabbanan !
Selon Rabbi Yossi, ils firent sept [mois] manquants,
Rav Havivi s'appuie sur les Aherim : une année lunaire régulière compte 354 jours (six mois de 30 et six de 29), soit 50 semaines et 4 jours. Le 1er Nisan de l'année 1 tombait donc un mercredi ; Nisan plein : 1er Iyar vendredi ; Iyar manquant : 1er Sivan Chabbat. Ni Rabbi Yossi (dimanche) ni les Rabbanan (lundi) ne s'y retrouvent.
Réponse : les deux rejettent le calendrier fixe des Aherim. Selon Rabbi Yossi, cette année-là compta sept mois manquants : 353 jours, soit un décalage de 3 jours ; le 1er Nisan de l'année 1 était un jeudi, et le 1er Sivan un dimanche. La position des Rabbanan est exposée au début du daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).