Shabbat 88a — Le don de la Torah : le jour du Sinaï, la montagne renversée et naase venichma

Shabbat 88a

Sougya : Le daf achève la discussion sur le jour du don de la Torah entre Rabbi Yossi (le 7 Sivan) et les Rabbanan (le 6 Sivan) : calcul du nombre de mois manquants de la première année, baraita du Seder Olam, et emploi du temps de Moche entre le 2 et le 6 Sivan. Il passe ensuite à une série d'enseignements aggadiques sur le Sinaï : la montagne renversée au-dessus du peuple comme une cuve (Rav Avdimi) et l'acceptation renouvelée au temps d'Assuérus (Rava) ; la condition posée à la Création (Reich Lakich) ; les deux couronnes données à chaque Israélite pour avoir dit naase avant nichma (Rabbi Simai) ; le secret des anges (Rabbi Elazar) et la comparaison au pommier.

Il se termine par le reproche d'un min à Rava.

La semaine du Sinaï : Rabbi Yossi et les Rabbanan1 Sivanarrivée2 Sivanmonte/descend3 Sivanmonte/descend4 Sivanmonte/descend5 Sivanautel6 Sivan7 SivanR. YossiRabbanandim.lun.lun.mar.mar.mer.mer.jeu.jeu.ven.ven.pas le tempsChabbatTorahChabbatTorahdim.R. Yossi : le 6 Sivan (vendredi), Moche n'a pas le temps à cause des préparatifs du Chabbat ;Rabbanan : le 6 Sivan, il n'a pas le temps parce que la Torah est donnée ce jour-là.
Du 1er au 7 Sivan : le jour de la semaine et le jour du don de la Torah selon Rabbi Yossi et selon les Rabbanan.
De Pessa'h an 1 au 1er Nisan an 2 (dimanche) : combien de mois manquants ?R. Yossi15 Nisan an 1 = jeudi(1er Nisan = jeudi)7 mois manquants5x30 + 7x29 = 353 j= 50 sem. + 3 jjeudi + 3 j= dimanche1er Nisan an 2Rabbanan15 Nisan an 1 = vendredi(1er Nisan = vendredi)8 mois manquants4x30 + 8x29 = 352 j= 50 sem. + 2 jvendredi + 2 j= dimanche1er Nisan an 2Chacun ajuste le nombre de mois manquants pour retrouver le dimanche du Michkan.
Le calcul de Rav Havivi : le nombre de mois manquants de l'année 1 selon chaque opinion.
Les deux couronnes de chaque IsraéliteHorev : naaseavant nichma600 000 anges2 couronnes chacunFaute du veau1 200 000 angesde destruction1 couronne chacunR. Yo'hananMoche les prend(et haohèl :rayonnement)Reich LakichHachem les rendradans l'avenir(Isaie 35, 10)Couronne 1 = naase (nous ferons) ; couronne 2 = nichma (nous entendrons).Tossefot : l'ange du bien pose deux couronnes, l'ange de destruction n'en retire qu'une :la mesure du bien reste plus grande que celle de la punition.
Les couronnes de naase venichma, de leur don à leur retour annoncé.
1
לְרַבָּנַן שְׁמוֹנָה חֲסֵרִים עֲבוּד.

Et selon les Rabbanan, ils firent huit [mois] manquants.

📜 Rachi (1)
לְרַבָּנָן ח' חֲסֵרִים עֲבוּד וְלֹא הָיוּ בֵּין פֶּסַח דְּאֶשְׁתָּקַד לְפֶסַח דְּהָאִידָּנָא אֶלָּא ב' יָמִים וְנִמְצָא דְּאֶשְׁתָּקַד בע"ש:
Selon les Rabbanan, ils firent huit manquants : et il n'y avait entre le Pessa'h de l'année précédente et le Pessa'h de cette année que deux jours [de décalage] ; il se trouve donc que [le Pessa'h de] l'année précédente tombait une veille de Chabbat.
🗂️ Tossefot (1)
לְרַבָּנָן ח' חֲסֵירִין עֲבוּד אוֹמֵר ר' יִצְחָק דְּלָא הָוֵי צ"ל ח' חֲסֵירִין עֲבוּד אֶלָּא ז' חֲסֵירִין וְאִיָּיר דְּהַהִיא שַׁתָּא עַבּוֹרֵי עַבְּרוּהּ כִּדְאָמַר לְעֵיל אֶלָּא מִשּׁוּם דלר"י אִיצְטְרִיךְ לְמֵימַר דְּשִׁבְעָה חֲסֵירִין עֲבוּד דְּהָא תַּנְיָא לְעֵיל דְּאוֹתוֹ יוֹם ה' בְּשַׁבָּת הָיָה נְקַט נָמֵי לְרַבָּנָן שְׁמֹנָה:
Selon les Rabbanan, ils firent huit manquants : Rabbi Yitshak dit qu'il n'était pas nécessaire de dire qu'ils firent huit manquants ; [on aurait pu dire] sept manquants, et que le Iyar de cette année-là avait été allongé, comme on l'a dit plus haut. Mais comme, selon Rabbi Yossi, il fallait dire qu'ils firent sept manquants, puisqu'on a enseigné plus haut que ce jour-là était un jeudi, [la Guemara] a dit aussi huit pour les Rabbanan.
💡 Explication

Suite du calcul de Rav Havivi (fin du daf précédent) : le 1er Nisan de la deuxième année tombait un dimanche. Selon les Rabbanan, le 15 Nisan de la première année était un vendredi. Une année de huit mois manquants (29 jours) et quatre pleins (30 jours) compte 352 jours, soit 50 semaines et 2 jours : vendredi + 2 = dimanche.

Tossefot note que les Rabbanan pouvaient aussi partir du jeudi avec sept mois manquants, en supposant Iyar allongé ; la Guemara a choisi une formulation parallèle à celle de Rabbi Yossi.

🖼️ Schéma
De Pessa'h an 1 au 1er Nisan an 2 (dimanche) : combien de mois manquants ?R. Yossi15 Nisan an 1 = jeudi(1er Nisan = jeudi)7 mois manquants5x30 + 7x29 = 353 j= 50 sem. + 3 jjeudi + 3 j= dimanche1er Nisan an 2Rabbanan15 Nisan an 1 = vendredi(1er Nisan = vendredi)8 mois manquants4x30 + 8x29 = 352 j= 50 sem. + 2 jvendredi + 2 j= dimanche1er Nisan an 2Chacun ajuste le nombre de mois manquants pour retrouver le dimanche du Michkan.
Rabbi Yossi : 7 mois manquants (décalage de 3 jours) ; Rabbanan : 8 mois manquants (décalage de 2 jours).
2
תָּא שְׁמַע, דְּתַנְיָא ב״סֵדֶר עוֹלָם״: נִיסָן שֶׁבּוֹ יָצְאוּ יִשְׂרָאֵל מִמִּצְרַיִם בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר שָׁחֲטוּ פִּסְחֵיהֶן, בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר יָצְאוּ, וְאוֹתוֹ הַיּוֹם עֶרֶב שַׁבָּת הָיָה. וּמִדְּרֵישׁ יַרְחָא דְנִיסָן עֶרֶב שַׁבָּת — רֵישׁ יַרְחָא דְאִיָּיר חַד בְּשַׁבָּא, וְסִיוָן בִּתְרֵי בְּשַׁבָּא, קַשְׁיָא לְרַבִּי יוֹסֵי! אָמַר לָךְ רַבִּי יוֹסֵי: הָא מַנִּי — רַבָּנָן הִיא.

Viens et entends, car on a enseigné dans le Seder Olam : Nisan, [le mois] où Israël sortit d'Égypte : le quatorze, ils égorgèrent leurs [agneaux de] Pessa'h ; le quinze, ils sortirent, et ce jour-là était une veille de Chabbat. Et puisque le début du mois de Nisan était une veille de Chabbat, le début du mois de Iyar était un dimanche, et [celui de] Sivan un lundi : c'est une difficulté pour Rabbi Yossi !

Rabbi Yossi te dira : de qui est cette [baraita] ? Elle est des Rabbanan.

💡 Explication

Nouvelle objection contre Rabbi Yossi, pour qui le 1er Sivan était un dimanche. D'après le Seder Olam, le 15 Nisan (et donc le 1er Nisan) était un vendredi. Nisan étant plein (30 jours), le 1er Iyar tombe un dimanche ; Iyar manquant (29 jours), le 1er Sivan tombe un lundi, comme le disent les Rabbanan.

Réponse : cette baraita suit les Rabbanan ; Rabbi Yossi, lui, place la sortie d'Égypte un jeudi.

3
תָּא שְׁמַע, רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: בַּשֵּׁנִי עָלָה מֹשֶׁה וְיָרַד, בַּשְּׁלִישִׁי עָלָה וְיָרַד, בִּרְבִיעִי יָרַד וְשׁוּב לֹא עָלָה. וּמֵאַחַר שֶׁלֹּא עָלָה, מֵהֵיכָן יָרַד? אֶלָּא: בָּרְבִיעִי עָלָה וְיָרַד, בַּחֲמִישִׁי בָּנָה מִזְבֵּחַ וְהִקְרִיב עָלָיו קָרְבָּן, בַּשִּׁשִּׁי לֹא הָיָה לוֹ פְּנַאי. מַאי לַָאו, מִשּׁוּם תּוֹרָה?

Viens et entends : Rabbi Yossi dit : le deux, Moche monta et descendit ; le trois, il monta et descendit ; le quatre, il descendit et ne remonta plus. Mais puisqu'il n'était pas monté, d'où descendit-il ?

Il faut dire : le quatre, il monta et descendit ; le cinq, il bâtit un autel et y offrit un sacrifice ; le six, il n'eut pas le temps. N'est-ce pas à cause de la Torah [donnée ce jour-là] ?

📜 Rachi (7)
בִּשְׁנֵי עָלָה מֹשֶׁה וְשָׁמַע וְאַתֶּם תִּהְיוּ לִי וְיָרַד וְהִגִּיד:
Le deux, Moche monta : et il entendit : Et vous serez pour Moi [un royaume de prêtres], puis il descendit et le rapporta.
בַּג' עָלָה וְשָׁמַע הַגְבָּלָה וְיָרַד וְהִגִּיד:
Le trois, il monta : et il entendit [l'ordre de] la délimitation [de la montagne], puis il descendit et le rapporta.
בַּד' יָרַד לְהַפְרִישָׁם:
Le quatre, il descendit : pour les séparer [de leurs femmes].
וְשׁוּב לֹא עָלָה עַד קַבָּלַת הַדִּבְּרוֹת שֶׁעָלוּ כֻּולָּם:
Et ne remonta plus : jusqu'à la réception des Commandements, où ils montèrent tous.
וּמֵאַחַר שֶׁלֹּא עָלָה מֵהֵיכָן יָרַד דְּאָמַר' בַּד' יָרַד וְלָא אֲמַרְתְּ עָלָה וְיָרַד אֶלָּא אֵימָא בַּד' עָלָה וְיָרַד וְשׁוּב לֹא עָלָה:
Mais puisqu'il n'était pas monté, d'où descendit-il : puisque tu dis : le quatre il descendit, et tu ne dis pas il monta et descendit ; dis plutôt : le quatre, il monta et descendit, et ne remonta plus.
וּבַחֲמִישִׁי בָּנָה מִזְבֵּחַ כְּדִכְתִיב וַיִּבֶן מִזְבֵּחַ תַּחַת הָהָר:
Et le cinq, il bâtit un autel : comme il est écrit (Chemot 24, 4) : Il bâtit un autel au pied de la montagne.
מַאי לָאו מִשּׁוּם תּוֹרָה לֹא הָיָה לוֹ פְּנַאי לַעֲלוֹת שֶׁקִּבְּלוּ כֻּולָּן יַחַד אֶת הַדִּבְּרוֹת:
N'est-ce pas à cause de la Torah : il n'eut pas le temps de monter, car ils reçurent tous ensemble les Commandements.
💡 Explication

Troisième objection, tirée d'une baraita de Rabbi Yossi lui-même, qui détaille l'emploi du temps de Moche. La Guemara corrige d'abord la formulation : on ne peut pas descendre le 4 sans être monté ; il faut lire monta et descendit.

Le 6 Sivan, Moche n'eut pas le temps (lo haya lo penaï). Si la raison est le don de la Torah, celle-ci fut donnée le 6 Sivan, contre l'avis de Rabbi Yossi (7 Sivan).

🖼️ Schéma
La semaine du Sinaï : Rabbi Yossi et les Rabbanan1 Sivanarrivée2 Sivanmonte/descend3 Sivanmonte/descend4 Sivanmonte/descend5 Sivanautel6 Sivan7 SivanR. YossiRabbanandim.lun.lun.mar.mar.mer.mer.jeu.jeu.ven.ven.pas le tempsChabbatTorahChabbatTorahdim.R. Yossi : le 6 Sivan (vendredi), Moche n'a pas le temps à cause des préparatifs du Chabbat ;Rabbanan : le 6 Sivan, il n'a pas le temps parce que la Torah est donnée ce jour-là.
Le 6 Sivan : pour les Rabbanan, jour du don de la Torah ; pour Rabbi Yossi, vendredi, jour des préparatifs du Chabbat.
4
לֹא, מִשּׁוּם טֹורַח שַׁבָּת. דְּרַשׁ הַהוּא גָּלִילָאָה עֲלֵיהּ דְּרַב חִסְדָּא: בְּרִיךְ רַחֲמָנָא דִּיהַב אוֹרְיָאן תְּלִיתַאי, לְעָם תְּלִיתַאי, עַל יְדֵי תְּלִיתַאי, בְּיוֹם תְּלִיתַאי, בְּיַרְחָא תְּלִיתַאי. כְּמַאן — כְּרַבָּנָן.

Non : à cause de la peine [des préparatifs] du Chabbat. Un certain Galiléen exposa devant Rav Hisda : Béni soit le Miséricordieux, qui a donné une Torah triple à un peuple triple, par l'intermédiaire d'un troisième, le troisième jour, le troisième mois.

Selon qui ? Selon les Rabbanan.

📜 Rachi (5)
עֲלֵיהּ דְּרַב חִסְדָּא לִפְנֵי רַב חִסְדָּא לְפִי שֶׁרַב חִסְדָּא יוֹשֵׁב וְהַדַּרְשָׁן עוֹמֵד קָאָמַר עָלֶיהָ דְּדוֹמֶה כְּמוֹ שֶׁהָעוֹמֵד לְמַעְלָה מִן הַיּוֹשֵׁב:
Devant (litt. au-dessus de) Rav Hisda : devant Rav Hisda ; comme Rav Hisda était assis et que le prédicateur était debout, il dit aléhh (au-dessus de lui), car celui qui est debout semble être plus haut que celui qui est assis.
אוֹרְיָאן תְּלִיתַאי תּוֹרָה נְבִיאִים וּכְתוּבִים:
Une Torah triple : Torah, Prophètes et Hagiographes.
לְעַם תְּלִיתַאי כֹּהֲנִים לְוִיִּם וְיִשְׂרְאֵלִים:
À un peuple triple : Cohanim, Leviim et Israélites.
עַל יַד תְּלִיתַאי מֹשֶׁה תְּלִיתַאי לְבֶטֶן מִרְיָם אַהֲרֹן וּמֹשֶׁה:
Par l'intermédiaire d'un troisième : Moche, troisième né de sa mère : Myriam, Aharon et Moche.
בְּיוֹם תְּלִיתַאי לִפְרִישָׁה:
Le troisième jour : de la séparation.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בְּרִיךְ רַחֲמָנָא, דִּיהַב אוֹרְיָן תְּלִיתַאי. נִרְאֶה לִי בס"ד, שֶׁנִּתְּנָה לָנוּ מִן הַבְּרִיאָה שֶׁהִיא מְשֻׁולֶּשֶׁת בְּשָׁלֹשׁ עוֹלָמוֹת בי"ע [בְּרִיאָה,יְצִירָה, עֲשִׂיָּה] , גַּם נִתְּנָה מִיָּמִין דִּכְתִיב (דְּבָרִים לג, ג) מִימִינוֹ אֵשׁ דָּת לָמוֹ, וּנְקֻודַּת הַחֶסֶד הוּא 'סֶגוֹל' שֶׁהוּא מִשָּׁלֹשׁ נְקֻודּוֹת, וְלָכֵן נִקְרֵאת תּוֹרַת חֶסֶד דִּכְתִיב (מִשְׁלֵי לא, כו) וְתוֹרַת חֶסֶד עַל לְשׁוֹנָהּ, וְיֵשׁ בָּהּ 'מִצְוֹת חֻוקִּים וּמִשְׁפָּטִים' שֶׁהֵם ג' מִינִים. וְעִם תְּלִיתַאי שֶׁיָּצְאוּ מִן שְׁלשָׁה אָבוֹת שֶׁהֵם סוֹד ג' קַוִּין, וְגַם שֶׁמְּשֻׁולָּשִׁים בִּשְׁלֹשָׁה שֵׁמוֹת שֶׁהֵם 'יִשְׂרָאֵל יַעֲקֹב יְשֻׁורוּן' וּמְבֹורָכִים בִּשְׁלֹשָׁה פְּסוּקִים י בֵּרַכְךָ י אָר י שא שֶׁמַּתְחִילִין בִּשְׁלֹשָׁה יודי"ן כְּנֶגֶד ג' שְׁמוֹתָם הֲנֵז', וְיֵשׁ לָהֶם נר"ן [נֶפֶשׁ, רוּחַ, נְשָׁמָה] , וְקֵרוּיָם 'אָדָם' [45] שֶׁהוּא ג' פְּעָמִים 'יָהּ' [15] . וְאָמַר בְּיַד תְּלִיתַאי הוּא מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה, דְּמִלְּבַד שֶׁהָיָה שְׁלִישִׁי בְּלֵידָה הָיָה גַּם כֵּן גִּלְגּוּל שְׁלִישִׁי שֶׁהֵם ה בַּל ש ת מ שֶׂה, וְזָכָה לִנְשָׁמָה דַּאֲצִילוּת שֶׁהִיא שְׁלִישִׁי לְנֶפֶשׁ וְרוּחַ, וְגַם חַיָּיו מְשֻׁולָּשִׁים שֶׁהֵם ג' פְּעָמִים מ', וְגַם שְׁמוֹ מְשֻׁולָּשׁ בָּאוֹתִיּוֹת, וְגַם בְּמִסְפַּר [מֹשֶׁה=345] שֶׁהוּא ג' פְּעָמִים 'חָזָק' [115] כַּיָּדוּעַ. וּבְיוֹם תְּלִיתַאי הִיא שַׁבָּת קוֹדֶשׁ הַמְשֻׁולָּשׁ בְּשָׁלֹשׁ סְעוּדוֹת, וְנֶאֱמַר בּוֹ ג' פְּעָמִים 'הַיּוֹם' וּכְנִיסָתוֹ הוּא בְּשָׁלֹשׁ שֶׁהֵם 'קָדוֹשׁ וְנֵר וְשֻׁולְחָן'.
Béni soit le Miséricordieux, qui a donné une Torah triple. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'elle nous fut donnée depuis le monde de Beria, qui est triple dans les trois mondes BYA [Beria, Yetsira, Assia]. Elle fut aussi donnée de la droite, comme il est écrit (Devarim 33, 2) : de Sa droite, une loi de feu pour eux ; or le point de la 'hessed est le segol, formé de trois points ; c'est pourquoi elle est appelée Torah de 'hessed, comme il est écrit (Michle 31, 26) : et une Torah de bonté est sur sa langue. Et elle contient mitsvot, houkim et michpatim, qui sont trois sortes. Un peuple triple : issu des trois Patriarches, qui sont le sod des trois lignes (kavin) ; ils sont aussi triples par trois noms, Israël, Yaakov, Yechouroun, et bénis par trois versets [de la bénédiction des Cohanim], Yevarekhekha, Yaèr, Yissa, qui commencent par trois yod, correspondant à leurs trois noms susdits ; ils ont NRN [nefech, roua'h, nechama], et sont appelés Adam [45], qui vaut trois fois le Nom Y-H [15]. Il dit : par l'intermédiaire d'un troisième, c'est Moche Rabbenou, sur lui la paix : outre qu'il fut le troisième né, il était aussi un troisième guilgoul (réincarnation), à savoir Hevel, Chet, Moche [HeBeL SheT MoSheH] ; il mérita une nechama d'Atsilout, qui est troisième après nefech et roua'h ; sa vie aussi fut triple, trois fois quarante (mem) ; son nom est triple par ses lettres, et aussi par sa valeur numérique [Moche = 345], qui vaut trois fois hazak [115], comme on le sait. Et le troisième jour : c'est le saint Chabbat, triple par ses trois repas ; il y est dit trois fois hayom (aujourd'hui), et son entrée se fait par trois choses : kiddouch, lumière et table.
💡 Explication

Réponse à l'objection : le 6 Sivan, qui selon Rabbi Yossi était un vendredi, Moche était occupé par les préparatifs du Chabbat (tora'h Chabbat). La baraita ne prouve donc rien.

Le Galiléen énumère cinq triplets. Le quatrième, le troisième jour, désigne selon Rachi le troisième jour de la perisha (séparation) : cela correspond aux Rabbanan, pour qui la Torah fut donnée après trois jours de séparation, sans le jour supplémentaire ajouté par Moche selon Rabbi Yossi.

5
״וְיִתְיַצְּבוּ בְּתַחְתִּית הָהָר״, אָמַר רַב אַבְדִּימִי בַּר חָמָא בַּר חַסָּא: מְלַמֵּד שֶׁכָּפָה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עֲלֵיהֶם אֶת הָהָר כְּגִיגִית, וְאָמַר לָהֶם: אִם אַתֶּם מְקַבְּלִים הַתּוֹרָה מוּטָב, וְאִם לָאו — שָׁם תְּהֵא קְבוּרַתְכֶם. אָמַר רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב: מִכָּאן מוֹדָעָא רַבָּה לְאוֹרָיְיתָא. אָמַר רָבָא: אַף עַל פִּי כֵּן הֲדוּר קַבְּלוּהָ בִּימֵי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ, דִּכְתִיב: ״קִיְּמוּ וְקִבְּלוּ הַיְּהוּדִים״ — קִייְּמוּ מַה שֶּׁקִּיבְּלוּ כְּבָר.

Ils se tinrent au pied (beta'htit) de la montagne (Chemot 19, 17). Rav Avdimi bar Hama bar Hassa dit : cela enseigne que le Saint, béni soit-Il, renversa sur eux la montagne comme une cuve et leur dit : si vous acceptez la Torah, c'est bien ; sinon, là sera votre sépulture.

Rav Aha bar Yaakov dit : de là, une grande réserve (moda'a raba) concernant la Torah. Rava dit : malgré cela, ils l'acceptèrent de nouveau aux jours d'Assuérus, comme il est écrit (Esther 9, 27) : Les Juifs confirmèrent et acceptèrent : ils confirmèrent ce qu'ils avaient déjà accepté.

📜 Rachi (4)
תַּחְתִּית הָהָר תַּחַת הָהָר מַמָּשׁ:
Au pied (ta'htit) de la montagne : réellement sous la montagne.
גִּיגִית קוּבָּא שֶׁמַּטִּילִין בָּהּ שֵׁכָר:
Cuve : une kouba (cuve) dans laquelle on verse la bière.
מוֹדָעָא רַבָּה שֶׁאִם יַזְמִינֵם לַדִּין לָמָּה לֹא קִייַּמְתֶּם מַה שֶׁקִּבַּלְתֶּם עֲלֵיכֶם יֵשׁ לָהֶם תְּשׁוּבָה שֶׁקִּבְּלוּהָ בְּאֹונֶס:
Grande réserve : car s'Il les convoque en jugement [en leur demandant] : pourquoi n'avez-vous pas accompli ce que vous avez accepté ?, ils ont une réponse : ils l'ont acceptée sous la contrainte.
בִּימֵי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ מֵאַהֲבַת הַנֵּס שֶׁנַּעֲשָׂה לָהֶם:
Aux jours d'Assuérus : par amour du miracle qui leur fut fait.
🗂️ Tossefot (3)
כָּפָה עֲלֵיהֶן הַר כְּגִיגִית ואע"פ שֶׁכְּבָר הִקְדִּימוּ נַעֲשֶׂה לְנִשְׁמָע שֶׁמָּא יִהְיוּ חוֹזְרִים כְּשֶׁיִּרְאוּ הָאֵשׁ הַגְּדוֹלָה שֶׁיִּצְּאַתָּה נִשְׁמָתָן וְהָא דְּאָמַר בפ"ק דְּמַס' ע"ז (דַּף ב:) כְּלוּם כָּפִיתָ עָלֵינוּ הַר כְּגִיגִית דְּמַשְׁמַע דְּאִם הָיָה כּוֹפֶה עֲלֵיהֶן לֹא הָיָה לָהֶן תְּשׁוּבָה וְהָכָא אָמַר דְּמוֹדָעָא רַבָּה לְאוֹרָיְיתָא הַייְנוּ עַל מַה שֶׁלֹּא קִבְּלוּהָ אֲבָל מַה שֶׁלֹּא קִיְּימוּהָ אִיכָּא תְּשׁוּבָה:
Il renversa sur eux la montagne comme une cuve : bien qu'ils aient déjà fait précéder naase (nous ferons) à nichma (nous entendrons), [il le fit] de peur qu'ils ne se rétractent en voyant le grand feu, lorsque leur âme les quitta. Et ce qui est dit au premier chapitre du traité Avoda Zara (2b) : As-Tu renversé sur nous la montagne comme une cuve ?, ce qui implique que s'Il l'avait renversée sur eux, ils n'auraient pas de réponse, alors qu'ici il est dit qu'il y a une grande réserve concernant la Torah : [là-bas,] il s'agit du fait de ne pas l'avoir acceptée ; mais pour ne pas l'avoir accomplie, il y a une réponse.
מוֹדָעָא רַבָּה לְאוֹרָיְיתָא וְהָא דְּאָמַר בִּנְדָרִים (דַּף כֹּה.) שֶׁכָּרַת מֹשֶׁה בְּרִית עִם יִשְׂרָאֵל עַל הַתּוֹרָה וְהַמִּצְוֹת וְהִשְׁבִּיעָם עַל כָּךְ וּבְפֶ' אֵלּוּ נֶאֱמָרִין (סוֹטָה לז:) שֶׁקִּבְּלוּ אֶת כָּל הַתּוֹרָה בְּהַר גְּרִזִים וּבְהַר עֵיבָל אור"ת דע"פ הַדִּיבּוּר הָיָה וַהֲרֵי כְּבַעַל כָּרְחָם אֲבָל בִּימֵי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ קִבְּלוּ מִדַּעְתָּם מֵאַהֲבַת הַנֵּס וּמַה שֶׁכָּרַת עִמָּהֶן בְּרִית יְהוֹשֻׁעַ לַעֲבֹוד אֶת ה' הָתָם לֹא קִבְּלוּ אֶלָּא שֶׁלֹּא לַעֲבֹוד ע"ז כְּדִכְתִיב (יְהוֹשֻׁעַ כד) חָלִילָה לָּנוּ מֵעֲזֹוב אֶת ה' וְכֵן מַשְׁמַע כּוּלֵּיהּ עִנְיָינָא:
Grande réserve concernant la Torah : et ce qui est dit dans Nedarim (25a), que Moche conclut une alliance avec Israël sur la Torah et les mitsvot et les fit jurer à ce sujet, et au chapitre Elou neemarin (Sota 37b), qu'ils acceptèrent toute la Torah au mont Guerizim et au mont Éval : Rabbenou Tam dit que cela se fit sur l'ordre divin, et c'est donc comme [une acceptation] contre leur gré ; mais aux jours d'Assuérus, ils l'acceptèrent de leur propre volonté, par amour du miracle. Et l'alliance que Yehochoua conclut avec eux pour servir Hachem : la, ils n'acceptèrent que de ne pas servir l'idolâtrie, comme il est écrit (Yehochoua 24, 16) : Loin de nous d'abandonner Hachem ; c'est ce qu'implique tout ce passage.
אָמַר רָבָא הֲדַר קִבְּלוּהָ בִּימֵי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ תֵּימַהּ לר"י דְּבִמְגִילָּה (דַּף ז.) גַּבֵּי אֶסְתֵּר בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ נֶאֶמְרָה אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל אִי הֲוַאי הָתָם הֵ"א לְהוּ דִּידִי עֲדִיפָא מִדִּידְהוּ קִיְּימוּ וְקִבְּלוּ הַיְּהוּדִים קִייְּמוּ לְמַעְלָה מַה שֶּׁקִּבְּלוּ לְמַטָּה וְאָמַר רָבָא כֻּולְּהוּ אִית לְהוּ פִּירְכָא לְבַר מִשְּׁמוּאֵל דְּלֵית לֵיהּ פִּירְכָא וְהַשְׁתָּא דִּשְׁמוּאֵל נָמֵי אִית לֵיהּ פִּירְכָא דְּרָבָא גּוּפֵיהּ מוֹקֵי הַאי קְרָא לִדְרָשָׁה אַחֲרִיתִי ובפ"ק דַּחֲגִיגָה (דַּף י.) גַּבֵּי הֶיתֵּר נְדָרִים פּוֹרְחִין בָּאֲוִיר קָאָמַר כֻּולְּהוּ אִית לְהוּ פִּירְכָא וַחֲשִׁיב פִּירְכָא הָא דְּצָרִיךְ קְרָא לִדְרָשָׁה אַחֲרִיתִי וְאִי גָּרְסִינַן הָתָם רַבָּה אֲתָא שַׁפִּיר אִי נָמֵי ה"ק בִּמְגִילָּה כֻּולְּהוּ אִית לְהוּ פִּירְכָא שֶׁשְּׁאָר תַּנָּאִים מֻוקְשִׁים בִּסְבָרָתָם כִּדְאָמַר הָתָם אֲבָל שְׁמוּאֵל אֵינוֹ מֻוקְשֶׁה כָּל כָּךְ אֶלָּא דְּאִיצְטְרִיךְ קְרָא לִדְרָשָׁה אַחֲרִיתִי:
Rava dit : ils l'acceptèrent de nouveau aux jours d'Assuérus : Le Ri s'étonne : dans Meguila (7a), à propos [de la preuve que le livre d']Esther fut dit par inspiration divine, Rav Yehouda dit au nom de Chemouel : si j'avais été là, je leur aurais dit [une preuve] meilleure que les leurs : kiyémou vekiblou, ils confirmèrent en haut ce qu'ils avaient accepté en bas ; et Rava dit : toutes ont une réfutation, sauf celle de Chemouel, qui n'en a pas. Or maintenant, celle de Chemouel aussi a une réfutation, puisque Rava lui-même applique ce verset à un autre enseignement ! Et au premier chapitre de Haguiga (10a), à propos de [la règle selon laquelle] l'annulation des vœux flotte dans l'air, il dit : toutes ont une réfutation, et il compte comme réfutation le fait que le verset est nécessaire pour un autre enseignement. Si l'on lit là-bas Rabba [au lieu de Rava], c'est satisfaisant. Ou bien, voici le sens [du passage] de Meguila : toutes ont une réfutation, en ce que les autres Tannaim sont contestables dans leur raisonnement, comme il est dit là-bas ; mais Chemouel n'est pas aussi contestable, sinon que le verset est nécessaire pour un autre enseignement.
🪔 Ben Yehoyada (2)
מְלַמֵּד, שֶׁכָּפָה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עֲלֵיהֶם אֶת הָהָר כְּגִיגִית. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה עֲשָׂאוֹ 'כְּגִיגִית' שֶׁחָפְרוּ וְעָשָׂה בּוֹ בֵּית קִיבּוּל כְּמוֹ גִּיגִית, וְדַי לְהַנִּיחוֹ כְּמוֹ שֶׁהוּא לְמַעְלָה מֵרָאשֵׁיהֶם? וְאִם כְּדֵי שֶׁלֹּא יִבְרְחוּ וְיָנוּסוּ מִתַּחְתָּיו, מִי זֶה יִבְרַח מִיַּד ה'? שֶׁאִם יָצְאוּ מִתַּחְתָּיו גַּם הָהָר יֵלֵךְ עַל גַּבֵּי רָאשֵׁיהֶם! וְעוֹד יֵשׁ כָּאן קֻושְׁיָא יְדוּעָה הֲלֹא הֵם קִבְּלוּ בִּרְצוֹן לֵב אֶת הַתּוֹרָה שֶׁהֻקְדְּמוּ נַעֲשֶׂה לְנִשְׁמָע? וְעוֹד יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת אוֹמְרוֹ שָׁם תְּהֵא קְבוּרַתְכֶם, וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'כָּאן' דְּהָא עוֹמְדִים תַּחַת הָהָר? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הֵם קִבְּלוּ תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב כְּפִי מַה שֶׁיַּגִּידוּ הַמִּקְרָאוֹת כְּמוֹ הַקְּרָאִין דְּאָזְלִי בָּתַר פְּשַׁט הַמִּקְרָא, וְלֹא הָיוּ רוֹצִין לְקַבֵּל תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה אֲשֶׁר בְּכָל תֵּיבָה וְתֵיבָה שֶׁל הַמִּקְרָא תּוֹלֶה בָּהּ תִּלֵּי תִּלִּים שֶׁל הֲלָכוֹת, וּלְכָךְ אָמְרוּ 'נַעֲשֶׂה וְנִשְׁמַע' רְצוֹנוֹ לוֹמַר נַעֲשָׂה כְּפִי אֲשֶׁר נִשְׁמַע מִן פְּשַׁט הַמִּקְרָאוֹת. וְהוּא יִתְבָּרֵךְ כָּפָה אוֹתָם עַל תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה, וְלָכֵן עָשָׂה אֶת הָהָר לְעֵינֵיהֶם חָפוּר בְּתוֹכוֹ כְּמוֹ 'גִּיגִית' לִרְמֹוז לָהֶם שֶׁכָּל תֵּיבָה וְתֵיבָה שֶׁל הַמִּקְרָא הִיא כְּמוֹ גִּיגִית שֶׁיֵּשׁ לָהּ בֵּית קִיבּוּל וּמְטִילִים לְתוֹכָהּ יַיִן אֲשֶׁר תָּכִיל אֶלֶף אֲלָפִים טִיפּוֹת יַיִן בְּקִרְבָּהּ, וְעַל מְנָת כֵּן אַתֶּם חַייָּבִים לְקַבֵּל אֶת תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב. וְיָדוּעַ כִּי הַמַּאֲמִין בִּדְרָשׁוֹת שֶׁל תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה וּרְמָזִים אֲשֶׁר בָּזֶה הוּא מֵבִין דָּבָר מִתּוֹךְ דָּבָר וּמוֹצִיא הֲלָכָה מִתּוֹךְ הֲלָכָה, הִנֵּה זֶה הוּא 'בֶּן עוֹלָם הַבָּא' שֶׁהִיא סוֹד בִּינָה, יַעַן כִּי מַשְׁמָעוּת בִּינָה הוּא כָּךְ שֶׁיָּבִינוּ דָּבָר מִתּוֹךְ דָּבָר, מַה שֶׁאֵין כֵּן מִי שֶׁאֵינוֹ מוֹדֶה בְּכָךְ הֲרֵי זֶה אֵין לוֹ חֵלֶק לָעוֹלָם הַבָּא! וּמְפֹורָשׁ בְּדִבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל עַל מַה שֶׁנֶּאֱמַר 'אֵין לוֹ חֵלֶק לָעוֹלָם הַבָּא' הַייְנוּ שֶׁיִּשָּׁאֵר בַּמַּלְכוּת שֶׁהִיא סוֹד הָעֲשִׂיָּה. וְזֶה שֶׁאָמַר כָּפָה הָהָר כְּגִיגִית שֶׁיֵּשׁ לָהּ בֵּית קִבּוּל, לִרְמֹוז עַל תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁעוֹשֶׂה לְכָל תֵּיבָה בֵּית קִבּוּל שֶׁתָּכִיל בְּקִרְבָּהּ כַּמָּה אֲלָפִים הֲלָכוֹת שֶׁבְּזֹאת תִּהְיֶה עִיקַּר קַבָּלַת הַתּוֹרָה, וְאָמַר לָהֶם אִם אַתֶּם מְקַבְּלִים הַתּוֹרָה , הַיְּדִיעָה הִיא תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁעָלֶיהָ נֶאֱמַר (אִיּוֹב יא, ט) וּרְחָבָה מִנִּי יָם, מוּטָב , אִם לָאו, שָׁם, בַּמַּלְכוּת הַנִּקְרֵאת 'שָׁם' שה"ס [שֶׁהוּא סוֹד] עֲשִׂיָּה, בְּסוֹד (שְׁמוּאֵל ב' ח, יג) וַיַּעַשׂ דָּוִד שָׁם תִּהְיֶה קְבוּרַתְכֶם , כְּלוֹמַר מָקוֹם שֶׁלָּכֶם שֶׁלֹּא תִּזְכּוּ לְעוֹלָם הַבָּא שה"ס בִּינָה, אֶלָּא תִּשָּׁאֲרוּ בַּמַּלְכוּת שֶׁנִּקְרֵאת 'שָׁם'.
Cela enseigne que le Saint, béni soit-Il, renversa sur eux la montagne comme une cuve. On peut demander : pourquoi l'a-t-Il faite comme une cuve, creusée pour former un réceptacle comme une cuve ? Il suffisait de la placer telle quelle au-dessus de leurs têtes ! Et si c'était pour qu'ils ne s'enfuient pas de dessous, qui donc s'échapperait de la main de Hachem ? S'ils sortaient de dessous, la montagne irait aussi au-dessus de leurs têtes ! Il y a encore la difficulté connue : n'ont-ils pas accepté la Torah de bon cœur, en faisant précéder naase à nichma ? On peut aussi demander pourquoi il dit là sera votre sépulture ; il aurait dû dire ici, puisqu'ils se tenaient sous la montagne. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ils avaient accepté la Torah écrite selon ce que disent les versets, comme les Karaïtes qui suivent le sens simple du verset, et ne voulaient pas accepter la Torah orale, qui suspend à chaque mot du verset des monceaux de halakhot. C'est pourquoi ils dirent naase venichma, c'est-à-dire : nous ferons selon ce que nous entendrons du sens simple des versets. Et Lui, béni soit-Il, les contraignit à la Torah orale : c'est pourquoi Il fit la montagne sous leurs yeux, creusée en son milieu comme une cuve, pour leur signifier que chaque mot du verset est comme une cuve qui a un réceptacle où l'on verse du vin, et qui contient en elle des milliers de milliers de gouttes de vin ; et c'est à cette condition que vous devez accepter la Torah écrite. Et l'on sait que celui qui croit aux derachot de la Torah orale et à ses allusions, par lesquelles on comprend une chose à partir d'une autre et l'on tire une halakha d'une autre halakha, celui-là est un ben olam haba (qui a part au monde futur), lequel est le sod de Bina, car le sens de Bina est de comprendre une chose à partir d'une autre ; tandis que celui qui ne le reconnaît pas n'a pas de part au monde futur ! Et il est expliqué dans les paroles de notre maître l'Ari z.l. que ce qui est dit n'a pas de part au monde futur signifie qu'il reste dans Malkhout, qui est le sod de Assia. C'est ce qu'il dit : Il renversa la montagne comme une cuve, qui a un réceptacle, pour faire allusion à la Torah orale, qui fait de chaque mot un réceptacle contenant des milliers de halakhot ; c'est en cela que consiste l'essentiel de l'acceptation de la Torah. Et Il leur dit : si vous acceptez la Torah, [à savoir] la connaissance de la Torah orale, dont il est dit (Iyov 11, 9) : plus large que la mer, c'est bien ; sinon, là (cham), dans Malkhout appelée cham, qui est le sod de Assia, selon le sod de (Chemouel II 8, 13) : David se fit un nom (chem), là sera votre sépulture, c'est-à-dire votre place : vous ne mériterez pas le monde futur, qui est le sod de Bina, mais vous resterez dans Malkhout, appelée cham.
קִיְּמוּ מַה שֶּׁקִּבְּלוּ כְּבָר. כְּבָר פֵּירוּשׁ אַחַר צְלִיבַת הַמָּן וּגְדֻולַּת מָרְדְּכַי חָזְרוּ וְקִייְּמוּ קַבָּלַת הַתּוֹרָה מֵחָדָשׁ, דְּאִם עָשׂוּ זֶה הַקַּבָּלָה קֹודֶם צְלִיבַת הַמָּן אַחַר שֶׁנּוֹדַע לָהֶם הַגְּזֵירָה, נִמְצָא גַּם בְּקַבָּלָה זוֹ אֲנוּסִין הֵם שֶׁעָשׂוּ כֵּן לְבַטֵּל הַגְּזֵירָה.
Ils confirmèrent ce qu'ils avaient déjà accepté. Déjà : c'est-à-dire qu'après la pendaison de Haman et l'élévation de Mordekhai, ils confirmèrent de nouveau l'acceptation de la Torah. Car s'ils avaient fait cette acceptation avant la pendaison de Haman, une fois le décret connu, il se trouverait que, dans cette acceptation aussi, ils étaient contraints, l'ayant faite pour annuler le décret.
💡 Explication

Betahtit hahar se lit au sens propre : sous la montagne. Hachem la tient au-dessus d'eux comme une guiguit (cuve renversée) : l'acceptation du Sinaï comporte donc une part de contrainte.

Moda'a raba : terme juridique. La moda'a est la déclaration préalable par laquelle on signale qu'un engagement est pris sous la contrainte, ce qui permet de le contester. Rachi : si Israël est jugé pour ne pas avoir observé la Torah, il peut invoquer la contrainte. Rava répond qu'à l'époque d'Assuérus, après le miracle de Pourim, l'engagement fut renouvelé librement (kiyémou vekiblou), et cet argument tombe.

🖼️ Schéma
L'acceptation de la Torah : de la contrainte au libre consentementSinaï (R. Avdimi)la montagne renverséecomme une cuve :acceptation sous contrainteR. Aha bar Yaakovmoda'a raba :argument de défense(accepté sous la contrainte)Rava : époque d'Assuéruskiyémou vekiblou :ils confirment de plein gréce qu'ils avaient déjà reçuAprès Pourim, l'argument de la contrainte tombe : l'engagement est pleinement volontaire.(Rachi : par amour du miracle qui leur fut fait)
Trois étapes : contrainte au Sinaï, argument de la moda'a, acceptation volontaire à l'époque d'Assuérus.
6
אָמַר חִזְקִיָּה, מַאי דִכְתִיב: ״מִשָּׁמַיִם הִשְׁמַעְתָּ דִּין אֶרֶץ יָרְאָה וְשָׁקָטָה״, אִם יִרְאֶה — לָמָּה שָׁקְטָה? וְאִם שָׁקְטָה — לָמָּה יֵרָאֶה? אֶלָּא בַּתְּחִילָּה יָרְאָה וּלְבַסּוֹף שָׁקְטָה. וְלָמָּה יֵרָאֶה? כִּדְרֵישׁ לָקִישׁ. דְּאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ, מַאי דִכְתִיב: ״וַיְהִי עֶרֶב וַיְהִי בֹקֶר יוֹם הַשִּׁשִּׁי״, ה׳ יְתֵירָה לָמָּה לִי? — מְלַמֵּד שֶׁהִתְנָה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עִם מַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית וְאָמַר לָהֶם: אִם יִשְׂרָאֵל מְקַבְּלִים הַתּוֹרָה — אַתֶּם מִתְקַיְּימִין, וְאִם לָאו — אֲנִי מַחֲזִיר אֶתְכֶם לְתֹוהוּ וָבֹוהוּ.

Hizkiya dit : que signifie ce qui est écrit (Tehilim 76, 9) : Des cieux Tu as fait entendre le jugement ; la terre a craint et s'est tue ? Si elle a craint, pourquoi s'est-elle tue ?

Et si elle s'est tue, pourquoi a-t-elle craint ? Il faut dire : au début elle a craint, et à la fin elle s'est tue.

Et pourquoi a-t-elle craint ? Selon [l'enseignement de] Reich Lakich, car Reich Lakich dit : que signifie ce qui est écrit (Berechit 1, 31) : Il y eut un soir, il y eut un matin, le sixième jour ?

Pourquoi ai-je besoin du hé superflu ? Cela enseigne que le Saint, béni soit-Il, posa une condition à l'œuvre de la Création et leur dit : si Israël accepte la Torah, vous subsisterez ; sinon, Je vous ramènerai au tohou vavohou (chaos originel).

📜 Rachi (6)
דִּין תּוֹרָה:
Le jugement (din) : la Torah.
בַּתְּחִילָּה קֹודֶם שֶׁאָמְרוּ יִשְׂרָאֵל נַעֲשֶׂה וְנִשְׁמַע:
Au début : avant qu'Israël ne dise naase venichma (nous ferons et nous entendrons).
יֵרָאֶה שֶׁמָּא לֹא יְקַבְּלוּהָ וְיַחֲזֹור הָעוֹלָם לְתֹהוּ וָבֹהוּ כדר"ל:
Elle a craint : qu'ils ne l'acceptent pas et que le monde ne retourne au tohou vavohou, selon Reich Lakich.
וּלְבַסּוֹף כְּשֶׁקִּבְּלוּהָ:
Et à la fin : quand ils l'eurent acceptée.
יוֹם הַשִּׁשִּׁי מַאי שְׁנָא דִּכְתִיב ה' בְּיוֹם גְּמַר מַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית:
Le sixième jour (yom hachichi) : en quoi est-ce différent, pour qu'il soit écrit un hé au jour de l'achèvement de l'œuvre de la Création ?
מְלַמֵּד שֶׁהִתְנָה כו' הַשִּׁשִּׁי מַשְׁמַע הַשִּׁשִּׁי הַמְיֻוחָד בְּמָקוֹם אַחֵר כִּדְאָמְרִינַן בְּעָלְמָא (חֻולִּין דַּף צא.) הַיָּרֵךְ הַמְיֻומֶּנֶת אַף כָּאן וַיְהִי עֶרֶב וַיְהִי בֹקֶר שֶׁל גְּמַר בְּרֵאשִׁית תָּלוּי בַּיּוֹם הַשִּׁשִּׁי וְהוּא ו' בְּסִיוָן שֶׁנִּתְּנָה בּוֹ תּוֹרָה מֵרִיבּוּי דֶּה' דָּרֵישׁ בֵּיהּ נָמֵי הָא:
Cela enseigne qu'Il posa une condition, etc. : hachichi (le sixième) signifie le sixième particulier, mentionné ailleurs, comme nous disons ailleurs (Houlin 91a) : la cuisse (hayarekh), [c'est-à-dire] la particulière (haméyouménèt). Ici aussi : il y eut un soir, il y eut un matin de l'achèvement de la Création dépend du sixième jour, et c'est le 6 Sivan, jour où fut donnée la Torah. De l'ajout du hé, il déduit aussi cela.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַאי דִכְתִיב: (תְּהִלִּים עו, ט) "מִשָּׁמַיִם הַשְׁמָעַת דִּין, אֶרֶץ יֵרָאֶה וְשָׁקָטָה" וְכוּ'. נִרְאֶה לִי בס"ד דִּין קָאֵי עַל תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה, שֶׁיֵּשׁ בָּהּ ד' חֲלָקִים שֶׁהֵם פַּרְדֵּ"ס [פָּשַׁט, רֶמֶז, דְּרָשׁ, סוֹד] , וּבְכָל חֵלֶק יֵשׁ בּוֹ שְׁמוֹנָה דַּרְגִין שֶׁהֵם 'כָּשֵׁר וּפָסוּל, אָסוּר וּמֻותָּר, חַייָּב וְזַכַּאי, טָמֵא וְטָהוֹר' הֲרֵי מִסְפַּר 'לֵב' [32] , וְהָאָדָם צָרִיךְ לַעֲסֹוק בְּכָל הַנִּזְכָּר 'לְלַמֵּד וּלְלַמֵּד' הֲרֵי נַעֲשָׂה ס"ד כְּמִנְיַן 'דִּין' [64] , וּבַתְּחִלָּה אָמְרוּ יִשְׂרָאֵל (שְׁמוֹת כֹּד, ז) כֹּל אֲשֶׁר דִּבֶּר ה' נַעֲשֶׂה, וְלֹא אָמְרוּ 'נִשְׁמַע' דְּקָאֵי עַל תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁהִיא תְּלוּיָה בִּשְׁמִיעָה, דְּאִי אַתָּה רַשַּׁאי לְלָמְדָהּ בִּכְתָב, וְלָכֵן אֶרֶץ יֵרָאֶה כִּי הִיא כְּנֶגֶד תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁנִּקְרֵאת 'דִּין' כָּאָמוּר, וְעִיקַּר קִיּוּמָהּ הוּא עָלֶיהָ, וְאַחַר כָּךְ כְּשֶׁאָמְרוּ יִשְׂרָאֵל 'נַעֲשֶׂה וְנִשְׁמַע' שָׁקְטָה. אוֹ יוּבָן חֵלֶק הַמַּעֲשֶׂה נִקְרָא דִּין וְנִרְמָז בְּאוֹתִיּוֹת דִּין דְּשֵׁם 'א דָּנֵי' וְחֵלֶק הַלִּימּוּד נִקְרָא אֶלֶף לָשׁוֹן (אִיּוֹב לג, לג) אַאַלְפְּךָ חָכְמָה, וְנִרְמָז בְּאוֹת א' דְּשֵׁם 'א דָּנֵי' וְיָדוּעַ כִּי אוֹת א' דְּשֵׁם אֲדֹנָי הוּא הַמְמַתֵּק אוֹתִיּוֹת דִּין, שֶׁבִּלְתִּי א' הוּא דִּין קָשֶׁה כַּנּוֹדָע מִסּוֹד 'נַעַר [320] וְנַעֲרָה [325] ' שה"ס [שֶׁהוּא סוֹד] שָׁ"ךְ [320] ושכ"ה [325] , וְלָכֵן בַּתְּחִלָּה כְּשֶׁאָמְרוּ כֹּל אֲשֶׁר דִּבֶּר ה' נַעֲשֶׂה שֶׁהוּא חֵלֶק הַמַּעֲשֶׂה וְלֹא אָמְרוּ 'נִשְׁמָע' שֶׁהוּא חֵלֶק הַתַּלְמוּד הָרָמוּז בְּאָלֶף, יֵרָאֶה כִּי בְּאוֹתִיּוֹת דִּין לְבַדָּם אִי אֶפְשָׁר לְהִתְקַיֵּים, אֲבָל אַחַר כָּךְ כְּשֶׁאָמְרוּ נַעֲשֶׂה וְנִשְׁמַע שֶׁקִּבְּלוּ הַתַּלְמוּד וְהַמַּעֲשֶׂה שֶׁבָּזֶה נַעֲשָׂה שֵׁם 'אֲדֹנָי' שָׁלֵם אָז שָׁקְטָה.
Que signifie ce qui est écrit (Tehilim 76, 9) : Des cieux Tu as fait entendre le jugement (din), la terre a craint et s'est tue, etc. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que din se rapporte à la Torah orale, qui comporte quatre parties, PaRDeS [pchat, remez, drach, sod] ; chaque partie comporte huit degrés, qui sont : kacher et passoul, interdit et permis, coupable et innocent, impur et pur, ce qui fait le nombre lev [32] ; et l'homme doit s'occuper de tout cela pour apprendre et pour enseigner, ce qui fait 64, le nombre de din [64]. Au début, Israël dit (Chemot 24, 7) : Tout ce qu'a dit Hachem, nous le ferons, sans dire nichma (nous entendrons), qui se rapporte à la Torah orale, laquelle dépend de l'audition, puisqu'on n'a pas le droit de l'enseigner par écrit. C'est pourquoi la terre a craint, car elle correspond à la Torah orale, appelée din comme on l'a dit, et son existence repose essentiellement sur elle ; ensuite, quand Israël dit naase venichma, elle s'est tue. Ou bien on peut comprendre : la part de l'action est appelée din, et elle est évoquée par les lettres D-Y-N du Nom Adnout ; la part de l'étude est appelée alef, terme [de l'expression] (Iyov 33, 33) : ahalèfkha 'hokhma (je t'enseignerai la sagesse), et elle est évoquée par la lettre alef du Nom Adnout. Or l'on sait que la lettre alef du Nom Adnout est celle qui adoucit les lettres de din, et que sans l'alef, c'est un din dur, comme on le sait du sod de naar [320] et naara [325], qui est le sod de chakh [320] et chakhah [325]. C'est pourquoi, au début, quand ils dirent : Tout ce qu'a dit Hachem, nous le ferons, ce qui est la part de l'action, sans dire nichma, qui est la part de l'étude évoquée par l'alef, [la terre] a craint, car avec les seules lettres de din, il est impossible de subsister ; mais ensuite, quand ils dirent naase venichma, recevant l'étude et l'action, ce qui forme le Nom Adnout complet, alors elle s'est tue.
💡 Explication

Hizkiya relève une contradiction apparente dans le verset : crainte et calme s'excluent. Il les place à deux moments successifs : avant et après l'acceptation de la Torah.

La raison de la crainte vient de Reich Lakich : parmi les six jours de la Création, seul le sixième porte l'article hé (yom hachichi). Ce hé renvoie à un sixième jour déterminé, le 6 Sivan, jour du don de la Torah : l'existence du monde était conditionnée à l'acceptation de la Torah par Israël. Le hé vaut aussi 5, allusion aux cinq livres de la Torah (explication traditionnelle, absente de Rachi ici).

7
דָּרַשׁ רַבִּי סִימַאי: בְּשָׁעָה שֶׁהִקְדִּימוּ יִשְׂרָאֵל ״נַעֲשָׂה״ לְ״נִשְׁמַע״ בָּאוּ שִׁשִּׁים רִיבּוֹא שֶׁל מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת, לְכָל אֶחָד וְאֶחָד מִיִּשְׂרָאֵל קָשְׁרוּ לוֹ שְׁנֵי כְתָרִים, אֶחָד כְּנֶגֶד ״נַעֲשָׂה״ וְאֶחָד כְּנֶגֶד ״נִשְׁמַע״. וְכֵיוָן שֶׁחָטְאוּ יִשְׂרָאֵל, יָרְדוּ מֵאָה וְעֶשְׂרִים רִיבּוֹא מַלְאֲכֵי חַבָּלָה וּפֵירְקוּם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיִּתְנַצְּלוּ בְנֵי יִשְׂרָאֵל אֶת עֶדְיָם מֵהַר חוֹרֵב״. אָמַר רַבִּי חָמָא בְּרַבִּי חֲנִינָא: בְּחוֹרֵב טָעֲנוּ, בְּחוֹרֵב פִּרְקוֹ. בְּחוֹרֵב טָעֲנוּ — כְּדַאֲמָרָן, בְּחוֹרֵב פָּרְקוּ — דִּכְתִיב: ״וַיִּתְנַצְּלוּ בְנֵי יִשְׂרָאֵל וְגוֹ׳״. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: וְכֻולָּן זָכָה מֹשֶׁה וּנְטָלָן. דִּסְמִיךְ לֵיהּ: ״וּמֹשֶׁה יִקַּח אֶת הָאֹהֶל״. אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: עָתִיד הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְהַחֲזִירָן לָנוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּפְדוּיֵי ה׳ יְשֻׁבוּן וּבָאוּ צִיּוֹן בְּרִנָּה וְשִׂמְחַת עוֹלָם עַל רֹאשָׁם״ — שִׂמְחָה שֶׁמֵּעוֹלָם עַל רֹאשָׁם.

Rabbi Simai exposa : au moment où Israël fit précéder nous ferons à nous entendrons, six cent mille anges du service vinrent et nouèrent à chacun d'Israël deux couronnes, l'une correspondant à nous ferons et l'autre à nous entendrons. Et quand Israël fauta, un million deux cent mille anges de destruction descendirent et les leur retirèrent, comme il est dit (Chemot 33, 6) : Les enfants d'Israël se dépouillèrent de leurs ornements depuis le mont Horev.

Rabbi Hama fils de Rabbi Hanina dit : à Horev ils les chargèrent, à Horev ils les déchargèrent. À Horev ils les chargèrent, comme nous l'avons dit ; à Horev ils les déchargèrent, comme il est écrit : Les enfants d'Israël se dépouillèrent, etc.

Rabbi Yo'hanan dit : Moche les mérita toutes et les prit, car juste après il est écrit (Chemot 33, 7) : Et Moche prenait la tente. Reich Lakich dit : le Saint, béni soit-Il, nous les rendra dans l'avenir, comme il est dit (Yechaya 35, 10) : Les rachetés de Hachem reviendront et viendront à Tsion avec des chants, et une joie éternelle (olam) sera sur leur tête : la joie d'autrefois (meolam) sera sur leur tête.

📜 Rachi (5)
שְׁנֵי כְּתָרִים מִזִּיו שְׁכִינָה:
Deux couronnes : de l'éclat de la Chekhina.
מֵאָה וְעֶשְׂרִים [כָּל א' וְא' נָטַל כֶּתֶר]:
Cent vingt [myriades] : [chacun prit une couronne].
טְעָנוֹ הַכְּתָרִים וְהָכִי מַשְׁמַע אֶת עֵדִים [אֲשֶׁר הָיוּ לָהֶם] מֵהַר חוֹרֵב:
Ils les chargèrent : les couronnes. C'est ce que signifie : leurs ornements [qu'ils avaient] depuis le mont Horev.
בְּחוֹרֵב פִּרְקוֹ דְּמַשְׁמַע נָמֵי וַיִּתְנַצְּלוּ אֶת עֶדְיָם מֵהַר חוֹרֵב:
À Horev ils les déchargèrent : car [le verset] signifie aussi : ils se dépouillèrent de leurs ornements, depuis le mont Horev.
וּמֹשֶׁה יִקַּח אוֹתוֹ עֵדֵי לָשׁוֹן אַחֵר אֶת הָאֹהֶל לְשׁוֹן בְּהִלּוֹ נֵרוֹ (אִיּוֹב כ״ט:ג׳) וְהוּא הָיָה קֵירוּן עוֹר פָּנָיו:
Et Moche prenait : cet ornement. Autre explication : et haohèl (la tente) est un terme de béhilo nero (quand Sa lampe brillait, Iyov 29, 3) ; et c'était le rayonnement de la peau de son visage.
🗂️ Tossefot (2)
שְׁנֵי כְּתָרִים שֶׁל הוֹד הָיוּ לְפִיכָךְ כְּשֶׁנָּטַל מֹשֶׁה קָרַן עוֹר פָּנָיו:
Deux couronnes : elles étaient de hod (splendeur) ; c'est pourquoi, quand Moche les prit, la peau de son visage rayonna.
יָרְדוּ ק"כ רִיבּוֹא מִדִּכְתִיב וַיִּתְנַצְּלוּ דְּרֵישׁ תְּרֵי זִימְנֵי וְיֵשׁ סְפָרִים שֶׁכָּתוּב בָּהֶן בְּהֶדְיָא וַיְנַצְּלוּ לֹא נֶאֱמַר אֶלָּא וַיִּתְנַצְּלוּ ואע"ג דִּגְדוֹלָה מִדָּה טוֹבָה מִמִּדַּת פֻּורְעָנוּת הָכָא נָמֵי גְּדוֹלָה הִיא שֶׁמַּלְאָךְ טוֹב הָיָה קוֹשֵׁר שְׁנֵי כְּתָרִים וּמַלְאַךְ חַבָּלָה לֹא הָיָה בּוֹ כֹּחַ כִּי אִם לְהָסִיר אֶחָד:
Cent vingt myriades descendirent : puisqu'il est écrit vayitnatsélou (forme réfléchie), on l'interprète deux fois ; il y a des livres où il est écrit explicitement : il n'est pas dit vayinatsélou, mais vayitnatsélou. Et bien que la mesure du bien soit plus grande que la mesure de la punition, ici aussi elle est plus grande, puisqu'un bon ange nouait deux couronnes, alors qu'un ange de destruction n'avait la force que d'en retirer une.
🪔 Ben Yehoyada (2)
בָּאוּ שִׁשִּׁים רִבּוֹא שֶׁל מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת, לְכָל אֶחָד וְאֶחָד מִיִּשְׂרָאֵל קָשְׁרוּ לוֹ שְׁנֵי כְתָרִים. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה בְּהַנָּחַת הַכְּתָרִים הִסְפִּיק מַלְאָךְ אֶחָד לִשְׁנֵי כְּתָרִים, וּבִנְטִילָתָם הֻוצְרַךְ לְכָל כֶּתֶר מַלְאָךְ אֶחָד? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי בְּהַנָּחָתָם הֱבִיאוּם מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת שֶׁהֵם מִסִּטְרָא דְּיַמִּינָא, וְכָל יָמִין כֹּחוֹ חָזָק שֶׁיּוּכַל מַלְאָךְ אֶחָד לִסְבֹּול שְׁנֵי כְּתָרִים בְּיָדוֹ, אֲבָל בִּנְטִילָה שֶׁהוּא מַלְאָךְ אֶחָד לִסְבֹּול שְׁנֵי כְּתָרִים בְּיָדוֹ, אֲבָל בִּנְטִילָה שֶׁהוּא עִנְיַן דִּין נְטָלוּם מַלְאָכִים מִסִּטְרָא דִּשְׂמֹאלָהּ, וְזֶה הַמַּלְאָךְ אֵין לוֹ כֹּחַ לִסְבֹּול ב' כְּתָרִים בְּיָדוֹ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד מַלְאָךְ הַטּוֹב גַּם שְׂמֹאל שֶׁלּוֹ הִיא חֶסֶד, לְכָךְ אָחַז ב' כְּתָרִים בִּשְׁתֵּי יָדָיו, אֲבָל מַלְאַךְ הַדִּין אֵין פּוֹעֵל דִּין בִּימִינוֹ אֶלָּא רַק בִּשְׂמֹאלוֹ, לְכָךְ נָטַל כֶּתֶר אֶחָד בִּשְׂמֹאלוֹ דַּוְקָא. אוֹ יוּבָן בס"ד דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בְּחֵטְא הָעֵגֶל נִפְגַּם הַכֶּתֶר שֶׁהוּא כְּנֶגֶד 'נַעֲשֶׂה' בִּלְבַד, אֲבָל כֶּתֶר שֶׁכְּנֶגֶד 'נִשְׁמַע' לֹא נִפְגַּם, לְכָךְ נֶאֱמַר שְׁמַע יִשְׂרָאֵל כָּל יוֹם, שֶׁנִּשְׁתַּמְּשׁוּ בִּלְשׁוֹן נִשְׁמַע וְכַנִּזְכָּר בַּמִּדְרָשׁ, וְעַיֵּין שַׁלְמֵי צִיבּוּר. וְהִנֵּה יָדוּעַ דְּאֵין מַלְאָךְ אֶחָד עוֹשֶׂה שְׁתֵּי שְׁלִיחוּת, וְלָכֵן בְּהַנָּחַת הַכְּתָרִים אַף עַל פִּי שֶׁהֵם שְׁנֵי כְּתָרִים נֶחְשָׁבִים לְאֶחָד כִּי אֵין נִפְרָד בֵּינֵיהֶם, וְהִסְפִּיק לִשְׁנֵיהֶם מַלְאָךְ אֶחָד שֶׁזֶּה נֶחְשָׁב שְׁלִיחוּת אַחַת, אַךְ בִּנְטִילָתָם שֶׁכְּבָר נִפְגַּם כֶּתֶר שֶׁכְּנֶגֶד נַעֲשָׂה, אָז נַעֲשָׂה הֶפְרֵשׁ בֵּין שְׁנֵי הַכְּתָרִים וְלֹא נֶחְשְׁבוּ דָּבָר אֶחָד, וְלָכֵן גַּם הַשְּׁלִיחוּת נִפְרְדָה שֶׁאֵין מַלְאָךְ אֶחָד עוֹשֶׂה שְׁתֵּי שֶׁלְּחַיּוֹת, וְצָרִיךְ הַשְׁתָּא לְכָל כֶּתֶר מַלְאָךְ אֶחָד. וְכָתְבוּ הַתּוֹסָפוֹת הַכְּתָרִים שֶׁל הוֹד הָיוּ, וְהִנֵּה הוֹד עִם הָאוֹתִיּוֹת עוֹלֶה י"ח [18] , וּב' פְּעָמִים י"ח עוֹלֶה מִסְפַּר אֹהֶל [36] , לְכָךְ כְּתִיב (שְׁמוֹת לג, ז) וּמֹשֶׁה יִקַּח אֶת הָאֹהֶל, גַּם נִקְרָאִים שִׂמְחַת עוֹלָם כִּי הַכְּתָרִים בָּאוּ לָהֶם מִכֹּחַ חָכְמָה הִיא הַתּוֹרָה, וּב' פְּעָמִים חָכְמָה [73] עוֹלֶה מִסְפַּר עוֹלָם [146] , וְלָזֶה אוֹמֵר (יְשַׁעְיָהוּ לה, י) וְשִׂמְחַת עוֹלָם עַל רֹאשָׁם, וְהַמַּאֲמָר הַזֶּה שֶׁאָמַר בְּשָׁעָה שֶׁהִקְדִּימוּ וְכוּ' פֵּרַשְׁתִּי בס"ד בִּדְרוּשׁ שַׁבַּת כַּלָּה שֶׁל שְׁנַת תרנ"א פֵּירוּשׁ נָכוֹן בעוזה"י.
Six cent mille anges du service vinrent et nouèrent à chacun d'Israël deux couronnes. On peut demander : pourquoi, pour poser les couronnes, un ange suffisait-il pour deux couronnes, alors que pour les retirer il fallait un ange par couronne ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que pour les poser, ce sont les anges du service qui les apportèrent, lesquels sont du côté de la droite ; et toute droite a une force puissante, de sorte qu'un seul ange peut porter deux couronnes dans sa main. Mais le retrait, qui relève du din (rigueur), fut fait par des anges du côté de la gauche, et un tel ange n'a pas la force de porter deux couronnes dans sa main. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que chez l'ange du bien, même la gauche est 'hessed ; c'est pourquoi il tint deux couronnes de ses deux mains ; mais l'ange du din n'exerce pas le din de sa droite, seulement de sa gauche ; c'est pourquoi il ne prit qu'une couronne, de sa gauche précisément. Ou bien on peut comprendre, avec l'aide du Ciel : nos Maîtres ont dit qu'à la faute du veau, seule la couronne correspondant à naase fut entachée, mais celle qui correspond à nichma ne le fut pas ; c'est pourquoi on dit chaque jour Chema Israël, employant le terme de nichma, comme il est rapporté dans le Midrach ; voir Chalmé Tsibbour. Or l'on sait qu'un ange n'accomplit pas deux missions ; c'est pourquoi, pour poser les couronnes, bien qu'elles soient deux, elles comptaient pour une, car rien ne les séparait, et un seul ange suffisait pour les deux, ce qui comptait comme une seule mission. Mais pour les retirer, la couronne correspondant à naase étant déjà entachée, une différence s'établit entre les deux couronnes, qui ne comptaient plus comme une seule chose ; la mission aussi se divisa, puisqu'un ange n'accomplit pas deux missions, et il fallut alors un ange par couronne. Les Tossefot ont écrit que les couronnes étaient de hod ; or hod avec [le nombre de] ses lettres vaut 18, et deux fois 18 donne le nombre de ohel [36] : c'est pourquoi il est écrit (Chemot 33, 7) : Et Moche prenait la tente (ohel). Elles sont aussi appelées joie éternelle (olam), car les couronnes leur vinrent par la force de la 'hokhma, qui est la Torah, et deux fois 'hokhma [73] donne le nombre de olam [146] ; c'est pourquoi il dit (Yechaya 35, 10) : et une joie éternelle sera sur leur tête. Et cet enseignement, au moment où ils firent précéder, etc., je l'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, dans le discours du Chabbat Kalla de l'année 5651, d'une explication juste, avec l'aide de D.ieu.
בְּחוֹרֵב טָעֲנוּ, בְּחוֹרֵב פִּרְקוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד בְּשֵׁם חוֹרֵב נִרְמְזוּ הַטְּעִינָה וְהַפְּרִיקָה, כִּי 'חוֹרֶב' אוֹתֵית 'חִבּוּר' וְזוֹ הִיא הַטְּעִינָה שֶׁנִּתְחַבֵּר אוֹר הַכֶּתֶר הָרוּחָנִי עִם הַגּוּף הַגַּשְׁמִי, וְגַם חוֹרֵב אוֹתִיּוֹת 'בּוֹרֵחַ' וְזוֹ הִיא הַפְּרִיקָה, שֶׁהָיָה אוֹר הַכֶּתֶר בּוֹרֵחַ מֵאִתָּם וּמִסְתַּלֵּק מֵהֶם.
À Horev ils les chargèrent, à Horev ils les déchargèrent. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le nom Horev fait allusion au chargement et au déchargement : Horev a les lettres de hibour (union), et c'est le chargement, par lequel la lumière spirituelle de la couronne s'unit au corps matériel ; et Horev a les lettres de boréah (qui s'enfuit), et c'est le déchargement, par lequel la lumière de la couronne s'enfuyait d'eux et se retirait.
💡 Explication

Naase venichma : Israël s'engage à faire avant même d'entendre le contenu des commandements. Chaque engagement est récompense par une couronne (Rachi : de l'éclat de la Chekhina).

À la faute du veau d'or, elles sont retirées. Le verset emploie la forme réfléchie vayitnatsélou, qui évoque les ornements reçus et perdus au même endroit (Horev). Rabbi Yo'hanan lit le verset suivant, Moche prenait la tente (ohel), comme une allusion à la lumière (béhilo) : Moche recueille les couronnes, d'où le rayonnement de son visage. Reich Lakich annonce leur retour dans l'avenir.

🖼️ Schéma
Les deux couronnes de chaque IsraéliteHorev : naaseavant nichma600 000 anges2 couronnes chacunFaute du veau1 200 000 angesde destruction1 couronne chacunR. Yo'hananMoche les prend(et haohèl :rayonnement)Reich LakichHachem les rendradans l'avenir(Isaie 35, 10)Couronne 1 = naase (nous ferons) ; couronne 2 = nichma (nous entendrons).Tossefot : l'ange du bien pose deux couronnes, l'ange de destruction n'en retire qu'une :la mesure du bien reste plus grande que celle de la punition.
Le parcours des couronnes : données au Sinaï, retirées après le veau d'or, prises par Moche, rendues dans l'avenir.
8
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: בְּשָׁעָה שֶׁהִקְדִּימוּ יִשְׂרָאֵל ״נַעֲשֶׂה״ לְ״נִשְׁמַע״ יָצְתָה בַּת קוֹל וְאָמְרָה לָהֶן: מִי גִּלָּה לְבָנַי רָז זֶה שֶׁמַּלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת מִשְׁתַּמְּשִׁין בּוֹ? דִּכְתִיב: ״בָּרֲכוּ ה׳ מַלְאָכָיו גִּבֹּרֵי כֹחַ עֹשֵׂי דְבָרוֹ לִשְׁמֹעַ בְּקוֹל דְּבָרוֹ״ — בְּרֵישָׁא ״עֲשִׂי״, וַהֲדַר ״לִשְׁמֹעַ״. אָמַר רַבִּי חָמָא בְּרַבִּי חֲנִינָא: מַאי דִכְתִיב ״כְּתַפּוּחַ בַּעֲצֵי הַיַּעַר וְגוֹ׳״ — לָמָּה נִמְשְׁלוּ יִשְׂרָאֵל לְתַפּוּחַ, לוֹמַר לְךָ: מַה תַּפּוּחַ זֶה פִּרְיוֹ קֹודֶם לְעָלָיו, אַף יִשְׂרָאֵל הִקְדִּימוּ ״נַעֲשָׂה״ לְ״נִשְׁמַע״.

Rabbi Elazar dit : au moment où Israël fit précéder nous ferons à nous entendrons, une voix céleste (bat kol) sortit et leur dit : qui a révélé à Mes enfants ce secret dont usent les anges du service ? Car il est écrit (Tehilim 103, 20) : Bénissez Hachem, Ses anges, héros de force, qui accomplissent Sa parole pour entendre la voix de Sa parole : d'abord accomplir, et ensuite entendre.

Rabbi Hama fils de Rabbi Hanina dit : que signifie ce qui est écrit (Chir Hachirim 2, 3) : Comme le pommier parmi les arbres de la forêt, etc. ? Pourquoi Israël est-il comparé à un pommier ?

Pour te dire : de même que ce pommier a son fruit avant ses feuilles, ainsi Israël fit précéder nous ferons à nous entendrons.

📜 Rachi (2)
עוֹשֵׂי דְּבָרוֹ לִשְׁמֹועַ מוּכָנִין לַעֲשׂוֹת קֹודֶם שֶׁיִּשְׁמְעוּ וְלֹא כְּדֶרֶךְ שְׁאָר עֲבָדִים שֶׁשּׁוֹמְעִים תְּחִילָּה אֶת הַדָּבָר לֵידַע אִם יְכוֹלִין לְקַבְּלָן עֲלֵיהֶם אִם לָאו:
Qui accomplissent Sa parole pour entendre : ils sont prêts à faire avant d'entendre, à la différence des autres serviteurs, qui écoutent d'abord la chose pour savoir s'ils peuvent l'accepter ou non.
פִּרְיוֹ קוֹדֵם לְעָלָיו כָּךְ דַּרְכּוֹ וְחָלוּק מִשְּׁאָר אִילָנוֹת חֲנָטַת פֵּירוֹתָיו קֹודֶם לְעָלָיו:
Son fruit avant ses feuilles : telle est sa nature, et il diffère des autres arbres : ses fruits se forment avant ses feuilles.
🗂️ Tossefot (1)
פִּרְיוֹ קוֹדֵם לְעָלָיו הִקְשָׁה ר"ת שֶׁהֲרֵי אָנוּ רוֹאִים שֶׁגָּדֵל כִּשְׁאָר אִילָנוֹת וּמְפָרֵשׁ דְּתַפּוּחַ הַייְנוּ אֶתְרוֹג וְרֵיחַ אַפְּךָ כְּתַפּוּחִים מְתַרְגְּמִינַן כְּרֵיחָא דְּאַתְרוּגָּא וְאֶתְרוֹג פִּרְיוֹ קוֹדֵם לְעָלָיו שֶׁדָּר בְּאִילָן מִשָּׁנָה לְשָׁנָה וְאַחַר שָׁנָה נוֹשְׁרִין עָלָיו שֶׁל אֶשְׁתָּקַד וּבָאִין עָלִין אֲחֵרִים הָוֵי פִּרְיוֹ קוֹדֵם לְאוֹתָם עָלִים אַךְ תֵּימַהּ שֶׁמֵּבִיא קְרָא כְּתַפּוּחַ בַּעֲצֵי הַיַּעַר דִּבְהַאי קְרָא לֹא נִמְשְׁלוּ יִשְׂרָאֵל לַתַּפּוּחַ אֶלָּא הקב"ה כְּדִכְתִיב כֵּן דּוֹדִי בֵּין הַבָּנִים וּקְרָא דְּרֵיחַ אַפְּךָ כְּתַפּוּחִים (שִׁיר הַשִּׁירִים ז׳:ט׳) הֲוָה לֵיהּ לְאֵתוּיֵי טְפֵי:
Son fruit avant ses feuilles : Rabbenou Tam objecte : nous voyons pourtant qu'il pousse comme les autres arbres ! Il explique que le tapouah est ici le etrog, car [le verset] ton souffle a le parfum des pommes (Chir Hachirim 7, 9), nous le traduisons [en araméen] : comme le parfum du etrog. Or le etrog a son fruit avant ses feuilles, car il reste sur l'arbre d'une année à l'autre ; après un an, les feuilles de l'année précédente tombent et d'autres feuilles viennent, de sorte que le fruit précède ces feuilles-là. Mais il est étonnant qu'il cite le verset comme le pommier parmi les arbres de la forêt, car dans ce verset le pommier représente le Saint, béni soit-Il, et non Israël, comme il est écrit : ainsi est mon bien-aimé parmi les jeunes gens ; il aurait mieux valu citer le verset (Chir Hachirim 7, 9) : ton souffle a le parfum des pommes.
🪔 Ben Yehoyada (2)
יצתה בת־קול ואמרה להם: מי גלה לבני רז זה, שמלאכי השרת משתמשין בו. יש להקשות למי שואלת בת קול והלא לו יתברך גלוי? ונראה לי בס"ד דאין זה לשון שאלה אלא הוא הודעה, דמודיע בזה מעלת ישראל להצילם מטענת המלאכים מדין 'בן המצר' [דינא ד'בר מצרא' דהיינו חכמים תקנו שתהיה למצרן (השכן) זכות קדימה בקניית שדה העומדת למכירה בצד שדהו] , כי יש בזה ב' טענות חדא כי התורה היא מן הבריאה שה"ס [שהוא סוד] בינה לכך התחילה בבי"ת [ ב ראשית] , ונשמות ישראל היא גם כן מן הבריאה, בסוד ברוך א-להינו שבראנו לכבודו וכו', אבל המלאכים הם מיצירה. ונמצא מצד נשמתינו אנחנו קרובים ומצרנים והמלאכים רחוקים. וטענה הב' היא שישראל נקראו בנים למקום (אבות ג, יד), ובכן לא שייך דין 'בן המצר'. ולזה אמר מי גלה לבני רז זה , דהבינה שנקראת 'מי' היא גילתה לבני רז זה! ובזה נתפרשו ב' טענות הנז' דאיך זכו שנגלה להם על ידי הבינה רז זה? אלא הטעם מפני שנשמות שלהם הם מבריאה שה"ס בינה הנקראת 'מי' ולכן הם הקרובים ליקח התורה שהיא מבריאה, ועוד הם 'בני' ובבן ליכא טענת בן המצר .
Une voix céleste sortit et leur dit : qui a révélé à Mes enfants ce secret dont usent les anges du service ? On peut demander : à qui la voix céleste pose-t-elle la question ? Tout n'est-il pas révélé devant Lui, béni soit-Il ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il ne s'agit pas d'une question, mais d'une annonce : elle fait connaître par là la supériorité d'Israël, pour le protéger de la revendication des anges au titre du droit du voisin [dina de bar metsra : les Sages ont institué que le voisin de champ a un droit de priorité pour acheter un champ mis en vente à côté du sien]. Il y a là deux arguments. Le premier : la Torah vient de Beria, qui est le sod de Bina ; c'est pourquoi elle commence par un bet [Berechit] ; et les âmes d'Israël viennent aussi de Beria, selon le sod de : Béni soit notre D.ieu qui nous a créés (bera'anou) pour Sa gloire, etc. ; tandis que les anges viennent de Yetsira. Il se trouve donc que, par notre âme, nous sommes proches et voisins, et les anges éloignés. Le second argument : Israël est appelé enfants du Makom (Avot 3, 14), et entre enfants la règle du voisin ne s'applique pas. C'est ce qu'elle dit : qui (mi) a révélé à Mes enfants ce secret : Bina, appelée mi, l'a révélé à Mes enfants. Ainsi s'expliquent les deux arguments susdits : comment ont-ils mérité que ce secret leur soit révélé par Bina ? Parce que leurs âmes viennent de Beria, sod de Bina, appelée mi, et qu'ils sont donc les plus proches pour recevoir la Torah, qui vient de Beria ; et de plus, ils sont Mes enfants, et pour un enfant il n'y a pas d'argument du droit du voisin.
לָמָּה נִמְשְׁלוּ יִשְׂרָאֵל לְתַפּוּחַ. הִקְשׁוּ הַתּוֹסְפוֹת זַ"ל וַהֲלֹא הַתַּפּוּחַ הוּא מָשָׁל להקב"ה דִּכְתִיב (שִׁיר הַשִּׁירִים ב, ג) כּתַפּוּחַ בּעֲצֵי הַיּעַר כּן דּוֹדִי בּין הַבּנִים בְּצִלּוֹ חִמַּדְתִּי וְיָשַׁבְתִּי וּפִרְיוֹ מָתוֹק לְחִכִּי? וְנִרְאֶה לִי דְּרַב חֲמָא מְפָרֵשׁ הַכָּתוּב עַל פִּי הַדֶּרֶךְ שֶׁפֵּרַשְׁתִּי בס"ד בסה"ק 'אֶבֶן שְׁלֹמֹה' עַל שִׁיר הַשִּׁירִים עַיֵּין שָׁם, וְאוֹמְרוֹ פִּרְיוֹ קוֹדֵם לֶעָלִין פֵּירוּשׁ כְּשֶׁיֵּחָנֵט הַפְּרִי עֲדַייִן הֶעָלִין לֹא נִגְמְרוּ כָּל צָרְכָן, אֲבָל וַדַּאי הֵם יוֹצְאִין וְנִרְאִין קֹודֶם חֲנָטַת הַפְּרִי וְרַק נִגְמַר גִּידּוּלָם אַחַר חֲנָטַת הַפְּרִי.
Pourquoi Israël est-il comparé à un pommier ? Les Tossefot ont objecté : le pommier n'est-il pas une image du Saint, béni soit-Il, comme il est écrit (Chir Hachirim 2, 3) : Comme le pommier parmi les arbres de la forêt, ainsi est mon bien-aimé parmi les jeunes gens ; à son ombre j'ai désiré m'asseoir, et son fruit est doux à mon palais ? Il me semble que Rav Hama explique le verset selon la voie que j'ai exposée, avec l'aide du Ciel, dans le saint livre Even Chelema sur le Chir Hachirim, voir là-bas. Et son fruit avant ses feuilles signifie : quand le fruit se forme, les feuilles n'ont pas encore atteint leur plein développement ; certes, elles sortent et apparaissent avant la formation du fruit, mais leur croissance ne s'achève qu'après la formation du fruit.
💡 Explication

L'ordre faire puis entendre est présenté comme le mode de service des anges : ils s'engagent à exécuter avant de connaître l'ordre. Rachi oppose cette attitude à celle du serviteur ordinaire, qui veut d'abord savoir s'il pourra accomplir la tâche.

Image du pommier (tapouah) : le fruit y précède les feuilles. Tossefot (Rabbenou Tam) identifie ce tapouah à l'etrog, dont le fruit reste sur l'arbre d'une année sur l'autre et précède ainsi les nouvelles feuilles.

9
הָהוּא מִינָא דְּחַזְיֵיהּ לְרָבָא דְּקָא מְעַייֵּן בִּשְׁמַעְתָּא, וְיָתְבָה אֶצְבְּעָתָא דִּידֵיהּ תּוּתֵי כַּרְעָא וְקָא מָייֵץ בְּהוּ, וְקָא מַבְּעָן אֶצְבְּעָתֵיהּ דְּמָא. אֲמַר לֵיהּ: עַמָּא פְּזִיזָא, דְּקָדְמִיתוּ פֻּומַּייְכוּ לְאֻודְנַייְכוּ, אַכַּתִּי בְּפַחְזוּתַיְיכוּ קָייְמִיתוּ. בְּרֵישָׁא אִיבַּעְיָא לְכוּ לְמִשְׁמַע, אִי מָצֵיתוּ — קָבְלִיתוּ, וְאִי לָא — לָא קָבְלִיתוּ. אֲמַר לֵיהּ: אֲנַן

Un certain min (hérétique) vit Rava plongé dans l'étude d'un enseignement ; ses doigts étaient placés sous sa jambe, il les pressait, et ses doigts faisaient jaillir le sang. Il lui dit : peuple précipité, qui avez fait passer votre bouche avant vos oreilles, vous êtes encore dans votre précipitation !

Il vous fallait d'abord entendre : si vous en étiez capables, vous auriez accepté, et sinon, vous n'auriez pas accepté. Il lui répondit : nous,

📜 Rachi (4)
אֶצְבְּעָתָא דִּידֵיהּ אֶצְבְּעוֹת יָדָיו:
Ses doigts : les doigts de ses mains.
וְקָא מָיֵיץ בְּהוּ הָיָה מְמַעֲכָן בְּרַגְלָיו וְאֵינוֹ מֵבִין מִתּוֹךְ טִירְדָּא:
Il les pressait : il les écrasait sous ses jambes et ne s'en rendait pas compte, à cause de sa concentration.
עַמָּא פְּזִיזָא נִמְהָר:
Peuple précipité : pressé (nimhar).
דְּקָדְמִיתוּ פֻּומַּייְכוּ לְאֻודְנַיְיכוּ קֹודֶם שֶׁשְּׁמַעְתֶּם אוֹתָהּ הֵיאַךְ הִיא קָשָׁה וְאִם תּוּכְלוּ לַעֲמֹוד בָּהּ קִבַּלְתֶּם עֲלֵיכֶם לְקַיְּימָהּ:
Qui avez fait passer votre bouche avant vos oreilles : avant d'avoir entendu combien elle est difficile et si vous pourriez vous y tenir, vous l'avez acceptée sur vous pour l'accomplir.
💡 Explication

Rava est si absorbé par l'étude qu'il ne sent pas qu'il se blesse. Le min voit dans cette absence d'attention un trait de caractère collectif : la précipitation (pezizout) d'Israël, qui a dit naasé avant nichma. Selon lui, un engagement raisonnable suppose d'examiner d'abord ce que l'on accepte.

La réponse de Rava commence ici et se poursuit au daf suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).