Sougya : Le daf achève la discussion sur le jour du don de la Torah entre Rabbi Yossi (le 7 Sivan) et les Rabbanan (le 6 Sivan) : calcul du nombre de mois manquants de la première année, baraita du Seder Olam, et emploi du temps de Moche entre le 2 et le 6 Sivan. Il passe ensuite à une série d'enseignements aggadiques sur le Sinaï : la montagne renversée au-dessus du peuple comme une cuve (Rav Avdimi) et l'acceptation renouvelée au temps d'Assuérus (Rava) ; la condition posée à la Création (Reich Lakich) ; les deux couronnes données à chaque Israélite pour avoir dit naase avant nichma (Rabbi Simai) ; le secret des anges (Rabbi Elazar) et la comparaison au pommier.
Il se termine par le reproche d'un min à Rava.
Et selon les Rabbanan, ils firent huit [mois] manquants.
Suite du calcul de Rav Havivi (fin du daf précédent) : le 1er Nisan de la deuxième année tombait un dimanche. Selon les Rabbanan, le 15 Nisan de la première année était un vendredi. Une année de huit mois manquants (29 jours) et quatre pleins (30 jours) compte 352 jours, soit 50 semaines et 2 jours : vendredi + 2 = dimanche.
Tossefot note que les Rabbanan pouvaient aussi partir du jeudi avec sept mois manquants, en supposant Iyar allongé ; la Guemara a choisi une formulation parallèle à celle de Rabbi Yossi.
Viens et entends, car on a enseigné dans le Seder Olam : Nisan, [le mois] où Israël sortit d'Égypte : le quatorze, ils égorgèrent leurs [agneaux de] Pessa'h ; le quinze, ils sortirent, et ce jour-là était une veille de Chabbat. Et puisque le début du mois de Nisan était une veille de Chabbat, le début du mois de Iyar était un dimanche, et [celui de] Sivan un lundi : c'est une difficulté pour Rabbi Yossi !
Rabbi Yossi te dira : de qui est cette [baraita] ? Elle est des Rabbanan.
Nouvelle objection contre Rabbi Yossi, pour qui le 1er Sivan était un dimanche. D'après le Seder Olam, le 15 Nisan (et donc le 1er Nisan) était un vendredi. Nisan étant plein (30 jours), le 1er Iyar tombe un dimanche ; Iyar manquant (29 jours), le 1er Sivan tombe un lundi, comme le disent les Rabbanan.
Réponse : cette baraita suit les Rabbanan ; Rabbi Yossi, lui, place la sortie d'Égypte un jeudi.
Viens et entends : Rabbi Yossi dit : le deux, Moche monta et descendit ; le trois, il monta et descendit ; le quatre, il descendit et ne remonta plus. Mais puisqu'il n'était pas monté, d'où descendit-il ?
Il faut dire : le quatre, il monta et descendit ; le cinq, il bâtit un autel et y offrit un sacrifice ; le six, il n'eut pas le temps. N'est-ce pas à cause de la Torah [donnée ce jour-là] ?
Troisième objection, tirée d'une baraita de Rabbi Yossi lui-même, qui détaille l'emploi du temps de Moche. La Guemara corrige d'abord la formulation : on ne peut pas descendre le 4 sans être monté ; il faut lire monta et descendit.
Le 6 Sivan, Moche n'eut pas le temps (lo haya lo penaï). Si la raison est le don de la Torah, celle-ci fut donnée le 6 Sivan, contre l'avis de Rabbi Yossi (7 Sivan).
Non : à cause de la peine [des préparatifs] du Chabbat. Un certain Galiléen exposa devant Rav Hisda : Béni soit le Miséricordieux, qui a donné une Torah triple à un peuple triple, par l'intermédiaire d'un troisième, le troisième jour, le troisième mois.
Selon qui ? Selon les Rabbanan.
Réponse à l'objection : le 6 Sivan, qui selon Rabbi Yossi était un vendredi, Moche était occupé par les préparatifs du Chabbat (tora'h Chabbat). La baraita ne prouve donc rien.
Le Galiléen énumère cinq triplets. Le quatrième, le troisième jour, désigne selon Rachi le troisième jour de la perisha (séparation) : cela correspond aux Rabbanan, pour qui la Torah fut donnée après trois jours de séparation, sans le jour supplémentaire ajouté par Moche selon Rabbi Yossi.
Ils se tinrent au pied (beta'htit) de la montagne (Chemot 19, 17). Rav Avdimi bar Hama bar Hassa dit : cela enseigne que le Saint, béni soit-Il, renversa sur eux la montagne comme une cuve et leur dit : si vous acceptez la Torah, c'est bien ; sinon, là sera votre sépulture.
Rav Aha bar Yaakov dit : de là, une grande réserve (moda'a raba) concernant la Torah. Rava dit : malgré cela, ils l'acceptèrent de nouveau aux jours d'Assuérus, comme il est écrit (Esther 9, 27) : Les Juifs confirmèrent et acceptèrent : ils confirmèrent ce qu'ils avaient déjà accepté.
Betahtit hahar se lit au sens propre : sous la montagne. Hachem la tient au-dessus d'eux comme une guiguit (cuve renversée) : l'acceptation du Sinaï comporte donc une part de contrainte.
Moda'a raba : terme juridique. La moda'a est la déclaration préalable par laquelle on signale qu'un engagement est pris sous la contrainte, ce qui permet de le contester. Rachi : si Israël est jugé pour ne pas avoir observé la Torah, il peut invoquer la contrainte. Rava répond qu'à l'époque d'Assuérus, après le miracle de Pourim, l'engagement fut renouvelé librement (kiyémou vekiblou), et cet argument tombe.
Hizkiya dit : que signifie ce qui est écrit (Tehilim 76, 9) : Des cieux Tu as fait entendre le jugement ; la terre a craint et s'est tue ? Si elle a craint, pourquoi s'est-elle tue ?
Et si elle s'est tue, pourquoi a-t-elle craint ? Il faut dire : au début elle a craint, et à la fin elle s'est tue.
Et pourquoi a-t-elle craint ? Selon [l'enseignement de] Reich Lakich, car Reich Lakich dit : que signifie ce qui est écrit (Berechit 1, 31) : Il y eut un soir, il y eut un matin, le sixième jour ?
Pourquoi ai-je besoin du hé superflu ? Cela enseigne que le Saint, béni soit-Il, posa une condition à l'œuvre de la Création et leur dit : si Israël accepte la Torah, vous subsisterez ; sinon, Je vous ramènerai au tohou vavohou (chaos originel).
Hizkiya relève une contradiction apparente dans le verset : crainte et calme s'excluent. Il les place à deux moments successifs : avant et après l'acceptation de la Torah.
La raison de la crainte vient de Reich Lakich : parmi les six jours de la Création, seul le sixième porte l'article hé (yom hachichi). Ce hé renvoie à un sixième jour déterminé, le 6 Sivan, jour du don de la Torah : l'existence du monde était conditionnée à l'acceptation de la Torah par Israël. Le hé vaut aussi 5, allusion aux cinq livres de la Torah (explication traditionnelle, absente de Rachi ici).
Rabbi Simai exposa : au moment où Israël fit précéder nous ferons à nous entendrons, six cent mille anges du service vinrent et nouèrent à chacun d'Israël deux couronnes, l'une correspondant à nous ferons et l'autre à nous entendrons. Et quand Israël fauta, un million deux cent mille anges de destruction descendirent et les leur retirèrent, comme il est dit (Chemot 33, 6) : Les enfants d'Israël se dépouillèrent de leurs ornements depuis le mont Horev.
Rabbi Hama fils de Rabbi Hanina dit : à Horev ils les chargèrent, à Horev ils les déchargèrent. À Horev ils les chargèrent, comme nous l'avons dit ; à Horev ils les déchargèrent, comme il est écrit : Les enfants d'Israël se dépouillèrent, etc.
Rabbi Yo'hanan dit : Moche les mérita toutes et les prit, car juste après il est écrit (Chemot 33, 7) : Et Moche prenait la tente. Reich Lakich dit : le Saint, béni soit-Il, nous les rendra dans l'avenir, comme il est dit (Yechaya 35, 10) : Les rachetés de Hachem reviendront et viendront à Tsion avec des chants, et une joie éternelle (olam) sera sur leur tête : la joie d'autrefois (meolam) sera sur leur tête.
Naase venichma : Israël s'engage à faire avant même d'entendre le contenu des commandements. Chaque engagement est récompense par une couronne (Rachi : de l'éclat de la Chekhina).
À la faute du veau d'or, elles sont retirées. Le verset emploie la forme réfléchie vayitnatsélou, qui évoque les ornements reçus et perdus au même endroit (Horev). Rabbi Yo'hanan lit le verset suivant, Moche prenait la tente (ohel), comme une allusion à la lumière (béhilo) : Moche recueille les couronnes, d'où le rayonnement de son visage. Reich Lakich annonce leur retour dans l'avenir.
Rabbi Elazar dit : au moment où Israël fit précéder nous ferons à nous entendrons, une voix céleste (bat kol) sortit et leur dit : qui a révélé à Mes enfants ce secret dont usent les anges du service ? Car il est écrit (Tehilim 103, 20) : Bénissez Hachem, Ses anges, héros de force, qui accomplissent Sa parole pour entendre la voix de Sa parole : d'abord accomplir, et ensuite entendre.
Rabbi Hama fils de Rabbi Hanina dit : que signifie ce qui est écrit (Chir Hachirim 2, 3) : Comme le pommier parmi les arbres de la forêt, etc. ? Pourquoi Israël est-il comparé à un pommier ?
Pour te dire : de même que ce pommier a son fruit avant ses feuilles, ainsi Israël fit précéder nous ferons à nous entendrons.
L'ordre faire puis entendre est présenté comme le mode de service des anges : ils s'engagent à exécuter avant de connaître l'ordre. Rachi oppose cette attitude à celle du serviteur ordinaire, qui veut d'abord savoir s'il pourra accomplir la tâche.
Image du pommier (tapouah) : le fruit y précède les feuilles. Tossefot (Rabbenou Tam) identifie ce tapouah à l'etrog, dont le fruit reste sur l'arbre d'une année sur l'autre et précède ainsi les nouvelles feuilles.
Un certain min (hérétique) vit Rava plongé dans l'étude d'un enseignement ; ses doigts étaient placés sous sa jambe, il les pressait, et ses doigts faisaient jaillir le sang. Il lui dit : peuple précipité, qui avez fait passer votre bouche avant vos oreilles, vous êtes encore dans votre précipitation !
Il vous fallait d'abord entendre : si vous en étiez capables, vous auriez accepté, et sinon, vous n'auriez pas accepté. Il lui répondit : nous,
Rava est si absorbé par l'étude qu'il ne sent pas qu'il se blesse. Le min voit dans cette absence d'attention un trait de caractère collectif : la précipitation (pezizout) d'Israël, qui a dit naasé avant nichma. Selon lui, un engagement raisonnable suppose d'examiner d'abord ce que l'on accepte.
La réponse de Rava commence ici et se poursuit au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).