Shabbat 88b — La Torah au Sinaï : paroles divines et procès des anges

Shabbat 88b

Sougya : Le daf achève la réponse de Rava au min : Israël a accepté la Torah avec intégrité, avant de l'entendre. Suit une série de derachot sur le don de la Torah : la faute du veau d'or comparée à une fiancée infidèle sous son dais, les victimes d'offense qui ne répondent pas, chaque parole divine divisée en soixante-dix langues, la Torah qui donne la vie ou la mort.

R. Yehochoua ben Levi décrit l'effet physique de chaque parole sur Israël (parfum, âme qui sort, recul de douze mil).

Le daf s'ouvre enfin sur le récit de Moche au ciel : les anges contestent le don de la Torah à un être de chair, et Moche leur répond à partir du contenu des commandements.

À chaque parole divine au Sinaï : trois derachot de R. Yehochoua ben LeviCe qui arriveDifficultéSolutionLe monde entier seremplit de parfums(Lehayav ka-arougat)La 2e parole : oùva son parfum ?Un vent des trésors divinsemporte le 1er parfum(shoshanim -> sheshonim)L'âme d'Israël sortdu corps(Nafchi yatséa)Comment ont-ils reçula 2e parole ?Rosée de la résurrection :ils sont ranimés(Guechem nedavot)Israël reculede 12 mil (tailledu camp)Comment revenirau pied du mont ?Les anges les soutiennentpas à pas(yidodoun -> yedadoun)
Chaque parole du Sinaï produit un effet qui semble empêcher d'entendre la suivante ; à chaque fois Hachem y remédie.
Moche monte au ciel : le procès des angesLes angesQue fait un né-de-femme parmi nous ?Trésor caché 974 générations :Place Ta majesté sur les cieux !Hakadoch Baroukh HouIl est venu recevoir la Torah.Réponds-leur toi-même !Moche : j'ai peur de leur souffle-> Saisis Mon trône de gloireMéthode de MocheQue contient la Torah ? À qui s'adresse-t-elle ?Anokhi... qui t'ai fait sortir d'ÉgypteÊtes-vous descendus en Égypte ?Avez-vous été asservis à Pharaon ?Tu n'auras pas d'autres dieuxHabitez-vous parmi les nationsidolâtres ? (suite 89a)
Moche répond aux anges en montrant que les commandements visent une condition humaine que les anges n'ont pas.
1
דְּסָגֵינַן בִּשְׁלִימוּתָא כְּתִיב בַּן: ״תֵּמַת יְשָׁרִים תַּנְחֵם״, הָנָךְ אִינָשֵׁי דְּסָגַן בַּעֲלִילוּתָא כְּתִיב בְּהוּ: ״וְסֶלֶף בּוֹגְדִים יְשָׁדֵּם״.

[Nous,] qui marchons avec intégrité, à notre sujet il est écrit : "L'intégrité des hommes droits les guide" (Michle 11,3) ; ces gens qui marchent dans la tromperie, à leur sujet il est écrit : "Et la perversité des traîtres les détruit".

📜 Rachi (1)
דְּסָגֵינַן בִּשְׁלִימוּתָא הִתְהַלַּכְנוּ עִמּוֹ בְּתֹום לֵב כְּדֶרֶךְ הָעוֹשִׂים מֵאַהֲבָה וְסָמַכְנוּ עָלָיו שֶׁאַל יִטְעָנֶנּוּ בְּדָבָר שֶׁלֹּא נוּכַל לַעֲמֹוד:
Qui marchons avec intégrité : nous avons marché avec Lui d'un cœur entier, à la manière de ceux qui agissent par amour, et nous nous sommes fiés à Lui pour qu'Il ne nous charge pas d'une chose que nous ne pourrions pas supporter.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲנַן דְּסָגֵינַן בְּשֶׁלְּמוֹתָא. נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם בִּתְשׁוּבָה זוֹ לְטַעֲנַת הַמִּין, דְּיָדוּעַ יִשְׂרָאֵל זָכוּ לנר"ן [נֶפֶשׁ רוּחַ נְשָׁמָה] דִּקְדֻושָּׁה, וְלָכֵן מַחֲשֶׁבֶת הַלֵּב שֶׁלָּהֶם בְּמִצְוָה פּוֹעֶלֶת וּמְשַׁלֶּמֶת חֶסְרוֹן הַמַּעֲשֶׂה, כִּי הַנֶּפֶשׁ מַעֲשֶׂיהָ הִיא כְּנֶגֶד הַמַּעֲשֶׂה, וְהָרוּחַ מִיְּצִירָה כְּנֶגֶד הַדִּיבּוּר, וּנְשָׁמָה מִבְּרִיאָה כְּנֶגֶד מַחֲשֶׁבֶת הַלֵּב. וְכֵיוָן שֶׁזָּכוּ בִּשְׁלֵימוּת שְׁלָשְׁתָּם זָכוּ שֶׁמַּחֲשֶׁבֶת לִבָּם תַּשְׁלִים חֶסְרוֹן הַמַּעֲשֶׂה וּכְמוֹ שֶׁכָּתַבְתִּי בס"ד בְּמָקוֹם אַחֵר בָּזֶה. אַךְ אוּמוֹת הָעוֹלָם לֹא לָקְחוּ אֶלָּא בְּחִינַת נֶפֶשׁ בִּלְבַד מִצַּד הַקְּלִיפָּה, לָכֵן מַחְשָׁבָה טוֹבָה שֶׁלָּהֶם אֵינָהּ פּוֹעֶלֶת כְּלוּם וְאֵין לָהֶם אֶלָּא רַק מַעֲשֶׂה. וְזֶה שֶׁאָמַר אֲנַן דְּסָגֵינַן בְּשֶׁלְּמוֹתָא שֶׁיֵּשׁ לָנוּ שְׁלֵימוֹת הנר"ן, כְּתִיב בֵּן (מִשְׁלֵי יא, ג) תֵּמַת יְשָׁרִים תַּנְחֵם , דְּעַל יְדֵי כָּךְ אֲנַחְנוּ פּוֹעֲלִים טוֹב גַּם מִצַּד מַחֲשֶׁבֶת הַלֵּב, וְלָכֵן קִבַּלְנוּ בִּסְתָם כִּי בְּטוּחִים אֲנַחְנוּ מַה שֶׁלֹּא נוּכַל לְקַייֵּם בַּמַּעֲשֶׂה יַשְׁלִים הַלֵּב, אֲבָל הָנָךְ אֱנָשֵׁי דִּסְגָן בַּעֲלִילוּתָא , הַסִּטְרָא אַחֲרָא שֶׁהִיא תּוֹעֵבָה וּמַעֲשֵׂה תַּעֲתוּעִים, מִלְּשׁוֹן (שׁוֹפְטִים יט, כה) וַיִּתְעַלְּלוּ בָהּ כָּל הַלַּיְלָה, אֲשֶׁר מִשָּׁם לֹא יֵשׁ לָהֶם אֶלָּא רַק נֶפֶשׁ, כְּתִיב בְּהוּ (מִשְׁלֵי יא, ג) וְסֶלֶף בּוֹגְדִים יְשָׁדֵּם , דְּאֵין יְכוֹלִים לְהַשְׁלִים חֶסְרוֹן הַמַּעֲשֶׂה עַל יְדֵי הַלֵּב, וּלְכָךְ נָטָה לִבָּם לִמְאֹוס בַּתּוֹרָה וְלָתֵת כָּתֵף סוֹרֶרֶת בְּקַבָּלָתָהּ.
Nous qui marchons avec intégrité. Il me semble, avec l'aide du Ciel, [trouver] une raison à cette réponse face à l'argument du min. On sait qu'Israël a mérité le NaRaN (nefech, roua'h, nechama) de sainte origine ; c'est pourquoi l'intention de leur cœur dans une mitsva agit et complète ce qui manque à l'acte. En effet, la nefech, issue de [l'Olam ha-]Assiya, correspond à l'acte ; le roua'h, issu de Yetsira, correspond à la parole ; et la nechama, issue de Beria, correspond à la pensée du cœur. Puisqu'ils ont mérité les trois dans leur plénitude, ils ont mérité que la pensée de leur cœur complète ce qui manque à l'acte, comme je l'ai écrit ailleurs avec l'aide du Ciel. Mais les nations du monde n'ont reçu que l'aspect de nefech, et cela du côté de la klipa (écorce impure) ; c'est pourquoi leur bonne pensée n'opère rien et elles n'ont que l'acte. C'est ce qu'il dit : nous qui marchons avec intégrité, car nous possédons la plénitude du NaRaN, il est écrit à notre sujet "l'intégrité des hommes droits les guide" : par cela nous accomplissons le bien aussi par la pensée du cœur ; c'est pourquoi nous avons accepté sans condition, sûrs que ce que nous ne pourrions pas accomplir en acte, le cœur le complétera. Mais ces gens qui marchent dans la tromperie (be-alilouta) - la sitra a'hra, qui est abomination et œuvre d'égarement, du terme "ils abusèrent d'elle (vayitalelou) toute la nuit" (Choftim 19,25), d'où ils n'ont que la nefech - à leur sujet il est écrit "et la perversité des traîtres les détruit" : ils ne peuvent pas compléter le manque de l'acte par le cœur ; c'est pourquoi leur cœur a incliné à mépriser la Torah et à lui opposer une épaule rebelle au moment de la recevoir.
💡 Explication

Fin de l'échange avec le min (hérétique) du daf 88a, qui reprochait à Israël d'être un peuple précipité pour avoir dit naassé (nous ferons) avant nichma (nous entendrons). Rava répond : cette acceptation vient de la temimout, la confiance entière de celui qui agit par amour. Le même verset de Michle oppose les droits, guidés par leur intégrité, et les traîtres, perdus par leur tortuosité.

2
אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: מַאי דִכְתִיב ״לִבַּבְתִּנִי אֲחוֹתִי כַּלָּה לִבַּבְתִּנִי בְּאַחַת מֵעֵינַיִךְ״ — בַּתְּחִילָּה בְּאַחַת מֵעֵינֶיךָ, לִכְשֶׁתַּעֲשִׂי — בִּשְׁתֵּי עֵינֶיךָ. אָמַר עֻולָּא: עֲלוּבָה כַּלָּה מְזַנָּה בְּתוֹךְ חֻופָּתָהּ. אָמַר רַב מָרִי בְּרָהּ דְּבַת שְׁמוּאֵל, מַאי קְרָא: ״עַד שֶׁהַמֶּלֶךְ בִּמְסִבּוֹ נִרְדִּי וְגוֹ׳״. אָמַר רַב: וַעֲדַייִן חַבִּיבוּתָא הִיא גַּבַּן, דִּכְתִיב ״נָתַן״, וְלָא כְּתִיב ״הִסְרִיחַ״. תָּנוּ רַבָּנַן: עֲלוּבִין וְאֵינָן עוֹלְבִין, שׁוֹמְעִין חֶרְפָּתָן וְאֵינָן מְשִׁיבִין, עוֹשִׂין מֵאַהֲבָה וּשְׂמֵחִין בְּיִסּוּרִין — עֲלֵיהֶן הַכָּתוּב אוֹמֵר: ״וְאֹהֲבָיו כְּצֵאת הַשֶּׁמֶשׁ בִּגְבֻרָתוֹ״.

R. Chemouel bar Nahmani a dit au nom de R.

Yonatan : que signifie ce qui est écrit : "Tu m'as ravi le cœur, ma sœur, ma fiancée, tu m'as ravi le cœur par un seul de tes yeux" (Chir ha-Chirim 4,9) ? Au début, par un seul de tes yeux ; quand tu accompliras, par tes deux yeux.

Oula a dit : effrontée est la fiancée qui se prostitue sous son dais nuptial. Rav Mari, fils de la fille de Chemouel, a dit : quel est le verset ?

"Tandis que le roi était à sa table, mon nard a donné son parfum" (Chir ha-Chirim 1,12). Rav a dit : et l'affection est encore sur nous, car il est écrit "à donné" et il n'est pas écrit "à empesté".

Les Rabbanan ont enseigné : ceux qui sont offensés et n'offensent pas, qui entendent leur humiliation et ne répondent pas, qui agissent par amour et se réjouissent dans les souffrances, à leur sujet le verset dit : "Et ceux qui L'aiment sont comme le soleil quand il se lève dans sa puissance" (Choftim 5,31).

📜 Rachi (9)
לִבַּבְתַּנִי קְרֵבָתֵנִי:
Tu m'as ravi le cœur (libavtini) : tu m'as rapproché [de toi].
בַּתְּחִלָּה בְּקַבָּלָה שֶׁקִּבַּלְתֶּם אַחַת הוּא אֶצְלָם וּלְבַסּוֹף כְּשֶׁקִּיַּימְתֶּם שְׁתַּיִם יֵשׁ:
Au début : lors de l'acceptation que vous avez faite, il y a une seule [chose] chez eux ; et à la fin, quand vous avez accompli, il y en a deux.
עֲלוּבָה חֲצוּפָה דְּעֻולְבָּנָא לִישָּׁנָא דְּחֻוצְפָּא הִיא וְהָכִי אָמַר בְּמַס' גִּיטִּין:
Aluva : effrontée, car ulbana est un terme d'effronterie ; et c'est ce qu'il dit dans le traité Guittin.
מְזַנָּה בְּתוֹךְ חֻופָּתָהּ כְּיִשְׂרָאֵל כְּשֶׁעָמְדוּ בְּסִינַי וְעָשׂוּ הָעֵגֶל:
Qui se prostitue sous son dais : comme Israël, lorsqu'ils se tenaient au Sinaï et firent le veau.
בִּמְסִיבּוֹ בְּחֻופָּתוֹ:
À sa table (bi-mesibo) : sous son dais nuptial.
וַעֲדַייִן חַבִּיבוּתָא הִיא גַּבַּן אע"פ שֶׁהַמִּקְרָא מְסַפֵּר בִּגְנוּתֵנוּ הֶרְאָה לָנוּ לְשׁוֹן חִבָּה מִדְּלָא כְּתִיב הִסְרִיחַ:
Et l'affection est encore sur nous : bien que le verset raconte notre honte, il nous a montré un langage d'affection, puisqu'il n'a pas écrit "à empesté".
נָתַן עָזַב רֵיחוֹ הַטּוֹב לַאֲחֵרִים:
À donné (natan) : il a abandonné son bon parfum à d'autres.
הַנֶּעֱלָבִים וְאֵינָם עוֹלְבִים אֲחֵרִים בָּאִין עֲלֵיהֶם בְּחֻוצְפָּה וְלֹא הֵן עַל אֲחֵרִים:
Ceux qui sont offensés et n'offensent pas : d'autres viennent contre eux avec effronterie, et eux ne le font pas contre d'autres.
עוֹשִׂין מֵאַהֲבַת הַמָּקוֹם וּשְׂמֵחִים בְּיִסּוּרִים עַל עֲלִיבָה הַבָּאָה עֲלֵיהֶם:
Qui agissent par amour de Hachem (ha-Makom) et se réjouissent dans les souffrances : [les souffrances] de l'offense qui leur arrive.
🗂️ Tossefot (1)
וְלָא כְּתִיב הִסְרִיחַ לְשׁוֹן מְגֻונֶּה לֹא הָיָה לוֹ לִכְתֹּוב אֶלָּא כְּלוֹמַר וְלֹא כָּתַב עֵרֵב רֵיחוֹ דַּהֲוָה מַשְׁמַע הִסְרִיחַ אֶלָּא כָּתַב נָתַן לְשׁוֹן חֲבִיבוּת:
Et il n'est pas écrit "à empesté" : un terme grossier, [le verset] n'avait pas à l'écrire ; mais [le sens est] : il n'a pas écrit "son parfum s'est éloigné (arav)", ce qui aurait signifié "à empesté" ; il a écrit "à donné", terme d'affection.
🪔 Ben Yehoyada (3)
אָמַר עֻולָּא: עֲלוּבָה כַּלָּה מְזַנָּה מִתּוֹךְ חֻפָּתָהּ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מָה חִידֵּשׁ עֻולָּא עַל הַיָּדוּעַ? וְנִרְאֶה לִי שֶׁבָּא עֻולָּא לְהַקְטִין אַשְׁמָתָם לוֹמַר הַיֵּצֶר הָרַע גָּרַם לָהֶם שֶׁאֵין זֶה חֵטְא טִבְעִי, כִּי מִצַּד הַטֶּבַע הַכַּלָּה לֹא תִּזְנֶה בְּתוֹךְ חֻופָּתָהּ, שֶׁבַּעְלָהּ הוּא עוֹדֶנּוּ חָדָשׁ אֶצְלָהּ וְהוּא מְקֻושָּׁט כְּמֶלֶךְ בְּפָנֶיהָ, וְכֵן יִשְׂרָאֵל חֶטְאָם בְּתוֹךְ מ' יוֹם לְמַתַּן תּוֹרָה יָצָא מֵהַקַּשׁ הַטִּבְעִי, וּבְוַדַּאי הֵם הָיוּ אֲנוּסִים בְּכָךְ מִצַּד הַיֵּצֶר הָרַע שֶׁעֵשֶׂק אוֹתָם בָּזֶה, וְלָכֵן לֹא אָמַר 'חֲצוּפָה' כַּלָּה אֶלָּא אָמַר 'עֲלוּבָה' שֶׁהִיא עֲלוּבָה בְּדָבָר זֶה מֵאֲחֵרִים אֲשֶׁר פַתְוָה וְאָנְסוּ אוֹתָהּ בְּפִתּוּי שֶׁלָּהֶם שֶׁהִטְעוּ אוֹתָהּ בְּפִתּוּיָם, דְּכֵן יִשְׂרָאֵל הִטְעָה אוֹתָם הַשָּׂטָן בְּכַמָּה דְּבָרִים עַד שֶׁהֶכְרֵיחָם לְדָבָר זֶה, וְאֵין זֶה חֵטְא טִבְעִי שֶׁהַלֵּב נִמְשָׁךְ אַחֲרָיו בְּנָקֵל, וְרָמַז בְּאוֹמְרוֹ בְּתוֹךְ ח פַּת ה עַל פְּלוֹנִית שֶׁמִּסְפָּרָהּ ת"ף וְחַיְּילוֹתֶיהָ ת"ף, וְנִרְמְזוּ הַ'תָּף' בְּתוֹךְ תֵּיבַת חֻפָּתָהּ.
Oula a dit : effrontée (aluva) est la fiancée qui se prostitue sous son dais. On peut objecter : qu'a apporté Oula de nouveau par rapport à ce qui est connu ? Il me semble qu'Oula vient atténuer leur culpabilité, pour dire que le yetser ha-ra en fut la cause, et que ce n'est pas une faute naturelle. Car selon la nature, la fiancée ne se prostitue pas sous son dais : son mari est encore nouveau pour elle et il est paré devant elle comme un roi. De même, la faute d'Israël, dans les quarante jours du don de la Torah, sort de la logique naturelle ; ils y furent certainement contraints par le yetser ha-ra qui les opprima en cela. C'est pourquoi il n'a pas dit "effrontée" (hatsoufa) mais aluva, [au sens de] victime en cette affaire d'autres qui l'ont séduite et forcée par leur séduction et l'ont égarée. Ainsi le Satan égara Israël par plusieurs choses jusqu'à les contraindre à cela ; ce n'est pas une faute naturelle vers laquelle le cœur se laisse facilement entraîner. Et il a fait allusion, en disant be-toKH HuPaTaH (sous son dais), à une certaine [puissance impure] dont le nombre est 480 (TaF) et ses armées 480 : les lettres TaF sont contenues dans le mot houpata.
"עַד שֶׁהַמֶּלֶךְ בִּמְסִבּוֹ, נִרְדִּי נָתַן רֵיחוֹ". אָמַר רַב: וַעֲדַיִן חַבִּיבוּתָא הִיא גַּבַּן, דִּכְתִיב: "נָתַן", וְלָא כְּתִיב: "הִסְרִיחַ". יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת אַף עַל פִּי דִּכְתִיב 'נָתַן' שֶׁהוּא רְצוֹנוֹ לוֹמַר 'עָזַב' וְלֹא כָּתַב 'הִסְרִיחַ' אֵיךְ יִהְיֶה בָּזֶה חַבִּיבוּתָא? וְעוֹד לְשׁוֹן 'עֲדַיִן' הוּא מֻוקְשֶׁה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי 'נָתַן' יֵשׁ בּוֹ פֵּירוּשׁ 'עָזַב' וְיֵשׁ בּוֹ עוֹד פֵּירוּשׁ 'הוֹפִיעַ וְהוֹצִיא רֵיחוֹ הַטּוֹב' וְזֶהוּ חַבִּיבוּתָא, וְזֶה הַפֵּירוּשׁ אֶפְשָׁר לְהִתְקַייֵּם אִם יַעֲשׂוּ יִשְׂרָאֵל תְּשׁוּבָה מֵאַהֲבָה שֶׁבָּהּ יִתְהַפְּכוּ הַזְּדוֹנוֹת לִזְכִיּוֹת, לָזֶה אָמַר עֲדַיִן פֵּירוּשׁ שֶׁל חַבִּיבוּתָא הוּא גַּבָּן .
"Tandis que le roi était à sa table, mon nard a donné son parfum." Rav a dit : l'affection est encore sur nous, car il est écrit "à donné" et non "à empesté". On peut objecter : même s'il est écrit "à donné", qui veut dire "à abandonné", et non "à empesté", en quoi y aurait-il là de l'affection ? De plus, le mot "encore" est difficile. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que natan a le sens de "a abandonné", et aussi un autre sens : "a fait paraître et exhalé son bon parfum" ; et c'est cela l'affection. Ce sens peut se réaliser si Israël fait techouva par amour, par laquelle les fautes volontaires se changent en mérites. C'est pourquoi il dit "encore" : le sens d'affection est [toujours possible] pour nous.
מַאי דִכְתִיב: (שִׁיר הַשִּׁירִים ד, ט) "לִבַּבְתַּנִי אֲחֹתִי כָּלֶה, לִבַּבְתַּנִי בְּאַחַת מֵעֵינֶיךָ". בַּתְּחִלָּה "בְּאַחַת מֵעֵינֶיךָ", לִכְשֶׁתַּעֲשִׂי "בִּשְׁתֵּי עֵינֶיךָ". נִרְאֶה לִי בס"ד, דְּיָדוּעַ מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל דְּהָעֵינַיִם הֵם חו"ב [חָכְמָה וּבִינָה] שֶׁבַּחָכְמָה, והחו"ב הֵם בִּדְחִילוּ וּרְחִימוּ, וְהַיְינוּ 'חָכְמָה יֵרָאֶה בִּינָה אַהֲבָה' וְלָזֶה אָמַר בַּתְּחִלָּה בְּאַחַת מֵעֵינֶיךָ יִרְאֶה בִּלְבַד וְלִכְשֶׁתַּעֲשִׂי תִּתְקַדְּשִׁי יוֹתֵר וְתִתְקָרְבִי לִקְדֻושָּׁה שֶׁתִּזְכֵּי גַּם לְאַהֲבָה. אוֹ נִרְאֶה לִי בס"ד הַתּוֹרָה יֵשׁ בָּהּ חֵלֶק נִגְלֶה וְחֵלֶק נִסְתָּר, וְהָעֵינַיִם שֶׁהֵם מוֹרִין עַל עֵינֵי הַשֵּׂכֶל שֶׁבּוֹ עוֹסֵק בַּתּוֹרָה וְרוֹאֶה בָּהּ, הִנֵּה עַיִן יָמִין רֶמֶז עַל חֵלֶק הַנִּסְתָּר כִּי הוּא הַמְיֻומָּן, וְעַיִן שְׂמֹאל עַל חֵלֶק הַנִּגְלֶה, וְהָאָדָם יַעֲסֹוק תְּחִלָּה בְּנִגְלֶה, וְאַחַר שֶׁיִּהְיֶה לוֹ יְסוֹדוֹת חֲזָקִים בְּלִימּוּד הַנִּגְלֶה אָז יַעֲסֹוק בְּלִימּוּד הַנִּסְתָּר, וְאֵין רָאוּי שֶׁיָּעִיז פָּנָיו לָגֶשֶׁת אֶל לִימּוּד הַנִּסְתָּר מִקַּטְנוּתוֹ , וְזֶהוּ כְּדִמְיוֹן הַכַּלָּה שֶׁבּוֹשָׁה לְהַבִּיט בְּבַעְלָהּ בִּזְמַן חֻופָּתָהּ בִּשְׁתֵּי עֵינֶיהָ, אֶלָּא סוֹגֶרֶת אַחַת וְרוֹאָה בְּאַחַת, אֲבָל אַחַר שֶׁנַּעֲשֵׂית לוֹ אִשָּׁה גְּמוּרָה אָז מַבֶּטֶת בּוֹ בִּשְׁתֵּי עֵינֶיהָ, וְכֵן הָעִנְיָן בְּלִימּוּד הַתּוֹרָה הֲנֵז', וְזֶהוּ לִכְשֶׁתַּעֲשִׂי יְסוֹדוֹת חֲזָקִים בְּלִימּוּד הַנִּגְלֶה אָז תִּרְאִי בִּשְׁתֵּי עֵינֶיךָ .
Que signifie ce qui est écrit : "Tu m'as ravi le cœur, ma sœur, ma fiancée, par un seul de tes yeux" ? Au début par un seul de tes yeux, quand tu accompliras par tes deux yeux. Il me semble, avec l'aide du Ciel : on connaît ce qu'a dit notre maître le Ari que les yeux sont ''Hokhma et Bina de ''Hokhma, et que ''Hokhma et Bina sont dans la crainte et l'amour (de'hilou u-re'himou), c'est-à-dire "''Hokhma est crainte, Bina est amour". C'est pourquoi il dit : au début par un seul de tes yeux, la crainte seulement ; et quand tu accompliras, tu te sanctifieras davantage et tu te rapprocheras de la sainteté, et tu mériteras aussi l'amour. Ou bien il me semble, avec l'aide du Ciel : la Torah comporte une partie révélée et une partie cachée. Les yeux désignent les yeux de l'intellect par lesquels on s'occupe de la Torah et on y voit ; l'œil droit fait allusion à la partie cachée, qui est la plus éminente, et l'œil gauche à la partie révélée. L'homme doit s'occuper d'abord du révélé, et après avoir acquis des fondements solides dans l'étude du révélé, il s'occupera de l'étude du caché ; il ne convient pas qu'il ait l'audace d'aborder l'étude du caché des sa jeunesse. C'est comme la fiancée qui a honte de regarder son mari au moment de la houpa avec ses deux yeux : elle en ferme un et regarde avec l'autre ; mais une fois devenue pleinement son épouse, elle le regarde avec ses deux yeux. Il en est de même pour l'étude de la Torah mentionnée : quand tu te seras fait des fondements solides dans l'étude du révélé, alors tu regarderas avec tes deux yeux.
💡 Explication

Trois enseignements sur le lien entre Israël et Hachem au Sinaï. Un œil / deux yeux : l'acceptation (kabbala) valait déjà un œil, l'accomplissement en vaut deux. Oula emploie ensuite l'image sévère de la fiancée infidèle sous la houpa : le veau d'or a eu lieu quarante jours après le don de la Torah.

Rav note la délicatesse du verset : il dit natan reho (a donné son parfum) au lieu d'un terme de puanteur. La baraita finale fait l'éloge de ceux qui supportent l'offense sans répondre.

3
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מַאי דִכְתִיב ״ה׳ יִתֶּן אֹמֶר הַמְבַשְּׂרוֹת צָבָא רָב״ — כָּל דִּיבּוּר וְדִיבּוּר שֶׁיָּצָא מִפִּי הַגְּבוּרָה נֶחֱלַק לְשִׁבְעִים לְשׁוֹנוֹת. תָּנֵי דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: ״וּכְפַטִּישׁ יְפֹצֵץ סָלַע״, מַה פַּטִּישׁ זֶה נֶחֱלָק לְכַמָּה נִיצוֹצוֹת — אַף כָּל דִּיבּוּר וְדִיבּוּר שֶׁיָּצָא מִפִּי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא נֶחֱלַק לְשִׁבְעִים לְשׁוֹנוֹת. אָמַר רַב חֲנַנְאֵל בַּר פָּפָּא: מַאי דִכְתִיב ״שִׁמְעוּ כִּי נְגִידִים אֲדַבֵּר״ — לָמָּה נִמְשְׁלוּ דִּבְרֵי תוֹרָה כְּנָגִיד, לוֹמַר לָךְ: מַה נָגִיד זֶה יֵשׁ בּוֹ לְהָמִית וּלְהַחֲיוֹת, אַף דִּבְרֵי תוֹרָה יֶשׁ בָּם לְהָמִית וּלְהַחֲיוֹת.

R. Yo'hanan a dit : que signifie ce qui est écrit : "Hachem donne la parole ; celles qui l'annoncent sont une grande armée" (Tehilim 68,12) ?

Chaque parole sortie de la bouche de la Puissance (ha-Guevoura) s'est divisée en soixante-dix langues. L'école de R.

Yichmael a enseigné : "Et comme un marteau qui fait éclater le rocher" (Yirmeyahou 23,29) : de même que ce marteau se divise en plusieurs étincelles, ainsi chaque parole sortie de la bouche du Saint béni soit-Il s'est divisée en soixante-dix langues. Rav Hananel bar Papa a dit : que signifie ce qui est écrit : "Écoutez, car je dirai des choses princières (neguidim)" (Michle 8,6) ?

Pourquoi les paroles de Torah sont-elles comparées à un prince (naguid) ? Pour te dire : de même que ce prince a le pouvoir de faire mourir et de faire vivre, ainsi les paroles de Torah ont le pouvoir de faire mourir et de faire vivre.

📜 Rachi (2)
צָבָא רַב כָּל הָאֻומּוֹת:
Une grande armée : toutes les nations.
מַה פַּטִּישׁ מִתְחַלֵּק הַסֶּלַע עַל יָדוֹ לְכַמָּה נִיצוֹצוֹת:
De même que le marteau : le rocher se divise par lui en plusieurs étincelles.
🗂️ Tossefot (1)
מַה פַּטִּישׁ זֶה מִתְחַלֵּק לְכַמָּה נִיצוֹצוֹת הִקְשָׁה רַבֵּינוּ שְׁמוּאֵל וְהָא קְרָא מַשְׁמַע דְּהַפַּטִּישׁ מְפוֹצֵץ אֶת הַסֶּלַע מִדְּלָא כְּתִיב וְהַפַּטִּישׁ יְפוֹצְצֶנּוּ סֶלַע וְכֵן אָנוּ רוֹאִין שֶׁהַפַּטִּישׁ מְפוֹצֵץ סְלָעִים וְלֵיכָּא לְמִיגְרַס מַה סֶלַע מִתְחַלֵּק לְכַמָּה נִיצוֹצוֹת דְּהָא דִּיבּוּר דְּהַייְנוּ תּוֹרָה נִמְשְׁלָה לְפַטִּישׁ וְלֹא לְסֶלַע וּבַקּוּנְטְרֵס פִּי' מַה פַּטִּישׁ מִתְחַלֵּק הַסֶּלַע עַל יָדוֹ וְאֵינוֹ מְיֻושָּׁב שֶׁהַדִּיבּוּר הוּא עַצְמוֹ מִתְחַלֵּק וְאֵינוֹ דִּמְיוֹן גָּמוּר וְאוֹמֵר ר"ת דִּקְרָא מַייְרֵי בְּאֶבֶן הַמְפוֹצֵץ בַּרְזֶל דְּאָמַר בְּמִדְרַשׁ חֲזֵית מַעֲשֶׂה בְּאֶחָד שֶׁקָּנָה סְנַפִּירִין וּבָא לְבָודְקָהּ נְתָנָהּ עַל הַסַּדָּן וְהִכָּה עָלֶיהָ בְּקוּרְנָס נֶחֱלַק הַפַּטִּישׁ וְנִשְׁבַּר הַסַּדָּן וּסְנַפִּירִין לֹא זָז מִמְּקוֹמוֹ הה"ד וּכְפַטִּישׁ יְפוֹצֵץ סָלַע וְאַף עַל גַּב דְּלָא כְּתִיב יְפוֹצְצֶנּוּ סֶלַע הַרְבֵּה פְּסוּקִים יֵשׁ כְּעִנְיָן זֶה אֲבָנִים שָׁחֲקוּ מַיִם (אִיּוֹב י״ד:י״ט) פִּי' שָׁחֲקוּ אוֹתָן מַיִם וְאָתוּ שַׁפִּיר דְּאָמַר בפ"ק דְּקִדּוּשִׁין (דַּף ל:) תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּנִי אִם פָּגַע בְּךָ מְנֻוָּול זֶה מָשְׁכֵהוּ לביהמ"ד וְאִם אֶבֶן הוּא נִמּוֹחַ שְׁנָא' אֲבָנִים שָׁחֲקוּ מַיִם פֵּירוּשׁ שָׁחֲקוּ אוֹתָם מַיִם וְאִם בַּרְזֶל הוּא מִתְפּוֹצֵץ פֵּירוּשׁ אִם יֵצֶר הָרַע מִתְחַזֵּק עָלָיו כְּבַרְזֶל מִתְפּוֹצֵץ שֶׁנֶּאֱמַר וּכְפַטִּישׁ יְפֹוצֵץ סָלַע וְאַף עַל פִּי דְּהָתָם מְדַמֶּה יצה"ר לְפַטִּישׁ וְכָאן מְדַמֶּה ד"ת לְפַטִּישׁ אֵין לָחוּשׁ דְּמִקְּרָא אֶחָד יוֹצֵא לְכַמָּה טְעָמִים:
De même que ce marteau se divise en plusieurs étincelles : Rabbenou Chemouel a objecté : le verset implique que le marteau fait éclater le rocher, puisqu'il n'est pas écrit "et [comme] le marteau que le rocher fait éclater" ; et nous voyons aussi que le marteau fait éclater les rochers. On ne peut pas lire "de même que le rocher se divise en plusieurs étincelles", car la parole, c'est-à-dire la Torah, est comparée au marteau et non au rocher. Dans le Kountras (Rachi), il explique : "de même que le marteau, le rocher se divise par lui" ; mais ce n'est pas satisfaisant, car [dans la derasha] c'est la parole elle-même qui se divise, et la comparaison n'est pas complète. Rabbenou Tam dit que le verset parle d'une pierre qui fait éclater le fer, comme on le dit dans le Midrach Hazit : il arriva qu'un homme acheta un sanpirin (pierre précieuse) ; il vint l'éprouver, le posa sur l'enclume et frappa dessus avec un marteau : le marteau se fendit, l'enclume se brisa, et le sanpirin ne bougea pas de sa place. C'est ce qui est écrit : "et comme un marteau [que] le rocher fait éclater". Et bien qu'il ne soit pas écrit "que le rocher le fait éclater", il y a beaucoup de versets de ce genre : "avanim shahakou mayim" (Iyov 14,19), qui signifie : les eaux les ont usées. Et cela concorde avec ce qu'on dit au premier chapitre de Kiddouchin (30b) : l'école de R. Yichmael a enseigné : mon fils, si ce vil [yetser ha-ra] te rencontre, entraîne-le à la maison d'étude ; s'il est pierre, il se dissout, comme il est dit "les eaux ont usé les pierres" (c'est-à-dire les eaux les ont usées) ; s'il est fer, il éclate, c'est-à-dire : si le yetser ha-ra se renforce contre lui comme du fer, il éclate, comme il est dit "et comme un marteau [que] le rocher fait éclater". Et bien que là-bas on compare le yetser ha-ra au marteau et ici les paroles de Torah au marteau, il n'y a pas à s'en inquiéter, car un verset donne lieu à plusieurs sens.
🪔 Ben Yehoyada (2)
"וּכְפַטִּישׁ יְפֹצֵץ סָלַע" מַה פַּטִּישׁ זֶה נֶחֱלָק לְכַמָּה נִיצוֹצוֹת. עַייֵּן רַשִׁ"י זַ"ל [מִתְחַלֵּק הַסֶּלַע עַל יָדוֹ לְכַמָּה נִיצוֹצוֹת] וּלְפִי דְּבָרָיו נִרְאֶה לִי הַכַּוָּנָה כָּךְ, דְּהַ 'סֶלַע' רֶמֶז לַתּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב שֶׁהִיא תֵּיבוֹת וְאוֹתִיּוֹת הַקְּבוּעִים בִּכְתָב עַל הַסֵּפֶר, וְיָדוּעַ כִּי הָאוֹתִיּוֹת נִקְרָאָם 'אֲבָנִים' כַּנִּזְכָּר בְּסֵפֶר יְצִירָה, וְהַסֶּלַע הוּא אֶבֶן, וְהַ 'פַּטִּישׁ' רֶמֶז לַתּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁהִיא י"ג מִדּוֹת וְעוֹד כְּלָלִים רַבִּים שֶׁהֵם קַבָּלָה וּמָסֹורֶת, וַאֲנַחְנוּ דּוֹרְשִׁים אֶת הַדְּבָרִים הַכְּתוּבִים בַּתּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב שֶׁהֵם מְכַוְּנִים בְּשֵׁם 'סֶלַע' עַל יְדֵי אוֹתָם הַמִּדּוֹת וְהַכְּלָלִים שֶׁקִּבַּלְנוּ בַּתּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה, וְעַל יְדֵי כָּךְ אֲנַחְנוּ עוֹשִׂים שִׁבְעִים פָּנִים לְדִבְרֵי תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב, וְזֶהוּ מַמָּשׁ כְּמוֹ מַעֲשֵׂה הַפַּטִּישׁ שֶׁמַּכֶּה בְּסֶלַע וּמִכּוֹחוֹ נֶחֱלַק הַסֶּלַע לְכַמָּה חֲלָקִים, כֵּן יָבֹא זֶה הַכְּלָל אוֹ הַמִּדָּה אֲשֶׁר בַּתּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה הַמְכֻונֶּה בְּשֵׁם 'פַּטִּישׁ' וְיַכֶּה בְּתֵיבָה אוֹ אוֹת מִתּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב הַמְכֻונֶּה בְּשֵׁם 'סֶלַע' וִיחַלְּקֵהוּ לְכַמָּה עִנְייָנִים שֶׁמּוֹצִיא עַל יְדֵי כָּךְ מִמֶּנּוּ כַּמָּה הֲלָכוֹת, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל כָּל קוֹץ וְקוֹץ מִדִּבְרֵי תּוֹרָה יֵשׁ בּוֹ תִּלֵּי תִּלִּים שֶׁל הֲלָכוֹת. וְהָא דְּקָאָמַר מַה פַּטִּישׁ זֶה נֶחֱלָק לְכַמָּה נִיצוֹצוֹת , אֵין הַפַּטִּישׁ נֶחֱלָק אֶלָּא הַכַּוָּנָה עַל הַכֹּחַ הַיּוֹצֵא מִן הַפַּטִּישׁ שֶׁנֶּאֱחַז בַּסֶּלַע וּמְחַלְּקוֹ לְכַמָּה חֲלָקִים. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד מַה שֶׁדִּמָּה זֶה לְפַטִּישׁ, כִּי פַּטִּישׁ בְּהִפּוּךְ אַתָּוָון פְּשָׁטִי , וְהַתּוֹרָה יֵשׁ בָּהּ ד' חֲלָקִים שֶׁהֵם פַּרְדֵּ"ס, וַאֲנַחְנוּ לוֹקְחִים הַפְּשָׁט שֶׁל הַתּוֹרָה וְעוֹשִׂים בּוֹ דְּרָשׁוֹת וּרְמָזִים, וְנִמְצָא עַל יְדֵי כָּךְ הַפְּשָׁט יִתְחַלֵּק לְשִׁבְעִים פָּנִים.
"Et comme un marteau qui fait éclater le rocher" : de même que ce marteau se divise en plusieurs étincelles. Vois Rachi [le rocher se divise par lui en plusieurs étincelles]. Selon ses paroles, il me semble que le sens est le suivant : le "rocher" fait allusion à la Torah écrite, faite de mots et de lettres fixes par écrit dans le livre ; on sait que les lettres sont appelées "pierres", comme il est dit dans le Sefer Yetsira, et le rocher est une pierre. Le "marteau" fait allusion à la Torah orale, qui comprend les treize middot et beaucoup d'autres règles, qui sont tradition et transmission. Nous interprétons les paroles écrites dans la Torah écrite, appelées "rocher", au moyen de ces middot et règles reçues dans la Torah orale, et ainsi nous donnons soixante-dix visages aux paroles de la Torah écrite. C'est exactement comme l'action du marteau qui frappe le rocher, et par sa force le rocher se divise en plusieurs morceaux. Ainsi vient telle règle ou middah de la Torah orale, appelée "marteau", qui frappe un mot ou une lettre de la Torah écrite, appelée "rocher", et la divise en plusieurs sujets, dont on tire ainsi plusieurs halakhot, comme l'ont dit nos Sages : chaque trait de lettre des paroles de Torah contient des monceaux de halakhot. Et ce qu'il dit "de même que ce marteau se divise en plusieurs étincelles" : le marteau ne se divise pas ; le sens vise la force sortant du marteau, qui saisit le rocher et le divise en plusieurs parties. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, [la raison] pour laquelle il l'a comparé à un marteau (PaTiCH) : par inversion des lettres, on a PeCHaTi (mon pchat). La Torah a quatre parties, qui sont PaRDeS ; nous prenons le pchat de la Torah et nous en faisons des derachot et des allusions ; ainsi le pchat se divise en soixante-dix visages.
לָמָּה נִמְשְׁלוּ דִּבְרֵי תוֹרָה כְּנָגִיד? לוֹמַר לְךָ: מַה נָגִיד זֶה, יֵשׁ בּוֹ לְהָמִית וּלְהַחֲיוֹת, אַף דִבְרֵי תוֹרָה, יֵשׁ בּוֹ לְהָמִית וּלְהַחֲיוֹת. נִרְאֶה לִי בס"ד עִנְיָן זֶה בְּאוֹתִיּוֹת 'נג יָד' כִּי חֲצִי הָאֶחָד הוּא נ ו"ן גֵּי מ"ל שֶׁהַמִּלּוּי שְׁנֵי אוֹתִיּוֹת אֵלּוּ הֵמָּה 'מָלוֹן' וְהוּא עִנְיַן מְנוּחָה כְּמוֹ (תְּהִלִּים צא, א) בְּצֵל שַׁדַּי יִתְלוֹנָן, (תְּהִלִּים כה, יג) נַפְשׁוֹ בְּטוֹב תָּלִין, וְלָכֵן בֵּית הָאוֹרְחִים נִקְרָא מָלוֹן עַל שֵׁם הַמְּנוּחָה שֶׁנָּחִים שָׁם, וְלָכֵן הַשֵּׁינָה נִקְרֵאת 'לִינָה' וְכַנִּזְכָּר בְּסֵפֶר הַשֹּׁרֶשׁ, נִמְצָא שְׁנֵי אוֹתִיּוֹת נוּ"ן גִּימֶ"ל שֶׁל 'נָגִיד' יֵשׁ בָּהֶם עִנְיָן שֶׁל חַיִּים, כִּי הַמְּנוּחָה הִיא הַחַיִּים כַּיָּדוּעַ, וּבִשְׁנֵי אוֹתִיּוֹת י ו"ד ד ל"ת שֶׁל 'נג יָד' יֵשׁ אוֹתִיּוֹת 'דַּלּוּת' שֶׁהוּא עִנְיַן הַמִּיתָה, כִּי הֶעָנִי חָשׁוּב כְּמֵת, נִמְצָא בְּשֵׁם 'נָגִיד' יֵשׁ בּוֹ רֶמֶז לְהָמִית וּלְהַחֲיוֹת.
Pourquoi les paroles de Torah sont-elles comparées à un prince (naguid) ? Pour te dire : de même que ce prince a le pouvoir de faire mourir et de faire vivre, ainsi les paroles de Torah ont le pouvoir de faire mourir et de faire vivre. Il me semble, avec l'aide du Ciel, [trouver] cela dans les lettres de NaGuID. Une moitié est NOUN GUIMEL ; les lettres de remplissage de ces deux lettres forment MeLON, qui est un terme de repos, comme "à l'ombre de Chadai il repose (yitlonan)" (Tehilim 91,1), "son âme reposera (talin) dans le bien" (Tehilim 25,13) ; c'est pourquoi l'hôtellerie est appelée malon, à cause du repos qu'on y prend, et le sommeil est appelé lina, comme il est dit dans le Sefer ha-Chorachim. Ainsi les deux lettres NOUN GUIMEL de naguid contiennent une notion de vie, car le repos est la vie, comme on le sait. Et dans les deux lettres YOD DALET de naguid il y a les lettres de DaLOuT (pauvreté), qui est une notion de mort, car le pauvre est considéré comme mort. Ainsi le nom naguid contient une allusion à faire mourir et à faire vivre.
💡 Explication

Deux images pour la pluralité du sens de la parole divine : elle se divise en soixante-dix langues (les soixante-dix nations), comme les éclats projetés par un marteau. Tossefot discute qui éclate dans le verset de Yirmeyahou : Rachi fait éclater le rocher, Rabbenou Tam fait éclater le marteau contre une pierre plus dure, ce qui colle mieux à la derasha où c'est la parole (le marteau) qui se divise.

Le naguid (prince) a droit de vie et de mort : la Torah aussi, selon la manière dont on l'étudie (voir le segment suivant).

🖼️ Schéma
Ve-kha-pattich yefotsets sela : qui se brise ?Derashachaque parole se divise en 70 languesRachiLe marteau frappe le rocheret le rocher éclate en étincelles.Objection (Tossefot) : dans la derashac'est la parole elle-même quise divise, comme le marteau...Rabbenou TamLe rocher (sanpirin) brise le marteau :yefotsets sela = le rocher lefait éclater (Midrach Hazit).La parole = le marteauqui se divise en éclats.Même construction : avanim shahakou mayim = les eaux ont usé les pierres (Iyov 14,19).
Lecture de Rachi et lecture de Rabbenou Tam du verset de Yirmeyahou 23,29.
4
הַייְנוּ דְּאָמַר רָבָא: לַמַּייְמִינִין בָּהּ סַמָּא דְחַיֵּי, לְמַשְׂמְאִילִים בָּהּ סַמָּא דְמוֹתָא. דָּבָר אַחֵר: ״נְגִידִים״ — כָּל דִּיבּוּר וְדִיבּוּר שֶׁיָּצָא מִפִּי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא קוֹשְׁרִים לוֹ שְׁנֵי כְתָרִים. אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: מַאי דִכְתִיב: ״צְרוֹר הַמֹּור דּוֹדִי לִי בֵּין שָׁדַי יָלִין״ — אָמְרָה כְּנֶסֶת יִשְׂרָאֵל לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם אַף עַל פִּי שֶׁמֵּיצֵר וּמֵימֵר לִי דּוֹדִי — ״בֵּין שַׁדַּי יָלִין״. ״אֶשְׁכֹּל הַכֹּפֶר דּוֹדִי לִי בְּכַרְמֵי עֵין גֶּדִי״ — מִי שֶׁהַכֹּל שֶׁלּוֹ מְכַפֵּר לִי עַל עֲוֹן גְּדִי שֶׁכָּרַמְתִּי לִי. מַאי מַשְׁמַע דְּהַאי ״כַּרְמִי״ לִישָּׁנָא דִּמְכַנֵּשׁ הוּא? אָמַר מָר זוּטְרָא בְּרֵיהּ דְּרַב נַחְמָן, כְּדִתְנַן: כִּסֵּא שֶׁל כּוֹבֵס שֶׁכּוֹרְמִים עָלָיו אֶת הַכֵּלִים.

C'est ce qu'a dit Rava : pour ceux qui s'y prennent de la main droite, elle est un remède de vie ; pour ceux qui s'y prennent de la main gauche, elle est un poison de mort. Autre explication : "neguidim" : à chaque parole sortie de la bouche du Saint béni soit-Il, on attache deux couronnes.

R. Yehochoua ben Levi a dit : que signifie ce qui est écrit : "Mon bien-aimé est pour moi un sachet de myrrhe, qui repose entre mes seins" (Chir ha-Chirim 1,13) ?

La Communauté d'Israël a dit devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, bien que mon bien-aimé m'afflige et me cause de l'amertume (meitsar u-meimar), "il repose entre mes seins". "Mon bien-aimé est pour moi une grappe de henné (echkol ha-kofer) dans les vignes (karmei) d'Ein Guédi" (ibid.

1,14) : Celui à qui tout appartient (che-ha-kol chelo) me pardonne (mekhaper) la faute du chevreau (avon guedi) que j'ai amassé pour moi (che-karamti). D'où déduit-on que ce "karmei" est un terme de rassemblement ?

Mar Zoutra, fils de Rav Nahman, a dit : comme nous l'avons appris [dans une michna] : la chaise du blanchisseur sur laquelle on rassemble (koremim) les vêtements.

📜 Rachi (7)
לַמַּייְמִינִים עֲסוּקִים בְּכָל כֹּחָם וּטְרוּדִים לָדַעַת סוֹדָה כְּאָדָם הַמִּשְׁתַּמֵּשׁ בְּיַד יְמִינוֹ שֶׁהִיא עִיקָּר:
Pour ceux qui s'y prennent de la main droite : ceux qui s'y consacrent de toutes leurs forces et s'appliquent à connaître son secret, comme l'homme qui se sert de sa main droite, qui est la principale.
קוֹשְׁרִים לוֹ שְׁנֵי כְתָרִים לַדִּבּוּר שֶׁהָיָה בּוֹ מַמָּשׁ וְנִרְאֶה כְּדִכְתִיב רוֹאִים אֶת הַקּוֹלוֹת (שְׁמוֹת כ׳:ט״ו):
On lui attache deux couronnes : à la parole, qui avait une consistance et était visible, comme il est écrit "ils voyaient les voix" (Chemot 20,15).
אע"פ שֶׁמֵּיצֵר וּמֵימֵר לִי דּוֹדִי בָּעֵגֶל שֶׁאָמַר הוֹרֵד עָדֶיךָ:
Bien que mon bien-aimé m'afflige et me cause de l'amertume : lors du veau, quand Il dit "Ôte tes parures".
בֵּין שַׁדַּי יָלִין אָמַר מִיָּד לַעֲשׂוֹת לוֹ מִשְׁכָּן לִהְיוֹת מְצֻומְצֶמֶת שְׁכִינָתוֹ בֵּין שְׁנֵי הַבַּדִּים שֶׁנִּרְאֵי' בְּמִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן כִּשְׁנֵי שֵׁדִים דּוֹחֲקִין וּבוֹלְטִין בַּפָּרֹוכֶת שֶׁכְּנֶגֶד הַפֶּתַח:
Il repose entre mes seins : Il dit aussitôt de Lui faire un Michkan, pour que Sa Chekhina soit concentrée entre les deux barres [de l'arche], qui apparaissaient au premier Temple comme deux seins pressant et saillant dans le rideau (parokhet) face à l'entrée.
עֵין גֶּדִי עֲוֹן עֵגֶל שֶׁהוּא מִין בְּהֵמָה לָשׁוֹן אַחֵר לְשׁוֹן עַכּוּ"ם הָעוֹרְכִים לַגַּד שֻׁלְחָן (יְשַׁעְיָהוּ ס״ה:י״א):
Ein Guédi : la faute du veau, qui est une espèce de bête. Autre explication : terme d'idolâtrie, "qui dressent une table à Gad" (Yechayahou 65,11).
שֶׁכָּרַמְתִּי שֶׁאָסַפְתִּי לְהִתְאַוּוֹת אֱלֹהוּת הַרְבֵּה כְּדִכְתִיב אֵלֶּה אֱ-לֹהֶיךָ יִשְׂרָאֵל (שְׁמוֹת ל״ב:ד׳):
Que j'ai amassé (che-karamti) : que j'ai rassemblé pour désirer de nombreuses divinités, comme il est écrit : "Voici tes dieux, Israël" (Chemot 32,4).
שֶׁכּוֹרְמִים עָלָיו שֶׁמְּאַסְּפִין עָלָיו אֶת הַבְּגָדִים וְהוּא דַּף אֲרֻוכָּה וּמְנֻוקֶּבֶת נְקָבִים הַרְבֵּה וּמַנִּיחַ הַמֻּוגְמָר תַּחְתֶּיהָ וְהַכֵּלִים מִתְגַּמְּרִין מִדֶּרֶךְ הַנְּקָבִים לִישָּׁנָא דְּמִיכְנַשׁ גָּרְסִינַן:
Sur laquelle on rassemble (koremim) : on y rassemble les vêtements. C'est une longue planche percée de nombreux trous ; on place l'encens dessous et les vêtements sont parfumés par les trous. Nous lisons [ici] le sens de "rassembler".
🪔 Ben Yehoyada (3)
לַמֵּימִינִים בָּהּ, סַמָּא דְּחַיֵּי, לַמַּשְׂמְאִילִים בָּהּ, סַמָּא דְּמוֹתָא. נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁהַתּוֹרָה נִקְרֵאת 'עֹז' כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים כט, יא) ה' עֹז לְעַמּוֹ יִתֵּן, וְלַמֵּימִינִים בָּהּ נִקְרָא הַשֵּׁם עז שֶׁלָּהּ מִיָּמִין לִשְׂמֹאל בְּיֹושֶׁר שֶׁהוּא לְשׁוֹן 'חַיִּים' כִּי הַחַיִּים הֵם 'עֹז' לָאָדָם, וְלַמַּשְׂמְאִילִים בָּהּ נִקְרָא הַשֵּׁם עֹז שֶׁלָּהּ לָהֶם מִשְּׂמֹאל לְיָמִין 'זָע' שֶׁהוּא עִנְיַן 'מִיתָה', כִּי בָּמוֹת זָע הָאָדָם מֵחֶרֶב מַלְאַךְ הַמָּוֶת וְנָח נַפְשֵׁיהּ. אוֹ יוּבָן בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב הָרַב בִּרְכַּת טוֹב זַ"ל (בַּלִּיקּוּטִים דַּף יח, ע"ד) כִּי סנדלפו"ן ה"ס [הוּא סוֹד] הַיְּצִירָה, ומט"ט סוֹד הָעֲשִׂיָּה, ואכתריא"ל סוֹד הַבְּרִיאָה, וז"ס מַה שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (חֲגִיגָה ט:) אֵינוֹ דּוֹמֶה שׁוֹנֶה פִּרְקוֹ מֵאָה לְשׁוֹנֶה מֵאָה וְאֶחָד, שֶׁנִּתְבָּאֵר בס"ה הַקְּטַנִּים פָּרָשַׁת וַיִּקְרָא דְּכָל מַלְאָךְ חָקוּק בְּמִצְחוֹ אוֹת רִאשׁוֹן דִּשְׁמוֹ שֶׁהוּא עִיקַּר הַשֵּׁם, וְהַשּׁוֹנֶה מֵאָה אֵין בְּיָדוֹ אֶלָּא אוֹתִיּוֹת מ"ס ד מ ט"ט ו ס נדלפו"ן, אֲבָל שׁוֹנֶה מֵאָה וְאֶחָד יֵשׁ לוֹ גַּם כְּנֶגֶד א' שֶׁל א כתריא"ל, נִמְצָא כָּל עוֹלָמוֹת בי"ע [בְּרִיאָה,יְצִירָה, עֲשִׂיָּה] מְתֻוקָּנִים אֶצְלוֹ עַד כָּאן דְּבָרָיו עַייֵּן שָׁם. וַאֲנָא עָבְדָא אֲמַלֵּא דִּבְרֵי הַהַקְדָּמָה הֲנֵז' כַּמָּה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל, שֶׁהַתּוֹרָה נָתְנָה לָנוּ מֵעוֹלָם הַבְּרִיאָה, וּנְשָׁמוֹת יִשְׂרָאֵל גַּם כֵּן מֵעוֹלָם הַבְּרִיאָה בְּסוֹד בָּרוּךְ אֱ-לֹהֵינוּ שֶׁבְּרָאָנוּ לִכְבוֹדוֹ וְהִבְדִּילָנוּ מִן הַתּוֹעִים וְנָתַן לָנוּ תּוֹרַת אֱמֶת וְכוּ', נִמְצָא הַתּוֹרָה כּוֹלֶלֶת כֹּל ג' עוֹלָמוֹת בי"ע, לְכָךְ צָרִיךְ שֶׁיִּלְמֹוד ק"א [101] פְּעָמִים שֶׁהוּא כְּנֶגֶד רָאשֵׁי תֵּיבוֹת שְׁלֹשָׁה שָׂרִים הֲנֵז' [ ס נדלפו"ן, מ ט"ט, א כתריא"ל] , וּבָזֶה יוּבָן לַמֵּימִינִים בָּהּ סַמָּא דְּחַיֵּי , נִמְשַׁךְ לוֹ שֶׁפַע מִן רָאשֵׁי תֵּיבוֹת שְׁלֹשָׁה שָׂרִים שֶׁל בי"ע שֶׁהֵם 'סַמָּא' כְּסִדְרָן מִתַּתָּא לְעֵילָּא, וּמַשְׂמְאִילִים סַמָּא דְּמוֹתָא , שֶׁשּׁוֹלְטִים בּוֹ אוֹתִיּוֹת 'סַמָּא' שֶׁל הַמֵּת שֶׁהוּא פְּלוֹנִי שֶׁיֵּשׁ בִּשְׁמוֹ סמ"א. וְנִרְאֶה לְכָךְ אוֹתִיּוֹת 'מֹשֶׁה' בִּמְלוֹאָם כָּזֶה מֵ"ם שִׁי"ן הֵ"א [101] הֵם מִסְפַּר ק"א, שֶׁהוּא זָכָה אֶל הַנְּשָׁמוֹת דִּבְרִיאָה כַּנּוֹדָע.
Pour ceux qui s'y prennent de la main droite, un remède de vie ; de la main gauche, un poison de mort. Il me semble, avec l'aide du Ciel : la Torah est appelée OZ (force), comme il est dit : "Hachem donnera la force (oz) à Son peuple" (Tehilim 29,11). Pour ceux qui s'y prennent de la main droite, son nom oz se lit de droite à gauche, dans l'ordre, et c'est un terme de vie, car la vie est la force de l'homme. Pour ceux qui s'y prennent de la main gauche, son nom oz se lit pour eux de gauche à droite : ZA (il tremble), qui est une notion de mort, car à la mort l'homme tremble devant l'épée de l'ange de la mort et rend l'âme. Ou bien on le comprendra, avec l'aide du Ciel, selon ce qu'a écrit le Rav Birkat Tov (Likoutim 18,4) : Sandalfon est le sod de Yetsira, Metatron le sod d'Assiya, et Akhtriel le sod de Beria ; et c'est le sod de ce qu'ont dit nos Sages (Haguiga 9b) : celui qui répète son chapitre cent fois n'est pas comparable à celui qui le répète cent et une fois. On l'a expliqué dans les livres des petits sages, parachat Vayikra : chaque ange a gravé sur son front la première lettre de son nom, qui est l'essentiel du nom. Celui qui répète cent fois n'a en main que les lettres Mem et Samekh (= 100) : le Mem de Metatron et le Samekh de Sandalfon ; mais celui qui répète cent et une fois à aussi l'équivalent du Alef d'Akhtriel ; ainsi tous les mondes de BYA sont réparés chez lui. Fin de ses paroles, vois-y. Et moi, le serviteur, je compléterai les paroles de cette introduction selon ce qu'a dit notre maître le Ari : la Torah nous a été donnée du monde de Beria, et les nechamot d'Israël aussi viennent du monde de Beria, selon le sod de "Béni soit notre D.ieu qui nous a créés (bera'anou) pour Sa gloire, nous a séparés des égarés et nous a donné une Torah de vérité". Ainsi la Torah englobe les trois mondes BYA ; c'est pourquoi il faut étudier 101 fois, ce qui correspond aux initiales des trois princes mentionnés (Sandalfon, Metatron, Akhtriel). Par cela on comprend "pour ceux qui s'y prennent de la main droite, un remède (SaMA) de vie" : il reçoit un flux des initiales des trois princes de BYA, qui forment SaMA dans l'ordre, de bas en haut ; et "pour ceux qui s'y prennent de la main gauche, un poison (SaMA) de mort" : dominent sur lui les lettres SaMA de celui qui fait mourir, qui est un certain [ange] dont le nom contient SaMA. Et il me semble que c'est pour cela que les lettres de MoCHE écrites en plein, MeM ChIN HE (= 101), font le nombre 101, car il a mérité les nechamot de Beria, comme on le sait.
מִי שֶׁהַכֹּל שֶׁלּוֹ, מְכַפֵּר לִי עַל עֲוֹן גְּדִי שֶׁכָּרַמְתִּי לִי. הָא דְּכִינָּה הָעֵגֶל בְּשֵׁם 'גְּדִי' כִּי עֵגֶל הוּא בְּהֵמָה גַּסָּה וּגְדִי בְּהֵמָה דַּקָּה, וּבֶאֱמֶת עֲוֹן הָעֵגֶל נִתְכַּפֵּר בִּשְׁעָתוֹ וּלְכָךְ אָמַר לוֹ (בַּמִּדְבָּר יד, כ) סָלַחְתִּי כִּדְבָרֶךָ, אַךְ רֻובּוֹ נִתְכַּפֵּר וְנִשְׁאַר מִעוּטוֹ, וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (שְׁמוֹת לב, לד) וּבְיוֹם פָּקְדִי וּפָקַדְתִּי עֲלֵיהֶם חַטָּאתָם, וְאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (סַנְהֶדְרִין דַּף קב.) אֵין לְךָ כָּל פְּקִידָה שֶׁאֵין בָּהּ מֵעֲוֹן הָעֵגֶל, וְנִמְצָא עֲוֹן הַגַּס נַעֲשָׂה דַּק לְכָךְ מְכַנֶּה הָעֵגֶל בְּשֵׁם 'גְּדִי'. וְעוֹד נִרְאֶה לִי קָרְאוּ 'גְּדִי' [17] שֶׁהוּא מְסַפֵּר 'טוֹב' [17] כִּי מִמַּעֲשֵׂה הָעֵגֶל יָצָא דָּבָר טוֹב לְעוֹלָם, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ (עֲבוֹדָה זָרָה ד:) לֹא הָיוּ יִשְׂרָאֵל רְאוּיָם לְאוֹתָהּ מַעֲשֶׂה אֶלָּא לְהוֹרוֹת תְּשׁוּבָה לָרַבִּים בָּאוּ. אוֹ יוּבָן קְרָאוֹ 'גְּדִי' כִּי בָּעֵגֶל חָטְאוּ ג' פְּעָמִים בְּיָדַיִם, הָא' מַה שֶׁפָּרְקוּ בְּיָדָם נִזְמֵי הַזָּהָב, וְהַב' מַה שֶׁהוֹלִיכוּ הַזָּהָב לְאַהֲרֹן הַכֹּהֵן ע"ה וּמְסָרוּהוּ מִיָּדָם לְיָדוֹ, וְהַג' שֶׁהִקְרִיבוּ עוֹלוֹת וּזְבָחִים לְפָנָיו, וְלָכֵן קָרְאוּ 'גְּדִי' שֶׁהוּא אוֹתִיּוֹת 'ג' יָד'. אוֹ יוּבָן הַתּוֹרָה נִקְרֵאת 'נָגִיד' וְכַנִּזְכָּר לְעֵיל, וְנִתְּנָה לָנוּ מִן הַבְּרִיאָה שה"ס [שֶׁהוּא סוֹד] בִּינָה, וּכְשֶׁחָטְאוּ נִסְתַּלְּקָה הַבִּינָה שה"ס נוּ"ן שְׁעָרִים, וְאִם תָּסִיר אוֹת נוּ"ן מִן 'נ גִּיד' יִשָּׁאֵר 'גְּדִי' .
Celui à qui tout appartient me pardonne la faute du chevreau (guedi) que j'ai amassé pour moi. S'il a appelé le veau "chevreau", c'est que le veau est du gros bétail et le chevreau du petit bétail. En vérité, la faute du veau fut pardonnée sur le moment, c'est pourquoi Il lui dit "J'ai pardonné selon ta parole" (Bamidbar 14,20) ; mais la plus grande partie fut pardonnée et il en resta une petite part, comme il est dit : "Et le jour où Je ferai le compte, Je leur ferai rendre compte de leur faute" (Chemot 32,34), et nos Sages ont dit (Sanhédrin 102a) : il n'y a aucun châtiment où il n'y ait une part de la faute du veau. Ainsi la faute grosse est devenue menue ; c'est pourquoi il appelle le veau "chevreau". Il me semble encore qu'il l'a appelé GueDI (= 17), qui est le nombre de TOV (bon, = 17), car de l'épisode du veau est sorti un bien pour le monde, comme l'ont dit nos Sages (Avoda Zara 4b) : Israël n'était pas enclin à un tel acte, mais c'est pour enseigner la techouva à la multitude qu'ils y sont venus. Ou bien on comprendra qu'il l'a appelé guedi parce que, pour le veau, ils ont fauté trois fois de leurs mains : premièrement, en ôtant de leurs mains les anneaux d'or ; deuxièmement, en apportant l'or à Aharon le Cohen et en le lui remettant de leurs mains dans les siennes ; troisièmement, en offrant devant [le veau] des holocaustes et des sacrifices. C'est pourquoi il l'a appelé GueDI, qui a les lettres de GUIMEL YAD (trois mains). Ou bien on comprendra : la Torah est appelée NaGuID, comme on l'a dit plus haut, et elle nous a été donnée de Beria, qui est le sod de Bina ; quand ils ont fauté, Bina s'est retirée, qui est le sod des cinquante (NOUN) portes ; et si l'on retire la lettre NOUN de NaGuID, il reste GueDI.
אָמְרָה כְּנֶסֶת יִשְׂרָאֵל לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, אַף עַל פִּי שֶׁמֵּצֵר וּמֵמֵר לִי דּוֹדִי, "בֵּין שַׁדַּי יָלִין". נִרְאֶה לִי בס"ד בֵּין אוֹתִיּוֹת 'שַׁדַּי' רָמוּז מִסְפַּר 'אֱמֶת' מִן שִׁי"ן עַד דָּלֶ"ת יֵשׁ תאב"ג שֶׁהֵם מִסְפַּר ת"ו [406] , וּמִן דָּלֶ"ת עַד יוֹ"ד יֵשׁ הוזח"ט [35] הֲרֵי תמ"א אוֹתִיּוֹת אֱמֶת [441] , וְיָדוּעַ כִּי עִיקַּר כִּינּוּי אֱמֶת הוּא בַּבִּינָה כִּי שָׁם סוֹד אהי"ה וְיָדוּעַ אהי"ה פְּעָמִים אהי"ה [21×21=441] עוֹלֶה אֱמֶת! וְיָדוּעַ שֶׁתְּשׁוּבָה עִילָּאָה הִיא בַּבִּינָה. וְזֶה שֶׁאָמַר בֵּין שַׁדַּי יָלִין שֶׁמְּקַבְּלֵנִי בִּתְשׁוּבָה שה"ס [שֶׁהוּא סוֹד] בִּינָה שֶׁיֵּשׁ לָהּ רֶמֶז בֵּין אוֹתִיּוֹת 'שַׁדַּי' וְלָכֵן מִי שֶׁהַכֹּל שֶׁלּוֹ, מְכַפֵּר לִי עַל עֲוֹן גְּדִי, וְאָמְרָה מֶצֶר עַל אוֹתָם שֶׁמֵּתוּ בַּעֲוֹן הָעֵגֶל, וּמִמַּר עַל סִילּוּק הַכְּתָרִים. אוֹ יוּבָן בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא (בָּבָא בָּתְרָא ח.) בַּפָּסוּק (שִׁיר הַשִּׁירִים ח, י) וְשָׁדַי כַּמִּגְדָּלוֹת אֵלּוּ בָּתֵּי כְנֵסִיּוֹת, וְזֶה שֶׁאָמַר אַף עַל פִּי שֶׁמֵּצֵר וּמֵמֵר לִי דּוֹדִי שֶׁהַגִּלֹנִי בֵּין הָאֻומּוֹת וְגַם הֶחֱרִיב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, וְזֶהוּ מֶצֶר וּמִמַּר תַּרְתֵּי גָּלוּת וְחֻרְבָּן עִם כָּל זֶה בֵּין שַׁדַּי אֵלּוּ בָּתֵּי כְּנֵסִיּוֹת יָלִין שֶׁלֹּא נִסְתַּלְּקָה שְׁכִינָה מֵאִתָּנוּ, דִּכְתִיב (יְחֶזְקֵאל יא, טז) וָאֱהִי לָהֶם לְמִקְדָּשׁ מְעַט, עַל בָּתֵּי כְּנֵסִיּוֹת. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ זַ"ל בְּעֵץ חַיִּים בַּפָּסוּק (בַּמִּדְבָּר יא, כו) שֵׁם הָאֶחָד אֶלְדָּד וְשֵׁם הַשֵּׁנִי מֵידָד, כִּי 'דַּד' א' הוּא מִסּוֹד אוֹתִיּוֹת 'אֵלִי' דְּשָׁם אֵל ה י ם, וְ'דָד' הַב' מִסּוֹד אוֹתִיּוֹת 'מִי' דְּשָׁם אֵלֶּה יָם , וְזֶהוּ אָמַר לוֹ 'דַּד מִי דַּד'. נִמְצָא אוֹת ה' עוֹמֶדֶת בֵּין שְׁנֵי הַדַּדִּים וְיָדוּעַ כִּי הַתְּשׁוּבָה הִיא בְּסוֹד אוֹת ה' כַּנִּזְכָּר בַּגְּמָרָא, וְגַם הַשֶּׁפַע יִשְׁתַּלְשֵׁל לְמַטָּה בְּסוֹד אוֹת ה', בְּסוֹד הַכָּתוּב (בְּרֵאשִׁית מז, כג) הֵא לָכֶם זֶרַע וּזְרַעְתֶּם אֶת הָאֲדָמָה. וְזֶה שֶׁאָמַר אַף עַל פִּי שֶׁמֵּצֵר וּמֵמֵר לִי דּוֹדִי עִם כָּל זֶה בֵּין שַׁדַּי יָלִין , רְצוֹנוֹ לוֹמַר בְּאוֹת ה' הָעוֹמֶדֶת בֵּין הַשֵּׁדִים שֶׁבָּהּ מְקַבְּלֵנִי בִּתְשׁוּבָה וּבָהּ מְשַׁלְשֵׁל לִי הַשֶּׁפַע. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד 'שֵׁדִים' רֶמֶז לַתּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב וְתוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה זוֹ דַּד יָמִין וְזוֹ דַּד שְׂמֹאל, וְלָכֵן כְּתִיב בַּתּוֹרָה (מִשְׁלֵי ה, יט) דַּדֶּיהָ יְרַוֻּךָ בְכָל עֵת, וְהֵם סוֹד זָכָר וּנְקֵבָה, וְהֵם סוֹד הוי"ה אדנ"י, וְלָכֵן זְכוּת תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב וְשֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁהֵם סוֹד זָכָר וּנְקֵבָה הַגִּין לְכַפֵּר לִי עַל עֲוֹן גְּדִי שֶׁכָּרַמְתִּי לִי , רוֹצֶה לוֹמַר 'אָסַפְתִּי לִי' כִּי הָעֵגֶל שֶׁעָשׂוּ בַּמִּדְבָּר הָיָה כּוֹלֵל זָכָר וּנְקֵבָה כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (שְׁמוֹת לב, ח) עָשׂוּ לָהֶם עֵגֶל מַסֵּכָה, וּפְגָמוֹ בְּשֵׁמוֹת שה"ס זָכָר וּבְשֵׁמוֹת שה"ס [שֶׁהוּא סוֹד] נְקֵבָה, וּכְמוֹ שֶׁכָּתוּב בְּעֵץ חַיִּים (שַׁעַר הַקִּיפּוּת פֶּרֶק יז) יְעֻוייַּן שָׁם. וְלָכֵן זְכוּת תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב וְשֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁהֵם סוֹד זָכָר וּנְקֵבָה הַגִּין לְכַפֵּר עַל פְּגָם 'גְּדִי שֶׁכָּרַמְתִּי לִי' שֶׁיִּהְיֶה זָכָר וּנְקֵבָה.
La Communauté d'Israël a dit devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, bien que mon bien-aimé m'afflige et me cause de l'amertume, "il repose entre mes seins (chadai)". Il me semble, avec l'aide du Ciel : entre les lettres de ChaDaI est évoqué le nombre de EMET (vérité). Du Chin au Dalet il y a Tav, Alef, Bet, Guimel, qui font 406 ; et du Dalet au Yod il y a Hé, Vav, Zayin, Het, Têt, qui font 35 : total 441, [valeur des] lettres de EMET. On sait que le nom essentiel de la vérité est en Bina, car là se trouve le sod de EHYE, et on sait que EHYE fois EHYE (21 x 21 = 441) fait EMET. On sait aussi que la techouva supérieure est en Bina. C'est ce qu'il dit : "il repose entre mes seins" : Il me reçoit dans la techouva qui est le sod de Bina, laquelle a une allusion entre les lettres de chadai ; et c'est pourquoi "Celui à qui tout appartient me pardonne la faute du chevreau". Elle dit "m'afflige" au sujet de ceux qui moururent pour la faute du veau, et "me cause de l'amertume" au sujet du retrait des couronnes. Ou bien on le comprendra, avec l'aide du Ciel, selon ce qu'on a dit dans la Guemara (Bava Batra 8a) sur le verset "et mes seins sont comme des tours" (Chir ha-Chirim 8,10) : ce sont les synagogues. C'est ce qu'il dit : bien que mon bien-aimé m'afflige et me cause de l'amertume, en m'exilant parmi les nations et en détruisant aussi le Temple - meitsar u-meimar, deux choses, l'exil et la destruction - malgré tout, "entre mes seins", c'est-à-dire les synagogues, "Il repose" : la Chekhina ne s'est pas retirée de nous, comme il est écrit : "Je serai pour eux un petit sanctuaire" (Ye'hezkel 11,16), au sujet des synagogues. D'une autre manière, il me semble, avec l'aide du Ciel, selon ce qu'a écrit notre maître [le Ari] dans le Ets Haim sur le verset "le nom de l'un était Eldad et le nom du second Medad" (Bamidbar 11,26) : un DaD (sein) vient du sod des lettres ELI du Nom E-lokim, et le second DaD du sod des lettres MI du Nom E-lokim ; c'est pourquoi on dit "dad mi dad". Il se trouve que la lettre Hé se tient entre les deux seins ; on sait que la techouva est dans le sod de la lettre Hé, comme il est dit dans la Guemara, et que le flux aussi descend vers le bas dans le sod de la lettre Hé, selon le sod du verset "voici (HE) pour vous de la semence, ensemencez la terre" (Berechit 47,23). C'est ce qu'il dit : bien que mon bien-aimé m'afflige, malgré tout "il repose entre mes seins" : c'est-à-dire par la lettre Hé qui se tient entre les seins, par laquelle Il me reçoit en techouva et par laquelle Il fait descendre sur moi le flux. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel : les seins font allusion à la Torah écrite et à la Torah orale, l'une sein droit et l'autre sein gauche ; c'est pourquoi il est écrit de la Torah : "que ses seins t'abreuvent en tout temps" (Michle 5,19). Elles sont le sod du masculin et du féminin, le sod des Noms Havaya et Adnout. C'est pourquoi le mérite de la Torah écrite et de la Torah orale, qui sont le sod du masculin et du féminin, protège pour me pardonner la faute du chevreau que j'ai amassé pour moi, c'est-à-dire "que j'ai rassemblé pour moi", car le veau qu'ils firent dans le désert comprenait le masculin et le féminin, comme il est dit : "ils se sont fait un veau de fonte (egel massekha)" (Chemot 32,8) ; ils ont porté atteinte aux Noms qui sont le sod du masculin et aux Noms qui sont le sod du féminin, comme il est écrit dans le Ets Haim (Chaar ha-Hakafot, chap. 17), vois-y. C'est pourquoi le mérite de la Torah écrite et orale, qui sont le sod du masculin et du féminin, a protégé pour pardonner l'atteinte du "chevreau que j'ai amassé pour moi", qui était masculin et féminin.
💡 Explication

Main droite / main gauche : Rachi explique que la main droite désigne l'étude de toutes ses forces, pour comprendre le fond du texte. Pour celui-là la Torah est samma de-hayei (remède de vie) ; pour l'autre, samma de-mouta (poison).

R. Yehochoua ben Levi lit deux versets de Chir ha-Chirim comme une allusion au veau d'or. Malgré la faute, Hachem fait résider Sa Chekhina au milieu d'Israël (le Michkan). Le verset suivant est décomposé en jeux de mots : echkol = che-ha-kol (à qui tout appartient), kofer = mekhaper (pardonne), Ein Guédi = avon guedi (la faute du chevreau, c'est-à-dire du veau), karmei = karamti (j'ai amassé). Le sens de "rassembler" pour la racine KRM est prouvé par la michna sur la chaise du blanchisseur.

5
וְאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי, מַאי דִכְתִיב: ״לֶחְיוֹ כַּעֲרוּגַת הַבֹּשֶׂם״ — כָּל דִּיבּוּר וְדִיבּוּר שֶׁיָּצָא מִפִּי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא נִתְמַלֵּא כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ בְּשָׂמִים. וְכֵיוָן שֶׁמִּדִּיבּוּר רִאשׁוֹן נִתְמַלֵּא, דִּיבּוּר שֵׁנִי לְהֵיכָן הָלַךְ? הוֹצִיא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא הָרוּחַ מֵאוֹצְרוֹתָיו וְהָיָה מַעֲבִיר רִאשׁוֹן רִאשׁוֹן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״שִׂפְתוֹתָיו שׁוֹשַׁנִּים נֹוטְפוֹת מוֹר עֹבֵר״. (אַל תִּקְרֵי ״שׁוֹשַׁנִּים״, אֶלָּא ״שֶׁשּׁוֹנִים״).

Et R. Yehochoua ben Levi a dit : que signifie ce qui est écrit : "Ses joues sont comme un parterre d'aromates" (Chir ha-Chirim 5,13) ?

À chaque parole sortie de la bouche du Saint béni soit-Il, le monde entier s'est rempli d'aromates. Et puisque [le monde] s'était rempli par la première parole, la seconde parole, où est-elle allée ?

Le Saint béni soit-Il fit sortir le vent de Ses trésors et Il faisait passer [les parfums] l'un après l'autre, comme il est dit : "Ses lèvres sont des lis (chochanim), elles distillent la myrrhe qui passe" (ibid.). Ne lis pas "chochanim" (lis) mais "chechonim" (qui enseignent).

📜 Rachi (2)
מַעֲבִיר רִאשׁוֹן לְגַן עֵדֶן:
Il faisait passer le premier : vers le Gan Éden.
מוֹר עוֹבֵר עַל שֶׁהֶעֱבִירָן:
La myrrhe qui passe : parce qu'Il les faisait passer.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל דִּבּוּר וְדִבּוּר שֶׁיָּצָא מִפִּי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, נִתְמַלֵּא כָּל הָעוֹלָם כֻּלּוֹ בְּשָׂמִים. נִרְאֶה לִי בס"ד הָיְתָה הַשָּׁעָה צְרִיכָה לְכָךְ, כִּי (יוֹמָא דַּף עו:) חַמְרָא וְרֵיחָנֵי [יַיִן וְרֵיחַ טוֹב] פִּקְּחִין [עָשׂוּ אוֹתִי פִּיקֵּחַ] , וּלְכָךְ נִתְמַלֵּא הָעוֹלָם בַּשָּׁמַיִם כְּדֵי שֶׁיִּתְפַּקְּחוּ יִשְׂרָאֵל וְיַשִּׂיגוּ סוֹד הַדִּיבּוּר כָּרָאוּי, כִּי בְּכָל דִּבּוּר וְדִבּוּר הָיָה כָּלוּל תִּלֵּי תִּלִּים שֶׁל הֲלָכוֹת. וּמַה שֶׁשָּׁאַל דִּבּוּר שֵׁנִי לְהֵיכָן הָלַךְ? אַף עַל גַּב דְּהָרֵיחַ אֵינוֹ מִמֶּשִׁי וְאֶפְשָׁר שֶׁיּוֹסִיף חֲלַל הָעוֹלָם עוֹד רֵיחַ טוֹב חָדָשׁ, כָּךְ הוּא שׁוֹאֵל מֵאַחַר כִּי נִתְמַלֵּא רֵיחַ טוֹב אִם כֵּן רֵיחַ שֶׁל דִּבּוּר שֵׁנִי אֵינוֹ נִיכָּר תּוֹסָפוֹת שֶׁלּוֹ, כֵּיוָן שֶׁיֵּשׁ רֵיחַ טוֹב רַב וְעָצוּם מִשֶּׁל דִּבּוּר רִאשׁוֹן, וּמְשַׁנֵּי שֶׁהָיָה מַעֲבִיר רִאשׁוֹן רִאשׁוֹן , וְהָיָה מִתְרוֹקֵן הֶחָלָל מִן רֵיחַ דִּבּוּר הָרִאשׁוֹן כְּדֵי שֶׁיָּבֹא רֵיחַ טוֹב הֶחָדָשׁ שֶׁל דִּבּוּר שֵׁנִי, וְנִרְאֶה לִי שֶׁבְּכָל דִּבּוּר יָבֹא רֵיחַ טוֹב חָלוּק בִּפְנֵי עַצְמוֹ לְפִי מַדְרִיגַת קְדֻושַּׁת סוֹד אוֹתוֹ הַדִּבּוּר.
À chaque parole sortie de la bouche du Saint béni soit-Il, le monde entier s'est rempli d'aromates. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'heure l'exigeait, car (Yoma 76b) "le vin et les parfums m'ont rendu perspicace". C'est pourquoi le monde s'est rempli d'aromates, pour qu'Israël ait l'esprit ouvert et saisisse comme il convient le secret de la parole, car chaque parole contenait des monceaux de halakhot. Et quant à la question "la seconde parole, où est-elle allée ?" : bien que le parfum ne soit pas matériel et qu'il soit possible que l'espace du monde reçoive encore un nouveau parfum, voici ce qu'il demande : puisque [le monde] s'était rempli de bon parfum, l'ajout du parfum de la seconde parole n'aurait pas été perceptible, puisqu'il y avait déjà le parfum abondant et puissant de la première. Il répond : Il faisait passer le premier, et l'espace se vidait du parfum de la première parole pour que vienne le nouveau parfum de la seconde. Et il me semble qu'à chaque parole venait un bon parfum distinct, selon le degré de sainteté du secret de cette parole.
💡 Explication

Début d'une série de trois derachot de R. Yehochoua ben Levi sur l'effet de chaque parole (dibour) au Sinaï. Le parfum de chaque parole emplit le monde ; un vent l'emporte vers le Gan Éden (Rachi) pour laisser place au suivant. La lecture chechonim (de la racine "répéter, enseigner") rattache le verset aux paroles successives.

6
וְאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: כָּל דִּיבּוּר וְדִיבּוּר שֶׁיָּצָא מִפִּי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא יָצְתָה נִשְׁמָתָן שֶׁל יִשְׂרָאֵל, שֶׁנֶּאֱמַר: ״נַפְשִׁי יָצְאָה בִּדְבָרוֹ״. וּמֵאַחַר שֶׁמִּדִּיבּוּר רִאשׁוֹן יָצְתָה נִשְׁמָתָן, דִּיבּוּר שֵׁנִי הֵיאַךְ קִיבְּלוּ? — הוֹרִיד טַל שֶׁעָתִיד לְהַחֲיוֹת בּוֹ מֵתִים וְהֶחְיָה אוֹתָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״גֶּשֶׁם נְדָבוֹת תָּנִיף אֱ-לֹהִים נַחֲלָתְךָ וְנִלְאָה אַתָּה כוֹנַנְתָּהּ״. וְאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: כָּל דִּיבּוּר וְדִיבּוּר שֶׁיָּצָא מִפִּי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא חָזְרוּ יִשְׂרָאֵל לַאֲחוֹרֵיהֶן שְׁנֵים עָשָׂר מִיל וְהָיוּ מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת מְדַדִּין אוֹתָן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מַלְאֲכֵי צְבָאוֹת יִדֹּדוּן יִדֹּדוּן״ — אַל תִּיקְרֵי ״יִדֹּדוּן״, אֶלָּא ״יִדֹּדוּן״.

Et R. Yehochoua ben Levi a dit : à chaque parole sortie de la bouche du Saint béni soit-Il, l'âme d'Israël est sortie, comme il est dit : "Mon âme est sortie quand il a parlé" (Chir ha-Chirim 5,6).

Et puisque leur âme était sortie des la première parole, la seconde parole, comment l'ont-ils reçue ? Il fit descendre la rosée par laquelle Il ressuscitera les morts à l'avenir, et Il les ranima, comme il est dit : "Tu as répandu, D.ieu, une pluie généreuse ; Ton héritage épuisé, c'est Toi qui l'as affermi" (Tehilim 68,10).

Et R. Yehochoua ben Levi a dit : à chaque parole sortie de la bouche du Saint béni soit-Il, Israël a reculé de douze mil, et les anges du service les ramenaient pas à pas, comme il est dit : "Les anges des armées s'enfuient, s'enfuient (yidodoun)" (Tehilim 68,13).

Ne lis pas yidodoun (ils s'enfuient) mais yedadoun (ils font marcher).

📜 Rachi (5)
גֶּשֶׁם נְדָבוֹת גַּבֵּי מַתַּן תּוֹרָה כְּתִיב בְּסֵפֶר תְּהִלִּים:
Pluie généreuse : [ce verset] est écrit au sujet du don de la Torah, dans le livre des Tehilim.
י"ב מִיל זוֹ הִיא מִדַּת מַחֲנֵיהֶם וְהָיוּ הַקְּרוֹבִים לְדִיבּוּר חוֹזְרִין מִפַּחַד הַקּוֹל עַד קְצֵה הַמַּחֲנֶה:
Douze mil : c'est la mesure de leur camp ; ceux qui étaient proches de la parole reculaient, par peur de la voix, jusqu'à l'extrémité du camp.
מְדַדִּין אוֹתָן מְסַייְּעִין אוֹתָן לְהִתְקָרֵב מְעַט מְעַט שֶׁהָיוּ חַלָּשִׁים כְּאִשָּׁה הַמְדַדָּה אֶת בְּנָהּ בִּתְחִלַּת הִילּוּכוֹ:
Les ramenaient pas à pas (medadin) : ils les aidaient à se rapprocher peu à peu, car ils étaient faibles, comme une femme qui fait marcher son enfant au début de sa marche.
יִדֹּודוּן מַשְׁמַע הֵם עַצְמָם יִדֹּודוּן:
Yidodoun : implique qu'eux-mêmes s'enfuient.
יִדֹּדוּן מְדַדִּין אֲחֵרִים:
Yedadoun : ils font marcher d'autres.
🪔 Ben Yehoyada (2)
וּמֵאַחַר שֶׁמִּדְּבוּר רִאשׁוֹן יָצְאָה נִשְׁמָתָן, דִּבּוּר שֵׁנִי הֵיאַךְ קִבְּלוּ? הוֹרִיד טַל שֶׁעָתִיד לְהַחֲיוֹת בּוֹ מֵתִים, וְהַחֲיֵה אוֹתָם. מַקְשִׁים אַמַּאי לֹא נָתַן לָהֶם כֹּחַ מֵעִיקָּרָא לִסְבֹּול וְלֹא יָמוּתוּ וְלֹא יִצְטָרְכוּ לְטַל הַתְּחִיָּה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד, כִּי רָצָה לַעֲשׂוֹת תְּחִיַּית הַמֵּתִים בְּאוֹתָהּ שָׁעָה שֶׁהֵם מְקַבְּלִים תּוֹרָה וּמִצְוֹת כְּדֵי לְהֵטִיב לֵב הַגּוּפִים, בְּאָומְרָם אֲנַחְנוּ טוֹרְחִים וַעֲמֵלִים בַּתּוֹרָה וּמִצְוֹת, וְסוֹף יִקְבְּרוּם בְּעָפָר וְהַנֶּפֶשׁ לְבַדָּהּ תִּתְעַנַּג בְּגַן עֵדֶן בִּשְׂכַר תּוֹרָה וּמִצְוֹת! לְכָךְ עָשָׂה לָהֶם תְּחִיַּית הַמֵּתִים כְּדֵי שֶׁיֵּדְעוּ שֶׁגַּם הֵם יִחְיוּ אַחַר מוֹתָם וְיִתְעַנְּגוּ עַל רֹוב שָׁלוֹם, וּלְכָךְ בְּאוֹתוֹ הַטַּל שֶׁיִּחְיוּ בּוֹ לֶעָתִיד, הַחַיָּה אוֹתָם עַתָּה וּבָזֶה נִתְנַחֲמוּ הַגּוּפִים! וְהִנֵּה מִן הַמַּאֲמָר הַנִּזְכָּר נִרְאֶה לִי בס"ד לִפְשֹׁוט סְפֵיקוֹ שֶׁל הַגָּאוֹן חִידָ"א זַ"ל בְּבִרְכֵּי יוֹסֵף (אה"ע סִי' יז סק"א), עַל אִשְׁתּוֹ שֶׁל רַבִּי זֵירָא אִם הָיָה צָרִיךְ ר' זֵירָא לְקַדְּשָׁהּ מֵחָדָשׁ אַחַר שֶׁהֶחֱיָהוּ רָבָא (מְגִילָּה ז:) עַייֵּן שָׁם, דְּהָכָא יִשְׂרָאֵל כֻּולָּם מֵתוּ וְהֶחֱיָה אוֹתָם הקב"ה וְאַחַר כָּךְ שָׁבוּ אֶל נְשׁוֹתֵיהֶן בְּלֹא קִדּוּשִׁין וְנִשּׂוּאִין חֲדָשִׁים, וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (דְּבָרִים ה, כז) שׁוּבוּ לָכֶם לְאָהֳלֵיכֶם, וְלֹא הָיְתָה אִשָּׁה יְכוֹלָה לָלֶכֶת לְאִישׁ אַחֵר, אַף עַל גַּב דְּכָל הָאֲנָשִׁים וְהַנָּשִׁים מֵתוּ וְחָיוּ מֵחָדָשׁ. וְאֵין לוֹמַר דְּעָשׂוּ קִדּוּשִׁין וְנִשּׂוּאִין מֵחָדָשׁ, דְּאִם כֵּן אֵיךְ אֱמֹר לָהֶם שׁוּבוּ לָכֶם לְאָהֳלֵיכֶם מֵאַחַר דְּפָקַע אִישׁוּת שֶׁלָּהֶם הִנֵּה עַתָּה כָּל אִישׁ יִשָּׂא אִשָּׁה שֶׁרוֹצֶה בָּהּ, וְכָל אִשָּׁה תִּתְקַדֵּשׁ לְבַעַל שֶׁתַּחְפֹּוץ בּוֹ! וְעוֹד אֲפִילּוּ שֶׁבְּוַדַּאי מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה נִשְׁאַר בַּחַיִּים מ"ט צִפּוֹרָה אִשְׁתּוֹ לְמָאֵן דְּאָמַר קֹודֶם מַתַּן תּוֹרָה בָּא יִתְרוֹ וַדַּאי גַּם כֵּן יָצְתָה נִשְׁמָתָהּ כִּשְׁאָר כָּל יִשְׂרָאֵל, וְכֵיוָן שֶׁחָיְתָה אַחַר כָּךְ לֹא נִשְׁאַר לָהּ אִישׁוּת עִם בַּעֲלָהּ, וְאִם כֵּן לָמָּה נִתְרַעֲמוּ אַהֲרֹן וּמִרְיָם עַל אֲשֶׁר פֵּירַשׁ מִמֶּנָּה מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה? עַל כֵּן נִרְאֶה בְּוַדַּאי דְּלָא פָּקְעָה הָאִישּׁוּת, וְלֹא הָיוּ צְרִיכִין לְקַדֵּשׁ קִדּוּשִׁין חֲדָשִׁים. וְהָשְׁתָּא לְפִי זֶה יֵשׁ לְהָעִיר עַל מַה שֶּׁאָמְרוּ בְּבֵיצָה דַּף ה' (דְּבָרִים ה, כז) 'לֵךְ אֱמֹר לָהֶם שׁוּבוּ לָכֶם לְאָהֳלֵיכֶם' לָמָּה לִי? שְׁמַע מִינַּהּ כָּל דָּבָר שֶׁבְּמִנְיָן צָרִיךְ מִנְיָן אַחֵר לְהַתִּירוֹ. וְקַשָּׁא דִּילְמָא אִצְטְרִיךְ לוֹמַר לָהֶם שׁוּבוּ וְכוּ' כְּדֵי שֶׁלֹּא יַחְשֹׁוב דְּפָקְעָה אִישׁוּת עַל יְדֵי מִיתָה שֶׁהָיָה לָהֶם? וְנִרְאֶה לִי דְּאִין הָכִי נָמֵי הֲוָה מָצֵי לִדְחוֹת כֵּן אַךְ כְּבָר מָצָא שָׁם דְּחִיָּה אַחֶרֶת, דְּיֵשׁ לוֹמַר לְמִצְוַת עוֹנָה הוּא דַּאֲתָא, וְעוֹד נִרְאֶה לִי דְּלָא נִיחָא לֵיהּ לִדְחוֹת בְּהָכִי דְּסָבַר זֶה הַדָּבָר פָּשׁוּט דְּלָא פָּקְעָה זִיקָּה, וְלָא הֲוָה אִצְטְרִיךְ לְמֵימַר לָהֶם דָּבָר זֶה בְּפֵירוּשׁ. וְאֵיךְ שֶׁיִּהְיֶה מִן הַמַּאֲמָר הַזֶּה יֵשׁ רְאָיָה בְּרוּרָה לִסְפֵיקוֹ שֶׁל הַגָּאוֹן חִידָ"א זַ"ל הַנִּזְכָּר לְעֵיל, גַּם יֵשׁ סִיּוּעַ לִתְשׁוּבַת ריב"ח בַּגְּמָרָא דְּנִדָּה פֶּרֶק יוּ"ד מַה שֶּׁהֵשִׁיב עַל בֶּן הַשּׁוּנַמִּית שֶׁשָּׁאֲלוּ אוֹתוֹ מַהוּ שֶׁיִּטַּמָּא עַיֵּין שָׁם, דְּמוּכָח מִכָּאן אַף עַל גַּב דְּמֵתוּ וְחָיוּ נִשְׁאֲרוּ בְּטַהֲרָתָם.
Et puisque leur âme était sortie des la première parole, la seconde parole, comment l'ont-ils reçue ? Il fit descendre la rosée par laquelle Il ressuscitera les morts, et Il les ranima. On demande : pourquoi ne leur a-t-Il pas donné des le départ la force de supporter, pour qu'ils ne meurent pas et n'aient pas besoin de la rosée de la résurrection ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'Il a voulu faire la résurrection des morts au moment où ils recevaient la Torah et les mitsvot, pour réjouir le cœur des corps, qui disent : nous peinons et nous nous fatiguons dans la Torah et les mitsvot, et à la fin on nous enterrera dans la poussière, et l'âme seule se délectera au Gan Éden en récompense de la Torah et des mitsvot ! C'est pourquoi Il fit pour eux la résurrection des morts, pour qu'ils sachent qu'eux aussi vivront après leur mort et se délecteront d'une paix abondante. C'est pourquoi, par cette même rosée par laquelle ils vivront à l'avenir, Il les ranima alors, et par cela les corps furent consolés. À partir de cet enseignement, il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on peut trancher le doute du Gaon Hida dans le Birkei Yossef (Even ha-Ezer 17,1) au sujet de l'épouse de R. Zeira : R. Zeira devait-il la consacrer à nouveau après que Rabba l'eut ranimé (Meguila 7b) ? Vois-y. Car ici, tout Israël mourut et le Saint béni soit-Il les ranima, puis ils retournèrent à leurs femmes sans kiddouchin ni nissouin nouveaux, comme il est dit : "Retournez à vos tentes" (Devarim 5,27) ; et une femme ne pouvait pas aller avec un autre homme, bien que tous les hommes et toutes les femmes fussent morts et revenus à la vie. On ne peut pas dire qu'ils firent de nouveaux kiddouchin et nissouin : car alors, comment leur a-t-il dit "retournez à vos tentes", puisque leur lien conjugal aurait cessé ? Chaque homme aurait épouse la femme qu'il voulait, et chaque femme se serait consacrée au mari qu'elle désirait ! De plus, même si Moche Rabbenou resta certainement en vie, sa femme Tsipora - selon l'avis qui dit que Yitro vint avant le don de la Torah - rendit certainement l'âme aussi comme tout Israël ; et puisqu'elle revint ensuite à la vie, il ne lui serait pas resté de lien conjugal avec son mari. S'il en est ainsi, pourquoi Aharon et Miriam se plaignirent-ils de ce que Moche Rabbenou s'était séparé d'elle ? C'est pourquoi il semble certain que le lien conjugal n'a pas cessé et qu'ils n'avaient pas besoin de nouveaux kiddouchin. Selon cela, il y a lieu de remarquer ce qu'on dit en Beitsa 5 : "Va, dis-leur : retournez à vos tentes" (Devarim 5,27), pourquoi est-ce nécessaire ? Déduis-en que toute chose [établie] par un vote a besoin d'un autre vote pour être permise. Et c'est difficile : peut-être fallait-il leur dire "retournez", etc., pour qu'on ne pense pas que le lien conjugal avait cessé par la mort qu'ils avaient subie ? Il me semble qu'en effet on aurait pu repousser ainsi, mais [la Guemara] a déjà trouvé là-bas une autre réjection : on peut dire que [le verset] vient pour la mitsva de ona. Il me semble encore qu'elle n'a pas voulu repousser par cela, car elle tenait pour évident que le lien ne cesse pas, et il n'y avait pas besoin de le leur dire explicitement. Quoi qu'il en soit, de cet enseignement il y a une preuve claire pour le doute du Gaon Hida mentionné plus haut ; il y a aussi un appui à la réponse du Rivach dans la Guemara de Nida, chapitre 10, qu'il donna au sujet du fils de la Chounamite, quand on lui demanda s'il rend impur, vois-y : on prouve d'ici que, bien qu'ils soient morts et revenus à la vie, ils restèrent dans leur pureté.
חָזְרוּ יִשְׂרָאֵל לַאֲחוֹרֵיהֶם שְׁנֵים עָשָׂר מִיל וְהָיוּ מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת מְדַדִּין אוֹתָם. הִקְשָׁה מָהַרְשָׁ"א זַ"ל וַהֲלֹא רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי בְּעַצְמוֹ דָּרַשׁ כָּל דִּבּוּר שֶׁשָּׁמְעוּ יָצְאָה נִשְׁמָתָם וְהֶחֱיָה אוֹתָם, אִם כֵּן אֵיךְ דָּרַשׁ חָזְרוּ לַאֲחוֹרֵיהֶם דְּמַשְׁמַע עֲדַיִין הֵם חַיִּים? עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּחָזְרוּ לַאֲחוֹרֵיהֶם שְׁנֵים עָשָׂר מִיל וְשָׁם יָצְתָה נִשְׁמָתָם כְּדֵי שֶׁלֹּא יָמוּתוּ סָמוּךְ לָהָר שֶׁשָּׁם הָיְתָה הַשְׁרָאַת שְׁכִינָה, וְכֵיוָן דְּשׁוֹרֶה הָרִאשׁוֹנָה הַקְּרוֹבָה לָהָר נִדְחֵית י"ב מִיל כְּדֵי לְהִתְרַחֵק מִן הָהָר, מֻוכְרָח שֶׁכָּל הַמַּחֲנֶה נִדְחֶה י"ב מִיל. אַךְ עֲדַייִן קַשָּׁא דְּתִינַח דְּנִדְחוּ י"ב מִיל כְּדֵי שֶׁלֹּא יָמוּתוּ סָמוּךְ לָהָר, אַךְ כֵּיוָן שֶׁהֶחֱיָה אוֹתָם בַּמָּקוֹם שֶׁנִּתְרַחֲקוּ לָמָּה הֻוצְרְכוּ מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת לְדַדּוֹת אוֹתָם מֵחֲמַת חֻולְשָׁתָם, דְּכֵיוָן שֶׁהֶחֱיָה אוֹתָם יִתֵּן לָהֶם כֹּחַ שֶׁיַּחְזְרוּ לִמְקוֹמָם מֵאֲלֵיהֶם כִּי מֵאַחַר שֶׁנָּתַן ט"ל הַמִּחְיָה כָּל שֶׁכֵּן שֶׁיִּתֵּן כֹּחַ וּגְבוּרָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הִנִּיחָם חַלָּשִׁים שֶׁיִּצְטָרְכוּ מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת לְדַדּוֹת אוֹתָם, לְדַדּוֹתָם כְּדֵי לְהַרְאוֹת לְמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת חִיבָּתָם שֶׁל יִשְׂרָאֵל שֶׁנֶּחְשָׁבִים בָּנִים לַמָּקוֹם, שֶׁהֵם בִּכְבוֹדָם וּבִקְדֻושָּׁתָם יָרְדוּ וְיִדְּדוּ אוֹתָם, וְאָז לֹא יָבוֹאוּ לְקַטְרֵג כְּשֶׁיַּעֲלֶה מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה לְקַבֵּל הַלּוּחוֹת, וְהוֹעִיל דָּבָר זֶה לְהַשְׁתִּיק כַּמָּה רְבָבוֹת מַלְאָכִים, שֶׁלֹּא עָמְדוּ לְקַטְרֵג בַּעֲלִיַּית מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה לַמָּרוֹם לוֹמַר 'מָה אֱנוֹשׁ וּמֶה אָדָם' [מָה אֱנוֹשׁ כִּי תִזְכְּרֶנּוּ וּבֶן אָדָם כִּי תִפְקְדֶנּוּ] , וְרַק קְצָת כִּיתּוֹת קִטְרְגוּ בְּכָךְ, וְגַם זֶה הָיָה מֵאֵת ה' שֶׁעוֹרֵר אוֹתָם לְקַטְרֵג, כְּדֵי לְהַרְאוֹת כְּבוֹדוֹ וְכוֹחוֹ שֶׁל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה שֶׁיְּנַצַּח גַּם אֶת הַמַּלְאָכִים! וְהָא דְּחָזְרוּ שְׁנֵים עָשָׂר מִיל , נִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ י"ב מִיל הָיָה תְּחוּם שֶׁל תּוֹרָה בְּשַׁבָּת קֹודֶם הַחֵטְא וְכַנִּזְכָּר בַּס' הַכַּוָּנוֹת, וְיָדוּעַ שֶׁהַתּוֹרָה נָתְנָה בְּשַׁבָּת וְלָכֵן לֹא חָזְרוּ לַאֲחוֹרֵיהֶם יוֹתֵר מִן י"ב מִיל שִׁיעוּר תְּחוּם שַׁבָּת מִן הַתּוֹרָה, אוֹ כְּנֶגֶד ג' עוֹלָמוֹת בי"ע [בְּרִיאָה,יְצִירָה, עֲשִׂיָּה] שֶׁכָּל עוֹלָם יֵשׁ בּוֹ אבי"ע [אֲצִילוּת, בְּרִיאָה, יְצִירָה, עֲשִׂיָּה] הֲרֵי י"ב עוֹלָמוֹת הֵן, וְהַתּוֹרָה נָתְנָה מִן הַבְּרִיאָה ודו"ק.
Israël a reculé de douze mil, et les anges du service les ramenaient pas à pas. Le Maharcha a objecté : R. Yehochoua ben Levi lui-même a enseigné qu'à chaque parole qu'ils entendaient leur âme sortait et [Hachem] les ranimait ; alors comment a-t-il enseigné "ils ont reculé", ce qui implique qu'ils étaient encore vivants ? Vois-y. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ils reculèrent de douze mil et c'est là que leur âme sortit, pour qu'ils ne meurent pas près de la montagne, où résidait la Chekhina. Et puisque la première rangée, la plus proche de la montagne, fut repoussée de douze mil pour s'éloigner de la montagne, forcément tout le camp fut repoussé de douze mil. Mais il reste une difficulté : admettons qu'ils furent repoussés de douze mil pour ne pas mourir près de la montagne ; mais puisqu'Il les ranima à l'endroit où ils s'étaient éloignés, pourquoi les anges du service durent-ils les faire marcher à cause de leur faiblesse ? Puisqu'Il les ranimait, qu'Il leur donne la force de revenir d'eux-mêmes à leur place : s'Il a donné la rosée qui ranime, à plus forte raison donnerait-Il la force et la vigueur ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'Il les laissa faibles pour que les anges du service aient besoin de les faire marcher, afin de montrer aux anges du service l'affection [portée] à Israël, qui sont considérés comme des fils de Hachem (ha-Makom), au point qu'eux, dans leur gloire et leur sainteté, descendirent pour les faire marcher. Alors ils ne viendraient pas accuser quand Moche Rabbenou monterait recevoir les Tables ; et cela servit à faire taire de nombreuses myriades d'anges, qui ne se levèrent pas pour accuser lors de la montée de Moche Rabbenou en haut en disant "qu'est-ce que l'homme" [qu'est-ce que l'homme pour que Tu t'en souviennes, et le fils de l'homme pour que Tu t'en soucies]. Seuls quelques groupes accusèrent ainsi, et cela aussi vint de Hachem, qui les incita à accuser, pour montrer la gloire et la force de Moche Rabbenou, qui vaincrait même les anges ! Quant au fait qu'ils reculèrent de douze mil, il me semble, avec l'aide du Ciel : on sait que douze mil était le tehoum (limite) de la Torah pour le Chabbat avant la faute, comme il est mentionné dans le livre des Kavanot, et on sait que la Torah fut donnée un Chabbat ; c'est pourquoi ils ne reculèrent pas au-delà de douze mil, mesure du tehoum Chabbat de la Torah. Ou bien cela correspond aux trois mondes BYA (Beria, Yetsira, Assiya), dont chacun comporte ABYA (Atsilout, Beria, Yetsira, Assiya), soit douze mondes ; et la Torah fut donnée de Beria. Et comprends bien.
💡 Explication

Suite de la série : à chaque parole l'âme quitte le corps, et Hachem ranime le peuple par la rosée de la résurrection (tal tehiya). Puis, sous l'effet de la peur, Israël recule de douze mil, la longueur du camp selon Rachi : les premiers rangs sont repoussés jusqu'au bout du camp.

La lecture yedadoun au lieu de yidodoun transforme la fuite des anges en aide : ils soutiennent Israël comme une mère qui apprend à marcher à son enfant.

7
וְאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: בְּשָׁעָה שֶׁעָלָה מֹשֶׁה לַמָּרוֹם אָמְרוּ מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, מַה לִּילוּד אִשָּׁה בֵּינֵינוּ? אָמַר לָהֶן: לְקַבֵּל תּוֹרָה בָּא. אָמְרוּ לְפָנָיו: חֶמְדָּה גְּנוּזָה שֶׁגְּנוּזָה לָךְ תְּשַׁע מֵאוֹת וְשִׁבְעִים וְאַרְבָּעָה דּוֹרוֹת קֹודֶם שֶׁנִּבְרָא הָעוֹלָם, אַתָּה מְבַקֵּשׁ לִיתְּנָהּ לְבָשָׂר וָדָם? ״מָה אֱנוֹשׁ כִּי תִזְכְּרֶנּוּ וּבֶן אָדָם כִּי תִפְקְדֶנּוּ״? ״ה׳ אֲדֹנֵינוּ מָה אַדִּיר שִׁמְךָ בְּכָל הָאָרֶץ אֲשֶׁר תְּנָה הוֹדְךָ עַל הַשָּׁמָיִם״!

Et R. Yehochoua ben Levi a dit : lorsque Moche monta en haut, les anges du service dirent devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, que fait un né de femme parmi nous ?

Il leur dit : il est venu recevoir la Torah. Ils dirent devant Lui : le trésor caché, qui est caché chez Toi depuis neuf cent soixante-quatorze générations avant la création du monde, Tu veux le donner à un être de chair et de sang ?

"Qu'est-ce que l'homme pour que Tu te souviennes de lui, et le fils de l'homme pour que Tu t'en soucies ?" (Tehilim 8,5). "Hachem, notre Maître, que Ton nom est puissant sur toute la terre ; place Ta majesté sur les cieux !" (Tehilim 8,2).

📜 Rachi (2)
תתקע"ד דּוֹרוֹת בְּאַלְפַּיִם שָׁנָה שֶׁקָּדְמָה תּוֹרָה לָעוֹלָם הָיוּ עֲתִידִין דּוֹרוֹת הַלָּלוּ לְהַבְרָאוֹת שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִילִּים ק״ה:ח׳) דָּבָר צִוָּה לְאֶלֶף דּוֹר וְרָאָה הקב"ה שֶׁאֵין הָעוֹלָם מִתְקַייֵּם בְּלֹא תּוֹרָה כָּל כָּךְ וְהֶעֱבִירָן וְלֹא בְּרָאָן וְנִתְּנָה לכ"ו דּוֹרוֹת הֲרֵי שֶׁחָסְרוּ תתקע"ד מֵאֶלֶף:
974 générations : dans les deux mille ans où la Torah précéda le monde, ces générations étaient destinées à être créées, comme il est dit : "la parole qu'Il a prescrite pour mille générations" (Tehilim 105,8). Le Saint béni soit-Il vit que le monde ne subsisterait pas si longtemps sans Torah ; Il les écarta et ne les créa pas, et Il la donna à la vingt-sixième génération : il manque donc 974 sur mille.
מָה אַדִּיר שִׁמְךָ אַדִּיר הוּא הַרְבֵּה בָּאָרֶץ וְאֵין רָאוּי לְךָ לִיתֵּן הוֹדְךָ שָׁם כִּי אִם עַל הַשָּׁמַיִם:
Que Ton nom est puissant : il est très puissant sur la terre, et il ne convient pas que Tu places Ta majesté ailleurs que sur les cieux.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַה לִּילוּד אִשָּׁה בֵּינֵינוּ. הַדִּקְדּוּקִים בְּמַאֲמָר זֶה יְדוּעִים וְאֵין צֹורֶךְ לִפְרָטָם, וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהַתַּחְתּוֹנִים יַלְדֵי אִשָּׁה נִקְרְאוּ 'אָדָם' [45] שֶׁהוּא מִסְפַּר 'מָה' [45] לְשׁוֹן מִיעוּט, כְּמוֹ וְנַחְנוּ מַה (שְׁמוֹת טז, ז). וְהַטַּעַם דְּאִית בֵּיהּ תַּרְתֵּי לִגְרָעוֹת, חֲדָא שֶׁנִּבְרָא תְּחִלָּה מִן הָאֲדָמָה, וְעוֹד שֶׁהוּא יְלוּד אִשָּׁה מִטִּיפָּה סְרוּחָה, וְזֶה שֶׁאָמְרוּ מַה לִילוּד אִשָּׁה , רְצוֹנוֹ לוֹמַר תֹּואַר 'מֶה' לְשׁוֹן מִיעוּט יֵשׁ לִילוּד אִשָּׁה וְאֵיךְ יִהְיֶה בֵּינֵינוּ , שֶׁאֲנַחְנוּ רְחוֹקִים הֵן מִן הָאֲדָמָה הֵן מִלֵּידַת אִשָּׁה. וְהֵשִׁיב לָהֶם לְקַבֵּל הַתּוֹרָה בָּא , פֵּירוּשׁ אַף עַל פִּי שֶׁהוּא גּוּף חֲמָרֵי נִבְרָא מִן הָאֲדָמָה וְנוֹלַד מֵאִשָּׁה, הִנֵּה עַתָּה בָּא לְקַבֵּל הַתּוֹרָה שֶׁהִיא תְּזַכֵּךְ חֹומֶר שֶׁלּוֹ וְיִהְיֶה קָדוֹשׁ בִּקְדֻושַּׁת הַתּוֹרָה. וְהֵשִׁיבוּ חֶמְדָּה גְּנוּזָה שֶׁגְּנוּזָה לָךְ תְּשַׁע מֵאוֹת שִׁבְעִים וְאַרְבָּעָה דּוֹרוֹת, קָדַם שֶׁנִּבְרָא הָעוֹלָם, אַתָּה מְבַקֵּשׁ לִתְּנָהּ לְבָשָׂר וָדָם? 'לְתַנָּהּ' דַּיְיקָא בְּמַתָּנָה! כִּי מִדְּבָרֶיךָ שֶׁאָמַרְתָּ לְקַבֵּל הַתּוֹרָה בָּא שֶׁבָּהּ יִזְדַּכֵּךְ מַשְׁמַע שֶׁאַתָּה רוֹצֶה לְתִתָּהּ בְּסוּג מַתָּנָה, לְכָךְ יַגִּיעַ לוֹ תּוֹעֶלֶת כָּל כָּךְ מִמֶּנָּה לְזַכֵּךְ חָומְרוֹ, כִּי כָּל הַנּוֹתֵן בְּעַיִן יָפָה הוּא נוֹתֵן, תְּנָה הוֹדְךָ עַל הַשָּׁמָיִם , עָשׂוּ פְּשָׁרָה עַתָּה שֶׁתִּתֵּן לוֹ רַק תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב שֶׁהִיא 'תנ"ך' הָרְמוּזִים בָּאוֹתִיּוֹת הַסְּמוּכִים לְאוֹתִיּוֹת 'שְׁמֵי ם' וְעַל רְצוֹנוֹ לוֹמַר סָמוּךְ שֶׁאַחַר 'שְׁמִי' יֵשׁ תַּנַ"ך וְהַמֵּ"ם כְּפוּלָה. גַּם אָמְרוּ עַל הַשָּׁמַיִם, כִּי תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב הִיא בְּחִינַת שָׁמַיִם, וְשֶׁבְּעַל פֶּה אֶרֶץ, וְלָזֶה אָמַר תְּנָה הוֹדְךָ הַתּוֹרָה שֶׁהִיא עַל הַשָּׁמַיִם , וְלֹא תִּתֵּן לָהֶם תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁהִיא רְחָבָה מַנִּי יָם, יַעַן (תְּהִלִּים ח, ה) דְּמֶה אֱנוֹשׁ כִּי תִּזְכְּרֶנּוּ. בַּתּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב, וּבֶן אָדָם כִּי תִפְקְדֶנּוּ בַּתּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה, לָכֵן עַתָּה שֶׁכְּבָר אָמַרְתָּ לִיתֵּן דַּי שֶׁתִּתֵּן לוֹ הוֹדְךָ אֲשֶׁר עַל הַשָּׁמַיִם הִיא תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב בִּלְבַד? וְאָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה: הַחְזֵר לָהֶם תְּשׁוּבָה! כִּי רְצוֹנִי שֶׁיִּקְרָא הַנִּצּוּחַ עַל שְׁמֶךָ, כִּי אַתָּה אָחוּז בְּנֶצַח וְתִנְצַח גַּם אֶת הַמַּלְאָכִים, אָמַר לְפָנָיו שֶׁמָּא יִשְׂרְפוּנִי בַּהֶבֶל שֶׁבְּפִיהֶם , דְּהֵן אֱמֶת כִּי אֲנִי הֶבֶל שֶׁכּוֹחִי בַּפֶּה אַךְ יָרֵא אֲנִי מֵהֶבֶל פִּיהֶם הַקָּדוֹשׁ, אָמַר לוֹ : אֱחֹז בְּכִסֵּא כְבוֹדִי וְהַחְזֵר לָהֶם תְּשׁוּבָה , רָמַז לוֹ בִּדְבָרִים אֵלּוּ כֹּחַ טַעֲנָה לִטְעוֹן נֶגְדָּם, דְּכִסֵּא הַכָּבוֹד הוּא עוֹלָם הַבְּרִיאָה כַּנּוֹדָע, וְיִשְׂרָאֵל נִשְׁמָתָם מִן הַבְּרִיאָה, וְהַתּוֹרָה נָתְנָה מֵהַבְּרִיאָה, אִם כֵּן קְרוֹבִים יִשְׂרָאֵל לָהּ יוֹתֵר מִן הַמַּלְאָכִים שֶׁהֵם בִּיצִירָה וְזוֹ טַעֲנָה גְּדוֹלָה וַחֲזָקָה כְּנֶגְדָּם. וְאָז מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה הֵשִׁיב ב' תְּשׁוּבוֹת, חֲדָא תְּשׁוּבָה הֲנֵז' שֶׁלִּימְּדוֹ הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ, וְהַב' לְמִצְרַיִם יְרַדְתֶּם? וְכוּ', וּמֵאַחַר כִּי הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ גִּילָּה לוֹ תְּשׁוּבָה זוֹ בְּרֶמֶז גַּם הוּא אֲמָרָהּ בְּרֶמֶז, בְּאוֹמְרוֹ 'תּוֹרָה שֶׁאַתָּה נוֹתֵן לִי' דְּנִרְאִין הֵם מִילוֹת יְתֵירוֹת? אַךְ הַכַּוָּנָה כִּי הַייְנוּ טַעְמָא שֶׁנִּבְחַר מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה לְקַבֵּל הַתּוֹרָה, מִפְּנֵי כִּי מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה זָכָה לִבְרִיאָה וְהַתּוֹרָה נָתְנָה מִן הַבְּרִיאָה, וְלָזֶה אָמַר תּוֹרָה שֶׁאַתָּה נוֹתֵן 'לִי' שֶׁהִיא מִצַּד בְּחִינָתִי מַה כְּתִיב בָּהּ? וְרָמַז בָּזֶה מֵאַחַר שֶׁהִיא מִן הַבְּרִיאָה אִם כֵּן כָּל מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ שַׁייָּכוּת בַּבְּרִיאָה רְאוּיָה אֵלָיו, וּמִמֵּילָא תֵּצֵא דִּינָא כִּי יִזְכּוּ בָּהּ יִשְׂרָאֵל! וְאַחַר זֶה טָעַן טַעֲנָה אַחֶרֶת בְּשִׁבְעָה דְּבָרִים וְאֵלּוּ הֵן: [1] לְמִצְרַיִם יְרַדְתֶּם? לְפַרְעֹה הִשְׁתַּעְבַּדְתֶּם? זֶה אַחַת, וְעוֹד [2] בֵּין עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים אַתֶּם שְׁרוּיִים? זֶה שְׁתַּיִם, וְעוֹד [3] כְּלוּם אַתֶּם עוֹשִׂים מְלָאכָה? זֶה שָׁלֹשׁ, וְעוֹד [4] מַשָּׂא וּמַתָּן יֵשׁ בֵּינֵיכֶם? זֶה אַרְבַּע, וְעוֹד [5] אָב וָאֵם יֵשׁ לָכֶם? זֶה חָמֵשׁ, וְעוֹד [6] קִנְאָה יֵשׁ בֵּינֵיכֶם? זֶה שֵׁשׁ, וְעוֹד [7] יֵצֶר הָרָע יֵשׁ בֵּינֵיכֶם? זֶה שֶׁבַע, וְכָל שִׁבְעָה טְעָנוֹת אֵלּוּ יֵשׁ בָּהֶם נִגְלֶה וְנִסְתָּר, אִם כֵּן הֵם שִׁבְעָה וְשִׁבְעָה, וּלְכָךְ כָּל אֶחָד וְאֶחָד נַעֲשָׂה לוֹ 'אוֹהֵב' מֵחֲמַת שִׁבְעָה וְשִׁבְעָה אֵלּוּ, וְהַיְינוּ אוֹתִיּוֹת 'אוֹ' [7] הֵם מִסְפַּר שִׁבְעָה, וְאוֹתִיּוֹת 'הַב' [7] הֵם מִסְפַּר שִׁבְעָה, כְּנֶגֶד שִׁבְעָה וְשִׁבְעָה נִצְטָרְפוּ אוֹתִיּוֹת 'אוֹהֵב' וּבָזֶה כָּל אֶחָד וְאֶחָד נַעֲשָׂה לוֹ אוֹהֵב.
Que fait un né de femme parmi nous ? Les précisions [à faire] dans cet enseignement sont connues et il n'est pas nécessaire de les détailler. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les êtres d'en bas, nés de femme, sont appelés ADaM (= 45), qui est le nombre de MaH (quoi, = 45), terme d'amoindrissement, comme "et nous, que sommes-nous (ma)" (Chemot 16,7). La raison en est qu'il y a en lui deux défauts : d'abord il a été créé à l'origine de la terre (adama), ensuite il est né de femme, d'une goutte corrompue. C'est ce qu'ils dirent : "que (ma) [fait] un né de femme", c'est-à-dire : le qualificatif ma, terme d'amoindrissement, s'applique au né de femme ; comment serait-il "parmi nous", qui sommes éloignés aussi bien de la terre que de la naissance par une femme ? Il leur répondit : "il est venu recevoir la Torah", c'est-à-dire : bien qu'il soit un corps matériel créé de la terre et ne d'une femme, il vient maintenant recevoir la Torah, qui épurera sa matière, et il sera saint de la sainteté de la Torah. Ils répondirent : "le trésor caché, caché chez Toi 974 générations avant la création du monde, Tu veux le donner (litena) à un être de chair et de sang ?" - litena précisément, en cadeau ! Car de Tes paroles "il est venu recevoir la Torah" par laquelle il s'épurera, on comprend que Tu veux la donner sous forme de cadeau ; c'est pourquoi il en tirera un si grand profit, jusqu'à épurer sa matière, car celui qui donne, donne de bon œil. "Place (tena) Ta majesté sur les cieux" : ils proposèrent alors un compromis, que Tu lui donnes seulement la Torah écrite, qui est le TaNaKH, évoqué par les lettres voisines des lettres de ChaMaYiM : juste après ChiN, MeM, YoD viennent Tav, Noun, Kaf, et le Mem est double. Ils dirent aussi "sur les cieux", car la Torah écrite est de l'aspect des cieux, et l'orale de la terre. C'est pourquoi ils dirent : "place Ta majesté", la Torah, "sur les cieux", et ne leur donne pas la Torah orale, qui est plus vaste que la mer, car (Tehilim 8,5) "qu'est-ce que l'homme pour que Tu te souviennes de lui" par la Torah écrite, "et le fils de l'homme pour que Tu t'en soucies" par la Torah orale ; c'est pourquoi maintenant, puisque Tu as déjà dit de donner, il suffit que Tu lui donnes Ta majesté qui est sur les cieux, c'est-à-dire la Torah écrite seulement. Et le Saint béni soit-Il dit à Moche : réponds-leur ! Car Je veux que la victoire soit appelée à ton nom, car tu es lié à [la sefira de] Netsa'h et tu vaincras même les anges. Il dit devant Lui : peut-être me brûleront-ils par le souffle de leur bouche ; c'est vrai que je suis souffle et que ma force est dans la bouche, mais je crains le souffle saint de leur bouche. Il lui dit : saisis Mon trône de gloire et réponds-leur. Il lui fit allusion par ces paroles à la force d'un argument à opposer contre eux : le trône de gloire est le monde de Beria, comme on le sait ; les nechamot d'Israël viennent de Beria, et la Torah fut donnée de Beria ; donc Israël lui est plus proche que les anges, qui sont en Yetsira. C'est un argument grand et fort contre eux. Alors Moche Rabbenou répondit deux réponses : l'une, la réponse mentionnée que Hachem, béni soit-Il, lui enseigna ; l'autre : "Êtes-vous descendus en Égypte ?", etc. Et puisque Hachem, béni soit-Il, lui révéla cette réponse par allusion, lui aussi la dit par allusion, en disant "la Torah que Tu me donnes", mots qui semblent superflus. Mais le sens est que la raison pour laquelle Moche Rabbenou fut choisi pour recevoir la Torah est qu'il avait mérité Beria, et que la Torah fut donnée de Beria. C'est pourquoi il dit : "la Torah que Tu me donnes", qui vient de mon aspect, "qu'est-il écrit en elle ?". Il fit allusion ainsi : puisqu'elle vient de Beria, quiconque a un lien avec Beria en est digne, et il en résulte qu'Israël la mérite ! Après cela il avança un autre argument en sept points, que voici : [1] Êtes-vous descendus en Égypte ? Avez-vous été asservis à Pharaon ? C'est un. [2] Habitez-vous parmi les idolâtres ? C'est deux. [3] Faites-vous un travail ? C'est trois. [4] Y a-t-il du commerce entre vous ? C'est quatre. [5] Avez-vous un père et une mère ? C'est cinq. [6] Y a-t-il de la jalousie entre vous ? C'est six. [7] Y a-t-il un yetser ha-ra en vous ? C'est sept. Chacun de ces sept arguments a un aspect révélé et un aspect caché ; ils font donc sept et sept. C'est pourquoi chacun [des anges] devint pour lui un OHEV (ami) en raison de ces sept et sept : les lettres OV (= 7) font le nombre sept, et les lettres HeV (= 7) font le nombre sept ; pour les sept et sept se sont assemblées les lettres de OHEV, et ainsi chacun devint pour lui un ami.
💡 Explication

Début de la célèbre aggada de Moche au ciel. Les anges objectent que la Torah, hemda genouza (trésor caché) antérieur au monde, ne convient pas à un yelod icha (né de femme). Ils citent le Psaume 8 : place Ta majesté (la Torah) sur les cieux, donc chez nous.

Le chiffre 974 est expliqué par Rachi : la Torah était destinée à la millième génération (Tehilim 105,8), elle fut donnée à la vingt-sixième ; les 974 générations restantes, prévues avant la création, n'ont pas été créées.

🖼️ Schéma
D'où viennent les 974 générations ? (Rachi)974 générations prévues puis non créées (le monde ne tiendrait pas sans Torah)26Davar tsiva le-elef dor : la Torah était destinée à la 1000e génération.Elle fut donnée à la 26e (Adam -> Moche) : 1000 - 26 = 974.
Le calcul de Rachi : 1000 générations prévues, Torah donnée à la 26e.
8
אָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה: הֶחֱזִיר לָהֶן תְּשׁוּבָה. אָמַר לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, מִתְיָירֵא אֲנִי שֶׁמָּא יִשְׂרְפוּנִי בַּהֶבֶל שֶׁבְּפִיהֶם. אָמַר לוֹ: אֱחֹוז בְּכִסֵּא כְּבוֹדִי וַחֲזֹור לָהֶן תְּשׁוּבָה. שֶׁנֶּאֱמַר: ״מְאַחֵז פְּנֵי כִּסֵּא פַּרְשֵׁז עָלָיו עֲנָנוֹ״, וְאָמַר רַבִּי נַחוּם: מְלַמֵּד שֶׁפֵּירַשׂ שַׁדַּי מִזִּיו שְׁכִינָתוֹ וַעֲנָנוֹ עָלָיו. אָמַר לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, תּוֹרָה שֶׁאַתָּה נוֹתֵן לִי מַה כְּתִיב בָּהּ? ״אָנֹכִי ה׳ אֱ-לֹהֶיךָ אֲשֶׁר הוֹצֵאתִיךָ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם״. אָמַר לָהֶן: לְמִצְרַיִם יְרַדְתֶּם? לְפַרְעֹה הִשְׁתַּעְבַּדְתֶּם? תּוֹרָה לָמָּה תְּהֵא לָכֶם! שׁוּב: מַה כְּתִיב בָּהּ? ״לֹא יִהְיֶה לְךָ אֱ-לֹהִים אֲחֵרִים״. בֵּין הַגּוֹיִם אַתֶּם שְׁרוּיִין, שֶׁעוֹבְדִין

Le Saint béni soit-Il dit à Moche : donne-leur une réponse. Il dit devant Lui : Maître du monde, je crains qu'ils ne me brûlent par le souffle de leur bouche.

Il lui dit : saisis le trône de Ma gloire et donne-leur une réponse, comme il est dit : "Il saisit la face du trône, Il étend sur lui Sa nuée" (Iyov 26,9), et R. Nahoum a dit : cela enseigne que Chadai a étendu [sur lui] de l'éclat de Sa Chekhina et de Sa nuée.

Il dit devant Lui : Maître du monde, la Torah que Tu me donnes, qu'est-il écrit en elle ? "Je suis Hachem ton D.ieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte" (Chemot 20,2).

Il leur dit : êtes-vous descendus en Égypte ? Avez-vous été asservis à Pharaon ?

Pourquoi la Torah serait-elle à vous ! Encore : qu'est-il écrit en elle ?

"Tu n'auras pas d'autres dieux" (Chemot 20,3). Habitez-vous parmi les nations qui servent...

📜 Rachi (1)
פֵּירַשׁ שַׁדַּי מִזִּיו נוֹטָרִיקוֹן שֶׁל פַּרְשֵׁז:
Chadai a étendu de l'éclat : c'est le notarikon (acrostiche) de PaRChaZ (PaRach Chadai Ziv).
💡 Explication

Hachem demande à Moche de répondre lui-même. Le verset d'Iyov est lu en notarikon : parchez = paras Chadai ziv (Chadai a étendu de Son éclat), protection contre le souffle brûlant des anges.

La méthode de Moche : lire le contenu de la Torah et montrer que chaque commandement suppose une condition humaine (esclavage en Égypte, vie parmi les idolâtres). La liste continue au daf 89a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).