Sougya : Le daf achève la réponse de Rava au min : Israël a accepté la Torah avec intégrité, avant de l'entendre. Suit une série de derachot sur le don de la Torah : la faute du veau d'or comparée à une fiancée infidèle sous son dais, les victimes d'offense qui ne répondent pas, chaque parole divine divisée en soixante-dix langues, la Torah qui donne la vie ou la mort.
R. Yehochoua ben Levi décrit l'effet physique de chaque parole sur Israël (parfum, âme qui sort, recul de douze mil).
Le daf s'ouvre enfin sur le récit de Moche au ciel : les anges contestent le don de la Torah à un être de chair, et Moche leur répond à partir du contenu des commandements.
[Nous,] qui marchons avec intégrité, à notre sujet il est écrit : "L'intégrité des hommes droits les guide" (Michle 11,3) ; ces gens qui marchent dans la tromperie, à leur sujet il est écrit : "Et la perversité des traîtres les détruit".
Fin de l'échange avec le min (hérétique) du daf 88a, qui reprochait à Israël d'être un peuple précipité pour avoir dit naassé (nous ferons) avant nichma (nous entendrons). Rava répond : cette acceptation vient de la temimout, la confiance entière de celui qui agit par amour. Le même verset de Michle oppose les droits, guidés par leur intégrité, et les traîtres, perdus par leur tortuosité.
R. Chemouel bar Nahmani a dit au nom de R.
Yonatan : que signifie ce qui est écrit : "Tu m'as ravi le cœur, ma sœur, ma fiancée, tu m'as ravi le cœur par un seul de tes yeux" (Chir ha-Chirim 4,9) ? Au début, par un seul de tes yeux ; quand tu accompliras, par tes deux yeux.
Oula a dit : effrontée est la fiancée qui se prostitue sous son dais nuptial. Rav Mari, fils de la fille de Chemouel, a dit : quel est le verset ?
"Tandis que le roi était à sa table, mon nard a donné son parfum" (Chir ha-Chirim 1,12). Rav a dit : et l'affection est encore sur nous, car il est écrit "à donné" et il n'est pas écrit "à empesté".
Les Rabbanan ont enseigné : ceux qui sont offensés et n'offensent pas, qui entendent leur humiliation et ne répondent pas, qui agissent par amour et se réjouissent dans les souffrances, à leur sujet le verset dit : "Et ceux qui L'aiment sont comme le soleil quand il se lève dans sa puissance" (Choftim 5,31).
Trois enseignements sur le lien entre Israël et Hachem au Sinaï. Un œil / deux yeux : l'acceptation (kabbala) valait déjà un œil, l'accomplissement en vaut deux. Oula emploie ensuite l'image sévère de la fiancée infidèle sous la houpa : le veau d'or a eu lieu quarante jours après le don de la Torah.
Rav note la délicatesse du verset : il dit natan reho (a donné son parfum) au lieu d'un terme de puanteur. La baraita finale fait l'éloge de ceux qui supportent l'offense sans répondre.
R. Yo'hanan a dit : que signifie ce qui est écrit : "Hachem donne la parole ; celles qui l'annoncent sont une grande armée" (Tehilim 68,12) ?
Chaque parole sortie de la bouche de la Puissance (ha-Guevoura) s'est divisée en soixante-dix langues. L'école de R.
Yichmael a enseigné : "Et comme un marteau qui fait éclater le rocher" (Yirmeyahou 23,29) : de même que ce marteau se divise en plusieurs étincelles, ainsi chaque parole sortie de la bouche du Saint béni soit-Il s'est divisée en soixante-dix langues. Rav Hananel bar Papa a dit : que signifie ce qui est écrit : "Écoutez, car je dirai des choses princières (neguidim)" (Michle 8,6) ?
Pourquoi les paroles de Torah sont-elles comparées à un prince (naguid) ? Pour te dire : de même que ce prince a le pouvoir de faire mourir et de faire vivre, ainsi les paroles de Torah ont le pouvoir de faire mourir et de faire vivre.
Deux images pour la pluralité du sens de la parole divine : elle se divise en soixante-dix langues (les soixante-dix nations), comme les éclats projetés par un marteau. Tossefot discute qui éclate dans le verset de Yirmeyahou : Rachi fait éclater le rocher, Rabbenou Tam fait éclater le marteau contre une pierre plus dure, ce qui colle mieux à la derasha où c'est la parole (le marteau) qui se divise.
Le naguid (prince) a droit de vie et de mort : la Torah aussi, selon la manière dont on l'étudie (voir le segment suivant).
C'est ce qu'a dit Rava : pour ceux qui s'y prennent de la main droite, elle est un remède de vie ; pour ceux qui s'y prennent de la main gauche, elle est un poison de mort. Autre explication : "neguidim" : à chaque parole sortie de la bouche du Saint béni soit-Il, on attache deux couronnes.
R. Yehochoua ben Levi a dit : que signifie ce qui est écrit : "Mon bien-aimé est pour moi un sachet de myrrhe, qui repose entre mes seins" (Chir ha-Chirim 1,13) ?
La Communauté d'Israël a dit devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, bien que mon bien-aimé m'afflige et me cause de l'amertume (meitsar u-meimar), "il repose entre mes seins". "Mon bien-aimé est pour moi une grappe de henné (echkol ha-kofer) dans les vignes (karmei) d'Ein Guédi" (ibid.
1,14) : Celui à qui tout appartient (che-ha-kol chelo) me pardonne (mekhaper) la faute du chevreau (avon guedi) que j'ai amassé pour moi (che-karamti). D'où déduit-on que ce "karmei" est un terme de rassemblement ?
Mar Zoutra, fils de Rav Nahman, a dit : comme nous l'avons appris [dans une michna] : la chaise du blanchisseur sur laquelle on rassemble (koremim) les vêtements.
Main droite / main gauche : Rachi explique que la main droite désigne l'étude de toutes ses forces, pour comprendre le fond du texte. Pour celui-là la Torah est samma de-hayei (remède de vie) ; pour l'autre, samma de-mouta (poison).
R. Yehochoua ben Levi lit deux versets de Chir ha-Chirim comme une allusion au veau d'or. Malgré la faute, Hachem fait résider Sa Chekhina au milieu d'Israël (le Michkan). Le verset suivant est décomposé en jeux de mots : echkol = che-ha-kol (à qui tout appartient), kofer = mekhaper (pardonne), Ein Guédi = avon guedi (la faute du chevreau, c'est-à-dire du veau), karmei = karamti (j'ai amassé). Le sens de "rassembler" pour la racine KRM est prouvé par la michna sur la chaise du blanchisseur.
Et R. Yehochoua ben Levi a dit : que signifie ce qui est écrit : "Ses joues sont comme un parterre d'aromates" (Chir ha-Chirim 5,13) ?
À chaque parole sortie de la bouche du Saint béni soit-Il, le monde entier s'est rempli d'aromates. Et puisque [le monde] s'était rempli par la première parole, la seconde parole, où est-elle allée ?
Le Saint béni soit-Il fit sortir le vent de Ses trésors et Il faisait passer [les parfums] l'un après l'autre, comme il est dit : "Ses lèvres sont des lis (chochanim), elles distillent la myrrhe qui passe" (ibid.). Ne lis pas "chochanim" (lis) mais "chechonim" (qui enseignent).
Début d'une série de trois derachot de R. Yehochoua ben Levi sur l'effet de chaque parole (dibour) au Sinaï. Le parfum de chaque parole emplit le monde ; un vent l'emporte vers le Gan Éden (Rachi) pour laisser place au suivant. La lecture chechonim (de la racine "répéter, enseigner") rattache le verset aux paroles successives.
Et R. Yehochoua ben Levi a dit : à chaque parole sortie de la bouche du Saint béni soit-Il, l'âme d'Israël est sortie, comme il est dit : "Mon âme est sortie quand il a parlé" (Chir ha-Chirim 5,6).
Et puisque leur âme était sortie des la première parole, la seconde parole, comment l'ont-ils reçue ? Il fit descendre la rosée par laquelle Il ressuscitera les morts à l'avenir, et Il les ranima, comme il est dit : "Tu as répandu, D.ieu, une pluie généreuse ; Ton héritage épuisé, c'est Toi qui l'as affermi" (Tehilim 68,10).
Et R. Yehochoua ben Levi a dit : à chaque parole sortie de la bouche du Saint béni soit-Il, Israël a reculé de douze mil, et les anges du service les ramenaient pas à pas, comme il est dit : "Les anges des armées s'enfuient, s'enfuient (yidodoun)" (Tehilim 68,13).
Ne lis pas yidodoun (ils s'enfuient) mais yedadoun (ils font marcher).
Suite de la série : à chaque parole l'âme quitte le corps, et Hachem ranime le peuple par la rosée de la résurrection (tal tehiya). Puis, sous l'effet de la peur, Israël recule de douze mil, la longueur du camp selon Rachi : les premiers rangs sont repoussés jusqu'au bout du camp.
La lecture yedadoun au lieu de yidodoun transforme la fuite des anges en aide : ils soutiennent Israël comme une mère qui apprend à marcher à son enfant.
Et R. Yehochoua ben Levi a dit : lorsque Moche monta en haut, les anges du service dirent devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, que fait un né de femme parmi nous ?
Il leur dit : il est venu recevoir la Torah. Ils dirent devant Lui : le trésor caché, qui est caché chez Toi depuis neuf cent soixante-quatorze générations avant la création du monde, Tu veux le donner à un être de chair et de sang ?
"Qu'est-ce que l'homme pour que Tu te souviennes de lui, et le fils de l'homme pour que Tu t'en soucies ?" (Tehilim 8,5). "Hachem, notre Maître, que Ton nom est puissant sur toute la terre ; place Ta majesté sur les cieux !" (Tehilim 8,2).
Début de la célèbre aggada de Moche au ciel. Les anges objectent que la Torah, hemda genouza (trésor caché) antérieur au monde, ne convient pas à un yelod icha (né de femme). Ils citent le Psaume 8 : place Ta majesté (la Torah) sur les cieux, donc chez nous.
Le chiffre 974 est expliqué par Rachi : la Torah était destinée à la millième génération (Tehilim 105,8), elle fut donnée à la vingt-sixième ; les 974 générations restantes, prévues avant la création, n'ont pas été créées.
Le Saint béni soit-Il dit à Moche : donne-leur une réponse. Il dit devant Lui : Maître du monde, je crains qu'ils ne me brûlent par le souffle de leur bouche.
Il lui dit : saisis le trône de Ma gloire et donne-leur une réponse, comme il est dit : "Il saisit la face du trône, Il étend sur lui Sa nuée" (Iyov 26,9), et R. Nahoum a dit : cela enseigne que Chadai a étendu [sur lui] de l'éclat de Sa Chekhina et de Sa nuée.
Il dit devant Lui : Maître du monde, la Torah que Tu me donnes, qu'est-il écrit en elle ? "Je suis Hachem ton D.ieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte" (Chemot 20,2).
Il leur dit : êtes-vous descendus en Égypte ? Avez-vous été asservis à Pharaon ?
Pourquoi la Torah serait-elle à vous ! Encore : qu'est-il écrit en elle ?
"Tu n'auras pas d'autres dieux" (Chemot 20,3). Habitez-vous parmi les nations qui servent...
Hachem demande à Moche de répondre lui-même. Le verset d'Iyov est lu en notarikon : parchez = paras Chadai ziv (Chadai a étendu de Son éclat), protection contre le souffle brûlant des anges.
La méthode de Moche : lire le contenu de la Torah et montrer que chaque commandement suppose une condition humaine (esclavage en Égypte, vie parmi les idolâtres). La liste continue au daf 89a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).