Sougya : Le daf achève la réponse de Moche aux anges : chaque commandement suppose une condition humaine, et les anges reconnaissent que la Torah revient aux hommes ; chacun lui transmet alors un don, jusqu'à l'ange de la mort. Suivent trois enseignements de R.
Yehochoua ben Levi : le Satan cherche la Torah et Moche s'efface, d'où le nom de Torah de Moche ; Hachem attache des couronnes aux lettres ; le Satan trouble le peuple au quarantième jour, cause de la faute du veau d'or. Le daf se termine sur le sens du nom Sinaï et les noms du désert.
... l'idolâtrie ? Encore : qu'est-il écrit en elle ?
"Souviens-toi du jour du Chabbat pour le sanctifier" (Chemot 20,8) : faites-vous donc un travail, pour avoir besoin de repos ? Encore : qu'est-il écrit en elle ?
"Tu ne prononceras pas [le nom de Hachem en vain]" (Chemot 20,7) : y a-t-il du commerce entre vous ? Encore : qu'est-il écrit en elle ?
"Honore ton père et ta mère" (Chemot 20,12) : avez-vous un père et une mère ? Encore : qu'est-il écrit en elle ?
"Tu ne tueras pas", "tu ne commettras pas d'adultère", "tu ne voleras pas" (Chemot 20,13) : y a-t-il de la jalousie entre vous ? Y a-t-il un mauvais penchant parmi vous ?
Aussitôt ils reconnurent [le bien-fondé] au Saint béni soit-Il, comme il est dit : "Hachem notre Maître, que Ton nom est puissant [sur toute la terre]" (Tehilim 8,10), et "place Ta majesté sur les cieux" n'est pas écrit.
Fin de l'argumentation de Moche. Chaque commandement suppose une situation humaine : le travail pour le Chabbat, le massa oumattan (commerce) pour le serment, des parents pour le respect, la jalousie et le yetser hara (mauvais penchant) pour les interdits de meurtre, d'adultère et de vol. Rachi explique que la jalousie mène au meurtre.
Au début du Psaume 8, les anges disaient : place Ta majesté sur les cieux. Le dernier verset du même psaume répète la louange sans cette demande : les anges ont accepté que la Torah soit donnée sur terre.
Aussitôt, chacun d'eux devint pour lui un ami et lui transmit quelque chose, comme il est dit : "Tu es monté dans les hauteurs, tu as fait des captifs, tu as pris des dons à cause de l'homme" (Tehilim 68,19) : en récompense de ce qu'ils t'ont appelé "homme", tu as pris des dons. Même l'ange de la mort lui transmit quelque chose, comme il est dit : "Il mit l'encens et fit l'expiation pour le peuple" (Bamidbar 17,12), et il dit : "Il se tint entre les morts et les vivants [et le fléau fut arrêté]" (Bamidbar 17,13).
Si [l'ange de la mort] ne le lui avait pas dit, comment l'aurait-il su ?
Les anges deviennent les ohavim (amis) de Moche et lui font des dons. Le verset de Tehilim est lu ainsi : les dons ont été obtenus baadam, à cause du mot adam, par lequel les anges voulaient abaisser Moche. Rachi rattache adam à adama (la terre).
Preuve du don de l'ange de la mort : lors de l'épidémie après la révolte de Kora'h, Aharon arrête le fléau avec la ketoret (encens). Ce procédé n'est pas enseigné dans la Torah ; il vient donc de l'ange de la mort.
R. Yehochoua ben Levi a dit encore : au moment où Moche descendit de devant le Saint béni soit-Il, le Satan vint et dit devant Lui : Maître du monde, la Torah, où est-elle ?
Il lui dit : Je l'ai donnée à la terre. Il alla vers la terre et lui dit : la Torah, où est-elle ?
Elle lui dit : "D.ieu comprend son chemin [et Lui connaît son lieu]" (Iyov 28,23). Il alla vers la mer, et elle lui dit : "Elle n'est pas avec moi".
Il alla vers l'abîme, qui lui dit : "Elle n'est pas en moi", comme il est dit : "L'abîme a dit : elle n'est pas en moi, et la mer a dit : elle n'est pas avec moi" (Iyov 28,14), "Abaddon et la mort ont dit : de nos oreilles nous avons entendu sa rumeur" (Iyov 28,22). Il revint et dit devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, j'ai cherché sur toute la terre et je ne l'ai pas trouvée.
Il lui dit : va chez le fils d'Amram.
Deuxième enseignement de R. Yehochoua ben Levi. Le Satan cherche la Torah dans toute la création. Les réponses sont tirées d'Iyov 28, le chapitre sur la sagesse introuvable : ni la terre, ni la mer, ni l'abîme ne la possèdent ; Abaddon et la mort en ont seulement entendu parler.
Tossefot demande comment le Satan pouvait ignorer le don de la Torah. Réponse : Hachem l'avait tenu occupé à ce moment-là, pour qu'il n'accuse pas Israël de la faute à venir du veau d'or. Le Satan et l'ange de la mort sont une seule entité (Baba Batra 16a).
Il alla chez Moche et lui dit : la Torah que le Saint béni soit-Il t'a donnée, où est-elle ? Il lui dit : et qui suis-je pour que le Saint béni soit-Il me donne la Torah ?
Le Saint béni soit-Il dit à Moche : Moche, es-tu un menteur ? Il dit devant Lui : Maître du monde, Tu possèdes un trésor caché dans lequel Tu Te délectes chaque jour ; m'en attribuerais-je le mérite ?
Le Saint béni soit-Il dit à Moche : puisque tu t'es diminué, elle sera appelée de ton nom, comme il est dit : "Souvenez-vous de la Torah de Moche Mon serviteur [...]" (Malakhi 3,22).
Moche répond au Satan par une question d'humilité : qui suis-je ? Hachem l'interroge : badai ata, es-tu un menteur ? Rachi précise que la phrase est une question étonnée. Moche explique : la Torah est la hemda genouza (trésor caché) de Hachem ; il ne veut pas s'en attribuer le mérite.
Récompense : parce qu'il s'est diminué, la Torah porte son nom, Torat Moche (Malakhi 3,22).
R. Yehochoua ben Levi a dit encore : au moment où Moche monta dans les hauteurs, il trouva le Saint béni soit-Il en train d'attacher des couronnes aux lettres.
Il lui dit : Moche, n'y a-t-il pas de salutation dans ta ville ? Il dit devant Lui : un serviteur salue-t-il son maître ?
Il lui dit : tu aurais dû M'aider. Aussitôt il Lui dit : "Et maintenant, que la puissance de Hachem grandisse, comme Tu l'as dit" (Bamidbar 14,17).
Troisième enseignement de R. Yehochoua ben Levi. Les taguin (couronnes) sont les petits traits posés sur certaines lettres du Sefer Torah. Rachi précise : les sept lettres cha'atnez guets (chin, ayin, têt, noun, zayin, guimel, tsadi) reçoivent trois traits chacune.
Hachem reproche à Moche de ne pas l'avoir salué. Moche répond qu'un serviteur ne salue pas son maître. Hachem lui dit qu'il aurait dû au moins souhaiter la réussite de l'œuvre (Rachi). Selon Rachi, Moche l'a fait lors d'une autre montée, par le verset de Bamidbar 14,17, prononcé après la faute des explorateurs.
R. Yehochoua ben Levi a dit : que signifie ce qui est écrit : "Le peuple vit que Moche tardait (bochech)" (Chemot 32,1) ?
Ne lis pas bochech, mais ba'ou chech (six sont arrivées). Au moment où Moche monta dans les hauteurs, il dit à Israël : au bout de quarante jours, au début de la sixième [heure], je viendrai.
Au bout de quarante jours, le Satan vint et mit le trouble dans le monde. Il leur dit : Moche votre maître, où est-il ?
Ils lui dirent : il est monté dans les hauteurs. Il leur dit : six [heures] sont arrivées ; ils ne firent pas attention à lui.
[Il leur dit : il est] mort ; ils ne firent pas attention à lui. Il leur montra l'image de son lit funèbre ; c'est ce qu'ils dirent à Aharon : "car ce Moche, l'homme [qui nous a fait monter du pays d'Égypte, nous ne savons pas ce qu'il est devenu]" (Chemot 32,1).
Quatrième enseignement de R. Yehochoua ben Levi. Le mot bochech (tardait) est relu ba'ou chech (six sont arrivées) : Moche avait annoncé son retour au début de la sixième heure du quarantième jour. Le Satan trouble le ciel, puis annonce la mort de Moche et montre l'image de son lit funèbre. Le peuple se tourne alors vers Aharon : début de la faute du veau d'or.
Rachi explique l'erreur de calcul : le peuple comptait le jour de la montée, Moche ne le comptait pas. Tossefot conteste à partir de Yoma 4a : le jour de la montée compte, et Moche descend le 17 Tamouz. Rachi identifie le Satan au yetser hara et rejette l'identification à la middat hadin.
Un des maîtres dit à Rav Kahana : as-tu entendu ce que signifie "mont Sinaï" ? Il lui dit : la montagne sur laquelle des miracles (nissim) ont été faits pour Israël.
[L'autre objecta :] il aurait fallu "mont Nissai" ! Plutôt : la montagne sur laquelle s'est fait un bon signe (siman) pour Israël.
Il aurait fallu "mont Simanai" ! Il lui dit : pourquoi ne fréquentes-tu pas Rav Papa et Rav Houna fils de Rav Yehochoua, qui approfondissent l'aggada ?
Car Rav Hisda et Rabba fils de Rav Houna disent tous deux : que signifie "mont Sinaï" ? La montagne sur laquelle est descendue la haine (sina) contre les nations du monde.
C'est ce qu'a dit R. Yossi bar R.
Hanina : il a cinq noms : désert de Tsin, parce qu'Israël y reçut des ordres (nitstavou) ; désert de Kadech, parce qu'Israël y fut sanctifié (nitkadchou) ; désert de Kedemot, parce qu'une [Torah] antérieure (keduma) y fut donnée ; désert de Paran...
Discussion sur l'étymologie de Sinaï. Les propositions nissim (miracles) et siman (signe) sont rejetées : la forme du mot serait différente. Rav Kahana renvoie son interlocuteur à l'école de Rav Papa, qui étudie l'aggada : Sinaï vient de sina (haine), car les nations qui ont refusé la Torah y ont attiré la haine (Rachi).
R. Yossi bar R. Hanina énumère les noms du désert, chacun lié à un événement du Sinaï. La liste continue en 89b. Tossefot montre la difficulté géographique : Tsin et Paran sont au sud, Kedemot à l'est ; R. Yits'hak répond que tout est un seul grand désert, mais Kedemot reste une difficulté.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).