Shabbat 89a — Moche au ciel : les anges, le Satan et le mont Sinaï

Shabbat 89a

Sougya : Le daf achève la réponse de Moche aux anges : chaque commandement suppose une condition humaine, et les anges reconnaissent que la Torah revient aux hommes ; chacun lui transmet alors un don, jusqu'à l'ange de la mort. Suivent trois enseignements de R.

Yehochoua ben Levi : le Satan cherche la Torah et Moche s'efface, d'où le nom de Torah de Moche ; Hachem attache des couronnes aux lettres ; le Satan trouble le peuple au quarantième jour, cause de la faute du veau d'or. Le daf se termine sur le sens du nom Sinaï et les noms du désert.

La réponse de Moche aux anges (88b-89a)CommandementCondition qu'il supposeChez les anges ?Je suis Hachem... hors d'Égypteavoir été esclave en ÉgyptenonPas d'autres dieuxvivre parmi des idolâtresnonSouviens-toi du Chabbatfaire un travail (melakha)nonNe prononce pas en vaincommerce, sermentsnonHonore ton père et ta mèreavoir un père et une mèrenonPas de meurtre, adultère, voljalousie, yetser haranonConclusion : la Torah est donnée aux hommes, sur terre
L'argument de Moche : chaque commandement suppose une condition humaine.
Le Satan cherche la Torah (R. Yehochoua ben Levi)HachemJe l'ai donnéeà la terreTerreD.ieu comprendson cheminMerElle n'est pasavec moiAbîmeElle n'est pasen moiAbaddon et MortNous en avonsentendu la rumeurHachem : va chez le fils d'AmramMoche : qui suis-je pour qu'on me donne la Torah ?Récompense : Torah de Moche Mon serviteur (Malakhi 3,22)
La quête du Satan et la réponse de Moche.
1
עֲבוֹדָה זָרָה? שׁוּב: מַה כְּתִיב בָּהּ? ״זָכוֹר אֶת יוֹם הַשַּׁבָּת לְקַדְּשׁוֹ״ — כְּלוּם אַתֶּם עוֹשִׂים מְלָאכָה, שֶׁאַתֶּם צְרִיכִין שְׁבוּת? שׁוּב: מַה כְּתִיב בָּהּ? ״לֹא תִּשָּׂא״ — מַשָּׂא וּמַתָּן יֵשׁ בֵּינֵיכֶם? שׁוּב: מַה כְּתִיב בָּהּ? ״כַּבֵּד אֶת אָבִיךָ וְאֶת אִמֶּךָ״ — אָב וָאֵם יֵשׁ לָכֶם? שׁוּב: מַה כְּתִיב בָּהּ? ״לֹא תִּרְצָח״, ״לֹא תִּנְאָף״, ״לֹא תִּגָּנֵב״. קִנְאָה יֵשׁ בֵּינֵיכֶם? יֵצֶר הָרָע יֵשׁ בֵּינֵיכֶם? מִיָּד הוֹדוּ לוֹ לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״ה׳ אֲדֹנֵינוּ מָה אַדִּיר שִׁמְךָ וְגוֹ׳״, וְאִילּוּ ״תְּנָה הוֹדְךָ עַל הַשָּׁמָיִם״ לָא כְּתִיב.

... l'idolâtrie ? Encore : qu'est-il écrit en elle ?

"Souviens-toi du jour du Chabbat pour le sanctifier" (Chemot 20,8) : faites-vous donc un travail, pour avoir besoin de repos ? Encore : qu'est-il écrit en elle ?

"Tu ne prononceras pas [le nom de Hachem en vain]" (Chemot 20,7) : y a-t-il du commerce entre vous ? Encore : qu'est-il écrit en elle ?

"Honore ton père et ta mère" (Chemot 20,12) : avez-vous un père et une mère ? Encore : qu'est-il écrit en elle ?

"Tu ne tueras pas", "tu ne commettras pas d'adultère", "tu ne voleras pas" (Chemot 20,13) : y a-t-il de la jalousie entre vous ? Y a-t-il un mauvais penchant parmi vous ?

Aussitôt ils reconnurent [le bien-fondé] au Saint béni soit-Il, comme il est dit : "Hachem notre Maître, que Ton nom est puissant [sur toute la terre]" (Tehilim 8,10), et "place Ta majesté sur les cieux" n'est pas écrit.

📜 Rachi (1)
קִנְאָה יֵשׁ בֵּינֵיכֶם שֶׁאַתֶּם בָּאִים עַל יָדָהּ לִידֵי רְצִיחָה:
Y a-t-il de la jalousie entre vous : par laquelle vous en viendriez au meurtre.
💡 Explication

Fin de l'argumentation de Moche. Chaque commandement suppose une situation humaine : le travail pour le Chabbat, le massa oumattan (commerce) pour le serment, des parents pour le respect, la jalousie et le yetser hara (mauvais penchant) pour les interdits de meurtre, d'adultère et de vol. Rachi explique que la jalousie mène au meurtre.

Au début du Psaume 8, les anges disaient : place Ta majesté sur les cieux. Le dernier verset du même psaume répète la louange sans cette demande : les anges ont accepté que la Torah soit donnée sur terre.

2
מִיָּד כָּל אֶחָד וְאֶחָד נַעֲשָׂה לוֹ אוֹהֵב וּמָסַר לוֹ דָּבָר, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עָלִיתָ לַמָּרוֹם שָׁבִיתָ שֶּׁבִי לָקַחְתָּ מַתָּנוֹת בָּאָדָם״ — בִּשְׂכַר שֶׁקְּרָאוּךָ ״אָדָם״, לָקַחַת מַתָּנוֹת. אַף מַלְאַךְ הַמָּוֶת מָסַר לוֹ דָּבָר, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיִּתֵּן אֶת הַקְּטֹרֶת וַיְכַפֵּר עַל הָעָם״, וְאוֹמֵר: ״וַיַּעֲמֹד בֵּין הַמֵּתִים וּבֵין הַחַיִּים וְגוֹ׳״ — אִי לָאו דַּאֲמַר לֵיהּ מִי הֲוָה יָדַע?

Aussitôt, chacun d'eux devint pour lui un ami et lui transmit quelque chose, comme il est dit : "Tu es monté dans les hauteurs, tu as fait des captifs, tu as pris des dons à cause de l'homme" (Tehilim 68,19) : en récompense de ce qu'ils t'ont appelé "homme", tu as pris des dons. Même l'ange de la mort lui transmit quelque chose, comme il est dit : "Il mit l'encens et fit l'expiation pour le peuple" (Bamidbar 17,12), et il dit : "Il se tint entre les morts et les vivants [et le fléau fut arrêté]" (Bamidbar 17,13).

Si [l'ange de la mort] ne le lui avait pas dit, comment l'aurait-il su ?

📜 Rachi (5)
מָסַר לוֹ לָמְדוּ:
Lui transmit : il le lui enseigna.
בְּאָדָם בְּשָׂכָר שֶׁחֵרְפוּךָ וּקְרָאוּךָ אָדָם נוֹצָר מֵאֲדָמָה לְשׁוֹן שִׁפְלוּת:
À cause de l'homme, en récompense : qu'ils t'ont insulté et t'ont appelé adam, formé de la terre (adama), terme d'abaissement.
מָסַר לוֹ סוֹדוֹ לְהַקְטִיר מַחְתּוֹת קְטֹורֶת בִּשְׁעַת מַגֵּפָה וְלַעֲמֹוד בֵּין הַמֵּתִים וּבֵין הַחַיִּים:
Lui transmit son secret : faire brûler des pelles d'encens au moment d'une épidémie et se tenir entre les morts et les vivants.
וְאִי לָאו דְּאָמַר לֵיהּ מַלְאַךְ הַמָּוֶת:
Si ne le lui avait pas dit : l'ange de la mort.
מְנָא יָדַע הֲלֹא בַּתּוֹרָה לֹא נִכְתַּב:
Comment l'aurait-il su : cela n'est pas écrit dans la Torah.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אִי לָאו דַּאֲמַר לֵיהּ, מְנָא הֲוָה יָדַע. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י דְּבַתּוֹרָה לֹא נִכְתַּב, וְדָבָר זֶה יִפָּלֵא אַטּוּ כָּל מַה שֶׁיָּדַע מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה וְלָמַד מִפִּי הַגְּבוּרָה נִכְתַּב בַּתּוֹרָה? וַהֲלֹא וַדַּאי יֵשׁ כַּמָּה אֲלָפִים וּרְבָבוֹת דְּבָרִים שֶׁקִּבֵּל מהקב"ה וְלֹא נִתְפָּרְשׁוּ בַּתּוֹרָה! וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל וְהוּבָא בְּרַשִׁ"י פָּרָשַׁת קֹרַח בַּפָּסוּק (בַּמִּדְבָּר יז, יג) וַיַּעֲמֹד בֵּין הַמֵּתִים וּבֵין הַחַיִּים, דְּאָמַר לוֹ מַלְאַךְ הַמָּוֶת אֲנִי שְׁלוּחוֹ שֶׁל הקב"ה וְאַתָּה שְׁלוּחוֹ שֶׁל מֹשֶׁה וְכוּ' עַיֵּין שָׁם. וְקַשָּׁא כֵּיוָן דְּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה צִוָּה אוֹתוֹ בִּדְבַר הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ לַעֲשׂוֹת כָּךְ, אִם כֵּן גַּם אַהֲרֹן נַעֲשָׂה שְׁלוּחוֹ שֶׁל הקב"ה, עַל כֵּן מֻוכְרָח לוֹמַר כִּי דָּבָר זֶה מַלְאָךְ לִימְּדוֹ לְמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה! וְלָכֵן אַחַר שֶׁיּוֹדִיעַ שֶׁהוּא לִימֵּד אוֹתוֹ דָּבָר לְמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה, לְכָךְ דָּן בְּדַעְתּוֹ כִּי הקב"ה לֹא אָמַר לְמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה שֶׁיֹּאמַר לְאַהֲרֹן לַעֲשׂוֹת דָּבָר זֶה, אֶלָּא מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה אַחַר שֶׁיָּדַע סְגֻולָּה זוֹ מִמֶּנּוּ הוּא צִוָּה אֶת אַהֲרֹן לַעֲשׂוֹת כֵּן לְהַצִּיל אֶת יִשְׂרָאֵל, וְנִמְצָא אַהֲרֹן הוּא שְׁלוּחוֹ שֶׁל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה וְלָאו שְׁלוּחוֹ שֶׁל הקב"ה! וְזֶה שֶׁאָמַר אִי לָאו דְּמַלְאַךְ הַמָּוֶת הוּא דְּאָמַר לְמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה סְגֻולָּה זוֹ, מְנָא יָדַע מַלְאַךְ הַמָּוֶת דְּאַהֲרֹן שְׁלוּחוֹ שֶׁל מֹשֶׁה הוּא, וַהֲלֹא מִסְּתָמָא הקב"ה אָמַר דָּבָר זֶה לְמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה שֶׁיֹּאמַר לְאַהֲרֹן לַעֲשׂוֹתוֹ? וַהֲוָה לֵיהּ אַהֲרֹן שְׁלוּחוֹ שֶׁל הקב"ה! וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד מֵאַחַר שהקב"ה הִפְקִיד אֶת מַלְאַךְ הַמָּוֶת עַל הַמִּיתָה, שׁוּרַת הַדִּין מְחַייֶּבֶת שֶׁלֹּא יְגַלֶּה דָּבָר לְשׁוּם נִבְרָא אֲשֶׁר בּוֹ יוּכַל הָאָדָם לְהַפְרִיעַ מַעֲשֵׂה מַלְאַךְ הַמָּוֶת בְּעִנְיַן הַמִּיתָה, וּכְמוֹ שֶׁכָּתְבוּ הַמְפָרְשִׁים בְּטַעַם הַגְּזֵרָה שֶׁגָּזַר הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ לְבִלְתִּי יְגַלֶּה לְשׁוּם אָדָם יוֹם הַמִּיתָה שֶׁלּוֹ, וּכְמוֹ שֶׁאָמַר הקב"ה לְדָוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה כַּאֲשֶׁר בִּקֵּשׁ מִמֶּנּוּ עַל זֹאת, וְזֶה שֶׁאָמַר הַשַּׁ"ס כָּאן אִי לָאו שֶׁהוּא בְּעַצְמוֹ גִּילָּה לְמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה סְגֻולָּה זוֹ הַמַּצֶּלֶת מִן הַמָּוֶת מְנָא יָדַע מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה? כִּי מִסְּתָמָא הקב"ה לֹא גִּילָּה לוֹ דָּבָר זֶה שֶׁבּוֹ נִדְחֶה שְׁלִיטַת מַלְאַךְ הַמָּוֶת, אִם לֹא שֶׁהוּא בְּעַצְמוֹ גִּילָּה לוֹ מִקֹּודֶם.
Si ne le lui avait pas dit, comment l'aurait-il su. Rachi explique : parce que ce n'est pas écrit dans la Torah. Cela étonne : tout ce que Moche notre maître a su et appris de la bouche de la Toute-Puissance est-il écrit dans la Torah ? Il y a sûrement des milliers et des myriades de choses qu'il a reçues du Saint béni soit-Il et qui ne sont pas explicitées dans la Torah ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres ont dit, et Rachi le rapporte dans la paracha de Kora'h sur le verset "il se tint entre les morts et les vivants" (Bamidbar 17,13), que l'ange de la mort lui dit : je suis l'envoyé du Saint béni soit-Il et toi l'envoyé de Moche, etc. Voir là-bas. Or cela fait difficulté : puisque Moche notre maître lui avait donné cet ordre sur la parole de Hachem, Aharon aussi était l'envoyé du Saint béni soit-Il ! Il faut donc dire que c'est un ange qui avait enseigné cela à Moche. Ainsi, sachant qu'il avait lui-même enseigné cela à Moche, [l'ange] a jugé que le Saint béni soit-Il n'avait pas dit à Moche de faire faire cela à Aharon ; Moche, ayant appris de lui ce remède (segoula), avait lui-même ordonné à Aharon de le faire pour sauver Israël, et Aharon était donc l'envoyé de Moche et non l'envoyé du Saint béni soit-Il. C'est le sens de : si ce n'était l'ange de la mort qui avait dit ce remède à Moche, comment l'ange de la mort aurait-il su qu'Aharon était l'envoyé de Moche ? On aurait pu supposer que le Saint béni soit-Il avait dit à Moche de le faire faire par Aharon, et Aharon aurait été l'envoyé du Saint béni soit-Il. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel : puisque le Saint béni soit-Il a préposé l'ange de la mort à la mort, la stricte justice exige qu'il ne révèle à aucune créature une chose par laquelle l'homme pourrait entraver son action en matière de mort, comme les commentateurs l'ont écrit sur la raison du décret de Hachem de ne révéler à personne le jour de sa mort, ainsi que le Saint béni soit-Il l'a dit au roi David quand il le lui demanda. C'est ce que dit ici la Guemara : si lui-même n'avait pas révélé à Moche ce remède qui sauve de la mort, comment Moche l'aurait-il su ? Car le Saint béni soit-Il ne lui a sûrement pas révélé une chose qui repousse le pouvoir de l'ange de la mort, si celui-ci ne la lui avait pas révélée auparavant.
💡 Explication

Les anges deviennent les ohavim (amis) de Moche et lui font des dons. Le verset de Tehilim est lu ainsi : les dons ont été obtenus baadam, à cause du mot adam, par lequel les anges voulaient abaisser Moche. Rachi rattache adam à adama (la terre).

Preuve du don de l'ange de la mort : lors de l'épidémie après la révolte de Kora'h, Aharon arrête le fléau avec la ketoret (encens). Ce procédé n'est pas enseigné dans la Torah ; il vient donc de l'ange de la mort.

3
וְאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: בְּשָׁעָה שֶׁיָּרַד מֹשֶׁה מִלִּפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, בָּא שָׂטָן וְאָמַר לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, תּוֹרָה הֵיכָן הִיא? אָמַר לוֹ: נְתַתִּיהָ לָאָרֶץ. הָלַךְ אֵצֶל אֶרֶץ, אָמַר לָהּ: תּוֹרָה הֵיכָן הִיא? אָמְרָה לוֹ: ״אֱ-לֹהִים הֵבִין דַּרְכָּהּ וְגוֹ׳״. הָלַךְ אֵצֶל יָם, וְאָמַר לוֹ: ״אֵין עִמָּדִי״. הָלַךְ אֵצֶל תְּהוֹם, אָמַר לוֹ: ״אֵין בֵּי״. שֶׁנֶּאֱמַר: ״תְּהוֹם אָמַר לֹא בִי הִיא וְיָם אָמַר אֵין עִמָּדִי״, ״אֲבַדּוֹן וָמָוֶת אָמְרוּ בְּאָזְנֵינוּ שָׁמַעְנוּ שִׁמְעָהּ״. חָזַר וְאָמַר לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, חִיפַּשְׂתִּי בְּכָל הָאָרֶץ וְלֹא מְצָאתִיהָ. אָמַר לוֹ: לֵךְ אֵצֶל בֶּן עַמְרָם.

R. Yehochoua ben Levi a dit encore : au moment où Moche descendit de devant le Saint béni soit-Il, le Satan vint et dit devant Lui : Maître du monde, la Torah, où est-elle ?

Il lui dit : Je l'ai donnée à la terre. Il alla vers la terre et lui dit : la Torah, où est-elle ?

Elle lui dit : "D.ieu comprend son chemin [et Lui connaît son lieu]" (Iyov 28,23). Il alla vers la mer, et elle lui dit : "Elle n'est pas avec moi".

Il alla vers l'abîme, qui lui dit : "Elle n'est pas en moi", comme il est dit : "L'abîme a dit : elle n'est pas en moi, et la mer a dit : elle n'est pas avec moi" (Iyov 28,14), "Abaddon et la mort ont dit : de nos oreilles nous avons entendu sa rumeur" (Iyov 28,22). Il revint et dit devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, j'ai cherché sur toute la terre et je ne l'ai pas trouvée.

Il lui dit : va chez le fils d'Amram.

🗂️ Tossefot (1)
תּוֹרָה הֵיכָן הִיא וא"ת וְכִי שָׂטָן לֹא הָיָה יוֹדֵעַ מַתַּן תּוֹרָה וי"ל דְּאָמְרִינַן בַּמִּדְרָשׁ לְפָנָיו יֵלֵךְ דָּבָר שֶׁטְּרָדוֹ הקב"ה לְמַלְאַךְ הַמָּוֶת בִּשְׁעַת מַתַּן תּוֹרָה שֶׁלֹּא יְקַטְרֵג לוֹמַר אֻומָּה שֶׁעֲתִידָה לַחֲטוֹא לְסוֹף מ' יוֹם בָּעֵגֶל אַתָּה נוֹתֵן לָהֶם הַתּוֹרָה וְהוּא שָׂטָן וְהוּא מַלְאַךְ הַמָּוֶת כִּדְאָמְרִי' בפ"ק דב"ב (דַּף טז.) וְאָמְרִי' נָמֵי בְּסַנְהֶדְרִין (דַּף כו:) תֵּוְשִׁי' שֶׁנִּיתְּנָה בַּחֲשַׁאי מִפְּנֵי הַשָּׂטָן:
La Torah, où est-elle : et si tu demandes : le Satan ne savait-il pas le don de la Torah ? On peut répondre par ce que l'on dit dans le Midrach : "devant Lui marche la peste (dever)" (Havakouk 3,5), que le Saint béni soit-Il avait tenu occupé l'ange de la mort au moment du don de la Torah, pour qu'il n'accuse pas en disant : à un peuple qui fautera avec le veau au bout de quarante jours, Tu donnes la Torah ? Et c'est lui le Satan et lui l'ange de la mort, comme nous le disons au premier chapitre de Baba Batra (16a). Nous disons aussi dans Sanhédrin (26b) : touchiya (sagesse), car elle fut donnée en secret, à cause du Satan.
🪔 Ben Yehoyada (1)
תּוֹרָה הֵיכָן הִיא? אֲמַר לֵיהּ: נְתַתִּיהָ לָאָרֶץ. הַדִּקְדּוּק יָדוּעַ אֵיךְ לֹא יָדַע הַשָּׂטָן בְּמַתַּן תּוֹרָה? וְעוֹד לָמָּה לֹא אָמַר לוֹ הקב"ה בְּפֵירוּשׁ נְתַתִּיהָ לְבֶן עַמְרָם? וְעוֹד מַאי סָלְקָא דַעְתָּךְ דְּשָׂטָן שֶׁהָלַךְ אֵצֶל אֶרֶץ וְיָם וּתְהוֹם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הוּא בָּא לִפְנֵי הקב"ה אַחַר שֶׁשִּׁבֵּר מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה אֶת הַלּוּחוֹת, שֶׁרָצָה לְקַטְרֵג עַל שְׁבִירַת הַלּוּחוֹת, וְיָדוּעַ כִּי כָּל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ נִכְלְלָה בַּלּוּחוֹת וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל, וְלָזֶה תּוֹרָה הֵיכָן הִיא , כַּוָּנָתוֹ עַל הַלּוּחוֹת דְּקָרֵי לְהוּ 'תּוֹרָה' מִפְּנֵי כִּי כָּל הַתּוֹרָה נִכְלְלָה בָּהֶם, וְרוֹצֶה בָּזֶה לְהַגְדִּיל הַמְּדוּרָה, שֶׁהַלּוּחוֹת שֶׁהֵם כְּלָלוּת כָּל הַתּוֹרָה הֵיכָן הֵם עַתָּה? והקב"ה הֵשִׁיב לוֹ נְתַתִּיהָ הַלּוּחוֹת לָאָרֶץ , כַּוָּנָתוֹ עַל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה, וּקְרָאוֹ 'אֶרֶץ' לוֹמַר שֶׁהוּא עָשָׂה רְצוֹנִי בִּשְׁבִירַת הַלּוּחוֹת וְאֵין עָלָיו עָוֹן בָּזֶה, שֶׁיָּדוּעַ דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (בְּרֵאשִׁית רַבָּה א, ו) לָמָּה נִקְרֵאת אֶרֶץ שֶׁעָשְׂתָה רְצוֹן קוֹנֶה, וְלָכֵן כְּיִנָּהוּ בְּשֵׁם 'אֶרֶץ' וְגַם עוֹד שֶׁהוּא עָנָיו! וְהַשָּׂטָן לֹא הֵבִין דְּבָרָיו יִתְבָּרֵךְ וְחָשַׁב שֶׁנִּמְסְרוּ הַלּוּחוֹת לְשַׂר הָאָרֶץ, וְהָלַךְ אֵצֶל שַׂר הָאָרֶץ , וְהֵשִׁיב לוֹ (אִיּוֹב כח, כג) אֱ-לֹהִים הֵבִין דַּרְכָּהּ וְכוּ', וְאַתָּה לֹא הֵבַנְתָּ דְּבָרָיו יִתְבָּרֵךְ הֵיטֵב! אַחַר כָּךְ הָלַךְ אֵצֶל שַׂר שֶׁל יָם שֶׁיִּשְׁתַּתֵּף עִמּוֹ בְּקִטְרוּג, לְקַטְרֵג גַּם הוּא עַל אֲשֶׁר עָבַר בַּיָּם צָרָה זֶה פֶּסֶל מִיכָה, כְּדֵי שֶׁהוּא יְקַטְרֵג מִצַּד אַחֵר בַּעֲבוּר הָעֵגֶל, וְהֵשִׁיב לוֹ (שָׁם, יד) אֵין עִמָּדִי קִטְרוּג לְקַטְרֵג, וְהָלַךְ אַחַר כָּךְ אֵצֶל שַׂר הַתְּהוֹם לְהִתְחַבֵּר עִמּוֹ בְּקִטְרוּג, שֶׁהוּא יְקַטְרֵג עַל דִּבּוּר לֹא תִּשָּׂא שֶׁעוֹבְרִים עָלָיו וְגוֹרְמִין שֶׁהַתְּהוֹם יַעֲלֶה וְיִשְׁטֹוף הָעוֹלָם, אֶלָּא שֶׁהוּא נִמְנָע מִפְּנֵי שֵׁם הַקָּדוֹשׁ הַכָּתוּב עַל חֶרֶס וּמֻונָּח עָלָיו, וְרָצָה שֶׁהוּא יְקַטְרֵג בָּזֶה וְאָז הוּא יְקַטְרֵג מִצַּד הָעֵגֶל בְּדִבּוּר לֹא יִהְיֶה לְךָ אֱ-לֹהִים אֲחֵרִים, וְהֵשִׁיב לוֹ 'לֹא בִּי הִיא' זוֹ הַמְּלָאכָה שֶׁל הַקִּטְרוּג אֵין בִּי, כִּי אֵין אֲנִי בַּעַל קָטֵגוֹרִים אֶלָּא זוֹ הִיא מְלַאכְתְּךָ וְחֶלְקְךָ! אַחַר זֶה הָלַךְ אֵצֶל אֲבַדּוֹן וּמוֹת , הֵם כּוֹחוֹת הֲמוּנִים בְּגֵיהִנָּם שֶׁהֵם יְקַטְרְגוּ עַל כְּלָלוּת עוֹנוֹת שֶׁל יִשְׂרָאֵל, וְחָשַׁב דְּוַדַּאי יִצְטָרְפוּ עִמּוֹ! וְהֵשִׁיבוּ לוֹ בְּאָזְנֵינוּ שָׁמַעְנוּ שְׁמָעָהּ שֶׁל תּוֹרָה שֶׁמַּצֶּלֶת אֶת יִשְׂרָאֵל מִגֵּיהִנָּם, שֶׁהוּא קַל וָחֹומֶר מִסָּלָמַנְדְּרָא שֶׁהִיא תּוֹלֶדֶת הָאֵשׁ, וְאִם כֵּן אֲנַחְנוּ אֵין לָנוּ עֵסֶק עִם יִשְׂרָאֵל, דִּמְקוֹם גֵּיהִנָּם אֵינוֹ שֶׁל יִשְׂרָאֵל אֶלָּא שֶׁל עַכּוּ"ם שֶׁלֹּא קִבְּלוּ הַתּוֹרָה וְלָכֵן אֵין לָנוּ שְׁלִיטָה עֲלֵיהֶם כְּדֵי לְקַטְרֵג עִמְּךָ! וְאַחַר שֶׁלֹּא מָצָא לוֹ חָבֵר חָזַר לְנָסְעוּ מִקֹּדֶם, וּבָא לִפְנֵי הקב"ה וְאָמַר חִפֻּשְׁתֵּיהּ בְּכָל הָאָרֶץ , וְלֹא מְצָאתִיהָ! וְהֵשִׁיב לֹא הֵבַנְתָּ דְּבָרַי בְּאוֹמְרִי נְתַתִּיהָ לָאָרֶץ, רְצוֹנִי לוֹמַר עַל בֶּן עַמְרָם שֶׁעָשָׂה רְצוֹנִי, עַל כֵּן לֵךְ אֵצֶל בֶּן עַמְרָם! וְאָז הָלַךְ אֵצֶל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה אָמַר לֵיהּ: תּוֹרָה שֶׁנָּתַן לְךָ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, הֵיכָן הִיא? וְגַם כֵּן כַּוָּנָתוֹ בָּזֶה עַל הַלּוּחוֹת שֶׁנִּכְלְלָה כָּל הַתּוֹרָה בָּהֶם.
La Torah, où est-elle ? Il lui dit : Je l'ai donnée à la terre. La difficulté est connue : comment le Satan ignorait-il le don de la Torah ? De plus, pourquoi le Saint béni soit-Il ne lui a-t-il pas dit explicitement : Je l'ai donnée au fils d'Amram ? Et encore, qu'avait en tête le Satan en allant vers la terre, la mer et l'abîme ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il vint devant le Saint béni soit-Il après que Moche notre maître eut brisé les Tables, voulant accuser au sujet du bris des Tables. On sait que toute la Torah est incluse dans les Tables, comme l'ont dit nos maîtres ; ainsi, "la Torah, où est-elle" vise les Tables, appelées "Torah" parce que toute la Torah y est incluse, et il voulait par là attiser le feu : les Tables, qui résument toute la Torah, où sont-elles maintenant ? Le Saint béni soit-Il lui répondit : "Je l'ai donnée à la terre", en visant Moche notre maître, qu'Il appelle "terre" pour dire qu'il a fait Ma volonté en brisant les Tables et n'a pas de faute en cela ; car nos maîtres ont dit (Berechit Rabba 1,6) : pourquoi est-elle appelée erets (terre) ? Parce qu'elle a fait (ratsta) la volonté de son Créateur. C'est pourquoi Il l'a désigné du nom de "terre", et aussi parce qu'il est humble. Le Satan ne comprit pas Ses paroles et pensa que les Tables avaient été remises au prince (sar) de la terre ; il alla vers le prince de la terre, qui lui répondit : "D.ieu comprend son chemin" (Iyov 28,23), et toi tu n'as pas bien compris Ses paroles ! Ensuite il alla vers le prince de la mer pour qu'il s'associe à lui dans l'accusation, en accusant lui aussi de ce que "l'idole de Mikha a traversé la mer", afin que lui-même accuse d'un autre côté au sujet du veau. Elle lui répondit (Iyov 28,14) : "elle n'est pas avec moi", l'accusation n'est pas avec moi pour accuser. Il alla ensuite vers le prince de l'abîme pour s'associer avec lui dans l'accusation : que celui-ci accuse au sujet de la parole "tu ne prononceras pas [en vain]", que l'on transgresse et qui fait monter l'abîme pour inonder le monde, ce qu'il ne fait pas à cause du Nom saint écrit sur un tesson et posé sur lui ; il voulait qu'il accuse en cela, et lui-même accuserait au sujet du veau sur la parole "tu n'auras pas d'autres dieux". Il lui répondit : "elle n'est pas en moi", ce travail d'accusation n'est pas en moi, car je ne suis pas un accusateur ; c'est ton travail et ta part ! Après cela il alla vers Abaddon et la mort, les forces préposées à la Géhenne, pour qu'ils accusent sur l'ensemble des fautes d'Israël, pensant qu'ils se joindraient sûrement à lui. Ils lui répondirent : "de nos oreilles nous avons entendu sa rumeur", celle de la Torah qui sauve Israël de la Géhenne, par un kal va-homer à partir de la salamandre, née du feu ; nous n'avons donc pas affaire avec Israël, car la Géhenne n'est pas le lieu d'Israël mais celui des idolâtres qui n'ont pas reçu la Torah, et nous n'avons pas de pouvoir sur eux pour accuser avec toi ! Ne trouvant pas d'associé, il revint et vint devant le Saint béni soit-Il et dit : "j'ai cherché sur toute la terre et je ne l'ai pas trouvée". Il lui répondit : tu n'as pas compris Mes paroles quand J'ai dit "Je l'ai donnée à la terre" ; Je visais le fils d'Amram qui a fait Ma volonté ; va donc chez le fils d'Amram ! Alors il alla chez Moche notre maître et lui dit : la Torah que le Saint béni soit-Il t'a donnée, où est-elle ? Et là aussi il visait les Tables, dans lesquelles toute la Torah est incluse.
💡 Explication

Deuxième enseignement de R. Yehochoua ben Levi. Le Satan cherche la Torah dans toute la création. Les réponses sont tirées d'Iyov 28, le chapitre sur la sagesse introuvable : ni la terre, ni la mer, ni l'abîme ne la possèdent ; Abaddon et la mort en ont seulement entendu parler.

Tossefot demande comment le Satan pouvait ignorer le don de la Torah. Réponse : Hachem l'avait tenu occupé à ce moment-là, pour qu'il n'accuse pas Israël de la faute à venir du veau d'or. Le Satan et l'ange de la mort sont une seule entité (Baba Batra 16a).

🖼️ Schéma
Le Satan cherche la Torah (R. Yehochoua ben Levi)HachemJe l'ai donnéeà la terreTerreD.ieu comprendson cheminMerElle n'est pasavec moiAbîmeElle n'est pasen moiAbaddon et MortNous en avonsentendu la rumeurHachem : va chez le fils d'AmramMoche : qui suis-je pour qu'on me donne la Torah ?Récompense : Torah de Moche Mon serviteur (Malakhi 3,22)
Le parcours du Satan, verset par verset (Iyov 28).
4
הָלַךְ אֵצֶל מֹשֶׁה אָמַר לוֹ: תּוֹרָה שֶׁנָּתַן לְךָ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא הֵיכָן הִיא? אָמַר לוֹ: וְכִי מָה אֲנִי שֶׁנָּתַן לִי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא תּוֹרָה? אָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה: מֹשֶׁה, בַּדַּאי אַתָּה?! אָמַר לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, חֶמְודָּה גְּנוּזָה יֵשׁ לְךָ שֶׁאַתָּה מִשְׁתַּעֲשֵׁעַ בָּהּ בְּכָל יוֹם, אֲנִי אַחְזִיק טוֹבָה לְעַצְמִי? אָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה: הוֹאִיל וּמִיעַטְתָּ עַצְמְךָ תִּקָּרֵא עַל שִׁמְךָ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״זִכְרוּ תּוֹרַת מֹשֶׁה עַבְדִּי וְגוֹ׳״.

Il alla chez Moche et lui dit : la Torah que le Saint béni soit-Il t'a donnée, où est-elle ? Il lui dit : et qui suis-je pour que le Saint béni soit-Il me donne la Torah ?

Le Saint béni soit-Il dit à Moche : Moche, es-tu un menteur ? Il dit devant Lui : Maître du monde, Tu possèdes un trésor caché dans lequel Tu Te délectes chaque jour ; m'en attribuerais-je le mérite ?

Le Saint béni soit-Il dit à Moche : puisque tu t'es diminué, elle sera appelée de ton nom, comme il est dit : "Souvenez-vous de la Torah de Moche Mon serviteur [...]" (Malakhi 3,22).

📜 Rachi (1)
בַּדַּאי אַתָּה בִּתְמִיהַּ:
Es-tu un menteur : sous forme de question étonnée.
🪔 Ben Yehoyada (2)
תּוֹרָה שֶׁנָּתַן לְךָ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, הֵיכָן הִיא. נִרְאֶה לִי בס"ד, חָשַׁב לְהַכְנִיס בּוֹ גַּסּוּת הָרוּחַ חָס וְחָלִילָה אוּלַי יוּכַל לְלָכְדוּ בָּזֶה, וְלָכֵן אָמַר לוֹ שֶׁנָּתַן לְךָ שֶׁהִיא רְאוּיָה לְךָ שֶׁאַתָּה עָנָיו וּלְךָ לְבַדְּךָ הִיא רְאוּיָה! וְחָשַׁב שֶׁבַּדְּבָרִים הָאֵלֶּה יִתְגָּאֶה חָס וְחָלִילָה מִצַּד שֶׁבַח הָעֲנָוָה שֶׁמְּשַׁבְּחוֹ, וְהֵשִׁיב לוֹ וְכִי מָה אֲנִי, שֶׁנָּתַן לִי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא תּוֹרָה? כְּלוֹמַר וְכִי אֲנִי עָנָיו בְּמַדְרֵגַת מַה , שֶׁהוּא גֶּדֶר עֲנָוָה אֲמִיתִּית כְּדֵי שֶׁאַתָּה חוֹשֵׁב שֶׁנָּתַן לִי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אֶת הַתּוֹרָה ? כִּי יָדוּעַ שֶׁהַתּוֹרָה נִקְרֵאת 'חָכְמָה' שֶׁהוּא 'כֹּחַ מָה' לִרְמֹוז מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ עֲנָוָה אֲמִיתִּית שֶׁהִיא בְּמַדְרֵגַת מַה זֶה רָאוּי שֶׁתִּקָּרֵא הַתּוֹרָה עַל שְׁמוֹ, וַאֲנִי לֹא הִגַּעְתִּי לְמַדְרֵגָה זוֹ שֶׁל 'מָה' וְנִמְצָא עַתָּה מַחְשַׁבְתּוֹ שֶׁל שָׂטָן עָלְתָה לוֹ לְהֵפֶךְ, וְרָצָה הקב"ה לְפַרְסֵם עֲנָוָה שֶׁל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה, לְכָךְ אָמַר לוֹ מֹשֶׁה בַּדַּאי אַתָּה כְּדֵי שֶׁיָּשִׁיב מַה שֶּׁהֵשִׁיב.
La Torah que le Saint béni soit-Il t'a donnée, où est-elle. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il pensait lui inspirer de l'orgueil, à D.ieu ne plaise, pour pouvoir peut-être le prendre par là. C'est pourquoi il lui dit : "qu'Il t'a donnée", parce qu'elle te convient à toi qui es humble, et à toi seul elle convient ! Il pensait que par ces paroles il s'enorgueillirait, à D.ieu ne plaise, de l'éloge de son humilité. Il lui répondit : "et qui (ma) suis-je pour que le Saint béni soit-Il me donne la Torah ?", c'est-à-dire : suis-je humble au degré de "ma" (quoi), qui est la définition de la vraie humilité, pour que tu penses que le Saint béni soit-Il m'a donné la Torah ? Car on sait que la Torah est appelée 'hokhma (sagesse), qui se lit koah ma (la force de "ma"), pour indiquer que celui qui possède la vraie humilité, au degré de "ma", mérite que la Torah soit appelée de son nom ; et moi je ne suis pas parvenu à ce degré de "ma". Ainsi la pensée du Satan se retourna contre lui. Le Saint béni soit-Il voulut rendre publique l'humilité de Moche notre maître ; c'est pourquoi Il lui dit : Moche, es-tu un menteur, afin qu'il réponde ce qu'il a répondu.
מֹשֶׁה בַּדַּאי. קָרְאוּ כֵּן דֶּרֶךְ חִיבָּה וְשַׁעֲשׁוּעַ, וְנִרְאֶה לִי בס"ד רֶמֶז בָּזֶה, בַּדַּאי 'ד' אָבִי' עַל פִּי מַה שֶּׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא דִּמְגִילָּה (דַּף יג.) בַּפָּסוּק (דִּבְרֵי הַיָּמִים א' ד, יח) אֲבִי גְּדוֹר אֲבִי שׂוֹכוֹ אֲבִי זָנוּחַ עַל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה, וְדָרְשׁוּ 'אָבִי אֲבִי אָבִי' אָב בַּתּוֹרָה, אָב בְּחָכְמָה, אָב בִּנְבוּאָה. וְעוֹד דָּרְשׁוּ בַּמִּדְרָשׁ (וַיִּקְרָא רַבָּה א, ג) עַל אֲבִי זָנוּחַ זֶה מֹשֶׁה, שֶׁהָיָה אָב לַמַּזְנִיחִים שֶׁהִזְנִיחָם מֵעֲבוֹדָה זָרָה עַייֵּן שָׁם. לְפִי זֶה נִדְרָשׁ בּוֹ ד' פְּעָמִים אָבִי עַל מַעֲלוֹתָיו, וְלָזֶה אָמַר לוֹ בַּדַּאי אַתָּה רָמַז בָּזֶה עַל מַעֲלוֹתָיו הֲנֵז' שֶׁהוּא 'ד' אָבִי'. אוֹ יוּבָן בס"ד קָרְאוּ בַּדַּאי 'אָב יָד' שֶׁהָיָה אָב בְּכֹחַ הַיָּד שֶׁזָּכָה לְקַבֵּל הַלּוּחוֹת מִיָּד לְיָד, וְגַם נִקְרָא סָפְרָא רַבָּא דְּיִשְׂרָאֵל, וְכֵן דָּרְשׁוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (וַיִּקְרָא רַבָּה פָּרָשַׁת וַיִּקְרָא פָּרָשָׁה א) בְּמַעֲלָתוֹ בַּפָּסוּק (דִּבְרֵי הַיָּמִים א' כד, ו) בֶּן נְתַנְאֵל הַסּוֹפֵר, בֵּן שֶׁנָּתְנָה לוֹ תּוֹרָה מִיָּד לְיָד, הַסּוֹפֵר שֶׁהָיָה סוֹפְרָן שֶׁל יִשְׂרָאֵל. וְלָזֶה אָמַר לוֹ בַּדַּאי אַתָּה 'אָב יָד'. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי דִּשְׁקָלִים פֶּרֶק וָא"ו (תַּעֲנִית פ"ד ה"ה) ר' שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אוֹמֵר: הַלּוּחוֹת אָרְכָּן שִׁשָּׁה טְפָחִים וְרָחְבָּן שִׁשָּׁה טְפָחִים. וְהָיָה מֹשֶׁה תּוֹפֵס בִּטְפָחִים, וְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא טְפָחִים, וּטְפָחִים רוּחַ בָּאֶמְצַע, , וְכֵיוָן שֶׁעָשׂוּ יִשְׂרָאֵל אוֹתוֹ מַעֲשֶׂה, בִּקֵּשׁ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְחָטְפָן מִיָּדוֹ שֶׁל מֹשֶׁה, וְגֶבֶר יָדוֹ שֶׁל מֹשֶׁה וַחֲטַפַן מִמֶּנּוּ, הוּא שֶׁהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מְשַׁבְּחוֹ בַּסּוֹף, לְכָל הַיָּד הַחֲזָקָה, יְהֵא שְׁלָמָא עַל יְדָא דְּגָבַר עַל יַמִּינָא עַד כָּאן. וְלָזֶה קְרָאוֹ בַּדַּאי 'אָב יָד'. וּבְוַדַּאי זֶה הַכֹּחַ גַּם כֵּן הָיָה נָתוּן לוֹ מהקב"ה כְּדֵי לְזַכּוֹתוֹ וּלְשַׁבְּחוֹ אַחַר כָּךְ בָּזֶה, כִּי הקב"ה רוֹצֶה בִּזְכוּתָן שֶׁל צַדִּיקִים וְשִׁבְחָן, עַל דֶּרֶךְ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא (בָּבָא מְצִיעָא דַּף נט) בְּמַאֲמָר 'נִצְּחוּנִי בָּנַי' וְלָכֵן אָמַר לוֹ הקב"ה הוֹאִיל וּמְעַטְתְּ עַצְמְךָ, תִּקְרָא עַל שְׁמֶךָ, שֶׁשְּׁמוֹ בְּמִילּוֹאוֹ כָּזֶה מִ" ם ש י"ן ה" א , אוֹתִיּוֹת הַמִּלּוּי הֵם 'מֵאַיִן' [101] וְהֵמָּה מִסְפַּר ק"א שֶׁהוּא מִסְפַּר הַמַּפְתֵּחַ שֶׁל זְכִירַת הַתּוֹרָה.
Moche, menteur (badai). Il l'appela ainsi par affection et par jeu. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a là une allusion : badai = "daled avi" (quatre fois avi, père), selon ce qu'on dit dans la Guemara de Meguila (13a) sur le verset (Divrei Hayamim I 4,18) "avi Guedor, avi Sokho, avi Zanoah", au sujet de Moche notre maître ; on y explique "avi, avi, avi" : père dans la Torah, père dans la sagesse, père dans la prophétie. On explique encore dans le Midrach (Vayikra Rabba 1,3) : "avi Zanoah", c'est Moche, qui fut un père pour ceux qui délaissaient (mazni'him), car il leur fit délaisser l'idolâtrie ; voir là-bas. D'après cela, on explique en lui quatre fois avi pour ses qualités, et c'est pourquoi Il lui dit "badai ata", en faisant allusion à ses qualités mentionnées, qu'il est "daled avi". Ou bien on comprendra, avec l'aide du Ciel, qu'Il l'appela badai = "av yad" (père de la main) : il fut père par la force de la main, car il mérita de recevoir les Tables de main en main ; il est aussi appelé le grand scribe d'Israël, comme nos maîtres l'expliquent (Vayikra Rabba, paracha 1) à propos de sa grandeur sur le verset (Divrei Hayamim I 24,6) "ben Netanel hasofer" : fils (ben) à qui la Torah fut donnée (nitna) de main en main, le scribe qui était le scribe d'Israël. C'est pourquoi Il lui dit : badai ata, "av yad". Ou encore, il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on trouve dans le Yerouchalmi de Chekalim chapitre 6 (Taanit 4,5) : R. Chemouel bar Nahmani dit : les Tables avaient six tefa'him de long et six de large ; Moche tenait deux tefa'him, le Saint béni soit-Il deux tefa'him, et deux tefa'him d'espace au milieu. Quand Israël fit cet acte, le Saint béni soit-Il voulut les arracher de la main de Moche, mais la main de Moche l'emporta et il les Lui arracha ; c'est ce dont le Saint béni soit-Il le loue à la fin : "et pour toute la main forte" (Devarim 34,12) ; paix sur la main qui l'a emporté sur Ma droite. Fin de citation. C'est pourquoi Il l'appela badai, "av yad". Certes cette force aussi lui avait été donnée par le Saint béni soit-Il, pour lui accorder un mérite et le louer ensuite, car le Saint béni soit-Il désire le mérite des justes et leur éloge, à la manière de ce qu'on dit dans la Guemara (Baba Metsia 59b) : "Mes enfants M'ont vaincu". C'est pourquoi le Saint béni soit-Il lui dit : puisque tu t'es diminué, elle sera appelée de ton nom ; car son nom écrit en toutes lettres, mem-mem, chin-yod-noun, hé-alef, a pour lettres de remplissage "meain" [101], soit le nombre 101 (kouf-alef), qui est le nombre de la clé de la mémoire de la Torah.
💡 Explication

Moche répond au Satan par une question d'humilité : qui suis-je ? Hachem l'interroge : badai ata, es-tu un menteur ? Rachi précise que la phrase est une question étonnée. Moche explique : la Torah est la hemda genouza (trésor caché) de Hachem ; il ne veut pas s'en attribuer le mérite.

Récompense : parce qu'il s'est diminué, la Torah porte son nom, Torat Moche (Malakhi 3,22).

5
וְאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: בְּשָׁעָה שֶׁעָלָה מֹשֶׁה לַמָּרוֹם מְצָאוֹ לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שֶׁהָיָה קוֹשֵׁר כְּתָרִים לָאוֹתִיּוֹת. אָמַר לוֹ: מֹשֶׁה, אֵין שָׁלוֹם בְּעִירְךָ? אָמַר לְפָנָיו: כְּלוּם יֵשׁ עֶבֶד שֶׁנּוֹתֵן שָׁלוֹם לְרַבּוֹ? אָמַר לוֹ: הָיָה לְךָ לְעָזְרֵנִי, מִיָּד אָמַר לוֹ: ״וְעַתָּה יִגְדַּל נָא כֹּחַ ה׳ כַּאֲשֶׁר דִּבַּרְתָּ״.

R. Yehochoua ben Levi a dit encore : au moment où Moche monta dans les hauteurs, il trouva le Saint béni soit-Il en train d'attacher des couronnes aux lettres.

Il lui dit : Moche, n'y a-t-il pas de salutation dans ta ville ? Il dit devant Lui : un serviteur salue-t-il son maître ?

Il lui dit : tu aurais dû M'aider. Aussitôt il Lui dit : "Et maintenant, que la puissance de Hachem grandisse, comme Tu l'as dit" (Bamidbar 14,17).

📜 Rachi (5)
קוֹשֵׁר כְּתָרִים כְּגוֹן הָנָךְ דְּאָמְרִי' בְּפֶרֶק הַבּוֹנֶה (שַׁבָּת דַּף קד.) תָּגָא דְּקוּ"ף לְגַבֵּי רֵי"שׁ וְכֵן שעטנ"ז ג"ץ שֶׁצְּרִיכִין כָּל אוֹת ג' זִיּוּנִים כִּדְאָמְרִינַן (בִּמְנָחוֹת דַּף כט:) רֹאשׁ הזיי"ן נִמְתָּח לְיָמִין וְלִשְׂמֹאל בְּגַגּוֹ מְעַט וְכֵן רֹאשׁ הַשִּׁי"ן הַשְּׂמָאלִי וְכֵן כָּל רָאשֵׁי שֶׁבַע אוֹתִיּוֹת הַלָּלוּ בְּכָל מָקוֹם שֶׁהֵן:
Attacher des couronnes : comme celles dont nous parlons au chapitre Haboné (Chabbat 104a) : la couronne du kouf tournée vers le rech ; de même cha'atnez guets, dont chaque lettre nécessite trois zayin (traits), comme nous le disons (Mena'hot 29b) : la tête du zayin s'étire à droite et à gauche un peu sur son toit, de même la tête gauche du chin, et de même toutes les têtes de ces sept lettres, partout où elles se trouvent.
אֵין שָׁלוֹם אֵין דֶּרֶךְ לִיתֵּן שָׁלוֹם:
N'y a-t-il pas de salutation : n'est-il pas d'usage de saluer ?
בְּעִירָךְ בִּמְקוֹמְךָ:
Dans ta ville : dans ton lieu.
לְעָזְרֵנִי לוֹמַר תִּצְלַח מְלַאכְתְּךָ:
M'aider : dire "que Ton œuvre réussisse".
מִיָּד בַּעֲלִיָּה אַחֶרֶת אָמַר לוֹ יִגְדַּל נָא כֹּחַ ה':
Aussitôt : lors d'une autre montée, il Lui dit : "que la puissance de Hachem grandisse".
🪔 Ben Yehoyada (1)
בְּשָׁעָה שֶׁעָלָה מֹשֶׁה לַמָּרוֹם, מְצָאוֹ לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שֶׁהָיָה קוֹשֵׁר כְּתָרִים לָאוֹתִיּוֹת. הִנֵּה יָדוּעַ מִדִּבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל שֶׁהֶרְאָה הקב"ה לְמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה אוֹתָהּ שָׁעָה סוֹד הַתָּגִין הַנַּעֲשֶׂה עַל הָאוֹתִיּוֹת כַּכָּתוּב בְּסֵפֶר תּוֹרָה. וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁהֶרְאָה לוֹ דָּבָר זֶה אוֹתָהּ שָׁעָה, וְהוּא דְּיָדוּעַ מ"ש רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל כִּי כ"ב אוֹתִיּוֹת הַתּוֹרָה הֵם סוֹד הַכֵּלִים לְמַעְלָה וְשִׁבְעָה אוֹתִיּוֹת שעטנ"ז ג"ץ הֵם כְּנֶגֶד ז' כֵּלִים שֶׁנִּשְׁבְּרוּ וְנִסְתַּלְּקוּ מֵהֶם ג' אוֹרוֹת, וְלָכֵן עוֹשִׂין עֲלֵיהֶם ג' תָּגִין עַל כָּל אוֹת וָאוֹת. וְשִׁשָּׁה אוֹתִיּוֹת בד"ק חי"ה הֵם שִׁשָּׁה כֵּלִים שֶׁלֹּא נִסְתַּלֵּק מֵהֶם אֶלָּא רַק אוֹר אֶחָד מִן ג' אוֹרוֹת, וּלְכָךְ עוֹשִׂין עֲלֵיהֶם תג אֶחָד בִּלְבַד, וְנִשְׁאַר תִּשְׁעָה אוֹתִיּוֹת שֶׁהֵם אוכ"ל מספר"ת וְהֵם כְּנֶגֶד כֵּלִים שֶׁלֹּא נִשְׁבְּרוּ וְלֹא חָסֵר מֵהֶם אֲפִילּוּ אוֹר אֶחָד, וְלָכֵן עַל אֵלּוּ אֵין עוֹשִׂין תָּגִין כְּלָל הַנִּזְכָּר בְּעֵץ חַיִּים. וְהִנֵּה יָדוּעַ עִנְיַן שְׁבִירַת הַכֵּלִים לְמַעְלָה הָיָה כְּדֵי לְזַכּוֹת אֶת יִשְׂרָאֵל, כִּי עַל יְדֵי כָּךְ הקב"ה שׁוֹלֵחַ אֶת נִשְׁמוֹת יִשְׂרָאֵל לַעֲשׂוֹת תִּיקּוּן לְכָל זֶה וִיקַבְּלוּ שָׂכָר, וְיָדוּעַ שֶׁאַחַר שֶׁיַּעֲשׂוּ יִשְׂרָאֵל תִּיקּוּן לִבְחִינַת הַכֵּלִים הַנִּזְכָּר יִתְעַלּוּ עִילּוּי רַב מִמַּה שֶׁהָיוּ קֹודֶם הַשְּׁבִירָה, וְנִמְצָא הַשְּׁבִירָה הָיְתָה לְטוֹבָתָם, מָשָׁל לְעוֹשֶׂה עִיסָּה מִקֶּמַח אִם יְשַׁבְּרֶנָּה וְיַחֲזֹור וִיתַקֵּן אוֹתָהּ תִּתְעַלֶּה וְתַשְׁבִּיחַ יוֹתֵר, וְלָכֵן אוֹתָהּ שָׁעָה הֶרְאָה לוֹ סוֹד הַתָּגִין אֲשֶׁר עַל הָאוֹתִיּוֹת שֶׁהוּא עִנְיַן שְׁבִירַת הַכֵּלִים, לִרְמֹוז לוֹ כְּמוֹ שֶׁשְּׁבִירָה זוֹ הָיְתָה לְטוֹבָה שֶׁמְּשַׁבְּחִים מִמַּה שֶׁהָיוּ בְּרֹאשָׁנָהּ, כֵּן קִלְקוּל יִשְׂרָאֵל בָּעֵגֶל שֶׁקִּלְקְלוּ בַּסְּפִירוֹת הַקֹּודֶשׁ לְמַעְלָה יִהְיֶה לְטוֹבָה, שֶׁאַחַר הַתִּיקּוּן שֶׁיַּעֲשׂוּ יִשְׂרָאֵל יְשַׁבְּחוּ אוֹתָם הַסְּפִירוֹת וְהָעוֹלָמוֹת שֶׁנִּפְגְּמוּ שֶׁבַח יוֹתֵר גָּדוֹל מִמַּה שֶׁהָיוּ בְּרֹאשָׁנָהּ קֹודֶם הַקִּלְקוּל. אוֹ יוּבָן בס"ד הֶרְאָה לוֹ סוֹד הִתְחַבְּרוּת אוֹרוֹת הַיְּצִירָה, שֶׁהֵם בְּחִינַת שֵׁם 'הוי"ה' הַנִּקְרָאִים תָּגִין, עִם אוֹרוֹת הָעֲשִׂיָּה הַנִּקְרָאִים אוֹתִיּוֹת שה"ס [שֶׁהוּא סוֹד] שֵׁם 'אֲדֹנָי' כִּי טנת"א ה"ס אבי"ע [אֲצִילוּת, בְּרִיאָה, יְצִירָה, עֲשִׂייָּה] וה"ס חבת"ם [חָכְמָה, בִּינָה, תִּפְאֶרֶת, מַלְכוּת] , וְיָדוּעַ דְּחִבּוּר אוֹרוֹת שֵׁם הֲוָיָ"ה עִם אוֹרוֹת שֵׁם אדנ"י נִקְרָא שָׁלוֹם, כְּמוֹ שֶׁכָּתַב הָרַב מהרש"ם זַ"ל. וְזֶה שֶׁאָמַר מָצְאוּ שֶׁהָיָה קוֹשֵׁר כְּתָרִים לָאוֹתִיּוֹת , שֶׁהֶרְאָה לוֹ סוֹד חִבּוּר אוֹרוֹת שֵׁם הֲוָיָ"ה, שֶׁהֵם בְּסוֹד 'כְּתָרִים' שֶׁהֵם הַתָּגִין לְאוֹתִיּוֹת, שֶׁהֵם אוֹרוֹת שֵׁם 'אֲדֹנָי'. וְאָמַר לוֹ אֵין שָׁלוֹם בְּעִירְךָ? רָמַז לוֹ עַל סוֹד חִבּוּר הַזֶּה הַנִּקְרָא שָׁלוֹם אִם אֵין אַתֶּם עוֹשִׂין אוֹתוֹ בָּעוֹלָם הַתַּחְתּוֹן, וְרָצָה הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ לְהִשְׁתַּעֲשֵׁעַ עִמּוֹ בִּדְבָרִים אֵלּוּ אַף עַל פִּי שֶׁהַכֹּל גָּלוּי לְפָנָיו יִתְבָּרֵךְ. וְהֵשִׁיב מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה כְּלוּם יֵשׁ עֶבֶד שֶׁנּוֹתֵן שָׁלוֹם לְרַבּוֹ? כְּלוֹמַר מָה אֲנַחְנוּ וּמֶה חָיִינוּ שֶׁנּוּכַל לַעֲשׂוֹת חִבּוּר זֶה שֶׁל שָׁלוֹם עַל יָדֵינוּ, דְּאֵיךְ אָדָם גַּשְׁמִי יוּכַל לַעֲשׂוֹת תִּיקּוּן וּפְעֻולָּה בְּמָקוֹם רוּחָנִי וְעֶלְיוֹן וְקָדוֹשׁ?! אָמַר לוֹ הקב"ה הָיָה לְךָ לְעָזְרֵנִי כְּלוֹמַר כִּוַּנְתִּי בְּדָבָר זֶה שֶׁאָמַרְתִּי לְךָ עַל מַעֲשֵׂה עִירְךָ שֶׁהוּא עוֹלָם הַגַּשְׁמִי, שֶׁתִּהְיוּ אַתֶּם עוֹזְרִים בְּתִיקּוּן הָאוֹרוֹת הָרוּחָנִיִּים אֲשֶׁר לְמַעְלָה בִּקְדֻושָּׁה, עַל דֶּרֶךְ מַה שֶּׁאָמַר הַכָּתוּב (תְּהִלִּים סח, לה) תְּנוּ עֹז לֵא-לֹהִים, וְכֵן אָמַר (תְּהִלִּים ס, יד) בֵּא-לֹהִים נַעֲשֶׂה חַיִל, כִּי כָּךְ גָּזְרָה חָכְמָתוֹ יִתְבָּרֵךְ לָתֵת יְכֹולֶת לַתַּחְתּוֹנִים בְּמַעֲשֵׂיהֶם שֶׁיִּהְיוּ עֵזֶר בְּתִיקּוּן הַמִּדּוֹת שֶׁבִּקְדֻושָּׁה לְמַעְלָה כְּדֵי לִזְכוּתָם, וְאָז אָמַר לוֹ (בַּמִּדְבָּר יד, יז) וְעַתָּה יִגְדַּל נָא כֹּחַ אֲדֹנָי כַּאֲשֶׁר דִּבַּרְתָּ , כְּלוֹמַר דָּבָר זֶה אִי אֶפְשָׁר לְאוֹמְרוֹ, אַךְ עַתָּה הוּא שֶׁדִּבַּרְתָּ בְּכָךְ וּגְזֵרַת לִהְיוֹת כֵּן, וְעַל זֶה אָמַר דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה (דִּבְרֵי הַיָּמִים א' כט, יד) כִּי מִמְּךָ הַכֹּל וּמִיָּדְךָ נָתַנּוּ לָךְ. וְהִנֵּה רַשִׁ"י פֵּירֵשׁ לְעָזְרֵנִי 'לוֹמַר תִּצְלַח מְלַאכְתְּךָ' וְהַדָּבָר פָּשׁוּט שֶׁלֹּא אָמַר לוֹ כֵּן אֶלָּא כְּדֵי לְלַמֵּד דַּעַת לַתַּחְתּוֹנִים עַל שׁוּרַת דֶּרֶךְ אֶרֶץ, וְלָכֵן אָמַר לוֹ מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה (בַּמִּדְבָּר יד יז) וְעַתָּה יִגְדַּל נָא כֹּחַ אֲדֹנָי כַּאֲשֶׁר דִּבַּרְתָּ לֵאמֹר, וְתֵיבַת 'לֵאמֹר' מֻוקְשֵׁית? וּבָזֶה נִיחָא דִּרְצוֹנוֹ לוֹמַר כַּאֲשֶׁר דִּבַּרְתָּ וְאָמַרְתָּ הָיָה לְעָזְרֵנִי וְאֵין אַתָּה צָרִיךְ לְכָךְ חָס וְחָלִילָה, אֶלָּא הוּא כְּדֵי 'לֵאמֹר' לַאֲחֵרִים עֵצָה זוֹ לְלַמְּדָם דָּבָר זֶה בְּשׂוֹרַת הַדֶּרֶךְ אֶרֶץ, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל טַעַם כַּיּוֹצֵא בָּזֶה בַּאֲמִירַת (בְּרֵאשִׁית א, כו) נַעֲשֶׂה אָדָם.
Au moment où Moche monta dans les hauteurs, il trouva le Saint béni soit-Il en train d'attacher des couronnes aux lettres. On sait par les paroles de notre maître le Ari que le Saint béni soit-Il montra à Moche notre maître à ce moment le sod (secret) des taguin (couronnes) faites sur les lettres, comme écrit dans le Sefer Torah. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle Il lui montra cela à ce moment est la suivante. On connaît ce qu'a écrit le Ari : les vingt-deux lettres de la Torah sont le sod des kelim (réceptacles) d'en haut ; les sept lettres cha'atnez guets correspondent aux sept kelim qui se sont brisés et dont trois lumières se sont retirées, c'est pourquoi on fait trois taguin sur chacune de ces lettres ; les six lettres bedek 'hayah correspondent aux six kelim dont s'est retirée une seule des trois lumières, c'est pourquoi on fait sur elles un seul tag ; restent neuf lettres, alef-vav-kaf-lamed mem-samekh-pe-rech-tav, qui correspondent aux kelim qui ne se sont pas brisés et auxquels il ne manque pas même une lumière, c'est pourquoi on ne fait sur elles aucun tag, comme mentionné dans le Ets Haim. On sait que la chevirat hakelim (brisure des réceptacles) en haut a eu lieu pour faire mériter Israël : par elle, le Saint béni soit-Il envoie les nechamot (âmes) d'Israël faire le tikoun (réparation) de tout cela et en recevoir la récompense ; et on sait qu'après qu'Israël aura fait le tikoun de ces kelim, ils s'élèveront bien au-delà de ce qu'ils étaient avant la brisure. La brisure fut donc pour leur bien, comme celui qui fait une pâte avec de la farine : s'il la brise puis la refaçonne, elle s'élève et s'améliore. C'est pourquoi, à ce moment, Il lui montra le sod des taguin sur les lettres, qui est le sujet de la brisure des kelim, pour lui faire comprendre que, de même que cette brisure fut pour le bien et que [les kelim] s'améliorent par rapport à leur état premier, de même la corruption d'Israël par le veau, par laquelle ils ont abîmé les sefirot saintes en haut, sera pour le bien : après le tikoun qu'Israël fera, ces sefirot et ces mondes abîmés s'améliorent plus qu'ils n'étaient avant la corruption. Ou bien on comprendra, avec l'aide du Ciel, qu'Il lui montra le sod de l'union des lumières de Yetsira, qui sont l'aspect du Nom Havaya et sont appelées taguin, avec les lumières de Assiya appelées otiyot (lettres), qui sont le sod du Nom Adnout ; car te'amim-nekoudot-taguin-otiyot sont le sod d'Atsilout, Beria, Yetsira, Assiya, et le sod de ''Hokhma, Bina, Tiferet, Malkhout. On sait que l'union des lumières du Nom Havaya avec celles du Nom Adnout est appelée chalom (paix), comme l'a écrit le Maharcham. C'est le sens de : il le trouva attachant des couronnes aux lettres ; Il lui montra le sod de l'union des lumières du Nom Havaya, qui sont en sod de "couronnes", c'est-à-dire les taguin, aux lettres, qui sont les lumières du Nom Adnout. Et Il lui dit : n'y a-t-il pas de chalom dans ta ville ? Il faisait allusion au sod de cette union appelée chalom : ne la faites-vous pas dans le monde d'en bas ? Hachem voulut se délecter avec lui de ces paroles, bien que tout soit dévoilé devant Lui. Moche notre maître répondit : un serviteur donne-t-il le chalom à son maître ? C'est-à-dire : que sommes-nous et qu'est notre vie pour pouvoir réaliser par nous cette union de chalom ? Comment un homme matériel pourrait-il opérer un tikoun et une action dans un lieu spirituel, élevé et saint ?! Le Saint béni soit-Il lui dit : tu aurais dû M'aider, c'est-à-dire : Mon intention en te parlant de ce qui se fait dans ta ville, qui est le monde matériel, est que vous soyez une aide dans le tikoun des lumières spirituelles d'en haut, dans la sainteté, selon ce que dit le verset (Tehilim 68,35) : "donnez la force à D.ieu", et encore (Tehilim 60,14) : "par D.ieu nous ferons des prouesses" ; car Sa sagesse a décrété de donner aux êtres d'en bas la capacité, par leurs actes, d'aider au tikoun des middot de sainteté en haut, afin de leur faire acquérir un mérite. Alors il Lui dit (Bamidbar 14,17) : "et maintenant, que grandisse la puissance de Hachem comme Tu l'as dit", c'est-à-dire : cette chose serait impossible à dire, mais maintenant c'est Toi qui l'as dite et qui as décrété qu'il en soit ainsi. C'est ce qu'a dit le roi David (Divrei Hayamim I 29,14) : "car tout vient de Toi, et de Ta main nous Te l'avons donné". Rachi explique "M'aider" : dire "que Ton œuvre réussisse". Il est évident qu'Il ne lui a dit cela que pour enseigner aux êtres d'en bas la règle de la bienséance (derekh erets). C'est pourquoi Moche notre maître Lui dit (Bamidbar 14,17) : "et maintenant, que grandisse la puissance de Hachem comme Tu l'as dit, en disant (lemor)". Le mot "lemor" fait difficulté, mais ainsi cela s'explique : il veut dire, comme Tu as parlé et dit "tu aurais dû M'aider", alors que Tu n'en as pas besoin, à D.ieu ne plaise, c'est seulement pour le "dire" à d'autres, pour leur enseigner la bienséance ; nos maîtres ont donné une raison semblable au "faisons l'homme" (Berechit 1,26).
💡 Explication

Troisième enseignement de R. Yehochoua ben Levi. Les taguin (couronnes) sont les petits traits posés sur certaines lettres du Sefer Torah. Rachi précise : les sept lettres cha'atnez guets (chin, ayin, têt, noun, zayin, guimel, tsadi) reçoivent trois traits chacune.

Hachem reproche à Moche de ne pas l'avoir salué. Moche répond qu'un serviteur ne salue pas son maître. Hachem lui dit qu'il aurait dû au moins souhaiter la réussite de l'œuvre (Rachi). Selon Rachi, Moche l'a fait lors d'une autre montée, par le verset de Bamidbar 14,17, prononcé après la faute des explorateurs.

6
אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: מַאי דִכְתִיב: ״וַיַּרְא הָעָם כִּי בֹשֵׁשׁ מֹשֶׁה״ — אַל תִּקְרֵי ״בּוֹשֵׁשׁ״, אֶלָּא ״בָּאוּ שֵׁשׁ״. בְּשָׁעָה שֶׁעָלָה מֹשֶׁה לַמָּרוֹם אָמַר לָהֶן לְיִשְׂרָאֵל: לְסוֹף אַרְבָּעִים יוֹם בִּתְחִלַּת שֵׁשׁ אֲנִי בָּא. לְסוֹף אַרְבָּעִים יוֹם בָּא שָׂטָן וְעִירְבֵּב אֶת הָעוֹלָם. אָמַר לָהֶן: מֹשֶׁה רַבְּכֶם הֵיכָן הוּא? אָמְרוּ לוֹ: עָלָה לַמָּרוֹם. אָמַר לָהֶן: בָּאוּ שֵׁשׁ, וְלֹא הִשְׁגִּיחוּ עָלָיו. מֵת, וְלֹא הִשְׁגִּיחוּ עָלָיו. הֶרְאָה לָהֶן דְּמוּת מִטָּתוֹ, וְהַיְינוּ דְּקָאָמְרִי לֵיהּ לְאַהֲרֹן: ״כִּי זֶה מֹשֶׁה הָאִישׁ וְגוֹ׳״.

R. Yehochoua ben Levi a dit : que signifie ce qui est écrit : "Le peuple vit que Moche tardait (bochech)" (Chemot 32,1) ?

Ne lis pas bochech, mais ba'ou chech (six sont arrivées). Au moment où Moche monta dans les hauteurs, il dit à Israël : au bout de quarante jours, au début de la sixième [heure], je viendrai.

Au bout de quarante jours, le Satan vint et mit le trouble dans le monde. Il leur dit : Moche votre maître, où est-il ?

Ils lui dirent : il est monté dans les hauteurs. Il leur dit : six [heures] sont arrivées ; ils ne firent pas attention à lui.

[Il leur dit : il est] mort ; ils ne firent pas attention à lui. Il leur montra l'image de son lit funèbre ; c'est ce qu'ils dirent à Aharon : "car ce Moche, l'homme [qui nous a fait monter du pays d'Égypte, nous ne savons pas ce qu'il est devenu]" (Chemot 32,1).

📜 Rachi (3)
כְּשֶׁעָלָה מֹשֶׁה לָהָר אָמַר לָהֶם לְסוֹף מ' יוֹם אֲנִי בָּא בְּתוֹךְ שֵׁשׁ שָׁעוֹת הֵם סְבוּרִים שֶׁאוֹתוֹ יוֹם שֶׁעָלָה בוֹ מִן הַמִּנְיָן הֲוָה וְהוּא אָמַר לָהֶם מ' יוֹם שְׁלֵימִים יוֹם וְלֵילוֹ עִמּוֹ וְיוֹם עֲלִייָּתוֹ אֵין לֵילוֹ עִמּוֹ שֶׁהֲרֵי בְּז' בְּסִיוָן עָלָה נִמְצָא יוֹם מ' י"ז בְּתַמּוּז הָיָה בְּי"ו בָּא שָׂטָן וְעִירְבֵּב אֶת הָעוֹלָם וְהֶרְאָה דְּמוּת חֹשֶׁךְ וַאֲפֵילָה דְּמוּת עָנָן וַעֲרָפֶל וְעִרְבּוּבְיָא לוֹמַר וַדַּאי מֵת מֹשֶׁה שֶׁהֲרֵי בָּאוּ כְּבָר שֵׁשׁ וְלֹא בָּא וְאִי אֶפְשָׁר לוֹמַר שֶׁלֹא טָעוּ אֶלָּא בְּיוֹם הַמְעֻונָּן בֵּין קֹודֶם חֲצוֹת לְאַחַר חֲצוֹת שֶׁהֲרֵי לֹא יָרַד מֹשֶׁה עַד יוֹם הַמָּחֳרָת שֶׁנֶּאֱמַר וַיַּשְׁכִּימוּ מִמָּחֳרָת וְגוֹ':
Quand Moche monta : sur la montagne, il leur dit : au bout de quarante jours je viendrai, dans les six [premières] heures. Ils pensaient que le jour où il était monté comptait dans le nombre, alors qu'il leur avait dit quarante jours complets, chaque jour avec sa nuit ; or le jour de sa montée n'avait pas sa nuit avec lui, puisqu'il monta le 7 Sivan. Le quarantième jour se trouvait donc le 17 Tamouz. Le 16, le Satan vint et mit le trouble dans le monde : il fit paraître une image d'obscurité et de ténèbres, une image de nuée, de brouillard et de confusion, pour dire : Moche est certainement mort, puisque les six [heures] sont déjà arrivées et qu'il n'est pas venu. Il est impossible de dire qu'ils ne se sont trompés que par un jour nuageux, entre avant midi et après midi, puisque Moche ne descendit que le lendemain, comme il est dit : "ils se levèrent tôt le lendemain" (Chemot 32,6).
בָּא הַשָּׂטָן הוּא יֵצֶר הָרַע הַמַּחֲטִיא אֶת הָאָדָם הוּא הָעוֹלֶה וּמַסְטִין [וְהָאוֹמֵר] דְּהוּא מִדַּת הַדִּין אֵין הָגוּן בְּעֵינַי:
Le Satan vint : c'est le yetser hara qui fait fauter l'homme, c'est lui qui monte et accuse ; [et celui qui dit] que c'est la middat hadin (attribut de rigueur), cela ne me paraît pas convenable.
בָּאוּ שֵׁשׁ שֶׁקָּבַע לָכֶם:
Six sont arrivées : [les heures] qu'il vous avait fixées.
🗂️ Tossefot (1)
לְסוֹף מ' יוֹם אֲנִי בָּא פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס דְּאוֹתוֹ יוֹם שֶׁעָלָה בּוֹ אֵינוֹ מִן הַמִּנְיָן וְהוּא הָיָה אוֹמֵר לָהֶם מ' יוֹם שְׁלֵימִים יוֹם וְלֵילוֹ עִמּוֹ וְיוֹם עֲלִייָּתוֹ אֵין לֵילוֹ עִמּוֹ שֶׁהֲרֵי ז' בְּסִיוָן עָלָה נִמְצָא יוֹם מ' הָיָה בי"ז בְּתַמּוּז וְאֵין נִרְאֶה לר"י בֶּן רַבֵּינוּ מֵאִיר דִּבְהֶדְיָא מַשְׁמַע בְּפ"ק דְּיוֹמָא (דַּף ד.) דְּיוֹם עֲלִיָּיה מִן הַמִּנְיָן דְּקָאָמַר הָתָם בִּשְׁלָמָא לר"ע מַשְׁכַּחַת לְהוּ דבי"ז בְּתַמּוּז נִשְׁתַּבְּרוּ הַלּוּחוֹת כ"ד דְּסִיוָן וְשִׁיתְסַר דְּתַמּוּז מָלוּ לְהוּ מ' יוֹמִין וּבְשִׁיבְסַר בְּתַמּוּז נָחַת אַלְמָא חֲשִׁיב יוֹם עֲלִיָּיה וְאִיכָּא מ' יוֹם וּמ' לַיְלָה כְּשֶׁתַּחְשֹׁוב לַיְלָה שֶׁאַחַר הַיּוֹם וְעוֹד אִם לֹא תַּחֲשֹׁוב יוֹם עֲלִייָּה. לֹא יְשַׁלְּמוּ מ' יָמִים אַחֲרוֹנִים עַד אַחַר יוֹם הַכִּפּוּרִים וְשִׁלְּמוּ ביוה"כ שֶׁאָז א"ל הקב"ה לְמֹשֶׁה סָלַחְתִּי כִּדְבָרֶךָ גַּם מַה שפרש"י בְּפָרָשַׁת כִּי תִשָּׂא שבי"ט בְּתַמּוּז עָלָה קָשֶׁה לר"י שֶׁאָז לֹא תִּמְצָא שֶׁשָּׁלְמוּ מ' יָמִים אַחֲרוֹנִים בְּיוֹם הַכִּיפּוּרִים:
Au bout de quarante jours je viendrai : Rachi explique que le jour où il monta ne compte pas, et qu'il leur disait quarante jours complets, chaque jour avec sa nuit ; le jour de sa montée n'avait pas sa nuit avec lui, puisqu'il monta le 7 Sivan, et le quarantième jour se trouvait le 17 Tamouz. Cela ne paraît pas juste à R. Yits'hak fils de Rabbenou Meir, car il ressort explicitement du premier chapitre de Yoma (4a) que le jour de la montée compte. On y dit : cela se comprend selon R. Akiva ; on trouve que le 17 Tamouz les Tables furent brisées : vingt-quatre de Sivan et seize de Tamouz font quarante jours, et le 17 Tamouz il descendit. On compte donc le jour de la montée, et il y a quarante jours et quarante nuits si l'on compte la nuit qui suit le jour. De plus, si l'on ne compte pas le jour de la montée, les quarante derniers jours ne s'achèveront qu'après Yom Kippour ; or ils se sont achevés à Yom Kippour, quand le Saint béni soit-Il dit à Moche : "J'ai pardonné selon ta parole". De même, ce que Rachi explique dans la paracha Ki Tissa, qu'il monta le 19 Tamouz, fait difficulté pour R. Yits'hak, car alors les quarante derniers jours ne se seraient pas achevés à Yom Kippour.
🪔 Ben Yehoyada (2)
בִּתְחִלַּת שֵׁשׁ אֲנִי בָּא. קַשָּׁא לָמָּה עָשָׂה חֲלוּקוֹת שֶׁל הַיּוֹם עַל 'שֵׁשׁ' הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר בִּתְחִלַּת 'הַיּוֹם' אֲנִי בָּא כִּי הוּא בְּהַשְׁכָּמָה עָלָה וּבְהַשְׁכָּמָה יָרַד? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ חֲלֻוקַּת כ"ד שָׁעוֹת שֶׁל הַלַּיְלָה וְהַיּוֹם הֵם נֶחֱלָקִים עַל שֵׁשׁ שֵׁשׁ, וְהַייְנוּ שֵׁשׁ שָׁעוֹת שֶׁל תְּחִלַּת הַלַּיְלָה הֵם ב"ן דב"ן, וְשֵׁשׁ שֶׁל חֲצִי הַלַּיְלָה הֵם מ"ה דב"ן לְכָךְ הֵם 'רַחֲמִים' וְשֵׁשׁ שָׁעוֹת רִאשׁוֹנוֹת שֶׁל הַיּוֹם הֵם מ"ה דמ"ה, וְשֵׁשׁ שָׁעוֹת אַחֲרוֹנוֹת שֶׁל הַיּוֹם הֵם ב"ן דמ"ה לְכָךְ הֵם 'דִּין'. וּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה עָלָה וְיָרַד בְּשֵׁשׁ שָׁעוֹת הָרִאשׁוֹנוֹת שֶׁהֵם מ"ה דמ"ה שֶׁהֵם חֲסָדִים יוֹתֵר וּמְעֻולִּים יוֹתֵר, לְכָךְ עָשָׂה חֲלוּקוֹת שֶׁל הַיּוֹם עַל שֵׁשׁ וְשֵׁשׁ, וְאָמַר לָהֶם בִּתְחִלַּת שֵׁשׁ אֲנִי בָּא , וְנִרְאֶה לִי דָּבָר זֶה נִרְמַז בִּשְׁמוֹ שֶׁהוּא כָּפוּל 'מֹשֶׁה מֹשֶׁה' וְיִהְיֶה מִזֶּה אוֹתִיּוֹת 'שֵׁשׁ מ"ה מ"ה' כְּלוֹמַר שֵׁשׁ שֶׁל מ"ה דמ"ה:
Au début de la sixième je viendrai. Difficulté : pourquoi a-t-il divisé le jour en "six" ? Il aurait dû dire : au début du jour je viendrai, puisqu'il monta de bon matin et descendit de bon matin. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on connaît la division des vingt-quatre heures de la nuit et du jour en groupes de six : les six heures du début de la nuit sont BaN de BaN ; les six de la seconde moitié de la nuit sont MaH de BaN, c'est pourquoi elles sont "miséricorde" ; les six premières heures du jour sont MaH de MaH ; les six dernières heures du jour sont BaN de MaH, c'est pourquoi elles sont "rigueur". Moche notre maître monta et descendit pendant les six premières heures, qui sont MaH de MaH, plus riches en hassadim et plus élevées ; c'est pourquoi il divisa le jour en six et six et leur dit : "au début de la sixième je viendrai". Il me semble que cela est évoqué dans son nom, qui est redoublé, "Moche Moche" : on en tire les lettres "chech, MaH, MaH", c'est-à-dire les six de MaH de MaH.
בָּא שָׂטָן וְעִרְבֵּב אֶת הָעוֹלָם. נִרְאֶה לִי בס"ד כָּל אָדָם מִיִּשְׂרָאֵל נִקְרָא 'עוֹלָם' כַּמָּה שֶׁאָמְרוּ בַּתִּיקּוּנִים עַל מַאֲמָר (מוֹעֵד קָטָן דַּף כֹּח.) נִיחָא לָךְ דְּאַחְרְבֵיהּ לְעָלְמָא גַּבֵּי רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן פְּדָת, וְלָזֶה אוֹמֵר עִרְבֵּב אֶת הָעוֹלָם דַּעַת כָּל אִישׁ יִשְׂרָאֵל שֶׁעִרְבְּבוֹ בִּמְבוּכָה זוֹ, גַּם עִרְבֵּב אוֹתִיּוֹת 'עוֹלָם' לַעֲשׂוֹתָם צֵירוּף 'מוֹעֵל' כִּי בַּעֲצָתוֹ מָעֲלוּ מָעַל בָּהּ' לַעֲבֹוד עֲבוֹדָה זָרָה, וְאוֹמְרוֹ לָהֶם 'בָּאוּ שֵׁשׁ' וּבַכָּתוּב נֶאֱמַר 'בְּשֵׁשׁ' הֲרֵי נֶחְסַר אוֹת א', כִּי עַל יְדֵי זֶה פְּגָמוֹ בְּאֶחָד שֶׁהוּא מִסְפַּר אוֹת אֶלֶף. וּמַה שֶׁנֶּאֱמַר כָּאן דְּאָמַר לוֹ הַשָּׂטָן מֹשֶׁה רַבְּכֶם, הֵיכָן הוּא? אֵין הַכַּוָּנָה שֶׁבָּא הַשָּׂטָן בִּדְמוּת אָדָם וְדִבֵּר עִמָּהֶם דְּבָרִים אֵלֶּה, אֶלָּא הָעִנְיָן הוּא שֶׁהַשָּׂטָן נַעֲשָׂה יֵצֶר הָרַע בְּלֵב כָּל אֶחָד וְאֶחָד מֵהֶם וְהֶעֱלָה בִּלְבָבָם דְּבָרִים אֵלּוּ לַחְשֹׁוב כָּךְ, אֲבָל לֹא הוֹעִילוּ דְּבָרִים אֵלּוּ לַעֲשׂוֹת פְּעֻולָּה רָעָה, אֶלָּא עַד שֶׁהֶרְאָה לָהֶם דִּמְיוֹן כּוֹזֵב שֶׁרָאוּ מִטָּתוֹ בָּאֲוִיר, וְעָשָׂה לָהֶם כְּמוֹ הַמְכַשֵּׁף הָאוֹחֵז אֶת הָעֵינַיִם.
Le Satan vint et mit le trouble dans le monde. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que chaque homme d'Israël est appelé "monde", comme on l'a dit dans les Tikounim sur le propos (Moed Katan 28a) "tu acceptes que je détruise un monde", au sujet de R. Elazar ben Pedat. C'est pourquoi il dit : il troubla le monde, l'esprit de chaque homme d'Israël, qu'il troubla dans cette confusion. Il mélangea aussi les lettres de olam (monde) pour en faire la combinaison mo'el (qui trahit), car par son conseil ils trahirent Hachem en servant l'idolâtrie. Il leur dit "ba'ou chech", alors que le verset écrit "bochech" : il manque la lettre alef, car par là ils ont porté atteinte à l'Un, qui est la valeur de la lettre alef. Et ce qui est dit ici, que le Satan leur dit : Moche votre maître, où est-il ? ne signifie pas que le Satan vint sous forme humaine et leur tint ces propos. Le sens est que le Satan devint le yetser hara dans le cœur de chacun d'eux et fit monter dans leur cœur ces pensées ; mais ces paroles ne parvinrent pas à produire l'action mauvaise, jusqu'à ce qu'il leur montre une illusion trompeuse où ils virent son lit dans les airs, et il agit envers eux comme le sorcier qui trompe les yeux.
💡 Explication

Quatrième enseignement de R. Yehochoua ben Levi. Le mot bochech (tardait) est relu ba'ou chech (six sont arrivées) : Moche avait annoncé son retour au début de la sixième heure du quarantième jour. Le Satan trouble le ciel, puis annonce la mort de Moche et montre l'image de son lit funèbre. Le peuple se tourne alors vers Aharon : début de la faute du veau d'or.

Rachi explique l'erreur de calcul : le peuple comptait le jour de la montée, Moche ne le comptait pas. Tossefot conteste à partir de Yoma 4a : le jour de la montée compte, et Moche descend le 17 Tamouz. Rachi identifie le Satan au yetser hara et rejette l'identification à la middat hadin.

🖼️ Schéma
Le compte des 40 jours : Rachi et TossefotRachiMontée le 7 Sivan au matinLe jour de la montée ne compte pas(il n'a pas sa nuit)40e jour complet = 17 TamouzLe peuple compte des le 7 :erreur d'un jour, le 16 TamouzTossefot (R. Yits'hak ben R. Meir)Yoma 4a : le jour de la montée compte24 j. de Sivan + 16 de Tamouz = 40descente le 17 TamouzSinon les 40 derniers joursne finiraient pas à KippourPoint commun : descente et bris des Tables le 17 Tamouz
Le compte des 40 jours selon Rachi et selon Tossefot.
7
אֲמַר לֵיהּ הָהוּא מֵרַבָּנַן לְרַב כָּהֲנָא: מִי שְׁמִיעַ לָךְ מַאי ״הַר סִינַי״? אֲמַר לֵיהּ: הַר שֶׁנַּעֲשׂוּ בּוֹ נִסִּים לְיִשְׂרָאֵל. ״הַר נִיסַּאי״ מִיבְּעֵי לֵיהּ! אֶלָּא: הַר שֶׁנַּעֲשָׂה סִימָן טוֹב לְיִשְׂרָאֵל. ״הַר סִימָנַאי״ מִיבְּעֵי לֵיהּ! אֲמַר לֵיהּ: מַאי טַעְמָא לָא שְׁכִיחַתְּ קַמֵּיהּ דְּרַב פָּפָּא וְרַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ דִּמְעַייְּנִי בְּאַגָּדְתָּא? דְּרַב חִסְדָּא וְרַבָּה בְּרֵיהּ דְּרַב הוּנָא דְּאָמְרִי תַּרְוַוייְהוּ: מַאי ״הַר סִינַי״? הַר שֶׁיָּרְדָה שִׂנְאָה לְאֻמּוֹת הָעוֹלָם עָלָיו. וְהַייְנוּ דְּאָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: חֲמִשָּׁה שֵׁמוֹת יֵשׁ לוֹ: מִדְבַּר צִין — שֶׁנִּצְטַוּוּ יִשְׂרָאֵל עָלָיו; מִדְבַּר קֹדֶשׁ — שֶׁנִּתְקַדְּשׁוּ יִשְׂרָאֵל עָלָיו; מִדְבַּר קְדֵמוֹת — שֶׁנָּתְנָה קְדוּמָה עָלָיו; מִדְבַּר פָּארָן —

Un des maîtres dit à Rav Kahana : as-tu entendu ce que signifie "mont Sinaï" ? Il lui dit : la montagne sur laquelle des miracles (nissim) ont été faits pour Israël.

[L'autre objecta :] il aurait fallu "mont Nissai" ! Plutôt : la montagne sur laquelle s'est fait un bon signe (siman) pour Israël.

Il aurait fallu "mont Simanai" ! Il lui dit : pourquoi ne fréquentes-tu pas Rav Papa et Rav Houna fils de Rav Yehochoua, qui approfondissent l'aggada ?

Car Rav Hisda et Rabba fils de Rav Houna disent tous deux : que signifie "mont Sinaï" ? La montagne sur laquelle est descendue la haine (sina) contre les nations du monde.

C'est ce qu'a dit R. Yossi bar R.

Hanina : il a cinq noms : désert de Tsin, parce qu'Israël y reçut des ordres (nitstavou) ; désert de Kadech, parce qu'Israël y fut sanctifié (nitkadchou) ; désert de Kedemot, parce qu'une [Torah] antérieure (keduma) y fut donnée ; désert de Paran...

📜 Rachi (1)
שִׂנְאָה לְעַכּוּ"ם שֶׁלֹּא קִבְּלוּ בּוֹ תּוֹרָה:
Haine contre les idolâtres : parce qu'ils n'y ont pas reçu la Torah.
🗂️ Tossefot (1)
מִדְבַּר צִין קָשֶׁה לר"י דע"כ מִדְבַּר צִין לָאו הַייְנוּ מִדְבַּר פָּארָן דְּמִדְבַּר צִין בִּתְחִילַּת דְּרוֹמָהּ שֶׁל אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל כְּדִכְתִיב בְּאֵלֶּה מַסְעֵי וְהָיָה לָכֶם פְּאַת נֶגֶב מִמִּדְבַּר צִין עַל יְדֵי אֱדוֹם וּכְתִיב וְנָסַב לָכֶם הַגְּבוּל מִנֶּגֶב וְגוֹ' וְהָיוּ תּוֹצְאֹותָיו מִנֶּגֶב לְקָדֵשׁ בַּרְנֵעַ וְקֹדֶשׁ בַּרְנֵעַ הַיְינוּ פָּארָן דִּכְתִיב בְּשִׁילּוּחַ מְרַגְּלִים וַיִּשְׁלַח אֹותָם מֹשֶׁה מִמִּדְבַּר פָּארָן וּבְסֵפֶר (יְהוֹשֻׁעַ י״ד:ז׳) כְּתִיב שֶׁאָמַר כָּלֵב בְּשִׁלּוּחַ אוֹתִי מֹשֶׁה מִקָּדֵשׁ בַּרְנֵעַ לְרַגֵּל אֶת הָאָרֶץ וְכֵן בְּאֵלֶּה הַדְּבָרִים כְּתִיב וְנִבָּא עַד קָדֵשׁ בַּרְנֵעַ וּמְפָרֵשׁ מִיָּד שִׁלּוּחַ מְרַגְּלִים וְעוֹד דְּכַמָּה מַסָּעוֹת הָיוּ מִמִּדְבַּר פָּארָן עַד מִדְבַּר צִין דִּבְסוֹף בְּהַעֲלוֹתְךָ כְּתִיב וְאַחַר נָסְעוּ הָעָם מֵחֲצֵרוֹת וַיַּחֲנוּ בְּמִדְבַּר פָּארָן וּבְאֵלֶּה מַסְעֵי כְּתִיב וַיִּסְעוּ הָעָם מֵחֲצֵרוֹת וַיַּחֲנוּ בְּרִתְמָה א"כ רִתְמָה הַיְינוּ פָּארָן וַחֲשִׁיב כַּמָּה מַסָּעוֹת עַד מִדְבַּר צִין וְכֵן בֵּין פָּארָן לְסִינַי מְהַלֵּךְ י"א יוֹם דִּכְתִיב אַחַד עָשָׂר יוֹם מֵחֹורֵב דֶּרֶךְ הַר שֵׂעִיר עַד קָדֵשׁ בַּרְנֵעַ א"כ מִדְבַּר צִין וּפָארָן וְסִינַי לָאו הַכֹּל אֶחָד ואור"י דְּהַכֹּל מִדָּב' אֶחָד וְגָדוֹל הָיָה דע"כ סִינַי הַייְנוּ פָּארָן דַּכְתִּי' הוֹפִיעַ מֵהַר פָּארָן וּבְפֶרֶק שׁוֹר שֶׁנָּגַח ד' וָהּ' (בּ"ק דַּף לח.) דָּרְשִׁינַן מִפָּארָן הוֹפִיעַ מָמוֹנָן לְיִשְׂרָאֵל גַּבֵּי שׁוֹר שֶׁל יִשְׂרָאֵל שֶׁנָּגַח שׁוֹר שֶׁל עוֹבֵד כּוֹכָבִים פָּטוּר ול"ג בְּרֵישׁ מַסֶּכֶת ע"ז (דַּף ב:) מַאי בָּעֵי בְּשֵׂעִיר וּמַאי בָּעֵי בְּפָארָן דַּהֲוָה מַשְׁמַע דְּפָארָן הִיא אֻומָּה אַחֶרֶת כְּמוֹ שָׂעִיר אֶלָּא גָּרַס מַאי בָּעֵי בְּשֵׂעִיר וּמַאי בָּעֵי בְּתֵימָן וְסִינַי נָמֵי הַיְינוּ מִדְבַּר צִין דִּכְתִיב מִדְבַּר צִין הִיא קֹדֶשׁ וְסִינַי אִיקְּרִי קֹדֶשׁ דִּכְתִיב בְּסֵפֶר (תְּהִילִּים כ״ט:ח׳) קוֹל ה' יָחִיל מִדְבָּר יָחִיל ה' מִדְבַּר קָדֵשׁ מַשְׁמַע דְּהַייְנוּ בִּשְׁעַת מַתַּן תּוֹרָה וּמִיהוּ קָשֶׁה לְרִ"י דְּהָא מִדְבַּר קְדֵמוֹת הָיָה מִזְרָחָהּ שֶׁל אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל כְּדִכְתִיב (דְּבָרִים ב׳:כ״ו) וָאֶשְׁלַח מַלְאָכִים מִמִּדְבַּר קְדֵמוֹת אֶל סִיחוֹן מֶלֶךְ חֶשְׁבּוֹן וְגוֹ' שֶׁהָיְתָה בַּמִּזְרָח שֶׁל א"י דִּכְתִיב (שָׁם ד) בְּעֵבֶר הַיַּרְדֵּן מִזְרְחָה שָׁמֶשׁ וּמְדַבֵּר צִין וּפָארָן הַייְנוּ בִּדְרוֹמָהּ כְּמוֹ שֶׁמַּשְׁמַע בַּפְּסוּקִים שֶׁהֵבֵאתִי וְאֵיךְ יִתָּכֵן דְּמִדְבַּר קְדֵמוֹת הַיְינוּ מִדְבַּר סִינַי:
Désert de Tsin : R. Yits'hak trouve difficile que le désert de Tsin soit le désert de Paran, car le désert de Tsin est au début du sud de la terre d'Israël, comme il est écrit dans Massei : "votre côté sud sera depuis le désert de Tsin le long d'Edom" (Bamidbar 34,3), et il est écrit : "la frontière tournera au sud... et ses extrémités seront au sud de Kadech-Barnea" (Bamidbar 34,4). Or Kadech-Barnea est Paran, car il est écrit, à l'envoi des explorateurs : "Moche les envoya du désert de Paran" (Bamidbar 13,3), et dans Yehochoua (14,7) Kalev dit : "quand Moche m'envoya de Kadech-Barnea explorer le pays" ; de même dans Devarim il est écrit : "nous arrivâmes à Kadech-Barnea" (Devarim 1,19), suivi aussitôt de l'envoi des explorateurs. De plus, il y eut plusieurs étapes du désert de Paran au désert de Tsin : à la fin de Behaalotekha il est écrit : "ensuite le peuple partit de Hatserot et campa dans le désert de Paran" (Bamidbar 12,16), et dans Massei : "ils partirent de Hatserot et campèrent à Ritma" (Bamidbar 33,18) ; Ritma est donc Paran, et on compte plusieurs étapes jusqu'au désert de Tsin. De même, entre Paran et Sinaï il y a onze jours de marche, car il est écrit : "onze jours depuis Horev par le chemin du mont Séir jusqu'à Kadech-Barnea" (Devarim 1,2). Donc le désert de Tsin, Paran et Sinaï ne sont pas un seul et même lieu. R. Yits'hak dit que tout est un seul grand désert. Car forcément Sinaï est Paran, puisqu'il est écrit : "Il est apparu du mont Paran" (Devarim 33,2) ; et au chapitre Chor chenaga'h daled vehé (Baba Kama 38a) nous expliquons : de Paran Il est apparu, [Il a livré] leur argent à Israël, au sujet du bœuf d'un Juif qui a encorné le bœuf d'un idolâtre, qui est exempté. Et au début du traité Avoda Zara (2b) on ne lit pas : "qu'avait-Il à faire à Séir et qu'avait-Il à faire à Paran", ce qui laisserait entendre que Paran est une autre nation comme Séir ; on lit plutôt : "qu'avait-Il à faire à Séir et qu'avait-Il à faire à Teman". Et Sinaï est aussi le désert de Tsin, car il est écrit : "le désert de Tsin, c'est Kadech" (Bamidbar 33,36), et Sinaï est appelé Kadech, car il est écrit (Tehilim 29,8) : "la voix de Hachem fait trembler le désert, Hachem fait trembler le désert de Kadech", ce qui laisse entendre que c'était lors du don de la Torah. Cependant R. Yits'hak trouve difficile que le désert de Kedemot était à l'est de la terre d'Israël, comme il est écrit (Devarim 2,26) : "j'envoyai des messagers du désert de Kedemot à Si'hon roi de Hechbon", qui était à l'est de la terre d'Israël, car il est écrit (Devarim 4,47) : "au-delà du Jourdain, vers le soleil levant" ; alors que le désert de Tsin et Paran sont au sud, comme il ressort des versets que j'ai cités. Comment donc le désert de Kedemot pourrait-il être le désert de Sinaï ?
🪔 Ben Yehoyada (3)
הַר שֶׁנַּעֲשׂוּ בּוֹ נִסִּים לְיִשְׂרָאֵל. נִרְאֶה לִי בס"ד הֵם נִסִּים שֶׁל הַתְּחִייָּה, שֶׁהֶחֱיָה אוֹתָם כַּמָּה פְּעָמִים, וְעוֹד נֵס גָּדוֹל שֶׁהָיוּ יְכוֹלִים לַעֲמֹוד בְּאוֹתוֹ מָקוֹם אֲשֶׁר נִתְרוֹקֵן מִמֶּנּוּ הָאֲוִיר, וְאֵין אָדָם יָכוֹל לַעֲמֹוד רֶגַע בְּלֹא אֲוִיר, וְהֵם הָיוּ עוֹמְדִים בְּלֹא אֲוִיר כְּלָל, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב מָהָרִ"י זַ"ל עַל פָּסוּק (שְׁמוֹת כ, טו) וְכָל הָעָם רֹאִים אֶת הַקּוֹלֹת, וְעַל זֶה מַקְשֶׁה 'הַר נִיסַּאי' מִיבְּעֵי לֵיהּ! כִּי שֹׁורֶשׁ 'נֵס' הַנּוּ"ן קֹודֶם הַסָּמֶ"ךְ, מַה שֶׁאֵין כֵּן 'סִינַי' הַסָּמֶ"ךְ קוֹדֵם לַנּוּ"ן.
La montagne sur laquelle des miracles ont été faits pour Israël. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce sont les miracles de la résurrection, car Il les ramena à la vie plusieurs fois ; et encore un grand miracle : ils pouvaient se tenir en ce lieu vide d'air, alors qu'aucun homme ne peut rester un instant sans air, et eux se tenaient sans air du tout, comme l'a écrit le Mahari sur le verset (Chemot 20,15) "tout le peuple voyait les voix". Sur cela il objecte : il aurait fallu "mont Nissai" ! Car dans la racine nés (miracle), le noun précède le samekh, alors que dans Sinaï le samekh précède le noun.
אֶלָּא הַר שֶׁנַּעֲשָׂה בּוֹ סִימָן טוֹב לְיִשְׂרָאֵל. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאַף עַל גַּב דְּלוּחוֹת רִאשׁוֹנוֹת לֹא נֶאֱמַר בָּהֶם טוֹב נֶאֱמַר טוֹב בְּלוּחוֹת שְׁנִיּוֹת. וְלָזֶה אָמַר שֶׁנַּעֲשָׂה בּוֹ סִימָן טוֹב , כְּלוֹמַר נָתְנוּ לוּחוֹת שְׁנִיּוֹת עָלָיו שֶׁנֶּאֱמַר בָּהֶם כִּי טוֹב, וְנִרְאֶה לִי 'סִינַי' [130] עִם כּוֹלֵל הָאוֹתִיּוֹת בְּנִקּוּד חיר"ק וקמ"ץ [30] עוֹלֶה מִסְפָּרָם 'סִימָן' [160] :
Plutôt : la montagne sur laquelle s'est fait un bon signe pour Israël. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que bien que pour les premières Tables il ne soit pas dit "tov" (bon), "tov" est dit pour les secondes Tables. C'est pourquoi il dit : sur laquelle s'est fait un bon signe, c'est-à-dire que les secondes Tables y furent données, à propos desquelles il est dit "ki tov". Et il me semble que Sinaï [130], avec le kollel des lettres et la vocalisation hirik et kamats [30], a pour valeur siman [160].
הָר שֶׁיָּרְדָה שִׂנְאָה לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים עָלָיו. נִרְאֶה לִי בס"ד דִּבְנָחָשׁ שֶׁהֵטִיל הַזֻּוהֲמָא בְּחַוָּה כְּתִיב (בְּרֵאשִׁית ג, טו) וְאֵיבָה אָשִׁית בֵּינְךָ וּבֵין הָאִשָּׁה וְכוּ', וְנִדְבְּקָה הַזֻּוהֲמָא בְּחַוָּה וְהָאֵיבָה בְּכָל דּוֹרוֹת שֶׁיָּצְאוּ מִמֶּנָּה, וְרַק יִשְׂרָאֵל שֶׁעָמְדוּ עַל הַר סִינַי פָּסְקָה הַזֻּוהֲמָא מֵהֶם, מַה שֶׁאֵין כֵּן אוּמוֹת הָעוֹלָם נִשְׁאַר כֹּחַ הַזֻּוהֲמָא וְהָאֵיבָה דָּבוּק בָּהֶם, וְהִנֵּה רֹאשׁ וָסוֹף 'נ ח ש' וְרֹאשׁ וְסוֹף 'א יב ה' הוּא אוֹתִיּוֹת 'שִׂנְאָה' לָזֶה אָמַר שֶׁיָּרְדָה שִׂנְאָה לְאֻומּוֹת הָעוֹלָם עָלָיו, כִּי מַה שֶׁנִּסְתַּלֵּק מִיִּשְׂרָאֵל לָקְחוּ אוּמוֹת הָעוֹלָם.
La montagne sur laquelle est descendue la haine contre les idolâtres. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'à propos du serpent qui jeta la souillure (zouhama) en Hava, il est écrit (Berechit 3,15) : "Je mettrai une inimitié (eva) entre toi et la femme", etc. La souillure et l'inimitié s'attachèrent à Hava et à toutes les générations issues d'elle ; seuls les Israélites qui se tinrent au mont Sinaï virent la souillure cesser en eux, alors que chez les nations du monde la force de la souillure et de l'inimitié reste attachée. Or le début et la fin de nahach (noun-het-chin) et le début et la fin de eva (alef-yod-bet-hé) forment les lettres de sina (haine). C'est pourquoi il dit que la haine est descendue sur les nations du monde : ce qui s'est retiré d'Israël, les nations du monde l'ont pris.
💡 Explication

Discussion sur l'étymologie de Sinaï. Les propositions nissim (miracles) et siman (signe) sont rejetées : la forme du mot serait différente. Rav Kahana renvoie son interlocuteur à l'école de Rav Papa, qui étudie l'aggada : Sinaï vient de sina (haine), car les nations qui ont refusé la Torah y ont attiré la haine (Rachi).

R. Yossi bar R. Hanina énumère les noms du désert, chacun lié à un événement du Sinaï. La liste continue en 89b. Tossefot montre la difficulté géographique : Tsin et Paran sont au sud, Kedemot à l'est ; R. Yits'hak répond que tout est un seul grand désert, mais Kedemot reste une difficulté.

🖼️ Schéma
Les cinq noms du désert (R. Yossi bar R. Hanina)TsinnitstavouordonnésKadechnitkadchousanctifiésKedemotkedumaTorah antérieureParanparu ourevou(suite en 89b)Sinaïsinahaine des nationsChaque nom = un événement du Sinaï lu dans la racine du motTossefot : la géographie fait difficulté (Tsin, Paran, Kedemot)
Les noms du désert et leur lecture.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).