Sougya : Le daf poursuit la michna sur celui qui range (hitsnia) un objet pour semer, pour un échantillon ou pour un remède : son intention première détermine la mesure, même au moment où il le sort sans y penser. Chmouel précise que selon R.
Meir, un seul grain de blé sorti pour semer suffit ; R. Yitshak fils de Rav Yehouda objecte le cas de celui qui pense sortir toute sa maison.
La Guemara oppose la michna à R. Chimon ben Elazar, pour qui la pensée de celui qui range engage celui qui sort.
Rav Nahman enseigne ensuite que changer d'intention entre akira et hanaha n'exempte pas, et Rava enchaîne des questions sur des aliments qui gonflent ou rétrécissent en route, jusqu'à la question du dihouy (rejet) à Chabbat. Le daf se termine par la question de Rava sur un kazayit de terouma jeté dans une maison impure.
Tu aurais pu dire que son intention est entièrement annulée (puisqu'au moment de sortir il n'y pense plus) ; on nous apprend (que non) : quiconque agit, agit selon son intention première.
La michna enseigne que celui qui a rangé (hitsnia) un objet de faible valeur pour semer ou comme remède, puis le sort à Chabbat, est redevable pour kol chehou (toute quantité). La Guemara explique la nouveauté : même s'il a oublié pourquoi il l'avait rangé, son acte reste rattaché à son intention première (al daat richona).
Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : R. Meir rendait redevable même celui qui sort un seul grain de blé pour semer.
C'est évident : nous avons appris (dans la michna) kol chehou (toute quantité) ! Tu aurais pu dire : kol chehou vient exclure la mesure d'une figue sèche (grogueret), mais en réalité il faut au moins un kazayit (volume d'une olive) ; on nous apprend (que non).
R. Yitshak fils de Rav Yehouda objecte : s'il en est ainsi, celui qui a pensé sortir toute sa maison, ne serait-il pas redevable tant qu'il ne l'a pas sortie entièrement ?!
Là-bas, son intention est annulée face à (celle de) tous les hommes.
Kol chehou pourrait être compris comme une simple baisse de la mesure habituelle (de la grogueret au kazayit). Chmouel précise qu'il s'agit vraiment du minimum : un seul grain.
L'objection de R. Yitshak : si l'intention fixe la mesure vers le bas, elle devrait aussi la fixer vers le haut. La réponse pose une limite : une intention que personne ne partage est annulée face à tous les hommes (batla daato etsel kol adam). Selon Tossefot, un grain pour semer a de la valeur pour certaines personnes ; une partie de la maison a de la valeur pour tout le monde.
Et tout (autre) homme n'est redevable qu'à sa mesure (habituelle). Notre michna n'est pas selon R.
Chimon ben Elazar, car il est enseigné (dans une baraita) : R. Chimon ben Elazar a énoncé une règle : tout ce qui n'est pas apte à être rangé, et qu'on ne range pas d'ordinaire, mais qui est devenu apte pour celui-ci et qu'il l'a rangé, puis un autre est venu et l'a sorti, celui-ci (qui sort) devient redevable par l'intention de celui-là (qui a rangé).
Deux positions : pour la michna, l'intention de celui qui range ne vaut que pour lui ; toute autre personne est jugée à la mesure habituelle (kechiouro). Pour R. Chimon ben Elazar, le rangement donne à l'objet une importance qui engage aussi celui qui le sort.
Rava a dit au nom de Rav Nahman : s'il a sorti (le volume d')une grogueret pour manger, puis a changé d'avis pour semer, ou bien pour semer puis a changé d'avis pour manger, il est redevable. C'est évident : va d'ici, il y a la mesure ; va de là, il y a la mesure !
Tu aurais pu dire : il faut l'akira (le soulèvement) et la hanaha (le dépôt) avec une seule intention, et ce n'est pas le cas ici ; on nous apprend (que non).
La hotsaa (transport d'un domaine à l'autre) comporte deux temps : akira (soulever l'objet du premier domaine) et hanaha (le déposer dans le second). La nouveauté de Rav Nahman : un changement d'intention entre les deux n'empêche pas de les réunir en un seul acte, tant que la mesure est atteinte selon chacune des deux intentions.
Rava a demandé : s'il a sorti une demi-grogueret pour semer, qu'elle a gonflé, et qu'il a changé d'avis pour la manger, qu'en est-il ? Si tu veux dire (que) là-bas il est redevable parce que, va d'ici, il y a la mesure, et va de là, il y a la mesure, ici, puisqu'au moment où il l'a sortie il n'y avait pas la mesure pour manger, il n'est pas redevable ; ou peut-être, puisque s'il s'était tu et n'avait eu aucune intention à son sujet, il serait redevable au titre de l'intention de semer, maintenant aussi il est redevable.
Première question de Rava. Au moment de l'akira, la demi-grogueret suffit pour semer (kol chehou) mais pas pour manger. À la hanaha, elle a gonflé et suffit pour manger.
Deux raisonnements : exiger que la mesure de la seconde intention existe déjà à l'akira (alors patour), ou considérer que s'il n'avait rien pensé, il serait hayav au titre de semer, et que son changement d'avis ne peut pas l'exempter (alors hayav).
Et si tu veux dire : puisque s'il s'était tu et n'avait eu aucune intention à son sujet il serait redevable au titre de l'intention de semer, maintenant aussi il est redevable, (alors) s'il a sorti une grogueret pour manger, qu'elle a rétréci et qu'il a changé d'avis pour semer, qu'en est-il ? Ici, assurément, s'il s'était tu, il ne serait pas redevable au titre de la première intention ; ou peut-être suivons-nous (l'intention) présente, et il est redevable ?
Et si tu veux dire que nous suivons (l'intention) présente et qu'il est redevable, s'il a sorti une grogueret pour manger, qu'elle a rétréci puis de nouveau gonflé, qu'en est-il ? Y a-t-il dihouy (rejet) en matière de Chabbat, ou n'y a-t-il pas de dihouy en matière de Chabbat ?
Que cela reste en suspens (teikou).
Deuxième question : l'aliment a rétréci en route. Selon l'intention première (manger), il n'y a plus de mesure à la hanaha ; selon l'intention présente (semer), kol chehou suffit. Faut-il suivre l'intention présente (batar hachta) ?
Troisième question : l'aliment rétrécit puis regonfle, avec une seule intention. Le principe de dihouy dit qu'une chose rejetée (devenue inapte) ne redevient pas apte. Selon Rachi, si ce principe s'applique, l'akira est annulée et le dépôt final reste un dépôt sans soulèvement. Les trois questions restent sans réponse (teikou).
Rava demanda à Rav Nahman : s'il a jeté un kazayit (volume d'une olive) de terouma dans une maison impure, qu'en est-il ? À quel propos (demandes-tu) ?
Si c'est à propos du Chabbat, il nous faut une grogueret ; si c'est à propos de la toum'a (impureté), il nous faut un kabeitsa (volume d'un œuf) d'aliments ! En réalité (la question porte) sur le Chabbat, dans le cas où il y a (dans la maison) moins d'un kabeitsa d'aliments, et celui-ci le complète jusqu'au kabeitsa.
Qu'en est-il : puisqu'il se combine pour la toum'a, est-il aussi redevable pour le Chabbat ; ou peut-être, pour tout ce qui concerne le Chabbat, il nous faut une grogueret ? Il lui dit : vous l'avez appris : Abba Chaoul dit : les deux pains (Chtei halehem) et les pains de proposition (Le'hem hapanim), leur mesure est une grogueret.
Et pourquoi ? Disons : puisque pour ce qui est de
Trois mesures s'entrecroisent : kazayit (mesure de consommation, qui compte pour l'interdit de manger la terouma impure), grogueret (mesure de l'hotsaa des aliments à Chabbat) et kabeitsa (mesure pour qu'un aliment transmette la toum'a).
Le kazayit de terouma jeté complète un kabeitsa d'aliments dans la maison : il produit un effet réel (l'impureté de l'ensemble). Rava demande si cet effet suffit à lui donner de l'importance pour Chabbat, en dessous de la grogueret. Rav Nahman répond par la baraita d'Abba Chaoul sur les pains du Temple, dont la suite se trouve au daf suivant.
Tossefot explique chaque détail : jeter (pour que l'obligation de Chabbat et l'impureté surviennent au même instant), terouma (interdite à manger dans l'impureté), kazayit (mesure de flagellation), maison impure (l'effet vient de cette sortie même).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).