Sougya : Le daf conclut la preuve de Rav Nahman (terouma jetée dans une maison impure) et la michna sur l'objet rangé qu'on a fait rentrer. Une nouvelle michna enseigne que celui qui pose des aliments sur le seuil puis les sort est patour, car il n'a pas fait sa melakha en une seule fois ; de même pour un panier dont la majorité des fruits est dehors.
La Guemara établit que ce seuil est une karmelit et en déduit que la michna ne suit pas Ben Azzai. Hizkiya et R.
Yo'hanan discutent ensuite d'agad keli : le récipient relie-t-il son contenu au domaine d'où il sort ? R.
Zeira montre que la michna se lit dans les deux sens, puis on objecte une baraita du panier des marchands d'épices et la loi du voleur de bourse à Chabbat.
(Pour la sortie des choses saintes hors de leur enceinte, qui les rend passoul au titre de) yotse, la mesure est un kazayit ; pour Chabbat aussi, (on devrait dire) un kazayit ! Comment compares-tu ?
Là-bas, des qu'il l'a sortie hors du mur de la cour (azara), elle est devenue passoul au titre de yotse, alors que pour Chabbat il n'est hayav que lorsqu'il la sort en reshout harabim. Ici, Chabbat et toum'a (impureté) arrivent ensemble.
Fin de la discussion de la page précédente : Rava demandait si un kazayit de terouma jeté dans une maison impure, qui complète un kabeitsa et produit la toum'a, compte aussi pour Chabbat en dessous de la mesure habituelle (grogueret). Rav Nahman citait Abba Chaoul sur les pains du Temple. On propose d'en tirer : de même qu'un kazayit compte pour l'interdit de yotse, il compterait pour Chabbat.
La Guemara rejette la comparaison. Pour les choses saintes, la disqualification survient au mur de la cour, bien avant l'arrivée en reshout harabim : les deux effets sont séparés dans le temps. Dans le cas de la terouma, la toum'a et l'obligation de Chabbat se produisent au même instant, au moment où le kazayit se pose. Rachi précise que le kazayit seul n'a pas la mesure pour recevoir l'impureté : il la reçoit seulement une fois joint aux autres aliments.
(La michna enseigne :) S'il l'a ensuite fait rentrer, il n'est hayav qu'à sa mesure (habituelle). C'est évident !
Abaye a dit : de quoi s'agit-il ici ? D'un cas où il l'a jeté dans la réserve (otsar) et où sa place est reconnaissable.
Tu aurais pu dire : puisque sa place est reconnaissable, il reste dans son premier statut ; elle nous enseigne : du fait qu'il l'a jeté dans la réserve, il l'a annulé.
Retour à la michna de 90b : celui qui a rangé (hitsnia) une petite quantité, par exemple pour semer, est hayav pour toute quantité ; s'il l'a fait rentrer puis ressortir, seule la mesure habituelle compte. La Guemara trouve cela évident : en la rentrant, il a renoncé à son projet.
Abaye situe la michna dans un cas moins net : il a jeté la semence dans la réserve, mais on reconnaît encore où elle se trouve. On aurait pu penser que sa première intention subsiste. La michna enseigne que le geste de la jeter avec le reste vaut bitoul (annulation) de l'intention.
MICHNA. Celui qui sort des aliments et les pose sur le seuil (asqoupa), qu'il les ait ensuite sortis lui-même ou qu'un autre les ait sortis, est patour, parce qu'il n'a pas fait sa melakha en une seule fois.
Un panier plein de fruits qu'il a posé sur le seuil extérieur : bien que la majorité des fruits soit dehors, il est patour, jusqu'à ce qu'il sorte tout le panier.
L'hotsaa (sortie d'un domaine à l'autre) exige une akira dans un domaine d'obligation et une hanaha dans un autre domaine d'obligation, en un seul acte. Poser l'objet à mi-chemin, dans un lieu d'exemption, coupe l'acte en deux : aucune des deux moitiés n'est une melakha complète.
Le cas du panier est distinct : tant qu'une partie du panier reste dedans, les fruits sont considérés comme encore reliés à l'intérieur. La Guemara discute plus bas jusqu'où va ce principe.
Le Roch cite ici la règle de Rav Yehouda sur la botte de roseaux qu'on déplace en la basculant d'un bout sur l'autre : patour, pour la même raison. En revanche, tirer ou faire rouler l'objet d'un mouvement continu est une akira valable.
GUEMARA. Ce seuil, qu'est-il ?
Si l'on dit que c'est un seuil reshout harabim, est-il patour ? Mais il sort de reshout hayahid en reshout harabim !
C'est donc un seuil reshout hayahid. (Mais alors :) qu'il les ait ensuite sortis lui-même ou qu'un autre les ait sortis, il est patour ?
Mais il sort de reshout hayahid en reshout harabim !
La Guemara teste les statuts possibles du seuil. S'il est reshout harabim, le premier geste (maison -> seuil) est déjà une hotsaa complète. S'il est reshout hayahid, le second geste (seuil -> rue) en est une. Dans les deux cas, il y aurait une obligation.
C'est donc un seuil karmelit. Et voici ce qu'elle nous enseigne : la raison (de l'exemption) est qu'il a posé (l'objet) dans la karmelit ; mais s'il ne l'a pas posé dans la karmelit, il est hayav.
Notre michna ne suit pas Ben Azzai, car il est enseigné (dans une baraita) : celui qui sort (un objet) d'une boutique vers une place en passant par une colonnade (stav) est hayav, et Ben Azzai le déclare patour.
La karmelit est un domaine d'exemption d'ordre rabbinique : ni reshout hayahid ni reshout harabim. Sortir de la maison vers la karmelit, puis de la karmelit vers la rue, ne constitue aucune hotsaa de la Tora.
Le diyouk (déduction précise) : l'exemption tient au fait d'avoir posé dans la karmelit. Passer par elle sans s'arrêter reste une hotsaa complète. Ben Azzai, selon Rachi, tient que mehalekh ke'omed dami : celui qui marche est considéré comme s'arrêtant à chaque pas, ce qui équivaut à un dépôt dans la karmelit.
Un panier plein, etc. Hizkiya a dit : on ne l'a enseigné que pour un panier plein de concombres et de courges ; mais (s'il est) plein de moutarde, il est hayav.
Il en ressort qu'il tient que agad keli (le lien par le récipient) ne s'appelle pas un lien. Et R.
Yo'hanan a dit : même plein de moutarde, il est patour. Il en ressort qu'il tient que agad keli s'appelle un lien.
La question porte sur agad keli : un objet entièrement sorti, mais contenu dans un récipient qui reste en partie dedans, est-il encore relié au premier domaine ?
Hizkiya : le récipient ne relie pas. Des grains de moutarde entièrement dehors sont sortis, donc hayav. La michna parle de fruits longs dont chacun reste lui-même en partie dedans. R. Yo'hanan : le récipient relie. Tant que le panier n'est pas sorti, rien de ce qu'il contient n'est sorti.
R. Zeira a dit : notre michna ne se lit pas exactement selon Hizkiya, et ne se lit pas exactement selon R.
Yo'hanan. Elle ne se lit pas exactement selon Hizkiya, car elle enseigne : "jusqu'à ce qu'il sorte tout le panier" ; la raison est (qu'il faut) tout le panier, mais (s'il a sorti) tous les fruits, il est patour : il en ressort qu'elle tient que agad keli s'appelle un lien.
Elle ne se lit pas exactement selon R. Yo'hanan, car elle enseigne : "bien que la majorité des fruits soit dehors" ; la raison est (qu'il n'y a que) la majorité des fruits, mais (si) tous les fruits (sont dehors), bien que le panier soit relié à l'intérieur, il est hayav : il en ressort qu'elle tient que agad keli ne s'appelle pas un lien.
R. Zeira tire deux diyoukim contradictoires de la même michna. La fin ("tout le panier") laisse entendre que sortir tous les fruits ne suffit pas : c'est la position de R. Yo'hanan. Le début ("la majorité des fruits") laisse entendre que tous les fruits suffiraient : c'est la position de Hizkiya.
Mais alors, c'est une difficulté ! Hizkiya l'explique selon sa méthode, et R.
Yo'hanan l'explique selon sa méthode. Hizkiya l'explique selon sa méthode : "jusqu'à ce qu'il sorte tout le panier" ; dans quel cas est-ce dit ?
Pour un panier plein de concombres et de courges ; mais plein de moutarde, il est comme celui qui a sorti tout le panier, et il est hayav. R.
Yo'hanan l'explique selon sa méthode : "bien que la majorité des fruits soit dehors", et pas seulement la majorité des fruits, mais même tous les fruits, il est patour jusqu'à ce qu'il sorte tout le panier.
Chacun résout la contradiction en privilégiant une partie de la michna. Hizkiya retient le début et limite la fin aux fruits longs. R. Yo'hanan retient la fin et lit le début comme une gradation (lo zo af zo) : non seulement la majorité, mais même tous les fruits.
On objecte : celui qui sort le panier des marchands d'épices (rokhlin) et le pose sur le seuil extérieur, bien que la majorité des sortes (de marchandises) soit dehors, est patour jusqu'à ce qu'il sorte tout le panier. Tu penses qu'il s'agit de sachets (tserarei) : c'est une difficulté pour Hizkiya !
Hizkiya te dira : de quoi s'agit-il ici ? De tiges (ournassei).
La baraita semble contredire Hizkiya : un panier de marchand contient d'ordinaire de petits sachets d'épices, dont certains sortent en entier dès qu'une partie du panier est dehors ; pourtant il est patour. Hizkiya répond que ce panier contient des tiges aromatiques longues, comme les concombres de la michna. Tossefot explique pourquoi l'objection est plus forte ici qu'à partir de la michna : le panier d'un marchand d'épices contient normalement des sachets.
Rav Bivai bar Abaye objecte : celui qui vole une bourse (kis) à Chabbat est hayav (de payer), car il était déjà hayav pour le vol avant d'en venir à l'interdit de Chabbat. S'il la traînait en sortant, il est patour, car l'interdit du vol et l'interdit de Chabbat arrivent en même temps.
Or si tu penses que agad keli s'appelle un lien, l'interdit du vol précède l'interdit de Chabbat !
Principe de kim leh bideraba minei : celui qui commet en un seul acte une faute passible de mort (la melakha de Chabbat) et une obligation d'argent (le vol) n'est puni que de la plus grave et ne paie pas. Si le vol a été acquis avant la melakha, les deux ne coïncident pas et il paie.
En soulevant la bourse, il l'acquiert par hagbaha : vol d'abord, Chabbat ensuite. En la traînant, il l'acquiert seulement en la sortant : les deux coïncident. L'objection vise R. Yo'hanan : si la bourse relie l'argent à l'intérieur, Chabbat n'est violé qu'à la sortie complète, alors que le vol est acquis dès que l'ouverture est dehors.
Le Roch en déduit que tirer un objet en continu est une akira valable pour Chabbat.
S'il l'a sortie par l'ouverture, en effet (le vol précède). De quoi s'agit-il ici ?
D'un cas où il l'a sortie par le fond. Mais il y a l'endroit de la couture,
Réponse : la baraita parle d'une bourse sortie par le fond. L'argent reste inaccessible tant que la bourse n'est pas entièrement sortie ; vol et Chabbat coïncident donc aussi selon R. Yo'hanan.
La Guemara relance : la couture du fond permettrait de déchirer et de prendre l'argent. La suite de la discussion est au daf 92a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).