Sougya : Le daf termine la discussion sur la bourse et le couffin sortis en partie dans le domaine public, puis rapporte la mahloket d'Abaye et Rava : un récipient (agad kli) ou le corps (agad gouf) relient-ils l'objet au domaine privé ? Les deux Amoraim ont ensuite échangé leurs positions.
La michna énumère ensuite les façons habituelles de porter (main, giron, épaule : hayav, comme le port des fils de Kehat) et les façons inhabituelles (pied, bouche, coude, chaussure : patour). La Guemara rapporte R.
Elazar : porter au-dessus de dix tefahim rend hayav, prouvé par l'autel et le Aron portés par les Leviim, puis l'enseignement de Rav sur celui qui porte sur la tête.
(Question :) car s'il le veut, il la déchire (la bourse, à la couture) et prend (l'argent) ! (Réponse :) Il s'agit de lingots allongés.
(Question :) Et puisqu'il y a des cordons, il la sort jusqu'à son ouverture, dénoue et prend, alors que les cordons sont (encore) attachés à l'intérieur ! (Réponse :) Il n'y a pas de cordons.
Et si tu veux, dis qu'il en a, mais qu'ils sont enroulés autour d'elle.
Suite de 91b : un voleur sort une bourse d'une maison le Chabbat. Pour le vol, il devient responsable dès qu'il peut prendre l'argent (kinyan) ; pour Chabbat, il faut que l'objet soit entièrement sorti. Si les deux moments coïncident, il est dispensé du paiement (kam lei bedraba minei).
La Guemara cherche un cas où le vol n'est acquis qu'à la sortie complète : des lingots longs (nesekha), qu'on ne peut retirer tant qu'une partie est dedans. Les cordons (chentsin) posent problème : s'ils restent dedans, la bourse est encore reliée à la maison. Réponse : pas de cordons, ou des cordons enroulés autour de la bourse, qui sortent avec elle.
Et de même Rava a dit : on n'a enseigné (que le couffin à moitié dehors est patour) que pour un couffin plein de concombres et de courges ; mais plein de moutarde, il est hayav. Il en ressort qu'il pense que le lien du récipient (agad kli) n'est pas considéré comme un lien.
Abaye a dit : même plein de moutarde, il est patour. Il en ressort qu'il pense que le lien du récipient est considéré comme un lien.
Abaye a adopté la position de Rava, Rava a adopté la position d'Abaye, et (la Guemara) oppose une parole d'Abaye à une autre parole d'Abaye, et une parole de Rava à une autre parole de Rava.
Un couffin sorti en partie dans le domaine public : des concombres ou des courges restent en partie dedans, donc rien n'est entièrement sorti. Avec des graines de moutarde, certaines graines sont entièrement dehors.
Pour Rava, le récipient ne relie pas son contenu à la maison : agad kli lav chmei agad, donc hayav. Pour Abaye, le récipient relie le contenu : agad kli chmei agad, donc patour. La Guemara annonce qu'ils ont ensuite échangé leurs positions, ce que montre la déclaration suivante.
Car il a été enseigné : celui qui sort des fruits dans le domaine public, Abaye a dit : à la main, il est hayav ; dans un récipient, il est patour. Et Rava a dit : à la main, il est patour ; dans un récipient, il est hayav !
Deux notions : agad kli (le récipient relie ce qu'il contient au domaine où il se trouve en partie) et agad gouf (la main tendue dehors reste liée au corps qui est dedans).
Ici Abaye dit : main = hayav (le corps ne relie pas), récipient = patour (le récipient relie). Rava dit l'inverse. Pour le récipient, chacun tient maintenant la position de l'autre au segment précédent : c'est le changement annoncé. Rava pose cependant un problème : à la main, il dit patour.
Inverse : (Rava dit :) à la main, hayav. (Question :) Mais nous avons appris : le maître de maison a tendu la main dehors, et le pauvre a pris de dedans, ou il y a mis (un objet) et (le maître de maison) l'a rentré : tous deux sont patour !
(Réponse :) Là-bas, (la main est) au-dessus de trois (tefahim du sol) ; ici, en dessous de trois.
La Guemara résout la contradiction de Rava en inversant (ipoukh) sa parole : à la main, hayav. On objecte la michna du début du traité (3a) : le maître de maison qui tend la main dehors n'est pas hayav.
Réponse : la michna parle d'une main à plus de trois tefahim du sol. Une telle main n'est pas un lieu de pose, donc il manque la hanaha. Ici, la main est à moins de trois tefahim : selon la règle de lavoud, ce qui est à moins de trois tefahim du sol est considéré comme posé au sol.
MICHNA. Celui qui sort (un objet), que ce soit de sa main droite ou de sa main gauche, dans son giron ou sur ses épaules, est hayav, car tel était le port des fils de Kehat.
Du revers de la main, avec son pied, dans sa bouche, avec son coude, dans son oreille, dans ses cheveux, dans sa ceinture (creuse) l'ouverture en bas, entre sa ceinture et sa tunique, dans l'ourlet de sa tunique, dans sa chaussure, dans sa sandale : il est patour, car il n'a pas sorti comme sortent ceux qui sortent.
Nouvelle michna : la melakha d'hotsaa (sortir d'un domaine à l'autre) n'est interdite par la Torah que si elle est faite de la manière habituelle. Le modèle est le port des fils de Kehat, les Leviim qui portaient les objets saints du Michkan : toutes les melakhot de Chabbat sont apprises du Michkan.
Main droite, main gauche, giron, épaule : manière habituelle, donc hayav (korban hatat s'il l'a fait par erreur). Revers de la main, pied, bouche, coude, etc. : manière inhabituelle (kelahar yad), donc patour selon la Torah, tout en restant interdit par les Sages.
Tossefot discute le sens de mirpak : le coude (et non l'aisselle), avec une conséquence pour la place des téfilines, au-dessus du coude.
GUEMARA. Rabbi Elazar a dit : celui qui sort une charge au-dessus de dix tefahim est hayav, car tel était le port des fils de Kehat.
Et le port des fils de Kehat, d'où le savons-nous ? Car il est écrit : (Les tentures du parvis...) qui sont autour du Michkan et de l'autel (Bamidbar 3, 26) : on compare l'autel au Michkan : de même que le Michkan avait dix amot, de même l'autel avait dix amot.
Au-dessus de dix tefahim, l'espace n'appartient plus au domaine public (c'est un mekom petour). On pourrait donc penser que celui qui porte un objet à cette hauteur n'est pas hayav. R. Elazar enseigne qu'il est hayav, car les Leviim portaient ainsi les objets du Michkan.
Rachi précise : il s'agit de transporter en portant ; pour celui qui lance, au-dessus de dix tefahim, il est patour. La preuve commence par un hekech (comparaison de deux termes voisins dans un verset) : l'autel avait la hauteur du Michkan, dix amot.
Et le Michkan lui-même, d'où le savons-nous ? Car il est écrit : Dix amot, la longueur de la planche (Chemot 26, 16), et il est écrit : Il étendit la tente sur le Michkan (Chemot 40, 19), et Rav a dit : Moche notre maître l'a étendue.
D'ici tu apprends que la taille des Leviim était de dix amot. Et nous avons reçu par tradition que toute charge soulevée avec des barres a un tiers au-dessus et deux tiers au-dessous : il se trouve qu'elle était soulevée très haut.
La preuve se construit en chaîne : les planches du Michkan mesuraient dix amot ; Moche a étendu seul la tente par-dessus, donc il mesurait dix amot ; on suppose que les autres Leviim aussi.
Règle reçue par tradition : une charge portée par des barres dépasse d'un tiers au-dessus des porteurs et pend de deux tiers au-dessous. Avec des porteurs de dix amot et un autel de dix amot, le bas de l'autel reste très haut au-dessus du sol, largement plus de dix tefahim.
Et si tu veux, dis : du Aron. Car le Maître a dit : le Aron (mesurait) neuf (tefahim) et la kaporet un tefah : cela fait dix.
Et nous avons reçu par tradition que toute charge soulevée avec des barres a un tiers au-dessus et deux tiers au-dessous : il se trouve qu'il se tenait au-dessus de dix. (Question :) Qu'on l'apprenne de Moche !
(Réponse :) Peut-être Moche est-il différent, car le Maître a dit : la Chekhina ne repose que sur un homme sage, fort, riche et de haute taille.
Seconde preuve, qui ne suppose pas des Leviim géants : le Aron mesurait neuf tefahim, plus la kaporet (couvercle) d'un tefah, soit dix. Porte par des barres sur l'épaule, il pend de deux tiers, soit six tefahim deux tiers. Rachi calcule avec une épaule à trois amot (dix-huit tefahim) : le bas du Aron est à onze tefahim un tiers, donc au-dessus de dix.
Pourquoi ne pas généraliser à partir de Moche ? Parce que Moche était prophète, et la Chekhina ne repose que sur un homme de haute taille : sa taille ne prouve rien pour les autres Leviim.
Le Ben Yehoyada explique pourquoi force, richesse et taille sont exigées : elles poussent à l'orgueil, et l'humilité de celui qui les possède est une humilité éprouvée.
Rav a dit au nom de Rabbi Hiyya : celui qui sort une charge sur sa tête le Chabbat est passible d'un (korban) hatat, car les gens de Houtsal font ainsi. (Question :) Les gens de Houtsal sont-ils la majorité du monde ?!
Mais plutôt, si cela a été dit, voici comment cela a été dit : Rav a dit au nom de Rabbi Hiyya : l'un des gens de Houtsal qui a sorti une charge sur sa tête le Chabbat est hayav, car les gens de sa ville font ainsi. (Question :) Que son avis soit annulé face à celui de tous les hommes !
Mais plutôt, si cela a été dit, voici comment cela a été dit : celui qui sort une charge sur sa tête est patour,
Le critère de la michna est la manière habituelle de porter. Faut-il la mesurer localement ? La Guemara propose trois versions de l'enseignement de Rav. Les deux premières sont rejetées : une ville ne fait pas la norme du monde, et un individu dont l'usage est minoritaire voit son avis annulé (batla daato etsel kol adam).
Version retenue : porter sur la tête est une manière inhabituelle, donc patour. La phrase se poursuit au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).