Shabbat 92b — Devant ou derrière, seul ou à deux : la manière habituelle de sortir un objet

Shabbat 92b

Sougya : Le daf achève la discussion sur le fardeau porté sur la tête (les gens de Houtsal) puis ouvre deux michnayot. La première : celui qui voulait sortir un objet devant lui et l'a sorti derrière est patour, dans le cas inverse il est hayav ; la femme au sinar est hayevet dans tous les cas.

R. Elazar y voit deux Tanaim, Rava et Rav Ashi l'expliquent par le degré de garde (shemira me'ula ou pehouta) et l'école de pensée du lo miba'ya ; la bourse ouverte vers le bas oppose R.

Yehouda et les Hakhamim. La seconde michna traite de deux personnes qui sortent ensemble un objet : R.

Meir, R. Yehouda et R.

Chimon divergent selon que chacun pouvait ou non le sortir seul, à partir du verset be'assota.

Intention et résultat : devant (lefanav) / derrière (leaharav)Casintention -> résultatMichna(texte explicite)R. Elazartavra : 2 TanaimRava / Rav Ashimichna unifiéeDevant -> derrièrepatour (explicite)Tana Kamma : patourpatour : voulait gardemeilleure, obtient moindreDerrière -> devanthayav (explicite)Tana batra : hayavhayav : voulait moindre,obtient meilleureDerrière -> derrièrediyouk contradictoirereisha : hayav / seifa : patourRav Ashi : lo miba'ya,hayav à fortioriGarde meilleure (shemira me'ula) = devant, sous les yeux ; garde moindre (shemira pehouta) = derrière.Viser le meilleur et obtenir le moindre : intention non réalisée -> patour.Viser le moindre et obtenir le meilleur : on y consent à plus forte raison -> hayav.Le cas derrière -> derrière reste discuté entre Tanaim (bourse ouverte vers le bas).
La michna des objets portés devant ou derrière : les deux lectures (R. Elazar : deux Tanaim ; Rava et Rav Ashi : une seule michna fondée sur le degré de garde).
Deux personnes sortent ensemble un objet : qui est hayav ?SituationR. MeirR. YehoudaR. ChimonChacun peut seul(zeh yakhol, zeh yakhol)hayavpatourpatourAucun ne peut seul(eino yakhol x 2)hayavhayavpatourL'un peut, l'autre nonhayavd'un commun accordhayavd'un commun accordhayavd'un commun accordSource : be'assota (Vayikra 4,27) - celui qui fait toute la faute, pas celui qui en fait une partie.R. Meir : le verset exclut seulement celui qui agit sur décision du Beit Din.R. Yehouda : ce n'est pas la manière de faire quand chacun peut seul. R. Chimon : patour dans tous les cas.
Deux personnes qui sortent ensemble un objet : les positions de R. Meir, R. Yehouda et R. Chimon selon la capacité de chacun.
1
וְאִם תִּמְצָא לוֹמַר אַנְשֵׁי הוּצָל עוֹשִׂין כֵּן — בָּטְלָה דַּעְתָּן אֵצֶל כָּל אָדָם.

Et si tu veux dire que les gens de Houtsal font ainsi (portent leurs fardeaux sur la tête), leur manière de faire est annulée face à (celle de) tout le monde.

🗂️ Tossefot (1)
ואת"ל אַנְשֵׁי הוּצָל עוֹשִׂין כֵּן בָּטְלָה דַּעְתָּן אֵצֶל כָּל אָדָם מַשְׁמַע דְּעַל אַתְרָא נָמֵי אָמַר דְּבָטְלָה דַּעְתָּן וְכֵן בְּרֵישׁ בְּכָל מְעָרְבִין (עֵירוּבִין דַּף כֹּח.) פָּרִיךְ וּבָבֶל הָוֵי רֻובָּא דְּעָלְמָא וְהָתַנְיָא כו' וְכֵן בָּתַר הָכִי פָּרֵיךְ וּפָרְסָאֵי הָוֵי רֻובָּא דְּעָלְמָא וְקָשֶׁה דִּבְפֶ' חָבִית (לְקַמָּן שַׁבָּת קמד:) גַּבֵּי שֶׁל בֵּית מִנָּשִׂיא הָיוּ סוֹחֲטִים בְּרִמּוֹנִים וּפָרִיךְ בֵּית מְנַשְּׁיָא הָוֵי רֻובָּא דְּעָלְמָא וּמְשַׁנֵּי אִין דְּהִתְנָן הַמְקַייֵּם קוֹצִים בְּכֶרֶם כו' שֶׁכֵּן בַּעֲרַבְיָא מְקַייְּמִין קוֹצִים לִגְמַלֵּיהֶן וּפָרִיךְ מִי דָמֵי עַרְבָיָא אַתְרָא הוּא הָכָא בָּטְלָה דַּעְתּוֹ אֵצֶל כָּל אָדָם וְי"ל דְּהָתָם חָשׁוּב מִנְהַג עַרְבָיָא דִּלְכָל הָעוֹלָם נַמֵּי אִם הָיָה לָהֶם רֹוב גְּמַלִּים הָווּ נָמֵי מְקַייְּמִי אֲבָל בֵּית מִנָּשִׂיא דְּחַד גַּבְרָא בָּטְלָה דַּעְתּוֹ אע"ג דִּלְכָל הָעוֹלָם אִם הָיָה לָהֶם רִמּוֹנִים הַרְבֵּה הָיוּ סוֹחֲטִין:
Cela implique que même pour leur propre lieu, il dit que leur manière de faire est annulée. De même au début du chapitre Bekhol me'arvin (Erouvin 28a), (la Guemara) objecte : Babel serait-elle la majorité du monde ? Or il est enseigné etc. ; et de même ensuite elle objecte : les Perses seraient-ils la majorité du monde ? Mais il y a une difficulté : au chapitre Havit (plus loin, Chabbat 144b), à propos de ceux de la maison de Menashya qui pressaient des grenades, (la Guemara) objecte : la maison de Menashya serait-elle la majorité du monde ? Et elle répond : oui, car nous avons appris : celui qui entretient des épines dans une vigne etc. (Rabbi Eliezer dit qu'elles sont interdites), car en Arabie on entretient des épines pour les chameaux. Et elle objecte : comment comparer ? L'Arabie est un pays entier, alors qu'ici son avis est annulé face à tout le monde. On peut répondre : là-bas, l'usage de l'Arabie compte, car pour le monde entier aussi, s'ils avaient une majorité de chameaux, ils entretiendraient (des épines) ; mais la maison de Menashya, qui est un seul homme, son avis est annulé, bien que pour le monde entier aussi, s'ils avaient beaucoup de grenades, ils les presseraient.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' אָמַר ר' אֶלְעָזָר הַמּוֹצִיא מַשּׂוֹי לְמַעְלָה מֵעֲשָׂרָה טְפָחִים חַיָּיב שֶׁכֵּן מַשָּׂא בְּנֵי קְהָת. אָמַר רַב מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי חִייָּא הַמּוֹצִיא מַשּׂוֹי עַל רֹאשׁוֹ פָּטוּר וא"ת אַנְשֵׁי הוּצָל עוֹשִׂין כֵּן בָּטְלָה דַּעְתָּן אֵצֶל כָּל אָדָם:
Guemara. R. Elazar a dit : celui qui sort un fardeau au-dessus de dix tefahim est hayav, car tel était le fardeau des fils de Kehat. Rav a dit au nom de R. Hiya : celui qui sort un fardeau sur sa tête est patour. Et si tu veux dire que les gens de Houtsal font ainsi, leur manière de faire est annulée face à tout le monde.
💡 Explication

Fin de la sougya du fardeau porté sur la tête : pour Rav, c'est une manière inhabituelle de porter, donc patour. L'usage local d'un lieu (Houtsal) ne suffit pas : batla da'atan, leur manière de faire est annulée face à l'usage général.

Tossefot précise que cette annulation vaut même pour les habitants de Houtsal. Il distingue l'Arabie (un usage lié à une réalité, les chameaux, que tout le monde adopterait dans les mêmes conditions, compte) d'un individu isolé comme la maison de Menashya (son usage ne compte pas).

2
מַתְנִי׳ הַמִּתְכַּוֵּין לְהוֹצִיא לְפָנָיו, וּבָא לוֹ לְאַחֲרָיו — פָּטוּר. לְאַחֲרָיו וּבָא לוֹ לְפָנָיו — חַיָּיב. בֶּאֱמֶת אָמְרוּ: הָאִשָּׁה הַחוֹגֶרֶת בְּסִינָר, בֵּין מִלְּפָנֶיהָ וּבֵין מִלְּאַחֲרֶיהָ — חַיֶּיבֶת, שֶׁכֵּן רָאוּי לִהְיוֹת חוֹזֵר. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אַף מְקַבְּלֵי פְּתָקִין.

Michna. Celui qui a l'intention de sortir (un objet) devant lui, et il lui est venu derrière : patour.

(S'il voulait le sortir) derrière lui et il lui est venu devant : hayav. En vérité ils ont dit : la femme qui se ceint d'un sinar (sorte de culotte), que (l'objet soit) devant elle ou derrière elle, est hayevet, car il est normal (que le sinar) tourne.

R. Yehouda dit : même ceux qui reçoivent des billets (pitkin).

📜 Rachi (6)
מַתְנִי' הַמִּתְכַּוֵּין לְהוֹצִיא לְפָנָיו כְּגוֹן שֶׁצָּרַר מָעוֹת בִּסְדִינוֹ כְּדֵי שֶׁיִּהְיוּ תְּלוּיָן לְפָנָיו וּבָא לוֹ לְאַחֲרָיו:
Michna. Celui qui a l'intention de sortir devant lui : par exemple s'il a noué de l'argent dans son drap pour qu'il pende devant lui, et il lui est venu derrière.
פָּטוּר דְּלָא נִתְקַייְּמָה מַחְשַׁבְתּוֹ וה"ל כְּמִתְעַסֵּק וְלֹא מִתְכַּוֵּין:
Patour : car sa pensée (mahshava) ne s'est pas réalisée, et c'est comme un mit'asek (qui agit sans intention précise) et non un mitkaven.
לְאַחֲרָיו וּבָא לוֹ לְפָנָיו חַיָּיב בגמ' מְפָרֵשׁ טַעְמָא:
Derrière lui et il lui est venu devant, hayav : la Guemara en explique la raison.
סִינָר כְּעֵין מִכְנָסַייִם קְטַנִּים וְחוֹגֶרֶת אוֹתוֹ לִצְנִיעוּת וְאִם תָּלְתָה בּוֹ שׁוּם דָּבָר לְהוֹצִיא וּבָא לוֹ לְצַד אַחֵר חַיֶּיבֶת:
Sinar : une sorte de petite culotte, qu'elle ceint par pudeur ; si elle y a suspendu quelque chose pour le sortir et que c'est venu de l'autre côté, elle est hayevet.
שֶׁכֵּן רָאוּי לִהְיוֹת חוֹזֵר דַּרְכּוֹ לִהְיוֹת חוֹזֵר סְבִיבוֹתֶיהָ וּמִתְּחִלָּתָהּ יָדְעָה שֶׁסּוֹפוֹ לְהִתְהַפֵּךְ:
Car il est normal qu'il tourne : il a l'habitude de tourner autour d'elle, et dès le début elle savait qu'à la fin il se retournerait.
ר' יְהוּדָה אוֹמֵר אַף מְקַבְּלֵי פִתְקִין שֶׁל מֶלֶךְ לְמָוסְרָם לָרָצִים אַף הֵם חַיָּיבִים בְּהוֹצָאָתָן אֲפִילּוּ לֹא נִתְקַייְּמָה מַחְשַׁבְתָּן כְּגוֹן הוֹצִיאָן עַל מְנָת לְתִתָּן לְרָץ זֶה וּנְתָנוֹ לָזֶה כָּךְ לְשׁוֹן רַבּוֹתַי וְלִבִּי מְגַמְגֵּם:
R. Yehouda dit : même ceux qui reçoivent les billets du roi pour les remettre aux coureurs, eux aussi sont hayavim pour leur sortie, même si leur pensée ne s'est pas réalisée : par exemple il les a sortis pour les donner à tel coureur et les a donnés à un autre. Telle est l'explication de mes maîtres, mais mon cœur hésite.
🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר אַף מְקַבְּלֵי פִיתְקִין מְפָרֵשׁ רַבֵּינוּ שְׁמוּאֵל שֶׁיֵּשׁ אָדָם מְמֻונֶּה לַמֶּלֶךְ שֶׁנּוֹשֵׂא פִּיתְקִין שֶׁל מֶלֶךְ לֵידַע מִנְיַן גִּבּוֹרָיו וַחֲייָלָיו וּבֵית אוֹצְרוֹתָיו וְנוֹשְׂאִין אוֹתָן בְּכִיסֵיהֶן הַתְּלוּיִין בַּאֲזוֹרֵיהֶן וְאוֹתָן כִּיסִין חוֹזְרִין פְּעָמִים לִפְנֵיהֶן וּפְעָמִים לַאֲחוֹרֵיהֶן וְהָוֵי מַמָּשׁ דֻּומְיָא דְּסִינָּר דִּלְעֵיל שֶׁהוּא חוֹזֵר ות"ק דְּר' יְהוּדָה לָא חֲשִׁיב לֵיהּ חוֹזֵר וְהָא דְּמַייְתִי בַּגְּמָרָא תָּנָא שֶׁכֵּן לַבְלָרֵי מַלְכוּת עוֹשִׂין כֵּן כְּלוֹמַר שֶׁחוֹזֵר דִּבְעִנְיָן זֶה מַיְירֵי רֵישָׁא (דְּבָרַייְתָא) [דְּמַתְנִי']:
R. Yehouda dit : même ceux qui reçoivent des billets. Rabbenou Chmouel explique : il y a un homme chargé par le roi de porter les billets du roi, pour connaître le nombre de ses soldats, de ses troupes et de ses trésors ; ils les portent dans leurs bourses suspendues à leur ceinture, et ces bourses tournent, tantôt devant eux, tantôt derrière eux. C'est exactement comme le sinar mentionné plus haut, qui tourne ; et le Tana Kamma de R. Yehouda ne le considère pas comme (un objet) qui tourne. Et ce que la Guemara cite : il est enseigné, car les scribes du royaume font ainsi, signifie qu'il tourne ; car le début de la michna parle de ce cas.
💡 Explication

Première michna du passage : l'hotsaa (sortie d'un domaine privé vers le domaine public) exige que la mahshava (intention) de l'auteur se réalise. Devant vers derrière : patour ; derrière vers devant : hayav, raison donnée par la Guemara.

Be'émet amrou introduit une halakha établie : pour le sinar, le déplacement est prévu dès le départ, donc l'intention couvre les deux côtés. R. Yehouda étend cela aux mekablei pitkin, avec deux explications : Rachi (billets remis à un autre coureur que prévu) et Rabbenou Chmouel dans Tossefot (bourse de ceinture qui tourne).

3
גְּמָ׳ מַאי שְׁנָא לְפָנָיו וּבָא לוֹ לְאַחֲרָיו דְּפָטוּר — דְּלָא אִתְעֲבִידָא מַחְשַׁבְתּוֹ, לְאַחֲרָיו וּבָא לוֹ לְפָנָיו נָמֵי, הָא לָא אִתְעֲבִידָא מַחְשַׁבְתּוֹ! אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: תַּבְרָהּ, מִי שֶׁשָּׁנָה זוֹ לֹא שָׁנָה זוֹ. אָמַר רָבָא: וּמַאי קֻושְׁיָא? דִּילְמָא: לְפָנָיו וּבָא לוֹ לְאַחֲרָיו הַיְינוּ טַעְמָא דְּפָטוּר — דְּנִתְכַּוֵּון לִשְׁמִירָה מְעֻולָּה וְעָלְתָה בְּיָדוֹ שְׁמִירָה פְּחוּתָה, לְאַחֲרָיו וּבָא לוֹ לְפָנָיו הַיְינוּ טַעְמָא דְּחַיָּיב — דְּנִתְכַּווֵּן לִשְׁמִירָה פְּחוּתָה וְעָלְתָה בְּיָדוֹ שְׁמִירָה מְעֻולָּה.

Guemara. En quoi est-il différent (le cas) devant, et il lui est venu derrière, où il est patour ?

Parce que sa pensée ne s'est pas réalisée. (Le cas) derrière, et il lui est venu devant : ici aussi, sa pensée ne s'est pas réalisée !

R. Elazar a dit : (la michna est) brisée (tavra) ; celui qui a enseigné ceci n'a pas enseigné cela.

Rava a dit : et quelle est la difficulté ? Peut-être (faut-il dire) : devant et il lui est venu derrière, voici la raison pour laquelle il est patour : il visait une garde supérieure (shemira me'ula), et il n'a obtenu qu'une garde moindre (shemira pehouta) ; derrière et il lui est venu devant, voici la raison pour laquelle il est hayav : il visait une garde moindre et il a obtenu une garde supérieure.

📜 Rachi (2)
גְּמ' מִי שֶׁשָּׁנָה זוֹ לֹא שָׁנָה זוֹ ת"ק פָּטַר בְּתַרְוַייְהוּ וְתַנָּא בָּתְרָא מְחַיֵּיב בְּתַרְוַיְיהוּ:
Guemara. Celui qui a enseigné ceci n'a pas enseigné cela : le Tana Kamma exempte dans les deux cas, et le dernier Tana rend hayav dans les deux cas.
וְעָלְתָה בְּיָדוֹ שְׁמִירָה פְּחוּתָה וַאֲנַן סָהֲדֵי דְּלָא נִיחָא לֵיהּ אֲבָל סֵיפָא כָּל שֶׁכֵּן דְּנִיחָא לֵיהּ:
Et il n'a obtenu qu'une garde moindre : et nous sommes témoins qu'il n'y consent pas ; mais dans la seifa, à plus forte raison il y consent.
🗂️ Tossefot (1)
תַּבְרָא מִי שֶׁשָּׁנָה זוֹ כו' ת"ק ה"ל לְמִינְקַט לְאַחֲרָיו וּבָא לוֹ לְפָנָיו פָּטוּר וּלְתַנָּא בָּתְרָא דִּמְחַייֵּב הֲוָה לוֹ לְמִינְקַט לְפָנָיו וּבָא לוֹ לְאַחֲרָיו דְּהָוֵי רְבוּתָא טְפֵי אֶלָּא דְּהַשְׁתָּא לֹא יָדַע שֶׁיֵּשׁ בָּזֶה שׁוּם חִילּוּק:
Tavra, celui qui a enseigné ceci etc. : le Tana Kamma aurait dû dire derrière et il lui est venu devant, patour ; et pour le dernier Tana, qui rend hayav, il aurait dû dire devant et il lui est venu derrière, ce qui est une plus grande nouveauté. Mais à ce stade (R. Elazar) ne savait pas qu'il existe une différence entre les deux.
💡 Explication

La Guemara voit une contradiction : si l'intention non réalisée exempte, les deux cas devraient être patour. R. Elazar répond tavra : la michna est composée de deux opinions (Rachi : l'un exempte partout, l'autre rend hayav partout).

Rava unifie la michna : l'objet devant soi est sous les yeux, c'est la shemira me'ula (garde supérieure). Celui qui voulait devant et obtient derrière a subi un résultat qu'il refuse ; celui qui voulait derrière et obtient devant a un résultat meilleur, qu'il accepte à plus forte raison. Son intention est donc considérée comme réalisée.

4
אֶלָּא מַאי קֻושְׁיָא — דִּיּוּקָא דְּמַתְנִיתִין קַשְׁיָא: הַמִּתְכַּוֵּין לְהוֹצִיא לְפָנָיו וּבָא לוֹ לְאַחֲרָיו — פָּטוּר, הָא לְאַחֲרָיו וּבָא לוֹ לְאַחֲרָיו — חַיָּיב. אֵימָא סֵיפָא: לְאַחֲרָיו וּבָא לוֹ לְפָנָיו הוּא דְּחַייָּב, הָא לְאַחֲרָיו וּבָא לוֹ לְאַחֲרָיו פָּטוּר! אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: תַּבְרָהּ, מִי שֶׁשָּׁנָה זוֹ לֹא שָׁנָה זוֹ.

Mais alors quelle est la difficulté ? C'est l'inférence de la michna qui pose difficulté : celui qui a l'intention de sortir devant lui et il lui est venu derrière, patour ; donc derrière et il lui est venu derrière, hayav.

Dis la seifa : derrière et il lui est venu devant, c'est là qu'il est hayav ; donc derrière et il lui est venu derrière, patour ! R.

Elazar a dit : (la michna est) brisée ; celui qui a enseigné ceci n'a pas enseigné cela.

📜 Rachi (2)
דִּיּוּקָא דְּמַתְנִי' קַשְׁיָא דִּיּוּקָא דְּמָצֵינַן לְמֵידַק מִמַּתְנִי':
L'inférence de la michna pose difficulté : l'inférence (diyouk) que nous pouvons tirer de la michna.
לְאַחֲרָיו וּבָא לוֹ לְפָנָיו הוּא דְּחַיָּיב דְּעָלְתָה בְּיָדוֹ שְׁמִירָה מְעֻולָּה:
Derrière et il lui est venu devant, c'est là qu'il est hayav : car il a obtenu une garde supérieure.
🗂️ Tossefot (1)
הָא לְאַחֲרָיו וּבָא לְאַחֲרָיו פָּטוּר לְעֵיל (שַׁבָּת דַּף צֵא:) גַּבֵּי חִזְקִיָּה מְשַׁנֵּי נַעֲשָׂה ובפ"ק דְּקִדּוּשִׁין (דַּף ה.) גַּבֵּי נָתְנָה הִיא וְאָמְרָה הִיא וּבְכַמָּה דֻּוכְתֵי לָא מְשַׁנֵּי:
Donc derrière et il lui est venu derrière, patour : plus haut (Chabbat 91b), à propos de Hizkiya, (la Guemara) répond (par) na'asseh ; et au premier chapitre de Kiddouchin (5a), à propos de elle a donné et elle a dit, et en plusieurs endroits, elle ne répond pas (ainsi).
💡 Explication

La vraie difficulté est un diyouk (inférence à contrario). De la reisha : derrière -> derrière serait hayav. De la seifa (seul derrière -> devant est hayav) : derrière -> derrière serait patour. Les deux inférences se contredisent, et R. Elazar maintient tavra.

Tossefot note que la Guemara résout parfois ce type de contradiction autrement (91b, Kiddouchin 5a), et parfois non, comme ici.

5
אָמַר רַב אַשִּׁי: מַאי קוּשְׁיָא? דִּילְמָא לָא מִיבַּעְיָא קָאָמַר: לָא מִיבַּעְיָא לְאַחֲרָיו וּבָא לוֹ לְאַחֲרָיו דְּחַיָּיב — דְּאִיתְעֲבִידָא מַחְשַׁבְתּוֹ, אֶלָּא אֲפִילּוּ לְאַחֲרָיו וּבָא לוֹ לְפָנָיו אִיצְטְרִיכָא לֵיהּ. סָלְקָא דַעְתָּךְ אֲמִינָא, הוֹאִיל וְלָא אִיתְעֲבִידָא מַחְשַׁבְתּוֹ לָא לִיחַייַּב — קָא מַשְׁמַע לַן דְּנִתְכַּווֵּן לִשְׁמִירָה פְּחוּתָה וְעָלְתָה בְּיָדוֹ שְׁמִירָה מְעֻולָּה דְּחַיָּיב.

Rav Achi a dit : quelle est la difficulté ? Peut-être (la michna) parle-t-elle selon (le schéma) lo miba'ya (il n'est pas besoin de dire) : il n'est pas besoin de dire (que) derrière et il lui est venu derrière il est hayav, car sa pensée s'est réalisée ; mais même derrière et il lui est venu devant, il fallait (l'enseigner).

Il aurait pu te venir à l'esprit de dire : puisque sa pensée ne s'est pas réalisée, il ne sera pas hayav ; (la michna) nous apprend qu'il visait une garde moindre et a obtenu une garde supérieure, et qu'il est hayav.

💡 Explication

Rav Achi lève la contradiction de la seifa : elle n'exclut pas le cas derrière -> derrière, elle l'englobe à plus forte raison. Le schéma lo miba'ya (il n'est pas besoin de dire) enseigne le cas le moins évident ; le cas simple est hayav à fortiori.

Seule l'inférence de la reisha subsiste : derrière -> derrière est hayav.

6
וּלְאַחֲרָיו וּבָא לוֹ לְאַחֲרָיו תַּנָּאֵי הִיא. דְּתַנְיָא: הַמּוֹצִיא מָעוֹת בְּפֻונְדָּתוֹ וּפִיהָ לְמַעְלָה — חַייָּב. פִּיהָ לְמַטָּה — רַבִּי יְהוּדָה מְחַייֵּב, וַחֲכָמִים פּוֹטְרִין. אָמַר לָהֶן רַבִּי יְהוּדָה: אִי אַתֶּם מוֹדִים בִּלְאַחֲרָיו וּבָא לוֹ לְאַחֲרָיו שֶׁהוּא חַיָּיב? וְאָמְרוּ לוֹ: וְאִי אַתָּה מוֹדֶה כִּלְאַחַר יָדוֹ וְרַגְלוֹ שֶׁהוּא פָּטוּר?

Et (le cas) derrière et il lui est venu derrière est une discussion de Tanaim. Car il est enseigné (dans une baraita) : celui qui sort de l'argent dans sa bourse (pounda) et son ouverture est vers le haut, hayav ; son ouverture vers le bas : R.

Yehouda rend hayav et les Hakhamim exemptent. R.

Yehouda leur a dit : ne reconnaissez-vous pas (que dans le cas) derrière et il lui est venu derrière il est hayav ? Ils lui ont dit : et ne reconnais-tu pas (que celui qui sort) du revers de la main ou du pied est patour ?

📜 Rachi (1)
וַחֲכָמִים פּוֹטְרִין שֶׁאֵין דֶּרֶךְ הוֹצָאָה בְּכָךְ:
Et les Hakhamim exemptent : car ce n'est pas une manière de sortir.
💡 Explication

La Guemara propose que le cas derrière -> derrière soit discuté entre Tanaim. Preuve : la baraita de la pounda (bourse de ceinture). Ouverture en haut : hayav. Ouverture en bas : les pièces risquent de tomber.

Chaque partie cite un cas que l'autre reconnaît : R. Yehouda invoque derrière -> derrière (garde moindre mais hayav), les Hakhamim invoquent lahar yado (du revers de la main), manière inhabituelle donc patour.

7
אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: אֲנִי אָמַרְתִּי דָּבָר אֶחָד וְהֵן אָמְרוּ דָּבָר אֶחָד. אֲנִי לֹא מָצָאתִי תְּשׁוּבָה לְדִבְרֵיהֶם וְהֵן לֹא מָצְאוּ תְּשׁוּבָה לִדְבָרַי. מִדְּקָאָמַר לְהוּ ״אִי אַתֶּם מוֹדִין״ — לָאו מִכְּלָל דְּפָטְרִי רַבָּנַן? וְלִיטַעֲמֵיךְ, דְּקָאָמְרִי לֵיהּ ״אִי אַתָּה מוֹדֶה״ — מִכְּלָל דִּמְחַייֵּב רַבִּי יְהוּדָה? וְהָתַנְיָא: לְאַחַר יָדוֹ וְרַגְלוֹ דִּבְרֵי הַכֹּל פָּטוּר!

R. Yehouda a dit : j'ai dit une chose et ils ont dit une chose ; je n'ai pas trouvé de réponse à leurs paroles et ils n'ont pas trouvé de réponse aux miennes.

Puisqu'il leur dit : ne reconnaissez-vous pas, cela n'implique-t-il pas que les Rabbanan exemptent (dans ce cas) ? Et selon ton raisonnement, puisqu'ils lui disent : ne reconnais-tu pas, cela impliquerait-il que R.

Yehouda rend hayav (du revers de la main) ? Or il est enseigné : du revers de la main ou du pied, de l'avis de tous il est patour !

📜 Rachi (3)
אֲנִי אָמַרְתִּי דָּבָר אֶחָד אִי אַתֶּם מוֹדִים כו':
J'ai dit une chose : ne reconnaissez-vous pas etc.
וְהֵם אָמְרוּ דָּבָר א' אִי אַתָּה מוֹדֶה כו':
Et ils ont dit une chose : ne reconnais-tu pas etc.
מִכְּלָל דִּמְחַייֵּב רַבִּי יְהוּדָה בִּתְמִיהַּ הָא וַדַּאי דִּבְרֵי הַכֹּל פָּטוּר דְּלָא מַפְּקִי אִינָשֵׁי הָכִי:
Cela impliquerait-il que R. Yehouda rend hayav : sur le ton de l'étonnement ; il est certain que de l'avis de tous il est patour, car les gens ne sortent pas (les objets) ainsi.
💡 Explication

La Guemara voulait déduire de la formule ein atem modim (ne reconnaissez-vous pas) que les Hakhamim exemptent derrière -> derrière. Elle réfute : par symétrie, il faudrait déduire de leur réponse que R. Yehouda rend hayav le revers de la main, ce qu'une baraita dément. La formule ne prouve donc rien sur une discussion.

8
אֶלָּא: לְאַחֲרָיו וּבָא לוֹ לְאַחֲרָיו, דִּבְרֵי הַכֹּל חַייָּב. לְאַחַר יָדוֹ וְרַגְלוֹ, דִּבְרֵי הַכֹּל פָּטוּר. כִּי פְּלִיגִי, בְּפוּנְדָתוֹ וּפִיהָ לְמַטָּה: מָר מְדַמֵּי לֵיהּ לְאַחֲרָיו וּבָא לוֹ לְאַחֲרָיו, וּמָר מְדַמֵּי לֵיהּ לְאַחַר יָדוֹ וְרַגְלוֹ.

Mais (il faut dire) : derrière et il lui est venu derrière, de l'avis de tous hayav ; du revers de la main ou du pied, de l'avis de tous patour. Ils ne divergent que pour la bourse dont l'ouverture est vers le bas : l'un (R.

Yehouda) la compare à derrière et il lui est venu derrière, et l'autre (les Hakhamim) la compare au revers de la main ou du pied.

📜 Rachi (3)
לְאַחֲרָיו וּבָא לוֹ לְאַחֲרָיו דִּבְרֵי הַכֹּל חַיָּיב דְּיֵשׁ מוֹצִיאִין כֵּן בִּשְׁמִירָה פְּחוּתָה:
Derrière et il lui est venu derrière, de l'avis de tous hayav : car il y a des gens qui sortent (les objets) ainsi, avec une garde moindre.
לְאַחַר יָדוֹ דִּבְרֵי הַכֹּל פָּטוּר דְּאֵין מוֹצִיאִין כֵּן:
Du revers de la main, de l'avis de tous patour : car on ne sort pas (les objets) ainsi.
מָר מְדַמֵּי לֵהּ לְאַחֲרָיו דִּשְׁמִירָה פְּחוּתָה הִיא וּמָר מְדַמֵּי לֵהּ לְאַחַר יָדוֹ דְּלָא דָּמֵי לְמוֹצִיא לְאַחֲרָיו דְּהָתָם מִשְׁתַּמְּרִים הֵן מִן הַגַּנָּבִים אֲבָל אֵלּוּ נוֹפְלִין מֵאֲלֵיהֶן וְאֵין מוֹצִיאִין כֵּן:
L'un la compare à derrière : car c'est une garde moindre ; et l'autre la compare au revers de la main, car ce n'est pas comparable à celui qui sort derrière lui : là, (les objets) sont gardés des voleurs, alors qu'ici ils tombent d'eux-mêmes, et on ne sort pas ainsi.
💡 Explication

Conclusion : les deux cas cités font l'unanimité. La discussion porte seulement sur la pounda ouverte vers le bas : garde réduite mais réelle (R. Yehouda), ou manière que personne n'utilise (Hakhamim), car les pièces tombent d'elles-mêmes (Rachi).

Le cas derrière -> derrière est donc hayav pour tous, en accord avec la lecture de Rava et Rav Achi.

🖼️ Schéma
Bourse (pounda) ouverte vers le bas : à quoi la comparer ?Pounda, bouche en baspièces qui risquent de tomberDerrière -> derrièregarde moindre, mais on sortainsi : hayav (tous)Du revers de la main / du piedon ne sort jamais ainsi :patour (tous)R. Yehouda -> hayavHakhamim -> patour
La pounda ouverte vers le bas : R. Yehouda la rapproche du port derrière soi (hayav), les Hakhamim du port du revers de la main (patour).
9
בֶּאֱמֶת אָמְרוּ הָאִשָּׁה כּוּ׳. [תַּנָּא כָּל ״בֶּאֱמֶת״ — הֲלָכָה הִיא. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר אַף מְקַבְּלֵי פִתְקִין.] תַּנָּא: שֶׁכֵּן לַבְלָרֵי מַלְכוּת עוֹשִׂין כֵּן.

En vérité ils ont dit : la femme etc. [Il est enseigné : tout (enseignement introduit par) be'émet est une halakha.

R. Yehouda dit : même ceux qui reçoivent des billets.] Il est enseigné : car les scribes du royaume font ainsi.

📜 Rachi (1)
שֶׁכֵּן לַבְלָרֵי מַלְכוּת עוֹשִׂין כֵּן בְּדַעְתּוֹ לְמָוסְרָן לָזֶה וְאֵין מוֹצְאוֹ וּדְבַר הַמֶּלֶךְ נָחוּץ וּמָצָא אַחֵר וּמוֹסְרוֹ לוֹ:
Car les scribes du royaume font ainsi : il a l'intention de les remettre à celui-ci, ne le trouve pas, et l'affaire du roi est urgente ; il en trouve un autre et les lui remet.
💡 Explication

Deux précisions : l'expression be'émet amrou signale une halakha établie. Pour R. Yehouda, la baraita donne la raison : c'est l'usage des scribes du royaume. Selon Rachi, ils changent de destinataire quand l'affaire presse, donc la sortie reste conforme à leur intention générale.

10
מַתְנִי׳ הַמּוֹצִיא כִּכָּר לִרְשׁוּת הָרַבִּים — חַייָּב. הוֹצִיאוּהוּ שְׁנַיִם — פְּטוּרִין. לֹא יָכוֹל אֶחָד לְהוֹצִיאוֹ וְהוֹצִיאוּהוּ שְׁנַיִם — חַיָּיבִין. וְרַבִּי שִׁמְעוֹן פּוֹטֵר.

Michna. Celui qui sort une miche (kikar) dans le domaine public : hayav.

Si deux l'ont sortie : patourim. Si un seul ne pouvait pas la sortir et que deux l'ont sortie : hayavim.

Et R. Chimon exempte.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' הוֹצִיאוּ שְׁנַיִם פְּטוּרִין כִּדְיָלְפִינַן בַּעֲשׂוֹתָהּ יָחִיד וְלֹא שְׁנַיִם:
Michna. Si deux l'ont sortie, patourim : comme nous l'apprenons de be'assota (en la faisant), un seul et non deux.
חַייָּבִים וְטַעְמָא מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
Hayavim : la Guemara en explique la raison.
💡 Explication

Nouvelle michna : deux personnes qui accomplissent ensemble une melakha. Si chacun pouvait le faire seul, ils sont patourim ; si aucun ne le pouvait seul, ils sont hayavim, car c'est ainsi qu'on procède. R. Chimon exempte dans tous les cas.

11
גְּמָ׳ אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב, וְאָמְרִי לַהּ אָמַר אַבָּיֵי, וְאָמְרִי לַהּ בְּמַתְנִיתָא תָּנָא: זֶה יָכוֹל וְזֶה יָכוֹל — רַבִּי מֵאִיר מְחַיֵּיב, וְרַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי שִׁמְעוֹן פּוֹטְרִים. זֶה אֵינוֹ יָכוֹל וְזֶה אֵינוֹ יָכוֹל — רַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי מֵאִיר מְחַיְּיבִים וְרַבִּי שִׁמְעוֹן פּוֹטֵר. זֶה יָכוֹל וְזֶה אֵינוֹ יָכוֹל — דִּבְרֵי הַכֹּל חַיָּיב.

Guemara. Rav Yehouda a dit au nom de Rav, et certains disent (que) Abaye a dit, et certains disent (qu')il est enseigné dans une baraita : celui-ci peut et celui-là peut, R.

Meir rend hayav, R. Yehouda et R.

Chimon exemptent. Celui-ci ne peut pas et celui-là ne peut pas, R.

Yehouda et R. Meir rendent hayav et R.

Chimon exempte. Celui-ci peut et celui-là ne peut pas, de l'avis de tous hayav.

📜 Rachi (5)
זֶה יָכוֹל לְהוֹצִיאוֹ לְבַדּוֹ וְזֶה יָכוֹל לְהוֹצִיאוֹ לְבַדּוֹ וְהוֹצִיאוֹ שְׁנֵיהֶם:
Celui-ci peut : la sortir seul, et celui-là peut la sortir seul, et ils l'ont sortie tous les deux.
ר"מ מְחַיֵּיב דְּלָא דְּרֵישׁ בַּעֲשׂוֹתָהּ לְהָכִי אֶלָּא לִפְטוֹר יָחִיד שֶׁעָשָׂה בְּהוֹרָאַת ב"ד כְּדִלְקַמָּן:
R. Meir rend hayav : car il n'interprète pas be'assota dans ce sens, mais pour exempter un particulier qui a agi sur décision du Beit Din, comme (expliqué) plus loin.
וְר' יְהוּדָה פּוֹטֵר דְּלָאו אוֹרְחֵיהּ בְּהָכִי וּסְתָם מַתְנֵי' ר' יְהוּדָה הִיא:
Et R. Yehouda exempte : car ce n'est pas la manière (de faire) ainsi ; et la michna anonyme est de R. Yehouda.
זֶה אֵינוֹ יָכוֹל וְזֶה אֵינוֹ יָכוֹל דְּאוֹרְחַייְהוּ לְהוֹצִיא בִּשְׁנַיִם בְּהָא סְבִירָא לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה כְּרַבִּי מֵאִיר דְּחַייָּב וְרַבִּי שִׁמְעוֹן פּוֹטֵר דְּיָלֵיף מִקְּרָאֵי כְּדִלְקַמָּן:
Celui-ci ne peut pas et celui-là ne peut pas : leur manière est de sortir à deux. Dans ce cas R. Yehouda pense comme R. Meir, qu'il est hayav ; et R. Chimon exempte, car il le déduit des versets comme (expliqué) plus loin.
זֶה יָכוֹל וְזֶה אֵינוֹ יָכוֹל וְהוֹצִיאוּ שְׁנֵיהֶן דִּבְרֵי הַכֹּל חַיָּיב וּלְקַמָּן מְפָרֵשׁ הֵי מִינַּייְהוּ חַייָּב: ה"ג הוֹצִיאוּהוּ שְׁנַיִם ר' מֵאִיר מְחַיֵּיב ול"ג פָּטוּר:
Celui-ci peut et celui-là ne peut pas : et ils l'ont sortie tous les deux, de l'avis de tous hayav ; plus loin (la Guemara) explique lequel d'entre eux est hayav. Nous lisons ainsi (dans la michna) : si deux l'ont sortie, R. Meir rend hayav ; et nous ne lisons pas patour.
🗂️ Tossefot (1)
זֶה אֵינוֹ יָכוֹל וְזֶה אֵינוֹ יָכוֹל ר"מ וְרַבִּי יְהוּדָה מְחַיְּיבִין מַה שֶׁהִקְשָׁה רִיבָ"א אַמַּאי לָא אָמְרִינַן חַטָּאת אֶחָד אָמַר רַחֲמָנָא וְלֹא שְׁנַיִם וּשְׁלֹשָׁה כִּדְאָמַר גַּבֵּי כֹּופֶר מְפֹורָשׁ בְּפֶרֶק ד' וָהּ' (בּ"ק דַּף מ. ד"ה כּוֹפֵר):
Celui-ci ne peut pas et celui-là ne peut pas, R. Meir et R. Yehouda rendent hayav : la question du Riva, pourquoi ne disons-nous pas : la Torah a dit un seul korban hatat, et non deux ou trois, comme on le dit à propos du kofer, est expliquée au chapitre Arba'a vahamicha (Bava Kamma 40a, s.v. kofer).
💡 Explication

Tableau complet selon la capacité de chacun (voir le schéma en haut de page) :

Chacun peut seul : R. Meir hayav ; R. Yehouda et R. Chimon patour. Aucun ne peut seul : R. Meir et R. Yehouda hayav ; R. Chimon patour. L'un peut, l'autre non : hayav pour tous, la suite de la Guemara précisera lequel.

Rachi : la michna anonyme suit R. Yehouda. Il corrige aussi la lecture de la baraita (R. Meir rend hayav, et non patour).

12
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: הַמּוֹצִיא כִּכָּר לִרְשׁוּת הָרַבִּים — חַיָּיב. הוֹצִיאוּהוּ שְׁנַיִם — רַבִּי מֵאִיר מְחַייֵּב, וְרַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אִם לֹא יָכוֹל אֶחָד לְהוֹצִיאוֹ וְהוֹצִיאוּהוּ שְׁנַיִם — חַיָּיבִין, וְאִם לָאו — פְּטוּרִים, וְרַבִּי שִׁמְעוֹן פּוֹטֵר. מְנָא הָנֵי מִילֵּי? דְּתָנוּ רַבָּנָן: ״בְּעָשְׂתָה״ — הָעוֹשֶׂה אֶת כֻּולָּהּ וְלֹא הָעוֹשֶׂה אֶת מִקְצָתָהּ, כֵּיצַד? שְׁנַיִם שֶׁהָיוּ אוֹחֲזִין בְּמַלְגֵּז וְלוֹגְזִין, בְּכִרְכָּר וְשׁוֹבְטִין, בְּקוּלְמוֹס וְכוֹתְבִין, בְּקָנֶה וְהוֹצִיאוּהוּ לִרְשׁוּת הָרַבִּים, יָכוֹל יְהוּ חַיָּיבִין — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״בְּעָשְׂתָה״ — הָעוֹשֶׂה אֶת כֻּולָּהּ וְלֹא הָעוֹשֶׂה מִקְצָתָהּ.

Il est aussi enseigné ainsi (dans une baraita) : celui qui sort une miche dans le domaine public, hayav. Si deux l'ont sortie, R.

Meir rend hayav ; R. Yehouda dit : si un seul ne pouvait pas la sortir et que deux l'ont sortie, hayavim, et sinon, patourim ; et R.

Chimon exempte. D'où (tire-t-on) ces choses ?

Car nos Maîtres ont enseigné : be'assota (en la faisant, Vayikra 4,27) : celui qui la fait en entier, et non celui qui en fait une partie. Comment ?

Deux qui tenaient une fourche et ramassaient (les épis), une navette et tassaient (les fils), une plume et écrivaient, un roseau et l'ont sorti dans le domaine public ; on pourrait penser qu'ils sont hayavim, le verset dit : be'assota, celui qui la fait en entier, et non celui qui en fait une partie.

📜 Rachi (6)
ר' יְהוּדָה אוֹמֵר אִם לֹא יָכוֹל אֶחָד כְּלוֹמַר כָּל אֶחָד וְאֶחָד:
R. Yehouda dit : si un seul ne pouvait pas, c'est-à-dire chacun d'eux.
וְאִם לָאו אֶלָּא זֶה יָכוֹל וְזֶה יָכוֹל פָּטוּר וּמִמֵּילָא דִּבְכִי הַאי גַּוְונָא ר' מֵאִיר מְחַיֵּיב:
Et sinon : mais celui-ci peut et celui-là peut, patour ; et de là il découle que dans ce cas R. Meir rend hayav.
מַלְגֵּז פורק"א בַּת ג' שִׁינַּייִם וּמְהַפְּכִין בָּהּ תְּבוּאָה בַּגֹּורֶן וְהוּא מְעַמֵּר דְּהוּא אַב מְלָאכָה:
Malgez (fourche) : forke (en vieux français), à trois dents, avec laquelle on retourne le grain dans l'aire ; c'est me'amer (mettre en gerbes), qui est un av melakha.
וְלוֹגְזִין מְאַסְּפִין הַשִּׁבֳּלִין:
Velogzin : ils rassemblent les épis.
בְּכִרְכָּר וְשׁוֹבְטִין דְּהוּא מֵיסֵךְ כִּדְאָמַר בְּפֶרֶק כְּלָל גָּדוֹל (לְעֵיל שַׁבָּת דַּף עה) שׁוֹבֵט הֲרֵי הוּא בִּכְלַל מֵיסֵךְ:
Avec une navette (kirkar) et tassent : c'est meisekh (ourdir), comme il est dit au chapitre Kelal gadol (plus haut, Chabbat 75) : tasser (les fils) est inclus dans meisekh.
בְּקָנֶה וְהוֹצִיאוּהוּ כו' וְכָל הָנָךְ זֶה יָכוֹל וְזֶה יָכוֹל נִינְהוּ:
Avec un roseau et l'ont sorti etc. : et tous ces cas sont (des cas où) celui-ci peut et celui-là peut.
💡 Explication

La baraita confirme les trois positions. La source est le Torat Kohanim sur Vayikra 4,27 : be'assota, celui qui accomplit toute la faute, et non celui qui n'en accomplit qu'une partie.

Les exemples couvrent plusieurs avot melakha : me'amer (fourche), meisekh (navette), kotev (plume), hotsaa (roseau). Selon Rachi, ce sont tous des cas où chacun pouvait agir seul, ce qui explique l'exemption.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).