Sougya : Le daf achève la discussion sur le fardeau porté sur la tête (les gens de Houtsal) puis ouvre deux michnayot. La première : celui qui voulait sortir un objet devant lui et l'a sorti derrière est patour, dans le cas inverse il est hayav ; la femme au sinar est hayevet dans tous les cas.
R. Elazar y voit deux Tanaim, Rava et Rav Ashi l'expliquent par le degré de garde (shemira me'ula ou pehouta) et l'école de pensée du lo miba'ya ; la bourse ouverte vers le bas oppose R.
Yehouda et les Hakhamim. La seconde michna traite de deux personnes qui sortent ensemble un objet : R.
Meir, R. Yehouda et R.
Chimon divergent selon que chacun pouvait ou non le sortir seul, à partir du verset be'assota.
Et si tu veux dire que les gens de Houtsal font ainsi (portent leurs fardeaux sur la tête), leur manière de faire est annulée face à (celle de) tout le monde.
Fin de la sougya du fardeau porté sur la tête : pour Rav, c'est une manière inhabituelle de porter, donc patour. L'usage local d'un lieu (Houtsal) ne suffit pas : batla da'atan, leur manière de faire est annulée face à l'usage général.
Tossefot précise que cette annulation vaut même pour les habitants de Houtsal. Il distingue l'Arabie (un usage lié à une réalité, les chameaux, que tout le monde adopterait dans les mêmes conditions, compte) d'un individu isolé comme la maison de Menashya (son usage ne compte pas).
Michna. Celui qui a l'intention de sortir (un objet) devant lui, et il lui est venu derrière : patour.
(S'il voulait le sortir) derrière lui et il lui est venu devant : hayav. En vérité ils ont dit : la femme qui se ceint d'un sinar (sorte de culotte), que (l'objet soit) devant elle ou derrière elle, est hayevet, car il est normal (que le sinar) tourne.
R. Yehouda dit : même ceux qui reçoivent des billets (pitkin).
Première michna du passage : l'hotsaa (sortie d'un domaine privé vers le domaine public) exige que la mahshava (intention) de l'auteur se réalise. Devant vers derrière : patour ; derrière vers devant : hayav, raison donnée par la Guemara.
Be'émet amrou introduit une halakha établie : pour le sinar, le déplacement est prévu dès le départ, donc l'intention couvre les deux côtés. R. Yehouda étend cela aux mekablei pitkin, avec deux explications : Rachi (billets remis à un autre coureur que prévu) et Rabbenou Chmouel dans Tossefot (bourse de ceinture qui tourne).
Guemara. En quoi est-il différent (le cas) devant, et il lui est venu derrière, où il est patour ?
Parce que sa pensée ne s'est pas réalisée. (Le cas) derrière, et il lui est venu devant : ici aussi, sa pensée ne s'est pas réalisée !
R. Elazar a dit : (la michna est) brisée (tavra) ; celui qui a enseigné ceci n'a pas enseigné cela.
Rava a dit : et quelle est la difficulté ? Peut-être (faut-il dire) : devant et il lui est venu derrière, voici la raison pour laquelle il est patour : il visait une garde supérieure (shemira me'ula), et il n'a obtenu qu'une garde moindre (shemira pehouta) ; derrière et il lui est venu devant, voici la raison pour laquelle il est hayav : il visait une garde moindre et il a obtenu une garde supérieure.
La Guemara voit une contradiction : si l'intention non réalisée exempte, les deux cas devraient être patour. R. Elazar répond tavra : la michna est composée de deux opinions (Rachi : l'un exempte partout, l'autre rend hayav partout).
Rava unifie la michna : l'objet devant soi est sous les yeux, c'est la shemira me'ula (garde supérieure). Celui qui voulait devant et obtient derrière a subi un résultat qu'il refuse ; celui qui voulait derrière et obtient devant a un résultat meilleur, qu'il accepte à plus forte raison. Son intention est donc considérée comme réalisée.
Mais alors quelle est la difficulté ? C'est l'inférence de la michna qui pose difficulté : celui qui a l'intention de sortir devant lui et il lui est venu derrière, patour ; donc derrière et il lui est venu derrière, hayav.
Dis la seifa : derrière et il lui est venu devant, c'est là qu'il est hayav ; donc derrière et il lui est venu derrière, patour ! R.
Elazar a dit : (la michna est) brisée ; celui qui a enseigné ceci n'a pas enseigné cela.
La vraie difficulté est un diyouk (inférence à contrario). De la reisha : derrière -> derrière serait hayav. De la seifa (seul derrière -> devant est hayav) : derrière -> derrière serait patour. Les deux inférences se contredisent, et R. Elazar maintient tavra.
Tossefot note que la Guemara résout parfois ce type de contradiction autrement (91b, Kiddouchin 5a), et parfois non, comme ici.
Rav Achi a dit : quelle est la difficulté ? Peut-être (la michna) parle-t-elle selon (le schéma) lo miba'ya (il n'est pas besoin de dire) : il n'est pas besoin de dire (que) derrière et il lui est venu derrière il est hayav, car sa pensée s'est réalisée ; mais même derrière et il lui est venu devant, il fallait (l'enseigner).
Il aurait pu te venir à l'esprit de dire : puisque sa pensée ne s'est pas réalisée, il ne sera pas hayav ; (la michna) nous apprend qu'il visait une garde moindre et a obtenu une garde supérieure, et qu'il est hayav.
Rav Achi lève la contradiction de la seifa : elle n'exclut pas le cas derrière -> derrière, elle l'englobe à plus forte raison. Le schéma lo miba'ya (il n'est pas besoin de dire) enseigne le cas le moins évident ; le cas simple est hayav à fortiori.
Seule l'inférence de la reisha subsiste : derrière -> derrière est hayav.
Et (le cas) derrière et il lui est venu derrière est une discussion de Tanaim. Car il est enseigné (dans une baraita) : celui qui sort de l'argent dans sa bourse (pounda) et son ouverture est vers le haut, hayav ; son ouverture vers le bas : R.
Yehouda rend hayav et les Hakhamim exemptent. R.
Yehouda leur a dit : ne reconnaissez-vous pas (que dans le cas) derrière et il lui est venu derrière il est hayav ? Ils lui ont dit : et ne reconnais-tu pas (que celui qui sort) du revers de la main ou du pied est patour ?
La Guemara propose que le cas derrière -> derrière soit discuté entre Tanaim. Preuve : la baraita de la pounda (bourse de ceinture). Ouverture en haut : hayav. Ouverture en bas : les pièces risquent de tomber.
Chaque partie cite un cas que l'autre reconnaît : R. Yehouda invoque derrière -> derrière (garde moindre mais hayav), les Hakhamim invoquent lahar yado (du revers de la main), manière inhabituelle donc patour.
R. Yehouda a dit : j'ai dit une chose et ils ont dit une chose ; je n'ai pas trouvé de réponse à leurs paroles et ils n'ont pas trouvé de réponse aux miennes.
Puisqu'il leur dit : ne reconnaissez-vous pas, cela n'implique-t-il pas que les Rabbanan exemptent (dans ce cas) ? Et selon ton raisonnement, puisqu'ils lui disent : ne reconnais-tu pas, cela impliquerait-il que R.
Yehouda rend hayav (du revers de la main) ? Or il est enseigné : du revers de la main ou du pied, de l'avis de tous il est patour !
La Guemara voulait déduire de la formule ein atem modim (ne reconnaissez-vous pas) que les Hakhamim exemptent derrière -> derrière. Elle réfute : par symétrie, il faudrait déduire de leur réponse que R. Yehouda rend hayav le revers de la main, ce qu'une baraita dément. La formule ne prouve donc rien sur une discussion.
Mais (il faut dire) : derrière et il lui est venu derrière, de l'avis de tous hayav ; du revers de la main ou du pied, de l'avis de tous patour. Ils ne divergent que pour la bourse dont l'ouverture est vers le bas : l'un (R.
Yehouda) la compare à derrière et il lui est venu derrière, et l'autre (les Hakhamim) la compare au revers de la main ou du pied.
Conclusion : les deux cas cités font l'unanimité. La discussion porte seulement sur la pounda ouverte vers le bas : garde réduite mais réelle (R. Yehouda), ou manière que personne n'utilise (Hakhamim), car les pièces tombent d'elles-mêmes (Rachi).
Le cas derrière -> derrière est donc hayav pour tous, en accord avec la lecture de Rava et Rav Achi.
En vérité ils ont dit : la femme etc. [Il est enseigné : tout (enseignement introduit par) be'émet est une halakha.
R. Yehouda dit : même ceux qui reçoivent des billets.] Il est enseigné : car les scribes du royaume font ainsi.
Deux précisions : l'expression be'émet amrou signale une halakha établie. Pour R. Yehouda, la baraita donne la raison : c'est l'usage des scribes du royaume. Selon Rachi, ils changent de destinataire quand l'affaire presse, donc la sortie reste conforme à leur intention générale.
Michna. Celui qui sort une miche (kikar) dans le domaine public : hayav.
Si deux l'ont sortie : patourim. Si un seul ne pouvait pas la sortir et que deux l'ont sortie : hayavim.
Et R. Chimon exempte.
Nouvelle michna : deux personnes qui accomplissent ensemble une melakha. Si chacun pouvait le faire seul, ils sont patourim ; si aucun ne le pouvait seul, ils sont hayavim, car c'est ainsi qu'on procède. R. Chimon exempte dans tous les cas.
Guemara. Rav Yehouda a dit au nom de Rav, et certains disent (que) Abaye a dit, et certains disent (qu')il est enseigné dans une baraita : celui-ci peut et celui-là peut, R.
Meir rend hayav, R. Yehouda et R.
Chimon exemptent. Celui-ci ne peut pas et celui-là ne peut pas, R.
Yehouda et R. Meir rendent hayav et R.
Chimon exempte. Celui-ci peut et celui-là ne peut pas, de l'avis de tous hayav.
Tableau complet selon la capacité de chacun (voir le schéma en haut de page) :
Chacun peut seul : R. Meir hayav ; R. Yehouda et R. Chimon patour. Aucun ne peut seul : R. Meir et R. Yehouda hayav ; R. Chimon patour. L'un peut, l'autre non : hayav pour tous, la suite de la Guemara précisera lequel.
Rachi : la michna anonyme suit R. Yehouda. Il corrige aussi la lecture de la baraita (R. Meir rend hayav, et non patour).
Il est aussi enseigné ainsi (dans une baraita) : celui qui sort une miche dans le domaine public, hayav. Si deux l'ont sortie, R.
Meir rend hayav ; R. Yehouda dit : si un seul ne pouvait pas la sortir et que deux l'ont sortie, hayavim, et sinon, patourim ; et R.
Chimon exempte. D'où (tire-t-on) ces choses ?
Car nos Maîtres ont enseigné : be'assota (en la faisant, Vayikra 4,27) : celui qui la fait en entier, et non celui qui en fait une partie. Comment ?
Deux qui tenaient une fourche et ramassaient (les épis), une navette et tassaient (les fils), une plume et écrivaient, un roseau et l'ont sorti dans le domaine public ; on pourrait penser qu'ils sont hayavim, le verset dit : be'assota, celui qui la fait en entier, et non celui qui en fait une partie.
La baraita confirme les trois positions. La source est le Torat Kohanim sur Vayikra 4,27 : be'assota, celui qui accomplit toute la faute, et non celui qui n'en accomplit qu'une partie.
Les exemples couvrent plusieurs avot melakha : me'amer (fourche), meisekh (navette), kotev (plume), hotsaa (roseau). Selon Rachi, ce sont tous des cas où chacun pouvait agir seul, ce qui explique l'exemption.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).