Shabbat 94b — Sortir un mort, arracher un signe d'impureté, les soins du corps

Shabbat 94b

Sougya : Le daf achève la michna du mort : Rava précise que R. Chimon rend hayav celui qui sort une houe pour creuser ou un Sefer Torah pour y lire.

Rav Nahman bar Yitshak permet de sortir un mort dans une karmelit, au nom de la dignité humaine (kevod ha-beriot). Rav Nahman et Rav Chechet discutent ensuite du cas de celui qui arrache un poil d'impureté sur trois : l'acte qui rapproche la pureté suffit-il ?

Leur discussion s'appuie sur la sortie d'un demi-kezayit de mort. Une nouvelle michna oppose R.

Eliezer et les Hakhamim sur les ongles, les cheveux, la tresse et le fard le Chabbat ; la Guemara rapporte les précisions de R. Elazar, la mesure de deux poils, la baraita de R.

Chimon ben Elazar sur l'ongle à demi détaché, et le rattachement de la tresse, du fard des yeux et du fard du visage aux melakhot de tisser, écrire et filer.

Rav Nahman et Rav Chechet : l'acte qui rapproche la puretéSituationRav NahmanRav Chechet1 poil sur 2reste 1 : pureté acquisehayavhayav1 poil sur 3reste 2 : encore impurhayavpatour1 poil sur 4reste 3 (Tossefot)patourpatourRaison de Rav Nahmanson acte a servi : un poil de pluset l'impureté disparaît (ahani ma'asav)Raison de Rav Chechetpour l'instant l'impureté esttoujours là : l'acte n'a rien changéhayav = transgresse le lav de hichamer ; patour = exempt
Arracher un signe d'impureté : Rav Nahman rend hayav dès que l'acte rapproche la pureté, Rav Chechet seulement s'il la produit.
La michna des soins du corps : R. Eliezer et les Hakhamimongles, cheveux,moustache, barbegozez (tondre)tresser(godelet)oreg (tisser)farder les yeux(kohelet)kotev (écrire)pokesset(fard du visage)tove (filer)R. Eliezerhayav hatatHakhamiminterdit par chevout (rabbinique)R. Elazar : avec un kelitous rendent hayavR. Elazar : pour autruitous exemptent
La michna : chaque soin est rattaché par R. Eliezer à une melakha ; les Hakhamim n'y voient qu'un chevout. Les deux précisions de R. Elazar.
R. Chimon ben Elazar : ongle ou peau à demi détachésPar la mainAvec un instrument (keli)La majeure partieest détachéeLa majeure partietient encorepermis (moutar)patour mais interditpatour mais interdithayav hatatHalakhacomme R. Chimonben Elazar(Rav Yehouda)Condition (R. Yo'hanan) : détaché vers le haut et douloureuxvers le bout du doigt (Rachi) ou vers le corps (Rabbenou Tam)
La baraita de R. Chimon ben Elazar, relue par la Guemara : main ou instrument, majeure partie détachée ou non.
1
אַף בְּמוֹצִיא אֶת הַמֵּת לְקָובְרוֹ. אָמַר רָבָא: וּמוֹדֶה רַבִּי שִׁמְעוֹן בְּמָר לַחְפֹּור בּוֹ וְסֵפֶר תּוֹרָה לִקְרוֹת בּוֹ — דְּחַייָּב. פְּשִׁיטָא, דְּאִי הָא נָמֵי מְלָאכָה שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה לְגוּפָהּ הִיא, אֶלָּא מְלָאכָה שֶׁצְּרִיכָה לְגוּפָהּ לְרַבִּי שִׁמְעוֹן הֵיכִי מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ? מַהוּ דְתֵימָא, עַד דְּאִיכָּא לְגוּפוֹ וּלְגוּפָהּ, כְּגוֹן מָר לַעֲשׂוֹת לוֹ טַס וְלַחְפֹּור, סֵפֶר תּוֹרָה לְהַגִּיהַּ וְלִקְרוֹת בּוֹ, קָא מַשְׁמָע לַן.

...même celui qui sort le mort pour l'enterrer. Rava dit : R.

Chimon reconnaît que (celui qui sort) une houe pour creuser avec, ou un Sefer Torah pour y lire, est hayav. C'est évident !

Car si cela aussi était une melakha she-einah tsrikha legoufah (travail dont on n'a pas besoin pour lui-même), comment trouverait-on, selon R. Chimon, une melakha tsrikha legoufah ?

On aurait pu dire : (il n'est hayav) que s'il y a (un besoin) pour lui et pour elle, par exemple une houe pour lui faire une lame et creuser, un Sefer Torah pour le corriger et y lire ; il nous enseigne (que non).

📜 Rachi (4)
אַף בְּמוֹצִיא אֶת הַמֵּת לְקָובְרוֹ וְלָא תֵּימָא לֹא פָּטַר אֶלָּא בְּמַנִּיחוֹ לַחוּץ דְּאֵין צֹורֶךְ לֹא לְגוּפוֹ שֶׁל מוֹצִיא וְלֹא לְגוּפָהּ שֶׁל הוֹצָאָה דַּאֲפִילּוּ הוּא צֹורֶךְ הַמֵּת פָּטוּר:
Même celui qui sort le mort pour l'enterrer : ne dis pas qu'il n'exempte que celui qui le dépose dehors, où il n'y a de besoin ni pour la personne de celui qui sort ni pour l'objet de la sortie ; même s'il y a un besoin du mort, il est patour.
מַר לַחְפֹּור בּוֹ שֶׁהוּא צֹורֶךְ הַמּוֹצִיא:
Une houe pour creuser avec : c'est un besoin de celui qui sort.
מָר לַעֲשׂוֹת לוֹ טַס וְלַחְפֹּור מָרָה שֶׁנִּרְצַף פִּיו וְצָרִיךְ לְהוֹשִׁיב עָלָיו כְּמִין טַס דַּק שֶׁיְּהֵא רָאוּי לַחְפֹּור:
Une houe pour lui faire une lame et creuser : une houe dont le tranchant s'est écrasé, et il faut y fixer une sorte de lame fine pour qu'elle soit apte à creuser.
לְהַגִּיהַּ וְלִקְרוֹת:
Pour le corriger et y lire.
💡 Explication

Selon R. Chimon, on n'est hayav pour une melakha que si elle est faite pour le but qu'elle avait dans le Michkan : c'est la melakha tsrikha legoufah. Sortir un mort pour l'enterrer vise à s'en débarrasser : patour.

Rava enseigne que sortir un objet pour s'en servir (creuser, lire) est bien une melakha tsrikha legoufah. La Guemara objecte que c'est évident, puis explique la nouveauté : on aurait pu exiger un double besoin, legoufo (pour le porteur) et legoufah (pour l'objet lui-même, le réparer). Rava enseigne que le besoin du porteur suffit.

🖼️ Schéma
R. Chimon : quand la sortie est-elle tsrikha legoufah ?Houe pour creuserSefer Torah pour lireHoue pour l'aiguiseret creuser ; Sefer pourle corriger et lireMort sorti pourl'enterrerhayavhayavpatourRava : il suffit que l'objet serve au porteur ; il n'est pas requis qu'il serve aussi à l'objet
Rava : sortir un objet pour s'en servir est une melakha tsrikha legoufah, même sans besoin de l'objet lui-même.
2
הָהוּא שָׁכְבָא דַּהֲוָה בִּדְרוֹקֶרֶת, שְׁרָא רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק לְאַפּוֹקֵיהּ לְכַרְמְלִית. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן אֲחוּהּ דְּמָר בְּרֵיהּ דְּרַבְנָא לָרַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: כְּמַאן, כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן? אֵימַר דְּפָטַר רַבִּי שִׁמְעוֹן מֵחִיּוּב חַטָּאת, אִיסּוּרָא דְּרַבָּנָן מִיהָא אִיכָּא! אֲמַר לֵיהּ: הָאֱ-לֹהִים, דְּעָיְילַתְּ בֵּיהּ אַתְּ? וַאֲפִילּוּ לְרַבִּי יְהוּדָה שְׁרֵי, דְּמִי קָאָמֵינָא לִרְשׁוּת הָרַבִּים? לְכַרְמְלִית קָאָמֵינָא, גָּדוֹל כְּבוֹד הַבְּרִיּוֹת שֶׁדּוֹחֶה אֶת ״לֹא תַעֲשֶׂה״ שֶׁבַּתּוֹרָה.

Il y avait un mort à Derokeret ; Rav Nahman bar Yitshak permit de le sortir dans une karmelit. R.

Yo'hanan, frère de Mar fils de Ravana, dit à Rav Nahman bar Yitshak : selon qui ? Selon R.

Chimon ? Admettons que R.

Chimon exempte de l'obligation du hatat ; il reste au moins un interdit rabbinique ! Il lui répondit : Par D.ieu !

Es-tu entré dans (le sujet) ? Même selon R.

Yehouda c'est permis. Ai-je dit au domaine public ?

J'ai dit à une karmelit. Grande est la dignité des créatures (kevod ha-beriot), qui repousse un lo ta'asse (interdit) de la Torah.

📜 Rachi (2)
לְאַפּוֹקֵיהּ לְכַרְמְלִית שֶׁהָיָה מֻוטָּל בְּבִזָּיוֹן אוֹ בִּדְלֵיקָה אוֹ בַּחַמָּה וְאִי מִשּׁוּם טִלְטוּל מַנִּיחַ עָלָיו כִּכָּר אוֹ תִּינוֹק:
Le sortir dans une karmelit : car il était exposé à l'humiliation, ou à un incendie, ou au soleil. Et quant à (l'interdit de) le déplacer (moukts), on pose sur lui une miche de pain ou un enfant.
לֹא תַעֲשֶׂה לָאו דְּלָא תָּסוּר כִּי הָכָא:
Un lo ta'asse : l'interdit de lo tassour (ne t'écarte pas des paroles des Sages), comme ici.
🗂️ Tossefot (1)
גָּדוֹל כְּבוֹד הַבְּרִיּוֹת שֶׁדּוֹחֶה אֶת לֹא תַעֲשֶׂה שֶׁבַּתּוֹרָה קָשֶׁה לְר"ת דְּגַבֵּי טִלְטוּל דְּהָוֵי אִיסּוּרָא דְּרַבָּנָן לָא שָׁרֵינַן מִשּׁוּם כְּבוֹד הַבְּרִיּוֹת אֶלָּא ע"י כִּכָּר אוֹ תִּינוֹק כִּדְאָמַר בְּפֶרֶק בַּמֶּה מַדְלִיקִין (לְעֵיל שַׁבָּת דַּף ל:) וּבְפֶרֶק כִּירָה (שַׁבָּת דַּף מג:) וְיֵשׁ לוֹמַר דְּשָׁאנֵי טִלְטוּל דְּאֶפְשָׁר עַל יְדֵי כִּכָּר אוֹ תִּינוֹק לְכָךְ לֹא הִתִּיר בְּעִנְיָן אַחֵר:
Grande est la dignité des créatures, qui repousse un lo ta'asse de la Torah : Rabbenou Tam fait une difficulté : pour le déplacement (moukts), qui est un interdit rabbinique, nous ne permettons pas à cause de la dignité des créatures, sauf au moyen d'une miche ou d'un enfant, comme il est dit au chapitre Bameh madlikin (Chabbat 30b) et au chapitre Kira (Chabbat 43b). On peut répondre que le déplacement est différent : puisqu'il est possible par une miche ou un enfant, on ne l'a pas permis d'une autre manière.
💡 Explication

La karmelit est un domaine intermédiaire (champ, mer, lieu non clos) ; y porter n'est interdit que de-rabbanan. Rav Nahman bar Yitshak n'a donc pas besoin de la position de R. Chimon : même selon R. Yehouda, pour qui la sortie du mort est interdite par la Torah, le transfert vers une karmelit ne touche qu'un interdit rabbinique.

Le principe gadol kevod ha-beriot permet de passer outre à un interdit rabbinique pour éviter une humiliation. Le lo ta'asse de la Torah vise ici est lo tassour, source de l'autorité des décrets des Sages (Rachi).

3
תְּנַן הָתָם: הַתּוֹלֵשׁ סִימָנֵי טֻומְאָה וְהַכֹּוֶה [אֶת] הַמִּחְיָה עוֹבֵר ב״לא תַּעֲשֶׂה״. אִיתְּמַר: אַחַת מִשְּׁתַּיִם חַייָּב, אַחַת מִשָּׁלֹשׁ — רַב נַחְמָן אָמַר חַייָּב, רַב שֵׁשֶׁת אָמַר פָּטוּר. רַב נַחְמָן אָמַר חַייָּב — אַהֲנֵי מַעֲשָׂיו, דְּאִי מִשְׁתַּקְלָא חֲדָא אַחֲרִיתִי אָזְלָה לַהּ טֻומְאָה. רַב שֵׁשֶׁת אָמַר פָּטוּר — הַשְׁתָּא מִיהַת הָא אִיתָא לְטֻומְאָה.

Nous avons appris là-bas : celui qui arrache les signes d'impureté (de la tsaraat) ou qui brûle la chair vive (mihya) transgresse un lo ta'asse. Il a été dit : (s'il arrache) un poil sur deux, il est hayav ; un sur trois : Rav Nahman dit hayav, Rav Chechet dit patour.

Rav Nahman dit hayav : son acte a servi, car si on en retire un autre, l'impureté s'en va. Rav Chechet dit patour : pour l'instant, l'impureté est toujours là.

📜 Rachi (5)
הַתּוֹלֵשׁ סִימָנֵי טֻומְאָה שְׁתֵּי שְׂעָרוֹת לְבָנוֹת שֶׁהַבַּהֶרֶת מְטַמְּאָה בָּהֶן:
Celui qui arrache les signes d'impureté : deux poils blancs, par lesquels la tache (baheret) rend impur.
וְהִכְוָה אֶת הַמִּחְיָה מִחְיַת בָּשָׂר חַי וְהוּא סִימָן טֻומְאָה בִּשְׂאֵת וְהִכְוָה זֶה לְבַטָּלָה מִשּׁוּם מִחְיָה וּלְטָהֳרָה:
Ou qui brûle la chair vive : la chair saine, signe d'impureté dans la se'et ; celui-ci la brûle pour supprimer (le signe de) chair vive et se rendre pur.
עוֹבֵר בְּלֹא תַּעֲשֶׂה דְּהִשָּׁמֵר בְּנֶגַע הַצָּרַעַת (דְּבָרִים כֹּד):
Transgresse un lo ta'asse : (celui de) prends garde à la plaie de tsaraat (Devarim 24).
אֶחָד מב' שֶׁלֹּא הָיוּ בָּהּ אֶלָּא שְׁתֵּי שְׂעָרוֹת וְתָלַשׁ הָאֶחָד:
Un sur deux : il n'y en avait que deux, et il en a arraché un.
חַיָּיב דְּשָׁקְלָא לְטֻומְאָה שֶׁאֵין מְטַמְּאָה בְּפָחוֹת מב' דְּהָכִי יָלְפִינַן לָהּ בת"כ שִׁיעֵר שְׁנַיִם וְחַיָּיב מַלְקוּת:
Hayav : car il a supprimé l'impureté, qui ne se produit pas avec moins de deux (poils), comme nous l'apprenons dans le Torat Kohanim : poil, (au moins) deux. Et il est passible de flagellation.
🗂️ Tossefot (1)
אַהְנִי מַעֲשָׂיו דְּאִי מִשְׁתַּקְלָא חֲדָא כו' בְּאַחַת מֵאַרְבַּע דְּאִי מִשְׁתַּקְלָא חֲדָא אַחֲרִיתִי נָמֵי לָא אָזְלָא לָהּ טֻומְאָה כ"ע מוֹדוֹ דְּפָטוּר דְּהָוֵי כְּמוֹ חֲצִי זַיִת מִמֵּת גָּדוֹל:
Son acte a servi, car si on en retire un autre, etc. : pour un sur quatre, ou même si on en retirait un autre, l'impureté ne partirait pas, tous reconnaissent qu'il est patour : c'est comme un demi-kezayit (sorti) d'un grand mort.
💡 Explication

La tache de tsaraat (baheret) rend impur si elle porte deux poils blancs. Les arracher pour échapper à l'impureté transgresse l'interdit de hichamer be-nega ha-tsaraat.

Sur trois poils, en arracher un laisse la tache impure. Rav Nahman juge l'acte efficace (ahani ma'asav) : il a rapproché la pureté, un geste de plus suffira. Rav Chechet juge l'état présent : l'impureté demeure, rien n'a changé. Tossefot ajoute que sur quatre poils, tous exemptent.

🖼️ Schéma
Rav Nahman et Rav Chechet : l'acte qui rapproche la puretéSituationRav NahmanRav Chechet1 poil sur 2reste 1 : pureté acquisehayavhayav1 poil sur 3reste 2 : encore impurhayavpatour1 poil sur 4reste 3 (Tossefot)patourpatourRaison de Rav Nahmanson acte a servi : un poil de pluset l'impureté disparaît (ahani ma'asav)Raison de Rav Chechetpour l'instant l'impureté esttoujours là : l'acte n'a rien changéhayav = transgresse le lav de hichamer ; patour = exempt
Un poil sur deux, sur trois, sur quatre : l'enjeu de la mahloket.
4
אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: מְנָא אֲמִינָא לַהּ — דִּתְנַן: וְכֵן כְּזַיִת מִן הַמֵּת וּכְזַיִת מִן הַנְּבֵילָה — חַייָּב, הָא חֲצִי זַיִת — פָּטוּר, וְהָתַנְיָא: ״חֲצִי זַיִת — חַיָּיב״! — מַאי לַָאו, הָא דְּתַנְיָא ״חַיָּיב״ — דְּאַפֵּיק חֲצִי זַיִת מִכְּזַיִת, וְהָא דִּתְנַן ״פָּטוּר״ — דְּאַפֵּיק חֲצִי זַיִת מִכְּזַיִת וּמֶחֱצָה. וְרַב נַחְמָן: אִידִי וְאִידִי חַיָּיב, וְהָא דִּתְנַן ״פָּטוּר״, דְּאַפֵּיק חֲצִי זַיִת מִמֵּת גָּדוֹל.

Rav Chechet dit : d'où je le dis ? Car nous avons appris : de même, un kezayit de mort ou un kezayit de nevela, il est hayav ; donc un demi-kezayit, il est patour.

Or il est enseigné : un demi-kezayit, il est hayav ! N'est-ce pas que ce qui est enseigné hayav, c'est qu'il a sorti un demi-kezayit d'un kezayit, et ce que nous avons appris patour, c'est qu'il a sorti un demi-kezayit d'un kezayit et demi ?

Et Rav Nahman : l'un et l'autre, il est hayav ; et ce que nous avons appris patour, c'est qu'il a sorti un demi-kezayit d'un grand mort.

📜 Rachi (3)
מַאי לַָאו הָא דְּתָנֵי חַיָּיב דְּאַפֵּיק חֲצִי זַיִת מִכְּזַיִת דְּשַׁקְלֵיהּ וּבַצְּרֵיהּ לְשִׁיעוּרָא:
N'est-ce pas que ce qui est enseigné hayav, c'est qu'il a sorti un demi-kezayit d'un kezayit : car il l'a retiré et a fait tomber (le reste) sous la mesure.
וְהָא דְּתָנֵי פָּטוּר דְּאַפֵּיק חֲצִי זַיִת מִכְּזַיִת וּמֶחֱצָה דְּאַף עַל גַּב דִּמְצַמְצֵם לְשִׁיעוּר לָאו מִילְּתָא הִיא וְלָא אָמְרִינַן אַהֲנֵי דְּאִי שְׁקִיל מִינֵּיהּ פֻּורְתָּא תּוּ לֵיתָא לְשִׁיעוּרָא:
Et ce qui est enseigné patour, c'est qu'il a sorti un demi-kezayit d'un kezayit et demi : bien qu'il l'ait réduit exactement à la mesure, cela ne compte pas, et nous ne disons pas que son acte a servi parce que, si l'on en retirait un peu, il n'y aurait plus la mesure.
מִמֵּת גָּדוֹל דְּלָא אַהֲנֵי מִידֵּי:
D'un grand mort : où (son acte) n'a servi à rien.
🗂️ Tossefot (2)
וְהָא דִּתְנַן פָּטוּר דְּאַפֵּיק חֲצִי זַיִת מִמֵּת גָּדוֹל וה"ה דַּהֲוָה מָצֵי לְאוֹקְמֵיהּ כְּגוֹן דְּלֵיכָּא אֶלָּא חֲצִי זַיִת בִּלְבַד אֶלָּא דְּנִיחָא לֵיהּ לְשַׁנּוּיֵי בַּחֲצִי זַיִת מִמֵּת גָּדוֹל דְּהָוֵי רְבוּתָא טְפֵי דְּאִי לֵיכָּא אֶלָּא חֲצִי זַיִת מִן הַכֹּל פְּשִׁיטָא דְּפָטוּר וְדַוְוקָא חֲצִי זַיִת אֲבָל כַּזַּיִת מִמֵּת גָּדוֹל חַייָּב אע"ג דְּאִי מִשְׁתַּקְלָה זַיִת אַחֵר לָא אָזְלָא טֻומְאָה מ"מ אַהֲנֵי מַעֲשָׂיו דְּמִשֶּׁחֲתָכוֹ לָא גָּרִיר בָּתַר הַמֵּת וּכְשֶׁיּוֹצִיאוּ הַמֵּת מִן הַבַּיִת וְיִשָּׁאֵר כַּזַּיִת זֶה יִטְמָא כָּל הַבַּיִת וְנִמְצָא שֶׁעַתָּה בְּהוֹצָאָה זוֹ הוּא גּוֹרֵם טָהֳרָה:
Et ce que nous avons appris patour, c'est qu'il a sorti un demi-kezayit d'un grand mort : de même, il aurait pu l'expliquer d'un cas où il n'y a qu'un demi-kezayit en tout ; mais il préfère répondre par un demi-kezayit d'un grand mort, qui est une plus grande nouveauté, car s'il n'y a en tout qu'un demi-kezayit, il est évident qu'il est patour. Et cela vaut précisément pour un demi-kezayit ; mais un kezayit (sorti) d'un grand mort, il est hayav : bien que, si l'on retirait un autre kezayit, l'impureté ne partirait pas, son acte a néanmoins servi. Car une fois coupé, (ce morceau) ne suit plus le mort ; quand on sortira le mort de la maison et que ce kezayit restera, il rendrait impure toute la maison ; il se trouve donc que maintenant, par cette sortie, il cause la pureté.
מִמֵּת גָּדוֹל לָאו דַּווְקָא גָּדוֹל אֶלָּא כְּלוֹמַר מב' זֵיתִים אוֹ ג':
D'un grand mort : pas précisément grand, mais c'est-à-dire de deux ou trois kezeitim.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' וְאִם הוֹצִיא אָדָם כָּפוּת בְּשַׁבָּת חַיָּיב: הַהוּא שִׁיכְבָא דַּהֲוָה בִּדְיֻוקְרַת שְׁרָא לְהוּ רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק לְאַפּוֹקֵיהּ לְכַרְמְלִית. אֲמַר לֵיהּ ר' יוֹחָנָן חָנָן אֲחוּהּ דְּמָר בְּרֵיהּ דְּרַבְנָא לָרַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק כְּמַאן כְּר' שִׁמְעוֹן אֵימוֹר דְּאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן דְּפָטוּר מֵחַטָּאת אִיסּוּרָא דְּרַבָּנָן מִיהָא אִיכָּא. אֲמַר לֵיהּ הָאֱ-לֹהִים דְּעָייְלַתְּ בַּיִת אַתְּ וַאֲפִילּוּ לְרַבִּי יְהוּדָה שְׁרֵי מִי קָאָמֵינָא לרה"ר לְכַרְמְלִית קָאָמֵינָא גָּדוֹל כְּבוֹד הַבְּרִיּוֹת שֶׁדּוֹחֶה אֶת לֹא תַעֲשֶׂה שֶׁבַּתּוֹרָה:
Guemara. Et si quelqu'un sort (un homme) ligoté le Chabbat, il est hayav. Il y avait un mort à Diokeret ; Rav Nahman bar Yitshak leur permit de le sortir dans une karmelit. R. Yo'hanan Hanan, frère de Mar fils de Ravana, dit à Rav Nahman bar Yitshak : selon qui ? Selon R. Chimon ? Admettons que R. Chimon ait dit qu'il est exempt du hatat ; il reste au moins un interdit rabbinique. Il lui répondit : Par D.ieu ! Es-tu entré dans la maison (du sujet) ? Même selon R. Yehouda c'est permis. Ai-je dit au domaine public ? J'ai dit à une karmelit. Grande est la dignité des créatures, qui repousse un lo ta'asse de la Torah.
💡 Explication

La michna précédente rend hayav pour la sortie d'un kezayit de mort (mesure qui transmet l'impureté). Une baraita rend hayav pour un demi-kezayit. Rav Chechet concilie : la baraita parle d'un demi-kezayit pris sur un kezayit (le reste n'impurifie plus : l'acte produit un effet réel) ; la michna, d'un demi-kezayit pris sur un kezayit et demi (il reste un kezayit). La michna confirme ainsi sa position.

Rav Nahman rend hayav dans les deux cas, conformément à son principe ahani ma'asav, et réserve l'exemption au demi-kezayit pris sur un grand mort, où l'acte n'a aucun effet. Le Roch place ici l'histoire du mort de Derokeret (voir segment 1).

🖼️ Schéma
Sortir un demi-kezayit de mort : deux lecturesOn sort 1/2 kezayit de...Rav ChechetRav Nahman1 kezayitle reste perd la mesurehayavhayav1 kezayit et demiil reste 1 kezayitpatourhayavun grand mortl'acte ne change rienpatourpatourLa baraita (hayav) et la michna (patour) sont réparties différemment par chacun
Michna (patour) et baraita (hayav) : chaque Amora les répartit selon son principe.
5
מַתְנִי׳ הַנּוֹטֵל צִפָּרְנָיו זוֹ בָּזוֹ, אוֹ בְּשִׁינָּיו, וְכֵן שְׂעָרוֹ, וְכֵן שְׂפָמוֹ, וְכֵן זְקָנוֹ, וְכֵן הֲגֻודַּלְתְּ, וְכֵן הַכּוֹחֶלֶת, וְכֵן הַפּוֹקֶסֶת — רַבִּי אֱלִיעֶזֶר מְחַיֵּיב, וַחֲכָמִים אוֹסְרִין מִשּׁוּם שְׁבוּת.

Michna. Celui qui enlève ses ongles l'un par l'autre, ou avec ses dents, et de même ses cheveux, et de même sa moustache, et de même sa barbe ; et de même celle qui tresse, celle qui se farde les yeux, celle qui fait la pokesset : R.

Eliezer rend hayav, et les Hakhamim interdisent au titre de chevout (interdit rabbinique).

📜 Rachi (5)
מַתְנֵי' וְכֵן שְׂעָרוֹ תּוֹלֵשׁ שְׂעַר רֹאשׁוֹ בְּיָדָיו:
Michna. Et de même ses cheveux : il arrache les cheveux de sa tête à la main.
וְכֵן הֲגֻודַּלְתְּ שְׂעָרָהּ:
Et de même celle qui tresse : ses cheveux.
וְכֵן הַכּוֹחֶלֶת עֵינֶיהָ:
Et de même celle qui se farde : ses yeux.
וְכֵן הַפּוֹקֶסֶת יֵשׁ מֵרַבּוֹתַי אוֹמְרִים מְתַקֶּנֶת שְׂעָרָהּ בְּמַסְרֵק אוֹ בְּיָדִי' וְיֵשׁ שֶׁמְּפָרְשִׁין טָחָה כְּמִין בָּצֵק עַל פָּנֶיהָ וּכְשֶׁנּוֹטְלוֹ מַאְדִּים הַבָּשָׂר:
Et de même celle qui fait la pokesset : certains de mes maîtres disent : elle arrange ses cheveux avec un peigne ou à la main ; d'autres expliquent : elle étale une sorte de pâte sur son visage, et quand elle l'enlève, la chair rougit.
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר מְחַיֵּיב בְּכֻולָּם חַטָּאת וַחֲכָמִים אוֹסְרִין מִשּׁוּם שְׁבוּת וְטַעֲמָא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא מִשּׁוּם מַאי מִיחַייַּב:
R. Eliezer rend hayav : dans tous ces cas, un hatat ; et les Hakhamim interdisent au titre de chevout. La raison de R. Eliezer, (c'est-à-dire) pour quelle (melakha) il rend hayav, est expliquée dans la Guemara.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' הַנּוֹטֵל צִפָּרְנָיו זוֹ בָּזוֹ אוֹ בְּשִׁינָּיו וְכֵן שְׂעָרוֹ וְכֵן שְׂפָמוֹ וְכֵן זְקָנוֹ וְכֵן הַגּוֹדֶלֶת וְכֵן הַכּוֹחֶלֶת וְכֵן הַפּוֹקֶסֶת רַבִּי אֱלִיעֶזֶר מְחַיֵּיב וַחֲכָמִים אוֹסְרִין מִשּׁוּם שְׁבוּת הַתּוֹלֵשׁ מֵעָצִיץ נָקוּב חַיָּיב מִשֶּׁאֵינוֹ נָקוּב פָּטוּר רַבִּי שִׁמְעוֹן פּוֹטֵר בָּזֶה וּבָזֶה:
Michna. Celui qui enlève ses ongles l'un par l'autre ou avec ses dents, et de même ses cheveux, sa moustache, sa barbe, et de même celle qui tresse, celle qui se farde les yeux, celle qui fait la pokesset : R. Eliezer rend hayav et les Hakhamim interdisent au titre de chevout. Celui qui arrache (une plante) d'un pot percé est hayav ; d'un (pot) non percé, il est patour. R. Chimon exempte dans l'un et l'autre cas.
💡 Explication

Couper (gozez, tondre) figure parmi les 39 melakhot. La michna traite de celui qui enlève ongles ou poils sans instrument. Pour R. Eliezer, c'est une melakha de la Torah ; pour les Hakhamim, la manière inhabituelle la ramène à un chevout, interdit rabbinique.

La même mahloket vaut pour trois soins féminins : la tresse, le fard des yeux (kohelet), et la pokesset, dont Rachi rapporte deux explications. La Guemara précisera à quelle melakha chacun est rattaché.

6
גְּמָ׳ אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מַחֲלֹוקֶת בַּיָּד, אֲבָל בִּכְלִי — חַיָּיב. פְּשִׁיטָא, ״זוֹ בְּזוֹ״ תְּנַן! מַהוּ דְתֵימָא: רַבָּנַן בִּכְלִי נָמֵי פָּטְרִי, וְהָא דְּקָתָנֵי ״זוֹ בְּזוֹ״ — לְהוֹדִיעֲךָ כֹּחוֹ דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר, קָא מַשְׁמָע לַן.

Guemara. R.

Elazar dit : la mahloket porte sur (l'enlèvement) à la main ; mais avec un instrument, (tous disent) il est hayav. C'est évident : nous avons appris l'un par l'autre !

On aurait pu dire que les Hakhamim exemptent aussi avec un instrument, et que (la michna) enseigne l'un par l'autre pour te faire connaître la force de (la position de) R. Eliezer ; il nous enseigne (que non).

📜 Rachi (2)
גמ' מַחֲלֹוקֶת בְּיַד בְּהָא שֶׁנּוֹטְלָן בְּיָדוֹ וְלֹא בִּכְלִי הוּא דְּפָטְרִי רַבָּנָן שֶׁאֵין דֶּרֶךְ גְּזִיזָה בְּכָךְ בְּחוֹל:
Guemara. La mahloket porte sur (l'enlèvement) à la main : c'est là, quand il les enlève à la main et non avec un instrument, que les Hakhamim exemptent, car ce n'est pas la manière de couper en semaine.
מַהוּ דְתֵימָא בִּכְלִי נָמֵי פָּטְרִי רַבָּנָן דְּאֵין כָּאן מִשּׁוּם גּוֹזֵז דְּלָא שַׁיָּיךְ אֶלָּא בְּצֶמֶר בְּהֵמָה:
On aurait pu dire que les Hakhamim exemptent aussi avec un instrument : car il n'y a pas ici (la melakha) de tondre, qui ne s'applique qu'à la laine d'un animal.
🗂️ Tossefot (1)
אֲבָל בִּכְלִי ד"ה חַיָּיב הַייְנוּ כְּרַבִּי יְהוּדָה דִּמְחַייֵּב בִּמְלָאכָה שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה לְגוּפָהּ וא"ת וְדִילְמָא רַבָּנָן כר"ש סְבִירָא לְהוּ וּמְנָא לֵיהּ דְּמִחַייַּב בִּכְלִי וְיֵשׁ לוֹמַר דא"כ לִיפְלְגִי בִּכְלִי לְהוֹדִיעֲךָ כֹּחָן דְּרַבָּנָן וְהָא דְּקָאָמַר מַהוּ דְּתֵימָא רַבָּנַן בִּכְלִי נָמֵי פָּטְרִי הַיְינוּ פֵּירוּשׁוֹ דס"ל כר"ש וְכִדְפָרֵישִׁית אֲבָל רַשִׁ"י פֵּירֵשׁ דְּפָטְרִי מִשּׁוּם דְּלָא שַׁייְכָא גְּזִיזָה אֶלָּא בְּצֶמֶר וְאֵין נִרְאֶה לר"י דִּבְהָא לֵיכָּא לְמִיטְעֵי דִּבְכָל בַּעֲלֵי חַיִּים שַׁייְכָא גְּזִיזָה כִּדְאָמַר לְעֵיל הַתּוֹלֵשׁ כָּנָף חַיָּיב מִשּׁוּם גּוֹזֵז:
Mais avec un instrument, tous disent qu'il est hayav : c'est selon R. Yehouda, qui rend hayav pour une melakha she-einah tsrikha legoufah. Et si tu dis : peut-être les Hakhamim pensent-ils comme R. Chimon ; d'où (R. Elazar) sait-il qu'ils rendent hayav avec un instrument ? On peut répondre : s'il en était ainsi, qu'ils débattent sur (le cas de) l'instrument, pour te faire connaître la force (de la position) des Hakhamim. Et ce qu'il dit : on aurait pu dire que les Hakhamim exemptent aussi avec un instrument, s'explique ainsi : qu'ils pensent comme R. Chimon, comme je l'ai expliqué. Mais Rachi a expliqué qu'ils exemptent parce que (la melakha de) couper ne s'applique qu'à la laine ; et cela ne paraît pas juste au Ri, car sur ce point il n'y a pas lieu de se tromper : la tonte s'applique à tout être vivant, comme il est dit plus haut : celui qui arrache une plume est hayav au titre de tondre.
💡 Explication

Première précision de R. Elazar : la mahloket se limite à l'enlèvement à la main, manière inhabituelle. Avec un keli (ciseaux), tous rendent hayav.

Pourquoi l'enseigner, puisque la michna dit déjà l'un par l'autre ? On aurait pu croire que ce détail servait seulement à montrer jusqu'où va R. Eliezer (lehodi'akh koho). Rachi explique l'hypothèse par l'idée que tondre ne concerne que la laine. Tossefot la comprend autrement : les Hakhamim auraient pu suivre R. Chimon (la coupe d'ongles serait une melakha she-einah tsrikha legoufah). R. Elazar établit qu'ils suivent R. Yehouda.

7
וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מַחֲלֹוקֶת לְעַצְמוֹ, אֲבָל לַחֲבֵירוֹ — דִּבְרֵי הַכֹּל פָּטוּר. פְּשִׁיטָא, ״צִפָּרְנָיו״, תְּנַן! מַהוּ דְּתֵימָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר לַחֲבֵירוֹ נָמֵי מְחַייַּב, וְהָא דְּקָתָנֵי ״צִפָּרְנָיו״ לְהוֹדִיעֲךָ כֹּחָן דְּרַבָּנָן, קָא מַשְׁמָע לַן.

Et R. Elazar dit : la mahloket porte sur (celui qui le fait) pour lui-même ; mais pour autrui, tous disent qu'il est patour.

C'est évident : nous avons appris ses ongles ! On aurait pu dire que R.

Eliezer rend hayav aussi pour autrui, et que (la michna) enseigne ses ongles pour te faire connaître la force (de la position) des Hakhamim ; il nous enseigne (que non).

📜 Rachi (3)
מַחֲלֹוקֶת לְעַצְמוֹ בְּהָא הוּא דִּמְחַייֵּב ר' אֱלִיעֶזֶר שֶׁיָּכוֹל לְאַמֵּן יָדוֹ לְעַצְמוֹ לְתַקְּנוֹ בְּלֹא כְּלִי:
La mahloket porte sur (celui qui le fait) pour lui-même : c'est là que R. Eliezer rend hayav, car on peut exercer sa main pour soi-même à les arranger sans instrument.
אֲבָל לַחֲבֵרוֹ אֵין יָכוֹל לְאַמֵּן אֶת יָדוֹ לִיטֹּול יָפֶה בְּלִי כְּלִי:
Mais pour autrui : on ne peut pas exercer sa main à les enlever proprement sans instrument.
פְּשִׁיטָא צִפָּרְנָיו תְּנַן שֶׁל עַצְמוֹ:
C'est évident, nous avons appris ses ongles : (les ongles) de lui-même.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר מַחֲלֹוקֶת בַּיָּד אֲבָל בִּכְלִי ד"ה חַיָּיב. וְאָמַר ר' אֶלְעָזָר מַחֲלֹוקֶת לְעַצְמוֹ אֲבָל לַחֲבֵירוֹ ד"ה פָּטוּר וְכֵן שְׂעָרוֹ תַּנָּא הַנּוֹטֵל מָלֵא פִּי הַזּוּג בְּשַׁבָּת חַייָּב וְכַמָּה מָלֵא פִּי הַזּוּג שְׁתַּיִם ר' אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר. אַחַת. וּמוֹדִים חֲכָמִים לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בִּמְלַקֵּט לְבָנוֹת מִתּוֹךְ שְׁחוֹרוֹת שֶׁאֲפִילּוּ אַחַת חַייָּב וְדָבָר זֶה אֲפִילּוּ בְּחוֹל אָסוּר מִשּׁוּם לֹא יִלְבַּשׁ גֶּבֶר שִׂמְלַת אִשָּׁה. תַּנְיָא רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר צִיפֹּורֶן שֶׁפֵּירֵשׁ רֻובּוֹ וְצִיצִין שֶׁפֵּירְשׁוּ רֻובָּן בַּיָּד מֻותָּר בִּכְלִי פָּטוּר אֲבָל אָסוּר. לֹא פֵּירְשׁוּ רֻובָּן בַּיָּד פָּטוּר אֲבָל אָסוּר בִּכְלִי חַייָּב חַטָּאת אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן וְהוּא שֶׁפֵּירְשׁוּ כְּלַפֵּי מַעְלָה וּמְצַעֲרוֹת אוֹתוֹ רַשִׁ"י פֵּירֵשׁ כְּלַפֵּי מַעְלָה כְּלַפֵּי רֹאשׁ הָאֶצְבַּע ור"ת זַ"ל פֵּירֵשׁ שֶׁפֵּירְשׁוּ כְּלַפֵּי הַיָּד וְהַייְנוּ לְמַעְלָה שֶׁהוּא כְּלַפֵּי הַגּוּף וְכֵן מוֹכַח לְקַמָּן גַּבֵּי מִילָה אָמַר רַב יְהוּדָה הֲלָכָה כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר. אַמֵּימָר שְׁרָא זִילְחָא בְּמָחוֹזָא פֵּירוּשׁ הִתִּיר רִיבּוּץ הַבַּיִת בְּמָחוֹזָא שֶׁהָיוּ קַרְקָעוֹת שֶׁלָּהֶן מְרֻוצָּפוֹת בְּשַׁייִשׁ אָמַר מַאי טַעְמָא אָסְרוּ רַבָּנָן מִשּׁוּם דִּלְמָא אָתֵי לְאַשְׁוֹיֵי גֻּומּוֹת הָכָא לֵיכָּא גֻּומּוֹת. רַבָּה תּוֹסְפָאָה אַשִּׁכְחֵיהּ לְרָבִינָא דְּקָמִצְטַעַר מֵהַבְלָא וְאָמְרִי לַהּ מָר קַשִּׁישָׁא בְּרֵיהּ דְּרָבָא אַשְׁכְּחֵיהּ לָרַב אָשֵׁי דְּקָמִצְטַעַר מֵהַבְלָא אֲמַר לֵיהּ לָא סָבַר לַהּ מָר לְהָא דְּתַנְיָא הָרוֹצֶה לְרַבֵּץ בֵּיתוֹ מֵבִיא עֲרֵיבָה מְלֵיאָה מַיִם וְרוֹחֵץ בָּהּ פָּנָיו בְּזָוִית זוֹ וְיָדָיו בְּזָוִית זוֹ וְרַגְלָיו בְּזָוִית זוֹ נִמְצָא הַבַּיִת מִתְרַבֵּץ מֵאֵלָיו אֲמַר לֵיהּ לָאו אַדַּעְתַּאי. תַּנְיָא אִשָּׁה חֲכָמָה מְרַבֶּצֶת בֵּיתָהּ בְּשַׁבָּת וְהָאִידָּנָא דִּסְבִירָא לַן כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן אֲפִילּוּ לְכַתְּחִלָּה שָׁרִי. בַּעַל ה"ג כָּתַב דְּכִיבּוּד נָמֵי מֻותָּר מֵהַאי טַעְמָא וַאֲפִילּוּ בִּדְהוּצֵי. וְלָא נְהִירָא דְּאָמַר לְקַמָּן בְּפֶרֶק כָּל הַכֵּלִים (שַׁבָּת דַּף קכד:) רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר אַף בְּשֶׁל תְּמָרָה פִּי' אַף מַכְבְּדוֹת שֶׁל תְּמָרָה מֻותָּר לְטַלְטְלָן בְּשַׁבָּת וּפָרִיךְ אִי מֵחַמָּה לַצֵּל בְּהָא לֵימָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אַף בְּשֶׁל תְּמָרָה. מַשְׁמַע דִּפְשִׁיטָא לֵיהּ לְהַשַּׁ"ס דְּלֵיכָּא מַאן דְּשָׁרֵי מַכְבְּדוֹת שֶׁל תְּמָרָה וַאֲפִילּוּ רַבִּי שִׁמְעוֹן מוֹדֶה כְּדִמְפָרְשִׁי' לְעֵיל בְּפֶרֶק בַּמֶּה מַדְלִיקִין דְּאִי שָׁרִי לְכַבֵּד הָוֵי דָּבָר שֶׁמְּלַאכְתּוֹ לְהֶיתֵּר אֶלָּא וַדַּאי לכ"ע כִּיבּוּד אָסוּר מִפְּנֵי שֶׁמֵּזִיז עָפָר מִמְּקוֹמוֹ וְלָא שָׁרֵינַן הָכָא אַלִּיבָּא דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן אֶלָּא מִרְבָּץ: הַדְרָן עֲלָךְ הַמַּצְנִיעַ
Guemara. R. Elazar dit : la mahloket porte sur (l'enlèvement) à la main, mais avec un instrument tous disent qu'il est hayav. Et R. Elazar dit : la mahloket porte sur (celui qui le fait) pour lui-même, mais pour autrui tous disent qu'il est patour. Et de même ses cheveux : il est enseigné : celui qui enlève de quoi remplir la bouche des ciseaux le Chabbat est hayav. Et combien est-ce, de quoi remplir la bouche des ciseaux ? Deux (poils). R. Eliezer dit : un. Et les Hakhamim reconnaissent à R. Eliezer que celui qui arrache des (poils) blancs parmi des noirs, même un seul, est hayav ; et cela est interdit même en semaine, au titre de : un homme ne portera pas un vêtement de femme. Il est enseigné : R. Chimon ben Elazar dit : un ongle dont la majeure partie s'est détachée, et des petites peaux dont la majeure partie s'est détachée, à la main c'est permis, avec un instrument il est patour mais c'est interdit ; si la majeure partie ne s'est pas détachée, à la main il est patour mais c'est interdit, avec un instrument il est passible d'un hatat. Rabba bar bar Hana dit au nom de R. Yo'hanan : à condition qu'elles se soient détachées vers le haut et qu'elles le fassent souffrir. Rachi a expliqué : vers le haut, vers le bout du doigt ; et Rabbenou Tam, de mémoire bénie, a expliqué : qu'elles se soient détachées vers la main, et c'est cela le haut, car c'est vers le corps ; et c'est ce qui ressort plus loin à propos de la mila. Rav Yehouda dit : la halakha est comme R. Chimon ben Elazar. Amemar a permis zilha (d'asperger) à Mahouza, c'est-à-dire il a permis d'asperger (le sol de) la maison à Mahouza, car leurs sols étaient dallés de marbre. Il dit : pourquoi les Sages l'ont-ils interdit ? De peur qu'on en vienne à égaliser des creux ; ici il n'y a pas de creux. Rabba Tosfa'a trouva Ravina qui souffrait de la chaleur, et certains disent : Mar Kachicha fils de Rava trouva Rav Achi qui souffrait de la chaleur. Il lui dit : le maître n'est-il pas d'accord avec cette baraita : celui qui veut asperger sa maison apporte un bassin plein d'eau, se lave le visage dans un coin, les mains dans un autre coin et les pieds dans un autre coin, et la maison se trouve aspergée d'elle-même ? Il lui répondit : je n'y avais pas pensé. Il est enseigné : une femme avisée asperge sa maison le Chabbat. Et aujourd'hui, où nous tenons comme R. Chimon, c'est permis même à priori. Le Baal Halakhot Guedolot a écrit que balayer est aussi permis pour la même raison, même avec des (balais de) palmier. Cela ne paraît pas juste, car il est dit plus loin au chapitre Kol ha-kelim (Chabbat 124b) : R. Eliezer dit : même celui (le balai) de palmier ; c'est-à-dire même les balais de palmier, il est permis de les déplacer le Chabbat. Et (la Guemara) objecte : si c'est (pour les déplacer) du soleil à l'ombre, R. Eliezer dirait-il ici : même celui de palmier ? Il en ressort qu'il est évident pour le Talmud que personne ne permet les balais de palmier, et que même R. Chimon le reconnaît, comme nous l'avons expliqué plus haut au chapitre Bameh madlikin : car si balayer était permis, ce serait un objet dont l'usage est permis. Il est donc certain que, selon tous, balayer est interdit parce qu'on déplace la terre de sa place ; et ici, selon R. Chimon, nous ne permettons que d'asperger. Nous reviendrons à toi, (chapitre) Ha-matsni'a.
💡 Explication

Deuxième précision de R. Elazar : R. Eliezer ne rend hayav que celui qui coupe ses propres ongles. Selon Rachi, on peut acquérir l'adresse de bien le faire sans instrument sur soi-même, et non sur autrui ; sur autrui, l'acte reste une manière inhabituelle, et tous exemptent.

Le long passage du Roch résume la halakha de la sougya et ajoute la question d'asperger le sol le Chabbat : permis selon R. Chimon (davar she-eino mitkaven), alors que balayer reste interdit pour tous.

8
וְכֵן שְׂעָרוֹ כו׳. תַּנָּא: הַנּוֹטֵל מְלֹא פִּי הַזּוּג — חַייָּב. וְכַמָּה מָלֵא פִּי הַזּוּג? אָמַר רַב יְהוּדָה: שְׁתַּיִם. וְהָתַנְיָא: וּלְקָרְחָה שְׁתַּיִם! אֵימָא: וְכֵן לְקָרְחָה שְׁתַּיִם.

Et de même ses cheveux, etc. Il est enseigné : celui qui enlève de quoi remplir la bouche des ciseaux est hayav.

Et combien est-ce, de quoi remplir la bouche des ciseaux ? Rav Yehouda dit : deux (poils).

Mais il est enseigné : et pour la calvitie (korha), deux ! Dis : et de même pour la calvitie, deux.

📜 Rachi (3)
הַנּוֹטֵל מְלֹא פִּי הַזּוּג מָלֵא רֹאשׁ הַמְסַפְּרִים:
Celui qui enlève de quoi remplir la bouche des ciseaux : de quoi remplir l'extrémité des ciseaux.
חַיָּיב בְּשַׁבָּת לְרַבָּנָן בִּכְלִי לְר' אֱלִיעֶזֶר אַף בַּיָּד וְזֶהוּ שִׁיעוּרוֹ:
Hayav : le Chabbat ; selon les Hakhamim avec un instrument, selon R. Eliezer même à la main ; et c'est sa mesure.
וְהָא תַּנְיָא בְּהַהִיא בָּרַייְתָא בְּסֵיפָא וּלְקָרְחָה שֶׁהִזְהִירָה תּוֹרָה לֹא תָּשִׂימוּ קָרְחָה (דְּבָרִים י״ד:א׳) שְׁתַּיִם הָוֵי קָרְחָה מִכְּלָל דְּפִי הַזּוּג לָאו ב' שְׂעָרוֹת נִינְהוּ:
Mais il est enseigné : dans cette même baraita, à la fin : et pour la calvitie, que la Torah a interdite (vous ne ferez pas de calvitie, Devarim 14,1), deux (poils) font une calvitie. Il en ressort que la bouche des ciseaux n'est pas deux poils.
💡 Explication

La mesure (chiour) de la melakha de tondre est mélo pi ha-zoug : ce que saisit la pointe des ciseaux. Rav Yehouda la fixe à deux poils.

L'objection vient de la suite de la baraita, qui semble donner une autre mesure pour l'interdit de la korha (s'arracher les cheveux en signe de deuil). La réponse relit le texte : et de même pour la korha, deux ; une seule mesure vaut pour les deux interdits.

9
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: הַנּוֹטֵל מְלֹא פִּי הַזּוּג בְּשַׁבָּת — חַייָּב. וְכַמָּה מָלֵא פִּי הַזּוּג — שְׁתַּיִם. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: אַחַת, וּמוֹדִים חֲכָמִים לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בִּמְלַקֵּט לְבָנוֹת מִתּוֹךְ שְׁחוֹרוֹת, שֶׁאֲפִילּוּ אַחַת חַייָּב. וְדָבָר זֶה אַף בַּחוֹל אָסוּר, מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר: ״לֹא יִלְבַּשׁ גֶּבֶר שִׂמְלַת אִשָּׁה״.

C'est aussi enseigné ainsi : celui qui enlève de quoi remplir la bouche des ciseaux le Chabbat est hayav. Et combien est-ce, de quoi remplir la bouche des ciseaux ?

Deux. R.

Eliezer dit : un. Et les Hakhamim reconnaissent à R.

Eliezer que celui qui arrache des (poils) blancs parmi des noirs est hayav même pour un seul. Et cela est interdit même en semaine, car il est dit : un homme ne portera pas un vêtement de femme (Devarim 22,5).

📜 Rachi (4)
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי כְּרַב יְהוּדָה דְּאָמַר שְׁתַּיִם:
C'est aussi enseigné ainsi : comme Rav Yehouda, qui a dit deux.
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר בְּאַחַת הוּא חַייָּב וְלָא בָּעֵינַן מָלֵא פִּי הַזּוּג:
R. Eliezer dit : il est hayav pour un seul, et il n'est pas requis de quoi remplir la bouche des ciseaux.
אַחַת חַיָּיב שֶׁבְּאַחַת הוּא מַקְפִּיד שֶׁלֹּא יְהֵא נִרְאֶה כְּזָקֵן:
Même un seul, il est hayav : car il tient à ce seul (poil), pour ne pas paraître vieux.
שִׂמְלַת אִשָּׁה וְדֶרֶךְ הַנָּשִׁים לְהַקְפִּיד עַל כָּךְ וּלְהִתְנָאוֹת:
Un vêtement de femme : il est dans l'usage des femmes d'y tenir et de s'embellir.
💡 Explication

La baraita confirme Rav Yehouda : deux poils. R. Eliezer rend hayav dès un poil.

Les Hakhamim lui concèdent le cas de celui qui choisit les poils blancs parmi les noirs : un seul poil compte pour lui, puisqu'il le vise. En semaine, ce soin est interdit à l'homme au titre de lo yilbach guever simlat icha, qui inclut les gestes d'embellissement propres aux femmes.

10
תַּנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר: צִפֹּורֶן שֶׁפֵּירַשׁ רֻובָּהּ, וְצִיצִין שֶׁפָּרְשׁוּ רֻובָּן, בַּיָּד — מֻותָּר, בִּכְלִי — חַיָּיב חַטָּאת. מִי אִיכָּא מִידֵּי דְּבִכְלִי חַייָּב חַטָּאת, וּבַיָּד מֻותָּר לְכַתְּחִלָּה?! הָכִי קָאָמַר: פֵּירְשׁוּ רֻובָּן, בַּיָּד — מֻותָּר, בִּכְלִי — פָּטוּר אֲבָל אָסוּר. לֹא פֵּירְשׁוּ רֻובָּן, בַּיָּד — פָּטוּר אֲבָל אָסוּר, בִּכְלִי — חַייָּב חַטָּאת. אָמַר רַב יְהוּדָה: הֲלָכָה כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר. אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: וְהוּא שֶׁפֵּרְשׁוּ כְּלַפֵּי מַעְלָה וּמְצַעֲרוֹת אוֹתוֹ.

Il est enseigné : R. Chimon ben Elazar dit : un ongle dont la majeure partie s'est détachée, et des petites peaux (tsitsin) dont la majeure partie s'est détachée : à la main, c'est permis ; avec un instrument, il est passible d'un hatat.

Y a-t-il une chose où, avec un instrument, on est passible d'un hatat, et à la main c'est permis à priori ? Voici ce qu'il dit : si la majeure partie s'est détachée, à la main c'est permis, avec un instrument il est patour mais c'est interdit ; si la majeure partie ne s'est pas détachée, à la main il est patour mais c'est interdit, avec un instrument il est passible d'un hatat.

Rav Yehouda dit : la halakha est comme R. Chimon ben Elazar.

Rabba bar bar Hana dit au nom de R. Yo'hanan : à condition qu'elles se soient détachées vers le haut et qu'elles le fassent souffrir.

📜 Rachi (4)
צִיצִין כְּמִין רְצוּעוֹת דַּקּוֹת הַפּוֹרְשׁוֹת מֵעוֹר הָאֶצְבַּע סָבִיב הַצִּפֹּורֶן:
Tsitsin : sortes de fines lanières qui se détachent de la peau du doigt autour de l'ongle.
שֶׁפֵּירְשׁוּ רֻובָּן קְרוֹבִין לִינָּתֵק:
Dont la majeure partie s'est détachée : proches de se détacher.
מִי אִיכָּא מִידִי כוּ' כֵּיוָן דְּבִכְלִי חַייָּב חַטָּאת בַּיָּד אִיכָּא שְׁבוּת גְּזֵירָה אַטּוּ כְּלִי:
Y a-t-il une chose, etc. : puisqu'avec un instrument on est passible d'un hatat, à la main il y a un chevout, par décret à cause de l'instrument.
כְּלַפֵּי מַעְלָה לְצַד הַצִּפֹּורֶן הִתְחִילוּ לִפְרֹושׁ דְּקָא מְצַעֲרוֹ לֵיהּ טְפֵי:
Vers le haut : elles ont commencé à se détacher du côté de l'ongle, et cela le fait davantage souffrir.
🗂️ Tossefot (1)
וְהוּא שֶׁפֵּירְשׁוּ כְּלַפֵּי מַעְלָה פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס כְּנֶגֶד רָאשֵׁי אֶצְבְּעוֹתָיו שֶׁהֵן לְמַעְלָה כְּשֶׁמַּגְבִּיהַּ יָדָיו ור"ת מְפָרֵשׁ שֶׁכְּלַפֵּי גּוּף קָרֵי כְּלַפֵּי מַעְלָה כִּדְאַשְׁכְּחַן בפ"ב דְּנִדָּה (דַּף יג:) דְּקָאָמַר מִן הָעֲטָרָה וּלְמַעְלָה וְהָתָם הַיְינוּ לְצַד הַגּוּף:
À condition qu'elles se soient détachées vers le haut : Rachi a expliqué : vers le bout des doigts, qui sont en haut quand on lève les mains. Et Rabbenou Tam explique qu'on appelle vers le haut (ce qui est) vers le corps, comme nous le trouvons au deuxième chapitre de Nidda (13b), où il est dit : de la couronne et vers le haut, et là il s'agit du côté du corps.
💡 Explication

La Guemara refuse la lecture littérale : si l'instrument rend hayav, la main devrait au moins être interdite par chevout (décret à cause de l'instrument). D'où la relecture en quatre cas, selon que la majeure partie (rov) est détachée ou non, et selon l'instrument.

La halakha suit R. Chimon ben Elazar. R. Yo'hanan limite la permission au cas où le détachement se fait kelapei ma'ala et fait souffrir : la souffrance justifie la levée du chevout. Rachi et Rabbenou Tam diffèrent sur le sens de vers le haut.

🖼️ Schéma
R. Chimon ben Elazar : ongle ou peau à demi détachésPar la mainAvec un instrument (keli)La majeure partieest détachéeLa majeure partietient encorepermis (moutar)patour mais interditpatour mais interdithayav hatatHalakhacomme R. Chimonben Elazar(Rav Yehouda)Condition (R. Yo'hanan) : détaché vers le haut et douloureuxvers le bout du doigt (Rachi) ou vers le corps (Rabbenou Tam)
Les quatre cas de R. Chimon ben Elazar après la relecture de la Guemara.
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וְכֵן הֲגֻודַּלְתְּ כו׳. גֻּודַּלְתְּ, כּוֹחֶלֶת וּפוֹקֶסֶת מִשּׁוּם מַאי מְחַייְּבָא? אָמַר רַבִּי אָבִין, אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: גֻּודַּלְתְּ — מִשּׁוּם אוֹרֶגֶת, כּוֹחֶלֶת — מִשּׁוּם כּוֹתֶבֶת, פּוֹקֶסֶת — מִשּׁוּם טוֹוָה. אֲמַרוּ רַבָּנַן קַמֵּיהּ דְּרַבִּי אֲבָהוּ: וְכִי דֶרֶךְ אֲרִיגָה בְּכָךְ, וְכִי דֶרֶךְ כְּתִיבָה בְּכָךְ, וְכִי דֶרֶךְ טְוִיָּה בְּכָךְ?! אֶלָּא אָמַר רַבִּי אֲבָהוּ: לְדִידִי מִפָּרְשָׁא לִי מִינֵּיהּ דְּרַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא,

Et de même celle qui tresse, etc. Celle qui tresse, celle qui se farde les yeux et celle qui fait la pokesset, pour quelle (melakha) sont-elles hayavot ?

R. Avin dit au nom de R.

Yossi fils de R. Hanina : celle qui tresse, au titre de tisser ; celle qui se farde les yeux, au titre d'écrire ; celle qui fait la pokesset, au titre de filer.

Les Sages dirent devant R. Abahou : est-ce là la manière de tisser ? est-ce là la manière d'écrire ? est-ce là la manière de filer ?

R. Abahou dit alors : cela m'a été expliqué par R.

Yossi fils de R. Hanina lui-même,

📜 Rachi (2)
מִשּׁוּם כּוֹתֶבֶת שֶׁמּוֹלִיכָהּ מִכְחוֹל סְבִיב הָעַיִן כְּאָדָם הַמּוֹלִיךְ קוּלְמוֹס סְבִיב הָאוֹת:
Au titre d'écrire : car elle fait passer le pinceau autour de l'œil, comme un homme qui fait passer le calame autour de la lettre.
טוֹוֶה שֶׁמְּתַקֶּנֶת שְׂעָרָהּ בֵּין אֶצְבְּעוֹתֶיהָ וּפוֹשַׁטְתּוֹ כְּשֶׁהוּא נִכְרָךְ וְלָשׁוֹן הַשֵּׁנִי עוֹשֶׂה מֵאוֹתוֹ בָּצֵק כְּמִין חוּט:
Filer : car elle arrange ses cheveux entre ses doigts et les étire quand ils sont enroulés. Autre explication : elle fait de cette pâte une sorte de fil.
🗂️ Tossefot (2)
פּוֹקֶסֶת מַה שֶׁפֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס פּוֹקֶסֶת הַייְנוּ סוֹרֶקֶת בַּיָּד אוֹ בְּמַסְרֵק אֵין נִרְאֶה דְּבַגְּמָרָא מַשְׁמַע דְּהָוֵי כְּעֵין טְוִויָּה וּסְרִיקָה אֵינָהּ כְּעֵין טְווִיָּה כְּלָל וְעוֹד דְּא"כ הָיָה שׁוֹנֶה סוֹרֶקֶת כְּדִתְנַן (נָזִיר דַּף מב.) נָזִיר חוֹפֵף וּמְפַסְפֵּס אֲבָל לֹא סוֹרֵק:
Pokesset : ce que Rachi a expliqué, que pokesset signifie peigner à la main ou au peigne, ne paraît pas juste, car dans la Guemara il ressort que c'est semblable à filer, et peigner ne ressemble pas du tout à filer. De plus, s'il en était ainsi, (la michna) aurait enseigné sorekhet (qui peigne), comme nous avons appris (Nazir 42a) : le nazir lave et démêle (ses cheveux) mais ne peigne pas.
וְכִי דֶרֶךְ אֲרִיגָה בְּכָךְ וְאַף עַל גַּב דְּקוֹלֵעַ נִימִין חֲשִׁיבָא אֲרִיגָה כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק בַּמֶּה אִשָּׁה (לְעֵיל שַׁבָּת ד' סד.) הָכָא בְּשֵׂעָר לָא חֲשִׁיבָא אֲרִיגָה כְּמוֹ בְּבֶגֶד וְעוֹד דְּהָכָא אֵין סוֹפָהּ לְהִתְקַיֵּים שֶׁעוֹמֶדֶת לִסְתִירָה:
Est-ce là la manière de tisser : bien que tresser des fils compte comme tisser, comme nous le disons au chapitre Bameh icha (plus haut, Chabbat 64a), ici, pour les cheveux, cela ne compte pas comme tisser, comme pour un vêtement. De plus, ici cela n'est pas destiné à durer, car (la tresse) est faite pour être défaite.
💡 Explication

R. Yossi fils de R. Hanina rattache chaque soin à une av melakha : la tresse au tissage (oreg), le trait de fard autour de l'œil à l'écriture (kotev), la pokesset au filage (tove).

Les Sages objectent que ce n'est pas la manière habituelle (derekh) de ces melakhot ; or une melakha faite de façon inhabituelle n'entraîne pas de hatat. Tossefot ajoute que la tresse n'est pas faite pour durer. R. Abahou va rapporter une autre explication, qui se poursuit au daf 95a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).