Shabbat 96b — La source de la hotsaa, av et toldah, et le mekochech

Shabbat 96b

Sougya : La Guemara cherche d'où la Torah tire l'interdit de sortir un objet d'un domaine à l'autre : R. Yo'hanan le tire de l'ordre de Moche de cesser les dons, proclamé dans le camp des Levi'im, et la gezera chava haavara établit que c'était un Chabbat.

L'entrée (hakhnassa) est déduite par raisonnement, puis la Guemara explique la différence pratique entre av et toldah. Elle tente ensuite de trouver dans le Michkan la source du lancer de quatre amot en domaine public (aiguilles, navette), échoue, et conclut que ces lois sont une tradition.

Le daf s'achève sur l'identité de la faute du mekochech et sur la discussion entre R. Akiva et R.

Yehouda ben Betera : le mekochech était-il Tselofhad ?

D'où viennent les melakhot de déplacement ?Hotsaasortir (av)Verset : Moche ordonna,et ils firent passerune proclamation au camp(camp des Levi'im = RH)+ gezera chava haavara(Yom Kippour) : ChabbatHakhnassaentrer (toldah)Sevara :d'un domaine à l'autre,sortir ou entrer,quelle différence ?Zerikalancer (toldah)Toldah de la hotsaa :elle lui ressemble(Rachi) ; elle n'est pascomptée parmi les 394 amot en RHlancer ou porterR. Yochiyya : aiguillesdes couturiers (réfuté)Rav Hisda : navettedes tisserands (réfuté)Conclusion :gemara gmiri lahNafka mina de av / toldah (seg. 5-6)deux avot, ou deux toldot de deux avot, faits ensemble : deux hatatun av et sa propre toldah : un seul hatatselon R. Eliezer : av = importante au Michkan, ou écrite dans la Torah
Les quatre formes de déplacement étudiées sur ce daf et la source de chacune.
Le mekochech : quelle melakha, et pourquoi cela compteLe mekochech (Bamidbar 15,32-36) fut lapidéRav Yehouda / Chmouelmaavir 4 amot en RH(il a porté le bois)Baraitatolech(il a arraché le bois)Rav Aha b. R. Yaakovméamer(il a rassemblé le bois)Meguilat setarim (Issi ben Yehouda), texte corrigé :parmi les 39 avot melakhot, il en est UNE qui n'entraîne pas la peine de mort(sans préciser laquelle)Nafka minaChaque avis tient pour certain que SA melakha entraîne la mort,puisque le mekochech fut lapidé pour elle : elle sort de ce doute.
Les trois avis sur la faute du mekochech et leur lien avec la meguilat setarim d'Issi ben Yehouda.
1
גְּמָ׳ מִכְּדֵי זְרִיקָה תּוֹלָדָה דְהוֹצָאָה הִיא, הוֹצָאָה גּוּפַהּ הֵיכָא כְּתִיבָא? אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, דְּאָמַר קְרָא: ״וַיְצַו מֹשֶׁה וַיַּעֲבִירוּ קוֹל בַּמַּחֲנֶה״, מֹשֶׁה הֵיכָן הֲוָה יָתֵיב? — בְּמַחֲנֵה לְוִיָּה, וּמַחֲנֵה לְוִיָּה רְשׁוּת הָרַבִּים הֲוַאי, וְקָאָמַר לְהוּ לְיִשְׂרָאֵל: לָא תַּפִּיקוּ וְתַיְתוֹ מֵרְשׁוּת הַיָּחִיד דִּידְכוּ לִרְשׁוּת הָרַבִּים.

GUEMARA. Puisque le lancer (zerika) est une toldah (dérivée) du transport (hotsaa), le transport lui-même, où est-il écrit ?

Rabbi Yo'hanan dit : le verset dit : "Moche ordonna, et ils firent passer une proclamation dans le camp" (Chemot 36,6). Où Moche siégeait-il ?

Dans le camp des Levi'im, et le camp des Levi'im était un domaine public (rechout harabim) ; et il disait à Israël : ne sortez pas et n'apportez pas (d'objets) de votre domaine privé vers le domaine public.

📜 Rachi (3)
גְּמָ' מִכְּדֵי זְרִיקָה תּוֹלָדָה דְהוֹצָאָה עַל כָּרְחָיךְ תּוֹלָדָה הִיא דְּלָא נִמְנֵית בַּאֲבוֹת מְלָאכוֹת וְתוֹלָדָה דְּהוֹצָאָה הִיא שֶׁאֵין לְךָ לְתִתָּהּ תּוֹלֶדֶת אָב אַחֵר דְּמֵעֵין הוֹצָאָה הִיא הָאֲמוּרָה בַּאֲבוֹת מְלָאכוֹת:
Puisque le lancer est une toldah du transport : forcément c'est une toldah, puisqu'il n'est pas compté parmi les avot melakhot ; et c'est une toldah du transport, car tu ne peux pas en faire la toldah d'un autre av, puisqu'il ressemble au transport, qui est mentionné parmi les avot melakhot.
מַחֲנֵה לְוִיָּה ר"ה הִיא שֶׁהָיוּ הַכֹּל מְצֻוייָּן אֵצֶל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ:
Le camp des Levi'im est un domaine public : car tous se trouvaient auprès de Moche Rabbenou.
מרה"י דִּידְכוּ מֵאָהֳלֵיכֶם:
De votre domaine privé : de vos tentes.
🗂️ Tossefot (1)
הוֹצָאָה גּוּפַהּ הֵיכָא כְּתִיבָא ואע"ג שֶׁהָיְתָה בַּמִּשְׁכָּן כִּדְאָמַר הֵם הוֹרִידוּ קְרָשִׁים מֵעֶגְלָה כו' מִכָּל מָקוֹם אִי לָאו דִּכְתִיב לָא הֲוָה מְחַיְּיבִי עֲלָהּ לְפִי שֶׁמְּלָאכָה גְּרוּעָה הִיא כִּדְפֵי' לְעֵיל (שַׁבָּת דַּף ב.):
Le transport lui-même, où est-il écrit : bien qu'il ait existé dans le Michkan, comme on dit : eux descendaient les planches du chariot etc., de toute façon, s'il n'était pas écrit, on ne serait pas passible pour lui, car c'est une melakha inférieure (melakha grou'a), comme on l'a expliqué plus haut (Chabbat 2a).
💡 Explication

La Michna précédente traitait du lancer (zerika), qui est une toldah de la hotsaa. La Guemara revient à la source de l'av lui-même. Tossefot précise pourquoi un verset est nécessaire : la hotsaa existait dans le Michkan, mais c'est une melakha grou'a (melakha inférieure), qui ne produit rien de nouveau ; sans verset on ne serait pas passible.

R. Yo'hanan lit l'ordre de Moche comme une interdiction de sortir les dons des tentes (domaine privé) vers le camp des Levi'im, qui avait statut de domaine public puisque tout le peuple s'y rendait.

2
וּמִמַּאי דִּבְשַׁבָּת קָאֵי? דִּילְמָא בְּחוֹל קָאֵי, וּמִשּׁוּם דִּשְׁלִימָא לַהּ מְלָאכָה, כְּדִכְתִיב: ״וְהַמְּלָאכָה הָיְתָה דַיָּם וְגוֹ׳״?! — גָּמַר ״הַעֲבָרָה״ ״הַעֲבָרָה״ מִיּוֹם הַכִּפּוּרִים:

Et d'où (sait-on) qu'il se tenait (et ordonnait cela) un Chabbat ? Peut-être se tenait-il un jour de semaine, et (il fit cesser les dons) parce que l'ouvrage était complet, comme il est écrit : "Et l'ouvrage leur suffisait etc." (Chemot 36,7) ?! — On apprend (par gezera chava) "passage" (haavara), "passage", de Yom Kippour :

📜 Rachi (1)
דִּשְׁלִימָא לֵיהּ עֲבִידְתֵּיהּ שֶׁהָיָה הַנְּדָבָה כְּדֵי לְהַשְׁלִים:
Parce que son ouvrage était complet : car le don suffisait à achever (l'ouvrage).
🗂️ Tossefot (1)
וּמִמַּאי דִּבְשַׁבָּת קָאֵי ר"ח ל"ג כָּל זֶה עַד אַשְׁכְּחַן הוֹצָאָה דְּהָא אֲפִילּוּ בְּחוֹל קָאֵי נָפְקָא לֵיהּ שַׁפִּיר דְּהוֹצָאָה מְלָאכָה הוּא דְּהָא רַחֲמָנָא קַרְייֵהּ מְלָאכָה כְּדִכְתִיב וְאִישׁ וְאִשָּׁה אַל יַעֲשׂוּ עוֹד מְלָאכָה לִתְרוּמַת הַקֹּדֶשׁ וּכְתִיב וַיִּכָּלֵא הָעָם מֵהָבִיא אַלְמָא קָרֵי לְהוֹצָאָה מְלָאכָה וְכֵן דְּרֵישׁ בְּהֶדְיָא בַּיְּרוּשַׁלְמִי:
Et d'où (sait-on) qu'il se tenait un Chabbat : Rabbenou Hananel n'a pas dans son texte tout ce passage jusqu'à "nous avons trouvé le transport", car même s'il se tenait un jour de semaine, on en déduit bien que le transport est une melakha, puisque le Miséricordieux l'appelle melakha, comme il est écrit : "qu'homme ni femme ne fasse plus de melakha pour la contribution sainte", et il est écrit : "et le peuple cessa d'apporter" ; il ressort qu'il appelle le transport melakha. Et c'est ainsi que le Yerouchalmi l'interprète explicitement.
💡 Explication

Objection : l'ordre de Moche pourrait avoir un motif simple, l'ouvrage du Michkan étant déjà financé. La réponse passe par une gezera chava sur le verbe haavara (faire passer). Selon Tossefot, Rabbenou Hananel supprime cet échange : le verset appelle déjà l'apport des dons melakha, ce qui suffit, quel que soit le jour.

3
כְּתִיב הָכָא: ״וַיַּעֲבִירוּ קוֹל בַּמַּחֲנֶה״, וּכְתִיב הָתָם: ״וְהַעֲבַרְתָּ שׁוֹפָר תְּרוּעָה״, מַה לְהַלָּן — בַּיּוֹם אָסוּר, אַף כָּאן — בַּיּוֹם אָסוּר.

Il est écrit ici : "et ils firent passer une proclamation dans le camp", et il est écrit là-bas : "et tu feras passer le son du chofar" (Vayikra 25,9). De même que là-bas (il s'agit) d'un jour interdit (au travail), de même ici (il s'agit) d'un jour interdit (au travail).

💡 Explication

Le chofar du Yovel sonne le jour de Yom Kippour, jour où le travail est interdit. Par la gezera chava, la proclamation de Moche a lieu elle aussi un jour interdit, c'est-à-dire un Chabbat. L'ordre de ne pas apporter les dons est donc un interdit de hotsaa.

4
אַשְׁכְּחַן הוֹצָאָה, הַכְנָסָה מִנָּלַן? סְבָרָא הִיא: מִכְּדֵי מֵרְשׁוּת לִרְשׁוּת הוּא, מַה לִי אַפּוֹקֵי וּמַה לִי עַיּוֹלֵי! מִיהוּ, הוֹצָאָה — אָב, הַכְנָסָה — תּוֹלָדָה.

Nous avons trouvé (la source de) la sortie (hotsaa) ; l'entrée (hakhnassa), d'où la tirons-nous ? C'est un raisonnement (sevara) : puisque c'est (un déplacement) d'un domaine à un autre, quelle différence pour moi entre sortir et entrer !

Toutefois, la hotsaa est un av, et la hakhnassa une toldah.

📜 Rachi (1)
סְבָרָא הִיא לִהְיוֹת הַכְנָסָה תּוֹלֶדֶת הוֹצָאָה שֶׁהִיא מֵעֵין לָהּ כִּשְׁאָר תּוֹלָדוֹת שֶׁהִיא מֵעֵין מְלָאכוֹת:
C'est un raisonnement : que la hakhnassa soit une toldah de la hotsaa, car elle lui ressemble, comme les autres toldot, qui ressemblent aux melakhot.
🗂️ Tossefot (1)
הַכְנָסָה מִנָּלַן סְבָרָא הוּא כּוּ' וְא"ת מַה צָרִיךְ לְהַאי סְבָרָא כֵּיוָן דַּהֲווָת בַּמִּשְׁכָּן כִּדְאָמַר הֵם הֶעֱלוּ קְרָשִׁים לְעֶגְלָה כּוּ' דְּהָא בְּסָמוּךְ מַשְׁמַע גַּבֵּי זְרִיקָה דְּאִם הָיְתָה בַּמִּשְׁכָּן הֲוָה אָתֵי לֵיהּ שַׁפִּיר וי"ל דְּבִזְרִיקָה נָמֵי אִיכָּא סְבָרָא מַה לִי ע"י הוֹצָאָה מַה לִי ע"י זְרִיקָה דְּאִי לָאו סְבָרָא לָא הֲוָה מַחְשְׁבִינַן לָהּ תּוֹלָדָה דְּהוֹצָאָה וְאִי לָא הֲוָות נָמֵי בַּמִּשְׁכָּן לָא הֲוָה מְחַייְּבִינַן עֲלָהּ מִסְּבָרָא לְפִי שֶׁמְּלָאכָה גְּרוּעָה הִיא:
L'entrée, d'où la tirons-nous ? C'est un raisonnement etc. : et si tu demandes : pourquoi a-t-on besoin de ce raisonnement, puisqu'elle existait dans le Michkan, comme on dit : eux montaient les planches sur le chariot etc. ? En effet, juste après il ressort, au sujet du lancer, que s'il avait existé dans le Michkan, cela aurait suffi. On peut répondre que pour le lancer aussi il y a un raisonnement : quelle différence entre (déplacer) par transport et par lancer ; car sans le raisonnement, on ne l'aurait pas compté comme toldah de la hotsaa ; et s'il n'avait pas existé aussi dans le Michkan, on ne rendrait pas passible par le seul raisonnement, parce que c'est une melakha inférieure.
💡 Explication

L'interdit porte sur le passage d'un domaine à l'autre ; le sens du mouvement est indifférent. La hakhnassa est donc interdite par sevara. Comme elle n'est pas écrite, elle a rang de toldah.

Tossefot explique qu'il faut deux éléments pour rendre passible d'une melakha grou'a : la présence dans le Michkan et un raisonnement qui la rattache à l'av.

5
וּמִכְּדֵי אַהָא מִיחַייַּב וְאַהָא מִיחַייַּב, אַמַּאי קָרֵי לָהּ הַאי ״אָב״, וְאַמַּאי קָרֵי לַהּ הַאי ״תּוֹלָדָה״?

Et puisqu'on est passible pour celle-ci et passible pour celle-là, pourquoi appelle-t-on celle-ci "av" et pourquoi appelle-t-on celle-là "toldah" ?

📜 Rachi (1)
מִכְּדֵי אַהַאי מִיחַייַּב וְאַהַאי מִיחַיַּיב כְּדִתְנַן (לְעֵיל פ"א ב.) פָּשַׁט הֶעָנִי יָדוֹ לִפְנִים:
Puisqu'on est passible pour celle-ci et pour celle-là : comme nous l'avons appris (plus haut, 2a) : le pauvre tendit sa main à l'intérieur.
6
נָפְקָא מִינַּהּ דְּאִי עָבֵיד שְׁתֵּי אָבוֹת בַּהֲדֵי הֲדָדֵי, אִי נָמֵי שְׁתֵּי תוֹלָדוֹת בַּהֲדֵי הֲדָדֵי — מִיחַייַּב תַּרְתֵּי, וְאִי עָבֵיד אָב וְתוֹלָדָה דִּידֵיהּ — לָא מִיחַייַּב אֶלָּא חֲדָא.

La conséquence pratique (nafka mina) : si quelqu'un fait deux avot ensemble, ou encore deux toldot ensemble, il est passible de deux (sacrifices) ; et s'il fait un av et sa propre toldah, il n'est passible que d'un seul.

📜 Rachi (2)
נָפְקָא מִינַּהּ דְּכָל אֲבוֹת מְלָאכוֹת:
La conséquence pratique : pour tous les avot melakhot.
שְׁתֵּי אָבוֹת דְּלָא דָּמְייָן וּשְׁתֵּי תּוֹלָדוֹת דִּשְׁתֵּי אָבוֹת:
Deux avot : qui ne se ressemblent pas ; et deux toldot de deux avot (différents).
💡 Explication

La distinction a un effet sur le nombre de korbanot hatat dus par celui qui a transgressé par erreur (chogueg). Deux avot distincts, ou deux toldot rattachées à deux avot distincts, comptent pour deux. Une toldah avec son propre av compte pour une seule transgression.

🖼️ Schéma
Av et toldah : combien de hatat ?Deux avot faits ensemble2 hatatDeux toldot de deux avot différents2 hatatUn av et sa propre toldah1 hatatR. Eliezer : passible même pour une toldah faite avec son avAlors pourquoi ces noms ? av = importante dans le Michkan,ou bien av = écrite dans la Torah (utile pour la hotsaa)
Nombre de hatat selon la combinaison d'avot et de toldot, et la question pour R. Eliezer.
7
וּלְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר דִּמְחַייֵּב אַתּוֹלָדָה בִּמְקוֹם אָב — אַמַּאי קָרוּ לָהּ ״אָב״, וְאַמַּאי קָרוּ לָהּ ״תּוֹלָדָה״? הָךְ דַּהֲוַאי בְּמִשְׁכָּן חֲשִׁיבָא — קָרֵי לָהּ ״אָב״, הָךְ דְּלָא הֲוַאי בַּמִּשְׁכָּן חֲשִׁיבָא — לָא קָרֵי לָהּ ״אָב״. אִי נָמֵי: הַךְ דִּכְתִיבָא — קָרֵי ״אָב״, וְהָךְ דְּלָא כְּתִיבָא קָרֵי ״תּוֹלָדָה״.

Et selon Rabbi Eliezer, qui rend passible pour une toldah (faite) en même temps que (son) av, pourquoi l'appelle-t-on "av" et pourquoi l'appelle-t-on "toldah" ? Celle qui était importante dans le Michkan, on l'appelle av ; celle qui n'était pas importante dans le Michkan, on ne l'appelle pas av.

Ou bien : celle qui est écrite, on l'appelle av, et celle qui n'est pas écrite, on l'appelle toldah.

📜 Rachi (1)
ולר"א כּוּ' בְּמַסֶּכֶת כְּרִיתוֹת בְּפֶרֶק אָמְרוּ לוֹ:
Et selon Rabbi Eliezer etc. : (voir) au traité Keritot, au chapitre Amrou lo.
🗂️ Tossefot (2)
וּלְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר דִּמְחַייֵּב אַתּוֹלָדָה בִּמְקוֹם אָב אַמַּאי קָרֵי לֵהּ אָב כּוּ' הֲוָה מָצֵי לְמֵימַר דְּנָפְקָא מִינָּהּ לְעִנְיַן הַתְרָאָה כִּדְפֵי' בְּפֶ' כְּלָל גָּדוֹל (לֹעַ. ל עג:) וְאִיכָּא לְמֵימַר דְּהַיְינוּ דְּקָמְשַׁנֵּי הַךְ דַּהֲווָת בַּמִּשְׁכָּן חֲשִׁיבָא כו'. אִית דְּגָרְסִי הַךְ דַּהֲוָות בַּמִּשְׁכָּן חֲשִׁיבָא קָרֵי לָהּ אָב וְהַךְ דְּלָא הֲווָת בַּמִּשְׁכָּן חֲשִׁיבָא קָרֵי לַהּ תּוֹלָדָה וּלְפִי זֶה יֵשׁ מְלָאכוֹת דְּהָווּ בַּמִּשְׁכָּן כְּגוֹן מְנַכֵּשׁ וּמַשְׁקֶה זְרָעִים דְּלָא חֲשִׁיבִי וְלָא הָווּ אָבוֹת וְכֵן אִי גָּרְסִינַן דַּהֲוָות בַּמִּשְׁכָּן וַחֲשִׁיבָא קָרֵי לָהּ אָב אֲבָל אִי גָּרְסִי' הַךְ דַּהֲוָות בַּמִּשְׁכָּן חֲשִׁיבָא וְקָרֵי לָהּ אָב הַךְ דְּלָא הֲווָת בַּמִּשְׁכָּן לָא חֲשִׁיבָא וְקָרֵי לָהּ תּוֹלָדָה לְפִי זֶה הַתּוֹלָדוֹת לֹא הָיוּ בַּמִּשְׁכָּן:
Et selon Rabbi Eliezer, qui rend passible pour une toldah en même temps que l'av, pourquoi l'appelle-t-on av etc. : il aurait pu dire que la conséquence pratique concerne l'avertissement (hatraa), comme on l'a expliqué au chapitre Kelal gadol (plus haut 73b) ; et on peut dire que c'est précisément ce qu'il répond : celle qui était importante dans le Michkan etc. Certains lisent : celle qui existait dans le Michkan (et était) importante, on l'appelle av, et celle qui n'existait pas dans le Michkan (comme) importante, on l'appelle toldah ; selon cette lecture, il y a des melakhot qui existaient dans le Michkan, comme désherber et arroser les semences, qui n'étaient pas importantes et ne sont pas des avot ; et de même si on lit : "qui existait dans le Michkan et était importante, on l'appelle av". Mais si on lit : "celle qui existait dans le Michkan est importante et on l'appelle av ; celle qui n'existait pas dans le Michkan n'est pas importante et on l'appelle toldah", selon cela les toldot n'existaient pas dans le Michkan.
אִי נָמֵי הָךְ דִּכְתִיבָא קָרֵי לָהּ אָב הַךְ לִישָּׁנָא לָא אִיצְטְרִיךְ אֶלָּא מִשּׁוּם הוֹצָאָה:
Ou bien : celle qui est écrite, on l'appelle av : cette formulation n'était nécessaire qu'à cause de la hotsaa.
💡 Explication

R. Eliezer (Keritot) rend passible de deux hatat même pour un av et sa propre toldah. La nafka mina précédente ne vaut donc pas pour lui, et la Guemara donne une autre raison aux noms : l'av est une melakha importante dans le Michkan, ou bien une melakha écrite dans la Torah.

Tossefot note que le second critère sert pour la hotsaa, seule melakha tirée explicitement d'un verset, alors que sa présence au Michkan était peu significative.

8
וְהָא דִּתְנַן: הַזּוֹרֵק אַרְבַּע אַמּוֹת בַּכֹּותֶל, לְמַעְלָה מֵעֲשָׂרָה טְפָחִים — כְּזוֹרֵק בָּאֲוִיר. לְמַטָּה מֵעֲשָׂרָה טְפָחִים — כְּזוֹרֵק בָּאָרֶץ, וְהַזּוֹרֵק בָּאָרֶץ אַרְבַּע אַמּוֹת — חַיָּיב.

Et ce que nous avons appris (dans la Michna) : celui qui lance (un objet) à quatre amot contre un mur : au-dessus de dix tefahim, c'est comme s'il lançait dans l'air ; au-dessous de dix tefahim, c'est comme s'il lançait sur le sol ; et celui qui lance sur le sol à quatre amot est passible.

📜 Rachi (4)
וְהָא דִּתְנַן בְּפִירְקִין:
Et ce que nous avons appris : dans notre chapitre.
בַּכֹּותֶל כִּדְמוּקֵי לָהּ בִּדְבֵילָה שְׁמֵינָה וְנִדְבֶּקֶת:
Contre un mur : comme on l'établit (plus loin) pour une figue sèche grasse, qui colle (au mur).
כְּזוֹרֵק בָּאֲוִיר וּפָטוּר דְּלָא נָח בִּרְשׁוּת הָרַבִּים דְּאֵין רה"ר לְמַעְלָה מֵעֲשָׂרָה וברה"י נָמֵי לֹא נָח שֶׁאֵינוֹ מָקוֹם מְסֻויָּם שֶׁיְּהֵא רָחְבּוֹ ד' שֶׁהֲרֵי לֹא נָח בְּרֹאשׁ הַכֹּותֶל אֶלָּא בְּפָנָיו:
Comme s'il lançait dans l'air : et il est exempt, car (l'objet) ne s'est pas posé dans le domaine public, puisqu'il n'y a pas de domaine public au-dessus de dix (tefahim) ; et il ne s'est pas posé non plus dans un domaine privé, car ce n'est pas un endroit délimité large de quatre (tefahim), puisqu'il ne s'est pas posé au sommet du mur, mais sur sa face.
כְּזוֹרֵק בָּאָרֶץ דַּאֲוִיר רה"ר הוּא וְחַייָּב וְכֵיוָן דַּאֲוִיר רה"ר הוּא וְנָח בְּכָל דְּהוּ מִיחַייַּב וּרְשׁוּתָא לְנַפְשֵׁיהּ לָא הָוֵי לֹא כַּרְמְלִית וְלֹא מְקוֹם פָּטוּר הוֹאִיל וּבְפָנָיו נָח וְלֹא נָח בְּרֹאשׁוֹ שֶׁיְּהֵא מָקוֹם מְסֻויָּם:
Comme s'il lançait sur le sol : car c'est l'espace du domaine public, et il est passible ; et puisque c'est l'espace du domaine public et (l'objet) s'y est posé, si peu que ce soit, il est passible ; et (cet endroit) ne forme pas un domaine à part, ni karmelit ni makom petour, puisque (l'objet) s'est posé sur la face (du mur) et non à son sommet, qui serait un endroit délimité.
💡 Explication

La Guemara cite la Michna du chapitre pour poser la question suivante : d'où vient l'interdit de lancer sur quatre amot à l'intérieur du même domaine public ?

Rachi explique les deux cas. Au-dessus de dix tefahim, l'espace n'appartient plus au domaine public, et la face du mur n'est pas un lieu de quatre tefahim : l'objet ne s'est posé dans aucun domaine, d'où l'exemption. Au-dessous de dix tefahim, l'objet est dans l'espace du domaine public, et il est passible.

🖼️ Schéma
Lancer contre un mur en domaine publicsol du domaine public (RH)mur10 tefahimle lanceur4 amot et plusau-dessus de 10 :comme dans l'airexemptau-dessous de 10 :comme au solpassible
Une figue collée au mur au-dessus de dix tefahim : exempt ; au-dessous : passible.
9
זָרַק אַרְבַּע אַמּוֹת בִּרְשׁוּת הָרַבִּים, מִנָּלַן דְּמִיחַייַּב? אָמַר רַבִּי יֹאשִׁיָּה: שֶׁכֵּן אוֹרְגֵי יְרִיעוֹת זוֹרְקִין מַחֲטֵיהֶן זֶה לָזֶה. אוֹרְגִין, מְחָטִין לָמָּה לְהוּ? אֶלָּא, שֶׁכֵּן תּוֹפְרֵי יְרִיעוֹת זוֹרְקִין מַחֲטֵיהֶן זֶה לָזֶה.

(Celui qui) a lancé à quatre amot dans le domaine public, d'où tirons-nous qu'il est passible ? Rabbi Yochiyya dit : car les tisserands des tentures (du Michkan) se lançaient leurs aiguilles l'un à l'autre.

Des tisserands, pourquoi auraient-ils besoin d'aiguilles ? Mais plutôt : car les couturiers des tentures se lançaient leurs aiguilles l'un à l'autre.

📜 Rachi (1)
תּוֹפְרֵי יְרִיעוֹת מַעֲשֵׂה רוֹקֵם:
Les couturiers des tentures : (qui faisaient) un travail de broderie (maasse rokem).
💡 Explication

Le déplacement de quatre amot dans un même domaine public ne fait passer l'objet d'aucun domaine à un autre. Il faut donc une source propre. R. Yochiyya la cherche dans le Michkan. Le texte est corrigé : les tisserands n'utilisent pas d'aiguilles, les couturiers (brodeurs) oui.

10
וְדִילְמָא גַּבֵּי הֲדָדֵי הֲווֹ יָתְבִי?! מָטוּ הֲדָדִי בְּמַחֲטִין. דִּילְמָא בְּתוֹךְ אַרְבַּע הֲווּ יָתְבִי?

Mais peut-être étaient-ils assis l'un à côté de l'autre ?! — Ils se seraient atteints l'un l'autre avec les aiguilles. — Peut-être étaient-ils assis à moins de quatre (amot) ?

📜 Rachi (2)
גַּבֵּי הֲדָדֵי בְּתוֹךְ אַמָּה אַחַת וְאֵין צְרִיכִין לִזְרֹוק אֶלָּא לְהוֹשִׁיט:
L'un à côté de l'autre : à moins d'une ama, et ils n'avaient pas besoin de lancer, seulement de tendre (l'aiguille).
מָטוּ אַהֲדָדֵי בְּמַחֲטִין כְּשֶׁמּוֹתְחִין אֶת הַחוּט מֵכִין זֶה אֶת זֶה בְּמַחַט:
Ils se seraient atteints l'un l'autre avec les aiguilles : quand ils tirent le fil, ils se frapperaient l'un l'autre avec l'aiguille.
💡 Explication

Il faut prouver que les couturiers étaient séparés d'au moins quatre amot. Qu'ils n'étaient pas collés l'un à l'autre se comprend ; une distance de quatre amot n'est pas prouvée. La question reste sans réponse, et la Guemara abandonne cette source.

11
אֶלָּא אָמַר רַב חִסְדָּא: שֶׁכֵּן אוֹרְגֵי יְרִיעוֹת זוֹרְקִין בֻּוכְיָאר בַּיְּרִיעָה. וַהֲלֹא אוֹגְדוֹ בְּיָדוֹ! — בְּנִיסְכָּא בָּתְרָא.

Mais plutôt, Rav Hisda dit : car les tisserands des tentures lançaient la navette (boukhiar) dans la tenture. — Mais (le fil) n'est-il pas attaché dans sa main ! — (Il s'agit) du dernier lancer (nisskha batra).

📜 Rachi (4)
בּוּכְיָאר כְּלִי שֶׁקָּנָה שֶׁל עֵרֶב נָתוּן בּוֹ שֶׁזּוֹרְקִין בֵּין שְׁנֵי דֻּופְנֵי הַיְּרִיעָה:
Boukhiar : l'instrument dans lequel est placée la canette de la trame, qu'on lance entre les deux bords de la tenture.
וַהֲלֹא אֲגָדוֹ בְּיָדוֹ חוּט שֶׁל עֵרֶב הוּא אוֹחֵז וְהַקָּנֶה נִכְרָךְ בְּחוּט וְאֵינוֹ נִשְׁמָט מִמֶּנּוּ:
Mais n'est-il pas attaché dans sa main : il tient le fil de la trame, et la canette est enroulée dans le fil et ne s'en détache pas.
בְּנִיסְכָּא בָּתְרָא בַּחוּט הָאַחֲרוֹן שֶׁל קָנֶה שֶׁהַקָּנֶה נִשְׁמָט מֵהַחוּט וְהַבּוּכְיָאר נוֹפֵל:
Au dernier lancer : au dernier fil de la canette, lorsque la canette se détache du fil et que la navette tombe.
נִיסְכָּא זְרִיקָה אַחֲרוֹנָה שֶׁל חוּט לָשׁוֹן הַמֵּיסֵךְ:
Nisskha : le dernier lancer du fil ; terme apparenté à "hamissekh" (le tissage).
💡 Explication

Le tisserand fait passer la navette entre les fils de chaîne. Tant qu'il tient le bout du fil, l'objet reste lié à sa main et ce geste ne compte pas comme un lancer. Au dernier lancer, le fil se libère de la canette et la navette part seule.

12
וְהָא בִּמְקוֹם פְּטוּר קָאָזְלָא! — אֶלָּא, שֶׁכֵּן אוֹרְגֵי יְרִיעוֹת זוֹרְקִין בֻּוכְיָאר לְשׁוֹאֲלֵיהֶן. וְדִילְמָא גַּבֵּי הֲדָדֵי הֲווֹ יָתְבִי?! מָטוּ הֲדָדִי בְּחֵפֶת.

— Mais elle passe dans un makom petour (lieu exempté) ! — Mais plutôt : car les tisserands des tentures lançaient la navette à ceux qui la leur empruntaient. — Mais peut-être étaient-ils assis l'un à côté de l'autre ?! — Ils se seraient heurtés l'un l'autre au bord (de la tenture).

📜 Rachi (5)
וְהָא בִּמְקוֹם פָּטוּר אָזְלָא בֵּין דֻּופְנֵי הַיְּרִיעָה וְאֵין זֶה רְשׁוּת הָרַבִּים אֶלָּא מְקוֹם פָּטוּר דְּאֵין רָחָב ד':
Mais elle passe dans un makom petour : entre les bords de la tenture ; ce n'est pas un domaine public, mais un makom petour, car il n'est pas large de quatre (tefahim).
לְשׁוֹאֲלֵיהֶן אוֹרְגֵי יְרִיעָה אַחֶרֶת וְיֵשׁ לוֹ לָזֶה שְׁנַיִם:
À ceux qui la leur empruntaient : les tisserands d'une autre tenture ; et celui-ci en avait deux.
ה"ג וְדִילְמָא שׁוֹאֲלֵיהֶן גַּבֵּיהֶן הָווּ יָתְבִין:
Telle est la version (à lire) : et peut-être ceux qui empruntaient étaient-ils assis à côté d'eux.
מָטוּ אַהֲדָדֵי בְּחֵפֶת אִי גַּבַּייְהוּ הֲווּ יָתְבִי מַגִּיעִין יָדוֹ שֶׁל זֶה בְּשֶׁל זֶה בִּשְׂפַת הַיְּרִיעָה כְּשֶׁמּוֹתְחִין חוּט הָעָרֶב:
Ils se seraient heurtés l'un l'autre au bord : s'ils étaient assis à côté d'eux, la main de l'un toucherait celle de l'autre au bord de la tenture, lorsqu'ils tendent le fil de la trame.
בְּחֵפֶת כְּמוֹ חֵפֶת חֲלוּקוֹ (יוֹמָא ד' עז:):
Hafat : comme "hafat halouko" (le bord de son vêtement) (Yoma 77b).
💡 Explication

La tenture fait moins de quatre tefahim de large : c'est un makom petour, où l'on n'est pas passible. Rav Hisda déplace donc l'exemple vers le lancer de la navette à un autre tisserand qui l'empruntait. Pour prouver la distance, la Guemara dit que des tisserands trop proches se heurteraient en tendant le fil.

13
וְדִילְמָא שַׁלְחוֹפֵי הֲווֹ מְשַׁלְחֲפִי?! וְתוּ, מִי שְׁאִילִי מְהֻדָּדַי? וְהַתָּנֵי לְוַדֵּא: ״אִישׁ אִישׁ מִמְּלַאכְתּוֹ אֲשֶׁר הֵמָּה עֹשִׂים״ — מִמְּלַאכְתּוֹ הוּא עוֹשֶׂה וְאֵינוֹ עוֹשֶׂה מִמְּלֶאכֶת חֲבֵירוֹ!

Mais peut-être étaient-ils décalés ?! Et de plus, empruntaient-ils l'un à l'autre ?

Loud n'a-t-il pas enseigné : "chacun de son ouvrage qu'ils faisaient" (Chemot 36,4) — il travaille de son (propre) ouvrage et ne travaille pas de l'ouvrage de son compagnon !

📜 Rachi (2)
שַׁלְחוּפֵי הָווּ מְשַׁלְחֲפֵי לְעוֹלָם גַּבֵּי הֲדָדֵי הֲווֹ יָתְבִי אֶלָּא שֶׁאֵין מְכַוְּונִים אֶלָּא זֶה נִמְשָׁךְ לִפְנִים וְזֶה לְאָחוֹר:
Ils étaient décalés : en réalité ils étaient assis l'un à côté de l'autre, mais pas alignés : l'un se trouvait plus en avant et l'autre plus en arrière.
וְאֵין עוֹשֶׂה מִמְּלֶאכֶת חֲבֵירוֹ שֶׁכֻּולָּם מוּכָנִים בִּכְלֵי אֻומָּנוּתָם וְלֹא הֻוצְרְכוּ לִישְׁאוֹל:
Et il ne travaille pas de l'ouvrage de son compagnon : car tous étaient pourvus de leurs outils de métier et n'avaient pas besoin d'emprunter.
🗂️ Tossefot (1)
וְדִילְמָא שַׁלְחוֹפֵי הֲווֹ מְשַׁלְחֲפִי הָכִי נָמֵי הֲוָה מָצֵי לְמִיפְרַךְ דִּילְמָא תּוֹךְ אַרְבַּע אַמּוֹת הֲווּ יָתְבִי:
Mais peut-être étaient-ils décalés : il aurait pu aussi objecter : peut-être étaient-ils assis à moins de quatre amot.
💡 Explication

Deux réfutations : des tisserands décalés (chilhoufei) peuvent être proches sans se gêner ; et selon la baraita de Loud, chaque artisan avait ses propres outils, il n'y avait donc pas d'emprunt.

14
וְתוּ: מַעֲבִיר אַרְבַּע אַמּוֹת בִּרְשׁוּת הָרַבִּים מְנָלַן דְּמִחַייַּב? אֶלָּא: כָּל אַרְבַּע אַמּוֹת בִּרְשׁוּת הָרַבִּים גְּמָרָא גְּמִירִי לַהּ.

Et de plus : celui qui porte (maavir) (un objet sur) quatre amot dans le domaine public, d'où tirons-nous qu'il est passible ? Mais plutôt : (la loi de) toutes les quatre amot dans le domaine public, on la connaît par tradition (gemara gmiri lah).

📜 Rachi (1)
מַעֲבִיר ד' אַמּוֹת הֲוָה לֹא תְּלָשָׁן וְלֹא עִימְּרָן אֶלָּא הֶעֱבִירָן ד' אַמּוֹת לְכָךְ נֶהֱרַג:
Il avait porté quatre amot : il ne les a (les branches) ni arrachées ni rassemblées, mais il les a portées sur quatre amot ; c'est pour cela qu'il fut mis à mort.
💡 Explication

Même une source pour le lancer ne couvrirait pas le cas de celui qui porte un objet sur quatre amot. La Guemara conclut que toutes les lois des quatre amot en domaine public sont une tradition reçue (halakha le-Moche mi-Sinaï), sans source dans le Michkan.

La glose de Rachi placée ici commente le segment suivant (l'avis de Chmouel sur le mekochech).

🖼️ Schéma
Lancer 4 amot en RH : les tentatives de sourceR. Yochiyya : les couturiers des tentures se lançaient leurs aiguillesProches ? Non, ils se piqueraient. Mais à moins de 4 amot ? (sans réponse)Rav Hisda : les tisserands lançaient la navette dans la tentureLe fil reste en main ? Au dernier lancer. Mais c'est un makom petour !Ils lançaient la navette à ceux qui l'empruntaientProches ? Non, les mains se heurteraient au bord. Mais décalés ?Et Loud : chacun travaillait avec ses propres outils, sans emprunterEt porter (maavir) 4 amot, d'où le tirer ?Conclusion : les 4 amot en RH sont connues par tradition (gemara gmiri lah)
Les tentatives successives pour trouver une source au lancer de quatre amot, et la conclusion.
15
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: מְקוֹשֵׁשׁ, מַעֲבִיר אַרְבַּע אַמּוֹת בִּרְשׁוּת הָרַבִּים הֲוָה. בְּמַתְנִיתָא תַּנָּא: תּוֹלֵשׁ הֲוָה. רַב אַחָא בְּרַבִּי יַעֲקֹב אָמַר: מְעַמֵּר הֲוָה.

Rav Yehouda dit au nom de Chmouel : le mekochech (le ramasseur de bois) avait porté (des branches sur) quatre amot dans le domaine public. Dans une baraita on a enseigné : il avait arraché (tolech).

Rav Aha fils de Rabbi Yaakov dit : il avait rassemblé (méamer).

📜 Rachi (1)
מְעַמֵּר תְּלוּשִׁין וּמְפֻוזָּרִין הָיוּ וְעִמְּרָן כְּדַאֲמָרָן (לְעֵיל שַׁבָּת ד' עג:) הַאי מַאן דְּכָנֵיף מִלְחָא חַיָּיב מִשּׁוּם מְעַמֵּר:
Il avait rassemblé : (les branches) étaient détachées et éparpillées, et il les a rassemblées, comme nous l'avons dit (plus haut 73b) : celui qui rassemble du sel est passible pour méamer.
💡 Explication

Le mekochech (Bamidbar 15,32-36) fut lapidé pour avoir profane le Chabbat. Trois avis sur sa melakha : maavir (porter quatre amot en domaine public), tolech (arracher du bois encore attaché), méamer (rassembler des branches éparpillées).

16
לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ? לְכִדְרַב, דְּאָמַר רַב: מָצָאתִי מְגִלַּת סְתָרִים בֵּי רַבִּי חִייָּא וְכָתוּב בָּהּ, אִיסִי בֶּן יְהוּדָה אוֹמֵר: אֲבוֹת מְלָאכוֹת אַרְבָּעִים חָסֵר אַחַת וְאִם עֲשָׂאָן כֻּולָּן בְּהֶעְלֵם אַחַת וְאֵינוֹ חַייָּב אֶלָּא אַחַת. אַחַת וְתוּ לָא? וְהִתְנָן: אֲבוֹת מְלָאכוֹת אַרְבָּעִים חָסֵר אַחַת, וְהָוֵינַן בָּהּ: מִנְיָינָא לָמָּה לִי? וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שֶׁאִם עֲשָׂאָן כֻּולָּם בְּהֶעְלֵם אַחַת — חַייָּב עַל כָּל אַחַת וְאַחַת.

Quelle en est la conséquence pratique ? Pour (l'enseignement de) Rav, car Rav a dit : j'ai trouvé un rouleau caché (meguilat setarim) chez Rabbi Hiyya, et il y était écrit : Issi ben Yehouda dit : les avot melakhot sont quarante moins une ; et s'il les a toutes faites dans un seul oubli (heelem ehad), il n'est passible que d'une. — Une, et pas plus ?

N'avons-nous pas appris : les avot melakhot sont quarante moins une ; et nous avons discuté à ce sujet : pourquoi ai-je besoin du nombre ? Et Rabbi Yo'hanan a dit : (pour enseigner) que s'il les a toutes faites dans un seul oubli, il est passible pour chacune d'elles.

📜 Rachi (2)
מְגִילַּת סְתָרִים שֶׁהִסְתִּירוּהָ לְפִי שֶׁאֵין כּוֹתְבִין הֲלָכוֹת:
Un rouleau caché : qu'on avait caché, parce qu'on n'écrit pas les halakhot.
וְאֵינוֹ חַייָּב אֶלָּא אַחַת עַל כְּרִחְיָךְ לְעִנְיַן שׁוֹגֵג קָאָמַר וּלְחַטָּאת דִּבְמֵזִיד תְּרֵי קָטְלִי לָא מִקַּטְלִי וּלְהָכִי פָּרִיךְ וְהָא אֲנַן תְּנַן כו':
Il n'est passible que d'une : forcément il parle de l'acte involontaire (chogueg) et du sacrifice hatat, car pour l'acte volontaire, on ne peut pas être mis à mort deux fois ; c'est pourquoi (la Guemara) objecte : n'avons-nous pas appris etc.
💡 Explication

À l'époque, la Torah orale ne se mettait pas par écrit ; ce rouleau était donc caché. Lu tel quel, l'enseignement d'Issi ben Yehouda contredit la Michna : selon R. Yo'hanan, le compte de trente-neuf sert justement à rendre passible d'un hatat pour chaque melakha faite dans un seul oubli.

17
אֵימָא: אֵינוֹ חַייָּב עַל אַחַת מֵהֶם.

Dis plutôt : il n'est pas passible pour l'une d'entre elles.

📜 Rachi (1)
וְאֵינוֹ חַייָּב עַל אַחַת מֵהֶן מִיתָה יֵשׁ בָּהֶן אַחַת שֶׁאֵינוֹ נֶהֱרָג עָלֶיהָ וְלֹא פֵּירֵשׁ אֵיזוֹ הִיא וְהַשְׁתָּא לְרַב יְהוּדָה אֵין זוֹ הַעֲבָרָה שֶׁהֲרֵי נֶהֱרַג מְקוֹשֵׁשׁ עָלֶיהָ וּלְמַתְנִיתָא אֵין תּוֹלֵשׁ בְּאוֹתוֹ סָפֵק:
Et il n'est pas passible pour l'une d'entre elles : (passible) de mort ; il y en a une parmi elles pour laquelle on n'est pas mis à mort, et il n'a pas précisé laquelle. Dès lors, pour Rav Yehouda ce n'est pas le portage (haavara), puisque le mekochech fut mis à mort pour cela ; et pour la baraita, l'arrachage n'entre pas dans ce doute.
💡 Explication

Le texte du rouleau est corrigé : parmi les trente-neuf, une melakha n'entraîne pas la peine de mort, sans qu'on sache laquelle. D'où l'intérêt de savoir pour quelle melakha le mekochech fut lapidé : celle-là entraîne certainement la mort.

🖼️ Schéma
Le mekochech : quelle melakha, et pourquoi cela compteLe mekochech (Bamidbar 15,32-36) fut lapidéRav Yehouda / Chmouelmaavir 4 amot en RH(il a porté le bois)Baraitatolech(il a arraché le bois)Rav Aha b. R. Yaakovméamer(il a rassemblé le bois)Meguilat setarim (Issi ben Yehouda), texte corrigé :parmi les 39 avot melakhot, il en est UNE qui n'entraîne pas la peine de mort(sans préciser laquelle)Nafka minaChaque avis tient pour certain que SA melakha entraîne la mort,puisque le mekochech fut lapidé pour elle : elle sort de ce doute.
Chaque avis sur le mekochech exclut sa propre melakha du doute ouvert par le rouleau d'Issi.
18
רַב יְהוּדָה פְּשִׁיטָא לֵיהּ דְּהַמַּעֲבִיר חַייָּב, וּמַתְנִיתִין פְּשִׁיטָא לֵיהּ דְּתוֹלֵשׁ חַייָּב, וְרַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב פְּשִׁיטָא לֵיהּ דִּמְעַמֵּר חַייָּב. מָר סָבַר הָא מִיהַת לָא מְסַפְּקָא, וּמָר סָבַר הָא מִיהַת לָא מְסַפְּקָא.

Pour Rav Yehouda il est évident que celui qui porte est passible ; pour la baraita il est évident que celui qui arrache est passible ; et pour Rav Aha bar Yaakov il est évident que celui qui rassemble est passible. Un maître pense : celle-ci au moins n'est pas douteuse ; et l'autre maître pense : celle-là au moins n'est pas douteuse.

19
תָּנוּ רַבָּנַן: מְקוֹשֵׁשׁ זֶה צְלָפְחָד, וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״וַיִּהְיוּ בְנֵי יִשְׂרָאֵל בַּמִּדְבָּר וַיִּמְצְאוּ אִישׁ וְגוֹ׳״, וּלְהַלָּן הוּא אוֹמֵר: ״אָבִינוּ מֵת בַּמִּדְבָּר״, מַה לְהַלָּן צְלָפְחָד, אַף כָּאן צְלָפְחָד — דִּבְרֵי רַבִּי עֲקִיבָא.

Nos maîtres ont enseigné : le mekochech, c'était Tselofhad ; et ainsi il dit : "Les enfants d'Israël étaient dans le désert et ils trouvèrent un homme etc." (Bamidbar 15,32), et plus loin il dit : "Notre père est mort dans le désert" (Bamidbar 27,3). De même que plus loin (il s'agit de) Tselofhad, de même ici (il s'agit de) Tselofhad.

Ce sont les paroles de Rabbi Akiva.

💡 Explication

R. Akiva identifie le mekochech par une gezera chava sur le mot bamidbar (dans le désert). Les filles de Tselofhad disent que leur père est mort "par sa propre faute" ; R. Akiva rattache cette faute à l'épisode du ramasseur de bois.

20
אָמַר לוֹ רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא: עֲקִיבָא, בֵּין כָּךְ וּבֵין כָּךְ אַתָּה עָתִיד לִיתֵּן אֶת הַדִּין: אִם כִּדְבָרֶיךָ — הַתּוֹרָה כְּיֻסְתַּו, וְאַתָּה מְגַלֶּה אוֹתוֹ?! וְאִם לָאו — אַתָּה מוֹצִיא לַעַז עַל אוֹתוֹ צַדִּיק.

Rabbi Yehouda ben Betera lui dit : Akiva, de toute façon tu devras rendre des comptes : si c'est comme tu le dis, la Torah l'a couvert, et toi tu le dévoiles ?! Et sinon, tu répands une calomnie (laaz) sur ce juste.

💡 Explication

R. Yehouda ben Betera laisse de côté la dérivation et objecte que la Torah a tu le nom du fauteur par égard pour lui : révéler ce nom, s'il est exact, va contre cette discrétion ; s'il est inexact, c'est une calomnie contre un tsaddik. La suite de la discussion est au daf 97a.

🖼️ Schéma
Le mekochech était-il Tselofhad ?R. Akiva : ouigezera chava bamidbar :un homme dans le désert (Bam. 15)notre père est mort dans le désert(Bam. 27) : TselofhadR. Yehouda ben Beterasi c'est vrai : la Torah l'a couvert,et tu le dévoilessi c'est faux : tu répands un laazsur un tsaddikDans les deux cas, dit R. Yehouda ben Betera, tu devras en rendre compte
R. Akiva et R. Yehouda ben Betera sur l'identité du mekochech.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).