Sukkah 10a — Combien de vide fait deux soukkot, et quand un drap devient-il un toit

Sukkah 10a

Sougya : Le folio achève d'abord les quatre cas de Rabbi Yirmeya sur la soukka bâtie au-dessus d'une autre : quand l'un des deux sekhakh est trop clairsemé il n'existe pas en droit, et la question neuve était seulement de savoir s'il fallait décréter par crainte du tsirouf, la jonction d'un sekhakh passoul avec un sekhakh kacher. Réponse : non.

S'ouvre alors la vraie question de mesure — quel vide doit séparer les deux sekhakh pour qu'il y ait deux soukkot et non une seule ? Trois Amoraim répondent en important chacun un étalon d'ailleurs : Rav Houna un tefah, d'après les tentes d'impureté ; Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna quatre, d'après les domaines de Chabbat ; Chemouel dix, d'après la soukka elle-même, au nom du principe kehekhcharah kakh pesoulah — ce qui ne pourrait pas être une soukka n'en invalide pas une autre.

La michna semble contredire Chemouel, jusqu'à ce que Rav Dimi rapporte d'Erets Israël une lecture qui déplace le critère de la hauteur vers la solidité du sekhakh, ne laissant subsister qu'une seule divergence : le sekhakh qui porte la literie à grand-peine. La seconde michna ouvre un sujet voisin, le drap tendu dans la soukka.

Trois cas invalident — sur le sekhakh contre le soleil, dessous contre la chute des feuilles, ou en dais sur un lit à quatre montants — mais pour deux motifs distincts que Rachi sépare soigneusement : dans les deux premiers le drap devient un sekhakh susceptible de contracter l'impureté, dans le troisième il forme un ohel qui sépare le dormeur du sekhakh. Rav Hisda fait alors dépendre le tout de l'intention : tendu pour embellir, le drap ne reçoit pas le nom de sekhakh et la soukka reste kachère — ce qu'une braita sur les ornements de la soukka vient appuyer.

Le fil du folio : de la soukka sur soukka au drap tendu Deux questions : à partir de quel vide y a-t-il deux soukkot, et à partir de quand un drap devient-il un toit Segments 0 à 2 -- Rabbi Yirmeya achève ses quatre cas Bas kachère / haut passoul, puis haut kachère / bas passoul. Le seul cas neuf : ne pas décréter le tsirouf du sekhakh passoul avec le kacher. Segment 3 -- la question de mesure : quel vide entre les deux sekhakh ? En deçà de la mesure : un seul sekhakh, donc une seule soukka. Au-delà : deux soukkot, et celle du bas devient passoul. Segments 4 à 6 -- trois réponses, trois analogies Rav Houna : un tefah, d'après les tentes d'impureté. Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna : quatre, d'après les domaines de Chabbat. Chemouel : dix, d'après la soukka elle-même -- kehekhcharah kakh pesoulah, ce qui n'est pas une soukka n'invalide pas. Segments 7 et 8 -- objection contre Chemouel depuis la michna R. Yehouda : sans habitants dans celle du haut, celle du bas est kachère. Ein diourin ne peut pas vouloir dire des habitants réels. Donc : non apte à l'habitation, soit moins de dix tefahim. Le tana kama invalide malgré tout -- contre Chemouel. Segments 9 à 11 -- Rav Dimi sauve Chemouel : on déplace le critère En Erets Israël : ein diourin ne vise pas la hauteur mais la solidité -- le sekhakh du bas porte-t-il coussins et couvertures ? Nafka mina entre le tana kama et R. Yehouda : le cas où il les porte al yedei ha-dehak, à grand-peine. Segment 12 -- nouvelle michna : le drap (sadin) Étendu sur le sekhakh contre le soleil, ou dessous contre la chute des feuilles, ou sur un kinof : passoul. Mais sur les naklitin -- deux montants, toit en pente sans tefah de large -- c'est permis : ce n'est pas un ohel. Segment 13 -- Rav Hisda : tout tient à l'intention Contre la chute des feuilles : le drap devient un sekhakh, donc passoul (il reçoit l'impureté). Pour embellir : elle reste kachère. On aurait pu croire que la michna énonçait seulement le cas ordinaire -- non : sa formulation est précise. Segment 14 -- un appui : la braita des ornements Une soukka couverte selon la règle puis ornée de tentures, de draps décorés, de fruits et de coupes de vin reste valable : on n'y voit pas un second sekhakh. Il est seulement interdit d'en tirer profit -- la suite en 10b. Le nerf commun des deux moitiés Quand une couverture superflue compte-t-elle comme un toit à part entière ? Par sa distance (soukka sur soukka) ou par sa fonction (le drap).
Le fil du folio : la mesure du vide entre deux soukkot, puis le statut du drap tendu.
Les quatre cas de Rabbi Yirmeya : deux variables commandent tout Variable 1 : chaque sekhakh est-il valable (ombre > soleil) ? -- Variable 2 : la hauteur, en deçà ou au-delà de vingt coudées Cas A -- Bas KACHÈRE, haut PASSOUL (segment 0) haut : soleil > ombre bas : ombre > soleil Le sekhakh du haut n'est pas un sekhakh : pas de soukka sous soukka. Condition : les deux en deçà de vingt coudées du sol. Cas B -- Haut KACHÈRE, bas PASSOUL (segment 1) haut : valable bas : sous une soukka Les deux sekhakh sont valables. Celui du haut est en deçà de vingt coudées du toit du bas : le bas est bien une soukka sous une soukka. Pourquoi le cas A méritait d'être enseigné (segment 2) Hava amina : décrétons le bas passoul, de peur qu'on ne confonde avec le cas où le sekhakh du haut est au-dessus de vingt coudées -- là, il est passoul par sa hauteur, il se joint (tsirouf) au sekhakh kacher du bas et l'invalide. On croirait pouvoir l'ignorer. Conclusion : lo gazrinan ha atou ha -- on ne décrète pas un cas à cause de l'autre. Les deux autres cas, déjà donnés en 9b Les deux kachères : les deux sekhakh valables, mais séparés de moins que la mesure -- ce n'est qu'une seule soukka. Les deux passoul : par exemple lorsque le sekhakh du haut est au-dessus de vingt coudées et que celui du bas est sous une soukka. Note de Rachi (segment 1) : les vingt coudées se comptent depuis le toit du bas, qui fait office de sol pour celle du haut.
Les quatre cas de Rabbi Yirmeya et le seul qui apportait du neuf : pas de décret de tsirouf.
Quel vide sépare deux soukkot ? Trois mesures, trois modèles Chaque Amora importe sa mesure d'un autre domaine du droit : tentes d'impureté, domaines de Chabbat, ou la soukka elle-même Rav Houna 1 tefah Modèle : ohalei toum'a, les tentes d'impureté. Un tefah sur un tefah, haut d'un tefah, transmet l'impureté et fait écran. En deçà : rien. Logique : la mesure minimale d'un espace couvert en soi. Rachi : en deçà d'un tefah, les deux couvertures ne font qu'un sekhakh. Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna 4 tefahim Modèle : les domaines de Chabbat. On ne trouve pas de lieu important -- ni karmelit ni domaine privé -- en deçà de quatre tefahim. Logique : la mesure minimale d'un espace qui compte à part. Tossefot ajoute : quatre vaut aussi en hauteur, pour valoir ouverture. Chemouel 10 tefahim Modèle : la soukka elle-même. Kehekhcharah kakh pesoulah -- comme sa validité, ainsi son invalidité. Logique : seul ce qui pourrait être une soukka en invalide une. Rachi : le verset a invalidé au titre de deux soukkot -- pas de soukka, L'objection contre Chemouel (segments 7 et 8) R. Yehouda seul déclare le bas kachère quand il n'y a pas d'habitants en haut. Ein diourin ne peut viser des habitants réels -- ce ne sont pas les habitants qui invalident. Donc : inapte à l'habitation, c'est-à-dire moins de dix tefahim. Or le tana kama, lui, invalide même alors -- donc les Sages refusent le principe de Chemouel. Difficulté. La sortie de Rav Dimi (segments 9 à 11) : changer de critère En Erets Israël on lit : ein diourin = le sekhakh du bas ne supporte pas les coussins et couvertures de celle du haut. Ce n'est plus la hauteur, c'est la solidité. Chemouel est sauvé, et le principe kehekhcharah kakh pesoulah devient même la raison de R. Yehouda (Rachi). Nafka mina restante : elle supporte al yedei ha-dehak, à grand-peine. Tana kama : passoul. R. Yehouda : kachère.
Un tefah, quatre ou dix : trois modèles importés, et la réponse de Rav Dimi qui déplace le critère.
La michna du drap : quatre configurations, deux motifs d'invalidité Motif 1 : le drap devient un sekhakh et il reçoit l'impureté -- Motif 2 : le drap forme un ohel qui sépare de la soukka 1. Sur le sekhakh contre le soleil drap sekhakh PASSOUL Le drap sert d'abri : il devient sekhakh, et il reçoit l'impureté. 2. Sous le sekhakh contre le nechar (chute) sekhakh drap PASSOUL Il retient feuilles et brindilles : même motif -- c'est un sekhakh. 3. Sur un kinof lit à quatre montants sekhakh toit plat, large d'un tefah PASSOUL Autre motif : ce drap forme un ohel qui le sépare du sekhakh. 4. Sur des naklitin lit à deux montants pente : pas de tefah plat KACHÈRE Sans toit plat large d'un tefah, ce n'est pas un ohel (Rachi). Rav Hisda (segment 13) : l'intention décide -- mais seulement pour les cas 1 et 2 Contre la chute des feuilles : il a fait du drap un abri, donc un sekhakh -- passoul. Pour l'embellir (lena'ôta) : le nom de sekhakh ne porte pas sur lui, la soukka reste kachère. Rachi refuse d'expliquer l'invalidité par les deux sekhakh : Rav Hisda exigerait alors quatre tefahim. La lecture concurrente des Gueonim et de Rabbenou Tam (Tossefot, segment 12) Le drap n'invalide que s'il est la cause de l'ombre : sans lui, le soleil l'emportait. Si l'ombre l'emporte déjà, il ne joint pas son invalidité au sekhakh kacher. Objection à Rachi : R. Yo'hanan fils de R. Ilai étendit lui aussi un drap sur lui quand le soleil l'atteignit (Soukka 27b).
Les quatre configurations du drap et les deux motifs distincts d'invalidité.
1
הֵיכִי דָמֵי? כְּגוֹן שֶׁהַתַּחְתּוֹנָה צִלָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ, וְעֶלְיוֹנָה חֲמָתָהּ מְרֻובָּה מִצִּלָּתָהּ, וְקָיְימִי תַּרְוַייְהוּ בְּתוֹךְ עֶשְׂרִים.

Comment cela ? Par exemple lorsque, pour celle du bas, son ombre dépasse son ensoleillement (tsilata merouba mehamata — elle est donc valable), et que pour celle du haut, son ensoleillement dépasse son ombre (son sekhakh n'en est donc pas un), et que les deux se tiennent en deçà de vingt (coudées).

📜 Rachi (1)
תַּחְתּוֹנָה כְּשֵׁרָה וְעֶלְיוֹנָה פְּסוּלָה ה"ד כְּגוֹן שֶׁהַתַּחְתּוֹנָה צִלָּתָהּ מְרֻובָּה כו' דִּסְכָךְ שֶׁל עֶלְיוֹנָה לָאו סְכָךְ הוּא וְלָא מִיפַּסְלָה תַּחְתּוֹנָה מִשּׁוּם סֻוכָּה תַּחַת סֻוכָּה וְעֶלְיוֹנָה פְּסוּלָה מִשּׁוּם דְּחַמָּתָהּ מְרֻובָּה מִצִּלָּתָהּ וּכְגוֹן דְּקָיְימִי תַּרְוַייְהוּ בְּתוֹךְ כ' לָאָרֶץ דְּאִי עֶלְיוֹנָה לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַף תַּחְתּוֹנָה פְּסוּלָה מִשּׁוּם דְּמִצְטָרֵף סְכָךְ פָּסוּל בַּהֲדֵי כָּשֵׁר מִשּׁוּם דִּסְכָךְ לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים פְּסוּלָה אֲבָל כִּי קָאֵי בְּתוֹךְ כ' לִצְטָרֵף וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְהֵא צִלָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ דְּתִפְּסִיל תַּחְתּוֹנָה מִשּׁוּם סֻוכָּה תַּחַת סֻוכָּה:
Car le sekhakh de celle du haut n'est pas un sekhakh (puisque son ensoleillement l'emporte) : celle du bas n'est donc pas invalidée au titre de soukka sous soukka ; et celle du haut est passoul parce que son ensoleillement dépasse son ombre. Et il faut que les deux se tiennent en deçà de vingt coudées du sol : car si celle du haut se trouvait au-dessus de vingt, celle du bas serait passoul elle aussi, parce que le sekhakh passoul se joint (mitstaref) au sekhakh kacher — un sekhakh placé au-dessus de vingt coudées étant passoul. Mais lorsqu'il se tient en deçà de vingt, [il ne] se joint [pas au kacher] ; à la seule condition que son ombre ne dépasse pas son ensoleillement, ce qui rendrait celle du bas passoul au titre de soukka sous soukka.
💡 Explication

Ce folio s'ouvre au milieu d'une phrase : Rabbi Yirmeya avait annoncé en 9b quatre combinaisons pour une soukka sur soukka, et la guemara les détaille une à une. Ici, le troisième cas : celle du bas kachère, celle du haut passoul.

Le mécanisme est simple une fois posé le vocabulaire. Un sekhakh n'est un sekhakh que si tsilata merouba mehamata — son ombre dépasse son ensoleillement. Si celui du haut est trop clairsemé, il n'existe pas en droit : il n'y a donc pas deux soukkot, et celle du bas est valable. Lui, en revanche, est passoul pour cette même raison.

Rachi ajoute la condition cachée : il faut que le sekhakh du haut soit en deçà de vingt coudées. Sinon il serait passoul pour un second motif — la hauteur — et ce sekhakh-là, lui, se joindrait (tsirouf) au sekhakh valable du bas pour l'invalider.

2
וּפְעָמִים שֶׁהָעֶלְיוֹנָה כְּשֵׁרָה וְתַחְתּוֹנָה פְּסוּלָה הֵיכִי דָּמֵי? כְּגוֹן דְּתַרְוַיְיהוּ צִלָּתָן מְרֻובָּה מֵחֲמָתָן, וְקָייְמָא עֶלְיוֹנָה בְּתוֹךְ עֶשְׂרִים.

Et il y a des cas où celle du haut est kachère et celle du bas passoul. Comment cela ?

Par exemple lorsque, pour les deux, leur ombre dépasse leur ensoleillement, et que celle du haut se tient en deçà de vingt (coudées).

📜 Rachi (2)
ה"ד דְּתַחְתּוֹנָה פְּסוּלָה מִשּׁוּם סֻוכָּה תַּחַת סֻוכָּה:
Au titre de soukka sous soukka.
וְקַייְמָא עֶלְיוֹנָה בְּתוֹךְ כ' לְגַגָּהּ שֶׁל תַּחְתּוֹנָה דְּהוּא קַרְקָעִיתָהּ דְּעֶלְיוֹנָה:
par rapport au toit de celle du bas, qui constitue le sol de celle du haut.
💡 Explication

Le quatrième cas, exactement symétrique du précédent. Les deux sekhakh sont valables : il y a donc réellement deux soukkot, et celle du bas tombe sous la règle de la michna — une soukka sous une soukka est passoul.

La glose de Rachi sur les vingt coudées est décisive pour la lecture : les vingt coudées de celle du haut ne se comptent pas depuis le sol, mais depuis le toit de celle du bas, qui fait office de plancher pour celle du haut. Chaque soukka se mesure dans son propre espace.

3
פְּשִׁיטָא! תַּחְתּוֹנָה כְּשֵׁרָה וְעֶלְיוֹנָה פְּסוּלָה אִיצְטְרִיכָא לֵיהּ. מַהוּ דְתֵימָא: נִיגְזַר דִּילְמָא מִצְטָרֵף סְכָךְ פָּסוּל בַּהֲדֵי סְכָךְ כָּשֵׁר, קָא מַשְׁמָע לַן.

C'est évident ! — C'est le cas où celle du bas est kachère et celle du haut passoul qu'il lui fallait (enseigner). Car tu aurais pu dire : décrétons (l'invalidité de celle du bas), de peur que le sekhakh passoul ne se joigne au sekhakh kacher ; il nous fait donc savoir (qu'il n'en est rien).

📜 Rachi (3)
פְּשִׁיטָא דְּכִי חַד מִנַּייְהוּ חַמָּתָהּ מְרֻובָּה לָאו סֻוכָּה תַּחַת סֻוכָּה הִיא וּמַאי אַשְׁמְעִינַן רַבִּי יִרְמְיָה:
Car lorsque, pour l'une des deux, l'ensoleillement l'emporte, ce n'est pas un cas de soukka sous soukka : que nous apprend donc Rabbi Yirmeya ?
תַּחְתּוֹנָה כְּשֵׁרָה וְעֶלְיוֹנָה פְּסוּלָה אִיצְטְרִיכָא לֵיהּ כִּדְקַייְמָא עֶלְיוֹנָה בְּתוֹךְ כ':
dans le cas où celle du haut se tient en deçà de vingt (coudées).
מ"ד נִיגְזֹר לְמִיפְסַל תַּחְתּוֹנָה מִשּׁוּם זִמְנִין דְּקַייְמָא עֶלְיוֹנָה לְמַעְלָה דְּלָא מַסִּיק אַדַּעְתֵּיהּ לְמִיחַשׁ אַתַּחְתּוֹנָה מִשּׁוּם צֵירוּף פָּסוּל עִם כָּשֵׁר וּמִדְּחָזֵי לָעֶלְיוֹן חַמָּתָהּ מְרֻובָּה סָבַר כְּמַאן דְּלֵיתֵיהּ הוּא וְלָא פְּסִיל לַתַּחְתּוֹנָה קמ"ל דְּלָא גָּזְרִינַן הָא אַטּוּ הָא:
(Tu aurais pu dire :) décrétons celle du bas passoul, parce qu'il arrive que celle du haut se tienne au-dessus (de vingt coudées) et qu'alors on ne songe pas à craindre pour celle du bas au titre de la jonction (tsirouf) du passoul avec le kacher : voyant que, pour celle du haut, l'ensoleillement l'emporte, on la tiendra pour inexistante et l'on ne déclarera pas celle du bas passoul. Il nous fait donc savoir qu'on ne décrète pas ce cas-ci à cause de ce cas-là.
💡 Explication

La guemara conteste l'intérêt des deux cas : ils vont de soi. La réponse isole le seul qui apportait du neuf — le cas où celle du bas est kachère.

Le raisonnement de Rachi vaut la peine d'être suivi pas à pas. Le danger n'est pas dans le cas énoncé, mais dans un cas voisin : celui où le sekhakh du haut est au-dessus de vingt coudées. Là, il est passoul par la hauteur, et il se joint au sekhakh du bas pour l'invalider. Or l'observateur ne voit qu'une chose — un sekhakh clairsemé — et conclura à tort qu'il est négligeable dans les deux cas.

On aurait donc pu vouloir décréter par précaution. La guemara refuse : lo gazrinan ha atou ha, on ne décrète pas un cas à cause d'un autre.

4
כַּמָּה יְהֵא בֵּין סֻוכָּה לְסֻוכָּה. וּתְהֵא תַּחְתּוֹנָה פְּסוּלָה?

« Quel espace doit-il y avoir entre une soukka et une soukka » — (c'est-à-dire : à partir de quel intervalle) celle du bas serait-elle passoul ?

📜 Rachi (1)
וְכַמָּה יְהֵא הֶפְסֵק בֵּין סְכָךְ לְסַכֵּךְ וְתִפְסוֹל תַּחְתּוֹנָה מִשּׁוּם סֻוכָּה תַּחַת סֻוכָּה דְּלָא נֵימָא חַד סֻוכָּה הוּא:
de séparation entre un sekhakh et l'autre, pour que celle du bas devienne passoul au titre de soukka sous soukka, et qu'on ne dise pas qu'il ne s'agit que d'une seule soukka.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' אָמַר רַב הוּנָא לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁאֵין שָׁם חָלָל טֶפַח בְּמֶשֶׁךְ שִׁבְעָה אֲבָל יֵשׁ שָׁם חָלָל טֶפַח בְּמֶשֶׁךְ שִׁבְעָה הֲרֵי זוֹ סֻוכָּה. דְּכֵיוָן שֶׁהִנִּיחַ מִתְּחִילָּה חָלָל טֶפַח לְצֵל הֲרֵי הוּא חָשׁוּב אֹהֶל וְשֵׁם סְכָךְ עָלָיו וּכְשֶׁחוֹטֵט מִמַּטָּה לְמַעְלָה עַד שֶׁמַּגְבִּיהַּ אֶת הֶחָלָל עֲשָׂרָה אֵין זוֹ עֲשִׂיָּיתָהּ שֶׁאֵינוֹ מְתַקֵּן אֶלָּא הַדְּפָנוֹת וּבִדְפָנוֹת לָא אָמְרִינַן תַּעֲשֶׂה וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי וַהֲרֵי הִיא כְּשֵׁרָה כְּסֻוכָּה פְּחוּתָה מֵעֲשָׂרָה וְחָקַק בָּהּ לְהַשְׁלִימָהּ לַעֲשָׂרָה. ואע"פ שֶׁמִּתְּחִלָּה לֹא נַעֲשָׂה לְשֵׁם סֻוכָּה הָא מַכְשִׁירִין ב"ה בְּסֻוכָּה יְשָׁנָה. וּמָצֵי לְמֵימַר דְּרַב הוּנָא לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר לְעֵיל (סֻוכָּה דַּף י.) גַּבֵּי אֲוִיר שֶׁבֵּין סֻוכָּה לְסֻוכָּה טֶפַח אֲבָל נִרְאֶה דַּאֲפִילּוּ לָמֶ"ד ד' הָכָא מוֹדֶה דְּהָא לִשְׁמוּאֵל דְּאָמַר הָתָם י' הָכָא לֹא שַׁיָּיךְ לְמֵימְרֵי' דְּאֵין כָּאן חוֹטֵט לַעֲשׂוֹת סֻוכָּה שֶׁהֲרֵי מִתְּחִילָּה עָשָׂה שִׁיעוּר סֻוכָּה לְצֵל. וְכָתַב רַבֵּינוּ אֲבִי הָעֶזְרִי בְּשֵׁם רַבּוֹתָיו אִם הַגָּדִישׁ גָּדוֹל וְלֹא הִנִּיחַ חָלָל טֶפַח אֶלָּא בְּמֶשֶׁךְ ז' וְשׁוּב חִטֵּט בּוֹ הַרְבֵּה וְעָשָׂה סֻוכָּה גְּדוֹלָה אֵינָהּ כְּשֵׁירָה כֻּולָּהּ עַל יְדֵי מֶשֶׁךְ ז' וְלָא דָּייְנִינַן לֵיהּ כְּפַסָּל הַיּוֹצֵא מִן הַסֻּוכָּה דְּהָא לָא מִימַּשְׁכָא חַד דֹּופֶן בַּהֲדֵיהּ וְאִם חָטַט ד' אַמּוֹת מְשַׁנֵּי צְדָדִין יוֹתֵר עַל הֶחָלָל אַף הֶחָלָל פָּסוּל דִּסְכָךְ פָּסוּל מִן הַצַּד פּוֹסֵל בְּד' אַמּוֹת. וְהָא דְּאָמַר רַב הוּנָא בְּמֶשֶׁךְ ז' לָאו לְאַכְשׁוֹרֵי אַף בְּמָקוֹם שֶׁלֹּא הִנִּיחַ מֵאַחַר שֶׁהִנִּיחַ כְּדֵי הֶכְשֵׁר סֻוכָּה אֶלָּא נְקַט שִׁיעוּר סֻוכָּה דְּבִבְצִיר מֵהָכִי לָא מְהַנֵּי אַף בְּמָקוֹם שֶׁמַּנִּיחַ:
Guemara. Rav Houna a dit : on n'a enseigné (que ce n'est pas une soukka) que lorsqu'il n'y a pas là un vide (halal) d'un tefah sur une longueur de sept (tefahim) ; mais s'il y a un vide d'un tefah sur une longueur de sept, c'est bien une soukka. Car dès lors qu'il a ménagé dès le départ un vide d'un tefah pour l'ombre, celui-ci est considéré comme une tente (ohel) et le nom de sekhakh porte déjà sur lui ; et lorsqu'il creuse ensuite de bas en haut jusqu'à porter le vide à dix (tefahim), ce n'est pas là sa confection (assiyata) : il n'aménage que les parois, et pour les parois on ne dit pas ta'asse ve-lo min hé-assouy (elle doit être faite, et non pas déjà faite). Elle est donc kachère, comme une soukka de moins de dix tefahim dans laquelle on creuse le sol pour la porter à dix. Et bien qu'à l'origine elle n'ait pas été faite en vue de la soukka, Beit Hillel déclarent pourtant valable une soukka ancienne (soukka yechana). On pourrait dire que Rav Houna suit ici sa propre position, lui qui a dit plus haut (Soukka 10a), à propos de l'espace vide entre une soukka et une soukka : un tefah. Mais il semble que même celui qui dit quatre (tefahim) concède ici ; car selon Chemouel, qui dit là-bas dix, on ne pourrait plus soutenir ici qu'il n'y a pas de creusement destiné à faire une soukka, puisqu'il a des le départ ménagé la mesure d'une soukka pour l'ombre. Et Rabbenou Avi ha-Ezri (le Ra'avia) a écrit au nom de ses maîtres : si la meule était grande et qu'il n'a ménagé un vide d'un tefah que sur une longueur de sept, puis qu'il y a creusé largement et fait une grande soukka, elle n'est pas kachère tout entière en vertu de cette longueur de sept ; et on ne la juge pas comme un passal yotse min ha-soukka (le prolongement du sekhakh hors de la soukka), car aucune paroi ne se prolonge avec lui. Et s'il a creusé quatre coudées des deux côtés au-delà du vide, même le vide devient passoul, car un sekhakh passoul sur le côté invalide sur quatre coudées. Et lorsque Rav Houna dit « sur une longueur de sept », ce n'est pas pour déclarer valable même l'endroit où il n'a rien ménagé du fait qu'il a ménagé la mesure d'une soukka valable ; il énonce simplement la mesure d'une soukka, car en deçà de cela cela ne sert de rien, même à l'endroit où il a ménagé (le vide).
💡 Explication

Nouvelle question, et elle est de mesure. Tout ce qui précède supposait qu'il y avait deux soukkot distinctes. Mais si les deux sekhakh sont presque collés, ils n'en font qu'un — et il n'y a qu'une seule soukka, parfaitement valable.

Rachi formule l'enjeu avec précision : la question porte sur le hefsek, l'intervalle séparateur, à partir duquel on cesse de dire « c'est une seule soukka ». Trois réponses vont suivre, et chacune ira chercher son étalon dans un autre domaine du droit.

5
אָמַר רַב הוּנָא: טֶפַח, שֶׁכֵּן מָצִינוּ בְּאָהֳלֵי טֻומְאָה טֶפַח. (דְּתַנְיָא:) טֶפַח עַל טֶפַח בְּרוּם טֶפַח — מֵבִיא אֶת הַטֻּומְאָה, וְחוֹצֵץ בִּפְנֵי הַטֻּומְאָה. אֲבָל פָּחוֹת מֵרוּם טֶפַח — לֹא מֵבִיא, וְלֹא חוֹצֵץ.

Rav Houna a dit : un tefah (largeur de main), car nous trouvons de même un tefah pour les tentes d'impureté (ohalei toum'a). (Comme il a été enseigné :) un tefah sur un tefah, sur une hauteur d'un tefah — cela transmet l'impureté et fait écran devant l'impureté.

Mais moins d'un tefah de hauteur — cela ne transmet pas et ne fait pas écran.

📜 Rachi (2)
טֶפַח אֲבָל בְּצִיר מִטֶּפַח חַד סְכָכָה הוּא:
Mais en deçà d'un tefah, c'est un seul et même sekhakh.
טֶפַח עַל טֶפַח בְּרוּם טֶפַח מֵבִיא אֶת הַטֻּומְאָה וְחוֹצֵץ בִּפְנֵי הַטֻּומְאָה הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי הוּא אֲבָל פָּחוֹת מִטֶּפַח לֹא מֵבִיא וְלֹא חוֹצֵץ לֹא מֵבִיא אֶת הַטֻּומְאָה [אִם] טֻומְאָה תַּחַת רֹאשׁוֹ אֶחָד וְכֵלִים תַּחַת רֹאשׁוֹ שֵׁנִי וְהִיא קוֹרָה אֲרֻוכָּה וּרְחָבָה טֶפַח וּרְאוּיָה לְהָבִיא טֻומְאָה לָא מַייְתֵי מִשּׁוּם דְּלֵיכָּא רוּם הֶפְסֵק טֶפַח מִמֶּנּוּ וְלַקַּרְקַע וְלֹא חוֹצֵץ אִם יֵשׁ כְּלִי עַל גַּבָּהּ כְּנֶגֶד הַטֻּומְאָה אֲפִילּוּ עַד לָרָקִיעַ טָמֵא דְּטֻומְאָה רְצוּצָה שֶׁאֵין לָהּ אֹהֶל טֶפַח בּוֹקַעַת וְעוֹלָה:
C'est une halakha transmise à Moche au Sinaï. « Mais moins d'un tefah ne transmet pas et ne fait pas écran » : « ne transmet pas l'impureté » — si l'impureté se trouve sous l'une des extrémités (d'une poutre) et des ustensiles sous l'autre extrémité, et qu'il s'agit d'une poutre longue et large d'un tefah, apte à transmettre l'impureté, elle ne la transmet pas, parce qu'il n'y a pas un tefah de hauteur libre entre elle et le sol. « Et ne fait pas écran » — s'il y a un ustensile au-dessus d'elle, à l'aplomb de l'impureté, il est impur, et ce jusqu'au firmament : car une impureté comprimée (toum'a retsoutsa), qui n'a pas une tente d'un tefah, fend (l'obstacle) et monte.
🗂️ Tossefot (1)
אָמַר רַב הוּנָא טֶפַח. אע"ג דִּלְקַמָּן פֶּרֶק הַיָּשֵׁן (סֻוכָּה דַּף כב:) אָמְרִינַן חֲבֹוט רָמֵי הָכָא לֹא שַׁיָּיךְ:
Bien que plus loin, au chapitre Ha-Yachen (Soukka 22b), nous disions havot rami (on considère une paroi comme rabattue vers le bas), cela ne s'applique pas ici.
💡 Explication

Première réponse : un tefah. L'argument n'est pas tiré de la soukka mais du droit de l'impureté des cadavres. Un espace d'un tefah cube constitue un ohel, une tente : il transmet l'impureté à tout ce qu'il abrite (mevi) et l'empêche de monter plus haut (hotsets).

Le principe sous-jacent : le tefah est la plus petite mesure à partir de laquelle un espace couvert existe en droit. En deçà, la couverture et le sol sont collés : il n'y a pas d'espace. Rachi transpose : en deçà d'un tefah entre les deux sekhakh, il n'y a pas deux couvertures mais une seule.

La glose de Tossefot écarte une objection technique : ailleurs on applique havot rami — une fiction qui rabat une paroi vers le bas pour combler un vide. Ici, dit Tossefot, cette fiction n'a pas cours.

🖼️ Schéma
L'analogie de Rav Houna : le tefah des tentes d'impureté Un tefah sur un tefah, haut d'un tefah : la mesure à partir de laquelle un espace couvert existe en droit Hauteur d'un tefah ou plus poutre 1 tefah MÉVI -- transmet l'impureté d'un bout à l'autre HOTSETS -- fait écran, elle ne monte pas Un espace couvert existe : c'est un ohel. Moins d'un tefah de hauteur < 1 l'impureté fend et monte Ni transmission ni écran : toum'a retsoutsa, l'impureté comprimée traverse jusqu'au ciel. Rachi : en deçà d'un tefah, c'est un seul et même sekhakh -- une seule soukka. Le transfert vers notre sujet Si un tefah suffit à faire exister une tente pour l'impureté, il suffit à séparer deux sekhakh : au-delà, ce sont deux soukkot.
L'étalon importe par Rav Houna : le tefah qui fait exister une tente pour l'impureté.
6
וְרַב חִסְדָּא וְרַבָּה בַּר רַב הוּנָא אָמְרִי: אַרְבָּעָה, שֶׁלֹּא מָצִינוּ מָקוֹם [חָשׁוּב] פָּחוֹת מֵאַרְבָּעָה.

Et Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna disent : quatre (tefahim), car nous n'avons pas trouvé d'espace [considéré comme] important en deçà de quatre.

📜 Rachi (1)
שֶׁלֹּא מָצִינוּ מָקוֹם חָשׁוּב לִהְיוֹת רְשׁוּת לְעַצְמוֹ לֹא כַּרְמְלִית וְלֹא רה"י פָּחוֹת מֵאַרְבָּעָה כִּדְאָמַר בִּיצִיאוֹת הַשַּׁבָּת (דַּף ז.) וְהָכָא נָמֵי לָאו רְשׁוּת לְעַצְמוֹ הִיא לְאַקְרוֹיֵי סֻוכָּה תַּחַת סֻוכָּה:
— c'est-à-dire un espace qui constitue un domaine à part entière, ni karmelit ni domaine privé (rechout ha-yahid), en deçà de quatre (tefahim), comme il est dit au chapitre Yetsiot ha-Chabbat (Chabbat 7a). Ici aussi, (en deçà de quatre) ce n'est pas un domaine à part, de sorte qu'on puisse parler de soukka sous soukka.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁלֹּא מָצִינוּ מָקוֹם פָּחוֹת מִד'. הַייְנוּ לְעִנְיַן רְשׁוּת הַיָּחִיד וְכַרְמְלִית כִּדְפֵירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס וּלְעִנְיַן גֹּובַהּ נַמֵּי אַשְׁכְּחַן בְּרֵישׁ חַלּוֹן (עֵירוּבִין דַּף עו.) לֵיחָשֵׁב כְּפֶתַח:
Cela vaut pour le domaine privé et la karmelit, comme l'a expliqué le Kountras (Rachi) ; et pour la hauteur également, nous trouvons (cette mesure) au début du chapitre Ha-Halon (Erouvin 76a), pour être considéré comme une ouverture.
💡 Explication

Deuxième réponse : quatre tefahim, et le modèle change. On ne demande plus « à partir de quand un espace existe-t-il ? » mais « à partir de quand un espace compte-t-il comme une unité autonome ? ».

L'étalon vient du droit de Chabbat : un lieu n'acquiert le statut de domaine — ni karmelit (domaine intermédiaire) ni rechout ha-yahid (domaine privé) — qu'à partir de quatre tefahim sur quatre. En deçà, il est absorbé par ce qui l'entoure. Même chose ici : sans quatre tefahim de vide, la soukka du haut n'est pas une entité séparée.

7
וּשְׁמוּאֵל אָמַר: עֲשָׂרָה. מַאי טַעְמָא דִּשְׁמוּאֵל — כְּהֶכְשֵׁרָהּ כָּךְ פְּסוּלָה. מָה הַכְּשֵׁרָה בַּעֲשָׂרָה, אַף פְּסוּלָה בַּעֲשָׂרָה.

Et Chemouel a dit : dix (tefahim). Quel est le raisonnement de Chemouel ? — Comme sa validité, ainsi son invalidité : de même que sa validité (comme soukka) exige dix, de même son pouvoir d'invalider exige dix.

📜 Rachi (1)
כְּהֶכְשֵׁרָהּ כָּךְ פְּסוּלָה מִשּׁוּם שְׁתֵּי סֻוכּוֹת פָּסְלָה קְרָא וְכִי לֵית בָּהּ בָּעֶלְיוֹנָה הֶכְשֵׁר סֻוכָּה לָאו סֻוכָּה הִיא וְלֹא פָּסְלָה:
C'est au titre de deux soukkot que le verset a invalidé ; or, lorsque celle du haut n'a pas les conditions de validité d'une soukka, ce n'est pas une soukka, et elle n'invalide donc pas.
💡 Explication

Troisième réponse, et la plus exigeante : dix tefahim. Chemouel refuse d'aller chercher un étalon ailleurs. Sa formule — kehekhcharah kakh pesoulah, comme sa validité ainsi son invalidité — pose une symétrie : la mesure qui fait qu'une cabane est une soukka est aussi celle qui lui donne le pouvoir d'en invalider une autre.

Rachi en donne la raison de fond : le verset n'a invalidé qu'au titre de deux soukkot. S'il n'y en a qu'une et demie — une soukka valable surmontée d'un réduit de huit tefahim — le cas n'est même pas dans le champ de l'interdit. Ce principe va être attaque aux segments suivants.

🖼️ Schéma
Le principe de Chemouel : kehekhcharah kakh pesoulah Comme sa validité, ainsi son invalidité -- la mesure qui fait une soukka est celle qui permet d'en invalider une autre Côté validité (hekhcher) Une cabane de moins de dix tefahim n'est pas une soukka valable. Dix tefahim = le seuil de l'habitation. C'est le seuil admis par tous. symétrie Côté invalidité (pessoul) Une cabane de moins de dix tefahim n'invalide pas celle du dessous. Il faut dix tefahim d'écart entre les deux sekhakh. Le raisonnement de Rachi C'est au titre de deux soukkot que le verset a invalidé. Or ce qui n'a pas les conditions d'une soukka n'est pas une soukka -- et ne peut donc pas former le second terme du couple. L'objection du segment 8 attaquera précisément ce point.
La symétrie posée par Chemouel entre les conditions de validité et le pouvoir d'invalider.
8
תְּנַן, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אִם אֵין דָּיוֹרִין בָּעֶלְיוֹנָה — הַתַּחְתּוֹנָה כְּשֵׁרָה.

Nous avons appris (dans la michna) : Rabbi Yehouda dit — s'il n'y a pas d'habitants dans celle du haut, celle du bas est kachère.

9
מַאי אֵין דִּיּוּרִין? אִילֵּימָא דִּיּוּרִין מַמָּשׁ: אַטּוּ דָּיוֹרִין קָא גָרְמִי? אֶלָּא לָאו, מַאי אֵין דִּיּוּרִין — כָּל שֶׁאֵינָהּ רְאוּיָה לְדִירָה, וְהֵיכִי דָּמֵי? דְּלָא גְּבוֹהָה עֲשָׂרָה. מִכְּלָל דְּתַנָּא קַמָּא סָבַר אַף עַל פִּי שֶׁאֵינָהּ רְאוּיָה לְדִירָה פְּסוּלָה.

Que signifie « il n'y a pas d'habitants » ? Si l'on dit : des habitants au sens propre — est-ce donc que ce sont les habitants qui causent (l'invalidité) ?

Mais alors, que signifie « il n'y a pas d'habitants » ? Toute (soukka) qui n'est pas apte à l'habitation.

Et comment cela ? Lorsqu'elle n'a pas dix (tefahim) de haut.

On en déduit donc que le tana kama estime que, même lorsqu'elle n'est pas apte à l'habitation, (celle du bas) est passoul.

📜 Rachi (3)
אִי נֵימָא דִּיּוּרִין מַמָּשׁ שֶׁאֵין בָּהּ אָדָם:
— qu'il n'y a personne à l'intérieur.
אַטּוּ דִּיּוּרִין גַּרְמֵי מִכָּל מָקוֹם סֻוכָּה תַּחַת סֻוכָּה הִיא:
En tout état de cause, c'est bien une soukka sous une soukka.
אֶלָּא לָאו שֶׁאֵינָהּ רְאוּיָה לְדִירָה וְהֵיכִי דָּמֵי דְּלָא גָּבוֹהַּ י' מִכְּלָל דת"ק כו' וְקַשְׁיָא לִשְׁמוּאֵל מִדְּרַבָּנָן:
Et cela fait difficulté à Chemouel, à partir de (l'avis des) Sages.
💡 Explication

L'attaque contre Chemouel. Elle procède par élimination des lectures de ein diourin (« pas d'habitants »).

Au sens propre — personne n'y loge — c'est absurde : la présence effective d'habitants ne crée ni ne détruit le statut de soukka. Reste donc : inapte à l'habitation, ce qui veut dire moins de dix tefahim de haut.

Le coup porte alors par implication. Si c'est Rabbi Yehouda qui doit préciser cela, c'est que le tana kama ne le concède pas : pour lui, celle du bas est passoul même quand celle du haut n'atteint pas dix tefahim. Or Chemouel disait l'inverse. Comme le note Rachi, la difficulté vient de l'avis des Sages, qui est l'avis dominant.

🖼️ Schéma
Que veut dire ein diourin ba-elyona -- pas d'habitants en haut ? Trois lectures possibles ; deux sont écartées, la troisième sauve Chemouel Lecture 1 -- des habitants au sens propre : personne n'y loge (Rachi) Réfutée aussitôt : ato diourin kagremi -- est-ce donc que ce sont les habitants qui causent l'invalidité ? Si celle du haut est une vraie soukka, elle reste une soukka au-dessus de l'autre, qu'on y dorme ou non. Lecture 2 -- inapte à l'habitation, c'est-à-dire moins de dix tefahim de haut C'est la lecture spontanée de la guemara. Mais elle produit une conséquence gênante : si R. Yehouda seul l'admet, le tana kama, lui, invalide celle du bas même lorsque celle du haut n'atteint pas dix tefahim. Conséquence : les Sages rejettent kehekhcharah kakh pesoulah -- difficulté contre Chemouel. Lecture 3 -- Rav Dimi au nom de l'Occident : inapte parce que le sekhakh du bas ne porte rien Si le sekhakh de celle du bas n'est pas assez solide pour supporter les coussins et couvertures de celle du haut, on ne peut pas dormir en haut : celle du haut n'est pas une résidence, et elle n'invalide pas. Le critère n'est plus la hauteur mais la solidité. Rachi ajoute : c'est même la raison de Chemouel qui opère ici. Chemouel n'est donc plus contredit. Reste la nafka mina du segment 11 : elle porte al yedei ha-dehak, à grand-peine. Tana kama : passoul. R. Yehouda : kachère.
Les trois lectures de ein diourin, et celle qui permettra de sauver Chemouel.
10
כִּי אֲתָא רַב דִּימִי, אֲמַר, אָמְרִי בְּמַעֲרָבָא: אִם אֵין הַתַּחְתּוֹנָה יְכוֹלָה לְקַבֵּל כָּרִים וּכְסָתוֹת שֶׁל עֶלְיוֹנָה — הַתַּחְתּוֹנָה כְּשֵׁרָה.

Quand Rav Dimi vint (d'Erets Israël), il dit : on dit en Occident (en Erets Israël) — si celle du bas ne peut pas supporter les coussins et les couvertures de celle du haut, celle du bas est kachère.

📜 Rachi (1)
כִּי אֲתָא רַב דִּימִי אֲמַר אָמְרִי בְּמַעְרְבָא הַאי אֵין רְאוּיָה לְדִירָה דְּקָאָמַר ר' יְהוּדָה לָאו בְּשֶׁאֵין גָּבוֹהַּ קָאָמַר דא"כ לת"ק נָמֵי כְּשֵׁרָה אֶלָּא כְּשֶׁאֵין בְּרִיאָה וַחֲזָקָה לְקַבֵּל כְּסָתוֹת וְכָרִים שֶׁל עֶלְיוֹנָה וְלִישֹׁן תַּחְתּוֹנָה כְּשֵׁרָה מֵהַאי טַעְמָא דִּשְׁמוּאֵל דִּכְהֶכְשֵׁרָהּ כָּךְ פְּסוּלָה וְכֵיוָן דְּעֶלְיוֹנָה לָא חַזְיָא לְמֵידַר בָּהּ שֶׁהֲרֵי אֵין תַּחְתּוֹנָה מְקַבַּלְתָּהּ לֹא פָּסְלָה:
Ce « non apte à l'habitation » que dit Rabbi Yehouda ne vise pas le cas où elle n'a pas dix (tefahim) de haut — car alors elle serait kachère pour le tana kama aussi — mais le cas où (le sekhakh de celle du bas) n'est pas assez solide et robuste pour supporter les couvertures et les coussins de celle du haut et pour qu'on y dorme : celle du bas est alors kachère, et précisément pour la raison de Chemouel — comme sa validité, ainsi son invalidité. Dès lors que celle du haut n'est pas apte à ce qu'on y habite, puisque celle du bas ne la porte pas, elle n'invalide pas.
💡 Explication

La sortie de crise, rapportée d'Erets Israël par Rav Dimi. Elle ne réfute pas l'objection : elle change le critère de ein diourin.

Ce n'est plus la hauteur de la soukka du haut qui est en cause, c'est la solidité du sekhakh du bas — qui sert de plancher à celle du haut. Un sekhakh trop fragile pour porter literie et couvertures interdit d'y dormir : la soukka du haut n'est pas une résidence.

Rachi souligne le gain : ainsi lue, la position de Rabbi Yehouda repose elle-même sur le principe de Chemouel, kehekhcharah kakh pesoulah. Le principe n'est plus réfuté — il est au contraire au cœur de la michna.

11
מִכְּלָל דְּתַנָּא קַמָּא סָבַר אַף עַל פִּי שֶׁאֵינָהּ רְאוּיָה לְקַבֵּל פְּסוּלָה?

On en déduit donc que le tana kama estime que, même lorsqu'elle n'est pas apte à supporter (cette charge), elle est passoul ?

📜 Rachi (1)
וּפָרְכִינַן מִכְּלָל דְּת"ק סָבַר כו' סוֹף סוֹף שְׁמַע מִינָּה דְּרַבָּנָן לֵית לְהוּ דִּשְׁמוּאֵל וְהוּא הַדִּין לְשֶׁאֵינָהּ גְּבוֹהָה כו':
En fin de compte, on en déduit que les Sages ne partagent pas l'avis de Chemouel — et il en irait de même pour celle qui n'a pas dix (tefahim) de haut.
💡 Explication

La même objection revient, déplacée. Si Rabbi Yehouda doit préciser que le sekhakh trop faible sauve celle du bas, c'est que le tana kama l'invalide même alors. Or une soukka où l'on ne peut pas dormir n'est pas une résidence : Chemouel serait de nouveau contredit.

Rachi le dit sans détour : sof sof, en fin de compte, les Sages semblent rejeter le principe, et cela vaudrait aussi pour le cas de la hauteur.

12
אִיכָּא בֵּינַייְהוּ דִּיכוֹלָה לְקַבֵּל עַל יְדֵי הַדְּחָק.

La différence entre eux porte sur le cas où elle peut la supporter à grand-peine (al yedei ha-dehak).

📜 Rachi (1)
וּמְשַׁנֵּי אִיכָּא בֵינַיְיהוּ כו' דְּרַבָּנָן סָבְרִי כֵּיוָן דִּיכוֹלָה לְקַבֵּל בְּדֹוחַק שֵׁם סֻוכָּה עַל הָעֶלְיוֹנָה וּמִיפַּסְלָא הַתַּחְתּוֹנָה וְרַבִּי יְהוּדָה סָבַר כֵּיוָן דְּלֵיכָּא תַּשְׁמִישָׁא לְהֶדְיָא לָאו שֵׁם סֻוכָּה עֲלָהּ דְּעֶלְיוֹנָה:
Les Sages estiment que, dès lors qu'elle peut supporter (la charge) à grand-peine, le nom de soukka porte sur celle du haut, et celle du bas devient passoul ; Rabbi Yehouda estime que, dès lors qu'il n'y a pas d'usage aisé, le nom de soukka ne porte pas sur celle du haut.
💡 Explication

La réponse restaure l'accord de fond et réduit le désaccord à une zone grise. Les deux tanaim s'accordent : si le sekhakh du bas ne porte rien du tout, celle du haut n'est pas une soukka et celle du bas reste kachère.

Le désaccord ne subsiste que dans le cas intermédiaire — al yedei ha-dehak, elle porte mais tout juste. Pour les Sages, cela suffit à conférer le nom de soukka à celle du haut ; pour Rabbi Yehouda, un usage qui n'est pas aisé n'est pas un usage. Chemouel est hors d'atteinte : personne ne conteste plus son principe, seulement son point d'application.

13
מַתְנִי׳ פֵּירַס עָלֶיהָ סָדִין מִפְּנֵי הַחַמָּה, אוֹ תַּחְתֶּיהָ מִפְּנֵי הַנֶּשֶׁר, אוֹ שֶׁפֵּירַס עַל גַּבֵּי הַקִּינוֹף — פְּסוּלָה. אֲבָל פּוֹרֵס הוּא עַל גַּבֵּי נַקְלִיטֵי הַמִּטָּה.

MICHNA. S'il a étendu sur elle (sur le sekhakh) un drap à cause du soleil, ou sous elle à cause de la chute (des feuilles, nechar), ou s'il l'a étendu au-dessus d'un kinof (lit à quatre montants) — elle est passoul.

Mais il peut l'étendre au-dessus des naklitin du lit (les deux montants).

📜 Rachi (5)
מַתְנֵי' הַנֶּשֶׁר שֶׁלֹּא יְהוּ עָלִין וְקֵיסָמִין נוֹשְׁרִין עַל שֻׁולְחָנוֹ וְסָדִין דָּבָר הַמְקַבֵּל טֻומְאָה הוּא וּפָסוּל לְסַכֵּךְ כְּדִלְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף יא.):
— pour que des feuilles et des brindilles ne tombent pas sur sa table. Et le drap est une chose susceptible de contracter l'impureté (mekabel toum'a) : il est donc passoul comme sekhakh, ainsi qu'on le verra plus loin (Soukka 11a).
אוֹ שֶׁפֵּירַס עַל גַּבֵּי קִינוֹף כְּלוֹמַר אוֹ אֲפִילּוּ לֹא פֵּירְסוּ מִפְּנֵי הַנֶּשֶׁר אֶלָּא לְנוֹי עַל מִטָּתוֹ:
— c'est-à-dire : ou même s'il ne l'a pas étendu à cause de la chute des feuilles, mais par ornement au-dessus de son lit.
עַל גַּבֵּי קִינוֹף הֵן ד' קֻונְדֵּיסִין לד' רַגְלֵי הַמִּטָּה וּגְבוֹהִין וּמַנִּיחַ כְּלוֹנָסוֹת מִזֶּה לָזֶה עַל גַּבֵּיהֶן וּפוֹרֵס עֲלֵיהֶן סָדִין וּמַרְחִיקָן מִן הַסְּכָךְ דְּהַשְׁתָּא לֹא מִשּׁוּם מְסַכֵּךְ בְּדָבָר הַמְקַבֵּל טֻומְאָה מִיפַּסְלָא דְּהָא לָאו לְסִכּוּכֵי שְׁטָחָם הָתָם:
Ce sont quatre poteaux, hauts, fixés aux quatre pieds du lit ; on pose des perches de l'un à l'autre à leur sommet, on étend dessus un drap, et on les tient à distance du sekhakh. Ici, l'invalidité ne tient pas au fait de couvrir avec une chose susceptible de contracter l'impureté, car ce n'est pas pour couvrir (comme sekhakh) qu'il l'a étendu là.
פְּסוּלָה מִשּׁוּם דְּאֵינוֹ יוֹשֵׁב בַּסֻּוכָּה דְּאֹהֶל מַפְסִיק בֵּינֵיהֶם:
— parce qu'il n'est pas assis dans la soukka : une tente (ohel) s'interpose entre eux.
אֲבָל פּוֹרֵס הוּא עַל גַּבֵּי נַקְלִיטֵי הַמִּטָּה שֶׁאֵינָן אֶלָּא שְׁנַיִם וְהֵן יוֹצְאִין בְּאֶמְצַע מִטָּה אֶחָד לִמְרַאֲשׁוֹתֶיהָ וְאֶחָד לְרַגְלֶיהָ וְנוֹתְנִין כְּלוֹנְסָא מִזֶּה לָזֶה וּפוֹרְסִין עָלָיו סָדִין וְהוּא מְשַׁפֵּעַ לְכָאן וּלְכָאן וּמִשּׁוּם דְּאֵין לָהּ גַּג טֶפַח רָחָב לְמַעְלָה לָא מִיקְּרֵי אֹהֶל:
Ils ne sont que deux, et ils se dressent au milieu du lit, l'un du côté de la tête et l'autre du côté des pieds ; on pose une perche de l'un à l'autre, on étend dessus un drap, et celui-ci retombe en pente de part et d'autre. Et parce qu'il n'y a pas là-haut de toit large d'un tefah, cela ne s'appelle pas une tente (ohel).
🗂️ Tossefot (1)
פֵּירַס עָלֶיהָ סָדִין מִפְּנֵי הַחַמָּה. כָּתוּב בִּתְשׁוּבַת הַגְּאוֹנִים הָא דְּקָתָנֵי פֵּירַס עָלֶיהָ סָדִין מִפְּנֵי הַחַמָּה אוֹ תַּחְתֶּיהָ מִפְּנֵי הַנֶּשֶׁר פְּסוּלָה הֵיכָא דְּחַמָּתָהּ מְרֻובָּה מִצִּלָּתָהּ בְּלֹא סָדִין אֲבָל אִם יֵשׁ צִלָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ כְּשֵׁרָה וְאֵין הַסָּדִין פּוֹסַלְתָּהּ וְהַיְינוּ כְּמוֹ שֶׁפֵּירַשְׁתִּי לְעֵיל דְּאֵין מִצְטָרֵף סְכָךְ פָּסוּל בַּהֲדֵי סְכָךְ כָּשֵׁר כֵּיוָן דִּבְלֹא פָּסוּל צִלָּתָהּ מְרֻובָּה וּכְעִנְיָן זֶה מפר"ת מִפְּנֵי הַחַמָּה שֶׁמְּייַבֶּשֶׁת אֶת הַסְּכָךְ וּמִתּוֹךְ כָּךְ הָיָה נַעֲשֶׂה חַמָּתָהּ מְרֻובָּה וְכֵן תַּחְתֶּיהָ מִפְּנֵי הַנֶּשֶׁר וְאִם הָיוּ עָלִין נוֹשְׁרִין הָיָה חַמָּתוֹ מְרֻובָּה וְהַסָּדִין מוֹנְעָן מִלִּיפֹּול וְכֵיוָן שֶׁהַסָּדִין גּוֹרֵם שֶׁעַל יָדוֹ צִלָּתוֹ מְרֻובָּה מֵחַמָּתוֹ פָּסוּל אֲבָל לְפֵירוּשׁ הַקּוּנְטְרֵס קָשֶׁה דְּלָמָּה יִפָּסֵל מִפְּנֵי שֶׁמֵּגֵין עַל הָאָדָם מִפְּנֵי הַחַמָּה וּמִן הַקֵּיסָמִין מַאי שְׁנָא מִלְּנָאוֹתָה וְעוֹד מָצִינוּ לְקַמָּן פֶּרֶק הַיָּשֵׁן (סֻוכָּה דַּף כז:) בַּר' יוֹחָנָן בְּרַבִּי אִילְעַי כְּשֶׁהִגִּיעָה חַמָּה לְמַרְגְּלוֹתָיו עָמַד וּפָרַס עָלָיו סָדִין:
Il est écrit dans une réponse des Gueonim que ce qui est enseigné — « s'il a étendu sur elle un drap à cause du soleil, ou sous elle à cause de la chute des feuilles, elle est passoul » — vise le cas où, sans le drap, son ensoleillement dépasse son ombre ; mais si son ombre dépasse déjà son ensoleillement (sans lui), elle est kachère et le drap ne l'invalide pas. Et cela rejoint ce que j'ai expliqué plus haut : le sekhakh passoul ne se joint pas au sekhakh kacher, dès lors que sans le passoul l'ombre l'emporte déjà. Dans le même sens, Rabbenou Tam explique « à cause du soleil » : le soleil desséchait le sekhakh, si bien que l'ensoleillement finissait par l'emporter ; et de même « sous elle à cause de la chute » : si les feuilles tombaient, l'ensoleillement l'emportait, et le drap les empêche de tomber. Puisque c'est le drap qui fait que l'ombre l'emporte sur l'ensoleillement, elle est passoul. Mais selon l'explication du Kountras (Rachi), il y a une difficulté : pourquoi serait-elle invalidée du fait qu'il protège l'homme du soleil et des brindilles ? En quoi cela diffère-t-il de l'embellissement (lena'ôta) ? De plus, nous trouvons plus loin, au chapitre Ha-Yachen (Soukka 27b), à propos de Rabbi Yo'hanan fils de Rabbi Ilai, que lorsque le soleil atteignit ses pieds, il se leva et étendit sur lui un drap.
💡 Explication

Nouvelle michna, nouveau sujet : le sadin, le drap tendu dans la soukka. Trois cas invalidants, un cas permis — mais, ce qui est capital, pour deux motifs différents.

Les deux premiers cas (au-dessus du sekhakh contre le soleil, en dessous contre le nechar, la chute des feuilles) relèvent d'un motif : le drap devient lui-même un sekhakh, or il est mekabel toum'a, susceptible de contracter l'impureté, donc impropre à couvrir.

Le troisième cas est tout autre. Le kinof est un lit à quatre montants portant un dais plat. Rachi insiste : ici le drap n'est pas un sekhakh — il est trop loin, et telle n'était pas l'intention. L'invalidité vient de ce que le dais forme un ohel, une tente qui s'interpose : le dormeur n'est plus sous le sekhakh. Les naklitin, deux montants seulement, donnent un toit en pente sans surface plate d'un tefah — pas d'ohel, donc pas de problème.

Tossefot rapporte une lecture entièrement différente, des Gueonim et de Rabbenou Tam : le drap n'invalide que lorsqu'il est la cause de l'ombre suffisante. Leur objection contre Rachi est de bon sens — si un drap protecteur invalidait, comment R. Yo'hanan fils de R. Ilai a-t-il pu en étendre un sur lui dans sa soukka ?

🖼️ Schéma
La michna du drap : quatre configurations, deux motifs d'invalidité Motif 1 : le drap devient un sekhakh et il reçoit l'impureté -- Motif 2 : le drap forme un ohel qui sépare de la soukka 1. Sur le sekhakh contre le soleil drap sekhakh PASSOUL Le drap sert d'abri : il devient sekhakh, et il reçoit l'impureté. 2. Sous le sekhakh contre le nechar (chute) sekhakh drap PASSOUL Il retient feuilles et brindilles : même motif -- c'est un sekhakh. 3. Sur un kinof lit à quatre montants sekhakh toit plat, large d'un tefah PASSOUL Autre motif : ce drap forme un ohel qui le sépare du sekhakh. 4. Sur des naklitin lit à deux montants pente : pas de tefah plat KACHÈRE Sans toit plat large d'un tefah, ce n'est pas un ohel (Rachi). Rav Hisda (segment 13) : l'intention décide -- mais seulement pour les cas 1 et 2 Contre la chute des feuilles : il a fait du drap un abri, donc un sekhakh -- passoul. Pour l'embellir (lena'ôta) : le nom de sekhakh ne porte pas sur lui, la soukka reste kachère. Rachi refuse d'expliquer l'invalidité par les deux sekhakh : Rav Hisda exigerait alors quatre tefahim. La lecture concurrente des Gueonim et de Rabbenou Tam (Tossefot, segment 12) Le drap n'invalide que s'il est la cause de l'ombre : sans lui, le soleil l'emportait. Si l'ombre l'emporte déjà, il ne joint pas son invalidité au sekhakh kacher. Objection à Rachi : R. Yo'hanan fils de R. Ilai étendit lui aussi un drap sur lui quand le soleil l'atteignit (Soukka 27b).
Les quatre configurations de la michna et les deux motifs distincts d'invalidité.
14
גְּמָ׳ אָמַר רַב חִסְדָּא: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא מִפְּנֵי הַנֶּשֶׁר. אֲבָל לְנָאוֹתָה — כְּשֵׁרָה. פְּשִׁיטָא, מִפְּנֵי הַנֶּשֶׁר תְּנַן! מַהוּ דְתֵימָא: הוּא הַדִּין דַּאֲפִילּוּ לְנָאוֹתָהּ, וְהַאי דְּקָתָנֵי מִפְּנֵי הַנֶּשֶׁר — אוֹרְחָא דְמִילְּתָא קָתָנֵי, קָא מַשְׁמָע לַן.

GUEMARA. Rav Hisda a dit : on n'a enseigné (cela) que lorsque c'est à cause de la chute (des feuilles) ; mais si c'est pour l'embellir (lena'ôta), elle est kachère. — C'est évident : « à cause de la chute » est ce que nous avons appris dans la michna ! — Tu aurais pu dire : il en va de même pour l'embellissement, et si (la michna) enseigne « à cause de la chute », c'est qu'elle énonce le cas ordinaire (ourha de-milta) ; il nous fait donc savoir (qu'il n'en est rien).

📜 Rachi (2)
גְּמ' ל"ש אֶלָּא מִפְּנֵי הַנֶּשֶׁר דְּשַׁוְיָה סְכָךְ לְהָגֵין הִלְכָּךְ מִפְּסִיל מִשּׁוּם מְקַבֵּל טֻומְאָה:
car il en a fait un sekhakh destiné à protéger : il invalide donc au titre de chose susceptible de contracter l'impureté.
אֲבָל לְנָאוֹתָה אֵין שֵׁם סְכָךְ עָלֶיהָ וּכְשֵׁירָה וי"מ טַעְמָא דִּפְסוּלָה מִשּׁוּם שְׁנֵי סְכָכִים וְאִי אֶפְשָׁר דא"כ לְרַב חִסְדָּא לָא מִפְּסִיל אֶלָּא אִם כֵּן מֻופְלָג ד' דְּהָא אִיהוּ אָמַר לְעֵיל אַרְבָּעָה וְכֵיוָן דְּמִיפַּלְגִי ד' תּוּ לָא מָצֵי לְמֵימַר אֲבָל לְנָאוֹתָה כְּשֵׁרָה דְּהָא אִיהוּ פְּסִיל לְקַמָּן בְּנוֹיֵי סֻוכָּה הַמֻּופְלָגִין ד' מִן הַסְּכָךְ מִשּׁוּם שְׁנֵי סְכָכִין:
— le nom de sekhakh ne porte pas sur lui, et elle est kachère. Certains expliquent que la raison de l'invalidité tient à ce qu'il y a deux sekhakh ; mais c'est impossible, car alors, selon Rav Hisda, il n'y aurait invalidité que si (le drap) est écarté de quatre (tefahim) — puisque c'est lui qui a dit plus haut « quatre » ; et dès lors qu'ils sont écartés de quatre, on ne pourrait plus dire « mais si c'est pour l'embellir, elle est kachère », car lui-même déclare plus loin passoul les ornements de la soukka écartés de quatre du sekhakh, au titre des deux sekhakh.
💡 Explication

Rav Hisda tire de la michna une conséquence a contrario : ce qui invalide, c'est l'intention protectrice. Un drap tendu lena'ôta, pour embellir, ne reçoit pas le nom de sekhakh et n'invalide rien.

L'échange qui suit est un mouvement classique. « C'est évident, la michna le dit ! » — non, répond la guemara : la michna aurait pu n'énoncer que le cas ordinaire (ourha de-milta, la manière dont les choses arrivent d'habitude), sans rien exclure. Rav Hisda nous apprend que sa formulation est précise.

La seconde glose de Rachi contient une réfutation élégante d'une lecture concurrente. Si l'invalidité venait des deux sekhakh, alors Rav Hisda — qui exige quatre tefahim d'écart — devrait invalider tout ornement écarté de quatre du sekhakh, et il ne pourrait pas dire que le drap décoratif est kacher. La position de Rav Hisda ne tient donc que si le motif est bien l'impureté.

15
לֵימָא מְסַיַּיע לֵיהּ: סִיכְּכָהּ כְּהִלְכָתָהּ וְעִיטְּרָהּ בִּקְרָמִין וּבִסְדִינִין הַמְצֻויָּרִין, וְתָלָה בָּהּ אֱגוֹזִין שְׁקֵדִים אֲפַרְסְקִין וְרִמּוֹנִים, פַּרְכִּילֵי עֲנָבִים וַעֲטָרוֹת שֶׁל שִׁבֳּולִין, יֵינוֹת שְׁמָנִים וּסְלָתוֹת — אָסוּר לְהִסְתַּפֵּק מֵהֶן

Disons que la (braita) suivante l'appuie : s'il l'a couverte selon la règle et l'a ornée de tentures et de draps décorés, et qu'il y a suspendu des noix, des amandes, des pêches et des grenades, des grappes de raisin, des couronnes d'épis, des vins, des huiles et des farines — il est interdit d'en tirer profit

📜 Rachi (3)
בִּקְרָמִין הַמְצֻוייָּרִין מַעֲשֵׂה אוֹרֵג כְּגוֹן בִּגְדֵי צִבְעוֹנִין שֶׁקּוֹרִין אובריי"ן:
— ouvrage de tisserand, comme les étoffes de couleur que l'on appelle (en langue vernaculaire) obraïn.
וּבִסְדִינִים הַמְצֻוייָּרִין שֶׁצּוּרָתָן בּוֹלֶטֶת כְּגוֹן מַעֲשֵׂה רוֹקֵם אוֹ מַעֲשֵׂה אוֹרֵג שֶׁקּוֹרִין גלינשק"ש:
— dont le motif est en relief, comme un ouvrage de brodeur ou de tisserand, que l'on appelle guelinchkes.
יֵינוֹת שְׁמָנִים נוֹתְנִין בְּכוֹסוֹת שֶׁל זְכוּכִית לְנוֹי:
— on les place dans des coupes de verre en guise d'ornement.
💡 Explication

La guemara cherche un appui à Rav Hisda dans une braita sur les noyei soukka, les ornements de la soukka. Une soukka couverte ke-hilkhata, selon la règle, puis ornée de tentures, de draps décorés et de fruits suspendus, demeure valable : la braita ne se préoccupe que de l'interdit d'en tirer profit pendant la fête, jamais d'une invalidité.

Preuve, donc, que des draps tendus pour embellir n'invalident pas — exactement la thèse de Rav Hisda. Les gloses de Rachi sont ici lexicales : il identifie les étoffes citées et note leurs noms en ancien français, et précise que vins et huiles étaient présentés dans des coupes de verre pour l'effet décoratif.

La phrase reste suspendue : la suite de la braita, et la discussion qu'elle appelle, se poursuivent en 10b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).