Sougya : Le folio ouvre le deuxième volet du premier chapitre : ce qui se trouve au-dessus du sekhakh. La michna pose trois cas d'un coup - une soukka faite sous un arbre vaut comme une soukka faite dans la maison ; une soukka bâtie au-dessus d'une autre rend celle du bas passoul ; et Rabbi Yehouda nuance selon qu'il y a ou non des habitants dans celle du haut.
Rava restreint aussitôt le premier cas : l'arbre n'invalide que si son ombre dépasse son ensoleillement, et il le prouve par la formulation même de la michna, qui prend le détour de la maison au lieu de dire simplement passoul. La guemara objecte alors qu'un arbre, même clairsemé, reste mehoubar - attaché au sol - et que son ombre se joint à celle du sekhakh pour compléter la mesure : c'est le tsirouf d'un sekhakh passoul avec un sekhakh kacher.
Rav Papa répond bechehavtan, lorsqu'il a rabattu les branches dans le sekhakh : mêlées et invisibles, elles s'annulent dans la majorité. Reste à savoir ce que Rava apprend encore, puisque la michna de la vigne, de la courge et du lierre disait déjà cela ; la réponse distingue bedi'avad et lekhathila.
La seconde moitié revient à la soukka sur soukka. Une braita tire les trois exclusions du verset bassoukot techevou ; on objecte que le pluriel devrait au contraire valider deux soukkot, et Rav Nahman bar Yitshak répond par la graphie défective du mot.
Rabbi Yirmeya déploie enfin quatre combinaisons - les deux kachères, les deux passoul, l'une ou l'autre seulement - réglées par deux variables : le rapport ombre / soleil de chaque sekhakh et la hauteur de vingt coudées, mesurée selon Rachi depuis le toit de la soukka du bas. Le folio s'arrête au seuil du troisième cas, qui se poursuit en 10a.
MICHNA. Celui qui fait sa soukka sous un arbre : c'est comme s'il l'avait faite à l'intérieur de la maison [et elle est passoul, invalide].
Une soukka au-dessus d'une soukka : celle du haut est kachère et celle du bas est passoul. Rabbi Yehouda dit : s'il n'y a pas d'habitants dans celle du haut, celle du bas est kachère.
La michna aligne deux invalidités qui ont la même cause profonde : un toit de trop. Une soukka doit être couverte par son sekhakh et par rien d'autre. Sous un arbre, c'est le feuillage qui abrite ; sous une seconde soukka, c'est le sekhakh supérieur.
Noter la formulation curieuse : la michna ne dit pas passoul mais comme s'il l'avait faite à l'intérieur de la maison. La guemara va exploiter précisément cette bizarrerie de langue pour en tirer une restriction (segments 1 et 2).
Rabbi Yehouda ajoute une condition qui sera discutée plus loin : si personne n'habite la soukka du haut, celle du bas redevient kachère. Rachi renvoie à la guemara pour en comprendre le sens.
GUEMARA. Rava a dit : on n'a enseigné [que la soukka est invalide] que pour un arbre dont l'ombre dépasse son ensoleillement ; mais [pour un arbre] dont l'ensoleillement dépasse son ombre, [la soukka] est kachère.
Rava restreint la michna. Un arbre n'invalide pas parce qu'il est un arbre, mais parce qu'il fait de l'ombre. Le critère technique est le rapport tsel / hama (ombre / ensoleillement) : si l'ombre du feuillage domine, l'arbre joue le rôle d'un plafond ; si le soleil domine, il ne couvre rien de décisif.
Retenir le vocabulaire, qui court dans tout le traité : tsilato merouba mehamato (son ombre dépasse son ensoleillement) est l'état requis d'un sekhakh valable, et l'état qui rend un corps étranger gênant.
D'où [Rava tire-t-il cela] ? De ce que la michna enseigne : comme s'il l'avait faite à l'intérieur de la maison.
Pourquoi ai-je besoin qu'elle enseigne comme s'il l'avait faite à l'intérieur de la maison ? Qu'elle enseigne simplement : elle est passoul !
Il faut donc dire que cela vient nous apprendre que l'arbre est semblable à la maison : de même que la maison a son ombre plus grande que son ensoleillement, de même l'arbre [n'invalide que] lorsque son ombre est plus grande que son ensoleillement.
Le raisonnement est un classique de la lecture des michnayot : une formulation redondante doit enseigner quelque chose. Puisque le même verset invalide les deux situations, la michna aurait pu dire sèchement passoul. Si elle prend le détour de la maison, c'est qu'elle veut aligner l'arbre sur la maison, et donc importer la caractéristique de la maison : un toit plein, qui fait plus d'ombre que de soleil.
Et même si son ensoleillement dépasse son ombre, qu'importe ? Voilà qu'un sekhakh passoul se joint à un sekhakh kacher !
Rav Papa a dit : [il s'agit du cas] où il les a rabattues.
Deux notions techniques se croisent ici. D'abord mehoubar : ce qui tient encore au sol est disqualifié comme sekhakh, car le verset parle des déchets de l'aire et du pressoir, c'est-à-dire d'un végétal talouch, détaché. Ensuite tsirouf : même un sekhakh passoul minoritaire peut invalider s'il complète la mesure d'ombre - sa contribution devient nécessaire, donc elle compte.
La réponse de Rav Papa, bechehavtan, joue sur un autre mécanisme : le bitoul berov, l'annulation dans la majorité. En rabattant les branches dans le sekhakh, on cesse d'avoir deux couvertures distinctes ; il n'y en a plus qu'une, majoritairement kachère.
Tossefot ajoute la précision décisive, que la guemara laisse implicite : tout ceci ne se pose que si la soukka n'atteint pas seule la mesure d'ombre. Si elle y arrive sans l'arbre, retirer le passoul ne change rien et il n'y a pas de tsirouf.
Si c'est [le cas] où il les a rabattues, que vient-on nous apprendre ? [Cela était nécessaire :] on aurait pu dire que l'on décrète là où il les a rabattues à cause de là où il ne les a pas rabattues ; [la guemara] nous apprend donc que l'on ne décrète pas.
Question de méthode talmudique : une fois qu'on a répondu bechehavtan, l'enseignement de Rava semble vide - dans ce cas tout est déjà règle par le bitoul berov. La réponse déplace le problème du plan de la Tora vers celui des guezerot (décrets rabbiniques) : on aurait pu craindre que les sages interdisent le cas propre par peur du cas sale, l'observateur ne distinguant pas l'un de l'autre. Rava enseigne qu'ici ein gozrin, on ne décrète pas.
La longue glose de Rachi contient deux apports pratiques : la validation du sekhakh posé sur des lattes de toit rapprochées quand leur ensoleillement domine, et une mise au point lexicographique : h'avata veut dire abaisser, jamais arracher.
Mais cela aussi, nous l'avons déjà appris [dans une michna] : s'il a fait grimper sur elle la vigne, la courge ou le lierre, et qu'il a couvert par-dessus, elle est passoul ; et si le sekhakh était plus abondant qu'eux, ou s'il les a coupés, elle est kachère.
La guemara objecte que l'enseignement de Rava serait déjà contenu dans une michna connue (celle de Soukka 11a). Trois plantes grimpantes y figurent : la vigne, la courge et le lierre - toutes des végétaux qui, poussant de la terre, seraient parfaits comme sekhakh s'ils n'étaient pas encore attachés.
Deux issues sont données dans la michna : soit le sekhakh est plus abondant qu'eux (voie de l'annulation), soit on les coupe (voie de la transformation en talouch). Rachi note que la seconde issue prouve incidemment que la première ne parle pas d'un végétal déjà détaché.
Quel est le cas ? Si l'on dit qu'il ne les a pas rabattues, voilà qu'un sekhakh passoul se joint à un sekhakh kacher !
Il faut donc dire qu'il les a rabattues - et apprends-en que nous ne décrétons pas ! [Réponse :] on aurait pu dire que cela ne vaut qu'après coup (bedi'avad), mais pas d'emblée (lekhathila) ; [Rava] nous apprend donc [qu'on peut le faire d'emblée].
La guemara sauve l'enseignement de Rava par une distinction constante en halakha : bedi'avad (une situation déjà constituée, que l'on valide) contre lekhathila (une manière de procéder que l'on autorise à l'avance). La michna, qui décrit quelqu'un ayant déjà fait grimper la vigne, ne parle que du premier plan ; Rava énonce une règle et couvre donc aussi le second.
Rachi souligne au passage un point facile à manquer dans l'objection : même un feuillage éloigné et séparé du sekhakh augmente l'ombre - la mesure doit donc être atteinte sans lui.
Une soukka au-dessus d'une soukka, etc. Nos maîtres ont enseigné : (Dans des soukkot) vous demeurerez (Vayikra 23,42) - et non dans une soukka qui se trouve sous une soukka, ni dans une soukka qui se trouve sous un arbre, ni dans une soukka qui se trouve à l'intérieur d'une maison.
La guemara passe à la seconde partie de la michna et en donne la source : le verset bassoukot techevou, dans des soukkot vous demeurerez. La braita en extrait trois exclusions par une même lecture restrictive : dans une soukka, et non dans une soukka coiffée de quelque chose d'autre - une autre soukka, un arbre, une maison.
Le passage du Roch porte, lui, sur un tout autre sujet : les noyei soukka, les ornements. Ils sont interdits à l'usage pendant la fête (leur sainteté s'attache à la soukka), et ils ne comptent pas dans le calcul de la hauteur - c'est justement parce qu'ils sont décoratifs qu'ils ne font pas de la soukka une dira serouha, une demeure incommode.
Au contraire ! [Le mot] bassoukot (au pluriel) implique deux [soukkot] !
Rav Nahman bar Yitshak a dit : il est écrit bissoukat [en graphie défective, sans vav - une seule soukka].
L'objection est fine : si le verset dit des soukkot au pluriel, il devrait au contraire valider une superposition de deux soukkot. La réponse mobilise l'outil classique du ketiv contre le keri : le mot est lu comme un pluriel mais écrit sans vav, donc au singulier dans la graphie transmise.
Tossefot désamorce une difficulté prévisible : même selon l'avis que yech em lamikra - c'est la lecture qui fait autorité pour les derachot - personne ne prétend que la graphie soit arbitraire ; elle garde une valeur d'enseignement.
Rabbi Yirmeya a dit : il y a des cas où les deux sont kachères, des cas où les deux sont passoul, des cas où celle du bas est kachère et celle du haut passoul, et des cas où celle du bas est passoul et celle du haut kachère.
Rabbi Yirmeya ne conteste pas la michna : il montre que sa formule - la haute kachère, la basse passoul - ne décrit qu'un cas parmi quatre. Deux variables suffisent à les engendrer : pour chaque soukka le rapport ombre / soleil de son propre sekhakh, et la hauteur du sekhakh supérieur.
Le principe qui gouverne le tout : un sekhakh qui n'abrite pas est comme inexistant, et un sekhakh passoul qui abrite entraîne avec lui ce qui se trouve dessous.
Il y a des cas où les deux sont kachères : quel est le cas ? Par exemple lorsque celle du bas a son ensoleillement plus grand que son ombre, que celle du haut a son ombre plus grande que son ensoleillement, et que celle du haut se tient en deçà de vingt [coudées].
Premier cas, contre-intuitif : la soukka du bas est sauvée par le sekhakh de celle du haut. Son propre sekhakh, trop clairsemé, est comme inexistant ; ce qui l'abrite est le sekhakh supérieur, qui est kacher et se trouve à moins de vingt coudées du sol de la soukka basse.
Rachi consacre ici une longue note à la version du texte (la guirsa) : il donne les quatre cas d'un seul tenant, indique la phrase qu'il faut retrancher, et précise que le seul cas qui avait vraiment besoin d'être énoncé est le troisième.
Il y a des cas où les deux sont passoul : quel est le cas ? Par exemple lorsque toutes deux ont leur ombre plus grande que leur ensoleillement, et que celle du haut se tient au-dessus de vingt coudées.
Deuxième cas, en miroir du précédent : ici les deux sekhakh abritent correctement, mais celui du haut est placé trop haut - au-delà des vingt coudées, limite posée au tout début du traité. Il est donc passoul, et comme il fait de l'ombre à celle du bas, il l'entraîne dans sa chute.
Rachi tranche le point de mesure, qui n'a rien d'évident : les vingt coudées se comptent depuis le toit de la soukka basse, qui sert de plancher à la haute, et non depuis le sol.
Il y a des cas où celle du bas est kachère et celle du haut passoul
Le folio s'interrompt au seuil du troisième cas - celui-là même dont Rachi dit qu'il est le seul que la guemara avait besoin d'énoncer, et autour duquel Tossefot construit toute sa discussion avec Rabbenou Tam. La suite se lit au début de Soukka 10a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).