Sukkah 13a — L'agad : le lien noué par le Ciel, le nom composé, et le compte des brins d'ezov

Sukkah 13a

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin du critère d'habitabilité inauguré en 12b : le chavtseri est écarté parce que son odeur tourne, et les higei parce que leurs feuilles tombent — dans les deux cas l'homme abandonnerait la soukka et sortirait. Le Roch en tire la conclusion pratique que la Guemara laisse implicite : il ne s'agit que d'un interdit à priori, et celui qui a déjà couvert avec ces plantes s'est acquitté.

La sougya bascule ensuite sur le concept qui va commander tout le reste, l'agad, le lien. Rav Guidel au nom de Rav autorise l'apkouta de-dikla, cette souche de palmier d'où jaillissent en couronne de nombreux rejets : bien qu'ils tiennent ensemble, un lien noué par la main du Ciel n'est pas un lien, et le lien que l'homme ajoute par le haut ne lie qu'une chose à elle-même.

Rav Hisda au nom de Ravina bar Cheila étend la règle aux touffes de roseaux, et une baraita l'appuie une fois son texte corrigé : il faut y lire non pas des roseaux et des bêches, mais des roseaux de dokranim. Par association d'auteur, la Guemara passe alors au maror : les merarita de-agma permettent de s'acquitter à Pessa'h.

L'objection est immédiate — pour l'ezov, la Tora écarte toute variété portant un chem levay, un nom accompagné d'un qualificatif. Abaye répond par un critère chronologique : le nom composé ne disqualifie que si la distinction des variétés précédait le don de la Tora, ce qui n'est pas le cas des herbes amères.

Rava répond par un critère sémantique : leur nom est simplement merarita, et de-agma indique seulement où on les trouve. Le folio culmine avec le barème de Rav Hisda : un brin n'est jamais un lien, trois en sont un de l'avis de tous, deux font l'objet d'une controverse entre Rabbi Yossei et les Sages.

La preuve se prend à la michna de l'ezov dans le traité Para — trois plants, trois tiges, des restes à deux, des moignons de n'importe quelle taille. Une première reconstruction attribue la position souple à Rabbi Yossei, mais une baraita explicite oblige la Guemara à renverser les attributions par un eipoukh, et une seconde baraita confirme le renversement.

Le folio s'arrête net sur une contradiction interne à cette dernière baraita, dont la résolution appartient à 13b.

Le fil du folio : du confort de la soukka au dénombrement des brins Un mot -- agad, le lien -- fait basculer la sougya du toit de la soukka vers le faisceau d'ezov Segments 0 et 1 -- fin du critère d'habitabilité Chavtseri : leur odeur devient fétide -- il abandonne la soukka et sort. Higim : leurs feuilles tombent -- même résultat. Le sekhakh n'est pas seulement une matière licite : ce doit être un toit sous lequel un homme accepte de demeurer. Segments 2 à 4 -- le lien noué par le Ciel, et le lien qui ne lie qu'une chose Apkouta de-dikla (souche de palmier à rejets) et dokrei de-kanei (touffe de roseaux) : on peut en couvrir la soukka. Deux raisons cumulées : agad bidei chamayim -- un lien fait par le Ciel n'est pas un lien ; et igued be-had -- lier ce qui est déjà un seul corps n'est pas lier. Une baraita confirme, après correction du texte : kanim chel dokranim. Le fagot proscrit en 12a-12b visait l'entrepôt ; ici il n'y a ni fagot ni entrepôt. Segments 5 à 8 -- digression : le maror du marais et la question du nom composé Même auteur, Rav Hisda au nom de Ravina bar Cheila : avec les merarita de-agma on s'acquitte du maror à Pessa'h. Objection : pour l'ezov, la Tora écarte tout ezov porteur d'un chem levay -- un nom accompagné d'un qualificatif. Abaye : le chem levay ne disqualifie que si la distinction des noms précédait le don de la Tora. Rava : leur nom est simplement merarita ; de-agma n'est pas un qualificatif, c'est une indication de l'endroit où on les trouve. La digression n'est pas gratuite : elle prépare l'ezov, dont le faisceau va servir à mesurer ce qu'est un agad. Segments 9 à 13 -- Rav Hisda chiffre le lien : un, deux, trois Un : ce n'est pas un agad. Trois : c'est un agad, tout le monde en convient. Deux : mahloket Rabbi Yossei et les Sages. Preuve tirée de la michna de Para : trois tiges d'ezov, restes à deux, moignons de n'importe quelle taille. Une baraita renverse la lecture -- eipoukh : pour Rabbi Yossei trois est indispensable, pour les Sages trois est le confort. Une seconde baraita appuie le renversement -- mais sa fin semble se contredire, et le folio s'arrête sur cette contradiction. Le folio se termine en suspens : la réponse viendra en 13b. Deux sujets, un seul concept : ce qui fait qu'une pluralité de brins devient une unité liée.
Le fil du folio : deux sujets, le toit et le faisceau d'ezov, tenus ensemble par un seul concept -- l'agad.
Quand un lien est-il un lien ? Les quatre disqualifications de l'agad Le folio ne définit pas le lien de front : il énumère les cas où ce qui ressemble à un lien n'en est pas un 1. Agad bidei chamayim un lien noué par le Ciel Les rejets de la souche de palmier tiennent ensemble parce qu'ils ont poussé ainsi -- nulle main d'homme. Or le décret vise le fagot que l'on porte du champ. ce n'est pas un agad 2. Igued be-had lier une seule chose à elle-même Il ceinture ensuite le haut des rejets pour les coucher. Mais en bas ils ne font qu'un seul corps : lier une unité à elle-même ne crée pas de faisceau (Rachi). ce n'est pas un agad 3. Agad le-minyana lier pour compter, non pour unir Les bottes de Soura, liées seulement pour être dénombrées (rapporté par le Roch au nom de Marimar). L'intention du lien décide de sa qualification. ce n'est pas un agad 4. Agad non fait pour porter Rav Houna fils de Rav Yehochoua Les huttes de saule liées par le bas : même sans dénouer, tout lien qui ne sert pas à transporter l'objet n'est pas un agad (Roch). ce n'est pas un agad Et combien faut-il de brins ? Le barème de Rav Hisda (segment 9) 1 jamais un agad 2 mahloket -- tout le folio en dépend 3 un agad de l'avis de tous
Les quatre façons pour un lien de ne pas être un lien, et le barème chiffré de Rav Hisda.
Chem levay : deux façons de sauver la merarita de-agma L'objection est la même pour les deux ; ils divergent sur ce qu'est au juste un nom composé L'objection (segment 6) Ezov -- et non ezov de Grèce, ni ezov kohli, ni ezov du désert, ni ezov romain, ni aucun ezov porteur d'un chem levay. Or merarita DE-AGMA porte bien un qualificatif. Abaye -- critère chronologique Le chem levay ne disqualifie que si les noms étaient déjà différenciés AVANT le don de la Tora, et que la Tora a écrit malgré cela le nom nu. Ezov : les variétés portaient déjà des noms distincts au Sinaï ; la Tora écrit partout ezov tout court -- donc elle exclut les autres. Merarita : au Sinaï elles n'avaient qu'un seul nom, maror. Le mot de-agma est venu après. le nom actuel ne compte pas Rava -- critère sémantique Il n'y a pas de chem levay du tout ici. Le nom de cette plante est merarita, sans plus. De-agma n'est pas une variété : c'est l'indication du lieu où on la rencontre d'ordinaire. Un qualificatif de provenance n'entame pas l'identité de l'espèce. Tossefot : c'est ainsi que Rava répond aussi à Houllin 62b à propos des tourterelles de Rehava. le nom composé est illusoire Nafka mina : une espèce nommée d'après son lieu mais différenciée avant le Sinaï. Pour Abaye elle serait écartée ; pour Rava elle reste valable.
Abaye et Rava sauvent tous deux la merarita de-agma, mais par deux définitions différentes du nom composé.
1
דְּסָרֵי רֵיחַיְיהוּ — שָׁבֵיק לְהוּ וְנָפֵיק.

... parce que leur odeur devient fétide — il les abandonne et sort.

📜 Rachi (1)
דְּסָרֵי רֵיחַיְיהוּ מַבְאִישׁ רֵיחָם:
Parce que leur odeur devient fétide : leur odeur se gâte.
💡 Explication

Le folio s'ouvre au milieu d'une phrase commencée en 12b. Abaye y refusait le chavtseri comme sekhakh (couverture de la soukka), et voici sa raison : ces herbes tournent, leur odeur devient insupportable, et l'homme finit par quitter la soukka.

Le critère a changé de nature. Jusqu'ici la Guemara demandait si la matière reçoit la touma (impureté rituelle) ou si elle constitue un fagot interdit ; désormais elle demande si le toit est habitable. Un sekhakh qui fait fuir n'est pas un toit de soukka, car la Tora ordonne d'y demeurer.

2
אָמַר רַב חָנָן בַּר רָבָא: הָנֵי הִיזְמֵי וְהִיגֵי מְסַכְּכִין בְּהוּ. אַבַּיֵּי אָמַר: בְּהִיזְמֵי — מְסַכְּכִינַן, בְּהִיגֵי — לָא מְסַכְּכִינַן. מַאי טַעְמָא — כֵּיוָן דְּנָתְרִי טַרְפַיְיהוּ, שָׁבֵיק לָהּ וְנָפֵיק.

Rav Hanan bar Rava a dit : ces heizmei (ronces) et ces higei (buissons épineux), on peut en couvrir la soukka. Abaye a dit : avec les heizmei on couvre, avec les higei on ne couvre pas.

Quelle en est la raison ? Puisque leurs feuilles tombent, il abandonne la soukka et sort.

📜 Rachi (2)
הִיזְמֵי וְהִיגֵי מִינֵי סְנֶה:
Les heizmei et les higei : des espèces de buisson épineux (séné).
דְּנָתְרִי טַרְפַיְיהוּ נוֹשְׁרִין עָלִין שֶׁלָּהֶן:
Parce que leurs feuilles tombent : leurs feuilles se détachent et tombent.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב יְהוּדָה הָנֵי שׁוּצֵי וּשְׁוָצְרֵי מְסַכְּכִין בָּהֶן. מִין עֵשֶׂב הֵן וַעֲלֵיהֶם רְחָבִים וְגִידּוּלָן בַּיַּעַר. אַבַּיֵּי אָמַר בְּשׁוֹצֵי מְסַכְּכִין בִּשְׁוָצְרֵי אֵין מְסַכְּכִין מַאי טַעְמָא כֵּיוָן דְּסָנֵי רֵיחַיְיהוּ שָׁבֵיק לְהוּ וְנָפֵיק. אָמַר ר' חָנָן בַּר רָבָא הָנֵי הִיזְמֵי וְהִיגֵי מְסַכְּכִין בָּהֶן אַבַּיֵּי אָמַר בְּהִיזְמֵי מְסַכְּכִין בְּהִיגֵי אֵין מְסַכְּכִין דְּכֵיוָן דְּנָתְרִי טַרְפַיְיהוּ שָׁבֵיק לְהוּ וְנָפֵיק. בְּכָל הָנֵי לְכַתְּחִילָּה לָא מִשּׁוֹס גְּזֵרָה דִּלְמָא שָׁבֵיק לְהוּ וְנָפֵיק אֲבָל יָצָא יְדֵי חוֹבָתוֹ אִם סִיכֵּךְ בָּהֶן וכ"כ הָרַמְבַּ"ם זַ"ל פ"ה מֹהַל' סֻוכָּה ה"ב. אָמַר רַב גִּידֵּל אָמַר רַב הַאי אַפָּקוּתָא דְּדִיקְלָא מְסַכְּכִין בֵּיהּ אַף ע"ג דַּאֲגִידִי אֶגֶד בִּידֵי שָׁמַיִם לָא שְׁמֵיהּ אֶגֶד ואע"ג דַּהֲדַר אַגִּיד לְהוּ מִלְמַעְלָה אֶגֶד דְּחַד לָא שְׁמֵיהּ אֶגֶד כֵּיוָן שֶׁהוּא לְמַטָּה אֶחָד ואע"פ שֶׁמִּתְפַּצֵּל לְכַמָּה קָנִים חַד מִיקְּרוּ וְלָא שְׁמֵיהּ אֶגֶד. אָמַר רַב חִסְדָּא אֶגֶד דְּחַד לָא שְׁמֵיהּ אֶגֶד ג' שְׁמֵיהּ אֶגֶד שְׁנַיִם מַחְלֹוקֶת רַבִּי יוֹסֵי וְרַבָּנַן רַבִּי יוֹסֵי בָּעֵי ג' וְרַבָּנָן בָּעוּ שְׁנַיִם וַהֲלָכָה כְּרַבָּנָן דִּתְרֵין הָוֵי אֶגֶד וְכָל דָּבָר כְּמוֹ אַפְקוּתָא וְדוּקָרִי דְּקָנֵי דִּכְשֶׁאֲגָדָן וְאַחֵר עִמּוֹ הֲוָה חֲבִילָה בַּחֲבִילָה שֶׁל כ"ה קָנִים כְּהַהִיא דִּירוּשַׁלְמִי: דָּרֵשׁ מָרִימָר הָנֵי אִיסּוּרְייָתָא דְסוּרָא מְסַכְּכִין בָּהֶן ואע"ג דַּאֲגִידָן לְמִנְיָנָא בְּעָלְמָא הוּא דַּאֲגִדָן אָמַר ר' אַבָּא אָמַר שְׁמוּאֵל הָנֵי צְרִיפֵי דְּאוֹרְבֵינִי כֵּיוָן שֶׁהִתִּיר רָאשֵׁי מַעֲדַנִּים שֶׁלָּהּ כְּשֵׁירָה וְהָא אַגִּיד מִתַּתַּאי א"ר פָּפָּא דְּשָׁרֵי לְהוּ. רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ אָמַר אֲפִילּוּ תֵּימָא דְּלָא שָׁרֵי לְהוּ כָּל אֶגֶד שֶׁאֵינוֹ עָשׂוּי לְטַלְטְלוֹ בּוֹ לָא שְׁמֵיהּ אֶגֶד:
Rav Yehouda a dit : ces chouchei et ces chavtseri, on peut en couvrir la soukka. Ce sont des espèces d'herbe, leurs feuilles sont larges et elles poussent en forêt. Abaye a dit : avec les chouchei on couvre, avec les chavtseri on ne couvre pas ; quelle en est la raison ? Puisque leur odeur est repoussante, il les abandonne et sort. Rabbi Hanan bar Rava a dit : ces heizmei et ces higei, on peut en couvrir ; Abaye a dit : avec les heizmei on couvre, avec les higei on ne couvre pas, car puisque leurs feuilles tombent, il les abandonne et sort. Dans tous ces cas, <b>lekhat'hila</b> (à priori) on ne le fait pas, en raison du décret de crainte qu'il n'abandonne la soukka et n'en sorte ; mais s'il a couvert avec elles, il s'est acquitté de son obligation, et ainsi a écrit le Rambam, de mémoire bénie, au chapitre 5 des Lois de la Soukka, halakha 2. Rav Guidel a dit au nom de Rav : cette apkouta de-dikla (souche de palmier à rejets), on peut en couvrir ; et bien que les rejets soient liés, un lien fait par la main du Ciel n'est pas appelé un lien ; et bien qu'il les lie ensuite par le haut, le lien d'une chose unique n'est pas appelé un lien, puisqu'en bas elle est une seule pièce : même si elle se ramifie en plusieurs tiges, elle est appelée une, et ce n'est pas un lien. Rav Hisda a dit : le lien d'un seul n'est pas un lien ; à trois, c'est un lien ; à deux, c'est la controverse de Rabbi Yossei et des Sages — Rabbi Yossei exige trois et les Sages exigent deux ; et la <b>halakha</b> suit les Sages : deux constituent un lien. Et toute chose comme l'apkouta ou les dokrei de-kanei, lorsqu'il les lie et y adjoint une autre chose, devient fagot dans un fagot, d'une botte de vingt-cinq roseaux, comme dans ce passage du Yerouchalmi. Marimar a enseigné : ces bottes de Soura, on peut en couvrir, et bien qu'elles soient liées, elles ne l'ont été que pour le dénombrement. Rabbi Abba a dit au nom de Chemouel : ces huttes de saule, dès lors qu'il a défait les extrémités de leurs attaches, elles sont kachères. Mais elles sont pourtant liées par le bas ! Rav Papa a dit : c'est qu'il les a déliées. Rav Houna fils de Rav Yehochoua a dit : tu peux même dire qu'il ne les a pas déliées — tout lien qui n'est pas fait pour transporter l'objet n'est pas appelé un lien.
💡 Explication

Même structure qu'en 12b : un maître autorise deux espèces voisines, Abaye n'en retient qu'une. Les higei sont écartés non pour l'odeur mais pour la chute des feuilles — elles tomberaient dans les plats et sur les convives.

Le Roch tire de cette série la conclusion pratique décisive, absente de la Guemara : il ne s'agit que d'un interdit lekhat'hila (à priori). Celui qui a déjà couvert avec des higei s'est acquitté de son obligation. La raison en est visible dans la formulation même : la Guemara ne dit pas que la matière est passoul (invalide), elle dit seulement que l'homme risque de sortir.

🖼️ Schéma
Quatre plantes au crible d'un critère neuf : y resterait-on ? Ni touma ni fagot ici -- seule compte la question de savoir si l'habitant tiendra sous ce toit plante Rav Yehouda / Rav Hanan bar Rava Abaye défaut invoqué chouchei herbe à larges feuilles (12b) kacher kacher aucun chavtseri herbe voisine (12b) kacher passoul de-sari reihayhou -- l'odeur tourne heizmei ronces (Rachi : espèce de séné) kacher kacher aucun higei buissons épineux voisins kacher passoul de-natrei tarpayhou -- les feuilles tombent Le Roch tranche : chez Abaye, tout cela n'est qu'un interdit lekhat hila Un décret de crainte qu'il n'abandonne la soukka. Mais s'il a déjà couvert avec elles, il s'est acquitté -- et ainsi écrit le Rambam, Hil. Soukka 5,2.
Les quatre herbes de la sougya, et la conclusion pratique du Roch : un interdit à priori seulement.
3
אָמַר רַב גִּידֵּל אָמַר רַב: הַאי אַפָּקוּתָא דְּדִיקְלָא מְסַכְּכִין בְּהוּ. אַף עַל גַּב דַּאֲגִידִי, אֶגֶד בִּידֵי שָׁמַיִם לָא שְׁמֵיהּ אֶגֶד. אַף עַל גַּב דַּהֲדַר אָגֵיד לְהוּ, אֶיגֶד בְּחַד לָא שְׁמֵיהּ אֶגֶד.

Rav Guidel a dit au nom de Rav : cette apkouta de-dikla (souche de palmier d'où sortent plusieurs rejets), on peut en couvrir la soukka. Bien qu'ils soient liés, un lien fait par la main du Ciel n'est pas appelé un lien.

Et bien qu'il les lie ensuite lui-même, lier une chose unique n'est pas appelé un lien.

📜 Rachi (4)
אַפְקוּתָא דְּדִיקְלָא מוֹצָא הַדֶּקֶל כְּשֶׁהוּא סָמוּךְ לַקַּרְקַע יוֹצְאִים בּוֹ דּוּקְרָנִין הַרְבֵּה סָבִיב סָבִיב:
L'apkouta de-dikla : la naissance du palmier, la où il est proche du sol, d'où sortent tout autour de nombreux rejets pointus.
ואע"ג דַּאֲגִידִי שֶׁמְּחֻובָּרִין עַנְפֵי הָאִילָן יַחַד וְדָמֵי לַחֲבִילִין דַּאֲמָרָן אֵין מְסַכְּכִין בָּהֶן:
Et bien qu'ils soient liés : car les branches de l'arbre sont attachées ensemble, et cela ressemble aux fagots dont nous avons dit qu'on n'en couvre pas.
ואע"ג דַּהֲדַר אַגִּיד לְהוּ אִיהוּ הָעֲנָפִים שֶׁל מַעְלָה כְּדֵי לְהַשְׁכִּיבָן מִפְּנֵי שֶׁמִּתְפַּצְּלִין לְכָאן וּלְכָאן וְנוֹקְפִין לְמַעְלָה וְאֵין סוֹתְמִים הַנֶּקֶב:
Et bien qu'il les lie ensuite lui-même : les rejets du haut, afin de les coucher, parce qu'ils se ramifient de-ci de-là et se dressent vers le haut sans boucher le trou.
אֶגֶד בְּחַד לָא שְׁמֵיהּ אֶגֶד כָּל דָּבָר יְחִידִי הַמְחֻובָּר יַחַד וְאוֹגְדוֹ בִּפְנֵי עַצְמוֹ אֵינָהּ אֲגֻודָּה עַד שֶׁיִּתֵּן דָּבָר אַחֵר עִמּוֹ וְיַאַגְדֵם יַחַד:
Lier une chose unique n'est pas appelé un lien : toute chose unique dont les parties tiennent déjà ensemble et qu'il lie pour elle-même n'est pas une agouda (faisceau), tant qu'il n'y adjoint pas une autre chose et ne les lie pas ensemble.
🗂️ Tossefot (1)
אַפְקוּתָא דְּדִיקְלָא. מוֹצֵא הַדֶּקֶל כְּשֶׁהוּא סָמוּךְ לַקַּרְקַע יוֹצְאִין בּוֹ דּוּקְרָנִין הַרְבֵּה סָבִיב ואע"ג דַּאֲגִידִי שֶׁהֵם מְחֻובָּרִים בְּעַנְפֵי הָאִילָן יַחַד כָּךְ פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס וְאֵין זֶה אַצְוָותָא דְּדִיקְלָא דְּפֶרֶק כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים דַּף לט. וְשָׁם) דְּהַהוּא עֵשֶׂב הַגָּדֵל סְבִיב הַדֶּקֶל וְיוֹצְאִים בּוֹ מִשּׁוּם מָרוֹר וְאִי מִן הַדֶּקֶל הוּא הָא אָמַר הָתָם מַה מַצָּה מִן הַזְּרָעִים וְאֶפְשָׁר דְּהַיְינוּ עַרְקַבָּלִין דְּסוֹף עוֹשִׂין פַּסִּין (עֵירוּבִין דַּף כו:) דִּמְפָרֵשׁ הָתָם בַּגְּמָרָא אַצְווָתָא חָרִיוָתָא וּפִי' שָׁם בַּקּוּנְטְרֵס שֶׁהוּא סִיב הַגָּדֵל סְבִיב הַדֶּקֶל וְצָרִיךְ לוֹמַר דְּמִין זֶרַע הוּא וּמִיהוּ מִדִּתְנַן בְּפֶרֶק לוּלָב הַגָּזוּל (לְקַמָּן סֻוכָּה דַּף לוֹ:) אֵין אוֹגְדִים אֶת הַלּוּלָב אֶלָּא בְּמִינוֹ וְאָמַר רָבָא בַּגְּמָרָא אֲפִילּוּ בְּסִיב וַאֲפִילּוּ בְּעִיקָּרָא דְּדִיקְלָא שְׁמַע מִינָּה דְּאֵין זֶה עֵשֶׂב אֶלָּא מִן הַדֶּקֶל עַצְמוֹ הוּא וְאֵין זֶה עַרְקַבָּלִין:
L'apkouta de-dikla. La naissance du palmier, la où il est proche du sol, d'où sortent tout autour de nombreux rejets pointus ; et bien qu'ils soient liés, c'est-à-dire attachés ensemble aux branches de l'arbre — ainsi a expliqué le Kountras (Rachi). Et ce n'est pas l'atsvata de-dikla du chapitre Kol Cha'a (Pessahim 39a et parallèles), car celle-là est une herbe qui pousse autour du palmier et avec laquelle on s'acquitte du <b>maror</b> (herbes amères) ; or si elle venait du palmier lui-même, la Guemara y a dit : de même que la matsa provient des espèces semées, ainsi le maror. Il est possible que ce soient les <b>arkavlin</b> de la fin du chapitre Ossin Passin (Erouvin 26b), que la Guemara y explique par atsvata harayata, et que Rachi y explique comme le <b>siv</b> (fibre) qui pousse autour du palmier — et il faut alors dire que c'est une espèce semée. Toutefois, de ce que nous avons appris au chapitre Loulav ha-gazoul (infra 36b) : on ne lie le loulav qu'avec son espèce, et Rava a dit dans la Guemara : même avec du siv et même avec de l'ikara de-dikla — apprends-en que ce n'est pas une herbe mais que cela provient du palmier lui-même, et que ce ne sont pas les arkavlin.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִפְּנֵי מֶה אָמְרוּ חֲבִילֵי קַשׁ וַחֲבִילֵי עֵצִים וַחֲבִילֵי זְרָדִים אֵין מְסַכְּכִין בָּהֶן לֹא מִפְּנֵי שֶׁהֵן פְּסוּלִין לְסִיכּוּךְ אֶלָּא לִפְעָמִים שֶׁאָדָם בָּא מִן הַשָּׂדֶה וַחֲבִילָתוֹ עַל כְּתֵיפוֹ וּמַעֲלָהּ וּמַנִּיחָהּ עַל גַּבֵּי סֻוכָּתוֹ לְיַבְּשָׁהּ וְנִמְלַךְ עָלֶיהָ לְסִיכּוּךְ וְהַתּוֹרָה אָמְרָה תַּעֲשֶׂה לְשֵׁם סֻוכָּה תַּעֲשֶׂה וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי. יְרוּשַׁלְמִי הֵל' ו אֵין חֲבִילָה פְּחוּתָה מכ"ה קָנִים דְּלָא שָׁיְיכָא גְּזֵירַת. אוֹצָר אֶלָּא בַּחֲבִילוֹת שֶׁאָדָם רָגִיל לְהָבִיא מִן הַשָּׂדֶה וְלָא דָּמֵי לְהָא דְּאָמַר בגמ' לְקַמָּן (סֻוכָּה יג.) אֶגֶד בְּחַד לָא שְׁמֵיהּ אֶגֶד אֶגֶד בִּשְׁלֹשָׁה שְׁמֵיהּ אֶגֶד דְּהַייְנוּ בְּאַפְקוּתָא דְּדִיקְלָא וְדוֹקְרָנִי דְּקָנֵי שֶׁיֵּשׁ בּוֹ קָנִים הַרְבֵּה וְהָוֵי כְּמוֹ חֲבִילָה. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב סִכְּכָהּ בְּחִיצִּין זְכָרִים כְּשֵׁרָה בְּחִיצִין נְקֵבוֹת פְּסוּלָה ואע"ג דְּעָשׂוּי לְמַלֹּאות בֵּית קִיבּוּל הוּא. אָמַר רַבָּה בַּר רַב הוּנָא אָמַר רַב סִיכְּכָהּ בַּאֲנִיצֵי פִּשְׁתָּן פְּסוּלָה בְּהֻוצְנֵי פִשְׁתָּן כְּשֵׁירָה פֵּירוּשׁ בְּהָוצְנֵי פִּשְׁתָּן כִּיתָּנָא דְּלָא דָּייֵק וְלָא נְפִיץ דַּעֲדַייִן הוּא עֵץ. יְרוּשַׁלְמִי הֵל' ד סִיכְּכָהּ בַּחֲבָלִים אִית תַּנָּא תַּנּוֹיֵי כְּשֵׁירָה וְאִית תַּנָּא תָּנֵי פְּסוּלָה. מ"ד פְּסוּלָה בַּחֲבָלִים שֶׁל פִּשְׁתָּן ומ"ד כְּשֵׁירָה בַּחֲבָלִים שֶׁל סִיב וְהָרַמְבַּ"ן זַ"ל כָּתַב מְסַכְּכִין בַּחֲבָלִים שֶׁל סִיב וְשֶׁל חֵלֶף וְכַיּוֹצֵא בָּהֶן שֶׁהֲרֵי צוּרָתָן עוֹמֶדֶת וְאֵינָן כָּלִין כֵּלִים:
Guemara. Rabbi Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : pourquoi ont-ils dit que les fagots de paille, les fagots de bois et les fagots de brindilles, on n'en couvre pas ? Non parce qu'ils seraient invalides pour la couverture, mais parce qu'il arrive qu'un homme revienne du champ, son fagot sur l'épaule, qu'il le monte et le pose sur sa soukka pour le faire sécher, puis se ravise et le destiné à la couverture — or la Tora a dit : tu feras, en vue de la soukka ; tu feras, et non à partir de ce qui est déjà fait (<b>ta'asseh ve-lo min hé-assouy</b>). Yerouchalmi, halakha 6 : il n'y a pas de fagot en deçà de vingt-cinq roseaux — car le décret de l'entrepôt ne concerne que les fagots qu'un homme a coutume de rapporter du champ. Et cela ne ressemble pas à ce que dit la Guemara plus loin (Soukka 13a) : le lien d'un seul n'est pas un lien, le lien de trois est un lien — car il s'agit là de l'apkouta de-dikla et des dokrei de-kanei, qui comportent de nombreuses tiges et sont donc comme un fagot. Rav Yehouda a dit au nom de Rav : s'il a couvert avec des hampes de flèches mâles, elle est kachère ; avec des hampes femelles, elle est invalide — et bien que le creux soit destiné à être rempli, c'est tout de même un <b>beit kibboul</b> (réceptacle). Rabba bar Rav Houna a dit au nom de Rav : s'il a couvert avec des anitsei de lin, elle est invalide ; avec des hotsnei de lin, elle est kachère. Explication : les hotsnei de lin, c'est du lin qui n'a été ni pilé ni peigné, et qui est donc encore du bois. Yerouchalmi, halakha 4 : s'il a couvert avec des cordes, il est un tana qui enseigne kachère et un tana qui enseigne invalide. Celui qui dit invalide parle de cordes de lin ; celui qui dit kachère parle de cordes de siv. Et le Ramban, de mémoire bénie, a écrit : on couvre avec des cordes de siv, de chelef et de leurs semblables, car leur forme subsiste et elles ne sont pas des ustensiles.
💡 Explication

Nouveau sujet : la souche du palmier d'où jaillissent en couronne de nombreux rejets. Elle a tout du fagot — de nombreuses tiges tenues ensemble — et devrait donc tomber sous le décret de 12a interdisant de couvrir avec un fagot.

Rav écarte deux fois l'objection. D'abord le lien du bas : il existe, mais c'est un agad bidei chamayim, un lien noué par le Ciel, et le décret ne visait que le fagot que l'homme rapporte du champ. Ensuite le lien que l'homme ajoute en haut pour coucher les rejets : c'est un igued be-had, on ne lie qu'une seule chose à elle-même, et Rachi précise qu'il faudrait y adjoindre un autre corps pour qu'il y ait faisceau.

🖼️ Schéma
L'apkouta de-dikla : un faisceau que personne n'a fagoté Une souche de palmier près du sol, d'où jaillissent tout autour de nombreux rejets (Rachi) souche le sol lien ajouté en haut par l'homme pour coucher les rejets qui se dressent liaison naturelle, en bas Le lien du bas Il est réel : les rejets tiennent effectivement ensemble, comme un fagot. Mais : agad bidei chamayim Le décret des Sages vise le fagot que l'homme rapporte du champ et pose à sécher sur le toit. Un lien poussé ne rentre pas dans ce cas. Le lien du haut Celui-là, c'est bien l'homme qui le noue. Mais : igued be-had En bas la pièce est UNE. Ceinturer le haut, c'est lier une seule chose à elle-même. Rachi : il faut y adjoindre une autre chose et les lier ensemble pour qu'il y ait agouda. Conclusion : la soukka est kachère. Même raisonnement mot pour mot au segment suivant pour les dokrei de-kanei, la touffe de roseaux.
Les deux liens de l'apkouta de-dikla, et les deux raisons pour lesquelles aucun ne compte.
4
אָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר רָבִינָא בַּר שֵׁילָא: הָנֵי דֻּוקְרֵי דְקָנֵי מְסַכְּכִין בְּהוּ. אַף עַל גַּב דַּאֲגִידִי נִינְהוּ — אֶגֶד בִּידֵי שָׁמַיִם לָא שְׁמֵיהּ אֶגֶד. אַף עַל גַּב דַּהֲדַר אָגֵיד לְהוּ — אֶיגֶד בְּחַד לָא שְׁמֵיהּ אֶגֶד.

De même Rav Hisda a dit au nom de Ravina bar Cheila : ces dokrei de-kanei (touffes de roseaux), on peut en couvrir la soukka. Bien qu'ils soient liés, un lien fait par la main du Ciel n'est pas appelé un lien.

Et bien qu'il les lie ensuite, lier une chose unique n'est pas appelé un lien.

📜 Rachi (1)
דּוֹקְרֵי דְּקָנֵי כְּעֵין אַפְקוּתָא דְּדִיקְלָא אֶלָּא שֶׁזֶּה שֶׁל קָנִים וְזֶה שֶׁל דְּקָלִים:
Les dokrei de-kanei : comme l'apkouta de-dikla, sauf que ceux-ci sont de roseaux et celle-là de palmier.
💡 Explication

Reprise mot pour mot du raisonnement précédent, appliquée cette fois aux roseaux. La Guemara signale ainsi que la règle n'est pas liée à une essence particulière : le couple agad bidei chamayim / igued be-had vaut pour toute plante qui pousse en touffe.

5
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: קָנִים וְדֻוקְרָנִין מְסַכְּכִין בָּהֶן. קָנִים פְּשִׁיטָא! אֵימָא: קָנִים שֶׁל דֻּוקְרָנִין מְסַכְּכִין בָּהֶן.

C'est ce qui a été enseigné aussi dans une baraita : des roseaux et des dokranim, on peut en couvrir la soukka. Des roseaux — c'est évident !

Dis plutôt : des roseaux de dokranim, on peut en couvrir.

📜 Rachi (3)
קָנִים וְדוּקְרָנִים מַשְׁמַע תְּרֵי מִילֵּי וְדוּקְרָנִים כְּמוֹ יַחְפֹּור בְּדֶקֶר (בֵּיצָה דַּף ב.) פל"א בְּלַעַ"ז:
Des roseaux et des dokranim : cela sous-entend deux choses distinctes ; dokranim, comme dans l'expression il creuse avec un deker (Betsa 2a), pale en langue vulgaire.
קָנִים שֶׁל דּוּקְרָנִים שֶׁיּוֹצְאִים בְּגִזְעָם כְּמִין דּוּקְרָנִים הַרְבֵּה:
Des roseaux de dokranim : ceux qui sortent de leur souche à la manière de nombreux rejets pointus.
מְסַכְּכִין בָּהֶן וְלָא מַשְׁווִינַן לְהוּ כַּחֲבִילָה:
On peut en couvrir : et nous ne les assimilons pas à un fagot.
💡 Explication

La Guemara cherche un appui tannaitique et corrige au passage la lecture du texte. Prise littéralement, la baraita énumérerait deux objets : des roseaux — banalité, ils remplissent tous les critères — et des dokranim, c'est-à-dire des bêches, ce qui n'a aucun sens comme sekhakh.

La correction consiste à lire un seul objet au lieu de deux : kanim chel dokranim, les roseaux qui sortent en touffe de leur souche. La baraita confirme alors exactement Rav Hisda.

6
וְאָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר רָבִינָא בַּר שֵׁילָא: הָנֵי מְרָרִיתָא דְּאַגְמָא — אָדָם יוֹצֵא בָּהֶן יְדֵי חוֹבָתוֹ בַּפֶּסַח.

Et Rav Hisda a dit au nom de Ravina bar Cheila : avec ces merarita de-agma (herbes amères du marais), un homme s'acquitte de son obligation à Pessa'h.

📜 Rachi (1)
מְרָרִיתָא דְּאַגְמָא חֲזֶרֶת שֶׁל אֲגַם:
Les merarita de-agma : la laitue du marais.
🗂️ Tossefot (1)
מְרָרִיתָא דְּאַגְמָא. פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס חֲזֶרֶת שֶׁל אֲגַם וְאֵין מַשְׁמַע כֵּן בְּפֶרֶק כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים דַּף לט.) דְּאָמְרִינַן רָבִינָא אַשְׁכְּחֵיהּ לְרַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרָבָא דַּהֲוָה מְחַזֵּר אַמְּרָרִיתָא אֲמַר לֵיהּ מַאי דַּעְתָּיךְ אִי מִשּׁוּם דִּמְרִירִי טְפֵי וְהָאֲנַן תְּנַן חֲזֶרֶת אַלְמָא אֵין זֶה חֲזֶרֶת אֶלָּא מִין אַחֵר הוּא שֶׁשְּׁמוֹ מְרָרִיתָא וְיֵשׁ מִמֶּנּוּ שֶׁמְּגַדֵּל בַּאֲגַם וְשֹׁורֶשׁ שֶׁלּוֹ נִקְרָא תִּיעָהּ בְּפֶרֶק אֵלּוּ טְרֵפוֹת (חֻולִּין דַּף נט. וְשָׁם) מַאי תִּיעָהּ עִיקָּרָא דִּמְרָרִיתָא:
Merarita de-agma. Le Kountras (Rachi) a expliqué : la laitue du marais. Mais cela ne paraît pas ainsi au chapitre Kol Cha'a (Pessahim 39a), où nous disons : Ravina trouva Rav Aha fils de Rava qui cherchait des merarita ; il lui dit : quelle est ton idée ? Si c'est parce qu'elles sont plus amères — mais nous avons appris dans la michna la laitue ! Il ressort donc que ce n'est pas la laitue, mais une autre espèce dont le nom est merarita, dont une variété pousse dans le marais et dont la racine est appelée ti'a au chapitre Elou Terefot (Houllin 59a et parallèles) : qu'est-ce que la ti'a ? La racine de la merarita.
💡 Explication

La Guemara enchaîne par association d'auteur : c'est le même Rav Hisda au nom du même Ravina bar Cheila. Le sujet, lui, change complètement — on passe de la soukka au maror de la nuit de Pessa'h.

Cette digression n'est pas un simple hors-sujet. Elle va conduire à la michna de l'ezov, dont le faisceau de trois tiges fournira précisément la mesure de ce qu'est un agad — le concept sur lequel roulait toute la première moitié du folio.

7
מֵיתִיבִי: אֵזוֹב, וְלֹא אֵזוֹב יָוָן, וְלֹא אֵזוֹב כּוֹחֲלִי, וְלֹא אֵזוֹב מִדְבָּרִי, וְלֹא אֵזוֹב רוֹמִי, וְלֹא אֵזוֹב שֶׁיֵּשׁ לוֹ שֵׁם לְוַוי.

On objecte : ezov (hysope) — et non l'ezov de Grèce, ni l'ezov kohli, ni l'ezov du désert, ni l'ezov romain, ni aucun ezov qui porte un chem levay (un nom accompagné d'un qualificatif).

📜 Rachi (2)
אֵזוֹב כָּל הֵיכָא דִּכְתִיב אֵזוֹב דָּרֵישׁ לֵיהּ הָכִי:
Ezov : partout où il est écrit ezov, on l'interprète ainsi.
וְלֹא כָּל אֵזוֹב שֶׁיֵּשׁ לוֹ שֵׁם לְוַוי הָכָא נָמֵי מָרוֹר כְּתִיב וְלֹא מְרָרְתָּא דְּאַגְמָא דְּהוּא שֵׁם לְוַוי:
Ni aucun ezov qui porte un nom accompagné d'un qualificatif : ici aussi il est écrit maror, et non merarta de-agma, qui est un nom accompagné d'un qualificatif.
💡 Explication

L'objection procède par analogie. Pour toutes les mitsvot où la Tora prescrit l'ezov — la vache rousse, le metsora, l'aspersion — une baraita écarte toute variété dont le nom comporte un ajout : chem levay, littéralement un nom accompagnant.

Or la Tora prescrit merorim tout court. Les merarita de-agma, celles du marais, portent bien un qualificatif : elles devraient donc être exclues au même titre que l'ezov romain.

8
אָמַר אַבַּיֵּי: כֹּל שֶׁנִּשְׁתַּנָּה שְׁמוֹ קֹודֶם מַתַּן תּוֹרָה, וּבָאתָה תּוֹרָה וְהִקְפִּידָה עָלָיו — בְּיָדוּעַ שֶׁיֵּשׁ לוֹ שֵׁם לְוַוי. וְהָנֵי לֹא נִשְׁתַּנָּה שְׁמַיְיהוּ קֹודֶם מַתַּן תּוֹרָה כְּלָל.

Abaye a dit : tout ce dont le nom a été différencié avant le don de la Tora, et sur quoi la Tora est venue ensuite se montrer exigeante — on sait qu'il possède un chem levay. Or celles-ci, leur nom n'a nullement été différencié avant le don de la Tora.

📜 Rachi (2)
כֹּל שֶׁנִּשְׁתַּנָּה שְׁמוֹ קֹודֶם מַתַּן תּוֹרָה שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מִכַּמָּה מִינִין וְכָל אֶחָד שֵׁם לְוַוי לוֹ כְּמוֹ אֵזוֹב כּוֹחֲלִית וְקֹודֶם מַתַּן תּוֹרָה הָיָה זֶה שְׁמוֹ וּבָאתָה תּוֹרָה וְהִקְפִּידָה שֶׁכָּתוּב בְּכַמָּה מְקוֹמוֹת אֵזוֹב וְלֹא נִכְתַּב בְּאֶחָד מֵהֶן אֶחָד מִשֵּׁמוֹת הַלָּלוּ ש"מ אַסְּתָם אֵזוֹב קָפֵיד רַחֲמָנָא:
Tout ce dont le nom a été différencié avant le don de la Tora : c'est-à-dire ce qui comporte plusieurs variétés, chacune ayant un nom accompagné d'un qualificatif, comme l'ezov kohlit, et que tel était déjà son nom avant le don de la Tora ; puis la Tora est venue se montrer exigeante, puisqu'il est écrit en plusieurs endroits ezov et qu'en aucun d'eux n'est écrit l'un de ces noms — apprends-en que c'est sur l'ezov sans qualificatif que le Miséricordieux s'est montré exigeant.
הָנֵי מְרָרִיתָא לֹא נִשְׁתַּנָּה שְׁמָם קֹודֶם מַתַּן תּוֹרָה וּכְשֶׁנִּיתְּנָה תּוֹרָה לֹא הָיוּ קָרַוְיִין אֶלָּא מָרוֹר סְתָם וּכְשֶׁהִזְכִּיר מְרוֹרִים אַף זֶה הָיָה בַּמַּשְׁמָע:
Celles-ci : les merarita, leur nom n'a pas été différencié avant le don de la Tora ; lorsque la Tora fut donnée elles n'étaient appelées que maror tout court, et lorsqu'il a mentionné merorim, celle-ci aussi était comprise dans le terme.
💡 Explication

La réponse d'Abaye est chronologique. Le raisonnement du chem levay ne fonctionne que sous une condition : que les variétés aient déjà porté des noms distincts au moment du Sinaï. C'est alors seulement que le choix par la Tora du nom nu devient significatif — elle savait qu'il existait un ezov romain et un ezov du désert, et elle a écrit ezov.

Pour les herbes amères, rien de tel : au Sinaï on ne connaissait qu'un mot, maror. Le qualificatif de-agma est une appellation postérieure, qui ne peut rétroactivement exclure l'espèce du verset.

9
רָבָא אָמַר: הָנֵי — מְרָרִיתָא סְתָמָא שְׁמַייְהוּ, וְהַאי דְּקָרֵי לְהוּ מְרָרְיָתָא דְאַגְמָא — מִשּׁוּם דְּמִשְׁתְּכַח בְּאַגְמָא.

Rava a dit : celles-ci, leur nom est merarita tout court ; et si on les appelle merarita de-agma, c'est parce qu'on les trouve dans le marais.

🗂️ Tossefot (1)
מִשּׁוּם דִּשְׁכִיחָן בְּאַגְמָא. כִּי הַאי גַווְנָא מְשַׁנֵּי רָבָא פֶּרֶק אֵלּוּ טְרֵפוֹת (חֻולִּין דַּף סב:) גַּבֵּי תּוֹרִין שֶׁל רָחָב' וְאַבַּיֵּי נָמֵי אַף עַל גַּב דִּמְשַׁנֵּי הָכָא וְהָתָם שִׁינּוּיֵי אַחֲרֵינִי מִכָּל מָקוֹם מוֹדֶה לְרָבָא דְּהָא בְּפֶרֶק אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ (חֻולִּין דַּף פ.) מַכְשִׁירִין עֻזִּי דִּבְאֶלָּא לְגַבֵּי מִזְבֵּחַ:
Parce qu'on les trouve dans le marais. C'est de cette manière que Rava répond au chapitre Elou Terefot (Houllin 62b) au sujet des tourterelles de Rehava. Et Abaye lui-même, bien qu'il donne ici et là-bas d'autres réponses, concède néanmoins à Rava : car au chapitre Oto ve-et Beno (Houllin 80a) ils déclarent aptes pour l'autel les chèvres de la vallée.
💡 Explication

Rava conteste la prémisse au lieu de l'aménager. Il n'y a pas ici de chem levay du tout : le nom de la plante est simplement merarita. La mention du marais n'introduit pas une sous-espèce, elle indique où l'on rencontre habituellement cette plante — un qualificatif de provenance, non de nature.

Tossefot montre que c'est une stratégie constante chez Rava, et que même Abaye la reconnaît valable ailleurs : la chèvre sauvage reste apte à l'autel malgré son nom composé.

10
אָמַר רַב חִסְדָּא: אִיגֵּד בְּחַד — לָא שְׁמֵיהּ אֶגֶד. שָׁלֹשׁ — שְׁמֵיהּ אֶגֶד. שְׁנַיִם — מַחְלֹוקֶת רַבִּי יוֹסֵי וְרַבָּנַן. דִּתְנַן: מִצְוַת אֵזוֹב, שְׁלֹשָׁה קְלָחִים וּבָהֶן שְׁלֹשָׁה גִבְעוֹלִין. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: מִצְוַת אֵזוֹב שְׁלֹשָׁה גִּבְעוֹלִין, וְשִׁירָיו שְׁנַיִם, וְגַרְדּוֹמָיו כָּל שֶׁהוּא.

Rav Hisda a dit : lier un seul — ce n'est pas appelé un lien. Trois — c'est appelé un lien.

Deux — c'est la controverse de Rabbi Yossei et des Sages. Car nous avons appris dans une michna : la mitsva de l'ezov, c'est trois kelahim (plants avec leur racine) portant trois giv'olin (tiges centrales).

Rabbi Yossei dit : la mitsva de l'ezov, c'est trois giv'olin ; ses restes, deux ; et ses moignons, quelle que soit leur taille.

📜 Rachi (6)
לָא שְׁמֵיהּ אֶגֶד לֹא לָעִנְיָן חֲבִילָה לְסַכֵּךְ וְלֹא לְעִנְיַן אֲגֻודַּת אֵזוֹב:
Ce n'est pas appelé un lien : ni quant au fagot pour la couverture de la soukka, ni quant au faisceau d'ezov.
שְׁלֹשָׁה קְלָחִין שָׁרָשִׁין:
Trois kelahim : des plants avec leurs racines.
וּבָהֶן שְׁלֹשָׁה גִּבְעוֹלִין גִּבְעוֹל לְכָל קֶלַח גִּבְעוֹל הוּא קָנֶה הָאֶמְצָעִי שֶׁהַזֶּרַע בְּרֹאשׁוֹ כַּקַּנַּבּוֹס וּפִשְׁתָּן:
Portant trois giv'olin : un giv'ol pour chaque kelah. Le giv'ol est la tige centrale dont la semence est au sommet, comme pour le chanvre et le lin.
רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר לְקַמָּן מְפָרֵשׁ פְּלֻוגְתַּייְהוּ:
Rabbi Yossei dit : plus loin la Guemara expliquera leur controverse.
שִׁירָיו אִם נָפַל הָאֶחָד לְאַחַר זְמַן שִׁירָיו כְּשֵׁרִים בִּשְׁנַיִם:
Ses restes : si l'un est tombé par la suite, ses restes sont valables à deux.
גַּרְדּוֹמָיו כְּשֶׁמַּזִּין בּוֹ פְּעָמִים הַרְבֵּה מִתּוֹךְ שֶׁגִּבְעוֹלָיו רַכִּים מִשְׁתַּבְּרִים וְכָל שֶׁהוּא הַמִּשְׁתַּיֵּיר בַּאֲגֻודָּה כָּשֵׁר וּבִלְבַד שֶׁיִּשְׁתַּייֵּר מִכָּל אֶחָד וְאֶחָד כָּל שֶׁהוּא שֶׁתְּהֵא שֵׁם אֲגֻודָּתוֹ קַיֶּימֶת:
Ses moignons : lorsqu'on asperge avec lui de nombreuses fois, comme ses tiges sont tendres elles se brisent ; et tout ce qui subsiste dans le faisceau est valable, à condition qu'il subsiste quelque chose de chacune d'elles, afin que son faisceau demeure constitué.
🗂️ Tossefot (4)
בְּשָׁלֹשׁ שְׁמֵיהּ אֶגֶד. תֵּימַהּ דִּבְמַסֶּכֶת אָבוֹת (פ"ג מ"ו) מַשְׁמַע דְּפָחוֹת מֵחֲמִשָּׁה לָא שְׁמֵיהּ אֶגֶד דִּתְנַן עֲשָׂרָה שֶׁיּוֹשְׁבִין וְעוֹסְקִין בַּתּוֹרָה שְׁכִינָה בֵּינֵיהֶן שֶׁנֶּאֱמַר אֱ-לֹהִים נִצָּב בַּעֲדַת אֵל וּמִנַּיִן אֲפִילּוּ חֲמִשָּׁה שֶׁנֶּאֱמַר וַאֲגֻודָּתוֹ עַל אֶרֶץ יְסָדָהּ וּמִנַּיִן שֶׁאֲפִילּוּ שְׁלֹשָׁה שֶׁנֶּאֱמַר בְּקֶרֶב אֱ-לֹהִים יִשְׁפֹּוט וְאִית סְפָרִים דְּגָרְסִי אִיפְּכָא דַּחֲמִשָּׁה נָפְקָא לָן מִבִּקְרָב מִשּׁוּם דְּאַעֵדֻת דְּרֵישֵׁיהּ דִּקְרָא קָאֵי וּבִלְשׁוֹן בְּקֶרֶב מַשְׁמַע אֶמְצַע כְּלוֹמַר בַּחֲצִי עֵדָה דְּהַיְינוּ חֲמִשָּׁה יִשְׁפֹּוט וּשְׁלֹשָׁה נָפְקָא לָן מִוְּאֻגְוַדְתּוֹ עַל אֶרֶץ יְסָדָהּ ובפ"ק דִּבְרָכוֹת (דַּף ו.) לֹא מַשְׁמַע כֵּן דְּאָמַר הָתָם מִנַּיִן לַעֲשָׂרָה שֶׁמִּתְפַּלְּלִין שֶׁשְּׁכִינָה בֵּינֵיהֶם שֶׁנֶּאֱמַר אֱ-לֹהִים נִצָּב בַּעֲדַת אֵל וּמִנַּיִן לִשְׁלֹשָׁה שֶׁיּוֹשְׁבִין בַּדִּין שֶׁשְּׁכִינָה בֵּינֵיהֶם שֶׁנֶּאֱמַר בְּקֶרֶב אֱ-לֹהִים יִשְׁפֹּוט וּלְגִירְסָא קַמַּייְתָא נִיחָא וְשֶׁמָּא דְּאַף עַל גַּב דִּבְעָלְמָא חֲשִׁיבָא אֲגֻודָּה בִּשְׁלֹשָׁה הַאי קְרָא דִּוּאֲגוֹדָתוֹ עַל אֶרֶץ יְסָדָהּ לָא מִיתּוֹקַם אֶלָּא בַּחֲמִשָּׁה מִשּׁוּם דִּכְתִיב אַף יָדִי יָסְדָה אֶרֶץ וּבַיָּד יֵשׁ בָּהּ חָמֵשׁ אֶצְבָּעוֹת:
À trois c'est appelé un lien. C'est étonnant, car dans le traité Avot (3,6) il ressort qu'en deçà de cinq ce n'est pas appelé un lien : nous y avons appris que dix qui siègent et étudient la Tora, la Chekhina est parmi eux, ainsi qu'il est dit Dieu se tient dans l'assemblée divine ; et d'où sait-on que même cinq ? De ce qu'il est dit et il a fondé son faisceau (agouda) sur la terre ; et d'où sait-on que même trois ? De ce qu'il est dit au milieu des juges il jugera. Et il est des livres qui ont la leçon inverse : cinq se déduit de au milieu, parce que le verset se rapporte à l'assemblée de son début et que l'expression au milieu indique le centre, c'est-à-dire dans la moitié de l'assemblée, soit cinq ; et trois se déduit de et il a fondé son faisceau sur la terre. Mais au premier chapitre de Berakhot (6a) cela ne semble pas ainsi, car on y dit : d'où sait-on que lorsque dix prient la Chekhina est parmi eux ? De ce qu'il est dit Dieu se tient dans l'assemblée divine ; et d'où sait-on que lorsque trois siègent en jugement la Chekhina est parmi eux ? De ce qu'il est dit au milieu des juges il jugera — et selon la première leçon tout s'accorde. Et peut-être que, bien qu'en général un faisceau soit constitué à trois, ce verset-ci, et il a fondé son faisceau sur la terre, ne s'explique qu'à cinq, parce qu'il est écrit ma main aussi a fondé la terre, et que la main comporte cinq doigts.
מִצְוַת אֵזוֹב שְׁלֹשָׁה קְלָחִים. גַּבֵּי אֵזוֹב דְּפָרָה לָא כְּתִיב אֲגֻודָּה אֶלָּא גַּבֵּי אֵזוֹב דְּפֶסַח מִצְרַיִם כְּתִיב וּבְסִיפְרֵי (פָּרָשַׁת חֻקַּת) יָלֵיף בג"ש לְקִיחָה לְקִיחָה מַה לְהַלָּן שְׁלֹשָׁה דְּאֵין אֲגֻודָּה בְּפָחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה אַף כָּאן שְׁלֹשָׁה וְרַבָּנָן דְּלָא יָלְפִי לְעֵיל גַּבֵּי לוּלָב לְקִיחָה לְקִיחָה דְּמַכְשְׁרִי בְּשֶׁאֵינוֹ אָגוּד קָסָבְרִי דְּמֵאֵזוֹב לְאֵזוֹב נֶאֶמְרָה גְּזֵרָה שָׁוָה וְתֵימַהּ דְּאִי גְּזֵרָה שָׁוָה הִיא הָא קָתָנֵי סֵיפָא דְּהַךְ מִשְׁנָה בְּסוֹף פֶּרֶק אַחַד עָשָׂר דְּפָרָה לֹא אֲגָדָן כָּשֵׁר ומ"ש מִלּוּלָב לְרַבִּי יְהוּדָה דְּתַנְיָא אָגוּד כָּשֵׁר שֶׁאֵינוֹ אָגוּד פָּסוּל מִשּׁוּם דְּיָלֵיף לְקִיחָה לְקִיחָה:
La mitsva de l'ezov, trois kelahim. À propos de l'ezov de la vache rousse il n'est pas écrit faisceau ; c'est à propos de l'ezov du Pessa'h d'Égypte que cela est écrit. Et le Sifri (parachat Houkat) le déduit par une <b>guezera chava</b> (analogie verbale) prise-prise : de même que là-bas il en faut trois, puisqu'il n'y a pas de faisceau en deçà de trois, de même ici trois. Et les Sages, qui ne déduisent pas plus haut à propos du loulav la guezera chava prise-prise — puisqu'ils déclarent valable un loulav non lié — tiennent que la guezera chava a été énoncée d'ezov à ezov. Et c'est étonnant : si c'est une guezera chava, la fin de cette même michna, à la fin du chapitre onze de Para, enseigne que s'il ne les a pas liés c'est valable — en quoi cela diffère-t-il du loulav selon Rabbi Yehouda, dont il a été enseigné : lié il est valable, non lié il est invalide, parce qu'il déduit prise-prise ?
וּבָהֶן שְׁלֹשָׁה גִּבְעוֹלִין. גִּבְעוֹל אֶחָד לְכָל קֶלַח וְקֶלַח דְּאִי שְׁלֹשָׁה לְכָל קֶלַח וְקֶלַח אִם כֵּן הַיְינוּ ר' יְהוּדָה דְּקָתָנֵי סֵיפָא ר' יְהוּדָה אוֹמֵר שָׁלֹשׁ עַל שָׁלֹשׁ וּמִשְׁנָה זוֹ שְׁנוּיָה בְּאֹורֶךְ בְּמַסֶּכֶת פָּרָה (פי"א מ"ט) אֶלָּא שֶׁהַגְּמָרָא קְצָרָה:
Portant trois giv'olin. Un seul giv'ol pour chaque kelah ; car s'il en fallait trois par kelah, ce serait alors l'avis de Rabbi Yehouda enseigné dans la fin de la michna : Rabbi Yehouda dit trois sur trois. Et cette michna est enseignée tout au long dans le traité Para (11,9) ; simplement, la Guemara l'a abrégée.
וְגַרְדּוֹמָיו כָּל שֶׁהוּא. בְּפֶרֶק הַתְּכֵלֶת (מְנָחוֹת דַּף לה:) דְּאָמְרִי בְּנֵי רַבִּי חִיָּיא גַּרְדֻּומֵּי תְּכֵלֶת כְּשֵׁרִין וְגַרְדֻּומֵּי אֵזוֹב כְּשֵׁרִין אַגַּב תְּכֵלֶת נְקַט אֵזוֹב דְּגַרְדּוּמֵי אֵזוֹב תְּנֵינָא דְּמִשְׁנָה הִיא בְּמַסֶּכֶת פָּרָה (שָׁם) אִי נָמֵי מִשּׁוּם אֵזוֹב דִּמְצוֹרָע אִיצְטְרִיךְ:
Et ses moignons, quelle que soit leur taille. Au chapitre Ha-tekhelet (Menahot 35b), où les fils de Rabbi Hiya disent : les moignons de tekhelet sont valables et les moignons d'ezov sont valables. C'est incidemment, à propos de la tekhelet, qu'il a mentionné l'ezov, car les moignons d'ezov nous les avons déjà appris, puisque c'est une michna dans le traité Para (ibid.) ; ou bien c'était nécessaire à cause de l'ezov du metsora.
💡 Explication

Le pivot du folio. Rav Hisda quitte la question du toit pour poser la question de fond : combien de brins faut-il pour qu'un lien soit un agad ? Sa réponse est un barème à trois étages — un, jamais ; trois, toujours ; deux, controverse.

La preuve vient d'un tout autre domaine, la michna de l'ezov (traité Para 11,9), car le faisceau d'hysope est précisément un cas où la Tora exige un lien chiffré. Rachi prévient d'emblée que le barème vaut dans les deux directions : ni quant au fagot du sekhakh, ni quant au faisceau d'ezov.

Le vocabulaire doit être tenu ferme : le kelah est le plant entier avec sa racine, le giv'ol est la tige centrale portant la graine, les gardoumim sont les moignons restant après usure, et les chiraym sont ce qui subsiste quand un plant a disparu.

🖼️ Schéma
Anatomie du faisceau d'ezov : kelah, giv ol, gardom Trois mots qu'il faut tenir distincts pour suivre la mahloket -- Rachi les définit un à un le sol le lien -- l'agouda graine kelah -- la tige avec sa racine Rachi : charachin, des racines. C'est le plant entier, arraché du sol. La michna en demande trois. C'est le nombre de kelahim qui fait le compte du lien. giv ol -- la tige centrale portant la graine Rachi : la tige du milieu dont la semence est au sommet, comme pour le chanvre et le lin. UN giv ol par kelah. Tossefot le précise : sinon la michna reviendrait à l'avis de Rabbi Yehouda cité plus loin, trois sur trois. gardom -- le moignon après l'usure Rachi : à force d'asperger, les tiges tendres se brisent. Ce qui reste vaut, quelle que soit sa taille -- à condition qu'il subsiste quelque chose de CHACUNE, afin que le faisceau demeure un faisceau. Chiraym (les restes) est encore autre chose : ce qui subsiste quand un plant entier a disparu du faisceau.
Kelah, giv'ol, gardom : trois mots de la michna de Para que Rachi définit un à un.
11
קָא סָלְקָא דַּעְתִּין מִדִּשְׁיָרָיו שְׁנַיִם, תְּחִילָּתוֹ נָמֵי שְׁנַיִם, וְהַאי דְּקָתָנֵי שְׁלֹשָׁה — לְמִצְוָה. וּמִדְּרַבִּי יוֹסֵי שְׁלֹשָׁה לְמִצְוָה, לְרַבָּנָן שְׁלֹשָׁה לְעַכֵּב.

Nous avons d'abord pensé : puisque ses restes sont deux, son début aussi était deux, et si la michna enseigne trois, c'est pour la mitsva (à priori). Et puisque pour Rabbi Yossei trois n'est que pour la mitsva, il en résulte que pour les Sages trois est indispensable (le-akev).

📜 Rachi (3)
קָא סָלְקָא דַּעְתֵּיהּ דְּהָא דְּאָמַר רַב חִסְדָּא שְׁנַיִם מַחְלֹוקֶת רַבִּי יוֹסֵי וְרַבָּנַן הָכִי מְפָרֵשׁ פְּלֻוגְתַּייְהוּ וְהָכִי שָׁמְעִינַן לָהּ דְּמִדִּשְׁיָרָיו שְׁנַיִם לְר' יוֹסֵי תְּחִילָּתוֹ נָמֵי שְׁנַיִם דִּיעֲבַד:
Nous avons d'abord pensé : car ce que Rav Hisda a dit, deux est la controverse de Rabbi Yossei et des Sages, on l'explique ainsi et on l'entend ainsi — puisque, selon Rabbi Yossei, ses restes sont deux, son début aussi était deux, à posteriori.
לְמִצְוָה לְכַתְּחִילָּה:
Pour la mitsva : lekhat'hila, à priori.
וּמִדְּרַבִּי יוֹסֵי בָּעֵי שָׁלֹשׁ מִיהָא לְמִצְוָה מִכְּלָל לְרַבָּנָן דְּאָמְרִי שְׁלֹשָׁה לְעַכֵּב דְּאִי אִינְהוּ נָמֵי לְמִצְוָה וְלֹא לְעַכֵּב מַאי אֲתָא רַבִּי יוֹסֵי לְאִיפְּלוֹגֵי וּמַאי מַחֲלֹוקֶת דְּקָאָמַר רַב חִסְדָּא דִּלְרַבִּי יוֹסֵי שְׁמֵיהּ אֶגֶד וּלְרַבָּנָן לָא שְׁמֵיהּ אֶגֶד:
Et puisque Rabbi Yossei exige trois au moins pour la mitsva, il en résulte que les Sages disent trois de façon indispensable ; car si eux aussi ne l'exigeaient que pour la mitsva et non de façon indispensable, sur quoi Rabbi Yossei viendrait-il diverger ? Et de quelle controverse Rav Hisda parlerait-il ? C'est donc que pour Rabbi Yossei deux est un lien, et pour les Sages deux n'est pas un lien.
💡 Explication

La Guemara reconstruit la controverse à partir d'un seul mot de Rabbi Yossei : chiraym chenayim, ses restes sont deux. Si deux suffisent après coup, c'est que deux constitue déjà un faisceau ; les trois exigés ne sont donc qu'un idéal.

Rachi explique alors la mécanique de l'inférence : si les Sages disaient eux aussi trois seulement à priori, Rabbi Yossei ne divergerait sur rien, et il n'y aurait pas de mahloket à invoquer. Il faut donc que les Sages tiennent trois pour le-akev, indispensable même après coup.

12
וְהַתַּנְיָא, רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אֵזוֹב תְּחִילָּתוֹ שְׁנַיִם וּשְׁיָרָיו אֶחָד פָּסוּל, וְאֵינוֹ כָּשֵׁר עַד שֶׁיְּהֵא תְּחִילָּתוֹ שְׁלֹשָׁה וּשְׁיָרָיו שְׁנַיִם! אִיפּוּךְ: לְרַבִּי יוֹסֵי שְׁלֹשָׁה לְעַכֵּב, לְרַבָּנָן שְׁלֹשָׁה לְמִצְוָה.

Mais n'a-t-on pas enseigné dans une baraita : Rabbi Yossei dit — un ezov dont le début fut deux et dont il ne reste qu'un est invalide, et il n'est valable que si son début fut trois et ses restes deux ! Renverse donc (eipoukh) : pour Rabbi Yossei trois est indispensable, pour les Sages trois n'est que pour la mitsva.

📜 Rachi (3)
אֵזוֹב שֶׁתְּחִילָּתוֹ שְׁנַיִם פָּסוּל וְכֵן אֵזוֹב שְׁלֹשָׁה וְנָפְלוּ שְׁנַיִם מִן הָאֲגֻודָּה וְנִשְׁתַּייֵּר אֶחָד פָּסוּל:
Un ezov dont le début fut deux : il est invalide ; et de même un ezov de trois dont deux sont tombés du faisceau et dont il ne reste qu'un est invalide.
וְאֵינוֹ כָּשֵׁר כו' כְּלוֹמַר אֵין תְּחִילָּתוֹ כָּשֵׁר אֶלָּא בִּשְׁלֹשָׁה דִּבְצִיר מֵהָכִי לָאו אֲגֻודָּה הִיא וְאֵין שִׁירַיִם כְּשֵׁרִים אֶלָּא בִּשְׁנַיִם:
Et il n'est valable, etc. : c'est-à-dire que son début n'est valable qu'à trois, car en deçà ce n'est pas un faisceau, et que ses restes ne sont valables qu'à deux.
אִיפּוּךְ סְבָרָא דִּידַן דַּאֲמַרַן לְעֵיל קָא סָלְקָא דַּעְתֵּיהּ דִּנְפָרְשָׁהּ לְרַב חִסְדָּא הָכִי דִּלְר' יוֹסֵי שְׁלֹשָׁה לְעַכֵּב כְּדִמְפָרֵשׁ הָכָא בְּהֶדְיָא וּמִכְּלַל דִּשְׁלֹשָׁה (לְרַבָּנָן שָׁמַע רַבִּי יוֹסֵי) דְּקָאָמְרִי לְמִצְוָה וְלֹא לְעַכֵּב:
Renverse : notre raisonnement énoncé plus haut dans le nous avons d'abord pensé — expliquons plutôt Rav Hisda ainsi : pour Rabbi Yossei trois est indispensable, comme il l'expose ici explicitement, et il en résulte que les trois dont parlent les Sages sont pour la mitsva et non de façon indispensable.
💡 Explication

Une baraita explicite ruine la reconstruction. Rabbi Yossei y déclare mot pour mot qu'un ezov commencé à deux est passoul : impossible, donc, de lui attribuer la position souple.

La Guemara applique alors l'eipoukh, l'inversion des attributions : ce n'est pas la michna qui est fausse, c'est la répartition des avis qui était inversée. Rabbi Yossei tient trois pour indispensable — donc deux n'est pas un lien selon lui — et les Sages tiennent trois pour un idéal, donc deux fait déjà lien.

🖼️ Schéma
Eipoukh -- la guemara renverse les deux avis Une baraita fait s'effondrer la lecture de départ : les positions échangent de camp Hava amina -- segment 10 Rabbi Yossei trois = le-mitsva (à priori) ; deux suffisent après coup donc : deux EST un agad Les Sages trois = le-akev (indispensable) donc : deux n'est PAS un agad déduit du seul mot chiraym chenayim eipoukh Conclusion -- segment 11 Rabbi Yossei trois = le-akev donc : deux n'est PAS un agad Les Sages trois = le-mitsva donc : deux EST un agad appuyé sur une baraita explicite de Rabbi Yossei Ce qui a forcé le renversement (baraita, segment 11) Rabbi Yossei dit : un ezov dont le début fut deux et dont il reste un est passoul ; il n'est valable que si son début fut trois et ses restes deux. Impossible de lui attribuer deux au départ : la baraita l'exclut mot pour mot. La lecture initiale était donc inversée. La confirmation, et le nœud où le folio s'arrête (segments 12-13) Autre baraita, celle des Sages : début deux et reste un -- kacher ; il n'est invalide que si son début ET son reste sont un. Objection immédiate : la fin dit donc que reste un est passoul, alors que le début disait reste un kacher. Réponse en 13b.
Avant et après l'eipoukh : les deux avis échangent de camp sous la pression d'une baraita.
13
וְהַתַּנְיָא: אֵזוֹב תְּחִילָּתוֹ שְׁנַיִם וּשְׁיָרָיו אֶחָד — כָּשֵׁר, וְאֵינוֹ פָּסוּל עַד שֶׁיְּהֵא תְּחִלָּתוֹ וּשְׁיָרָיו אֶחָד.

Et c'est bien ce qui a été enseigné : un ézov dont le début fut deux et dont il ne reste qu'un est valable ; et il n'est invalide que lorsque son début et ses restes sont un.

📜 Rachi (5)
וְהַתַּנְיָא וּבְנִיחוּתָא:
Et il a été enseigné : ceci est dit sur le ton de l'assentiment (be-nihouta), comme une confirmation et non comme une objection.
לְרַבָּנָן לָא גָּרְסִינַן שֶׁאֵין זוֹ לְשׁוֹן גְּמָרָא וּמִיהוּ עַל כָּרְחָךְ רַבָּנָן קָאָמְרִי לָהּ דְּהָא ר' יוֹסֵי שְׁלֹשָׁה לְעַכֵּב שָׁמְעִינַן לָהּ:
Le-rabbanan : nous ne lisons pas ce mot, car ce n'est pas une tournure de la Guemara ; toutefois, ce sont forcément les Sages qui l'énoncent, puisque pour Rabbi Yossei nous savons déjà que trois est indispensable.
אֵזוֹב שֶׁתְּחִילָּתוֹ שְׁנַיִם כָּשֵׁר:
Un ézov dont le début fut deux : valable.
וְשִׁירָיו אֶחָד נָמֵי כָּשֵׁר:
Et dont il ne reste qu'un : valable également.
וְלֹא פָּסוּל בִּתְחִילָּתוֹ עַד שֶׁיְּהֵא אֶחָד וקס"ד דְּסֵיפָא נָמֵי הָכִי מִיפָּרְשָׁא וְאֵין שְׁיָרָיו פְּסוּלִים עַד שֶׁיְּהֵא אֶחָד וּלְהָכִי פָּרִיךְ שְׁיָרָיו אֶחָד סָלְקָא דַּעְתִּיךְ לִיפָּסֵל וְהָא קָתָנֵי כָּשֵׁר:
Et il n'est invalide : dans son début, que lorsqu'il n'y en a qu'un ; et nous avons pensé que la fin s'expliquait de même, à savoir que ses restes ne sont invalides que lorsqu'il n'en reste qu'un — et c'est pourquoi la Guemara objecte : ses restes à un, aurais-tu pensé qu'ils sont invalides ? Mais on a enseigné au début qu'ils sont valables !
💡 Explication

Confirmation par une seconde baraita, celle des Sages : commencer à deux et finir à un reste valable. C'est exactement la position souple que l'eipoukh venait de leur attribuer.

Rachi signale ici deux détails de lecture. D'abord le ton : ce ve-hatanya n'est pas une objection mais un appui — be-nihouta. Ensuite un point de version : le mot le-rabbanan ne figure pas dans le texte authentique, même si le contenu est bien celui des Sages.

14
שְׁיָרָיו אֶחָד פָּסוּל? הָא אָמְרַתְּ שְׁיָרָיו אֶחָד כָּשֵׁר!

Ses restes à un seraient invalides ? Mais tu as dit toi-même que ses restes à un sont valables !

💡 Explication

Le folio se termine sur une contradiction interne à la baraita qui vient d'être citée. Le début déclare valable un faisceau réduit à un seul brin ; la fin, lue de la même façon, laisserait entendre qu'un reste unique est invalide.

La Guemara laisse la question ouverte : la résolution — qui portera sur la différence entre le début et le reste — appartient déjà au folio suivant, 13b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).