Sougya : Ce folio achève d'abord le dossier de l'agad (le lien) ouvert en 12a : après une dernière retouche du texte sur le faisceau d'ézov, trois cas viennent montrer qu'un nœud peut n'être pas un lien au sens du décret. Marimar autorise les bottes de roseaux de Soura, liées seulement pour être comptées à la vente ; Rabbi Abba autorise les huttes coniques de saule dès lors que le nœud du sommet est défait, Rav Papa précisant qu'il a aussi retiré le fil du bas ; et Rav Houna fils de Rav Yehochoua pose la définition la plus large — tout lien qui ne sert pas à transporter l'objet n'est pas un lien.
Un enseignement de Rabbi Abba au nom de Chemouel fait ensuite basculer la sougya : les légumes du maror amènent la touma, ne font pas écran devant elle, et rendent la soukka passoul au titre de l'air — parce qu'en séchant ils s'effritent et tombent, on les traite déjà comme absents. Le nom de Rabbi Abba entraîne alors le dossier des yadot, ces parties non comestibles qui transmettent la touma à l'aliment auquel elles tiennent.
Rabbi Abba au nom de Rav Houna les refuse au vendangeur, Rav Menachya bar Gada au nom du même Rav Houna les refuse au moissonneur qui couvre sa soukka ; la Guemara montre que le second énoncé implique le premier mais non l'inverse. Une baraita sur les branchages porteurs de fruits semble arbitrer entre eux : le premier tanna ne pèse que la nourriture, Aherim y ajoutent les yadot.
Rabbi Abba doit s'aligner sur Aherim, mais Rav Menachya s'échappe en relisant la baraita comme un cas d'intention changée — coupé pour manger, ravisé pour couvrir. Le folio se clôt sur le prix de cette échappatoire : que disent alors les Sages, et une seconde mahshava peut-elle annuler la première ?
Plutôt, dis ainsi : [le faisceau n'est invalide] que si son commencement est comme ses restes — un seul brin.
Le folio s'ouvre sur la dernière retouche d'un débat entamé en 13a : combien de brins faut-il à un faisceau d'ézov (hysope) pour qu'il reste valide ? La baraita semblait dire que le faisceau devient invalide dès que son commencement tombe au niveau de ce qu'on tolère pour ses restes — ce qui créait une contradiction interne.
La correction (ela eima, « plutôt dis ») déplace le seuil : le commencement n'invalide que s'il est réduit à un seul brin. Rachi en tire la conséquence décisive pour tout le dossier : chez les Sages, l'exigence de trois brins n'est qu'une exigence lekhat'hila (à priori) et non un ikouv (une condition sine qua non). Sans cette lecture, la baraita ne correspondrait à l'avis d'aucun des deux camps.
Marimar a enseigné : ces issouryata (bottes de roseaux) de Soura, on peut en couvrir la soukka. Bien qu'on les ait liées, ce n'est que pour le dénombrement qu'on les a liées.
Rappel du décret posé en 12a-12b : un houvila (fagot) posé sur la soukka la rend passoul (invalide), de crainte qu'on ne finisse par couvrir avec des bottes sorties de l'entrepôt, mises là pour sécher et non pour l'ombre.
Marimar tranche par la finalité du nœud. Les roseaux de Soura sont liés pour une raison purement commerciale : on les vend à la pièce, et le lien sert à compter. L'acheteur le défait de toute façon. Rachi ajoute l'argument décisif : il n'est pas d'usage de les entreposer liées — donc le scénario que le décret redoutait ne se présente pas.
Rabbi Abba a dit : ces tsrifei de-orbani (huttes faites de branches de saule), dès lors qu'on a défait les extrémités de leurs attaches, elles sont kachères. Mais elles sont pourtant liées par le bas !
Rav Papa a dit : il s'agit d'un cas où il les a déliées.
Nouveau cas d'espèce. Le tsrif de-orbani est une hutte conique en branches de saule, fermée en pointe par un nœud unique et tressée en bas autour d'une large ouverture. Rabbi Abba autorise de s'en servir comme sekhakh (couverture) une fois le nœud du sommet défait.
La Guemara objecte : le bas reste tressé, donc le lien subsiste. Rav Papa répond sur le terrain des faits — Rabbi Abba parle d'un cas où l'on a aussi retiré le fil du bas. Rachi précise l'économie du geste : il suffit de tirer le fil, sans avoir à détresser toute la vannerie.
Rav Houna fils de Rav Yehochoua a dit : tu peux même dire qu'il ne les a pas déliées — tout lien qui n'est pas fait pour transporter [l'objet] n'est pas appelé un lien.
Rav Houna fils de Rav Yehochoua répond à l'objection sans rien exiger du propriétaire. Il pose une définition : un agad (lien), au sens du décret, est un nœud qui permet de manipuler l'objet comme une unité. Un tressage qui ne sert pas au transport n'est pas un agad, quelle que soit sa solidité.
Rachi vérifie le critère sur le cas : une fois le sommet défait, il suffit de soulever la hutte pour qu'elle se disloque. Le cordon du bas ne tient donc rien qui compte — il ne fait pas d'elle un objet transportable.
C'est la réponse la plus forte du groupe : les deux premières dépendaient de ce que l'homme avait fait ou voulu, celle-ci se lit dans la structure même de l'objet.
Rabbi Abba a dit au nom de Chemouel : les légumes dont les Sages ont dit qu'un homme s'acquitte par eux de son obligation [de maror] à Pessa'h — ils amènent la touma (impureté), ils ne font pas écran devant la touma, et ils rendent la soukka passoul au titre de l'air. Quelle en est la raison ?
Puisque, une fois secs, ils s'effritent et tombent, ils sont considérés comme s'ils n'étaient pas là.
Changement de sujet, amorce par un nom : Rabbi Abba. Ces légumes très fins — laitue, chicorée — reçoivent trois statuts d'un coup. Ils forment un ohel (une tente) qui amène la touma sur ce qui est dessous ; mais ils ne font pas hatsitsa (écran) pour l'arrêter ; et posés sur une soukka, ils la rendent passoul.
La raison unique gouverne les trois : en séchant, ces feuilles s'effritent et tombent. On anticipe donc leur disparition et on les traite déjà comme absentes. D'où la sévérité du troisième point, soulignée par Rachi : au lieu du barème du sekhakh passoul (quatre tefahim au milieu, quatre coudées sur le côté), on applique celui de l'avir (l'air) — trois tefahim seulement.
Tossefot conteste le détail de Rachi : ces plantes sont nourriture d'homme — la Guemara de Pessahim l'exige pour le maror. Leur aptitude à la touma ne dépend donc pas de leur nature mais du hekhcher (contact avec un liquide) qui les rend réceptives.
Et Rabbi Abba a dit au nom de Rav Houna : celui qui vendange pour le pressoir — [sa récolte] n'a pas de yadot (poignées).
Nouveau dossier, greffé sur le précédent par le nom de Rabbi Abba. Une yad (littéralement « main », ici poignée ou manche) est la partie non comestible attenante à un aliment — la rafle de la grappe, le chaume de l'épi. La halakha lui accorde un statut spécial : elle reçoit la touma et la transmet à l'aliment auquel elle tient.
Rav Houna pose une limite fonctionnelle, que Rachi formule nettement : une yad n'est une yad que si c'est une prise dont on a besoin. Celui qui vendange pour le pressoir ne veut que le jus ; les rafles ne lui servent à rien. Elles ne sont donc pas des poignées, mais du déchet — et ne transmettent rien.
Et Rav Menachya bar Gada a dit au nom de Rav Houna : celui qui moissonne pour couvrir [la soukka] — [sa récolte] n'a pas de yadot.
Même maître, Rav Houna, rapporte cette fois par Rav Menachya bar Gada, et applique à un autre cas : on moissonne du blé non pour le grain mais pour la paille, destinée au sekhakh. Le grain devient l'indésirable ; le chaume, le produit voulu.
Le rapport s'inverse donc par rapport au cas ordinaire : ce n'est pas le chaume qui sert de poignée au grain, c'est le grain qui encombre le chaume. Rachi ajoute une précision halakhique importante : ce grain reste un aliment susceptible de touma, et s'il excédait le volume de la paille, il rendrait à lui seul la soukka passoul.
Celui qui dit « celui qui moissonne » [n'a pas de yadot], à plus forte raison le dira-t-il de « celui qui vendange » — car cela ne lui convient pas, afin que [les rafles] ne sucent pas son vin. Mais celui qui dit que celui qui vendange n'a pas de yadot, [dira] en revanche que celui qui moissonne, lui, a des yadot — car il lui convient d'en couvrir [sa soukka], afin qu'elles ne se dispersent pas.
La Guemara calibre la portée respective des deux énoncés. Celui de Rav Menachya (moissonner pour le sekhakh) entraîne celui de Rabbi Abba par un kal va-homer implicite : si le grain, qu'on pourrait au moins manger, ne compte pas comme un aliment muni de poignées, à plus forte raison les rafles, que le vigneron redoute activement — elles boivent le vin et le gâtent.
L'inverse n'est pas vrai. Rabbi Abba peut fort bien limiter sa règle à la vendange, et accorder des yadot au moissonneur : le grain lui rend un service réel. Rachi et Tossefot en donnent deux versions — pour Rachi, les épis restés attachés ne se perdent pas ; pour l'autre lecture citée par Tossefot, ils font contrepoids et empêchent le vent d'emporter la paille. Dans les deux cas, le grain sert — donc les yadot existent.
Dirons-nous que [l'enseignement] de Rav Menachya bar Gada fait l'objet d'une controverse de tannaim ? Car il a été enseigné : des branches de figuier avec des figues dessus, des sarments avec des raisins dessus, des chaumes avec des épis dessus, des palmes avec des dattes dessus — dans tous ces cas, si le déchet (pesolet) l'emporte sur la nourriture, [la soukka] est kachère ; sinon, elle est passoul.
Aherim (D'autres) disent : [elle n'est kachère] que si les chaumes l'emportent sur les yadot et sur la nourriture.
La Guemara cherche à rattacher le débat des Amoraim à une controverse tannaitique. La baraita énumère quatre situations identiques : un support inapte au sekhakh parce qu'il porte un fruit apte à la touma.
Le premier tanna pèse le pesolet (le déchet, ici le bois) contre l'okhel (la nourriture) : si le déchet l'emporte, la soukka tient. Aherim ajoutent un troisième terme sur le plateau de l'aliment — les yadot. Rachi explique pourquoi : la longueur de prise attenante au fruit reçoit elle aussi la touma, elle doit donc elle aussi être annulée.
Tossefot soulève ici la difficulté de fond : pourquoi l'annulation ne suffit-elle pas, alors qu'une maison couverte de semences est déclarée pure ? Trois réponses — la soukka est provisoire, on exige la validité au moment de la couverture, et surtout : l'annulation d'une chose susceptible de touma exige un chinouy maasse (un acte matériel), et non une simple décision.
N'est-ce pas sur ceci qu'ils divergent : l'un tient qu'[ils] ont des yadot, et l'autre tient qu'[ils] n'ont pas de yadot ?
Formulation de l'hypothèse. Si Aherim comptent les yadot dans la pesée, c'est qu'à leurs yeux le produit moissonné en possède. Et si le premier tanna ne les mentionne pas, c'est apparemment qu'il n'en reconnaît aucune — précisément la thèse de Rav Menachya bar Gada.
Pour Rabbi Abba — c'est assurément une controverse de tannaim. Pour Rav Menachya bar Gada, dirons-nous que c'est une controverse de tannaim ?
Rav Menachya pourrait te dire : tout le monde s'accorde à tenir que celui qui moissonne pour couvrir n'a pas de yadot ; et ici, de quoi traitons-nous ? D'un cas où il les a coupés pour les manger, puis s'est ravisé à leur sujet en vue de la couverture.
La Guemara traite les deux Amoraim séparément. Rabbi Abba, qui accorde des yadot au moissonneur, ne peut se ranger que derrière Aherim ; le premier tanna le contredit de front. Sa position est donc bien tannaitiquement disputée — Rachi montre qu'aucune relecture ne peut sauver le premier tanna à son profit.
Rav Menachya, lui, n'est pas contraint. Il relit la baraita comme un cas particulier : on a coupé les tiges pour manger, puis on s'est ravisé pour couvrir. Les yadot sont alors nées de la première mahshava (intention), et Aherim se contentent de dire qu'elles ne disparaissent pas. Sur le cas qui l'intéresse — moissonner d'emblée pour le sekhakh — tout le monde lui donnerait raison.
S'il les a coupés pour les manger, quelle est la raison des Sages ? Et si tu dis que les Sages tiennent que, dès lors qu'il s'est ravisé à leur sujet en vue de la couverture, son intention [première] s'est annulée — et l'intention s'annule-t-elle par un tel moyen ?
N'avons-nous pas appris : tous les ustensiles...
C'est le prix de l'échappatoire. Si la baraita parle de tiges coupées pour manger, alors les yadot devraient exister pour tout le monde — et l'on ne comprend plus le premier tanna (« les Sages »), qui refuse de les compter.
La réponse envisagée est que la seconde mahshava annule la première. Mais la Guemara s'y oppose aussitôt : une fois qu'une chose est entrée dans le régime de réceptivité à la touma par une intention, un simple changement d'avis ne l'en fait pas sortir — il y faudrait un acte matériel. La michna invoquée, kol ha-kelim (« tous les ustensiles »), va être citée au début de 14a.
Le folio s'arrête sur cette question ouverte : la sougya des yadot se poursuit sur l'amud suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).