Sukkah 13b — Le lien qui ne lie pas, la poignée qui ne sert pas

Sukkah 13b

Sougya : Ce folio achève d'abord le dossier de l'agad (le lien) ouvert en 12a : après une dernière retouche du texte sur le faisceau d'ézov, trois cas viennent montrer qu'un nœud peut n'être pas un lien au sens du décret. Marimar autorise les bottes de roseaux de Soura, liées seulement pour être comptées à la vente ; Rabbi Abba autorise les huttes coniques de saule dès lors que le nœud du sommet est défait, Rav Papa précisant qu'il a aussi retiré le fil du bas ; et Rav Houna fils de Rav Yehochoua pose la définition la plus large — tout lien qui ne sert pas à transporter l'objet n'est pas un lien.

Un enseignement de Rabbi Abba au nom de Chemouel fait ensuite basculer la sougya : les légumes du maror amènent la touma, ne font pas écran devant elle, et rendent la soukka passoul au titre de l'air — parce qu'en séchant ils s'effritent et tombent, on les traite déjà comme absents. Le nom de Rabbi Abba entraîne alors le dossier des yadot, ces parties non comestibles qui transmettent la touma à l'aliment auquel elles tiennent.

Rabbi Abba au nom de Rav Houna les refuse au vendangeur, Rav Menachya bar Gada au nom du même Rav Houna les refuse au moissonneur qui couvre sa soukka ; la Guemara montre que le second énoncé implique le premier mais non l'inverse. Une baraita sur les branchages porteurs de fruits semble arbitrer entre eux : le premier tanna ne pèse que la nourriture, Aherim y ajoutent les yadot.

Rabbi Abba doit s'aligner sur Aherim, mais Rav Menachya s'échappe en relisant la baraita comme un cas d'intention changée — coupé pour manger, ravisé pour couvrir. Le folio se clôt sur le prix de cette échappatoire : que disent alors les Sages, et une seconde mahshava peut-elle annuler la première ?

Le fil du folio : du lien qui ne lie pas à la poignée qui ne sert pas Deux concepts jumeaux -- agad et yad -- qui dépendent tous deux de ce que l'homme veut, non de ce que la chose est Segment 0 -- solde du débat de 13a sur l'ézov Correction du texte : le commencement n'invalide que s'il est déjà tombé à la mesure du reste, un seul brin. Donc pour les Sages, trois n'est qu'une exigence à priori. Segments 1 à 3 -- fin du dossier agad : trois liens qui n'en sont pas Marimar : les bottes de roseaux de Soura sont liées pour être comptées à la vente, pas pour être gardées ainsi. Rabbi Abba : les huttes de saule redeviennent kachères dès qu'on défait le nœud du sommet. Objection : le bas reste tressé. Rav Papa répond par les faits -- il a délié aussi le bas. Rav Houna fils de Rav Yehochoua répond par la définition : un lien qui ne sert pas à transporter l'objet n'est pas un lien. Ici, sitôt déplacée, la hutte se défait toute seule. Bilan : c'est la finalité du nœud, pas sa solidité, qui décide. Le fagot interdit visait l'entrepôt ; rien de tel ici. Segment 4 -- charnière : Rabbi Abba au nom de Chemouel, les légumes du maror Trois régimes d'un coup : ils amènent la touma, ils ne font pas écran devant elle, et ils invalident la soukka comme de l'air. Raison unique : une fois secs ils s'effritent et tombent -- donc déjà maintenant on les traite comme s'ils n'étaient pas là. Le nom de Rabbi Abba est le pivot : la Guemara enchaîne sur ses autres enseignements, et le sujet glisse vers les yadot. Segments 5 à 7 -- deux enseignements de Rav Houna sur les yadot Rabbi Abba au nom de Rav Houna : celui qui vendange pour le pressoir -- pas de yadot (les rafles suceraient le vin). Rav Menachya bar Gada au nom de Rav Houna : celui qui moissonne pour le sekhakh -- pas de yadot (le grain ne l'intéresse pas). La Guemara calibre : le second énoncé implique le premier, mais l'inverse est faux -- donc les deux ne disent pas la même chose. Nafka mina : pour Rabbi Abba, moissonner pour le sekhakh donne bel et bien des yadot. Segments 8 à 11 -- la baraita, la tentative de controverse tannaitique, et la question ouverte Rav Menachya se sauve en relisant la baraita : coupé pour manger, puis ravisé pour couvrir. Mais alors, que disent les Sages ? Si leur raison est que la seconde mahshava annule la première -- la michna des ustensiles s'y oppose. Suite en 14a.
Le fil du folio : la fin du dossier agad, puis le basculement vers les yadot, par le nom de Rabbi Abba.
Quand un nœud n'est pas un agad : le bilan des segments 1 à 3 La question n'est jamais -- est-ce solidement attaché ? -- mais toujours -- pourquoi est-ce attaché ? Le décret de départ (12a-12b) : un fagot posé sur la soukka est passoul, de crainte qu'on ne couvre avec des bottes d'entrepôt Trois voies de sortie, trois raisons différentes 1. Lié pour compter Marimar -- segment 1 Cas : les issouryata de Soura, bottes de roseaux vendues au marché à la pièce. Raison : le nœud sert au comptage, pas à la conservation ; l'acheteur le défait pour sécher. Kacher, sans rien défaire 2. Le nœud est défait Rabbi Abba + Rav Papa -- segment 2 Cas : les tsrifei de-orbani, huttes coniques en branches de saule. Objection : le bas reste tressé. Réponse de fait : il défait aussi le fil du bas -- inutile de détresser la vannerie elle-même. Kacher, une fois défait 3. Nœud inutile au transport Rav Houna b. Rav Yehochoua -- seg. 3 Cas : la même hutte, le bas toujours tressé. Raison : tout agad qui ne permet pas de déplacer l'objet n'est pas un agad. Sitôt soulevée, la hutte se défait d'elle-même. Kacher, même sans rien défaire Ce que les trois ont en commun Aucune ne conteste que la matière soit physiquement liée. Chacune conteste que ce lien soit un agad au sens du décret : un agad, c'est un nœud fait pour que la botte reste une botte -- pour la ranger, la garder, la déplacer. La réponse la plus forte est la troisième : elle ne demande aucun geste du propriétaire, seulement de regarder à quoi sert le nœud.
Les trois façons dont un noeud cesse d être un agad -- et pourquoi la troisième est la plus forte.
La mahloket sur les yadot : deux enseignements de Rav Houna, deux portées Une yad est un manche qui transmet la touma à l'aliment -- mais seulement si le propriétaire en veut Règle de base (Houlin 117a) : la tige, la rafle, le chaume attenants à un aliment sont des yadot -- ils reçoivent la touma et la lui transmettent. Condition posée par Rachi : encore faut-il que ce soit une prise dont on a besoin. Ce qui ne sert à rien n'est pas une yad, c'est un déchet. Rabbi Abba au nom de Rav Houna segment 5 Vendanger pour le pressoir : pas de yadot Les rafles ne servent pas au vigneron : elles sucent le vin et le gâtent (Rachi, seg. 7). Et moissonner pour le sekhakh ? Il y a des yadot -- le grain lui sert de lest. Rav Menachya bar Gada au nom de Rav Houna segment 6 Moissonner pour le sekhakh : pas de yadot Celui qui couvre sa soukka ne veut que la paille ; le grain, il n'en a que faire. Et vendanger pour le pressoir ? À plus forte raison : pas de yadot non plus. La baraita arbitre (segment 8) : Aherim exigent que la paille dépasse les yadot ET la nourriture Aherim comptent donc des yadot au produit moissonné ; le premier tanna, qui ne compte que la nourriture, semble n'en compter aucune. Pour Rabbi Abba : oui, c'est tannaitique Il dit comme Aherim : moissonner pour le sekhakh donne des yadot. Le premier tanna le contredit frontalement -- impossible de le lire autrement. Sa position est donc adossée à un tanna, pas à tous. Pour Rav Menachya : non, il se sauve Il relit la baraita : on a coupé pour manger, puis on s'est ravisé pour couvrir. Les yadot sont nées de la première intention -- tout le monde l'admet. Prix à payer : expliquer ce que disent alors les Sages (seg. 11).
Rabbi Abba contre Rav Menachya bar Gada : même maître, deux enseignements, deux portées inégales.
1
אֶלָּא אֵימָא: עַד שֶׁתְּהֵא תְּחִלָּתוֹ כִּשְׁיָרָיו אֶחָד.

Plutôt, dis ainsi : [le faisceau n'est invalide] que si son commencement est comme ses restes — un seul brin.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא אַתְּחִלָּתוֹ קָאֵי וְהָכִי קָאָמַר אֵין תְּחִילָּתוֹ פָּסוּל עַד שֶׁיְּהֵא הוּא כְּשִׁיעוּר שְׁיָרָיו דְּהַייְנוּ אֶחָד אַלְמָא לְרַבָּנָן שְׁלֹשָׁה דְּקָאָמְרִינַן לְעֵיל לְמִצְוָה דְּאִי לְעַכֵּב הָא מַנִּי לָא רַבִּי יוֹסֵי וְלָא רַבָּנַן:
Plutôt : cela porte sur son commencement, et voici ce qu'il veut dire — son commencement n'est pas invalide tant qu'il n'est pas réduit à la mesure de ses restes, c'est-à-dire un seul brin. Il en ressort donc que, pour les Sages, les trois dont nous avons parlé plus haut ne valent que pour la mitsva (à priori) ; car si c'était indispensable, de qui serait cette baraita ? Ni de Rabbi Yossei, ni des Sages.
💡 Explication

Le folio s'ouvre sur la dernière retouche d'un débat entamé en 13a : combien de brins faut-il à un faisceau d'ézov (hysope) pour qu'il reste valide ? La baraita semblait dire que le faisceau devient invalide dès que son commencement tombe au niveau de ce qu'on tolère pour ses restes — ce qui créait une contradiction interne.

La correction (ela eima, « plutôt dis ») déplace le seuil : le commencement n'invalide que s'il est réduit à un seul brin. Rachi en tire la conséquence décisive pour tout le dossier : chez les Sages, l'exigence de trois brins n'est qu'une exigence lekhat'hila (à priori) et non un ikouv (une condition sine qua non). Sans cette lecture, la baraita ne correspondrait à l'avis d'aucun des deux camps.

2
דָּרַשׁ מֵרִימֶר: הָנֵי אִיסּוּרְיָיתָא דְּסוּרָא — מְסַכְּכִין בְּהוּ. אַף עַל גַּב דַּאֲגִדָן — לְמִנְיָנָא בְּעָלְמָא הוּא דַּאֲגִדָן.

Marimar a enseigné : ces issouryata (bottes de roseaux) de Soura, on peut en couvrir la soukka. Bien qu'on les ait liées, ce n'est que pour le dénombrement qu'on les a liées.

📜 Rachi (3)
אִיסּוּרְיָיתָא דְּסוּרָא חֲבִילֵי קָנִים שֶׁהָיוּ עוֹשִׂין לִמְכֹּור בַּשּׁוּק וּמוֹכְרִין אוֹתָם בְּמִנְיָן:
Les issouryata de Soura : des fagots de roseaux que l'on confectionnait pour les vendre au marché, et que l'on vend au compte.
מְסַכְּכִין בָּהֶן וְאֵין בָּהֶם מִשּׁוּם גְּזֵרַת אוֹצָר דְּכָל יְמוֹת הַשָּׁנָה לְפִי שֶׁאֵין דֶּרֶךְ לְהַצְנִיעָם בְּאַגְדָּם:
On peut en couvrir : et il n'y a pas en elles le motif du décret de l'entrepôt (otsar), celui des bottes que l'on conserve toute l'année, parce qu'il n'est pas d'usage de les entreposer liées.
אֶלָּא לְמִנְיָנָא בְּעָלְמָא אַגְדִינְהוּ עַד שֶׁיִּמְכְּרוּ וְהַלּוֹקְחָן לְייַבְּשָׁן מַתִּיר אֲגָדָן הִלְכָּךְ הַמְסַכֵּךְ בָּהֶן לְשֵׁם סֻוכָּה אֵינוֹ צָרִיךְ לְהַתִּיר אֲגָדָן:
Mais seulement pour le dénombrement : il les lie le temps qu'elles se vendent, et celui qui les achète pour les faire sécher en défait le lien. Par conséquent, celui qui en couvre sa soukka n'a pas besoin d'en défaire le lien.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב יְהוּדָה הָנֵי שׁוּצֵי וּשְׁוָצְרֵי מְסַכְּכִין בָּהֶן. מִין עֵשֶׂב הֵן וַעֲלֵיהֶם רְחָבִים וְגִידּוּלָן בַּיַּעַר. אַבַּיֵּי אָמַר בְּשׁוֹצֵי מְסַכְּכִין בִּשְׁוָצְרֵי אֵין מְסַכְּכִין מַאי טַעְמָא כֵּיוָן דְּסָנֵי רֵיחַיְיהוּ שָׁבֵיק לְהוּ וְנָפֵיק. אָמַר ר' חָנָן בַּר רָבָא הָנֵי הִיזְמֵי וְהִיגֵי מְסַכְּכִין בָּהֶן אַבַּיֵּי אָמַר בְּהִיזְמֵי מְסַכְּכִין בְּהִיגֵי אֵין מְסַכְּכִין דְּכֵיוָן דְּנָתְרִי טַרְפַיְיהוּ שָׁבֵיק לְהוּ וְנָפֵיק. בְּכָל הָנֵי לְכַתְּחִילָּה לָא מִשּׁוֹס גְּזֵרָה דִּלְמָא שָׁבֵיק לְהוּ וְנָפֵיק אֲבָל יָצָא יְדֵי חוֹבָתוֹ אִם סִיכֵּךְ בָּהֶן וכ"כ הָרַמְבַּ"ם זַ"ל פ"ה מֹהַל' סֻוכָּה ה"ב. אָמַר רַב גִּידֵּל אָמַר רַב הַאי אַפָּקוּתָא דְּדִיקְלָא מְסַכְּכִין בֵּיהּ אַף ע"ג דַּאֲגִידִי אֶגֶד בִּידֵי שָׁמַיִם לָא שְׁמֵיהּ אֶגֶד ואע"ג דַּהֲדַר אַגִּיד לְהוּ מִלְמַעְלָה אֶגֶד דְּחַד לָא שְׁמֵיהּ אֶגֶד כֵּיוָן שֶׁהוּא לְמַטָּה אֶחָד ואע"פ שֶׁמִּתְפַּצֵּל לְכַמָּה קָנִים חַד מִיקְּרוּ וְלָא שְׁמֵיהּ אֶגֶד. אָמַר רַב חִסְדָּא אֶגֶד דְּחַד לָא שְׁמֵיהּ אֶגֶד ג' שְׁמֵיהּ אֶגֶד שְׁנַיִם מַחְלֹוקֶת רַבִּי יוֹסֵי וְרַבָּנַן רַבִּי יוֹסֵי בָּעֵי ג' וְרַבָּנָן בָּעוּ שְׁנַיִם וַהֲלָכָה כְּרַבָּנָן דִּתְרֵין הָוֵי אֶגֶד וְכָל דָּבָר כְּמוֹ אַפְקוּתָא וְדוּקָרִי דְּקָנֵי דִּכְשֶׁאֲגָדָן וְאַחֵר עִמּוֹ הֲוָה חֲבִילָה בַּחֲבִילָה שֶׁל כ"ה קָנִים כְּהַהִיא דִּירוּשַׁלְמִי: דָּרֵשׁ מָרִימָר הָנֵי אִיסּוּרְייָתָא דְסוּרָא מְסַכְּכִין בָּהֶן ואע"ג דַּאֲגִידָן לְמִנְיָנָא בְּעָלְמָא הוּא דַּאֲגִדָן אָמַר ר' אַבָּא אָמַר שְׁמוּאֵל הָנֵי צְרִיפֵי דְּאוֹרְבֵינִי כֵּיוָן שֶׁהִתִּיר רָאשֵׁי מַעֲדַנִּים שֶׁלָּהּ כְּשֵׁירָה וְהָא אַגִּיד מִתַּתַּאי א"ר פָּפָּא דְּשָׁרֵי לְהוּ. רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ אָמַר אֲפִילּוּ תֵּימָא דְּלָא שָׁרֵי לְהוּ כָּל אֶגֶד שֶׁאֵינוֹ עָשׂוּי לְטַלְטְלוֹ בּוֹ לָא שְׁמֵיהּ אֶגֶד:
Rav Yehouda a dit : ces chouchei et ces chavtseri, on peut en couvrir la soukka. Ce sont des espèces d'herbe, leurs feuilles sont larges et elles poussent en forêt. Abaye a dit : avec les chouchei on couvre, avec les chavtseri on ne couvre pas ; quelle en est la raison ? Puisque leur odeur est repoussante, il les abandonne et sort. Rabbi Hanan bar Rava a dit : ces heizmei et ces higei, on peut en couvrir ; Abaye a dit : avec les heizmei on couvre, avec les higei on ne couvre pas, car puisque leurs feuilles tombent, il les abandonne et sort. Dans tous ces cas, <b>lekhat'hila</b> (à priori) on ne le fait pas, en raison du décret de crainte qu'il n'abandonne la soukka et n'en sorte ; mais s'il a couvert avec elles, il s'est acquitté de son obligation, et ainsi a écrit le Rambam, de mémoire bénie, au chapitre 5 des Lois de la Soukka, halakha 2. Rav Guidel a dit au nom de Rav : cette apkouta de-dikla (souche de palmier à rejets), on peut en couvrir ; et bien que les rejets soient liés, un lien fait par la main du Ciel n'est pas appelé un lien ; et bien qu'il les lie ensuite par le haut, le lien d'une chose unique n'est pas appelé un lien, puisqu'en bas elle est une seule pièce : même si elle se ramifie en plusieurs tiges, elle est appelée une, et ce n'est pas un lien. Rav Hisda a dit : le lien d'un seul n'est pas un lien ; à trois, c'est un lien ; à deux, c'est la controverse de Rabbi Yossei et des Sages — Rabbi Yossei exige trois et les Sages exigent deux ; et la <b>halakha</b> suit les Sages : deux constituent un lien. Et toute chose comme l'apkouta ou les dokrei de-kanei, lorsqu'il les lie et y adjoint une autre chose, devient fagot dans un fagot, d'une botte de vingt-cinq roseaux, comme dans ce passage du Yerouchalmi. Marimar a enseigné : ces issouryata de Soura, on peut en couvrir, et bien qu'elles soient liées, elles ne l'ont été que pour le dénombrement. Rabbi Abba a dit au nom de Chemouel : ces tsrifei de saule, dès lors qu'il a défait les extrémités de leurs attaches, elles sont kachères. Mais elles sont pourtant liées par le bas ! Rav Papa a dit : c'est qu'il les a déliées. Rav Houna fils de Rav Yehochoua a dit : tu peux même dire qu'il ne les a pas déliées — tout lien qui n'est pas fait pour transporter l'objet n'est pas appelé un lien.
💡 Explication

Rappel du décret posé en 12a-12b : un houvila (fagot) posé sur la soukka la rend passoul (invalide), de crainte qu'on ne finisse par couvrir avec des bottes sorties de l'entrepôt, mises là pour sécher et non pour l'ombre.

Marimar tranche par la finalité du nœud. Les roseaux de Soura sont liés pour une raison purement commerciale : on les vend à la pièce, et le lien sert à compter. L'acheteur le défait de toute façon. Rachi ajoute l'argument décisif : il n'est pas d'usage de les entreposer liées — donc le scénario que le décret redoutait ne se présente pas.

3
אָמַר רַבִּי אַבָּא: הָנֵי צְרִיפֵי דְּאֻורְבָּנֵי, כֵּיוָן שֶׁהֻותְּרָה רָאשֵׁי מַעֲדַנִּים שֶׁלָּהֶן — כְּשֵׁרִין. וְהָא אַגִּידֵי מִתַּתַּאי! אָמַר רַב פָּפָּא: דְּשָׁרֵי לְהוּ.

Rabbi Abba a dit : ces tsrifei de-orbani (huttes faites de branches de saule), dès lors qu'on a défait les extrémités de leurs attaches, elles sont kachères. Mais elles sont pourtant liées par le bas !

Rav Papa a dit : il s'agit d'un cas où il les a déliées.

📜 Rachi (5)
צְרִיפֵי כְּמִין כּוּךְ עָגֹול כְּכוֹבַע וְנֶחְבָּאִים בְּתוֹכוֹ צַיָּידֵי עוֹפוֹת:
Tsrifin : une sorte de niche ronde, en forme de chapeau, dans laquelle se dissimulent les oiseleurs.
דְּאֻורְבָּנֵי עָשׂוּי מֵעַנְפֵי עֲרָבוֹת וְגוֹדְלִין אוֹתוֹ מִתַּחְתָּיו פִּיו רָחָב וּלְמַעְלָה קוֹשְׁרִין רָאשֵׁי הַנְּצָרִים בְּחֶבֶל קֶשֶׁר אֶחָד כְּעֵין כְּלֵי מְצוּדוֹת שֶׁצָּדִין דָּגִים קְטַנִּים שֶׁעוֹשִׂין בְּגֻומָּא שֶׁקּוֹרִין יונק"ש אֲבָל אֵין בְּצָרִיף שְׁלֹשָׁה וְאַרְבָּעָה בָּתֵּי אֲרִיגָה כְּמוֹ שֶׁיֵּשׁ לַמְּצוּדָה:
De-orbani : faite de branches de saule. On la tresse par le bas, son ouverture est large, et par le haut on attache les pointes des rameaux avec une corde, en un seul nœud, à la manière des nasses dont on se sert pour prendre les petits poissons et que l'on fabrique en jonc — celles qu'on appelle yonqes. Mais il n'y a pas dans le tsrif trois ou quatre rangs de tressage comme il y en a dans la nasse.
רָאשֵׁי מַעֲדַנִּים קֶשֶׁר הָעֶלְיוֹן מַעֲדַנִּים כְּמוֹ הַתְקַשֵּׁר מַעֲדַנּוֹת כִּימָה (אִיּוֹב ל״ח:ל״א):
Les extrémités des maadanim : le nœud du haut. Maadanot, comme dans « noueras-tu les liens (maadanot) des Pléiades » (Job 38, 31).
מִתַּתַּאי לְצַד פִּיו הוּא קָלוּעַ:
Par le bas : c'est du côté de son ouverture qu'elle est tressée.
דְּשָׁרֵי לְהוּ מַתִּיר רָאשֵׁי הַחוּט שֶׁהוּא קָלוּעַ בּוֹ וְאֵינוֹ צָרִיךְ לְהַפְקִיעַ הַקְּלִיעָה:
Il s'agit d'un cas où il les a déliées : il défait les extrémités du fil avec lequel elle est tressée, et il n'a pas besoin de défaire le tressage lui-même.
💡 Explication

Nouveau cas d'espèce. Le tsrif de-orbani est une hutte conique en branches de saule, fermée en pointe par un nœud unique et tressée en bas autour d'une large ouverture. Rabbi Abba autorise de s'en servir comme sekhakh (couverture) une fois le nœud du sommet défait.

La Guemara objecte : le bas reste tressé, donc le lien subsiste. Rav Papa répond sur le terrain des faits — Rabbi Abba parle d'un cas où l'on a aussi retiré le fil du bas. Rachi précise l'économie du geste : il suffit de tirer le fil, sans avoir à détresser toute la vannerie.

🖼️ Schéma
Le tsrif de-orbani : où se trouvent les deux liens D'après Rachi : hutte conique en branches de saule, où se cachent les oiseleurs Lien du haut -- rachei maadanim Une corde, un seul nœud, qui rassemble les pointes de tous les rameaux. Rabbi Abba : on le défait -- kacher. Tressage du bas -- mitatai Côté de l'ouverture large : la vannerie proprement dite, un fil passe en cordon. Rav Papa : il en défait le fil -- pas besoin de détresser toute la vannerie. Rav Houna b. R. Yehochoua : même laissé en place, il ne sert pas au transport -- ce n'est pas un agad. Ce que dit Rachi de la forme Comme une niche ronde, en forme de chapeau ; ouverture large en bas, pointe fermée en haut. Contrairement à la nasse à poissons, elle n'a pas trois ou quatre rangs de tressage : un seul cordon suffit.
Anatomie du tsrif de saule : le nœud du sommet, la vannerie du bas, et ce que chaque maître en fait.
4
(וְאָמַר) רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ: אֲפִילּוּ תֵּימָא דְּלָא שָׁרֵי לְהוּ, כָּל אֶגֶד שֶׁאֵינוֹ עָשׂוּי לְטַלְטְלוֹ — לָא שְׁמֵיהּ אֶגֶד.

Rav Houna fils de Rav Yehochoua a dit : tu peux même dire qu'il ne les a pas déliées — tout lien qui n'est pas fait pour transporter [l'objet] n'est pas appelé un lien.

📜 Rachi (1)
שֶׁאֵינוֹ עָשׂוּי לְטַלְטְלוֹ כְּגוֹן זֶה שֶׁמִּשֶּׁהִתִּיר קֶשֶׁר הָעֶלְיוֹן אִם אַתָּה מְטַלְטְלוֹ הוּא נִיתַּק מֵאֵלָיו שֶׁאֵין לוֹ אֶלָּא פִּיו קָלוּעַ כְּמִין גְּדִיל לֶאֱחֹוז אֶת הַנְּצָרִים:
Qui n'est pas fait pour le transporter : comme ici — dès lors qu'il a défait le nœud du haut, si tu la transportes elle se défait d'elle-même, car elle n'a que son ouverture tressée, à la manière d'un cordon, pour retenir les rameaux.
💡 Explication

Rav Houna fils de Rav Yehochoua répond à l'objection sans rien exiger du propriétaire. Il pose une définition : un agad (lien), au sens du décret, est un nœud qui permet de manipuler l'objet comme une unité. Un tressage qui ne sert pas au transport n'est pas un agad, quelle que soit sa solidité.

Rachi vérifie le critère sur le cas : une fois le sommet défait, il suffit de soulever la hutte pour qu'elle se disloque. Le cordon du bas ne tient donc rien qui compte — il ne fait pas d'elle un objet transportable.

C'est la réponse la plus forte du groupe : les deux premières dépendaient de ce que l'homme avait fait ou voulu, celle-ci se lit dans la structure même de l'objet.

5
אָמַר רַבִּי אַבָּא אָמַר שְׁמוּאֵל: יְרָקוֹת שֶׁאָמְרוּ חֲכָמִים אָדָם יוֹצֵא בָּהֶן יְדֵי חוֹבָתוֹ בַּפֶּסַח, מְבִיאִין אֶת הַטֻּומְאָה, וְאֵין חוֹצְצִין בִּפְנֵי הַטֻּומְאָה, וּפוֹסְלִין בַּסֻּוכָּה מִשּׁוּם אֲוִיר. מַאי טַעְמָא — כֵּיוָן דִּלְכִי יָבְשִׁי פָּרְכִי וְנָפְלִי, כְּמַאן דְּלֵיתַנְהוּ דָּמֵי.

Rabbi Abba a dit au nom de Chemouel : les légumes dont les Sages ont dit qu'un homme s'acquitte par eux de son obligation [de maror] à Pessa'h — ils amènent la touma (impureté), ils ne font pas écran devant la touma, et ils rendent la soukka passoul au titre de l'air. Quelle en est la raison ?

Puisque, une fois secs, ils s'effritent et tombent, ils sont considérés comme s'ils n'étaient pas là.

📜 Rachi (3)
יְרָקוֹת שֶׁאָמְרוּ חֲכָמִים בְּפֶסַח שֶׁאָדָם יוֹצֵא בָּהֶן יְדֵי מָרוֹר חֲזֶרֶת וָעֳולָשִׁין וּשְׁאָר חַבְרוֹתֵיהֶן דַּקּוֹת הֵם טינב"ש בְּלַעַ"ז הִלְכָּךְ אֵין חוֹצְצִין בִּפְנֵי הַטֻּומְאָה אִם סִיכֵּךְ בָּהֶן גַּג וּמִדְּרַבָּנָן הוּא דִּגְזוּר עֲלַייְהוּ שֶׁלֹּא יִסְמְכוּ עֲלֵיהֶן לַחוּץ בִּפְנֵי הַטֻּומְאָה דִּלְמָא סָמְכִי עֲלַייְהוּ לְכִי יָבְשִׁי נָמֵי מִיהוּ בְּעוֹדָן לַחִין חוֹצְצִין מִדְּאוֹרַיְיתָּא מִשּׁוּם דְּלָא מְקַבְּלִי טֻומְאָה דְּלָאו מַאֲכַל אָדָם נִינְהוּ (דְּאִי מְקַבְּלִי טֻומְאָה לָא חָייְצִי בִּפְנֵי הַטֻּומְאָה) וּלְכִי יָבְשִׁי אֵין חֲצִיצָתָן חֲצִיצָה כְּדִמְפָרֵשׁ דְּמִפָּרְכִי וְנָפְלִי:
Les légumes dont les Sages ont dit : à Pessa'h, qu'un homme s'acquitte par eux du maror (herbes amères) — la laitue (hazeret), la chicorée (oulchin) et leurs congénères : elles sont fines, tenves en langue vulgaire. Par conséquent, elles ne font pas écran devant la touma s'il en a couvert un toit ; et c'est d'ordre rabbinique que l'on a décrété à leur sujet qu'on ne s'appuierait pas sur elles pour faire écran devant la touma, de crainte qu'on ne s'appuie sur elles également une fois sèches. Toutefois, tant qu'elles sont fraîches, elles font écran d'ordre toraique, parce qu'elles ne reçoivent pas la touma, n'étant pas nourriture d'homme (car si elles recevaient la touma, elles ne feraient pas écran devant la touma) ; et une fois sèches, leur écran n'est pas un écran, comme il l'explique : elles s'effritent et tombent.
וּמְבִיאִין אֶת הַטֻּומְאָה בְּעוֹדָן לַחִין וְכָל כַּמָּה דְּלָא יָבְשִׁי אֹהֶל הוּא מִדְּאוֹרַיְיתָּא:
Et elles amènent la touma : tant qu'elles sont fraîches ; et aussi longtemps qu'elles ne sont pas sèches, c'est un ohel (une tente, une couverture) d'ordre toraique.
וּפוֹסְלִין בַּסֻּוכָּה מִשּׁוּם אֲוִיר כְּשִׁיעוּר שֶׁאֲוִיר פּוֹסֵל בָּהּ דְּהַייְנוּ בִּשְׁלֹשָׁה טְפָחִים כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן בְּפִירְקִין (סֻוכָּה דַּף יז.) אֲוִיר בִּשְׁלֹשָׁה וְלָא מְשַׁעֲרִינַן לְהוּ לִפְסֹול כְּשִׁיעוּר שְׁאָר סְכָךְ פָּסוּל דְּאֹוכֶל הָרָאוּי לְקַבֵּל טֻומְאָה הוּא וּסְכָךְ פָּסוּל אֵינוֹ פּוֹסֵל אֶלָּא בְּאַרְבָּעָה טְפָחִים בְּאֶמְצַע וְאַרְבַּע אַמּוֹת מִן הַצַּד אֶלָּא כִּי אֲוִיר דָּיְינִינַן לְהוּ לְחוּמְרָא וּבִשְׁלֹשָׁה:
Et elles rendent la soukka passoul au titre de l'air : selon la mesure par laquelle l'air l'invalide, c'est-à-dire trois tefahim (paumes), comme nous le dirons plus loin dans ce chapitre (Soukka 17a) : l'air, à trois. Et on ne les évalue pas, pour invalider, selon la mesure du reste du sekhakh passoul (couverture invalide) — bien que ce soit un aliment susceptible de recevoir la touma, et que le sekhakh passoul n'invalide qu'à quatre tefahim au milieu et quatre coudées sur le côté — mais on les juge comme de l'air, par rigueur, et donc à trois.
🗂️ Tossefot (1)
יְרָקוֹת שֶׁאָמְרוּ חֲכָמִים. בְּפֶסַח שֶׁאָדָם יוֹצֵא בָּהֶן יְדֵי מָרוֹר חֲזֶרֶת וָעֳולָשִׁין וְתַמְכָא וְחַרְחֲבִינָא דַּקּוֹת הֵן מְאֹד טינב"ש בְּלַעַ"ז הִלְכָּךְ אֵין חוֹצְצִין בָּהֶן בִּפְנֵי הַטֻּומְאָה אִם סִיכֵּךְ בָּהֶן גַּג וּמִדְּרַבָּנָן הוּא דִּגְזוּר רַבָּנָן עֲלַיְיהוּ שֶׁלֹּא יִסְמְכוּ עֲלֵיהֶן לַחוּץ מִפְּנֵי הַטֻּומְאָה דִּלְמָא סָמְכוּ עֲלַייְהוּ נָמֵי לְכִי יָבְשִׁי וּמִיהוּ מִדְּאוֹרַיְיתָּא חָייְצִי דְּלָא מְקַבְּלִי טֻומְאָה דְּלָאו מַאֲכַל אָדָם נִינְהוּ וּלְכִי יָבְשִׁי אֵין חֲצִיצָתָן חֲצִיצָה כְּדִמְפָרֵשׁ דְּמִפָּרְכִי וְנָפְלִי וּמְבִיאִין אֶת הַטֻּומְאָה בְּעוֹדָן לַחִין דְּכָל כַּמָּה דְּלָא יָבְשׁוּ אֹהֶל הוּא מִדְּאוֹרַיְיתָּא כִּדְפֵירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס וּמַה שֶׁהֻוזְקַק לְפָרֵשׁ מִדְּרַבָּנָן דְּאִי חֲשִׁיבִי אֹהֶל מִדְּאוֹרַייְתָּא הוּא לְעִנְיַן הֲבָאָה אִם כֵּן לְעִנְיַן חֲצִיצָה נַמֵּי וְאִי לָא חֲשִׁיבִי אֹהֶל לְעִנְיַן חֲצִיצָה אִם כֵּן לְעִנְיַן הֲבָאָה נָמֵי לֹא דְּלָא דָּמֵי לְהָנְהוּ דְּחָשֵׁיב בְּפֶרֶק שְׁמִינִי דְּאֹהָלוֹת (מ"א) גַּבֵּי מְבִיאִין וְלֹא חוֹצְצִין דְּהָתָם הַיְינוּ טַעְמָא מִשּׁוּם דְּדָבָר הַמְקַבֵּל טֻומְאָה אֵינוֹ חוֹצֵץ מִפְּנֵי הַטֻּומְאָה אֲבָל לֹא שַׁיָּיךְ לְמִיתְלֵי טַעְמָא בְּהָכִי דְּהָא מְפָרֵשׁ טַעְמָא מִשּׁוּם דְּכִי יָבְשִׁי מִפָּרְכִי וְנָפְלִי וְלֹא מִסְתַּבֵּר לְמֵימַר דְּאַסֻּוכָּה לְחוּדָהּ קָאֵי דְּלִכְאוֹרָה אַכֻּולָּהּ מִלְּתָא קָאֵי וְעוֹד דְּאִי בְּהָכִי תָּלֵי טַעְמָא מִמַּתְנִיתִין דְּאֹהָלוֹת שָׁמְעִינַן לֵיהּ דְּקָחֲשִׁיב אֳוכָלִין טְמֵאִין אֶלָּא וַדַּאי מִדְּרַבָּנָן הוּא דְּאֵין חוֹצְצִין הָכָא וְהָא דְּלָא חֲשִׁיב לְהוּ גַּבֵּי הָנְהוּ דְּאֹהָלוֹת מִשּׁוּם דְּהָתָם מַדְאוֹרַיי' וְהָכָא מִדְּרַבָּנָן אֲבָל קָשֶׁה דְּהֵיכִי מָצֵי לְמֵימַר דְּלָאו מַאֲכַל אָדָם נִינְהוּ הָא אָמְרִינַן בְּפֶרֶק כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים דַּף לט:) מַה מַצָּה שֶׁנִּקַּחַת בְּכֶסֶף מַעֲשֵׂר אַף מָרוֹר כו' וּמֵהַאי טַעְמָא מְמַעֵט הֲרַדְּפֵנִי דְּאֵין יוֹצְאִים בּוֹ יְדֵי מָרוֹר כִּדְפֵירֵשׁ שָׁם בַּקּוּנְטְרֵס דְּהַרְדַּפְנִי אֵינוֹ נִקָּח בְּכֶסֶף מַעֲשֵׂר דְּאֵינוֹ מַאֲכָל וַאֲנַן בָּעֵינַן אֳוכָלִין דֻּומְיָא דַּייָּן וְשֵׁכָר וּבָקָר וְצֹאן וְהַגָּהָה הָיְתָה שֶׁהִגִּיהַּ הָר' יְהוּדָה בְּפֵירוּשׁ רַשִׁ"י דְּלָא מְקַבְּלִי טֻומְאָה מִשּׁוּם דְּלָאו מַאֲכַל אָדָם נִינְהוּ וְאֵינוֹ כֵּן אֶלָּא מַאֲכַל אָדָם הֵן וְאַפֵּ"ה חָיְיצִי מִדְּאוֹרַייְתָּא כָּל זְמַן שֶׁלֹּא הֻוכְשְׁרוּ כְּדִתְנַן בְּמַסֶּכֶת אֹהָלוֹת פ"ח (מ"א) גַּבֵּי מְבִיאִין וְחוֹצְצִין קָחֲשִׁיב אֳוכָלִין טְהוֹרִין דְּהַיְינוּ שֶׁלֹּא הֻוכְשְׁרוּ וְגַבֵּי מְבִיאִין וְלֹא חוֹצְצִין קָא חֲשִׁיב אֳוכָלִין טְמֵאִין דְּהַיְינוּ שֶׁהֻוכְשְׁרוּ וְכֵן מוּכָח בְּהֶדְיָא פֶּרֶק לֹא יַחְפֹּור (ב"ב דַּף יט: וְשָׁם) בִּשְׁמַעְתִּין דְּרָקִיק וְדַוְוקָא בִּתְלוּשִׁין עָסְקִינַן דְּאֵלּוּ מְחֻובָּרִין לֹא מְבִיאִין וְלֹא חוֹצְצִין כְּדִתְנַן בפ"ח דְּאֹהָלוֹת (מ"ה) אֵלּוּ לֹא מְבִיאִין וְלֹא חוֹצְצִין הַזְּרָעִים וְהַיְרָקוֹת הַמְחֻובָּרִים לַקַּרְקַע חוּץ מִן הַיְרָקוֹת שֶׁמָּנוּ חֲכָמִים כְּלוֹמַר גַּבֵּי מְבִיאִין וְחוֹצְצִין דְּקָחֲשִׁיב הָתָם בְּרֵישׁ פֶּרֶק ח' הָאֵירוּס וְהַקִּיסּוֹם וְיַרְקוֹת חֲמוֹר וּדְלַעַת יְוָונִית דְּהָנְהוּ אֲפִילּוּ מְחֻובָּרִין חָייְצִי דִּקְבִיעִי וְקָייְמִי וְאֵין הָרוּחַ מְנַעְנְעָן אֲבָל שְׁאַר יְרָקוֹת הַמְחֻובָּרִין מִתְנַעְנְעִין בְּרוּחַ וְהָווּ לְהוּ כְּטַלִּית וּסְפִינָה שֶׁהִיא שָׁטָה עַל פְּנֵי הַמַּיִם וַאֲפִילּוּ בְּעִידָּנָא דְּלָא נָייְדִי וְאֵין מְבִיאִין וְאֵין חוֹצְצִין מִדְּקָתָנֵי בְּסֵיפָא קָשַׁר אֶת הַסְּפִינָה בְּדָבָר שֶׁהוּא יָכוֹל לְהַעֲמִיד כָּבַשׁ אֶת הָאֶבֶן עַל גַּבֵּי טַלִּית מְבִיאָה אֶת הַטֻּומְאָה הָא לָאו הָכִי לָא אֲבָל כְּשֶׁהֵן תְּלוּשִׁין וּמֻונָּחִין בַּחַלּוֹן אוֹ כְּנֶגֶד אֲרֻובָּה חָייְצִי וּשְׁאָר יְרָקוֹת כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק לֹא יַחְפֹּור (ב"ב דַּף כ. וְשָׁם) עֲשָׂבִים שֶׁתְּלָשָׁן וְהִנִּיחָן בַּחַלּוֹן אוֹ שֶׁעָלוּ מֵאֵילֵיהֶן בַּחַלּוֹן מְמַעֲטִין:
Les légumes dont les Sages ont dit. À Pessa'h, qu'un homme s'acquitte par eux du maror — la laitue, la chicorée, le tamkha et le harhavina : elles sont extrêmement fines, tenves en langue vulgaire. Par conséquent, elles ne font pas écran devant la touma s'il en a couvert un toit ; et c'est d'ordre rabbinique que les Sages ont décrété à leur sujet qu'on ne s'appuierait pas sur elles pour faire écran devant la touma, de crainte qu'on ne s'appuie sur elles également une fois sèches. Toutefois, d'ordre toraique elles font écran, car elles ne reçoivent pas la touma, n'étant pas nourriture d'homme ; et une fois sèches leur écran n'est pas un écran, comme il l'explique : elles s'effritent et tombent. Et elles amènent la touma tant qu'elles sont fraîches, car aussi longtemps qu'elles ne sont pas sèches c'est un ohel d'ordre toraique — ainsi l'a expliqué le Qountres (Rachi). Et s'il a été contraint d'expliquer que [l'absence d'écran] est d'ordre rabbinique, c'est que si elles étaient tenues pour un ohel d'ordre toraique quant au fait d'amener la touma, elles devraient l'être aussi quant à l'écran ; et si elles ne sont pas tenues pour un ohel quant à l'écran, elles ne devraient pas l'être non plus quant à l'apport de la touma. Car notre cas ne ressemble pas à ceux qu'énumère le chapitre huit d'Oholot (michna 1) parmi ceux qui « amènent mais ne font pas écran » : là-bas, la raison en est qu'une chose susceptible de recevoir la touma ne fait pas écran devant la touma. Mais ici, on ne peut faire tenir la raison à cela, puisque la Guemara donne expressément pour raison que, une fois sèches, elles s'effritent et tombent ; et il n'est pas plausible de dire que cette raison ne vaudrait que pour la soukka, car à première vue elle porte sur l'ensemble de l'énoncé. De plus, si la raison tenait à cela, nous l'aurions apprise de la michna d'Oholot, qui énumère les aliments impurs. Il faut donc bien dire que c'est d'ordre rabbinique qu'elles ne font pas écran ici, et si la michna d'Oholot ne les énumère pas avec les autres, c'est que là-bas il s'agit du droit toraique, et ici du droit rabbinique. Mais il y a une difficulté : comment peut-on dire qu'elles ne sont pas nourriture d'homme ? Nous disons pourtant au chapitre Kol Chaa (Pessahim 39b) : de même que la matsa s'achète avec l'argent du maasser (seconde dîme), de même le maror, etc. ; et c'est pour cette raison que l'on exclut le laurier-rose (hardofni), dont on ne s'acquitte pas du maror, comme l'a expliqué là-bas le Qountres : le laurier-rose ne s'achète pas avec l'argent du maasser, n'étant pas un aliment, et nous exigeons des aliments à l'image du vin, de la boisson forte, du gros et du petit bétail. Et il y avait une correction que Rabbenou Yehouda avait portée dans le commentaire de Rachi : « qu'elles ne reçoivent pas la touma parce qu'elles ne sont pas nourriture d'homme » — or il n'en est rien : elles sont bel et bien nourriture d'homme, et pourtant elles font écran d'ordre toraique aussi longtemps qu'elles n'ont pas été rendues aptes (hokhcharou) à la touma. Ainsi l'enseigne la michna du traité Oholot, chapitre 8 (michna 1) : parmi ceux qui « amènent et font écran » elle compte les aliments purs, c'est-à-dire ceux qui n'ont pas été rendus aptes ; et parmi ceux qui « amènent et ne font pas écran » elle compte les aliments impurs, c'est-à-dire ceux qui ont été rendus aptes. Et cela ressort explicitement du chapitre Lo Yahpor (Baba Batra 19b) dans notre passage sur la galette. Et il s'agit spécifiquement de végétaux détachés, car ceux qui sont attachés au sol n'amènent pas la touma et ne font pas écran, ainsi que l'enseigne la michna au chapitre 8 d'Oholot (michna 5) : voici ceux qui n'amènent pas et ne font pas écran — les semences et les légumes attachés au sol, hormis les légumes que les Sages ont énumérés. C'est-à-dire, parmi ceux qui « amènent et font écran » et que la michna énumère au début du chapitre 8 : l'iris, le lierre, les courges sauvages et la courge grecque — ceux-là font écran même attachés, car ils sont fermes et stables et que le vent ne les agite pas. Mais les autres légumes, lorsqu'ils sont attachés, sont agités par le vent : ils sont comme le manteau ou comme la barque qui flotte à la surface de l'eau — et cela même au moment où ils ne bougent pas, ils n'amènent pas et ne font pas écran, puisque la michna enseigne dans sa seconde partie : s'il a amarré la barque à quelque chose qui puisse la maintenir, s'il a lesté le manteau avec une pierre, cela amène la touma — d'où il ressort que sans cela, non. En revanche, lorsqu'ils sont détachés et posés dans une fenêtre ou face à une lucarne, ils font écran, y compris les autres légumes, comme nous le disons au chapitre Lo Yahpor (Baba Batra 20a) : des herbes qu'il a arrachées puis posées dans la fenêtre, ou qui y ont poussé d'elles-mêmes, réduisent [l'ouverture].
⚖️ Rosh (2)
אָמַר רַבִּי אַבָּא אָמַר שְׁמוּאֵל יְרָקוֹת שֶׁאָמְרוּ חֲכָמִים אָדָם יוֹצֵא בָּהֶן יְדֵי חוֹבָתוֹ בַּפֶּסַח פּוֹסְלִין בַּסֻּוכָּה מִשּׁוּם אֲוִיר מַאי טַעְמָא כֵּיוָן דִּלְכִי יָבְשִׁי מִפָּרְכִי וְנָפְלִי כְּמַאן דְּלֵיתַנְהוּ דָּמֵי וַחֲשִׁיבִי כַּאֲוִיר וּפוֹסְלִים בַּג' וְאִי לָא מִפָּרְכִי פּוֹסְלִים בָּאֶמְצַע בַּד' טְפָחִים מִן הַצַּד בְּד' אַמּוֹת כְּדִין סְכָךְ פָּסוּל דָּאֳוכָלִין נִינְהוּ וּמְקַבְּלִים טֻומְאָה:
Rabbi Abba a dit au nom de Chemouel : les légumes dont les Sages ont dit qu'un homme s'acquitte par eux de son obligation à Pessa'h rendent la soukka passoul au titre de l'air. Quelle en est la raison ? Puisque, une fois secs, ils s'effritent et tombent, ils sont considérés comme s'ils n'étaient pas là et comptent comme de l'air : ils invalident donc dès trois [tefahim]. Et s'ils ne s'effritent pas, ils invalident au milieu à quatre tefahim, et sur le côté à quatre coudées, selon la règle du sekhakh passoul, puisque ce sont des aliments et qu'ils reçoivent la touma.
לוּלָב הַגָּזוּל וְהַיָּבֵשׁ פָּסוּל שֶׁל אֲשֵׁירָה וְשֶׁל עִיר הַנִּדַּחַת פָּסוּל נִקְטַם רֹאשׁוֹ נִפְרְצוּ עָלָיו פָּסוּל נִפְרְדוּ עָלָיו כָּשֵׁר ר' יְהוּדָה אוֹמֵר יְאַגְּדֵן מִלְמַעְלָה צִינֵי הַר הַבַּרְזֶל כְּשֵׁרוֹת לוּלָב שֶׁיֵּשׁ בּוֹ שְׁלֹשָׁה טְפָחִים כְּדֵי לְנַעְנֵעַ בּוֹ כָּשֵׁר. וְהַיָּבֵשׁ פָּסוּל אֵין לְפָרֵשׁ הַיָּבֵשׁ כְּמוֹ יָבֵשׁ דְּפֶ' אֵין מַעֲמִידִין (עֲבוֹדָה זָרָה דַּף כט:) דִּתְנַן הַחַרְצַנִּים שֶׁל נָכְרִים יְבֵשִׁים מֻותָּרִים וּמְפָרֵשׁ הָתָם דַּף לד. יְבֵשִׁים לְאַחַר י"ב חֹדֶשׁ דְּהָא אָמְרִינַן גַּבֵּי הֲדַס הַיָּבֵשׁ יָבְשׁוּ עָלָיו וְנִשְׁתַּייְּרוּ בּוֹ שְׁלֹשָׁה בַּדֵּי עָלִין לַחִים כָּשֵׁר אַלְמָא דְּאֵין הַיְבֵשׁוּת תָּלוּי בִּזְמַן אֶלָּא יָבֵשׁ דְּהָכָא יֵשׁ לְפָרֵשׁ כְּמוֹ יָבֵשׁ דְּאֹזֶן בְּכוֹר דְּפֶרֶק אֵלּוּ מוּמִין דַּף כט. דִּתְנַן רַבִּי יוֹסֵי בֶּן מְשֻׁולָּם אוֹמֵר יְבֵישָׁה כְּדֵי שֶׁתְּהֵא נִפְרֶכֶת בְּצִפֹּורֶן והר"ז הַלֵּוִי זַ"ל כָּתַב דְּאֵין נוֹפֵל לְשׁוֹן פְּרִיכָה אֶלָּא בָּאֳוכָלִין כִּדְקָאָמַר בִּירָקוֹת לְעֵיל (סֻוכָּה דַּף יג:) דִּלְכִי יָבְשִׁי מִיפַּרְכִי וּמִסְתַּבֵּר מִשֶּׁיָּצְאוּ מִכְּלָל כְּמוּשִׁים וְעָבַר הַלַּחְלוּחִית נִקְרָא יָבֵשׁ. וְהָרָאָבָ"ד זַ"ל חִילֵּק בִּיבֵשׁוֹת לְפִי הַמִּינִים וְגַבֵּי לוּלָב כָּתַב הַדָּבָר יָדוּעַ דַּאֲפִילּוּ אַחַר כַּמָּה שָׁנִים אֵינוֹ נִפְרָךְ וְאֵינוֹ עוֹמֵד עַל יְבֵשׁוּתוֹ בִּפְרִיכָה וּשְׁבִירָה אֶלָּא שֶׁסִּימָן הַנָּכוֹן וְהַיָּשָׁר בְּמִינֵי עֵצִים וְהוּא הַמַּרְאֶה שֶׁלָּהֶם כִּי כָּל זְמַן שֶׁיְּהֵא עֲלֵיהֶן מַרְאֶה יְרָקוֹת הוּא סִימָן הַלַּחוּת אוֹ הַכְּמִישׁוֹת וְאֵינָם יְבֵשִׁים אֲבָל מִשֶּׁכָּלָה כָּל מַרְאֶה יַרְקוּת שֶׁלָּהֶן וְיַלְבִּינוּ פְּנֵיהֶם אָז הֵם כְּמֵתִים וַעֲלֵיהֶם אוֹמֵר בַּיְּרוּשַׁלְמִי הֲלָכָה א' הַיָּבֵשׁ פָּסוּל עַל שֵׁם שֶׁנֶּאֱמַר לֹא הַמֵּתִים יְהַלְלוּ יָהּ אע"פ שֶׁבַּגְּמָרָא דִּידַן פָּסֵיל לָהּ מִשּׁוּם הָדָר אע"פ כֵּן רְאָיָה גְּדוֹלָה הִיא וְסִימָן גָּדוֹל הוּא שֶׁאֵינוֹ נִקְרָא יָבֵשׁ עַד שֶׁיַּלְבִּינוּ פָּנָיו וְיַחֲזֹור כַּמֵּת הִלְכָּךְ בְּמִינִים עֵצִים וַדַּאי רָאוּי הַסִּימָן הַזֶּה בֵּין לְהָקֵל בֵּין לְהַחְמִיר לְפִי שֶׁתִּמְצָא פְּעָמִים שֶׁהַהֲדַס יִתְיַבְּשׁוּ עָלָיו עַד שֶׁיְּהוּ נִפְרָכִים בַּיָּד וַעֲדַיִין הֵם יְרֻוקִּים כִּתְחִלָּתָן וְאוֹמֵר אֲנִי שֶׁאֵין דָּנִין אוֹתָם כִּיבֵשִׁים לְפִי שֶׁאִם תִּשְׁרֶה אוֹתָן בַּמַּיִם יוֹם אוֹ יוֹמַיִם יַחְזְרוּ לִכְמוֹת שֶׁהָיוּ בְּמִשְׁמוּשָׁן וּבְמַרְאֵיהֶן אֲבָל מִשֶּׁיַּלְבִּינוּ פְּנֵיהֶם אע"פ שֶׁתִּשְׁרֶה אוֹתָן בַּמַּיִם כַּמָּה יָמִים לֹא יַחְזְרוּ לְמַרְאֵיהֶן וַהֲרֵי הֵן כְּעֵץ יָבֵשׁ שֶׁאֲפִילּוּ תִּשְׁרֶה אוֹתָן בַּמַּיִם כַּמָּה יָמִים לֹא יָסוּר מֵעָלָיו שֵׁם הַיָּבֵשׁ ע"כ:
« Le loulav volé ou dessseche est passoul ; celui d'une acheira ou d'une ville dévoyée est passoul ; si sa pointe a été tranchée ou si ses folioles ont été arrachées, il est passoul ; si ses folioles se sont séparées, il est kacher ; Rabbi Yehouda dit : qu'il les lie par le haut. Les palmes du Har HaBarzel sont kachères. Un loulav qui a trois tefahim, de quoi l'agiter, est kacher. » « Et le dessseche (yavech) est passoul » : il ne faut pas comprendre yavech ici comme le yavech du chapitre Ein Maamidin (Avoda Zara 29b), où la michna enseigne que les grappes sèches des non-Juifs sont permises, ce que la Guemara (34a) expliqué comme « sèches après douze mois » ; car nous disons à propos du hadass (myrte) desséché que « si ses feuilles se sont desechees mais qu'il lui reste trois rameaux de feuilles fraîches, il est kacher » — d'où il ressort que le dessèchement ne se mesure pas au temps écoulé. Le yavech d'ici doit plutôt se comprendre comme le yavech de l'oreille du premier-né, au chapitre Elou Moumin (Bekhorot 29a), où la michna enseigne : Rabbi Yossei ben Mechoulam dit — desechee, au point de s'effriter sous l'ongle. Mais Rav Zerahia HaLevi, de mémoire bénie, a écrit que le terme d'effritement ne s'applique qu'aux aliments, comme il est dit plus haut à propos des légumes (Soukka 13b) : « une fois secs ils s'effritent » ; et il est plus plausible que, dès lors qu'ils sont sortis de l'état de flétrissure et que l'humidité a disparu, on les appelle secs. Le Raavad, de mémoire bénie, a distingué le dessèchement selon les espèces. À propos du loulav il a écrit : il est notoire que même après plusieurs années il ne s'effrite pas, et son dessèchement ne se vérifie ni par l'effritement ni par la cassure. Le signe juste et droit pour les espèces de bois est plutôt leur couleur : tant qu'elles gardent une teinte verte, c'est le signe qu'elles sont encore humides ou seulement flétries, et elles ne sont pas sèches ; mais dès que toute teinte verte a disparu et que leur face à blanchi, elles sont comme mortes. C'est d'elles que le Yerouchalmi (halakha 1) dit : « le desséché est passoul », en vertu du verset « ce ne sont pas les morts qui louent Yah » — et bien que notre Guemara l'invalide au titre du hadar (la beauté), c'est néanmoins une grande preuve et un grand signe : il n'est appelé desséché que lorsque sa face à blanchi et qu'il est redevenu comme un mort. Aussi, pour les espèces de bois, ce signe convient assurément, aussi bien pour alléger que pour aggraver, car tu trouveras parfois un hadass dont les feuilles se sont desechees au point de s'effriter à la main, et qui reste vert comme au début ; et je dis qu'on ne les juge pas desechees, car si tu les trempes dans l'eau un jour ou deux, elles retrouveront leur souplesse et leur couleur. Mais dès que leur face à blanchi, même si tu les trempes dans l'eau plusieurs jours, elles ne retrouveront pas leur couleur : elles sont comme un bois sec, qui a beau tremper plusieurs jours, ne perdra pas son nom de sec. Fin de citation.
💡 Explication

Changement de sujet, amorce par un nom : Rabbi Abba. Ces légumes très fins — laitue, chicorée — reçoivent trois statuts d'un coup. Ils forment un ohel (une tente) qui amène la touma sur ce qui est dessous ; mais ils ne font pas hatsitsa (écran) pour l'arrêter ; et posés sur une soukka, ils la rendent passoul.

La raison unique gouverne les trois : en séchant, ces feuilles s'effritent et tombent. On anticipe donc leur disparition et on les traite déjà comme absentes. D'où la sévérité du troisième point, soulignée par Rachi : au lieu du barème du sekhakh passoul (quatre tefahim au milieu, quatre coudées sur le côté), on applique celui de l'avir (l'air) — trois tefahim seulement.

Tossefot conteste le détail de Rachi : ces plantes sont nourriture d'homme — la Guemara de Pessahim l'exige pour le maror. Leur aptitude à la touma ne dépend donc pas de leur nature mais du hekhcher (contact avec un liquide) qui les rend réceptives.

🖼️ Schéma
Les légumes du maror : trois régimes, une seule raison Laitue, chicorée et leurs congénères -- fines au point de disparaître en séchant Raison commune : kivan de-lekhi yavchei parkhei ve-naflei -- une fois secs ils s'effritent et tombent 1. Ils amènent la touma mevi in et ha touma Étendus au-dessus d'une source d'impureté, ils forment un ohel (une tente) : l'impureté se propage à ce qui est dessous. Tant qu'ils sont frais -- de la Tora. 2. Ils ne font pas écran ein hotstsin bifnei ha touma L'impureté les traverse et monte. Rachi : de la Tora ils feraient pourtant écran ; c'est un décret rabbinique, de peur qu'on ne s'y fie aussi une fois qu'ils sécheront. 3. Ils invalident la soukka passoul mi choum avir Non pas comme un sekhakh passoul, mais comme un trou dans le toit : du vide pur. Conséquence : le seuil est celui de l'air, plus sévère. Pourquoi le régime -- comme de l'air -- est plus sévère (Rachi) Sekhakh passoul : invalide à partir de 4 tefahim au milieu du toit, ou 4 amot le long d'une paroi. Avir (air) : invalide déjà à partir de 3 tefahim (Soukka 17a). Bien qu'il s'agisse d'aliments susceptibles de touma -- ce qui appellerait le premier barème -- on les juge au second, par rigueur.
Les trois régimes des légumes du maror, et pourquoi le seuil retenu pour la soukka est le plus sévère.
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וְאָמַר רַבִּי אַבָּא אָמַר רַב הוּנָא: הַבּוֹצֵר לַגַּת — אֵין לוֹ יָדוֹת.

Et Rabbi Abba a dit au nom de Rav Houna : celui qui vendange pour le pressoir — [sa récolte] n'a pas de yadot (poignées).

📜 Rachi (1)
הַבּוֹצֵר לַגַּת הַבּוֹצֵר עֲנָבִים לִדְרֹוךְ אוֹתָם אֵין לָהֶם יָדוֹת לְהָבִיא הָעֵץ טֻומְאָה עַל הָאֹוכֶל לְפִי שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ לְבֵית אֲחִיזָה וְלָא נִיחָא לֵיהּ בָּהֶן וְכִי אִתְרַבּוֹ יָדוֹת לְטֻומְאָה בְּהָעוֹר וְהָרֹוטֶב (חֻולִּין דַּף קיז.) הָנֵי מִילֵּי בַּיָּד הַצְּרִיכָה אוֹ בִּכְלִי אוֹ בְּאֹוכֶל:
Celui qui vendange pour le pressoir : celui qui vendange des raisins pour les fouler — ils n'ont pas de yadot qui feraient que le bois amène la touma sur l'aliment, parce qu'il n'a pas besoin d'une prise et que celles-ci ne lui conviennent pas. Et lorsque les yadot ont été incluses dans la touma au chapitre HaOr veHarotev (Houlin 117a), il ne s'agissait que d'une prise dont on a besoin, soit pour un ustensile, soit pour un aliment.
💡 Explication

Nouveau dossier, greffé sur le précédent par le nom de Rabbi Abba. Une yad (littéralement « main », ici poignée ou manche) est la partie non comestible attenante à un aliment — la rafle de la grappe, le chaume de l'épi. La halakha lui accorde un statut spécial : elle reçoit la touma et la transmet à l'aliment auquel elle tient.

Rav Houna pose une limite fonctionnelle, que Rachi formule nettement : une yad n'est une yad que si c'est une prise dont on a besoin. Celui qui vendange pour le pressoir ne veut que le jus ; les rafles ne lui servent à rien. Elles ne sont donc pas des poignées, mais du déchet — et ne transmettent rien.

7
וְרַב מְנַשְּׁיָא בַּר גַּדָּא אָמַר רַב הוּנָא: הַקּוֹצֵר לְסַכֵּךְ — אֵין לוֹ יָדוֹת.

Et Rav Menachya bar Gada a dit au nom de Rav Houna : celui qui moissonne pour couvrir [la soukka] — [sa récolte] n'a pas de yadot.

📜 Rachi (1)
הַקּוֹצֵר לְסַכֵּךְ אֵין הַקַּשִּׁין מְבִיאִין טֻומְאָה עַל הָאֹוכֶל דְּלָא נִיחָא לֵיהּ בְּחִיבּוּרִין דְּאֹוכֶל בִּסְכָךְ לָא מִיבְּעֵי וְאִי לָאו דִּפְסֹולֶת מְרֻובֶּה עָלָיו הֲוָה פָּסֵיל לָהּ לְסֻוכָּה:
Celui qui moissonne pour couvrir : les chaumes n'amènent pas la touma sur le grain, car leur attache ne lui convient pas — du grain dans le sekhakh, il n'a que faire ; et si le déchet n'était pas plus abondant que lui, il rendrait la soukka passoul.
💡 Explication

Même maître, Rav Houna, rapporte cette fois par Rav Menachya bar Gada, et applique à un autre cas : on moissonne du blé non pour le grain mais pour la paille, destinée au sekhakh. Le grain devient l'indésirable ; le chaume, le produit voulu.

Le rapport s'inverse donc par rapport au cas ordinaire : ce n'est pas le chaume qui sert de poignée au grain, c'est le grain qui encombre le chaume. Rachi ajoute une précision halakhique importante : ce grain reste un aliment susceptible de touma, et s'il excédait le volume de la paille, il rendrait à lui seul la soukka passoul.

8
מַאן דְּאָמַר קוֹצֵר, כָּל שֶׁכֵּן בּוֹצֵר — דְּלָא נִיחָא לֵיהּ, דְּלָא נִימְצְייֵהּ לְחַמְרֵיהּ. מַאן דְּאָמַר בּוֹצֵר שֶׁאֵין לוֹ יָדוֹת, אֲבָל קוֹצֵר יֵשׁ לוֹ יָדוֹת — דְּנִיחָא לֵיהּ דְּלִיסַכֵּךְ בְּהוּ, כִּי הֵיכִי דְּלָא לִיבַּדְּרָן.

Celui qui dit « celui qui moissonne » [n'a pas de yadot], à plus forte raison le dira-t-il de « celui qui vendange » — car cela ne lui convient pas, afin que [les rafles] ne sucent pas son vin. Mais celui qui dit que celui qui vendange n'a pas de yadot, [dira] en revanche que celui qui moissonne, lui, a des yadot — car il lui convient d'en couvrir [sa soukka], afin qu'elles ne se dispersent pas.

📜 Rachi (4)
מַאן דְּאָמַר דְּקוֹצֵר לִסְכָךְ אֵין לוֹ יָדוֹת:
Celui qui dit : que celui qui moissonne pour couvrir n'a pas de yadot.
כָּל שֶׁכֵּן בּוֹצֵר לַגַּת דְּלָא נִיחָא לֵיהּ בְּהָנָךְ יָדוֹת:
À plus forte raison celui qui vendange : pour le pressoir, car ces yadot-là ne lui conviennent pas.
דְּנִמְצְייֵהּ לְחַמְרֵיהּ מוֹצְצוֹת אֶת הַיַּיִן וּמַפְסִידוֹת:
Afin qu'elles ne sucent pas son vin : elles absorbent le vin et le font perdre.
דְּלָא לִיבַּדְּרָן נִיחָא לֵיהּ בְּאוֹכֵל הַמְחֻובָּר בָּהֶן שֶׁאִם יַבְדִּיל רָאשֵׁי שִׁבֳּלִים מִן הַקָּשִׁים שֶׁמָּא יִתְפַּזְּרוּ וְיֵלְכוּ לְאִיבּוּד:
Afin qu'elles ne se dispersent pas : il lui convient que le grain reste attaché à eux, car s'il séparait les têtes d'épis des chaumes, elles risqueraient de s'éparpiller et de se perdre.
🗂️ Tossefot (1)
דְּלָא לִיבַּדְּרָן. פ"ה שֶׁאִם יַבְדִּיל רָאשֵׁי שִׁיבֳּולִים מִן הַקַּשִּׁין יִתְפָּרְדוּ וְיֵלְכוּ לְאִיבּוּד וי"מ שֶׁיַּכְבִּידוּ רָאשֵׁי שִׁבֳּלִין עַל הַקָּשִׁים וְלֹא יִתְפָּרְדוּ הַקָּשִׁים מֵעַל הַסֻּוכָּה בְּרוּחַ:
Afin qu'elles ne se dispersent pas. Rachi a expliqué : que s'il séparait les têtes d'épis des chaumes, elles se disperseraient et se perdraient. Et certains expliquent : que les têtes d'épis alourdissent les chaumes, de sorte que ceux-ci ne se détachent pas du toit de la soukka sous l'effet du vent.
💡 Explication

La Guemara calibre la portée respective des deux énoncés. Celui de Rav Menachya (moissonner pour le sekhakh) entraîne celui de Rabbi Abba par un kal va-homer implicite : si le grain, qu'on pourrait au moins manger, ne compte pas comme un aliment muni de poignées, à plus forte raison les rafles, que le vigneron redoute activement — elles boivent le vin et le gâtent.

L'inverse n'est pas vrai. Rabbi Abba peut fort bien limiter sa règle à la vendange, et accorder des yadot au moissonneur : le grain lui rend un service réel. Rachi et Tossefot en donnent deux versions — pour Rachi, les épis restés attachés ne se perdent pas ; pour l'autre lecture citée par Tossefot, ils font contrepoids et empêchent le vent d'emporter la paille. Dans les deux cas, le grain sert — donc les yadot existent.

9
נֵימָא דְּרַב מְנַשְּׁיָא בַּר גַּדָּא תַּנָּאֵי הִיא? דְּתַנְיָא: סוֹכֵי תְאֵנִים וּבָהֶן תְּאֵנִים, פַּרְכִּילִין וּבָהֶן עֲנָבִים, קָשִׁין וּבָהֶן שִׁבֳּלִים, מַכְבְּדוֹת וּבָהֶן תְּמָרִים, כֻּולָּן, אִם פְּסֹולֶת מְרֻובָּה עַל הָאֳוכָלִין — כְּשֵׁרָה, וְאִם לָאו — פְּסוּלָה. אֲחֵרִים אוֹמְרִים: עַד שֶׁיְּהוּ קַשִּׁין מְרֻובִּין עַל הַיָּדוֹת וְעַל הָאֳוכָלִין.

Dirons-nous que [l'enseignement] de Rav Menachya bar Gada fait l'objet d'une controverse de tannaim ? Car il a été enseigné : des branches de figuier avec des figues dessus, des sarments avec des raisins dessus, des chaumes avec des épis dessus, des palmes avec des dattes dessus — dans tous ces cas, si le déchet (pesolet) l'emporte sur la nourriture, [la soukka] est kachère ; sinon, elle est passoul.

Aherim (D'autres) disent : [elle n'est kachère] que si les chaumes l'emportent sur les yadot et sur la nourriture.

📜 Rachi (6)
נֵימָא דְּרַב מְנַשְּׁיָא דְּאָמַר קוֹצֵר אֵין לוֹ יָדוֹת תַּנָּאֵי הִיא:
Dirons-nous que [l'enseignement] de Rav Menachya — qui dit que celui qui moissonne n'a pas de yadot — fait l'objet d'une controverse de tannaim.
סוֹכֵי תְּאֵנִים עַנְפֵי תְּאֵנִים:
Soukhei teenim : des branches de figuier.
פַּרְכִּילִין זְמוֹרוֹת:
Parkhilin : des sarments de vigne.
מַכְבְּדוֹת עַנְפֵי דֶּקֶל:
Makhbadot : des palmes de dattier.
כְּשֵׁירִין לְסַכֵּךְ:
Kachères : pour couvrir la soukka.
עַל הַיָּדוֹת כְּדֵי בֵּית יָד סָמוּךְ לָאֹוכֶל אַף הוּא צָרִיךְ בִּיטּוּל שֶׁגַּם הוּא מְקַבֵּל טֻומְאָה:
Sur les yadot : la longueur d'une prise attenante à la nourriture — elle aussi requiert d'être annulée, car elle aussi reçoit la touma.
🗂️ Tossefot (1)
אִם פְּסֹולֶת מְרֻובָּה עַל הָאֳוכָלִין כְּשֵׁרָה. אֲבָל אֹוכֶל מְרֻובֶּה פְּסוּלָה אע"ג דְּאָמַר בְּפֶרֶק הָעוֹר וְהָרֹוטֶב (חוֹלִין דַּף קכט. וְשָׁם) בַּיִת שֶׁסִּיכְּכוֹ בִּזְרָעִים טִיהֲרוּ מִשּׁוּם דְּבַטְּלִינְהוּ יֵשׁ לְחַלֵּק בֵּין בַּיִת לְסֻוכָּה דִּבְסֻוכָּה לָא בְּטִילִי דַּעֲבִיד דְּסָתַר לָהּ אַחַר הֶחָג אִי נָמֵי בָּעֵינַן דְּלָא מְקַבְּלִי טֻומְאָה בִּשְׁעַת סִיכּוּךְ מִשּׁוּם תַּעֲשֶׂה וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי אִי נָמֵי הָתָם כְּשֶׁעָשָׂה בָּהֶן שִׁינּוּי מַעֲשֶׂה דִּבְמַחֲשָׁבָה לָא סָלְקִי מִטֻּומְאָה וְהָכָא בְּשֶׁלֹּא עָשָׂה בָּהֶן שִׁינּוּי מַעֲשֶׂה כִּדְמוֹכַח בָּתַר הָכִי דְּפָרִיךְ אִי הָכִי מ"ט דְּרַבָּנָן דְּמַה שֶׁמַּנִּיחָן ע"ג הַסֻּוכָּה לָא חֲשִׁיב שִׁינּוּי מַעֲשֶׂה וְכֵן בְּפֶרֶק לֹא יַחְפֹּור (ב"ב דַּף יט: וְשָׁם) דְּאָמַר רָקִיק אֵינוֹ מְמַעֵט בַּחַלּוֹן כִּדְקָאָמְרִינַן הָתָם מִשּׁוּם דְּלָא מְבַטֵּל לֵיהּ וּפָרִיךְ וְתִיפּוֹק לֵיהּ דְּהָוֵי דָּבָר הַמְקַבֵּל טֻומְאָה דְּלָא מְהַנֵּי בִּיטּוּל בְּלֹא שִׁינּוּי מַעֲשֶׂה:
Si le déchet l'emporte sur la nourriture, elle est kachère. Mais si la nourriture l'emporte, elle est passoul — bien qu'il soit dit au chapitre HaOr veHarotev (Houlin 129a) qu'une maison couverte de semences est déclarée pure, parce qu'il les a annulées. Il faut distinguer entre une maison et une soukka : dans la soukka elles ne sont pas annulées, car il est destiné à la démonter après la fête. Ou bien : nous exigeons qu'elles ne soient pas susceptibles de touma au moment même de la couverture, en raison de « taasse ve-lo min hé-assouy » (elle doit être faite, et non pas se trouver déjà faite). Ou encore : là-bas il s'agit d'un cas où il leur a fait subir un changement d'état effectif (chinouy maasse), car une simple pensée ne les fait pas sortir de la touma ; et ici, d'un cas où il ne leur en a pas fait subir — comme cela ressort de la suite, où la Guemara objecte « si c'est ainsi, quelle est la raison des Sages ? », puisque le seul fait de les poser sur la soukka n'est pas tenu pour un changement d'état effectif. De même au chapitre Lo Yahpor (Baba Batra 19b), où il est dit qu'une galette ne réduit pas [l'ouverture d'] une fenêtre, la raison donnée là-bas étant qu'il ne l'annule pas ; et la Guemara objecte : mais qu'on tire cela de ce qu'il s'agit d'une chose susceptible de touma, pour laquelle l'annulation est inopérante sans changement d'état effectif.
⚖️ Rosh (1)
תַּנְיָא סוֹכֵי תְּאֵנִים וּבָהֶם תְּאֵנִים פַּרְכִּילִין וּבָהֶם עֲנָבִים קָשִׁין וּבָהֶם שֶׁיְּבוּלִין מַכְבְּדוֹת וּבָהֶם תְּמָרִים אִם פְּסֹולֶת מְרֻובָּה עַל הָאֳוכָלִים כְּשֵׁרִים וְאִם אוֹכְלִים מְרֻובִּין עַל הַפְּסֹולֶת פְּסוּלִין וְאִם קָצְרָן מִתְּחִילָּה לְסַכֵּךְ אֵין לָהֶם יָדוֹת דְּלָא נִיחָא לֵיהּ בְּהוּ וְאֵין מְבִיאִין טֻומְאָה לְאֹוכֶל וּמְסַייְּעִין לְבַטֵּל אֶת הָאֹוכֶל וְאִם מִתְּחִילָּה קָצַץ לַאֲכִילָה וְנִמְלַךְ עֲלֵיהֶם לְסִיכּוּךְ אֵין הַמַּחֲשָׁבָה מוֹצִיא אֶת הַיָּדוֹת מִידֵי טֻומְאָה וַחֲשִׁיבִי כְּאֹוכֶל. וְצָרִיךְ שֶׁיְּהֵא בִּפְסֹולֶת לְבַטֵּל אֶת הָאֹוכֶל וְהַבֵּית יָד הַסָּמוּךְ לָאֹוכֶל עַד שֶׁיַּעֲשֶׂה בְּהוּ מַעֲשֶׂה כְּגוֹן שֶׁדִּשֵּׁן בְּגֹורֶן:
Il a été enseigné : des branches de figuier avec des figues dessus, des sarments avec des raisins dessus, des chaumes avec des épis dessus, des palmes avec des dattes dessus — si le déchet l'emporte sur les aliments, elles sont kachères ; et si les aliments l'emportent sur le déchet, elles sont passoul. Et s'il les a coupés dès le départ pour couvrir, ils n'ont pas de yadot, car cela ne lui convient pas : ils n'amènent pas la touma sur l'aliment et ils concourent à annuler l'aliment. Mais si dès le départ il a coupé pour manger, puis s'est ravisé à leur sujet pour la couverture, la mahshava (l'intention) ne fait pas sortir les yadot du régime de la touma, et elles comptent comme de l'aliment. Il faut alors que le déchet suffise à annuler l'aliment ainsi que la prise attenante à l'aliment — à moins qu'il ne leur ait fait subir un acte effectif, comme de les avoir battus sur l'aire.
💡 Explication

La Guemara cherche à rattacher le débat des Amoraim à une controverse tannaitique. La baraita énumère quatre situations identiques : un support inapte au sekhakh parce qu'il porte un fruit apte à la touma.

Le premier tanna pèse le pesolet (le déchet, ici le bois) contre l'okhel (la nourriture) : si le déchet l'emporte, la soukka tient. Aherim ajoutent un troisième terme sur le plateau de l'aliment — les yadot. Rachi explique pourquoi : la longueur de prise attenante au fruit reçoit elle aussi la touma, elle doit donc elle aussi être annulée.

Tossefot soulève ici la difficulté de fond : pourquoi l'annulation ne suffit-elle pas, alors qu'une maison couverte de semences est déclarée pure ? Trois réponses — la soukka est provisoire, on exige la validité au moment de la couverture, et surtout : l'annulation d'une chose susceptible de touma exige un chinouy maasse (un acte matériel), et non une simple décision.

🖼️ Schéma
La baraita des quatre branchages : ce qu'on pèse, et contre quoi Un rameau porteur de fruit ne peut couvrir la soukka que si la part inapte l'emporte Le support (pesolet) Le fruit porté (okhel) Nom araméen du couple Branches de figuier figues soukhei teenim Sarments de vigne raisins parkhilin Chaumes épis de blé kachin ou-vahen chibolin Palmes de dattier dattes makhbadot Premier tanna Il faut : pesolet > okhel support inapte fruit Il ne met dans la balance que le fruit lui-même : le manche ne compte pas. Lecture directe : pas de yadot. Aherim -- D'autres disent Il faut : pesolet > (yadot + okhel) support inapte fruit yad Rachi : la longueur de prise attenante au fruit doit elle aussi être annulée, car elle aussi reçoit la touma.
Les quatre couples support-fruit de la baraita, et les deux barèmes de pesée proposés.
10
מַאי לַָאו, בְּהָא קָא מִיפַּלְגִי: דְּמָר סָבַר יֵשׁ לָהֶן יָדוֹת, וּמַר סָבַר אֵין לָהֶן יָדוֹת!

N'est-ce pas sur ceci qu'ils divergent : l'un tient qu'[ils] ont des yadot, et l'autre tient qu'[ils] n'ont pas de yadot ?

💡 Explication

Formulation de l'hypothèse. Si Aherim comptent les yadot dans la pesée, c'est qu'à leurs yeux le produit moissonné en possède. Et si le premier tanna ne les mentionne pas, c'est apparemment qu'il n'en reconnaît aucune — précisément la thèse de Rav Menachya bar Gada.

11
לְרַבִּי אַבָּא — וַדַּאי תַּנָּאֵי הִיא. לְרַב מְנַשְּׁיָא בַּר גַּדָּא מִי לֵימָא תַּנָּאֵי הִיא? אָמַר לָךְ רַב מְנַשְּׁיָא: דְּכֻולֵּי עָלְמָא סָבְרִי הַקּוֹצֵר לִסְכָךְ אֵין לוֹ יָדוֹת. וְהָכָא בְּמַאי עָסְקִינַן — כְּגוֹן שֶׁקּוֹצְצָן לַאֲכִילָה, וְנִמְלַךְ עֲלֵיהֶן לְסִיכּוּךְ.

Pour Rabbi Abba — c'est assurément une controverse de tannaim. Pour Rav Menachya bar Gada, dirons-nous que c'est une controverse de tannaim ?

Rav Menachya pourrait te dire : tout le monde s'accorde à tenir que celui qui moissonne pour couvrir n'a pas de yadot ; et ici, de quoi traitons-nous ? D'un cas où il les a coupés pour les manger, puis s'est ravisé à leur sujet en vue de la couverture.

📜 Rachi (2)
לְרַבִּי אַבָּא דְּאָמַר בּוֹצֵר אֵין לוֹ יָדוֹת אֲבָל קוֹצֵר יֵשׁ לוֹ וַדַּאי תַּנָּאֵי הִיא עַל כָּרְחֵיהּ מִבָּעֵי לְמֵימַר אֲנָא דְּאָמְרִי כַּאֲחֵרִים דְּאָמְרִי יֵשׁ לוֹ דְּאִילּוּ תַּנָּא קַמָּא לָא מִיתּוֹקַם כְּוָותֵיהּ דְּהָא אָמַר אֵין לוֹ וְאִי בְּקוֹצֵר לַאֲכִילָה וְנִמְלַךְ לְסִיכּוּךְ כָּל שֶׁכֵּן דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר יֵשׁ לוֹ וְקָאָמַר אֵין לוֹ הִלְכָּךְ לָא מִיתּוֹקְמָא כְּרַבִּי אַבָּא:
Pour Rabbi Abba : qui dit que celui qui vendange n'a pas de yadot mais que celui qui moissonne en a — c'est assurément une controverse de tannaim, car il est bien forcé de dire : moi, je parle comme Aherim, qui disent qu'il en a. Le premier tanna, lui, ne peut être établi selon son avis, puisqu'il dit qu'il n'en a pas ; et s'il s'agissait de quelqu'un qui a moissonné pour manger puis s'est ravisé pour couvrir, il aurait dit à plus forte raison qu'il en a — or il dit qu'il n'en a pas. Par conséquent, [le premier tanna] ne peut pas être établi selon Rabbi Abba.
אֶלָּא לְרַב מְנַשְּׁיָא דְּאָמַר קוֹצֵר לְסַכֵּךְ אֵין לוֹ מִי מִידְּחִיק לְאוֹקְמֵי מִילְּתֵיהּ כְּתַנָּאֵי וּלְמֵימַר אֲנָא אָמְרִי כְּתַנָּא קַמָּא וַאֲחֵרִים פְּלִיגִי אוֹ מוֹקְמִינַן לְמַתְנִיתִין בְּקוֹצֵר לַאֲכִילָה וְנִמְלַךְ לְסַכֵּךְ וּמִשּׁוּם הָכִי אָמְרִי אֲחֵרִים דְּיֵשׁ לוֹ יָדוֹת אֲבָל בְּקוֹצֵר לְסַכֵּךְ אֲחֵרִים מוֹדוֹ נָמֵי דְּאֵין לוֹ:
Mais pour Rav Menachya : qui dit que celui qui moissonne pour couvrir n'en a pas — qui le contraint à établir son propos comme une controverse de tannaim et à dire « moi, je parle comme le premier tanna, et Aherim divergent » ? On peut tout aussi bien établir la baraita dans le cas de celui qui a moissonné pour manger puis s'est ravisé pour couvrir : c'est pour cela qu'Aherim disent qu'il a des yadot, mais s'il avait moissonné d'emblée pour couvrir, Aherim reconnaîtraient eux aussi qu'il n'en a pas.
💡 Explication

La Guemara traite les deux Amoraim séparément. Rabbi Abba, qui accorde des yadot au moissonneur, ne peut se ranger que derrière Aherim ; le premier tanna le contredit de front. Sa position est donc bien tannaitiquement disputée — Rachi montre qu'aucune relecture ne peut sauver le premier tanna à son profit.

Rav Menachya, lui, n'est pas contraint. Il relit la baraita comme un cas particulier : on a coupé les tiges pour manger, puis on s'est ravisé pour couvrir. Les yadot sont alors nées de la première mahshava (intention), et Aherim se contentent de dire qu'elles ne disparaissent pas. Sur le cas qui l'intéresse — moissonner d'emblée pour le sekhakh — tout le monde lui donnerait raison.

🖼️ Schéma
L'échappatoire de Rav Menachya, et le prix à payer Segments 10 et 11 : la baraita relue comme un cas de changement d'intention Il coupe pour manger première mahshava des yadot naissent Il se ravise : couvrir seconde mahshava nimlakh alehen le sikoukh Aherim : les yadot restent Donc tout le monde peut convenir que moissonner d'emblée pour le sekhakh ne donne pas de yadot. Mais alors, que disent les Sages -- le premier tanna ? Il a bien coupé pour manger : les yadot devraient exister. Pourquoi ne les compte-t-il pas ? Réponse envisagée La seconde mahshava annule la première : en décidant de couvrir, il efface l'intention alimentaire -- donc plus de yadot. Objection qui clôt le folio Une michna sur les ustensiles -- kol ha kelim -- montre qu'une intention déjà acquise ne se défait pas par un simple changement d'avis.
L'échappatoire de Rav Menachya : la baraita relue comme un cas d'intention changée — et l'objection qui s'ensuit.
12
אִי קוֹצְצָן לַאֲכִילָה, מַאי טַעְמַייְהוּ דְּרַבָּנָן? וְכִי תֵּימָא קָסָבְרִי רַבָּנַן כֵּיוָן דְּנִמְלַךְ עֲלֵיהֶן לְסִיכּוּךְ, בָּטְלָה לֵיהּ מַחְשַׁבְתּוֹ. וּמִי בָּטְלָה לֵיהּ מַחְשָׁבָה בְּהָכִי? וְהִתְנָן: כָּל הַכֵּלִים

S'il les a coupés pour les manger, quelle est la raison des Sages ? Et si tu dis que les Sages tiennent que, dès lors qu'il s'est ravisé à leur sujet en vue de la couverture, son intention [première] s'est annulée — et l'intention s'annule-t-elle par un tel moyen ?

N'avons-nous pas appris : tous les ustensiles...

📜 Rachi (1)
וּמִי בָּטְלָה מַחֲשָׁבָה קַבָּלַת טֻומְאָה בְּהָכִי וַאֲפִילּוּ לֹא נִטְמְאוּ קֹודֶם שֶׁנִּמְלַךְ מִיהוּ יָרְדָה לָהֶן תּוֹרַת קַבָּלַת טֻומְאָה עַל יְדֵי מַחְשָׁבָה רִאשׁוֹנָה וּמִי בָּטְלָה קַמַּיְיתָא בְּמַחְשָׁבָה בָּתְרָיְיתָא:
Et l'intention s'annule-t-elle : la réception de la touma, par ce moyen ? Même s'ils n'ont pas été rendus impurs avant qu'il ne se ravise, il leur est néanmoins échu, par la première mahshava, le statut de choses susceptibles de recevoir la touma — et la première s'annule-t-elle par la seconde mahshava ?
💡 Explication

C'est le prix de l'échappatoire. Si la baraita parle de tiges coupées pour manger, alors les yadot devraient exister pour tout le monde — et l'on ne comprend plus le premier tanna (« les Sages »), qui refuse de les compter.

La réponse envisagée est que la seconde mahshava annule la première. Mais la Guemara s'y oppose aussitôt : une fois qu'une chose est entrée dans le régime de réceptivité à la touma par une intention, un simple changement d'avis ne l'en fait pas sortir — il y faudrait un acte matériel. La michna invoquée, kol ha-kelim (« tous les ustensiles »), va être citée au début de 14a.

Le folio s'arrête sur cette question ouverte : la sougya des yadot se poursuit sur l'amud suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).