Sukkah 14a — Ce qu'un acte défait, et la planche qui ressemble à un plafond

Sukkah 14a

Sougya : Ce folio commence par refermer la sougya des yadot laissée ouverte à la fin de 13b. La michna des ustensiles fournit le principe décisif : on entre dans le régime de la touma par la seule intention, mais on n'en sort que par un changement d'acte — l'acte défait ce qu'un acte comme ce qu'une pensée avaient institué, tandis qu'une pensée ne défait rien.

Une objection est envisagée (les yadot ne sont pas des ustensiles, elles n'ont pas cette dignité), puis réfutée par une michna du traité Ouktsin sur les poignées que l'on a bessassan sur l'aire de battage. Tout se joue alors sur ce verbe rare : défaire le lien des gerbes, ou les piétiner pour de bon ?

La Guemara retient la seconde lecture, renonce à sa preuve, et doit reconstruire la baraita — Aherim suivent Rabbi Yossei. Un rapprochement est tente puis refusé, et Rech Lakich apporte le critère qui gouverne toute la discussion : la paille reste une yad tant qu'elle sert encore, ne serait-ce qu'à retenir les épis entre les deux dents de la fourche.

La michna d'Ouktsin est ensuite reprise pour elle-même (goufa) et attribuée — Rabbi Yo'hanan contre Rabbi Elazar — Rachi expliquant au passage pourquoi le Talmud commente ici un texte de l'ordre Taharot. Le mot fourche (eter) déclenche une digression aggadique célèbre : la prière des justes retourne la pensée divine de la rigueur à la miséricorde, comme la fourche retourne le grain sur l'aire ; le Ben Ich Haï y lit le renversement des lettres eter / taar et le calcul lev plus roguez égale rahem.

La seconde moitié du folio ouvre une michna neuve : peut-on couvrir la soukka avec des planches ? Rabbi Yehouda autorise, Rabbi Meir interdit au nom du décret du plafond.

Rav et Chemouel situent la mahloket à l'opposé l'un de l'autre ; une objection oblige Rav Papa à relire Chemouel, en resserrant le désaccord dans la bande de trois à quatre tefahim, entre la mesure du lieu et la sortie du lavoud. Une première preuve tirée de la michna est écartée (la fin de la michna est de Rabbi Meir seul), et le folio s'achève sur l'ouverture d'une seconde preuve : deux draps se combinent.

Le fil du folio : de la pensée qui ne défait rien à la planche qui ressemble à un plafond Une sougya se termine sur un mot obscur -- bessassan -- puis une michna neuve ouvre le dossier du sekhakh de planches Segments 0 à 1 -- la réponse de 13b : une seconde intention n'annule pas la première La michna des ustensiles : on entre dans la touma par la seule intention, on n'en sort que par un changement d'acte. Objection anticipée : cela vaut pour les kelim, qui sont importants -- mais les yadot, simples auxiliaires de l'aliment ? Réponse par une michna d'Ouktsin : les poignées bessassan sur l'aire sont pures, et Rabbi Yossei conteste. Segments 2 à 5 -- tout dépend du sens de bessassan Si bessassan = il a défait le lien, c'est presque une intention : la preuve tient. Si c'est un vrai piétinement, elle tombe. La Guemara accepte le piétinement réel -- et doit alors expliquer Aherim, qui invalident quand même : ils suivent Rabbi Yossei. Objection : chez Rabbi Yossei la paille sert encore, à retourner le grain avec la fourche (eter). Ici, à quoi sert-elle ? Réponse : au démontage du sekhakh, pour saisir les épis par leurs tiges. Le critère reste l'utilité résiduelle. Segments 6 à 7 -- goufa : la michna d'Ouktsin reprise pour elle-même Rabbi Yo'hanan : piétine pour de bon. Rabbi Elazar : il a défait le lien. Rabbi Chimon ben Lakich sauve Rabbi Yossei. Rachi explique pourquoi le Talmud dit goufa d'une michna : Taharot n'a pas de Guemara, il faut donc l'expliquer ici. Segment 8 -- la digression aggadique accrochée au mot eter Rabbi Elazar : la prière des justes est comparée à une fourche -- elle retourne la pensée divine de la rigueur à la miséricorde. Le lien est verbal : eter, la fourche, et va-ye-tar, la prière de Yits haq (Genèse 25,21). Segments 9 à 15 -- michna neuve : peut-on couvrir la soukka avec des planches ? Rabbi Yehouda autorise, Rabbi Meir interdit. Rav : ils divergent sur les planches de 4 tefahim (guezerat tikra). Chemouel : ils divergent sur celles de moins de 4 ; à 4, tout le monde invalide. Rav Papa recalibre : la zone litigieuse est 3 à 4. Première preuve tirée de la michna : écartée, la fin de la michna est de Rabbi Meir seul. Seconde preuve, ouverte à la fin du folio : deux draps se combinent -- la suite en 14b.
Le parcours du folio : la sougya des yadot se referme sur le mot bessassan, une digression aggadique fait charnière, puis s ouvre le dossier du sekhakh de planches.
Ce qui fait entrer dans la touma, et ce qui en fait sortir Le principe du segment 0, qui va servir à trancher la question laissée ouverte à la fin de 13b Annulé par un ACTE Annulé par une INTENTION Statut créé par un ACTE on a taillé la peau pour une table OUI -- il sort il porte le couteau pour en faire des sandales NON -- il reste changer d'avis ne suffit pas Statut créé par une INTENTION il décide de laisser l'objet inachevé OUI -- à plus forte raison un acte défait ce qu'une simple pensée a fait NON -- il reste c'est la question laissée ouverte en 13b La règle en une phrase L'acte fait sortir de l'acte ET de l'intention. L'intention ne fait sortir ni de l'acte, ni de l'intention. Conséquence pour 13b : celui qui a coupé pour manger puis s'est ravisé pour couvrir ne peut pas effacer la première pensée. L'objection du segment 1, et sa réfutation Objection : la règle vaut pour les kelim, qui ont une dignité propre. Une yad n'est qu'une servante de l'aliment -- elle naît d'une intention, elle devrait mourir d'une intention. Réfutation : la michna d'Ouktsin exige bessassan, un geste sur l'aire de battage. Même pour les yadot, il faut un acte. Reste à savoir quel geste : c'est le mot bessassan qui va occuper toute la suite.
Le principe qui clôt le débat de 13b : l intention fait entrer dans la touma, seul un acte en fait sortir.
Sekhakh de planches : Rav, Chemouel, et la correction de Rav Papa Le problème : une soukka couverte de planches ressemble à une maison -- le décret du plafond (guezerat tikra) La michna : Rabbi Yehouda autorise le sekhakh de planches, Rabbi Meir l'interdit Sur quelles planches portent-ils exactement ? La michna ne le dit pas -- Rav et Chemouel répondent de façon opposée. Largeur de la planche moins de 3 tefahim de 3 à 4 tefahim 4 tefahim et plus RAV la mahloket porte sur les planches de 4 kacher -- unanime ce ne sont que des roseaux kacher -- unanime peu de plafonds sont faits ainsi MAHLOKET R. Meir décrète -- R. Yehouda non c'est la largeur des vrais plafonds CHEMOUEL la mahloket porte sur les planches de moins de 4 MAHLOKET -- lecture brute R. Meir tient compte de la minorité qui fait des plafonds de planches étroites passoul -- unanime même R. Yehouda le concède Segment 11 -- l'objection qui force la correction Si Chemouel étend la mahloket à toutes les planches de moins de 4, alors Rabbi Meir interdirait même celles de 2 tefahim -- or ce ne sont que des roseaux, la matière même du sekhakh normal. Absurde. Rav Papa relit donc Chemouel : la ligne du bas ci-dessus n'est pas ce qu'il voulait dire. Segment 12 -- Chemouel selon Rav Papa : la mahloket se resserre entre 3 et 4 moins de 3 : kacher pour tous (de simples roseaux) -- 4 et plus : passoul pour tous -- entre 3 et 4 : ils divergent. Rabbi Yehouda : en dessous de 4 il n'y a pas de mesure de lieu, donc rien qui ressemble à un plafond -- on ne décrète pas. Rabbi Meir : à partir de 3 la planche est sortie du lavoud, elle compte comme une surface pleine -- on décrète.
Carte de la mahloket Rav / Chemouel sur les planches, et la relecture de Chemouel par Rav Papa.
1
יוֹרְדִין לִידֵי טֻומְאָה בְּמַחְשָׁבָה, וְאֵין עוֹלִין מִטֻּומְאָתָן אֶלָּא בְּשִׁינּוּי מַעֲשֶׂה. מַעֲשֶׂה מוֹצִיא מִיַּד מַעֲשֶׂה וּמִיַּד מַחְשָׁבָה. מַחְשָׁבָה אֵינָהּ מוֹצִיאָה לֹא מִיַּד מַעֲשֶׂה וְלֹא מִיַּד מַחְשָׁבָה.

[Les ustensiles] descendent au régime de la touma par la seule intention, et ils ne remontent de leur touma que par un changement d'acte. Un acte fait sortir de ce qu'un acte a institué comme de ce qu'une intention a institué ; une intention ne fait sortir ni de ce qu'un acte a institué, ni de ce qu'une intention a institué.

📜 Rachi (4)
יוֹרְדִין לִידֵי טֻומְאָה בְּמַחְשָׁבָה מִי שֶׁחָשַׁב עָלָיו שֶׁזֶּה יְהֵא גְּמַר מְלָאַכְתָּן כְּגוֹן שֶׁעִיבְּדוֹ לְדַרְגָּשׁ אוֹ לְדֻולְבְּקִי כֵּיוָן שֶׁעִיבְּדוֹ מְקַבֵּל טֻומְאָה וְאִלְמָלֵי עִיבְּדוֹ לִרְצוּעוֹת וְסַנְדָּלִין אֵין מְקַבְּלִים טֻומְאָה עַד שֶׁיִּגְמְרוּ לִמְלֶאכֶת הַסַּנְדָּלִין:
Celui qui a pensé à son sujet que ce serait là l'achèvement de son travail — par exemple s'il a tanné la peau en vue d'un dargach (divan) ou d'un doulbeki (guéridon) : dès lors qu'il l'a tannée, elle reçoit la touma. Tandis que s'il l'avait tannée en vue de lanières et de sandales, celles-ci ne recevraient la touma qu'une fois achevées pour le travail des sandales.
וְאֵין עוֹלִים מִטֻּומְאָתָן מִמַּחֲשֶׁבֶת תּוֹרַת קַבָּלַת טֻומְאָה אֵין עוֹלִין בְּמַחְשָׁבָה כְּגוֹן עִיבְּדוֹ לַשֻּׁלְחָן וּלְדַרְגָּשׁ וְחִישֵּׁב עָלָיו לִרְצוּעוֹת וְסַנְדָּלִין אֵין מַחְשַׁבְתּוֹ מְבַטַּלְתָּן מִתּוֹרַת קַבָּלַת טֻומְאָה:
De l'intention qui les a fait entrer dans le statut de réceptivité à la touma, ils ne remontent pas par une intention : par exemple s'il l'a tannée pour une table ou un dargach, puis a pensé à son sujet d'en faire des lanières et des sandales — sa pensée ne l'annule pas du statut de réceptivité à la touma.
אֶלָּא בְּשִׁינּוּי מַעֲשֶׂה עַד שֶׁיִּתֵּן בּוֹ אִיזְמֵל:
Tant qu'il n'y a pas porté le couteau (izmel).
מַעֲשֶׂה מְבַטֵּל מִידִי מַעֲשֶׂה אֲפִילּוּ עָשָׂה בּוֹ מַעֲשֶׂה מוֹכִיחַ מִתְּחִילָּה לְשֻׁלְחָן כְּגוֹן שֶׁקִּיצְּצוֹ סְבִיבוֹתָיו לְיַפּוֹתוֹ כֵּיוָן שֶׁנָּתַן אִיזְמֵל בּוֹ לְחָתְכוֹ לְסַנְדָּלִין מְבַטֵּל מַעֲשֶׂה רִאשׁוֹן וְכָל שֶׁכֵּן שֶׁמּוֹצִיא מִידֵי מַחְשָׁבָה שֶׁלֹּא הָיָה בָּהּ מַעֲשֶׂה:
Même s'il a accompli dessus, dès le départ, un acte probant en vue d'une table — par exemple s'il en a rogné le pourtour pour l'embellir — dès l'instant où il y porte le couteau pour la découper en sandales, il annule le premier acte ; et à plus forte raison fait-il sortir de ce qu'une intention avait institué, où il n'y avait aucun acte.
💡 Explication

Le folio s'ouvre au milieu d'une phrase : c'est la michna du traité Kelim que la Guemara avait commencé à citer à la fin de 13b, pour répondre à la question laissée ouverte — une seconde mahshava (intention) peut-elle annuler la première ?

La réponse est un principe d'asymétrie. Un objet inachevé entre dans le régime de la touma dès que l'artisan décide de le laisser tel quel : la seule pensée suffit à lui conférer le statut d'ustensile. Mais pour l'en faire sortir, la pensée ne suffit plus — il faut un changement d'acte, un geste matériel sur l'objet. Rachi donne l'exemple du couteau que l'on porte sur la peau pour la retailler.

D'où la formule ramassée : l'acte fait sortir de l'acte et de l'intention ; l'intention ne fait sortir de rien. Appliqué à 13b : celui qui a coupé des tiges pour manger, puis s'est ravisé pour couvrir sa soukka, ne peut pas effacer sa première pensée par la seconde.

2
וְכִי תֵּימָא הָנֵי מִילֵּי כֵּלִים דַּחֲשִׁיבִי, אֲבָל יָדוֹת, דִּלְצֹורֶךְ אֲכִילָה נִינְהוּ — בְּמַחְשָׁבָה נַעֲשֶׂה וּבְמַחְשָׁבָה סָלְקָא. וְהִתְנָן: כָּל יְדוֹת הָאֳוכָלִין שֶׁבְּסָסָן בַּגֹּורֶן — טְהוֹרוֹת (וְרַבִּי יוֹסֵי מְטַמֵּא).

Et si tu disais : cela ne vaut que pour les ustensiles, qui sont importants ; mais les yadot (poignées), qui ne sont là que pour les besoins de la consommation — elles se font par l'intention et par l'intention elles s'en vont. Mais n'avons-nous pas appris : toutes les poignées d'aliments que l'on a bessassan sur l'aire de battage sont pures (et Rabbi Yossei les déclare susceptibles de touma) ?

📜 Rachi (4)
וְכִי תֵּימָא הָנֵי מִילֵּי דְּלָא מְבַטְּלִין בָּתְרָיְיתָא לְקַמָּייְתָא בְּכֵלִים דַּחֲשִׁיבִי וּמִשֶּׁיָּצָא עָלָיו שֵׁם כְּלִי בְּמַחְשָׁבָה אֵינָהּ נוֹחָה לְהַפְקִיעַ שְׁמָהּ:
Que la dernière intention n'annule pas la première — cela vaut pour les ustensiles, qui sont importants : dès lors que le nom d'ustensile lui est échu par l'intention, il n'est pas aisé de lui ôter ce nom.
שֶׁבְּסָסָן לְקַמֵּיהּ מְפָרֵשׁ מַאי הִיא:
La Guemara expliquera plus loin ce que désigne ce mot.
טְהוֹרוֹת דְּגַלִּי דַּעְתֵּיהּ דְּלָא נִיחָא לֵיהּ בְּהוּ וְטָהֲרוּ מִלְּקַבֵּל טֻומְאָה הַיָּדוֹת הָאֵלֶּה עוֹד וְלֹא הֵבִיאָה טֻומְאָה עַל הָאֹוכֶל עַד שֶׁיַּגִּיעַ טֻומְאָה בָּאֹוכֶל עַצְמוֹ:
Car il a révélé son intention qu'elles ne lui conviennent plus : ces poignées sont désormais pures de toute réception de touma, et elles n'amènent plus la touma sur l'aliment — tant que la touma n'atteint pas l'aliment lui-même.
וְר' יוֹסֵי מְטַמֵּא טַעְמָא מְפָרֵשׁ לְקַמָּן:
La raison en sera expliquée plus loin.
🗂️ Tossefot (1)
כָּל יְדוֹת הָאֳוכָלִין שֶׁבְּסָסָן בַּגֹּורֶן טְהוֹרוֹת. מִשְׁנָה הִיא פ"ק דְּעֻוקְצִין (מ"ה):
« Toutes les poignées d'aliments que l'on a bessassan sur l'aire sont pures. » C'est une michna, au premier chapitre du traité Ouktsin (michna 5).
💡 Explication

Objection anticipée : le principe du segment précédent porte sur des kelim, des ustensiles, qui ont une dignité propre. Une yad — la tige, la paille, la partie non comestible qui sert de prise à l'aliment — n'a aucune existence pour elle-même : elle n'est qu'une servante. Peut-être naît-elle d'une intention et meurt-elle d'une intention.

La Guemara réfute par une michna du traité Ouktsin (le traité des « queues » et des poignées d'aliments) : les poignées que l'on a bessassan sur l'aire de battage deviennent pures. Le verbe désigne un geste accompli sur l'aire — donc, même pour les yadot, il faut faire quelque chose, une pensée ne suffit pas.

Mais tout va dépendre de ce que veut dire ce verbe rare. C'est l'objet des segments suivants.

3
בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר ״בְּסָסָן״ — הִתִּיר אִגּוּדָן, שַׁפִּיר. אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר מַאי ״בְּסָסָן״ — בְּסָסָן מַמָּשׁ, מַאי אִיכָּא לְמֵימַר?

Soit, pour celui qui dit que bessassan signifie qu'il a défait leur lien — c'est parfait. Mais pour celui qui dit : que signifie bessassan ?

Qu'il les a réellement piétinées — que peut-on dire ?

📜 Rachi (4)
בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר הַאי בְּסָסָן הַייְנוּ שֶׁהִתִּיר אֲגָדָן שֶׁל עֳומָרִין לְשׁוֹן מִתְבּוֹסֶסֶת בְּדָמַיִךְ (יְחֶזְקֵאל ט״ז:ו׳) מִתְגּוֹלֶלֶת כְּלוֹמַר כֵּיוָן שֶׁהִתִּיר אֲגָדָן הַשִּׁבֳּלִין מִתְגּוֹלְלִין בַּגֹּורֶן לְפִי שֶׁנּוֹחִין לְהִתְפַּזֵּר אוֹ לְשׁוֹן כִּנָּה דִּמְתַרְגְּמִינַן וְאֶת כַּנּוֹ וְיָת בְּסִיסֵיהּ (שְׁמוֹת ל) כְּלוֹמַר הֵכַנּוּ לְדַשֵּׁן:
Ce mot bessassan signifie qu'il a défait le lien des gerbes. C'est le sens de « qui se vautre (mitbosseset) dans ton sang » (Ezechiel 16,6), c'est-à-dire qui se roule : dès lors qu'il a défait leur lien, les épis se roulent sur l'aire, car ils s'éparpillent aisément. Ou bien c'est le sens de « socle », que le Targoum rend, pour « et son socle » (Exode 30), par ve-yat bessisseih — c'est-à-dire qu'il les a mis en place pour le battage.
שַׁפִּיר לָא קַשְׁיָא לָךְ דְּאַלִּיבֵּיהּ מָצֵית לְמֵימַר דְּקָיְימִי רַבָּנָן כְּוָותֵיהּ כֵּיוָן שֶׁהִתִּיר אֲגָדָן דְּלָא הָוֵי אֶלָּא כְּמַחֲשָׁבָה בְּעָלְמָא דְּגַלִּי דַּעְתֵּיהּ דְּלָא נִיחָא לֵיהּ בַּיָּדוֹת שֶׁלָּהֶן שֶׁאֵין הַיָּדוֹת רְאוּיוֹת לְשִׁבֳּלִין אֶלָּא כְּדֵי לְאָוגְדָן בָּהֶם וְהַאי מוּכָח דְּלָא בָּעֵי לְאָוגְדָן:
Tu n'as là aucune difficulté : selon lui, tu peux dire que les Sages s'accordent avec cette lecture. Puisqu'il a défait leur lien — ce qui n'est qu'une simple intention — il a révélé qu'il ne veut plus de leurs poignées ; car les poignées ne servent aux épis que pour les lier ensemble, et ceci prouve qu'il ne veut plus les lier.
אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר בְּסָסָן מַמָּשׁ שֶׁדִּשֵּׁן לְיָדוֹת בְּרַגְלֵי בְּהֵמָה אוֹ בְּמַקֶּבֶת כְּמוֹ בְּשִׁמְךָ נָבוּס קָמֵינוּ (תְּהִילִּים מ״ד:ו׳) בּוֹסְסוּ אֶת חִלַּקְתִּי (יִרְמְיָהוּ י״ב:י׳) וְהָכָא דְּאִיכָּא מַעֲשֶׂה רַבָּה הוּא דְּאָמַר דְּקָא מְטַהֲרִי רַבָּנָן אֲבָל בְּמַחְשָׁבָה לֹא אָמַר:
Qu'il a battu les poignées sous les pattes du bétail ou au maillet, comme dans « par Ton nom nous piétinons (navous) nos adversaires » (Psaumes 44,6) et « ils ont piétiné mon champ » (Jérémie 12,10). Et c'est ici, où il y a un acte considérable, qu'il déclare que les Sages tiennent pour pur ; mais pour une simple intention, il n'a rien dit.
מַאי אִיכָּא לְמֵימַר אִי בְּקֹוצֶר לַאֲכִילָה מוֹקְמַתְּ לָהּ לְהַהִיא דִּלְעֵיל מַאי טַעְמָא דְּרַבָּנָן:
Si tu établis l'enseignement précédent dans le cas de celui qui moissonne pour manger, quelle est alors la raison des Sages ?
💡 Explication

La preuve du segment 1 n'est concluante que sous une lecture du mot. Si bessassan signifie « il a défait leur lien », le geste est si léger qu'il équivaut à une déclaration d'intention : les tiges ne servaient qu'à lier les gerbes, dénouer revient à dire qu'on n'en veut plus. La michna enseignerait alors qu'il faut au minimum ce geste — donc qu'une pensée nue ne suffit pas. La preuve tient.

Mais si bessassan veut dire « il les a réellement piétinées », on est devant un maasse rabba, un acte plein. La michna n'enseigne alors rien sur le pouvoir d'une intention seule, et la preuve s'effondre.

🖼️ Schéma
Un seul mot, deux lectures -- et toute la preuve en dépend bessassan (michna d'Ouktsin 1,5) : que faut-il avoir fait aux gerbes pour que leurs poignées deviennent pures ? Lecture A -- il a défait leur lien Rachi : de la racine de mitbosseset (Ezechiel 16,6), se vautrer -- les épis déliés se roulent sur l'aire. Geste minuscule, presque rien : il dénoue. Or les tiges ne servaient qu'à lier les gerbes. Dénouer, c'est donc déclarer qu'il n'en veut plus. = une intention manifestée, pas un vrai acte Lecture B -- il les a réellement piétinées Rachi : de navous, bosseou (Psaumes 44,6 ; Jérémie 12,10) -- piétiner, fouler. Sous les pattes du bétail ou au maillet. Les Sages ne déclarent pur que dans ce cas : il y a là un acte considérable, mahasse rabba. = un acte plein, jamais une simple pensée La preuve du segment 1 tient même une yad ne s'annule pas par la seule pensée La preuve s'effondre on n'apprend rien sur ce que fait une intention seule Où va la Guemara ? Elle choisit la lecture B et abandonne la preuve -- puis doit réexpliquer d'où vient le désaccord entre les Sages et Aherim.
Les deux étymologies proposées pour bessassan, et ce que chacune fait à la preuve.
4
הָכָא נָמֵי, שֶׁבְּסָסָן מַמָּשׁ. אִי הָכִי, מַאי טַעְמַייְהוּ דַּאֲחֵרִים? דַּאֲמוּר כְּרַבִּי יוֹסֵי. דִּתְנַן: רַבִּי יוֹסֵי מְטַמֵּא.

Ici aussi, [il s'agit du cas] où il les a réellement piétinées. Si c'est ainsi, quelle est la raison d'Aherim ?

Ils s'expriment selon Rabbi Yossei, comme nous avons appris : Rabbi Yossei les déclare susceptibles de touma.

📜 Rachi (1)
הָכָא נָמֵי פְּלֻוגְתָּא דַּאֲחֵרִים וְרַבָּנָן כְּשֶׁבְּסָסָן מַמָּשׁ כְּשֶׁנִּמְלַךְ לְסִיכּוּךְ:
La controverse entre Aherim et les Sages porte sur le cas où il les a réellement piétinées, puis s'est ravisé pour couvrir sa soukka.
💡 Explication

La Guemara cède : elle adopte la lecture « piétinées pour de bon » et renonce à la preuve. Mais elle doit alors reconstruire la baraita de 13b. Le désaccord entre les Sages et Aherim ne portait donc pas sur une intention changée, mais sur un cas où l'on a vraiment piétiné les tiges : les Sages en concluent qu'elles ne sont plus des yadot, Aherim maintiennent qu'elles le restent.

Et pourquoi Aherim maintiennent-ils ? Parce qu'ils suivent Rabbi Yossei, la voix dissidente de la michna d'Ouktsin, qui déclare les poignées piétinées encore susceptibles de touma.

5
הַאי מַאי?! בִּשְׁלָמָא הָתָם — טַעְמָא דְּרַבִּי יוֹסֵי חַזְיָא לְכִדְרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ. דְּאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: הוֹאִיל וּרְאוּיוֹת לְהָופְכָן בְּעֶתֶר.

Qu'est-ce que ce rapprochement ?! Soit, là-bas — la raison de Rabbi Yossei est qu'elles restent utilisables, selon ce qu'a dit Rabbi Chimon ben Lakich.

Car Rabbi Chimon ben Lakich a dit : puisqu'elles sont propres à retourner [les épis] avec la fourche (eter).

📜 Rachi (3)
הַאי מַאי בִּשְׁלָמָא גַּבֵּי פְּלוּגְתָּא דְּר' יוֹסֵי דְּקָא מַיְירֵי בְּגֹורֶן אִיכָּא לְמֵימַר טַעְמָא דְּרַבִּי יוֹסֵי דאע"ג דִּבְסָסָן חֲזוּ לְמֶיהֱוֵי יָדוֹת וְנִיחָא לֵיהּ שֶׁיְּהוּ מְחֻובָּרוֹת בָּאֹוכֶל כְּמוֹ שֶׁהֵן בּוֹסְסוֹת מרציא"ה בְּלַעַ"ז:
Soit, dans la controverse où intervient Rabbi Yossei, qui porte sur l'aire de battage, on peut dire que sa raison est que, même piétinées, elles demeurent aptes à servir de poignées, et qu'il lui convient qu'elles restent attachées à l'aliment telles qu'elles sont, écrasées — marciae en langue vulgaire.
הוֹאִיל וּרְאוּיוֹת לְהֵפֶךְ רָאשֵׁי הַשִּׁבֳּלִים:
Les têtes des épis.
בְּעֶתֶר עַל יְדֵי הַיָּדוֹת עֶתֶר פורק"א וְאִלְמָלֵא הַיָּדוֹת אֵין נוֹחִין לְהַפְּכָן בָּהּ דְּמִתּוֹךְ שֶׁהֵם קְצָרִים יוֹצְאִין מִבֵּין ב' עֻוקְצֵיהּ שֶׁל עֶתֶר וְנִשְׁמָטִין מִמֶּנָּה וְהוּא כְּשֶׁבְּסָסָן תְּחִלָּתָן לֹא לְבַטְּלָן נִתְכַּוֵּון אֶלָּא לְרַכְּכָן:
Grâce aux poignées. Eter, c'est « forque » (fourche) en langue vulgaire. Sans les poignées, il ne serait pas commode de les retourner avec elle : étant courts, les épis passent entre les deux pointes de la fourche et lui échappent. Et lorsqu'il les a piétinés au départ, son intention n'était pas de les annuler, mais de les assouplir.
🗂️ Tossefot (1)
בְּעֶתֶר. בְּפֶרֶק הַבָּא עַל יְבִמְתּוֹ (יְבָמוֹת דַּף סד.) פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס עֶתֶר פל"א בְּלַעַ"ז וְלֹא יִתָּכֵן דִּבְלֹא יָדוֹת נָמֵי יָכוֹל לְהַפֵּךְ בָּהּ אֶת הַתְּבוּאָה וְהִיא נִקְרֵאת רַחַת שֶׁמְּטַהֲרִין בָּהּ אֶת הַתְּבוּאָה מִן הַמֹּוץ שֶׁלָּהּ כְּדִכְתִיב (יְשַׁעְיָהוּ ל׳:כ״ד) אֲשֶׁר זֹורֶה בָרַחַת וּבַמִּזְרֶה וְכָאן פֵּירֵשׁ פורק"א וְכֵן עִיקָּר:
« Avec la fourche (eter). » Au chapitre Ha-ba al yevimto (Yevamot 64a), le Qountress (Rachi) a expliqué que eter désigne une « pelle » en langue vulgaire. Cela ne se peut pas : sans les poignées on pourrait tout aussi bien retourner le grain avec elle. Cet instrument s'appelle rahat, celui avec lequel on nettoie le grain de sa balle, comme il est écrit « que l'on vanne à la pelle (rahat) et au van » (Isaie 30,24). Ici il a expliqué « forque » (fourche) — et c'est là l'essentiel.
💡 Explication

La Guemara refuse le rapprochement. Chez Rabbi Yossei, sur l'aire de battage, il y a une raison concrète de maintenir le statut de yad malgré le piétinement : Rech Lakich explique que la paille sert encore. La fourche (eter) n'a que deux pointes ; un épi nu glisserait entre elles, tandis que la longue tige repose en travers et permet de soulever et retourner le grain.

Rachi ajoute un point décisif sur l'intention : en piétinant, le propriétaire ne cherchait pas à se débarrasser des tiges mais à les assouplir. L'acte n'a donc jamais eu valeur de renoncement.

Tossefot corrige ici Rachi lui-même : dans Yevamot, Rachi avait glosé eter par « pelle » — mais une pelle à vanner (rahat) fonctionne très bien sans poignées, ce qui ruinerait l'argument. La glose « fourche », donnée ici, est la bonne.

🖼️ Schéma
Pourquoi la paille reste utile : la fourche a deux dents L'argument de Rabbi Chimon ben Lakich, tel que Rachi le décrit Avec les tiges (yadot) dent dent épi La tige longue repose en travers des deux dents, l'épi est soulevé et retourné sans tomber. la paille sert encore -- donc elle reste une yad Sans les tiges l'épi nu glisse entre les deux dents Trop court, il passe entre les pointes et échappe à la fourche : impossible de retourner le grain. sans elles, l'outil ne prend plus rien Ce que Rachi ajoute En piétinant les tiges, le propriétaire ne voulait pas les annuler mais les assouplir -- l'intention n'a jamais été de s'en défaire.
L'argument de Rech Lakich : sans la tige, l'épi glisse entre les deux pointes de la fourche.
6
אֶלָּא הָכָא לְמַאי חַזְיָא? חַזְיָא לְכִי סָתַר לְמִנְקַט לְהוּ בְּגִילַיְיהוּ.

Mais ici, à quoi sont-elles propres ? Elles sont propres pour le moment où il démontera [la couverture], afin de saisir [les épis] par leurs tiges.

📜 Rachi (3)
אֶלָּא הָכָא דְּבָעֵי לְהוּ לְסַכֵּךְ:
Ou il les veut pour couvrir la soukka.
לְמַאי חֲזוּ יָדוֹת אוֹכְלִים מִשֶּׁבְּסָסָן וְאֵינָן אֲגֻודּוֹת בָּהֶן:
À quoi sont propres les poignées d'aliments, une fois piétinées et alors qu'elles ne sont plus liées avec eux ?
בְּגִילַיְיהוּ בְּקָשִׁין שֶׁלָּהֶם יֹאחֲזוּם וְיִנָּטְלוּ רָאשֵׁי הַשִּׁבֳּלִים עִמָּהֶם:
Par leurs pailles : il les saisira et emportera avec elles les têtes des épis.
💡 Explication

La question était sérieuse : sur l'aire de battage, la paille a un usage agricole évident. Mais dans le cas de la soukka, celui qui a moissonné pour couvrir son toit n'a que faire de retourner du grain à la fourche.

La réponse trouve malgré tout une utilité résiduelle : le jour où il défera le sekhakh, il attrapera les épis par leurs tiges. Une utilité minuscule, différée — mais suffisante. C'est bien le principe qui gouverne toute la sougya : le statut de yad tient à l'utilité qui subsiste, non à l'importance de l'objet.

7
גּוּפָא, כָּל יְדוֹת הָאֳוכָלִין שֶׁבְּסָסָן בַּגֹּורֶן — טְהוֹרוֹת, וְרַבִּי יוֹסֵי מְטַמֵּא. מַאי ״בְּסָסָן״? רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: בְּסָסָן מַמָּשׁ. רַבִּי (אֱלִיעֶזֶר) אוֹמֵר: הִתִּיר אֲגָדָן.

Le corps même [de cet enseignement] : toutes les poignées d'aliments que l'on a bessassan sur l'aire sont pures, et Rabbi Yossei les déclare susceptibles de touma. Que signifie bessassan ?

Rabbi Yo'hanan dit : il les a réellement piétinées. Rabbi (Eliezer) dit : il a défait leur lien.

💡 Explication

Goufa — « le corps même » : formule par laquelle le Talmud reprend pour lui-même un texte qu'il venait de citer en passant. La michna d'Ouktsin, invoquée jusqu'ici comme argument, devient maintenant l'objet direct de l'étude.

Les deux lectures que la Guemara maniait de façon anonyme reçoivent enfin leurs auteurs : Rabbi Yo'hanan lit « piétinées pour de bon », Rabbi Elazar (les éditions écrivent parfois Eliezer) lit « il a défait leur lien ».

8
בִּשְׁלָמָא לְרַבִּי (אֱלִיעֶזֶר), דְּאָמַר ״בְּסָסָן״ — הִתִּיר אֲגָדָן, הַייְנוּ דִּמְטַמֵּא רַבִּי יוֹסֵי. אֶלָּא לְרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר בְּסָסָן מַמָּשׁ, אַמַּאי מְטַמֵּא רַבִּי יוֹסֵי? אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: הוֹאִיל וּרְאוּיוֹת לְהָופְכָן בְּעֶתֶר.

Soit, pour Rabbi (Eliezer) qui dit que bessassan signifie qu'il a défait leur lien — c'est bien pour cela que Rabbi Yossei les déclare susceptibles de touma. Mais pour Rabbi Yo'hanan qui dit qu'il les a réellement piétinées, pourquoi Rabbi Yossei les déclare-t-il susceptibles de touma ?

Rabbi Chimon ben Lakich a dit : puisqu'elles sont propres à retourner [le grain] avec la fourche.

📜 Rachi (1)
מִשּׁוּם הָכִי מְטַמֵּא רַבִּי יוֹסֵי דְּקָסָבַר מַעֲשֶׂה זוּטָא לֹא בָּטְלָה תּוֹרַת יָדוֹת מִינַּייְהוּ שָׁאַלְתִּי אֶת מוֹרִי מִגּוּפָהּ דְּמִשְׁנָה דְּמַיְיתִי אַגַּב גְּרָרָא בִּשְׁמַעְתִּין מִי שַׁיָּיךְ לְמִיתְנֵי גּוּפָא כִּדְגָר' בְּמֵימְרוֹת הָאָמוֹרָאִים וְאָמַר לִי רַבִּי מִשּׁוּם דְּהַךְ מִשְׁנָה מִן הַטְּהָרוֹת שֶׁאֵין מֵהֶם שׁוּם גְּמָרָא בָּעוֹלָם וְלֹא מְפֹורֶשֶׁת כִּשְׁאָר הַמִּשְׁנָיוֹת לְפִיכָךְ נוֹהֵג הַשַּׁ"ס לוֹמַר גּוּפָא כְּדֵי לְפָרֵשׁ:
Car il tient qu'un petit acte n'a pas ôté d'elles le statut de yadot. — J'ai demandé à mon maître : s'agissant d'une michna que la sougya a citée incidemment, convient-il d'enseigner « goufa », comme on le fait pour les énoncés des Amoraim ? Et mon maître m'a répondu : parce que cette michna appartient à l'ordre Taharot, dont il n'existe au monde aucune Guemara et qui n'est pas expliquée comme les autres michnayot — c'est pourquoi le Talmud a coutume de dire « goufa », afin de l'expliquer.
💡 Explication

Le problème est symétrique de celui du segment 4, mais pris cette fois du côté de Rabbi Yossei. Si bessassan n'est qu'un dénouement, on comprend que Rabbi Yossei ne s'en satisfasse pas : un geste aussi léger n'annule rien. Mais si l'on a vraiment piétiné, comment peut-il maintenir le statut de yad ?

Réponse : par l'argument de Rech Lakich déjà rencontré. Même piétinée, la paille sert encore à la fourche — l'acte est donc un maasse zouta, un acte insuffisant.

Rachi glisse ici une note méthodologique précieuse, recueillie de la bouche de son maître : si le Talmud emploie ici « goufa » pour une michna, contre son usage habituel, c'est que l'ordre Taharot n'a pas de Talmud — nul autre endroit ne viendra l'expliquer, il faut donc le faire ici.

9
אָמַר רַבִּי (אֱלִיעֶזֶר): לָמָּה נִמְשְׁלָה תְּפִלָּתָן שֶׁל צַדִּיקִים כְּעֶתֶר — לוֹמַר לְךָ: מָה עֶתֶר זֶה מְהַפֵּךְ אֶת הַתְּבוּאָה בַּגֹּורֶן מִמָּקוֹם לְמָקוֹם, אַף תְּפִלָּתָן שֶׁל צַדִּיקִים מְהַפֶּכֶת דַּעְתּוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מִמִּדַּת אַכְזָרִיּוּת לְמִדַּת רַחֲמָנוּת.

Rabbi (Eliezer) a dit : pourquoi la prière des justes a-t-elle été comparée à une fourche (eter) ? Pour te dire : de même que cette fourche retourne le grain sur l'aire, d'un endroit à l'autre, ainsi la prière des justes retourne la pensée du Saint béni soit-Il, de la mesure de rigueur à la mesure de miséricorde.

📜 Rachi (1)
לָמָּה נִמְשְׁלָה כו' אַגַּב דְּאָמַר הוֹאִיל וּרְאוּיוֹת לְהַפֵּךְ בְּעֶתֶר נְקַט נָמֵי הָא מִלְּתָא לָמָּה נִמְשְׁלָה כּוּ' דִּכְתִיב וַיֶּעְתַּר (אֶל ה') (בְּרֵאשִׁית כה, כא) וַיֵּעָתֶר לוֹ (שָׁם):
Puisqu'il vient de dire « puisqu'elles sont propres à être retournées avec la fourche (eter) », il rapporte aussi cet enseignement : « pourquoi a-t-elle été comparée... » — car il est écrit « Yits'haq implora (va-ye'tar) l'Éternel » (Genèse 25,21), et « et Il se laissa implorer (va-ye'ater) par lui » (ibid.).
🪔 Ben Yehoyada (2)
לָמָּה נִמְשְׁלָה תְּפִלָּתָן שֶׁל צַדִּיקִים כְּעֶתֶר? לוֹמַר לְךָ: מָה עֶתֶר זֶה, מְהַפֵּךְ אֶת הַתְּבוּאָה בַּגֹּרֶן מִמָּקוֹם לְמָקוֹם, אַף תְּפִלָּתָן שֶׁל צַדִּיקִים, מְהַפֶּכֶת מִדּוֹתָיו שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מִמִּדַּת רַגְזָנוּת לְמִדַּת רַחֲמָנוּת. נִרְאֶה לִי בס"ד הֵפֶךְ 'עֶתֶר' הוּא 'תַּעַר' כִּי הַמִּתְפַּלֵּל תְּפִילָּה שְׁלֵימָה שֶׁאֵינוֹ מַשְׁמִיט בָּהּ תֵּיבוֹת אוֹ אוֹתִיּוֹת אָז תְּפִלָּתוֹ דּוֹמָה לְעֶתֶר, שֶׁתִּהְיֶה מְהַפֶּכֶת מִדַּת הַדִּין לְמִדַּת הָרַחֲמִים כְּעֶתֶר זֶה שֶׁהוּא מְהַפֵּךְ אֶת הַתְּבוּאָה בַּגֹּורֶן, וְאִם אֵינוֹ מִתְפַּלֵּל תְּפִילָּה שְׁלֵימָה אֶלָּא מַשְׁלִיךְ וּמְאַבֵּד תֵּיבוֹת וְאוֹתִיּוֹת מִפִּיו, הֲרֵי זוֹ דּוֹמָה לְתַעַר שֶׁמְּאַבֵּד וּמַשְׁלִיךְ הַשְּׂעָרוֹת. וּבָזֶה יוּבַן בס"ד רָמַז הַכָּתוּב (קֹהֶלֶת ב, יד) 'הֶחָכָם עֵינָיו בְּרֹאשׁוֹ' כִּי ע תר אוֹת עַיִ"ן בְּרֹאשׁ תֵּיבָה, אַךְ ת ע ר אוֹת עַיִ"ן בְּאֶמְצַע תֵּיבָה, וְהֶחָכָם מִתְפַּלֵּל תְּפִילָּה שְׁלֵימָה שֶׁדּוֹמָה לְעֶתֶר שֶׁאוֹת עַיִ"ן בְּרֹאשׁ תֵּיבָה. וְהָא דְּנִרְמַז זֶה שֶׁל הִיפּוּךְ מִדַּת רַגְזָנוּת לְמִדַּת רַחֲמָנוּת בִּתְפִילַּת יִצְחָק, וְלֹא נִרְמַז בִּתְפִילַּת אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה שֶׁהוּא הָרִאשׁוֹן בִּתְפִילָּה שֶׁתִּיקֵּן תְּפִלַּת שַׁחֲרִית? נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה הוּא אָחוּז בְּמִדַּת הַחֶסֶד וְאֵין זֶה חִידּוּשׁ בִּתְפִלָּתוֹ לְהַפֵּךְ מִדַּת רַגְזָנוּת לְמִדַּת רַחֲמָנוּת, אֲבָל יִצְחָק אָבִינוּ ע"ה שֶׁהוּא דִּין וּגְבוּרָה יֵשׁ בּוֹ חִידּוּשׁ טְפֵי בְּעִנְיָן זֶה, שֶׁמְּהַפֵּךְ בִּתְפִילָּתוֹ מִדַּת רַגְזָנוּת לְמִדַּת רַחֲמָנוּת.
« Pourquoi la prière des justes a-t-elle été comparée à une fourche (eter) ? Pour te dire : de même que cette fourche retourne le grain sur l'aire d'un endroit à l'autre, ainsi la prière des justes retourne les midot du Saint béni soit-Il, de la mesure de colère (rogzanout) à la mesure de miséricorde. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'inverse de עתר (eter, la fourche) est תער (taar, le rasoir). Car celui qui prie une prière entière, sans en escamoter ni mots ni lettres — sa prière ressemble alors à la fourche, en ce qu'elle retourne la mesure de din (rigueur) en mesure de rahamim (miséricorde), comme cette fourche qui retourne le grain sur l'aire. Mais s'il ne prie pas une prière entière et laisse tomber et perdre de sa bouche des mots et des lettres, la voilà semblable au rasoir, qui perd et jette les cheveux. Par là se comprend, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset (Qohelet 2,14) « le sage a ses yeux dans sa tête » : car dans ע-ת-ר la lettre ayin est en tête du mot, tandis que dans ת-ע-ר la lettre ayin est au milieu du mot ; or le sage prie une prière entière, semblable à la fourche, où le ayin est en tête du mot. Et pourquoi ce renversement de la mesure de colère en mesure de miséricorde a-t-il été évoqué à propos de la prière de Yits'haq, et non à propos de la prière d'Avraham notre père, sur lui la paix, qui fut le premier dans la prière et institua la prière de cha'harit ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'Avraham notre père est attaché à la midat ha-'hessed (mesure de bonté), et qu'il n'y a donc pas de nouveauté dans sa prière à renverser la mesure de colère en mesure de miséricorde ; tandis que Yits'haq notre père, sur lui la paix, qui est din et guevoura (rigueur et puissance), il y a chez lui bien davantage de nouveauté en cette matière, lui qui renverse par sa prière la mesure de colère en mesure de miséricorde.
מְהַפֶּכֶת מִדּוֹתָיו שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מִמִּדַּת רַגְזָנוּת לְמִדַּת רַחֲמָנוּת. כֵּן הַגִּרְסָא בְּעֵין יַעֲקֹב. וְכָתוּב בְּסֵפֶר דִּקְִדּוּקֵי סוֹפְרִים, דְּכֵן הַגִּרְסָא בַּתַּלְמוּד כְּתָב יָד וְכֵן הִיא גַּם כֵּן בַּתַּלְמוּד הַדְּפוּס בַּגְּמָרָא דִּיבָמוֹת דַּף ס"ד ע"א וּגְרָסָהּ זֹאת הִיא יוֹתֵר נְכוֹנָה, עַיֵּין שָׁם. וּבְנֵי יְדִידִי כה"ר יַעֲקֹב הי"ו פֵּירֵשׁ, מָה עֶתֶר מְהַפֵּךְ הַתְּבוּאָה מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה וּמִלְמַעְלָה לְמַטָּה, כֵּן הַצַּדִּיקִים בִּתְפִילָּתָם הֵמָּה מַעֲלִין מ"ן [מִיַּיִן נֻוקְבִּין] מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה, וּמוֹרִידִין אוֹר מ"ד [מִיַּיִן דֻּוכְרִין] מִלְמַעְלָה לְמַטָּה, עַד כָּאן דְּבָרָיו. וְנִרְאֶה לִי בס"ד, הַהֶפְרֵשׁ בֵּין תְּפִלַּת הַצַּדִּיקִים לִתְפִילַּת עַמָּא דְּאַרְעָא הוּא בַּלֵּב כִּי הַנֻּוסָּח הוּא שָׁוֶה אֵצֶל הַכֹּל וְרַק הַצַּדִּיקִים יֵשׁ לָהֶם טֹוהַר לֵב וְכַוָּנָה בִּתְפִילָּתָם, וְעַמָּא דְּאַרְעָא אֵין מְכַווְּנִים לַבֵּן בִּתְפִלָּה אֶלָּא לִבָּם יַחְשֹׁוב בִּדְבָרִים אֲחֵרִים וְהוּא נִפְרָד מִן הַתְּפִלָּה, וְלָכֵן הַצַּדִּיקִים מְהַפְּכִין בִּתְפִילָּתָם מִדַּת רֹוגֶז לְמִדַּת רֶחֶם, וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (חֲבַקּוּק ג, ב) 'בְּרַגָּז רַחֵם תִּזְכֹּור' כִּי עַל יְדֵי שֶׁהֵם מְחַבְּרִים לֵב שֶׁלָּהֶם בְּדִבְרֵי הַתְּפִלָּה, בָּזֶה יִתְחַבֵּר מִסֵּפֶר לֵב [32] עִם מִסְפַּר רֹוגֶז [216] וְיִהְיֶה סַךְ הַכֹּל מִסְפַּר רֶחֶם [248] , אַךְ הַהַפְכִּיִּים אֲשֶׁר מַפְרִידִים לֵב שֶׁלָּהֶם מִן הַתְּפִלָּה לֹא יִתְחַבֵּר מִסְפַּר לֵב עִם מִסְפַּר רֹוגֶז לִהְיוֹת מִסְפָּר אֶחָד שֶׁהוּא רֶחֶם, אֶלָּא יִשָּׁאֵר זֶה בִּפְנֵי עַצְמוֹ וְזֶה בִּפְנֵי עַצְמוֹ וְנַעֲשָׂה 'לֵב רֹוגֶז'. וּבָזֶה יוּבַן מַה שֶׁאָמַר בַּתּוֹכֵחָה (דְּבָרִים כח, סה) 'וְנָתַן ה' לְךָ שָׁם לֵב רַגָּז' רוֹצֶה לוֹמַר שֶׁלֹּא יִתְחַבֵּר מִסְפַּר לֵב עִם רֹוגֶז שֶׁיִּהְיֶה מִסְפַּר רֶחֶם, וְלָכֵן אָמַר כָּאן מְהַפְּכִים מִדּוֹתָיו שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מִמִּדַּת רַגְזָנוּת לְמִדַּת רַחֲמָנוּת, שֶׁיִּהְיֶה הָרֹוגֶז מִסְפַּר רֶחֶם.
« Retourne les midot du Saint béni soit-Il, de la mesure de colère à la mesure de miséricorde. » Telle est la leçon du Ein Yaakov. Et il est écrit dans le Diqdouqei Soferim que telle est aussi la leçon du Talmud manuscrit, et qu'elle se trouve également dans le Talmud imprimé, dans la Guemara de Yevamot 64a — et cette leçon est plus juste ; voir là. Mon fils bien-aimé, le rav Yaakov (que Dieu le garde), a expliqué : de même que la fourche retourne le grain de bas en haut et de haut en bas, ainsi les justes, par leur prière, font monter les mayin noukvin (les eaux féminines) de bas en haut, et font descendre la lumière des mayin doukhrin (les eaux masculines) de haut en bas — fin de ses propos. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que la différence entre la prière des justes et la prière du commun des hommes tient au cœur : car le texte est le même pour tous, et seuls les justes ont la pureté du cœur et la kavana (intention) dans leur prière, tandis que le commun des hommes ne dirige pas son cœur dans la prière — son cœur pense à d'autres choses et il se trouve séparé de la prière. C'est pourquoi les justes renversent par leur prière la mesure de roguez (colère) en mesure de rahem (miséricorde), selon ce qui est dit (Habaquq 3,2) « dans la colère souviens-toi d'avoir pitié (be-roguez rahem tizkor) » : car en unissant leur cœur aux paroles de la prière, ils joignent la valeur numérique de lev (cœur) [32] à celle de roguez [216], et le total donne la valeur de rahem [248]. Mais ceux qui font l'inverse, qui séparent leur cœur de la prière, ne joignent pas la valeur de lev à celle de roguez pour n'en faire qu'un seul nombre, qui serait rahem ; l'un reste de son côté et l'autre du sien, et il se forme un « cœur en colère » (lev raguez). Par là se comprend ce qui est dit dans les remontrances (Deutéronome 28,65) « et l'Éternel te donnera la un cœur en colère (lev raguez) » — c'est-à-dire que la valeur de lev ne se joindra pas à celle de roguez pour former la valeur de rahem. Et c'est pourquoi il est dit ici qu'ils renversent les midot du Saint béni soit-Il, de la mesure de colère à la mesure de miséricorde : que le roguez devienne la valeur de rahem.
💡 Explication

Digression aggadique, accrochée au seul mot eter. Le lien est verbal, et Rachi l'explicite : la racine עתר donne à la fois la fourche et le verbe de la prière — « Yits'haq implora (va-ye'tar) l'Éternel pour sa femme » (Genèse 25,21).

L'image est forte. La prière du juste ne persuade pas Dieu par des arguments : elle retourne, comme la fourche retourne le grain. Rien de nouveau n'est apporté ; ce qui était en bas passe en haut. La mesure de rigueur devient mesure de miséricorde.

Le Ben Ich Haï y ajoute deux lectures : le renversement des lettres — עתר à l'endroit, תער (le rasoir) à l'envers, selon que la prière est entière ou escamotée ; puis le calcul de lev (32) joint à roguez (216), qui donne rahem (248) — le cœur uni à la prière est exactement ce qui transforme la colère en pitié.

🖼️ Schéma
La prière comme fourche : le renversement Rabbi Elazar, et les deux lectures du Ben Ich Haï sur ce même enseignement Le grain sur l'aire La fourche prend ce qui est en bas et le porte en haut, encore et encore. Rien n'est ajouté -- tout est retourné. eter = la fourche, va-ye-tar = il implora La pensée divine La prière du juste ne change pas le décret en argumentant : elle le retourne. rigueur devient miséricorde le modèle est Yits haq, homme de din Ben Ich Haï, première lecture eter à l'endroit, taar à l'envers : le rasoir. Prière entière = la fourche qui retourne. Mots avalés = le rasoir qui jette et perd. Ben Ich Haï, seconde lecture Le texte est le même pour tous ; seul le cœur sépare le juste du priant distrait. Joindre son cœur, c'est joindre les nombres. Le calcul du Ben Ich Haï lev = 32 + roguez = 216 = rahem = 248 Cœur joint à la prière : la colère devient pitié. Cœur séparé : il ne reste qu'un lev raguez.
Le retournement : de la fourche sur l'aire à la prière de Yits'haq, avec les deux lectures du Ben Ich Haï.
10
מַתְנֵי׳ מְסַכְּכִין בִּנְסָרִים, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה, וְרַבִּי מֵאִיר אוֹסֵר. נָתַן עָלֶיהָ נֶסֶר שֶׁהוּא רָחָב אַרְבָּעָה טְפָחִים — כְּשֵׁרָה, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִישַׁן תַּחְתָּיו.

MICHNA. On peut couvrir [la soukka] avec des planches — telle est la parole de Rabbi Yehouda ; et Rabbi Meir l'interdit.

S'il a posé dessus une planche large de quatre tefahim, [la soukka] est kachère, à condition qu'il ne dorme pas dessous.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' מְסַכְּכִין בִּנְסָרִים בִּגְמָרָא מְפָרֵשׁ פְּלֻוגְתַּייְהוּ:
La Guemara expliquera en quoi consiste leur controverse.
נָתַן עָלֶיהָ נֶסֶר שֶׁהוּא רָחָב אַרְבָּעָה בַּגְּמָרָא מְפָרֵשׁ מַאן קָתָנֵי לָהּ:
La Guemara expliquera qui enseigne cette clause.
וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִישַׁן תַּחְתָּיו דְּנֶסֶר רָחָב ד' סְכָךְ פָּסוּל הוּא כִּדְאָמַר בַּגְּמָרָא לְרַב אַלִּיבָּא דְר' מֵאִיר וְלִשְׁמוּאֵל לְדִבְרֵי הַכֹּל וְסֻוכָּה כְּשֵׁרָה וּכְגוֹן דְּיַהְבֵּיהּ אֵצֶל הַדֹּופֶן דִּסְכָךְ פָּסוּל אֵינוֹ פּוֹסֵל מִן הַצַּד אֶלָּא בְּד' אַמּוֹת דְּאָמְרִינַן דֹּופֶן עֲקֻומָּה:
Car une planche large de quatre est un sekhakh passoul, comme la Guemara le dira — pour Rav selon Rabbi Meir, et pour Chemouel de l'avis de tous. Et pourtant la soukka reste kachère : il s'agit du cas où il l'a posée le long de la paroi, car un sekhakh passoul placé sur le côté n'invalide qu'à partir de quatre coudées, puisque nous disons dofen akouma (« la paroi recourbée »).
💡 Explication

Nouvelle michna, nouveau sujet : peut-on couvrir la soukka avec des nessarim, des planches de charpente ? Rabbi Yehouda l'autorise, Rabbi Meir l'interdit. La michna ne précise pas de quelles planches il s'agit — c'est précisément ce que la Guemara va chercher.

La seconde clause paraît contradictoire : une planche de quatre tefahim est admise, et pourtant on ne dort pas dessous. Rachi dénoue : la soukka reste valide grâce au principe de dofen akouma — un sekhakh invalide placé le long d'une paroi est traité comme un prolongement recourbé de cette paroi, jusqu'à quatre coudées. Mais ce qui est sous la planche n'est pas couvert par du sekhakh kacher : on ne s'y acquitte pas.

🖼️ Schéma
Une planche de 4 tefahim dans la soukka : pourquoi elle est tolérée Coupe de la soukka -- explication de Rachi sur la fin de la michna planche de 4 tefahim sekhakh passoul sekhakh kacher paroi zone sous la planche on n'y dort pas dofen akouma : la paroi est réputée se recourber jusque là on s'assied et on dort ici la soukka est kachère Deux règles distinctes, à ne pas confondre 1. La soukka reste valide : un sekhakh passoul placé sur le côté n'invalide qu'à partir de quatre coudées (dofen akouma). 2. Mais on ne s'acquitte pas sous lui : le lieu couvert par la planche n'est pas couvert par du sekhakh kacher.
Dofen akouma : la soukka reste valide, mais l'espace sous la planche n'est pas un espace de soukka.
11
גְּמ׳ אָמַר רַב: מַחְלֹוקֶת בִּנְסָרִין שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה, דְּרַבִּי מֵאִיר אִית לֵיהּ גְּזֵרַת תִּקְרָה, וְרַבִּי יְהוּדָה לֵית לֵיהּ גְּזֵרַת תִּקְרָה. אֲבָל בִּנְסָרִין שֶׁאֵין בָּהֶן אַרְבָּעָה — דִּבְרֵי הַכֹּל כְּשֵׁרָה. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: בְּשֶׁאֵין בָּהֶן אַרְבָּעָה מַחֲלֹוקֶת, אֲבָל יֵשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה — דִּבְרֵי הַכֹּל פְּסוּלָה.

GUEMARA. Rav a dit : la controverse porte sur des planches larges de quatre [tefahim] — Rabbi Meir tient le décret du plafond (guezerat tikra), et Rabbi Yehouda ne le tient pas ; mais pour des planches de moins de quatre, tout le monde s'accorde qu'elle est kachère.

Et Chemouel a dit : la controverse porte sur celles qui n'ont pas quatre ; mais si elles ont quatre, tout le monde s'accorde qu'elle est passoul.

📜 Rachi (5)
גְּמ' מַחֲלֹוקֶת בִּנְסָרִים שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה שֶׁרֹוב תִּקְרוֹת הַבַּיִת עֲשׂוּיוֹת מֵהֶן:
Car la plupart des plafonds de maison sont faits de telles planches.
ר' מֵאִיר דִּפְסִיל אִית לֵיהּ גְּזֵרַת תִּקְרָה אִי מַכְשֶׁרֶת בְּהוּ אָתֵי לְמֵימַר מַה לִי לְסַכֵּךְ בְּאֵלּוּ מַה לִי לֵישֵׁב תַּחַת קוֹרוֹת בֵּיתִי אַף הִיא בִּנְסָרִים מְקֹורֶה וְהַהוּא וַדַּאי פָּסוּל דְּסֻוכָּה אֲמַר רַחֲמָנָא וְלֹא בֵּיתוֹ שֶׁל כָּל יְמוֹת הַשָּׁנָה:
Qui invalide : il tient le décret du plafond. Si tu déclares valides de telles planches, on en viendra à dire : quelle différence y a-t-il entre couvrir avec celles-ci et m'asseoir sous les poutres de ma maison ? Elle aussi est couverte de planches ! Or cela est assurément passoul, car la Torah a dit « soukka » — et non la maison où l'on habite toute l'année.
אֲבָל בִּנְסָרִים שֶׁאֵין בָּהֶם ד' שֶׁאֵין רֹוב תִּקְרוֹת עֲשׂוּיוֹת מֵהֶן:
Car la plupart des plafonds n'en sont pas faits.
דִּבְרֵי הַכֹּל כְּשֵׁרָה דְּלָא דָּמֵי לַתִּקְרָה דְּלִגְזֹור בְּהוּ:
Car cela ne ressemble pas assez à un plafond pour qu'on décrète à leur sujet.
בְּשֶׁאֵין בָּהֶן ד' מַחֲלֹוקֶת בְּהַהוּא מַכְשַׁר ר' יְהוּדָה מִשּׁוּם דְּאֵין רֹוב תִּקְרוֹת עֲשׂוּיוֹת מֵהֶן לָא גָּזְרִינַן בְּהוּ וְר' מֵאִיר חָיֵישׁ לְמִיעוּט שֶׁיֵּשׁ מִיעוּט הָעוֹשִׂין תִּקְרָה מֵהֶן:
Dans ce cas, Rabbi Yehouda valide, parce que la plupart des plafonds n'en sont pas faits — on ne décrète donc pas à leur sujet ; et Rabbi Meir tient compte de la minorité, car il existe une minorité de gens qui en font des plafonds.
💡 Explication

Voici l'enjeu, tel que Rachi le formule : si l'on tolère un toit de planches, on ne verra plus la différence entre s'asseoir sous une soukka et s'asseoir sous le plafond de sa propre maison. La Torah a dit soukka — non la maison de toute l'année. C'est le guezerat tikra, le décret du plafond.

Rav et Chemouel situent la mahloket à l'exact opposé l'un de l'autre. Pour Rav, elle ne concerne que les planches de quatre tefahim, la largeur standard des plafonds ; en dessous, tout le monde valide. Pour Chemouel, elle ne concerne que celles de moins de quatre ; à quatre, tout le monde invalide — et la position de Rabbi Meir s'explique par le fait qu'il tient compte d'une minorité de gens qui font des plafonds avec des planches étroites.

12
אֵין בָּהֶן אַרְבָּעָה, וַאֲפִילּוּ פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה, הָא קָנִים בְּעָלְמָא נִינְהוּ?

Elles n'ont pas quatre — et même moins de trois ?! Mais ce ne sont là que de simples roseaux !

📜 Rachi (3)
אֵין בָּהֶן אַרְבָּעָה קָפְסִיל ר' מֵאִיר:
C'est là que Rabbi Meir invalide.
אֲפִילּוּ בִּפְחוּתוֹת מִשָּׁלֹשׁ בִּתְמִיהַּ:
Question posée sur le ton de l'étonnement.
הָא קָנִים בְּעָלְמָא נִינְהוּ וא"כ בְּמַאי מַכְשַׁר:
Et s'il en est ainsi, avec quoi validerait-il donc ?
💡 Explication

Objection contre Chemouel. S'il étend la mahloket à toutes les planches de moins de quatre tefahim, alors Rabbi Meir interdirait même celles de deux tefahim, voire moins. Or à cette largeur, ce ne sont plus des planches : ce sont de simples roseaux, c'est-à-dire la matière même dont on fait normalement le sekhakh.

Rachi pousse la question à sa pointe : il ne resterait alors plus rien avec quoi Rabbi Meir puisse valider une soukka.

13
אָמַר רַב פָּפָּא, הָכִי קָאָמַר: יֵשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה — דִּבְרֵי הַכֹּל פְּסוּלָה, פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה — דִּבְרֵי הַכֹּל כְּשֵׁרָה, מַאי טַעְמָא — קָנִים בְּעָלְמָא נִינְהוּ. כִּי פְּלִיגִי, מִשְּׁלֹשָׁה עַד אַרְבָּעָה. מַר סָבַר: כֵּיוָן דְּלֵיתַנְהוּ שִׁיעוּר מָקוֹם, לָא גָּזְרִינַן. וּמַר סָבַר: כֵּיוָן דְּנָפְקִי לְהוּ מִתּוֹרַת לָבוּד, גָּזְרִינַן.

Rav Papa a dit : voici ce qu'[il] veut dire. Si elles ont quatre — tout le monde s'accorde qu'elle est passoul.

Moins de trois — tout le monde s'accorde qu'elle est kachère ; quelle en est la raison ? Ce ne sont que de simples roseaux.

Là où ils divergent, c'est de trois à quatre. L'un tient : puisqu'elles n'atteignent pas la mesure d'un lieu, on ne décrète pas.

Et l'autre tient : puisqu'elles sont sorties de la règle du lavoud, on décrète.

📜 Rachi (4)
א"ר פָּפָּא הָכִי קָאָמַר שְׁמוּאֵל יֵשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה דִּבְרֵי הַכֹּל פְּסוּלָה כו':
Chemouel veut dire : si elles ont quatre, tout le monde s'accorde qu'elle est passoul, etc.
שִׁיעוּר מָקוֹם דְּאֵין רְשׁוּת בְּפָחוֹת מֵאַרְבָּעָה:
Car il n'y a pas de « domaine » en deçà de quatre.
לָא גָּזְרִינַן מִשּׁוּם תִּקְרָה דְּלָא חֲשִׁיבִי לַעֲשׂוֹת תִּקְרָה מֵהֶן:
À cause du plafond : elles ne sont pas assez importantes pour qu'on en fasse un plafond.
כֵּיוָן דְּנָפְקִי מִתּוֹרַת לָבוּד שֶׁאִם הָיָה אֲוִיר בְּמָקוֹם אֶחָד מֵהֶם לָא מָצֵי לְמֵימַר לָבוּד חֲשִׁיבִי לִהְיוֹת דּוֹמוֹת לַתִּקְרָה וְגָזְרִי':
Car si un vide se trouvait à l'emplacement de l'une d'elles, on ne pourrait pas dire lavoud — elles sont donc assez importantes pour ressembler à un plafond, et l'on décrète.
💡 Explication

Rav Papa sauve Chemouel en resserrant sa position : la mahloket ne descend pas jusqu'aux planchettes, elle se loge dans une bande étroite, entre trois et quatre tefahim.

Chaque tanna raisonne alors à partir d'un seuil différent. Rabbi Yehouda regarde vers quatre : en dessous de quatre, il n'y a pas de chiour makom, pas de mesure constituant un « lieu » (Rachi : pas de domaine) — rien donc qui puisse évoquer un plafond. Rabbi Meir regarde vers trois : le lavoud, cette fiction qui traite comme plein tout vide de moins de trois tefahim, ne s'applique plus. À partir de trois, la planche a une existence propre, une surface qui compte — elle ressemble déjà assez à un plafond pour que l'on décrète.

🖼️ Schéma
La zone litigieuse : de trois à quatre tefahim Deux seuils différents, et chaque tanna raisonne à partir du sien 3 tefahim 4 tefahim de simples roseaux zone de la mahloket largeur des vrais plafonds kacher pour tous R. Yehouda oui / R. Meir non passoul pour tous Rabbi Yehouda regarde vers 4 En dessous de 4 tefahim, il n'y a pas de mesure de lieu : pas de domaine, pas de surface qui compte comme un endroit à part entière. Donc rien qui évoque un plafond -- pas de décret. Rabbi Meir regarde vers 3 Le lavoud ne comble que les vides de moins de 3. À partir de 3, la planche a une existence propre : on ne peut plus la traiter comme du vide comblé. Donc elle ressemble déjà à un plafond -- on décrète. Ce que Rav Papa a gagné Chemouel ne dit plus une absurdité : la mahloket ne descend pas jusqu'aux planchettes de deux tefahim.
Deux seuils, deux raisonnements : Rabbi Yehouda argumente depuis 4 tefahim, Rabbi Meir depuis 3.
14
תְּנַן: נָתַן עָלֶיהָ נֶסֶר שֶׁהוּא רָחָב אַרְבָּעָה טְפָחִים — כְּשֵׁרָה, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִישַׁן תַּחְתָּיו. בִּשְׁלָמָא לִשְׁמוּאֵל דְּאָמַר בְּשֶׁאֵין בָּהֶן אַרְבָּעָה מַחֲלֹוקֶת, אֲבָל יֵשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה דִּבְרֵי הַכֹּל פְּסוּלָה, מִשּׁוּם הָכִי לָא יִישַׁן תַּחְתָּיו. אֶלָּא לְרַב דְּאָמַר בְּשֶׁיֵּשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה מַחְלֹוקֶת, אֲבָל אֵין בָּהֶן אַרְבָּעָה דִּבְרֵי הַכֹּל כְּשֵׁרָה, לְרַבִּי יְהוּדָה אַמַּאי לֹא יִישַׁן תַּחְתָּיו?

Nous avons appris : « s'il a posé dessus une planche large de quatre tefahim, elle est kachère, à condition qu'il ne dorme pas dessous ». Soit, pour Chemouel qui dit que la controverse porte sur celles qui n'ont pas quatre, mais que si elles ont quatre tout le monde s'accorde qu'elle est passoul — c'est pour cette raison qu'il ne dormira pas dessous.

Mais pour Rav qui dit que la controverse porte sur celles qui ont quatre, tandis que si elles n'ont pas quatre tout le monde s'accorde qu'elle est kachère — selon Rabbi Yehouda, pourquoi ne dormirait-il pas dessous ?

📜 Rachi (1)
תְּנַן נָתַן עָלֶיהָ נֶסֶר כּוּ' קָא סָלְקָא דַּעְתֵּיהּ דִּבְרֵי הַכֹּל הִיא וּכְשֵׁרָה וּכְגוֹן שֶׁנְּתָנוֹ מִן הַצַּד דְּאָמְרִינַן דֹּופֶן עֲקֻומָּה וְלָא חֲשִׁיב סְכָךְ לְמִיפַּסְלָה:
On pense d'abord que cette clause fait l'unanimité et que la soukka est kachère : il s'agirait du cas où il l'a posée sur le côté, où nous disons dofen akouma, et où elle n'est pas comptée comme un sekhakh qui l'invaliderait.
💡 Explication

Première tentative de trancher entre Rav et Chemouel, à partir de la michna elle-même. L'interdiction de dormir sous la planche de quatre suppose qu'elle est un sekhakh invalide. Cela colle parfaitement à Chemouel, pour qui quatre tefahim invalident de l'avis de tous.

Mais pour Rav, quatre tefahim font justement l'objet du désaccord : Rabbi Yehouda les autorise. Si la michna fait l'unanimité, on ne comprend plus pourquoi Rabbi Yehouda interdirait d'y dormir.

15
מִי סָבְרַתְּ דִּבְרֵי הַכֹּל הִיא? סֵיפָא אֲתָאן לְרַבִּי מֵאִיר.

Penses-tu que ce soit l'avis de tous ? La fin [de la michna] — nous en sommes venus à Rabbi Meir.

💡 Explication

La preuve est écartée par un procédé classique : la seifa (la clause finale) n'est pas de la même main que la reicha. La michna a changé de locuteur en cours de route ; l'interdiction de dormir sous la planche est de Rabbi Meir seul.

Rien ne se décide donc entre Rav et Chemouel à partir de ce texte. Il faut chercher ailleurs — d'où la nouvelle tentative du segment suivant.

16
תָּא שְׁמַע: שְׁנֵי סְדִינִין מִצְטָרְפִין.

Viens et entends : deux draps se combinent.

📜 Rachi (1)
שְׁנֵי סְדִינִין מִצְטָרְפִין לְאַרְבָּעָה טְפָחִים לִפְסֹול בְּסֻוכָּה מִשּׁוּם סְכָךְ פָּסוּל שֶׁסִּיכֵּךְ בְּדָבָר הַמְקַבֵּל טֻומְאָה וּסְכָךְ פָּסוּל בָּאֶמְצַע פּוֹסֵל בְּאַרְבָּעָה:
Pour atteindre quatre tefahim et invalider la soukka au titre du sekhakh passoul, puisqu'il a couvert avec un objet susceptible de recevoir la touma ; et un sekhakh passoul placé au milieu invalide dès quatre tefahim.
💡 Explication

Le folio se termine sur l'ouverture d'une seconde preuve, dont la discussion occupera le début de 14b. La baraita enseigne que deux draps posés sur le toit s'additionnent : chacun pris isolément ne mesure pas quatre tefahim, mais ensemble ils atteignent le seuil qui invalide.

Rachi précise les deux raisons de l'invalidité : un drap est un objet mekabel touma (susceptible de recevoir l'impureté), donc impropre au sekhakh ; et placé au milieu du toit — non le long d'une paroi — il n'a pas le bénéfice du dofen akouma, de sorte que quatre tefahim suffisent à invalider.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).