Sukkah 14b — Les planches sur la soukka : combiner en tefahim ou en amot, et la planche retournée sur sa tranche

Sukkah 14b

Sougya : Ce folio poursuit et épuise la mahloket ouverte en 14a entre Rav et Chemouel sur la largeur des planches qui invalident le sekhakh. La baraita citée à la fin du folio précédent — deux draps se combinent, deux planches non — se lit sans peine chez Chemouel, où combiner signifie atteindre quatre tefahim ; chez Rav elle devient inintelligible, puisque à quatre tefahim chaque planche invalide déjà seule, et qu'en deçà ce sont de simples roseaux.

La Guemara sauve Rav en changeant d'unité : les planches se combinent non pas en tefahim mais jusqu'à quatre amot le long d'une paroi, là où s'arrête la dofen akouma. Une seconde recension redistribue la difficulté : chez Rav, c'est désormais Rabbi Yehouda qui parle étrangement, et la réponse est stylistique — il reprend simplement le mot de son contradicteur.

La discussion ne se tranche pas, car chacun a sa baraita. Celle de Rav place le désaccord au-dessus de quatre tefahim et rapporte le souvenir du temps du danger, où l'on couvrit une terrasse de planches larges — souvenir écarté, car on ne prouve rien à partir d'une conduite de persécution.

Celle de Chemouel place le désaccord en dessous de quatre, et ajoute deux concessions croisées : l'alternance planche / pessel sauve la soukka, et la planche unique posée sur le côté la laisse valide sans qu'on puisse dormir dessous. La dernière partie du folio pose une question de principe : que devient une planche invalidante retournée sur sa tranche, où la largeur exposée retombe sous trois tefahim ?

Rav H'isda et Rabba bar Rav Houna la valident — la cause était le décret du plafond, et l'apparence de plafond a disparu. Rav Houna l'invalide, et Rav Nahman le confirme à Soura par une formule décisive : elles sont devenues comme des broches de métal.

Suit un bref échange sur la transmission, puis une tentative d'appuyer Rav Houna par une baraita, écartée au moyen d'un autre cas de figure — la planche posée à l'entrée, là où aucune paroi ne peut la couvrir et où le tefah qui déborde compte quand même, par la règle du pessel qui sort de la soukka. Tossefot et le Roch tirent de tout cela que la halakha suit Chemouel, contre la règle ordinaire qui fait suivre Rav en matière d'interdits.

Le fil du folio : une baraita à deux lectures, puis deux baraitot qui se contredisent Rav et Chemouel s'affrontent depuis 14a sur la largeur des planches ; tout le folio cherche laquelle des deux lectures tient Segments 0 à 3 -- la preuve ouverte à la fin de 14a : deux draps se combinent, deux planches non Pour Chemouel, mitstarfin veut dire : se combiner pour atteindre quatre tefahim de sekhakh passoul. Lecture immédiate. Pour Rav, la phrase devient inintelligible : à quatre tefahim chaque planche invalide seule, en deçà ce sont de simples roseaux. Sauvetage : mitstarfin ne parle pas de quatre tefahim mais de quatre amot -- la limite de la dofen akouma sur le côté. Segments 4 à 5 -- lichna aharina : la même réponse déplacée chez Chemouel Seconde version : chez Chemouel déjà, mitstarfin signifie quatre amot sur le côté. Chez Rav, Rabbi Meir se comprend ; c'est Rabbi Yehouda qui devient étrange : que nierait-il, si les planches sont kachères ? Réponse de style : ayant entendu mitstarfin dans la bouche de Rabbi Meir, il répond par ein mitstarfin. Simple écho. Segments 6 à 9 -- chacun a sa baraita : tania kevatei de-Rav, tania kevatei de-Chemouel Baraita de Rav : moins de quatre, tous valident ; à quatre, Rabbi Meir invalide et Rabbi Yehouda valide. Elle porte le souvenir du temps du danger : des planches de quatre posées sur une terrasse -- écarté comme preuve. Baraita de Chemouel : à quatre, tous invalident ; en deçà, Rabbi Meir invalide et Rabbi Yehouda valide. Elle ajoute deux concessions symétriques : l'alternance planche / pessel, et la planche unique posée sur le côté. Segments 10 à 12 -- la planche retournée sur sa tranche Rav Houna invalide, Rav H isda et Rabba bar Rav Houna valident : la largeur exposée est retombée sous trois tefahim. Rav Nahman, de passage à Soura, tranche comme Rav Houna : elles sont devenues comme des broches de métal. Suit un échange de maison d'étude sur la transmission : as-tu donné la raison, ou l'as-tu seulement affirmée ? Segments 13 à 14 -- une baraita au secours de Rav Houna, puis réinterprétée Une planche large de quatre dont trois seulement entrent dans la soukka : elle invalide. Serait-ce la planche retournée ? Non : elle est posée à l'entrée, là où il n'y a pas de paroi -- donc pas de dofen akouma pour la sauver. Le tefah qui dépasse compte quand même, par la règle pessel ha-yotse min ha-soukka nidon ke-soukka. La preuve tombe.
Le mouvement d ensemble du folio : la baraita des draps et des planches, sa double lecture, les deux baraitot rivales, puis la planche retournée sur sa tranche.
La largeur de la planche : trois lectures, deux baraitot Tout se joue sur une échelle de largeurs, du roseau au plafond Échelle des largeurs (en tefahim) moins de 3 de 3 à 4 4 et plus encore dans le lavoud sorti du lavoud, pas encore un lieu mesure d'un lieu : chiour makom Rav Moins de 4 : de l'avis de tous kacher. À 4 : Rabbi Meir invalide (guezerat tikra), Rabbi Yehouda valide. La mahloket est logée tout en haut de l'échelle. Chemouel À 4 : de l'avis de tous passoul. En dessous de 4 : Rabbi Meir invalide, Rabbi Yehouda valide. La mahloket est logée en dessous de la barre des quatre tefahim. Rav Papa relit Chemouel (14a) Moins de 3 : tous valident, ce sont des roseaux. À 4 : tous invalident. La mahloket se resserre entre 3 et 4. Rabbi Yehouda : pas encore la mesure d'un lieu, donc pas de décret. Rabbi Meir : sorti du lavoud, donc décret. Baraita conforme à Rav (seg. 7 à 8) Planches de cèdre sans 4 : tous valident. Avec 4 : Rabbi Meir invalide, Rabbi Yehouda valide. Récit du temps du danger : écarté, on ne prouve pas à partir d'une conduite de persécution. Baraita conforme à Chemouel (seg. 9) Avec 4 : tous invalident. Sans 4 : Rabbi Meir invalide, Rabbi Yehouda valide. Deux concessions : alternance planche / pessel, et planche unique sur le côté où l'on ne dort pas.
Rav, Chemouel et Rav Papa placés sur la même échelle de largeurs, avec les deux baraitot qui viennent appuyer chacun des deux camps.
Où se trouve le sekhakh passoul : la géographie qui commande tout le folio Le même morceau de sekhakh invalide ne pèse pas pareil selon qu'il touche une paroi ou non Au milieu passoul Chemouel : invalide dès 4 tefahim. Aucune paroi pour l'absorber. Sur le côté, le long d'une paroi passoul Jusqu'à 4 amot : dofen akouma, la paroi est réputée se couder par-dessus. À l'entrée, là où il n'y a pas de paroi 3 dedans + 1 dehors Pas de paroi, donc pas de dofen akouma. Le tefah extérieur compte : les 4 sont là. Trois règles qui reviennent sans cesse dans le folio 1. Guezerat tikra -- le décret du plafond : une planche large ressemble à un toit de maison ; on craint qu'on ne finisse par s'asseoir sous son propre plafond en croyant être dans une soukka. C'est le moteur de Rabbi Meir. 2. Dofen akouma -- la paroi coudée : jusqu'à 4 amot, le sekhakh passoul qui longe une paroi est vu comme un prolongement de cette paroi qui se serait couchée. La soukka reste kachère, mais on ne dort pas sous cette zone. 3. Lavoud -- jusqu'à 3 tefahim, un écart est réputé bouche. En dessous de 3, la planche n'est pas encore un objet distinct ; à partir de 4, elle occupe la mesure d'un lieu. Entre les deux, la zone grise de Rav Papa.
La position du sekhakh passoul commande son effet : au milieu, sur le côté le long d une paroi, ou à l entrée sans paroi. Plus les trois règles techniques du folio.
1
שְׁנֵי נְסָרִין אֵין מִצְטָרְפִין. רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: אַף נְסָרִין כִּסְדִינִין.

Deux planches ne se combinent pas. Rabbi Meir dit : les planches aussi sont comme les draps.

📜 Rachi (1)
שְׁנֵי נְסָרִים אֵין מִצְטָרְפִין לְפָוסְלָהּ דַּאֲפִילּוּ כֻּולָּהּ מְסֻוכֶּכֶת בָּהֶן כְּשֵׁרָה וְר' יְהוּדָה הִיא:
Pour l'invalider — car même si elle est entièrement couverte de planches, elle est kachère ; et c'est là l'avis de Rabbi Yehouda.
💡 Explication

Le folio s'ouvre au milieu de la citation commencée à la fin de 14a. La Guemara y cherchait une preuve dans une baraita : deux draps se combinent — deux draps étroits posés sur le sekhakh s'additionnent pour former les quatre tefahim de sekhakh invalide qui rendent la soukka passoule. Voici la suite : deux planches ne se combinent pas.

Rachi identifie aussitôt le locuteur de cette première partie : c'est Rabbi Yehouda, qui n'admet pas le décret du plafond. Pour lui, la planche n'est pas du tout un sekhakh invalide — on pourrait même couvrir toute la soukka de planches. Rien à combiner, donc. Rabbi Meir, lui, aligne les planches sur les draps.

2
בִּשְׁלָמָא לִשְׁמוּאֵל דְּאָמַר בְּשֶׁאֵין בָּהֶן אַרְבָּעָה מַחֲלֹוקֶת, אֲבָל יֵשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה דִּבְרֵי הַכֹּל פְּסוּלָה, מַאי ״מִצְטָרְפִין״ — מִצְטָרְפִין לְאַרְבָּעָה.

Soit, selon Chemouel, qui dit que la mahloket (le désaccord) porte sur des planches qui n'ont pas quatre [tefahim], tandis que si elles ont quatre, de l'avis de tous elle est passoule (invalide) : que signifie « elles se combinent » ? Elles se combinent pour [atteindre] quatre [tefahim].

📜 Rachi (1)
בִּשְׁלָמָא לִשְׁמוּאֵל כו' נוֹקְמָא לְהַךְ פְּלוּגְתָּא נָמֵי בְּשֶׁאֵין בָּהֶן ד' וְקָאָמַר רַבִּי יְהוּדָה שְׁנֵי נְסָרִים שֶׁל שְׁלֹשָׁה טְפָחִים ואע"ג דְּנָפֵיק מִתּוֹרַת לָבוּד אֵין מִצְטָרְפִין לְפָוסְלָהּ שֶׁאַף כֻּולָּהּ מְסַכְּכִין בָּהֶן וְרַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר נְסָרִים מִצְטָרְפִין לְאַרְבָּעָה אִם בְּאֶמְצַע סֻוכָּה הֵן לְפָוסְלָהּ:
Nous établissons ce désaccord-ci, lui aussi, dans le cas où les planches n'ont pas quatre tefahim. Rabbi Yehouda dit alors : deux planches de trois tefahim — et bien qu'elles soient sorties de la règle du lavoud — ne se combinent pas pour l'invalider, car on pourrait même couvrir toute la soukka avec elles. Et Rabbi Meir dit : les planches se combinent pour atteindre quatre tefahim, et si elles se trouvent au milieu de la soukka, elles l'invalident.
💡 Explication

Rappel de la mahloket posée en 14a. Chemouel loge le désaccord entre Rabbi Meir et Rabbi Yehouda en dessous de la barre des quatre tefahim : à partir de quatre, tout le monde invalide.

Dans ce cadre, la baraita se lit sans effort. Deux planches étroites — mettons trois tefahim chacune, déjà sorties de la règle du lavoud (qui ne comble que les écarts inférieurs à trois tefahim) — s'additionnent, selon Rabbi Meir, jusqu'à former les quatre tefahim de sekhakh invalide. Rabbi Yehouda le nie.

3
אֶלָּא לְרַב, דְּאָמַר בְּשֶׁיֵּשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה מַחְלֹוקֶת, אֲבָל אֵין בָּהֶן אַרְבָּעָה דִּבְרֵי הַכֹּל כְּשֵׁרָה, הֵיכִי דָמֵי? אִי דְּאִית בְּהוּ אַרְבָּעָה, לָמָּה לְהוּ לְאִיצְטְרוֹפֵי? אִי דְּלֵית בְּהוּ אַרְבָּעָה, אַמַּאי? וְהָא קָנִים בְּעָלְמָא נִינְהוּ?

Mais selon Rav, qui dit que la mahloket porte sur des planches qui ont quatre [tefahim], tandis que si elles n'ont pas quatre, de l'avis de tous elle est kachère — de quel cas s'agit-il ? Si elles ont quatre, pourquoi auraient-elles besoin de se combiner ?

Et si elles n'ont pas quatre, pourquoi [invalideraient-elles] ? Ce ne sont pourtant que de simples roseaux !

📜 Rachi (2)
לָמָּה לִי לְאִצְטְרוֹפֵי דְּקָא אָמַר ר"מ נְסָרִים כִּסְדִינִין וּמִצְטָרְפִין חֲדָא מִינַּייְהוּ פָּסְלָה לָהּ:
Puisque Rabbi Meir dit que les planches sont comme les draps et qu'elles se combinent — or [dans ce cas] l'une d'elles à elle seule l'invalide déjà.
קָנִים בְּעָלְמָא נִינְהוּ דְּהָא אָמַר רַב אֵין בָּהֶן אַרְבָּעָה דִּבְרֵי הַכֹּל כְּשֵׁרָה:
Puisque Rav a dit que, lorsqu'elles n'ont pas quatre tefahim, de l'avis de tous elle est kachère.
🗂️ Tossefot (1)
אִי דְּאִית בְּהוּ אַרְבָּעָה לָמָּה לְהוּ לְאִצְטְרוֹפֵי. לְהַהוּא לִישָּׁנָא דְּאָמַר רַב לְקַמָּן דִּבְאֶמְצַע פּוֹסֵל בְּאַרְבָּעָה פָּרִיךְ דִּלְאִידָךְ לִישָּׁנָא דְּאָמַר דַּאֲפִילּוּ בְּאֶמְצַע אֵינוֹ פּוֹסֵל אֶלָּא. בְּאַרְבַּע אַמּוֹת לָא קַשְׁיָא מִידִי:
« Si elles ont quatre, pourquoi auraient-elles besoin de se combiner ? » L'objection ne porte que contre la version selon laquelle Rav dit plus loin qu'au milieu [de la soukka] le sekhakh invalide invalide dès quatre tefahim. Car selon l'autre version, où même au milieu il n'invalide qu'à partir de quatre amot, il n'y a aucune difficulté.
💡 Explication

La difficulté est symétrique et se referme comme une tenaille. Rav place la mahloket tout en haut de l'échelle : moins de quatre tefahim, tout le monde valide ; à quatre, Rabbi Meir invalide au nom du décret du plafond.

Or dans ce cadre, la phrase de Rabbi Meir n'a plus de sens. Si les planches ont quatre tefahim, chacune invalide déjà seule : que viendrait ajouter leur combinaison ? Et si elles ont moins de quatre, elles sont pour Rav du sekhakh parfaitement kacher — de simples roseaux ; or additionner du kacher à du kacher ne produit jamais de l'invalide.

Tossefot restreint la portée de l'objection : elle ne vaut que pour la version de Rav où le sekhakh invalide placé au milieu invalide dès quatre tefahim. Dans l'autre version, même au milieu il faut quatre amot — et là, la combinaison a un sens.

🖼️ Schéma
Pourquoi mitstarfin est inintelligible chez Rav Rabbi Meir : les planches se combinent Si chaque planche a 4 tefahim Chez Rav, c'est déjà la mesure invalidante. Chacune invalide donc à elle seule. À quoi bon les combiner ? Tossefot précise : l'objection ne vaut que pour la version où Rav invalide dès 4 tefahim au milieu. Pour l'autre version, aucune difficulté. Si chaque planche a moins de 4 Chez Rav, tout le monde les déclare kachères. Ce ne sont que de simples roseaux. Pourquoi invalideraient-elles ? Du sekhakh kacher qui se combine avec du sekhakh kacher reste du sekhakh kacher.
Le double blocage de la lecture immédiate lorsqu'on la fait passer par la position de Rav.
4
לְעוֹלָם דְּאִית בְּהוּ אַרְבָּעָה, וּמַאי ״מִצְטָרְפִין״ — מִצְטָרְפִין לְאַרְבַּע אַמּוֹת מִן הַצַּד.

En vérité, elles ont bien quatre [tefahim] ; et que signifie alors « elles se combinent » ? Elles se combinent pour [atteindre] quatre amot (coudées) sur le côté.

📜 Rachi (1)
לְאַרְבַּע אַמּוֹת מִן הַצַּד דְּמִן הַצַּד אֵין סְכָךְ פָּסוּל פּוֹסֵל אֶלָּא בְּד' אַמּוֹת דְּבִבְצִיר מֵהָכִי גְּמִירִי דֹּופֶן עֲקֻומָּה וְקָאָמַר רַבִּי יְהוּדָה שְׁנֵי נְסָרִים שֶׁל אַרְבָּעָה אַרְבָּעָה וְכֵן סִידֵּר וְהוֹלֵךְ עַד ד"א אֵין מִצְטָרְפִין שֶׁאַף כֻּולָּהּ רָאוּי לְסַכֵּךְ בָּהֶן דְּלֵית לֵיהּ גְּזֵרַת תִּקְרָה:
Car sur le côté, le sekhakh invalide n'invalide qu'à partir de quatre amot : en deçà, nous avons la tradition de la dofen akouma (la paroi coudée). Rabbi Yehouda dit donc : deux planches de quatre tefahim chacune — et ainsi de suite jusqu'à quatre amot — ne se combinent pas, car on pourrait même couvrir toute la soukka avec elles, puisqu'il ne retient pas le décret du plafond.
🗂️ Tossefot (1)
מִצְטָרְפִין לְאַרְבַּע אַמּוֹת. וּלְרַבִּי יְהוּדָה אֵין מִצְטָרְפִין דַּאֲפִילּוּ מְכֻוסֶּה כֻּולָּהּ בָּהֶן כְּשֵׁרָה:
« Elles se combinent pour quatre amot. » Et selon Rabbi Yehouda elles ne se combinent pas, puisque même entièrement couverte de planches, la soukka est kachère.
💡 Explication

La réponse ne touche pas à la largeur des planches — elles ont bien quatre tefahim — mais change l'unité de la combinaison. Il ne s'agit plus de tefahim, mais d'amot, et la scène se déplace du milieu de la soukka vers son bord.

Le ressort est la dofen akouma, la « paroi coudée » : une bande de sekhakh invalide qui longe une paroi est traitée comme si cette paroi s'était coudée et couchée par-dessus. La soukka reste valide — mais cette fiction a une limite reçue par tradition, quatre amot. Au-delà, elle ne joue plus.

Ainsi, même des planches invalidantes ne font rien tant qu'elles restent dans cette bande ; c'est leur addition jusqu'à quatre amot qui devient fatale. Rabbi Yehouda le nie, puisque pour lui les planches ne sont pas du tout du sekhakh invalide.

🖼️ Schéma
Les deux sens possibles de mitstarfin Un même mot, deux unités de mesure -- et deux systèmes entiers en dépendent Se combiner pour 4 TEFAHIM lecture de Chemouel 2 tef. 2 tef. = 4 tefahim Deux planches étroites atteignent ensemble la mesure invalidante quand elles sont au milieu. Rabbi Yehouda le nie : même entièrement couverte de planches, la soukka reste kachère. Sens immédiat, mais impraticable chez Rav. Se combiner pour 4 AMOT sur le côté la réponse de la Guemara, qui sauve Rav jusqu'à 4 amot Chaque planche fait bien 4 tefahim, mais elle longe la paroi : la dofen akouma la neutralise. Elles ne deviennent invalidantes qu'en s'additionnant jusqu'à quatre amot. Rabbi Yehouda le nie : il ignore le décret du plafond.
Le même verbe, deux unités : quatre tefahim au milieu (Chemouel) ou quatre amot le long d'une paroi (la réponse qui sauve Rav).
5
לִישָּׁנָא אַחְרִינָא: בִּשְׁלָמָא לִשְׁמוּאֵל דְּאָמַר בְּשֶׁאֵין בָּהֶן אַרְבָּעָה מַחֲלֹוקֶת, אֲבָל יֵשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה דִּבְרֵי הַכֹּל פְּסוּלָה, מַאי ״מִצְטָרְפִין״ — מִצְטָרְפִין לְאַרְבַּע אַמּוֹת מִן הַצַּד.

Autre version : Soit, selon Chemouel, qui dit que la mahloket porte sur des planches qui n'ont pas quatre [tefahim], tandis que si elles ont quatre, de l'avis de tous elle est passoule — que signifie « elles se combinent » ? Elles se combinent pour [atteindre] quatre amot sur le côté.

💡 Explication

La Guemara redonne tout l'échange dans une seconde recension (lichna aharina). La différence est nette : la solution des « quatre amot sur le côté » n'est plus une réponse d'urgence apportée pour sauver Rav — elle est d'emblée la lecture de la baraita, y compris chez Chemouel.

Le désaccord entre les deux Amoraim se déplace donc : il ne portera plus sur le sens de mitstarfin, mais sur la position de Rabbi Yehouda.

6
אֶלָּא לְרַב: בִּשְׁלָמָא לְרַבִּי מֵאִיר, מַאי ״מִצְטָרְפִין״ — מִצְטָרְפִין לְאַרְבַּע אַמּוֹת מִן הַצַּד. אֶלָּא לְרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר אֲפִילּוּ יֵשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה כְּשֵׁרָה, מַאי ״אֵין מִצְטָרְפִין״? קָנִים בְּעָלְמָא נִינְהוּ! אַיְּידֵי דְּקָאָמַר רַבִּי מֵאִיר ״מִצְטָרְפִין״, אָמַר רַבִּי יְהוּדָה ״אֵין מִצְטָרְפִין״.

Mais selon Rav : soit, pour Rabbi Meir, que signifie « elles se combinent » ? Elles se combinent pour [atteindre] quatre amot sur le côté.

Mais selon Rabbi Yehouda, qui dit que même si elles ont quatre [tefahim] elle est kachère, que signifie « elles ne se combinent pas » ? Ce ne sont que de simples roseaux !

[Réponse :] c'est parce que Rabbi Meir a dit « elles se combinent » que Rabbi Yehouda a dit « elles ne se combinent pas ».

💡 Explication

Dans cette seconde version, la difficulté chez Rav se retourne. Rabbi Meir se comprend sans peine. C'est Rabbi Yehouda qui parle étrangement : s'il tient que les planches, même larges de quatre tefahim, sont du sekhakh parfaitement kacher, nier qu'elles « se combinent » n'a aucun contenu — autant nier que des roseaux se combinent.

La réponse n'est pas conceptuelle mais stylistique, et la Guemara y recourt souvent : Rabbi Yehouda reprend le vocabulaire de son contradicteur. Ayant entendu Rabbi Meir dire « elles se combinent », il répond dans les mêmes mots, « elles ne se combinent pas » — sans que cette formule soit portée par sa propre logique.

7
תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַב, תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דִּשְׁמוּאֵל.

Une baraita a été enseignée conformément à Rav, et une baraita a été enseignée conformément à Chemouel.

💡 Explication

Annonce laconique et remarquable : la discussion ne se tranchera pas, car chacun des deux Amoraim dispose d'un appui tannaitique explicite. La Guemara va citer les deux baraitot l'une après l'autre.

8
תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַב: סִכְּכָהּ בִּנְסָרִים שֶׁל אֶרֶז שֶׁאֵין בָּהֶן אַרְבָּעָה — דִּבְרֵי הַכֹּל כְּשֵׁרָה. יֵשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה — רַבִּי מֵאִיר פּוֹסֵל וְרַבִּי יְהוּדָה מַכְשִׁיר.

Baraita conforme à Rav : s'il l'a couverte de planches de cèdre qui n'ont pas quatre [tefahim] — de l'avis de tous elle est kachère. Si elles ont quatre — Rabbi Meir invalide et Rabbi Yehouda déclare kacher.

💡 Explication

C'est mot pour mot la position de Rav : le seuil de quatre tefahim est celui où commence le désaccord, et non celui où il s'arrête. En dessous, unanimité pour valider.

9
אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: מַעֲשֶׂה בִּשְׁעַת הַסַּכָּנָה שֶׁהֵבֵיאנוּ נְסָרִים שֶׁהָיוּ בָּהֶן אַרְבָּעָה וְסִיכַּכְנוּ עַל גַּבֵּי מִרְפֶּסֶת, וְיָשַׁבְנוּ תַּחְתֵּיהֶן! אָמְרוּ לוֹ: מִשָּׁם רְאָיָה?! אֵין שְׁעַת הַסַּכָּנָה רְאָיָה.

Rabbi Yehouda dit : il est arrivé, au temps du danger, que nous avons apporté des planches qui avaient quatre [tefahim], que nous en avons couvert une terrasse (mirpesset) et que nous nous sommes assis dessous ! Ils lui répondirent : est-ce là une preuve ?

Le temps du danger ne constitue pas une preuve.

📜 Rachi (2)
בִּשְׁעַת הַסַּכָּנָה שֶׁגָּזְרוּ הָעוֹבָדֵי כּוֹכָבִים גְּזֵרָה עַל הַמִּצְוֹת:
Au temps du danger — lorsque les idolâtres décrétèrent une interdiction portant sur les mitsvot.
וַהֲבִיאֵנוּ נְסָרִים שֶׁאֵין הַנָּכְרִים מַכִּירִין שֶׁתְּהֵא לְשֵׁם סֻוכָּה:
Nous avons apporté des planches — afin que les non-Juifs ne reconnaissent pas qu'il s'agissait d'une soukka.
💡 Explication

Rabbi Yehouda appuie son avis sur un souvenir vécu : sous la persécution, où construire une soukka reconnaissable était interdit, on avait couvert une terrasse de planches larges — précisément parce qu'ainsi rien ne se voyait ; et l'on s'était assis dessous. Si l'on s'y est assis, c'est bien que des planches de quatre tefahim font un sekhakh valide.

La réfutation est un principe méthodologique de première importance : on n'infère pas la halakha d'une conduite adoptée sous la contrainte. Peut-être cette soukka était-elle invalide, et l'a-t-on faite seulement pour garder trace de la mitsva qu'on ne pouvait plus accomplir.

10
תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דִּשְׁמוּאֵל: סִכְּכָהּ בִּנְסָרִים שֶׁל אֶרֶז שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה — דִּבְרֵי הַכֹּל פְּסוּלָה. אֵין בָּהֶן אַרְבָּעָה — רַבִּי מֵאִיר פּוֹסֵל וְרַבִּי יְהוּדָה מַכְשִׁיר. וּמוֹדֶה רַבִּי מֵאִיר שֶׁאִם יֵשׁ בֵּין נֶסֶר לְנֶסֶר כִּמְלֹא נֶסֶר — שֶׁמַּנִּיחַ פָּסַל בֵּינֵיהֶם, וּכְשֵׁרָה. וּמוֹדֶה רַבִּי יְהוּדָה שֶׁאִם נָתַן עָלֶיהָ נֶסֶר שֶׁהוּא רָחָב אַרְבָּעָה טְפָחִים — כְּשֵׁרָה, וְאֵין יְשֵׁנִים תַּחְתָּיו, וְהַיָּשֵׁן תַּחְתָּיו — לֹא יָצָא יְדֵי חוֹבָתוֹ.

Baraita conforme à Chemouel : s'il l'a couverte de planches de cèdre qui ont quatre [tefahim] — de l'avis de tous elle est passoule. Si elles n'ont pas quatre — Rabbi Meir invalide et Rabbi Yehouda déclare kacher.

Et Rabbi Meir concède que s'il y a, entre une planche et l'autre, l'équivalent de la largeur d'une planche, on place du pessel (les déchets de l'aire de battage et du pressoir) entre elles, et elle est kachère. Et Rabbi Yehouda concède que s'il a posé dessus une planche large de quatre tefahim — elle est kachère, mais on ne dort pas dessous, et celui qui dort dessous n'est pas quitte de son obligation.

📜 Rachi (4)
וּמוֹדֶה ר' מֵאִיר בֵּין שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה בֵּין שֶׁאֵין בָּהֶן אַרְבָּעָה:
Et Rabbi Meir concède — aussi bien lorsqu'elles ont quatre tefahim que lorsqu'elles n'en ont pas.
שֶׁאִם יֵשׁ בֵּין נֶסֶר לְנֶסֶר כּוּ' וּלְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף יח.) מוּקֵי לָהּ בְּסֻוכָּה בַּת שְׁמוֹנָה אַמּוֹת מְצֻומְצָמוֹת דְּכִי יָהֵיב נֶסֶר וּפָסַל עַד אֶמְצָעָהּ מֵהַאי גִּיסָא וְחוֹזֵר וּמַתְחִיל מִצִּדָּהּ הַשֵּׁנִי וְנוֹתֵן נֶסֶר תְּחִלָּה וְאח"כ פָּסַל כְּמוֹ כֵן עַד אֶמְצָעָהּ הָווּ לְהוּ שְׁנֵי פְּסָלִים בָּאֶמְצַע וְהֵן שֶׁל שְׁמוֹנָה טְפָחִים וְאִיכָּא הֶכְשֵׁר סֻוכָּה וּנְסָרִים שֶׁבָּהּ לָא פָּסְלִי לָהּ דְּאָמְרִינַן דֹּופֶן עֲקֻומָּה עַד הַפְּסָלִים הָאֶמְצָעִיִּים:
S'il y a entre une planche et l'autre, etc. — plus loin (Soukka 18a) la Guemara établit cela dans une soukka de huit amot tout juste : il pose une planche puis du pessel, alternativement, depuis un côté jusqu'au milieu ; puis il recommence depuis l'autre côté, en posant d'abord une planche puis du pessel, de même jusqu'au milieu. Il se trouve alors deux pessalim au milieu, faisant ensemble huit tefahim : il y a là de quoi rendre la soukka valide, et les planches qui s'y trouvent ne l'invalident pas, car nous disons dofen akouma jusqu'aux pessalim du milieu.
פָּסַל פְּסֹולֶת גֹּורֶן וְיֶקֶב דְּהוּא סְכָךְ כָּשֵׁר וְהָכִי נָמֵי מָצֵי לְמִיתְנֵי וּמוֹדֶה רַבִּי יְהוּדָה בְּהָנָךְ דְּאִית בְּהוּ אַרְבָּעָה דְּפוֹסְלִין שֶׁאִם יֵשׁ בֵּין נֶסֶר לְנֶסֶר כּוּ' וְהַאי דִּנְקַט רַבִּי מֵאִיר רְבוּתָא הִיא דְּאַפֵּי' ר' מֵאִיר דְּמַחְמִיר מוֹדֶה בְּהָא:
Pessel — les déchets de l'aire de battage et du pressoir, qui sont un sekhakh kacher. La baraita aurait tout aussi bien pu enseigner : « et Rabbi Yehouda concède, pour les planches qui ont quatre tefahim et qui invalident, que s'il y a entre une planche et l'autre... » ; si elle a pris Rabbi Meir, c'est par surenchère — même Rabbi Meir, qui est sévère, le concède.
וּמוֹדֶה רַבִּי יְהוּדָה דְּאַף עַל גַּב דְּאִיהוּ מֵיקֵל בְּשֶׁאֵין בָּהֶם אַרְבָּעָה מוֹדֶה הוּא בְּנֶסֶר אֶחָד וּבוֹ אַרְבָּעָה שֶׁאִם נְתָנוֹ בַּסֻּוכָּה מִן הַצַּד שאע"פ שֶׁהִיא כְּשֵׁרָה מִן הַצַּד עַל יְדֵי דֹּופֶן עֲקֻומָּה לֹא יִישַׁן תַּחְתָּיו:
Et Rabbi Yehouda concède — bien qu'il soit indulgent lorsqu'elles n'ont pas quatre tefahim, il concède pour une planche unique large de quatre : s'il l'a posée dans la soukka sur le côté, alors même que celle-ci reste kachère du côté en question grâce à la dofen akouma, il ne dormira pas dessous.
🗂️ Tossefot (1)
וּמוֹדֶה רַבִּי מֵאִיר שֶׁאִם יֵשׁ בֵּין נֶסֶר לְנֶסֶר כִּמְלֹא נֶסֶר. אַנֶּסֶר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ אַרְבָּעָה נָמֵי קָאֵי כִּדְמוֹכַח לְקַמָּן דְּפָרֵיךְ מִינָּהּ לִשְׁמוּאֵל דְּאָמַר סְכָךְ פָּסוּל בָּאֶמְצַע פּוֹסֵל בְּאַרְבָּעָה וְהָכִי נָמֵי הֲוָה מָצֵי לְמִיתְנֵי וּמוֹדֶה רַבִּי יְהוּדָה וְהָא דִּנְקַט רַבִּי מֵאִיר רְבוּתָא הִיא כִּדְפֵירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס דַּאֲפִילּוּ רַבִּי מֵאִיר דְּמַחְמִיר מוֹדֶה בְּהָא וְעוֹד מִשּׁוּם דְּעִיקָּר וּמוֹדֶה אַאֵין בָּהֶן אַרְבָּעָה דְּאִיפְּלִיגוּ בְּהוּ קָאֵי וְדַוְקָא נְקַט בֵּין נֶסֶר לְנֶסֶר כִּמְלֹא נֶסֶר דְּאִי אִיכָּא פָּחוֹת אע"פ שֶׁסְּכָךְ פָּסוּל בְּפָחוֹת מד' יְשֵׁנִים תַּחְתָּיו הֵיכָא דְּמָקוֹם הַפָּסוּל מְרֻובֶּה גָּרַע וּמִיהוּ בְּנֶסֶר אַרְבָּעָה לְמַאי דְּמוֹקֵי לָהּ לִשְׁמוּאֵל לְקַמָּן בְּסֻוכָּה בַּת ח' אַמּוֹת מְצֻומְצָמוֹת דְּכִי יָהֵיב נֶסֶר וּפָסַל עַד אֶמְצָעָהּ מֵהַאי גִּיסָא וְחוֹזֵר וּמַתְחִיל מִצִּדָּהּ הַשֵּׁנִי וְנוֹתֵן תְּחִלָּה נֶסֶר וְאַחַר כָּךְ פָּסַל דְּהָווּ לְהוּ שְׁנֵי פְּסָלִים בְּאֶמְצַע דְּאִיכָּא בְּהוּ הֶכְשֵׁר סֻוכָּה בִּשְׁאָר הַפְּסָלִים לָא נָפְקָא מִינַּהּ מִידִי בֵּין כִּמְלֹא נֶסֶר לְפָחוֹת מְמַלֵּא נֶסֶר דְּאִי מִשּׁוּם הֶכְשֵׁר סֻוכָּה שֶׁבָּאֶמְצַע אֲפִילּוּ כָּל הַשְּׁאָר מְכֻוסֶּה בִּנְסָרִים עַד הַדֹּופֶן אָמְרִינַן דֹּופֶן עֲקֻומָּה וְאִי מִשּׁוּם לְהַכְשִׁיר שְׁאָר הַפְּסָלִין שֶׁבֵּין נֶסֶר לְנֶסֶר הָווּ לְהוּ כִּבְאֶמְצָעָהּ דְּאָמַר שְׁמוּאֵל בָּאֶמְצַע בְּאַרְבָּעָה א"כ אֵינוֹ מוֹעִיל וְזֶהוּ כָּלְלוּ שֶׁל דָּבָר דְּנֶסֶר וּפָסַל כִּמְלֹא נֶסֶר בִּנְסָרִים פְּחוּתִים מֵאַרְבָּעָה אֲפִילּוּ כָּל הַסֻּוכָּה עֲשׂוּיָה כֵּן כְּשֵׁרָה אֲפִילּוּ תַּחַת הַנְּסָרִים וַאֲפִילּוּ לְרַבִּי מֵאִיר דְּהָא לֵיכָּא אַרְבָּעָה בְּמָקוֹם אֶחָד וְכִי פָּסֵיל לְהוּ ר' מֵאִיר הֵיכָא דְּאִיכָּא תַּרְתֵּי נְסָרִים בַּהֲדָדִי דְּמִצְטָרְפִין שְׁנֵי הַנְּסָרִים לְאַרְבָּעָה אִי נָמֵי הֵיכָא דְּלֵיכָּא בֵּין נֶסֶר לְנֶסֶר כִּמְלֹא נֶסֶר דְּלָא הָוֵי מֶחֱצָה עַל מֶחֱצָה וְהֵיכָא דִּנְסָרִים רְחָבִים אַרְבָּעָה וְיֵשׁ בֵּין נֶסֶר לְנֶסֶר כִּמְלֹא נֶסֶר לְרַב דְּאָמַר לְקַמָּן בֵּין מִן הָאֶמְצַע בֵּין מִן הַצַּד אֵינוֹ פוֹסֵל אֶלָּא בְּד' אַמּוֹת מִיתּוֹקְמָא הַךְ בָּרַיְיתָא דַּעֲבִידָא כֻּולָּהּ הָכִי וּכְשֵׁרָה תַּחַת הַפֶּסֶל וְלֹא תַּחַת הַנֶּסֶר וְלִשְׁמוּאֵל מִיתּוֹקְמָא כְּשֶׁשְּׁנֵי הַפְּסָלִים בָּאֶמְצַע וְלֵיכָּא אַרְבַּע אַמּוֹת עַד הַדֹּופֶן וְכֻולָּהּ פְּסוּלָה אַף תַּחַת הַפְּסָלִים חוּץ מִתַּחַת שְׁנֵי הַפְּסָלִים שֶׁבָּאֶמְצַע דִּכְשֵׁרָה:
« Et Rabbi Meir concède que s'il y a entre une planche et l'autre l'équivalent d'une planche. » Cela vaut aussi pour une planche large de quatre tefahim, comme le prouve la suite, où la Guemara en tire une objection contre Chemouel, qui dit que le sekhakh invalide placé au milieu invalide dès quatre tefahim. Ici encore, la baraita aurait pu enseigner « et Rabbi Yehouda concède » ; si elle a pris Rabbi Meir, c'est par surenchère, comme l'explique le Kountras (Rachi) — même Rabbi Meir, qui est sévère, le concède ; et aussi parce que ce « il concède » porte principalement sur les planches de moins de quatre tefahim, qui sont l'objet même de leur désaccord. Et c'est à dessein qu'elle dit « entre une planche et l'autre, l'équivalent d'une planche » : car s'il y a moins, alors même que l'on dorme sous un sekhakh invalide de moins de quatre tefahim, là où l'espace invalide l'emporte c'est plus grave. Toutefois, pour une planche de quatre tefahim, selon la manière dont la Guemara établit plus loin la position de Chemouel — dans une soukka de huit amot tout juste, où l'on pose une planche puis du pessel jusqu'au milieu depuis un côté, puis l'on recommence depuis l'autre côté en posant d'abord une planche puis du pessel, de sorte qu'il y ait deux pessalim au milieu, dans lesquels réside la validité de la soukka avec le reste des pessalim — il n'y a plus aucune différence entre un intervalle d'une pleine largeur de planche et un intervalle moindre. Car s'il s'agit de la validité de la soukka, elle tient au milieu : même si tout le reste était couvert de planches jusqu'à la paroi, nous dirions dofen akouma. Et s'il s'agit de valider les autres pessalim placés entre planche et planche, ils sont comme « au milieu », dont Chemouel dit qu'il invalide dès quatre tefahim — cela ne servirait donc à rien. Voici donc la règle de la chose : une alternance planche / pessel de la largeur d'une planche, avec des planches de moins de quatre tefahim, rend la soukka kachère même si elle est entièrement faite ainsi, et même sous les planches, et même selon Rabbi Meir — car il n'y a nulle part quatre tefahim en un seul endroit. Rabbi Meir n'invalide que là où deux planches sont accolées, de sorte que les deux se combinent pour quatre, ou bien là où il n'y a pas entre planche et planche une pleine largeur de planche, ce qui n'est plus moitié-moitié. Et lorsque les planches sont larges de quatre tefahim avec, entre planche et planche, une pleine largeur de planche : selon Rav, qui dit plus loin que, tant au milieu que sur le côté, [le sekhakh invalide] n'invalide qu'à partir de quatre amot, notre baraita s'établit d'une soukka entièrement faite ainsi — kachère sous le pessel, mais non sous la planche. Et selon Chemouel, elle s'établit lorsque les deux pessalim sont au milieu et qu'il n'y a pas quatre amot jusqu'à la paroi : toute la soukka est alors passoule, même sous les pessalim, sauf sous les deux pessalim du milieu, qui sont kachers.
💡 Explication

La baraita symétrique de la précédente : le seuil de quatre tefahim est ici celui où s'arrête le désaccord. C'est mot pour mot Chemouel.

Elle ajoute deux concessions croisées, chacune arrachée au camp adverse. Rabbi Meir concède que l'alternance sauve la soukka : si l'on ménage entre deux planches un intervalle égal à la largeur d'une planche et qu'on l'emplit de pessel — les déchets de l'aire et du pressoir, sekhakh kacher par excellence — l'ensemble tient. Rachi renvoie à la mise en place de Soukka 18a, reproduite dans le schéma.

Rabbi Yehouda concède, lui, que la planche unique large de quatre tefahim posée sur le côté laisse bien la soukka kachère — par la dofen akouma — mais qu'on ne peut pas dormir dessous : la validité de la structure et la validité du lieu où l'on s'installe sont deux questions distinctes.

🖼️ Schéma
La concession de Rabbi Meir : alterner planche et pessel Vue de dessus du toit, dans la soukka de huit amot tout juste dont parle Rachi planche pessel planche pessel pessel planche pessel planche milieu de la soukka Deux pessalim se rejoignent au centre soit huit tefahim de sekhakh kacher : hekhcher soukka On pose planche puis pessel depuis un bord jusqu'au milieu, puis on recommence depuis l'autre bord. Résultat : les deux pessalim se retrouvent accolés au centre. Les planches ne l'invalident pas : on applique la dofen akouma depuis chaque paroi jusqu'aux pessalim centraux.
La concession de Rabbi Meir mise en place selon Rachi : alternance planche / pessel depuis chaque bord, jusqu'à former huit tefahim de sekhakh kacher au centre.
11
אִתְּמַר: הֲפָכָן עַל צִידֵּיהֶן, רַב הוּנָא אָמַר: פְּסוּלָה, וְרַב חִסְדָּא וְרַבָּה בַּר רַב הוּנָא אָמְרִי: כְּשֵׁרָה.

Il a été dit : s'il les a retournées sur leur tranche — Rav Houna dit : elle est passoule ; Rav H'isda et Rabba bar Rav Houna disent : elle est kachère.

📜 Rachi (3)
הֲפָכָן עַל צִידֵּיהֶן נְסָרִים שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם אַרְבָּעָה שֶׁסִּיכֵּךְ בָּהֶן וְלֹא הֵטִיל רָחְבָּן עַל הַסֻּוכָּה אֶלָּא הִשְׁכִּיבָן עַל צַיְּדָן שֶׁהוּא פָּחוֹת מִג':
S'il les a retournées sur leur tranche — des planches larges de quatre tefahim dont il a couvert la soukka, mais sans poser leur largeur sur la soukka : il les a couchées sur leur tranche, qui fait moins de trois tefahim.
פְּסוּלָה כְּדִמְפָרֵשׁ לְקַמָּן דְּכֵיוָן דְּיֵשׁ שֵׁם פָּסוּל עֲלֵיהֶן. נַעֲשׂוּ כְּשַׁפּוּדִין שֶׁל מַתֶּכֶת הַפְּסוּלִין לְסַכֵּךְ בְּכָל עִנְיָן שֶׁהוֹפְכָן:
Passoule — comme la Guemara l'explique plus loin : puisque le nom d'invalide leur est échu, elles sont devenues comme des broches de métal, invalides comme sekhakh de quelque manière qu'on les retourne.
כְּשֵׁרָה דְּטַעְמָא מִשּׁוּם גְּזֵירַת תִּקְרָה וְכִי הַאי גַּווְנָא לָא עָבְדִי אִינָשֵׁי תִּקְרָה:
Kachère — car la raison [de l'invalidation] est le décret du plafond, et de cette manière-là on ne fait pas de plafond.
🗂️ Tossefot (1)
הֲפָכָן עַל צִידֵּיהֶן. אַלִּיבָּא דְּרַב לָא מִיתּוֹקְמָא הַךְ פְּלוּגְתָּא דְּאָמוֹרָאֵי אֶלָּא כְּרַבִּי מֵאִיר וּבִרְחָבִים אַרְבָּעָה וְקַייְמָא לָן בְּפֶרֶק מִי שֶׁהוֹצִיאוּהוּ (עֵירוּבִין דַּף מו:) ר' מֵאִיר וְרַבִּי יְהוּדָה הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה אֲבָל לִשְׁמוּאֵל מִיתּוֹקְמָא שַׁפִּיר כְּכוּלֵּי עָלְמָא וּמִתּוֹךְ כָּךְ נִרְאֶה דַּהֲלָכָה כִּשְׁמוּאֵל אַף עַל גַּב דִּבְעָלְמָא הֲלָכָה כְּרַב בְּאִיסּוּרֵי וְעוֹד לְקַמָּן פ' לוּלָב הַגָּזוּל (סֻוכָּה דַּף לוֹ:) דְּקָאָמַר רַבִּי יְהוּדָה סֻוכָּה אֵינָהּ נוֹהֶגֶת אֶלָּא בְּאַרְבָּעָה מִינִין שֶׁבַּלּוּלָב וּפָרִיךְ מֵהַהִיא בָּרַיְיתָא דְּתַנְיָא כְּוָותֵיהּ דִּשְׁמוּאֵל דְּקָתָנֵי סִיכְּכָהּ בִּנְסָרִים שֶׁל אֶרֶז וְלָא מַיְיתֵי מֵהַהִיא דְּתַנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַב שְׁמַע מִינָּה הָא דִּשְׁמוּאֵל עִיקָּר:
« S'il les a retournées sur leur tranche. » Selon Rav, ce désaccord d'Amoraim ne peut s'établir que selon Rabbi Meir et pour des planches larges de quatre ; or nous tenons, au chapitre Mi che-hotsiouhou (Erouvin 46b), que dans un désaccord entre Rabbi Meir et Rabbi Yehouda la halakha suit Rabbi Yehouda. Selon Chemouel, en revanche, il s'établit fort bien pour tout le monde. Il en ressort que la halakha suit Chemouel, bien qu'en général la halakha suive Rav en matière d'interdits. Autre argument : plus loin, au chapitre Loulav ha-gazoul (Soukka 36b), Rabbi Yehouda dit que la soukka ne se fait qu'avec les quatre espèces du loulav, et la Guemara objecte à partir de cette baraita enseignée conformément à Chemouel, celle qui dit « s'il l'a couverte de planches de cèdre » — et non à partir de celle enseignée conformément à Rav. Preuve que la version de Chemouel est la principale.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' אָמַר רַב מַחְלֹוקֶת בִּנְסָרִים שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה דְּרַבִּי מֵאִיר אִית לֵיהּ גְּזֵירַת תִּקְרָה ור"י לֵית לֵיהּ גְּזֵירַת תִּקְרָה אֲבָל אֵין בָּהֶן ד' דִּבְרֵי הַכֹּל כְּשֵׁירָה וּשְׁמוּאֵל אָמַר בִּנְסָרִים שֶׁאֵין בָּהֶן אַרְבָּעָה מַחֲלֹוקֶת אֲבָל יֵשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה ד"ה פְּסוּלִים וּפָרִיךְ אֵין בָּהֶן אַרְבָּעָה וַאֲפִילּוּ פָּחוֹת מג' קָנִים בְּעָלְמָא נִינְהוּ אָמַר רַב פָּפָּא ה"ק יֵשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה דִּבְרֵי הַכֹּל פְּסוּלָה פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה ד"ה כְּשֵׁירָה כִּי פְּלִיגִי מג' וְעַד אַרְבָּעָה מ"ס כֵּיוָן דְּלֵיכָּא שִׁיעוּר מָקוֹם לָא גָּזְרִינַן ומ"ס כֵּיוָן דִּנְפַקוּ לְהוּ מִתּוֹרַת לָבוּד גָּזְרִינַן: אִיתְּמַר הֲפָכָן עַל צַיְּדָן לְהָנֵי נְסָרִים שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה רַב הוּנָא אָמַר פְּסוּלָה רַב חִסְדָּא וְרַבָּה בַּר רַב הוּנָא אָמְרִי כְּשֵׁירָה. אִיקְּלַע רַב נַחְמָן לְסוּרָא עַל לְגַבֵּיהּ רַב חִסְדָּא וְרַבָּה בַּר רַב הוּנָא אֲמַרוּ לוֹ הֲפָכָן עַל צַיְּדָן מַהוּ אָמַר לָהֶן פְּסוּלָה נַעֲשִׂין כְּשַׁפּוּדִין שֶׁל מַתֶּכֶת וְכֵן הִלְכְתָא וְאַלִּיבָּא דְּרַב לָא מִיתּוֹקְמָא הַךְ פְּלֻוגְתָּא דְּאָמוֹרָאֵי אֶלָּא אַלִּיבָּא דְרַבִּי מֵאִיר וּבִרְחָבִין אַרְבָּעָה וקי"ל בְּפֶרֶק מִי שֶׁהוֹצִיאוּהוּ (עֵירוּבִין דַּף מו:) דְּרַבִּי מֵאִיר וְרַבִּי יְהוּדָה הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה אֲבָל אַלִּיבָּא דִּשְׁמוּאֵל מִיתּוֹקְמָא שַׁפִּיר לכ"ע וּמִתּוֹךְ כָּךְ נִרְאֶה דְּהִלְכְתָא כִּשְׁמוּאֵל ואע"ג דקי"ל הִלְכְתָא כְּרַב בְּאִיסּוּרֵי וְעוֹד לְקַמָּן בְּפֶרֶק לוּלָב הַגָּזוּל (סֻוכָּה דַּף לוֹ:) דְּקָאָמַר רַבִּי יְהוּדָה סֻוכָּה אֵינָהּ נוֹהֶגֶת אֶלָּא בְּאַרְבָּעָה מִינִין שֶׁבַּלּוּלָב וּפָרִיךְ שָׁם לז. מֵהָא בָּרַיְיתָא דְּתַנְיָא כְּוָותֵיהּ דִּשְׁמוּאֵל סִיכְּכָהּ בִּנְסָרִים שֶׁל אֶרֶז וְלָא מַיְיתֵי מֵהַךְ דְּתַנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַב ש"מ דְּהַךְ דִּשְׁמוּאֵל עִיקָּר. וְכֵן פָּסַק הָרַב אַלְפָסִי וְהֵבִיא רְאָיָה מֵהָא דְּרַב פָּפָּא דס"ל כְּוָותֵיהּ וְאֵינָהּ. רְאָיָה כָּל כָּךְ לְפִי שֶׁדֶּרֶךְ אָמוֹרָאֵי בָּתְרָאֵי לְפָרֵשׁ דִּבְרֵי הָרִאשׁוֹנִים וְאַף עַל גַּב דְּלָא סְבִירָא לְהוּ כְּוָותַיְהוּ וְכֵן פָּסַק ר"ח וְהָרַמְבַּ"ם זַ"ל פ"ה מֹהַל' סֻוכָּה ה"ז והר"ז הַלֵּוִי וה"ר יְשַׁעְיָה דְּטַרָאנִי דַּהֲלָכָה כִּשְׁמוּאֵל וְהָרָאָבָ"ד זַ"ל פָּסַק כְּר' מֵאִיר בִּגְזֵירוֹתָיו וּכְרַב וְהַכֹּל עוֹלֶה לְסִגְנוֹן אֶחָד:
Guemara : Rav a dit — la mahloket porte sur des planches qui ont quatre tefahim, Rabbi Meir retenant le décret du plafond (guezerat tikra) et Rabbi Yehouda ne le retenant pas ; mais si elles n'ont pas quatre, de l'avis de tous elle est kachère. Et Chemouel a dit : la mahloket porte sur des planches qui n'ont pas quatre, mais si elles ont quatre, de l'avis de tous elles sont invalides. La Guemara objecte : « qui n'ont pas quatre » — même moins de trois ? Ce ne sont alors que de simples roseaux ! Rav Papa dit : voici ce qu'il veut dire — si elles ont quatre, de l'avis de tous elle est passoule ; moins de trois, de l'avis de tous elle est kachère ; leur désaccord porte sur l'intervalle de trois à quatre. L'un tient que, n'y ayant pas la mesure d'un lieu (chiour makom), on ne décrète pas ; l'autre tient que, puisqu'elles sont sorties de la règle du lavoud, on décrète. Il a été dit : s'il a retourné sur leur tranche ces planches de quatre tefahim — Rav Houna dit passoule, Rav H'isda et Rabba bar Rav Houna disent kachère. Rav Nahman se trouva à Soura ; Rav H'isda et Rabba bar Rav Houna entrèrent chez lui et lui demandèrent : s'il les a retournées sur leur tranche, qu'en est-il ? Il leur répondit : passoule, elles sont devenues comme des broches de métal. Et telle est la halakha. Or, selon Rav, ce désaccord d'Amoraim ne s'établit que selon Rabbi Meir et pour des planches larges de quatre ; et nous tenons, au chapitre Mi che-hotsiouhou (Erouvin 46b), qu'entre Rabbi Meir et Rabbi Yehouda la halakha suit Rabbi Yehouda. Selon Chemouel, en revanche, il s'établit fort bien pour tous. Il en ressort que la halakha suit Chemouel, bien que nous tenions que la halakha suit Rav en matière d'interdits. Autre argument : plus loin, au chapitre Loulav ha-gazoul (Soukka 36b), Rabbi Yehouda dit que la soukka ne se fait qu'avec les quatre espèces du loulav, et la Guemara y objecte (37a) à partir de la baraita enseignée conformément à Chemouel, « s'il l'a couverte de planches de cèdre », et non à partir de celle enseignée conformément à Rav : preuve que la version de Chemouel est la principale. Ainsi a tranché le Rav Alfassi (le Rif), qui en apporte une preuve tirée de Rav Papa, lequel serait de cet avis ; mais la preuve n'est pas si probante, car les Amoraim tardifs ont coutume d'expliquer les paroles des premiers alors même qu'ils ne partagent pas leur avis. Ainsi ont également tranché Rabbenou Hananel, le Rambam (Lois de la soukka, chapitre 5, halakha 7), Rabbi Zerahia ha-Levi et Rabbi Yechaya di Trani : la halakha suit Chemouel. Le Raavad, lui, a tranché comme Rabbi Meir dans ses décrets et comme Rav — et tout revient à un seul et même résultat.
💡 Explication

Nouvelle question, et elle est de principe. Une planche invalidante posée à plat expose quatre tefahim ; couchée sur sa tranche, elle n'en expose plus que deux ou trois. La mesure invalidante a disparu — la soukka est-elle sauvée ?

Tout dépend de ce qu'on tient pour la cause de l'invalidation. Si c'est la ressemblance avec un plafond, elle s'évanouit avec l'orientation : personne ne construit un plafond de planches posées sur le chant. C'est le raisonnement de Rav H'isda et de Rabba bar Rav Houna. Si en revanche le statut d'invalide s'est attaché à l'objet lui-même, aucun retournement ne l'en détache : la planche est devenue comme une broche de métal, invalide dans toutes les positions. C'est Rav Houna.

Tossefot et le Roch tirent d'ici une conséquence halakhique majeure : cette discussion d'Amoraim ne tient, chez Rav, que selon Rabbi Meir — dont on ne suit précisément pas l'avis face à Rabbi Yehouda. Chez Chemouel, elle vaut pour tous. C'est un des arguments qui font trancher comme Chemouel, contre la règle ordinaire qui fait suivre Rav en matière d'interdits.

🖼️ Schéma
Hafkhan al tsiddan : la planche couchée sur sa tranche Vue en coupe -- la même planche, deux orientations À plat : 4 tefahim exposés largeur visible = 4 tefahim cela ressemble à un plafond : guezerat tikra Sur la tranche : moins de 3 largeur visible : moins de 3 tefahim Rav H isda et Rabba : kacher La raison de l'invalidation était le décret du plafond -- or personne ne fait un plafond avec des planches posées sur la tranche. La cause disparaît, l'effet disparaît. Rav Houna, puis Rav Nahman : passoul Le nom d'invalide s'est attaché à la planche elle-même : elle est devenue comme une broche de métal, invalide quel que soit le sens. Un statut, non plus une apparence.
La planche retournée : la largeur exposée tombe sous trois tefahim. Le désaccord porte sur ce qui invalide — une apparence de plafond, ou un statut attaché à l'objet.
12
אִיקְּלַע רַב נַחְמָן לְסוּרָא, עוּל לְגַבֵּיהּ רַב חִסְדָּא וְרַבָּה בַּר רַב הוּנָא. אָמְרִי לֵיהּ: הֲפָכָן עַל צִידֵּיהֶן, מַהוּ? אֲמַר לְהוּ: פְּסוּלָה, נַעֲשׂוּ כְּשַׁפּוּדִין שֶׁל מַתֶּכֶת.

Rav Nahman se trouva à Soura. Rav H'isda et Rabba bar Rav Houna entrèrent chez lui.

Ils lui dirent : s'il les a retournées sur leur tranche, qu'en est-il ? Il leur répondit : elle est passoule — elles sont devenues comme des broches de métal.

📜 Rachi (1)
עוּל לְגַבֵּיהּ רַב חִסְדָּא וְרַבָּה לִשְׁאוֹל אוּלַי יֹאמַר כְּדִבְרֵיהֶם:
Rav H'isda et Rabba entrèrent chez lui — pour l'interroger, dans l'espoir qu'il se prononcerait dans leur sens.
💡 Explication

Rachi souligne l'intention : ils espéraient une caution. Ils reçoivent le contraire. Rav Nahman tranche comme Rav Houna, et donne la formule qui fixera la question — elles sont devenues comme des broches de métal.

L'image est précise. Une broche de métal n'est pas invalide parce qu'elle ressemble à un plafond, mais parce qu'elle est ce qu'elle est : la retourner ne change rien. En l'appliquant à la planche, Rav Nahman affirme que le décret l'a rangée une fois pour toutes dans la catégorie du sekhakh invalide.

13
אֲמַר לְהוּ רַב הוּנָא: לָא אֲמַרִי לְכוּ אֱמַרוּ כְּווָתִי? אָמְרוּ לֵיהּ: וּמִי אָמַר לַן מָר טַעְמָא וְלָא קַבֵּלְינַן מִינֵּיהּ? אֲמַר לְהוּ: וּמִי בְּעֵיתוּ מִינַּאי טַעְמָא וְלָא אֲמַרִי לְכוּ?

Rav Houna leur dit : ne vous avais-je pas dit de dire comme moi ? Ils lui répondirent : le maître nous a-t-il donné une raison sans que nous l'ayons acceptée de lui ?

Il leur répondit : et m'avez-vous demandé une raison sans que je vous l'aie donnée ?

💡 Explication

Scène de maison d'étude, brève et sans conclusion. Rav Houna, dont l'avis vient d'être confirmé par Rav Nahman, s'en prévaut auprès de ses élèves. Leur défense n'est pas qu'ils avaient raison : c'est qu'on ne leur avait pas donné de raison. Une décision sans motif ne les obligeait pas.

La réplique de Rav Houna retourne exactement la charge : le motif était disponible, encore fallait-il le demander. L'échange reste ouvert — et il dit quelque chose de la transmission talmudique : la raison se demande autant qu'elle se donne.

14
לֵימָא מְסַיַּיע לֵיהּ: אֵינָהּ מַחְזֶקֶת כְּדֵי רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְשֻׁולְחָנוֹ, אוֹ שֶׁנִּפְרְצָה בָּהּ פִּרְצָה כְּדֵי שֶׁיִּזְדַּקֵּר בָּהּ גְּדִי בְּבַת רֹאשׁ, אוֹ שֶׁנָּתַן עָלֶיהָ נֶסֶר שֶׁהוּא רָחָב אַרְבָּעָה טְפָחִים, אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא הִכְנִיס לְתוֹכָהּ אֶלָּא שְׁלֹשָׁה טְפָחִים — פְּסוּלָה.

Dirons-nous qu'une baraita vient à son appui : [une soukka] qui ne contient pas la tête d'un homme, la plus grande partie de son corps et sa table ; ou dans laquelle s'est ouverte une brèche telle qu'un chevreau y passerait d'un bond ; ou sur laquelle il a posé une planche large de quatre tefahim — même s'il n'en a fait entrer que trois tefahim à l'intérieur — elle est passoule.

📜 Rachi (4)
וְשֶׁאֵינָהּ מַחְזֶקֶת כְּדֵי רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ וְשֻׁולְחָנוֹ גָּרְסִינַן וְל"ג אֶלָּא:
Notre version se lit « et qui ne contient pas la tête, la plus grande partie du corps et la table » ; on ne lit pas « ela » (mais).
אוֹ שֶׁנִּפְרְצָה בָּהּ פִּרְצָה בְּאַחַת הַדְּפָנוֹת סָמוּךְ לַקַּרְקַע:
Ou dans laquelle s'est ouverte une brèche — dans l'une des parois, près du sol.
שֶׁיִּזְדַּקֵּר גְּדִי דְּהַייְנוּ שְׁלֹשָׁה טְפָחִים:
Qu'un chevreau y passerait d'un bond — c'est-à-dire trois tefahim.
בְּבַת רֹאשׁ בְּהֶדְיָא וּבְרִיוַּח:
D'un bond — d'un seul élan et à son aise.
💡 Explication

La Guemara cherche à appuyer Rav Houna. La baraita énumère trois défauts qui rendent la soukka passoule ; c'est le troisième qui intéresse : une planche large de quatre tefahim dont trois seulement entrent dans la soukka invalide quand même.

Or trois tefahim de sekhakh invalide ne devraient rien faire. Si la baraita invalide malgré tout, c'est qu'elle compte les quatre tefahim de la planche en tant que planche, indépendamment de ce qui est effectivement exposé — exactement la thèse de Rav Houna.

15
הֵיכִי דָמֵי, (מַאי) לָאו כְּגוֹן שֶׁהֲפָכָן עַל צִידֵּיהֶם? לֹא, הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן — כְּגוֹן דְּאַנְּחַהּ אַפֻּומָּא דִמְטַלַּלְתָּא, דְּעָיֵיל תְּלָתָא לְגָיו וְאַפֵּיק חַד לְבַר, דְּהָוֵה לֵיהּ פְּסָל הַיּוֹצֵא מִן הַסֻּוכָּה, וְכָל פְּסָל הַיּוֹצֵא מִן הַסֻּוכָּה — נִידּוֹן כְּסֻוכָּה.

De quel cas s'agit-il ? N'est-ce pas, par exemple, qu'il les a retournées sur leur tranche ?

Non : de quoi traitons-nous ici ? Du cas où il l'a posée à l'entrée de la soukka (al pouma de-matlalta), en faisant entrer trois tefahim à l'intérieur et dépasser un tefah au-dehors : il se trouve alors que c'est du pessel qui sort de la soukka, et tout pessel qui sort de la soukka est jugé comme la soukka elle-même.

📜 Rachi (4)
הֵיכִי דָמֵי דְּרָחָב אַרְבָּעָה וְלֹא הִכְנִיס בּוֹ אֶלָּא שְׁלֹשָׁה:
De quel cas s'agit-il — qu'elle soit large de quatre tefahim et qu'il n'en ait fait entrer que trois.
לָאו שֶׁהֲפָכָן כֻּולָּן עַל צִידֵּיהֶן וְסִיכְּכָהּ כֻּולָּהּ בָּהֶן:
N'est-ce pas qu'il les a retournées — toutes sur leur tranche, et qu'il en a couvert la soukka entière.
דְּאַנְּחָהּ וְנֶסֶר אֶחָד דַּוְוקָא קָאָמַר:
Il l'a posée — et c'est bien d'une seule planche qu'il parle.
אַפּוּמָּא דִּמְטַלַּלְתָּא אֵצֶל רוּחַ רְבִיעִי שֶׁאֵין שָׁם דֹּופֶן דִּלְפַקְיָה מִינֵּיהּ ע"י דֹּופֶן עֲקֻומָּה דְּהָא אֵין כָּאן דֹּופֶן אֶלָּא פֶּתַח ואע"ג דְּלָא עָייְלִי' כּוּלֵּי' לְתוֹךְ חֲלַל דְּפָנוֹת הַצְּדָדִים פָּסוּל דְּהַהוּא טֶפַח דְּאַבָּרַאי מֶיחֱשָׁב נָמֵי כִּי סֻוכָּה דְּאִלּוּ סְכָךְ כָּשֵׁר הֲוָה מֻותָּר לִישֹׁן שָׁם וְיוֹצֵא יְדֵי סֻוכָּה דְּאָמְרִינַן לְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף יט.) פְּסָל הַיּוֹצֵא מִן הַסֻּוכָּה כִּי הַאי גַוְונָא נִידּוֹן כְּסֻוכָּה:
À l'entrée de la soukka — du côté du quatrième vent, là où il n'y a pas de paroi, de sorte qu'on ne puisse l'en dégager par la dofen akouma : il n'y a là aucune paroi, seulement une ouverture. Et bien qu'il n'ait pas fait entrer la planche entière dans l'espace délimité par les parois latérales, elle invalide — car le tefah qui reste au-dehors est lui aussi compté comme faisant partie de la soukka : s'il s'agissait d'un sekhakh kacher, il serait permis d'y dormir et l'on serait quitte de la soukka, car nous disons plus loin (Soukka 19a) que le pessel qui sort de la soukka, en pareil cas, est jugé comme la soukka.
💡 Explication

La Guemara refuse la preuve en changeant le cas de figure. La planche n'a pas été retournée : elle est simplement posée à l'entrée, du côté ouvert de la soukka, là où il n'y a pas de paroi. Trois tefahim entrent, un tefah déborde au-dehors.

Deux conséquences se combinent. D'abord, faute de paroi, la dofen akouma ne peut rien absorber — cette fiction suppose une paroi qui se couderait. Ensuite, le tefah extérieur n'est pas perdu pour le calcul : selon la règle pessel ha-yotse min ha-soukka nidon ke-soukka, le sekhakh qui déborde de la soukka est jugé comme la soukka.

Les quatre tefahim invalidants sont donc bien réunis, sans qu'on ait eu besoin de supposer une planche retournée. La baraita n'appuie plus Rav Houna — et la question reste ouverte sur ce plan, même si Rav Nahman l'a tranchée en pratique.

🖼️ Schéma
La planche posée à l'entrée : trois tefahim dedans, un dehors Vue de dessus. Les traits épais sont des parois, le trait pointillé est le côté ouvert quatrième côté : ouverture, aucune paroi 3 tefahim à l'intérieur 1 tefah dehors La planche ne longe aucune paroi. Impossible d'invoquer la dofen akouma pour l'absorber. Pessel ha-yotse min ha-soukka nidon ke-soukka : le sekhakh qui déborde de la soukka est jugé comme la soukka. Le tefah extérieur compte donc lui aussi -- les quatre tefahim invalidants sont bien réunis. La preuve pour Rav Houna tombe.
La lecture de rechange : la planche est posée sur le côté ouvert. Faute de paroi, la dofen akouma ne joue pas, et le tefah extérieur compte quand même.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).