Sukkah 15a — Réparer un plafond déjà fait, et mesurer le vide entre les broches

Sukkah 15a

Sougya : Le folio s'ouvre sur une michna qui traite un cas très concret : un plafond de planches dont la chape d'argile a été ôtée. Peut-on s'installer dessous au titre de soukka, et à quel prix ?

Deux obstacles pèsent sur cette couverture : elle a été faite pour une maison et non pour une soukka — ta'asse ve-lo min hé-'assouy —, et elle garde l'allure d'un plafond, ce que vise le décret des Sages appelé guezerat tikra. À ces deux obstacles répondent deux gestes : ébranler les planches, ou en retirer une sur deux pour la remplacer par du sekhakh valide.

Beth Chamai exigent les deux gestes, Beth Hillel se contentent de l'un, Rabbi Meir n'accepte que le retrait. La Guemara montre d'abord qu'aucune des deux raisons ne justifie à elle seule une exigence double : elle relit donc l'ébranlement, chez Beth Chamai, comme une concession et non comme une condition.

Mais cette lecture rend Rabbi Meir identique à Beth Chamai, ce qui oblige à relire aussi sa phrase : il ne donne pas un troisième avis, il nie qu'il y ait jamais eu mahloket entre les écoles. Surgit alors une objection d'économie : Rabbi Meir et Rabbi Yehouda se sont déjà opposés sur le décret du plafond en 14a.

Rabbi Yo'hanan tente de distinguer les deux passages en logeant le premier dans le décret des ustensiles, à propos de planches rabotées ; Rav le réfute par les hampes de flèches, mâles et femelles, qu'il refuse de décréter l'une à cause de l'autre. Il faut donc admettre qu'il n'y a pas deux disputes mais une seule, prolongée : Rabbi Yehouda objecte à Rabbi Meir que son décret est celui de Beth Chamai, et Rabbi Meir répond que les écoles n'ont jamais divergé.

Reste le cas de Chemouel, pour qui tout le monde invalide dès quatre tefahim : chez lui la fin de la michna n'aurait plus d'objet. La réponse ouvre une distinction fine, portée par Rachi, entre couvrir à neuf avec des planches et annuler un plafond déjà existant — car l'homme qui retravaille son plafond prouve par ce geste même qu'il connaît la règle, et n'est plus celui que le décret visait.

Une seconde michna clôt le folio avec les broches à rôtir et les longerons de lit : l'espace laissé entre elles semble valider la règle parouts ke-omed, jusqu'à ce que Rav Houna fils de Rav Yehochoua relise kemotan comme nikhnas ve-yotse — de quoi entrer et sortir, donc plus large.

Le fil du folio : réparer un plafond déjà fait, puis mesurer le vide entre les broches Deux michnayot, deux questions : que faut-il FAIRE au plafond existant, et QUELLE PART de vide sauve la couverture Segment 0 -- la michna : un plafond de planches sans sa chape d'argile Rabbi Yehouda rapporte une mahloket : Beth Chamai exigent les deux gestes, ébranler ET retirer une planche sur deux. Beth Hillel se contentent de l'un des deux. Rabbi Meir : seulement retirer, l'ébranlement ne sert à rien. Deux obstacles derrière ces gestes : ta asse ve-lo min hé assouy (faire, non recycler) et guezerat tikra (le décret du plafond). Segments 1 à 4 -- la tenaille sur Beth Chamai, et sa sortie Beth Hillel se comprennent : chacun des deux gestes est un acte de confection, donc l'un suffit. Beth Chamai, non : par ta asse un geste suffirait, par guezerat tikra seul le retrait compte. Pourquoi les deux ? Sortie : chez Beth Chamai, mefakpek n'est pas une exigence mais une concession -- même s'il ébranle, il faut retirer. Segments 5 à 9 -- pourquoi la même dispute deux fois ? Rabbi Meir et Rabbi Yehouda se sont déjà opposés en 14a sur le décret du plafond. Que vient donc ajouter cette michna ? Rabbi Yo'hanan : la première michna portait sur des planches rabotées, et l'enjeu y était le décret des ustensiles. Ecarté par Rav : il ne décrète pas les flèches mâles à cause des femelles ; il ne décrétera pas les planches à cause des kelim. Réponse retenue : ce n'est pas deux disputes mais une seule, prolongée -- Rabbi Yehouda objecte, Rabbi Meir répond. Segments 10 à 11 -- et selon Chemouel ? La découverte du bitoul tikra Pour Chemouel, à quatre tefahim tout le monde invalide -- donc la fin de la michna ne peut pas porter sur cela. Elle porte sur l'ANNULATION d'un plafond déjà là : l'acte prouve qu'on sait que la Torah exige de faire, non de recycler. Reste à savoir si le décret du plafond a encore prise sur un plafond ainsi annulé. Rabbi Meir dit oui, Beth Hillel non. Segment 12 -- seconde michna : broches à rôtir et longerons de lit S'il y a entre elles un espace égal à leur largeur et qu'on l'emplit de sekhakh valide, la soukka est kachère. Et celui qui creuse une soukka dans une meule de gerbes n'a rien fait : le creux était déjà là. Segments 13 à 14 -- égal, est-ce assez ? La règle parouts ke-omed Rav Houna fils de Rav Yehochoua interdit l'égalité ; il relit donc kemotan comme nikhnas ve-yotse : le vide est plus large.
Le mouvement d ensemble du folio : la michna du plafond sans chape, la tenaille sur Beth Chamai, la question du doublon avec 14a, la découverte du bitoul tikra, puis la seconde michna sur la mesure du vide.
Deux obstacles, deux gestes, trois avis Chaque avis se lit comme une réponse à la question : lequel des deux obstacles reste-t-il à lever ? Obstacle 1 : ta asse ve-lo min hé assouy Tu FERAS la soukka -- et non à partir de ce qui est déjà fait. Le plafond a été fait pour une maison, pas pour une soukka. Se lève par N'IMPORTE QUEL acte sur la couverture. Un seul geste suffit donc. Obstacle 2 : guezerat tikra Décret : qu'on n'en vienne pas à s'asseoir sous le plafond de sa propre maison en se disant : quelle différence ? Ne se lève QUE si le plafond cesse d'avoir l'air d'un plafond. Il faut retirer une planche et la remplacer. Geste A -- mefakpek Défaire et ébranler toutes les planches en place. C'est un acte, mais le plafond reste un plafond. Geste B -- notel ahat mibeinatayim Retirer une planche sur deux, y mettre du pessel. C'est un acte, ET l'allure de plafond disparaît. Les trois positions de la michna Beth Chamai A puis B -- les deux Lecture de la Guemara : leur raison est le décret du plafond seul. Le A n'est pas exigé : c'est une concession -- même s'il ébranle, c'est B qui décide de tout. Retiennent guezerat tikra Beth Hillel A ou B -- au choix Leur raison est ta asse ve-lo min hé assouy, et rien d'autre. Ils ne retiennent pas le décret du plafond, même pour des planches larges de quatre tefahim. Ligne de Rabbi Yehouda Rabbi Meir B seul -- jamais A Il ne donne pas un troisième avis sur le remède : il NIE la mahloket. Beth Chamai et Beth Hillel, dit-il, n'ont jamais divergé sur ce point : tous deux exigent le retrait. Retient guezerat tikra
Les deux obstacles qui pèsent sur un plafond existant, les deux gestes qui les lèvent, et la manière dont chacun des trois avis se laisse déduire de cette grille.
Broches et pessel : quand l'égalité suffit-elle ? Vue de dessus d'une couverture alternée -- en gris le sekhakh passoul (broches de métal), en vert le pessel valide Cas 1 -- le valide l'emporte : kachère pour tous Le pessel est plus large que la broche : omed merouba al ha-parouts. Aucune discussion -- la couverture est valide. C'est aussi l'ombre qui l'emporte sur le soleil. Cas 2 -- exactement égal : c'est ici que tout se joue C'est la lecture immédiate de la michna : riva'h beineihen kemotan. Autrement dit parouts ke-omed -- la brèche égale le montant. La michna semble donc trancher la mahloket des Amoraim. Rav Papa : mouttar (permis) Tant que la brèche n'excède pas le montant, la cloison tient. L'égalité suffit. La michna se lit telle quelle : espace égal, soukka kachère. Rien à réinterpréter. Rav Houna fils de Rav Yehochoua : assour Il faut que le montant l'emporte strictement. L'égalité ne fait pas une cloison. La michna paraissait le réfuter : d'où la relecture du mot kemotan au segment 14. Cas 3 -- la sortie de Rav Houna : kemotan veut dire nikhnas ve-yotse L'intervalle est plus large que la planche qu'on y glisse : elle y entre et en sort avec du jeu. Donc le pessel qu'on y met l'emporte sur les broches -- et l'égalité n'a jamais été validée. Tossefot ajoute : de toute façon un filet d'air subsiste, sauf si le pessel déborde sur les broches.
La mesure du vide entre les broches : le cas simple, le cas d égalité qui met en jeu parouts ke-omed, et la relecture de kemotan par Rav Houna fils de Rav Yehochoua.
1
מַתְנִי׳ תִּקְרָה שֶׁאֵין עָלֶיהָ מַעֲזִיבָה, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: מְפַקְפֵּק, וְנוֹטֵל אַחַת מִבֵּינְתַיִם. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: מְפַקְפֵּק, אוֹ נוֹטֵל אַחַת מִבֵּינְתַיִם. רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: נוֹטֵל אַחַת מִבֵּינְתַיִם, וְאֵינוֹ מְפַקְפֵּק.

MICHNA. Un plafond sur lequel il n'y a pas de ma'aziva (la chape d'argile qui le recouvre) — Rabbi Yehouda dit : Beth Chamai disent : il ébranle [les planches], et il en retire une d'entre elles [pour mettre du sekhakh valide à la place] ; et Beth Hillel disent : il ébranle, ou bien il en retire une d'entre elles.

Rabbi Meir dit : il en retire une d'entre elles, et il n'ébranle pas.

📜 Rachi (8)
מַתְנִי' תִּקְרָה שֶׁאֵין עָלֶיהָ מַעֲזִיבָה סְתָם תִּקְרָה בִּנְסָרִים שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה:
Un plafond ordinaire est fait de planches qui ont quatre [tefahim de large].
מַעֲזִיבָה רִצְפַּת טִיט וְדוֹמֶה לוֹ בַּמִּקְרָא בְּסֵפֶר עֶזְרָא (נְחֶמְיָה ג׳:ח׳) וַיַּעַזְבוּ אֶת יְרוּשָׁלַיִם עַד הַחוֹמָה מִלְאוּהָ מִתּוֹכָהּ עָפָר לְהַחְזִיק הַחוֹמָה:
Un revêtement d'argile. On trouve un terme semblable dans l'Écriture, au livre d'Ezra (Nehemie 3,8) : « et ils consolidèrent Jérusalem jusqu'à la muraille » — ils la remplirent de terre à l'intérieur pour renforcer la muraille.
ר' יְהוּדָה אוֹמֵר ב"ש וב"ה נֶחְלְקוּ בַּדָּבָר:
Beth Chamai et Beth Hillel sont en désaccord sur ce point.
ב"ש אוֹמְרִים אִם בָּא לֵישֵׁב תַּחְתֶּיהָ לְשֵׁם סֻוכָּה:
S'il vient s'asseoir dessous au titre de soukka.
מְפַקְפֵּק סוֹתֵר וּמְנַעְנֵעַ אֶת כֻּולָּן וְאַחַ"כּ נוֹטֵל אַחַת מִבֵּינְתַיִם וְנוֹתֵן פֶּסֶל בִּמְקוֹמָהּ וּלְקַמָּן מְפָרֵשׁ לָמָּה לִי תַּרְתֵּי:
Il défait et ébranle toutes [les planches], puis il en retire une d'entre elles et met du pessel (sekhakh valide) à sa place. Plus loin, la Guemara explique pourquoi il en faut deux.
וב"ה אוֹמְרִים מְפַקְפֵּק מִשּׁוּם תַּעֲשֶׂה וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי וְאֵין צָרִיךְ לָתֵת פָּסַל וְרַבִּי יְהוּדָה לְטַעְמֵיהּ דְּמַכְשִׁיר בִּנְסָרִים שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן ד' לְסַכֵּךְ אֶת כֻּולָּהּ וְהַייְנוּ כְּרַב וּשְׁמוּאֵל מְתָרֵץ לָהּ לְקַמָּן בַּגְּמָרָא:
En raison de « ta'asse ve-lo min hé-'assouy » (tu feras — et non à partir de ce qui est déjà fait) ; et il n'est pas nécessaire de mettre du pessel. Et Rabbi Yehouda suit ici sa propre ligne, lui qui valide des planches de quatre [tefahim] pour couvrir toute [la soukka] — ce qui correspond à Rav ; quant à Chemouel, il résoudra la michna plus loin dans la Guemara.
אוֹ נוֹטֵל אַחַת מִבֵּינְתַיִם וְאֵינוֹ צָרִיךְ לְפַקְפֵּק דִּבְהָכִי סַגִּי דְּאִיכָּא עֲשִׂיָּה מְעַלְּיָא:
Et il n'a pas besoin d'ébranler, car cela suffit : il y a là un acte de confection véritable.
רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר נוֹטֵל אַחַת מִבֵּינְתַיִם אֲבָל לֹא יְפַקְפֵּק שֶׁאֵין פִּקְפּוּק מוֹעִיל לוֹ וְר' מֵאִיר לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר אֵין מְסַכְּכִין בִּנְסָרִים וְעַל יְדֵי פָּסַל שֶׁבֵּינְתַיִים מִתְכַּשְּׁרָהּ וְלִשְׁמוּאֵל דְּאָמַר לְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף יז:) סְכָךְ פָּסוּל בַּד' בָּאֶמְצַע מִיתּוֹקְמָא כִּדְפָרֵישִׁית לְעֵיל דְּנִיהְווֹ שְׁנֵי פְּסָלִים בָּאֶמְצַע וְאֵין בּוֹ אֶלָּא ח' אַמּוֹת דְּדֹופֶן עֲקֻומָּה אָמְרִינַן עַד הַפְּסָלִים וּמַפְּקִינַן לְהוּ לַנְּסָרִים מִן הַסֻּוכָּה אִי נָמֵי סְבִירָא לֵיהּ כְּרַב דְּאָמַר לְקַמָּן (שָׁם) סְכָךְ פָּסוּל בֵּין מִן הַצַּד בֵּין מִן הָאֶמְצַע בְּאַרְבַּע אַמּוֹת הִלְכָּךְ לָא פָּסְלִי נְסָרִים שֶׁבֵּינְתַיִם דְּלֵיכָּא שִׁיעוּר פָּסוּל בְּיַחַד:
Mais il n'ébranlera pas, car l'ébranlement ne lui sert de rien. Et Rabbi Meir suit sa propre ligne, lui qui dit qu'on ne couvre pas [la soukka] avec des planches — c'est par le pessel intercalé qu'elle devient kachère. Et selon Chemouel, qui dit plus loin (Soukka 17b) que le sekhakh passoul [invalide] au milieu à partir de quatre [tefahim], on l'établit comme je l'ai expliqué plus haut : qu'il y ait deux bandes de pessel au milieu et que [la soukka] n'ait que huit amot, car pour la dofen akouma (la paroi coudée) nous disons [qu'elle s'étend] jusqu'aux bandes de pessel, et nous faisons sortir les planches [du compte] de la soukka. Ou bien il tient comme Rav, qui dit plus loin (ibid.) que le sekhakh passoul, aussi bien sur le côté qu'au milieu, [n'invalide] qu'à quatre amot ; dès lors les planches intercalées n'invalident pas, car elles n'atteignent pas ensemble la mesure invalidante.
🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר נוֹטֵל אַחַת מִבֵּינְתַיִם אֲבָל לֹא יְפַקְפֵּק. שֶׁאֵין פִּקְפּוּק מוֹעִיל לוֹ וְרַבִּי מֵאִיר לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר אֵין מְסַכְּכִין בִּנְסָרִים וע"י פָּסָל שֶׁבֵּינְתַיִם מִיתַּכְשְׁרָא וְלִשְׁמוּאֵל דְּאָמַר לְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף יז:) סְכָךְ פָּסוּל פּוֹסֵל בָּאֶמְצַע בְּאַרְבָּעָה מִיתּוֹקְמָא כִּדְפָרֵישׁ' לְעֵיל דְּנִיהְווֹ שְׁנֵי פְּסָלִים בְּאֶמְצַע וְאֵין בּוֹ אֶלָּא שְׁמֹנֶה אַמּוֹת דְּדֹופֶן עֲקֻומָּה אָמְרִינַן עַד הַכְּתָלִים וּמַפְּקִינַן לְהָנָךְ נְסָרִים מִן הַסֻּוכָּה אִי נָמֵי ס"ל כְּרַב דְּאָמַר לְקַמָּן סְכָךְ פָּסוּל בֵּין מִן הַצַּד בֵּין בָּאֶמְצַע בְּאַרְבַּע אַמּוֹת הִלְכָּךְ לָא פָּסְלִי נְסָרִים שֶׁבֵּינְתַיִם דְּלֵיכָּא שִׁיעוּר פָּסוּל בְּיַחַד כָּךְ פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס וְהַדִּין עִמּוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ כֵּן דִּבְתִקְרָה שֶׁנְּסָרִים שֶׁלָּהּ רְחָבִים אַרְבָּעָה אַייְרֵי דִּסְתָם תִּקְרָה כָּךְ הִיא וּמִדְּפָסְלִי נֶסֶר ד' מִשּׁוּם גְּזֵרַת תִּקְרָה אַלְמָא סְתָם תִּקְרָה כָּךְ הָיָה וְכֵן מוּכָח בַּגְּמָרָא דְּפָרִיךְ לִשְׁמוּאֵל בְּמַאי פְּלִיגִי וּמַסִּיק דִּבְבִטּוּלֵי תִּקְרָה פְּלִיגִי דִּלְרַבִּי מֵאִיר אֵין מוֹעִיל פִּקְפּוּק לְבַטּוֹלֵי תִּקְרָה שֶׁהַנְּסָרִים אַרְבָּעָה וּלְכָךְ בָּעֵי שֶׁיִּטּוֹל אֶחָד מִבֵּינְתַיִם וְתֵימַהּ אַדְּפָרֵיךְ לְקַמָּן מִבָּרַייְתָא לִשְׁמוּאֵל דְּאָמַר בְּאֶמְצַע פָּסוּל בְּאַרְבָּעָה הֲוָה לֵיהּ לְאַקְשׁוּיֵי מִמַּתְנִי' וּלְשַׁנּוֹיֵי וְי"ל מִשּׁוּם דְּמַתְנִיתִין לָא קָתָנֵי בְּהֶדְיָא נְסָרִים שֶׁל אַרְבָּעָה אֶלָּא מִכֹּחַ סְתָם תִּקְרָה:
« Rabbi Meir dit : il en retire une d'entre elles, mais il n'ébranle pas. » Car l'ébranlement ne lui sert de rien, et Rabbi Meir suit sa propre ligne, lui qui dit qu'on ne couvre pas avec des planches ; c'est par le pessel intercalé qu'elle devient kachère. Et selon Chemouel, qui dit plus loin (Soukka 17b) que le sekhakh passoul invalide au milieu à partir de quatre, on l'établit comme il a été expliqué plus haut : qu'il y ait deux bandes de pessel au milieu et que [la soukka] n'ait que huit amot, car pour la dofen akouma nous disons [qu'elle s'étend] jusqu'aux parois, et nous faisons sortir ces planches [du compte] de la soukka. Ou bien il tient comme Rav, qui dit plus loin que le sekhakh passoul, aussi bien sur le côté qu'au milieu, [n'invalide] qu'à quatre amot ; dès lors les planches intercalées n'invalident pas, car elles n'atteignent pas ensemble la mesure invalidante. Ainsi a expliqué le Qountres (Rachi), et il a raison d'avoir expliqué de la sorte : il s'agit bien d'un plafond dont les planches sont larges de quatre, car un plafond ordinaire est ainsi ; et du fait qu'on invalide une planche de quatre au titre du décret du plafond, il ressort qu'un plafond ordinaire était bien ainsi. Cela ressort également de la Guemara, qui demande selon Chemouel sur quoi ils s'opposent et conclut qu'ils s'opposent sur l'annulation du plafond : pour Rabbi Meir, l'ébranlement ne suffit pas à annuler le plafond puisque les planches ont quatre, et c'est pourquoi il exige qu'on en retire une d'entre elles. Et il y a lieu de s'étonner : plutôt que d'objecter plus loin à Chemouel à partir d'une baraita — lui qui dit qu'au milieu [le sekhakh passoul] invalide à quatre —, on aurait dû objecter depuis notre michna, puis répondre. On peut dire : parce que notre michna n'énonce pas explicitement des planches de quatre, mais seulement par la force du « plafond ordinaire ».
💡 Explication

Un plafond ordinaire, dans le monde de la michna, c'est un lit de planches larges de quatre tefahim recouvert d'une ma'aziva — la chape d'argile qui rend le toit étanche et praticable. Ici la chape manque : il ne reste que les planches nues. Peut-on s'installer dessous au titre de soukka ?

Deux obstacles se superposent, et il faut les tenir distincts pour comprendre tout le folio. Le premier est ta'asse ve-lo min hé-'assouy : la Torah demande de faire une soukka, non de recycler une couverture déjà faite — et celle-ci a été faite pour une maison. Le second est la guezerat tikra, le décret du plafond : on craint que l'homme habitué à s'asseoir sous des planches n'en vienne à s'asseoir sous le plafond de sa propre maison.

À ces deux obstacles répondent deux gestes. Mefakpek : défaire et ébranler l'ensemble des planches, ce qui vaut acte de confection. Notel ahat mibeinatayim : en retirer une d'entre elles et la remplacer par du pessel, du sekhakh valide. Beth Chamai exigent les deux, Beth Hillel se contentent de l'un, Rabbi Meir n'accepte que le second.

2
גְּמָ׳ בִּשְׁלָמָא בֵּית הִלֵּל, טַעְמַיְיהוּ מִשּׁוּם ״תַּעֲשֶׂה״ וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי. אִי מְפַקְפֵּק, עֲבִיד לֵיהּ מַעֲשֶׂה. אִי נוֹטֵל אַחַת מִבֵּינְתַיִם, עֲבַד בָּהּ מַעֲשֶׂה. אֶלָּא בֵּית שַׁמַּאי, מַאי טַעְמַיְיהוּ? אִי מִשּׁוּם ״תַּעֲשֶׂה״ וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי — בַּחֲדָא סַגִּי! אִי מִשּׁוּם גְּזֵרַת תִּקְרָה — בְּנוֹטֵל אַחַת מִבֵּינְתַיִם סַגִּי!

GUEMARA. Soit, pour Beth Hillel : leur raison tient à « ta'asse ve-lo min hé-'assouy » (tu feras — et non à partir de ce qui est déjà fait).

S'il ébranle, il accomplit sur elle un acte ; s'il retire une planche d'entre elles, il a accompli sur elle un acte. Mais Beth Chamai, quelle est leur raison ?

Si c'est au titre de « ta'asse ve-lo min hé-'assouy », un seul [geste] devrait suffire ! Et si c'est au titre du décret du plafond (guezerat tikra), retirer une planche d'entre elles devrait suffire !

📜 Rachi (3)
גְּמ' בִּשְׁלָמָא ב"ה טַעְמֵיהּ מִשּׁוּם תַּעֲשֶׂה וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי בִּפְסוּל וְכֵן מִן הֶעָשׂוּי לְבַיִת וְלֹא לְסֻוכָּה שֶׁאֵין שֵׁם סֻוכָּה עָלָיו גְּזֵרַת תִּקְרָה לֵית לְהוּ בִּמְסַכֵּךְ בִּנְסָרִים וַאֲפִילּוּ בְּנֵי אַרְבָּעָה:
Cela vaut pour ce qui est invalide, et de même pour ce qui a été fait pour une maison et non pour une soukka : le nom de soukka ne s'y attache pas. Quant au décret du plafond, ils ne le retiennent pas pour qui couvre avec des planches, même larges de quatre.
אֶלָּא ב"ש דְּבָעוּ תַּרְתֵּי:
Qui exigent les deux [gestes].
אִי מִשּׁוּם גְּזֵרַת תִּקְרָה אִית לְהוּ דְּאֵין מְסַכְּכִין בִּנְסָרִים מִשּׁוּם הָכִי לָא מְהַנֵּי פִּקְפּוּק:
Ils tiennent qu'on ne couvre pas [la soukka] avec des planches ; c'est pour cela que l'ébranlement ne sert de rien.
💡 Explication

La Guemara commence par ce qui se comprend. Beth Hillel sont limpides : leur seul souci est ta'asse ve-lo min hé-'assouy, et chacun des deux gestes est un acte de confection accompli sur la couverture. Puisqu'un acte suffit à lever cet obstacle, laisser le choix entre les deux gestes est exactement ce qu'on attend.

Beth Chamai, en revanche, sont pris dans une tenaille. Si leur raison est la même que celle de Beth Hillel, alors un geste devrait suffire, et l'on ne voit pas pourquoi ils en exigent deux. Si leur raison est le décret du plafond, alors l'ébranlement est inutile — il ne change rien à l'aspect du toit —, et le retrait seul devrait être exigé. Aucune des deux hypothèses ne rend compte du cumul.

🖼️ Schéma
Pourquoi Beth Chamai reste inexplicable Beth Chamai exigent les DEUX gestes Si leur raison est ta asse ve-lo min hé assouy Ébranler est déjà un acte de confection. Retirer une planche aussi. Un seul des deux devrait suffire. C'est exactement la position de Beth Hillel, qui laisse le choix entre les deux gestes. Si leur raison est le décret du plafond Ébranler ne change rien à l'aspect : on reste assis sous un plafond. Seul le retrait devrait être exigé. Ajouter l'ébranlement serait un geste sans effet sur la cause de l'interdit. Aucune des deux raisons ne produit une exigence double. La Guemara devra donc relire le mot mefakpek chez Beth Chamai.
Les deux raisons possibles de Beth Chamai, et pourquoi ni l'une ni l'autre ne produit une exigence double.
3
לְעוֹלָם מִשּׁוּם גְּזֵרַת תִּקְרָה, וְהָכִי קָאָמְרִי: אַף עַל פִּי שֶׁמְּפַקְפֵּק, אִי נוֹטֵל אַחַת מִבֵּינְתַיִם — אִין, אִי לָא — לָא.

En vérité, c'est au titre du décret du plafond, et voici ce qu'ils disent : bien qu'il ébranle — s'il retire une planche d'entre elles, oui [elle est kachère] ; sinon, non.

📜 Rachi (1)
וְהָכֵי קָאָמְרִי כו' כְּלוֹמַר לָא מְהַנֵּי פִּקְפּוּק אֶלָּא נְטִילָה אַחַת מִבֵּינְתַיִם דְּאִיכָּא מַעֲשֶׂה מְעַלְּיָא וּגְזֵרַת תִּקְרָה נָמֵי בָּטְלָה לָהּ וְהַאי דְּאָמְרִי מְפַקְפֵּק הָכִי קָאָמְרִי הַמְפַקְפֵּק לֹא הוֹעִיל וְנוֹטֵל אַחַת מִבֵּינְתַיִם:
C'est-à-dire : l'ébranlement ne sert de rien, seul le retrait d'une planche d'entre elles [compte], car il y a là un acte véritable et le décret du plafond s'en trouve lui aussi annulé. Et lorsqu'ils disent « il ébranle », voici ce qu'ils veulent dire : celui qui ébranle n'a rien obtenu, et [il lui faut encore] retirer une planche d'entre elles.
💡 Explication

La sortie est une relecture de la syntaxe, non du contenu. Beth Chamai n'exigent pas deux gestes : ils en exigent un seul, le retrait, et le mot mefakpek dans leur bouche n'est pas une exigence mais une concession — « même s'il a ébranlé, cela ne lui aura servi de rien ».

Leur raison est donc uniquement le décret du plafond. Et Rachi note au passage que le retrait fait d'une pierre deux coups : c'est à la fois un acte véritable, qui satisfait ta'asse ve-lo min hé-'assouy, et une rupture de l'aspect du plafond, qui désamorce le décret.

4
אִי הָכִי, אֵימָא סֵיפָא: רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: נוֹטֵל אַחַת מִבֵּינְתַיִם, אֲבָל לֹא יְפַקְפֵּק — רַבִּי מֵאִיר הַיְינוּ בֵּית שַׁמַּאי!

Si c'est ainsi, considère la fin [de la michna] : Rabbi Meir dit : il en retire une d'entre elles, mais il n'ébranlera pas — Rabbi Meir, c'est donc exactement Beth Chamai !

💡 Explication

La réponse précédente a un coût. Si Beth Chamai n'exigent en vérité que le retrait, leur position devient mot pour mot celle de Rabbi Meir. Or la michna présente Rabbi Meir comme un troisième intervenant, après un désaccord entre les deux écoles : elle deviendrait redondante.

L'objection a aussi une portée de fond. Beth Chamai sont un avis écarté ; il serait surprenant qu'un Tana comme Rabbi Meir vienne simplement le reprendre à son compte, sans rien ajouter.

5
הָכִי קָאָמַר: לֹא נֶחְלְקוּ בֵּית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל בְּדָבָר זֶה.

Voici ce qu'il dit : Beth Chamai et Beth Hillel ne sont pas en désaccord sur ce point.

📜 Rachi (1)
ה"ק לֵיהּ רַבִּי מֵאִיר לְר' יְהוּדָה לֹא נֶחְלְקוּ בְּדָבָר זֶה דב"ה כְּוָותֵיהּ סְבִירָא לְהוּ דְּאֵין מְסַכְּכִין בִּנְסָרִים וְלָא מְהַנֵּי פִּקְפּוּק:
Voici ce que Rabbi Meir dit à Rabbi Yehouda : ils ne sont pas en désaccord sur ce point, car Beth Hillel pensent comme lui — on ne couvre pas [la soukka] avec des planches, et l'ébranlement ne sert de rien.
💡 Explication

Rabbi Meir ne propose pas un troisième remède : il conteste la cartographie même du débat. Rabbi Yehouda avait présenté la question comme une mahloket entre les deux écoles ; Rabbi Meir répond qu'il n'y a jamais eu de mahloket — Beth Hillel eux-mêmes exigent le retrait.

Sa phrase n'est donc pas une position halakhique de plus, mais une correction historique adressée à Rabbi Yehouda. C'est ce déplacement qui va permettre à la Guemara, quelques lignes plus loin, de relire toute la fin de la michna comme un dialogue et non comme une liste d'avis.

6
מַאי קָא מַשְׁמַע לַן? דְּרַבִּי מֵאִיר אִית לֵיהּ גְּזֵרַת תִּקְרָה, וְרַבִּי יְהוּדָה לֵית לֵיהּ גְּזֵרַת תִּקְרָה — וְהָא אִפְּלִיגוּ בָּהּ חֲדָא זִימְנָא! דִּתְנַן: מְסַכְּכִין בִּנְסָרִים, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. וְרַבִּי מֵאִיר אוֹסֵר.

Que vient-il nous apprendre ? Que Rabbi Meir retient le décret du plafond et que Rabbi Yehouda ne le retient pas ?

Mais ils se sont déjà opposés une première fois sur ce point ! Car nous avons appris [dans une michna] : « On couvre [la soukka] avec des planches — parole de Rabbi Yehouda ; et Rabbi Meir l'interdit. »

📜 Rachi (1)
וּמַאי קמ"ל דִּסְתָמָא לְמִתְנֵי' מַאי אַשְׁמְעִינַן בְּהַךְ פְּלוּגְתָּא לְמִיתְנְייֵהּ בְּמָתְנֵי':
Que nous apprend l'auteur anonyme de notre michna par ce désaccord, pour qu'il l'enseigne ici ?
💡 Explication

Nouvelle objection, d'un tout autre ordre : celle de l'économie. Une michna n'enseigne pas deux fois la même chose. Or si la fin de notre michna oppose Rabbi Meir, qui retient le décret du plafond, à Rabbi Yehouda, qui ne le retient pas, elle répète purement et simplement la michna citée plus haut (14a) : « on couvre avec des planches — parole de Rabbi Yehouda ; et Rabbi Meir l'interdit ».

La question va commander toute la suite du folio : il va falloir trouver ce qui distingue les deux passages — ou bien reconnaître qu'il n'y a qu'une seule dispute, poursuivie.

7
אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: רֵישָׁא — בִּנְסָרִים מְשֻׁופִּין עָסְקִינַן, וּמִשּׁוּם גְּזֵרַת כֵּלִים נָגְעוּ בָּהּ.

Rabbi H'iya bar Abba dit au nom de Rabbi Yo'hanan : dans la première [michna], nous traitons de planches rabotées, et c'est au titre du décret des ustensiles (guezerat kelim) qu'ils y ont touché.

📜 Rachi (1)
אָמַר ר' חַייָּא בַּר אַבָּא כּוּ' רֵישָׁא לָאו מִשּׁוּם גְּזֵרַת תִּקְרָה אִיפְּלוּג אֶלָּא בִּנְסָרִים שֶׁאֵינָן בְּנֵי אַרְבָּעָה אֲבָל מְשֻׁופִּין הֵן וַחֲלָקִים וְרָאוְיָן לְתַשְׁמִישׁ וּמִשּׁוּם גְּזֵרַת כֵּלִים נָגְעוּ בָּהּ לִפְסֹול אַלִּיבָּא דְּרַבִּי מֵאִיר אע"ג דִּפְשׁוּטֵי כְּלֵי עֵץ נִינְהוּ וְלֹא מְקַבְּלִים טֻומְאָה גָּזַר בְּהוּ אַטּוּ כֵּלִים הַמְקַבְּלִים טֻומְאָה:
Dans la première [michna], ce n'est pas sur le décret du plafond qu'ils se sont opposés : il s'agit de planches qui n'ont pas quatre [tefahim], mais qui sont rabotées, lisses et propres à l'usage — et c'est au titre du décret des ustensiles qu'ils y ont touché pour invalider, selon Rabbi Meir. Bien qu'elles ne soient que des ustensiles de bois plats (pechoutei kelei ets), qui ne reçoivent pas l'impureté, il a décrété à leur sujet à cause des ustensiles qui reçoivent l'impureté.
💡 Explication

Première tentative de dédoublement : les deux michnayot ne parlent pas de la même chose. Selon Rabbi Yo'hanan, la michna de 14a portait sur des planches rabotées — lisses, finies, propres à servir — et plus étroites que quatre tefahim. Le décret du plafond n'y avait donc aucune prise.

L'enjeu y était tout autre : la guezerat kelim. Une planche rabotée est un pechoutei kelei ets, un ustensile de bois plat sans réceptacle ; à ce titre elle ne reçoit pas l'impureté et pourrait servir de sekhakh. Mais Rabbi Meir craint la confusion avec les vrais ustensiles, qui, eux, reçoivent l'impureté et sont invalides. Les deux michnayot enseigneraient donc deux décrets différents.

8
וּלְרַב יְהוּדָה אָמַר רַב, דְּאָמַר: סְכָכָה בְּחִיצִין זְכָרִים — כְּשֵׁרָה. בִּנְקֵבוֹת — פְּסוּלָה, וְלָא גָּזַר זְכָרִים אַטּוּ נְקֵבוֹת. הָכָא נָמֵי לָא נִגְזַר נְסָרִים מְשֻׁופִּין אַטּוּ כֵּלִים!

Et selon Rav Yehouda au nom de Rav, qui a dit : s'il l'a couverte avec des flèches « mâles », elle est kachère ; avec des « femelles », elle est passoule (invalide) — et il n'a pas décrété sur les mâles à cause des femelles : ici aussi, ne décrétons pas sur les planches rabotées à cause des ustensiles !

💡 Explication

L'objection vient de Rav, par la voix de Rav Yehouda. Une hampe de flèche « mâle » est pleine : la pointe s'y emmanche, il n'y a aucun creux, donc pas de beit kiboul (réceptacle) — elle ne reçoit pas l'impureté et sert de sekhakh valide. La hampe « femelle » est creusée en douille : ce creux est un réceptacle, elle reçoit l'impureté et invalide.

Le point décisif est ce que Rav ne fait pas : bien que les deux flèches soient extérieurement identiques et qu'on puisse aisément les confondre, il ne décrète pas la mâle à cause de la femelle. Si la ressemblance ne fonde pas un décret chez lui, elle ne le fondera pas davantage entre la planche rabotée et le véritable ustensile. La lecture de Rabbi Yo'hanan ne tient donc plus, du moins selon Rav.

🖼️ Schéma
Les flèches mâles et femelles : Rav ne décrète pas par ressemblance Ce qui reçoit l'impureté, c'est le réceptacle -- et lui seul Flèche mâle : hampe pleine La pointe s'enfonce sur la hampe : aucun creux. Pas de beit kiboul, donc pas d'impureté. Sekhakh kacher Flèche femelle : hampe creusée creux La douille forme un réceptacle. Beit kiboul : elle reçoit l'impureté. Sekhakh passoul Rav ne décrète PAS la mâle à cause de la femelle, bien qu'elles se ressemblent à s'y méprendre. La ressemblance extérieure ne suffit donc jamais, chez lui, à fonder un décret. Conséquence pour Rabbi Yo'hanan : sa lecture tombe. Si Rav ne décrète pas la mâle à cause de la femelle, il ne décrétera pas la planche rabotée à cause du vrai ustensile.
Les deux sortes de hampes de flèches et ce qu'en tire la Guemara contre la lecture de Rabbi Yo'hanan.
9
אֶלָּא עַל כָּרְחָךְ רֵישָׁא פְּלִיגִי בִּגְזֵרַת תִּקְרָה, וְסֵיפָא פְּלִיגִי בִּגְזֵרַת תִּקְרָה. וְאִפְּלוֹגֵי בְּתַרְתֵּי זִימְנֵי לָמָּה לִי?

Il faut donc dire par force que dans la première [michna] ils s'opposent sur le décret du plafond, et que dans la dernière aussi ils s'opposent sur le décret du plafond. Mais alors, pourquoi faut-il qu'ils s'opposent deux fois ?

💡 Explication

La tentative de dédoublement ayant échoué, la Guemara revient à son point de départ, mais cette fois sans porte de sortie : les deux michnayot portent bien, l'une et l'autre, sur le décret du plafond.

La question de l'économie revient donc intacte, et elle ne pourra plus être résolue en distinguant les sujets. Il faudra la résoudre en changeant la nature du second passage : non pas une seconde dispute, mais la suite de la première.

10
סֵיפָא רַבִּי יְהוּדָה (הִיא), דְּקָא אֲמַר לֵיהּ לְרַבִּי מֵאִיר: אַמַּאי קָא אָסְרַתְּ בִּנְסָרִים — מִשּׁוּם גְּזֵרַת תִּקְרָה? הַאי סְבָרָא לְבֵית שַׁמַּאי הוּא דְּאִית לְהוּ, וּבֵית הִלֵּל לָא גָּזְרִי! וְאָמַר רַבִּי מֵאִיר: לֹא נֶחְלְקוּ בֵּית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל בְּדָבָר זֶה.

La dernière [partie de la michna] est de Rabbi Yehouda, qui dit à Rabbi Meir : pourquoi interdis-tu les planches — au titre du décret du plafond ? Ce raisonnement, ce sont Beth Chamai qui le tiennent, mais Beth Hillel ne décrètent pas !

Et Rabbi Meir de répondre : Beth Chamai et Beth Hillel ne sont pas en désaccord sur ce point.

📜 Rachi (1)
סֵיפָא רַבִּי יְהוּדָה (הִיא) דְּקָאָמַר לֵיהּ לְרַבִּי מֵאִיר אַמַּאי קָאָסְרַתְּ בִּנְסָרִים לְעֵיל (סֻוכָּה דַּף יד.) מִשּׁוּם גְּזֵרַת תִּקְרָה הַךְ סְבָרָא לְבֵית שַׁמַּאי הִיא וּשְׁבַקְתְּ בֵּית הִלֵּל:
Plus haut (Soukka 14a), au titre du décret du plafond. Ce raisonnement est celui de Beth Chamai — et tu délaisses Beth Hillel.
💡 Explication

Voici la solution, et elle est élégante : la fin de la michna n'est pas une seconde dispute, c'est la réplique à la première. Rabbi Yehouda ne se contente pas de réaffirmer sa position ; il attaque celle de Rabbi Meir par un argument de jurisprudence : ton décret du plafond, c'est la thèse de Beth Chamai — or Beth Hillel ne décrètent pas, et la halakha suit Beth Hillel.

Rabbi Meir répond sur le même terrain : il n'y a jamais eu de mahloket entre les écoles sur ce point ; Beth Hillel eux-mêmes exigent le retrait. Il ne s'appuie donc pas sur un avis écarté. Les deux passages forment ainsi une seule dispute prolongée, et l'objection de redondance tombe.

11
הַנִּיחָא לְרַב, דְּאָמַר מַחְלֹוקֶת בְּשֶׁיֵּשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה, דְּרַבִּי מֵאִיר אִית לֵיהּ גְּזֵרַת תִּקְרָה וְרַבִּי יְהוּדָה לֵית לֵיהּ גְּזֵרַת תִּקְרָה. אֶלָּא שְׁמוּאֵל, דְּאָמַר בְּשֶׁאֵין בָּהֶן אַרְבָּעָה מַחֲלֹוקֶת, אֲבָל יֵשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה — דִּבְרֵי הַכֹּל פְּסוּלָה, סֵיפָא בְּמַאי פְּלִיגִי?

Cela va bien selon Rav, qui dit que la mahloket (le désaccord) porte sur des planches qui ont quatre [tefahim] : Rabbi Meir retient le décret du plafond et Rabbi Yehouda ne le retient pas. Mais selon Chemouel, qui dit que la mahloket porte sur des planches qui n'ont pas quatre, tandis que si elles ont quatre, de l'avis de tous elle est passoule — dans la dernière [partie de la michna], sur quoi s'opposent-ils ?

📜 Rachi (2)
לִשְׁמוּאֵל דְּאָמַר אֲבָל יֵשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה דִּבְרֵי הַכֹּל פְּסוּלָה:
Mais si elles ont quatre [tefahim], de l'avis de tous elle est passoule.
סֵיפָא בְּמַאי פְּלִיגִי הָא וַדַּאי סְתָם תִּקְרָה בְּנֵי אַרְבָּעָה הוּא וְקָמַכְשַׁר רַבִּי יְהוּדָה אַלִּיבָּא דְּבֵית הִלֵּל:
Car assurément un plafond ordinaire est fait de planches de quatre — et Rabbi Yehouda le déclare kacher selon Beth Hillel.
💡 Explication

La solution précédente n'est pas neutre : elle suppose que la fin de la michna oppose encore Rabbi Meir et Rabbi Yehouda sur le décret du plafond. Cela convient à Rav, qui loge leur mahloket à partir de quatre tefahim — précisément la largeur des planches d'un plafond ordinaire.

Mais Chemouel place la mahloket en dessous de quatre, et tient qu'à partir de quatre tout le monde invalide. Or notre michna parle d'un plafond, donc de planches de quatre — et pourtant Rabbi Yehouda, selon Beth Hillel, la déclare kachère. Chez Chemouel, l'objet même du désaccord devient introuvable.

12
בְּבַיטּוֹלֵי תִּקְרָה קָא מִיפַּלְגִי: מָר סָבַר בָּטְלָה בְּהָכִי, וּמַר סָבַר בְּהָכִי לָא בָּטְלָה.

C'est sur l'annulation du plafond (bitoul tikra) qu'ils s'opposent : l'un tient qu'il est annulé par cela, et l'autre tient qu'il n'est pas annulé par cela.

📜 Rachi (1)
בְּבִיטּוּלֵי תִּקְרָה כְּלוֹמַר אָמַר לָךְ שְׁמוּאֵל לְעוֹלָם בְּשֶׁיֵּשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה וְלֹא הָיְתָה כָּאן תִּקְרָה מִתְּחִלָּה וְעַכְשָׁיו הוּא בָּא לְסַכֵּךְ בְּהוּ לְשֵׁם סֻוכָּה אֲפִילּוּ רַבִּי יְהוּדָה פְּסִיל דְּגָזְרִינַן מִשּׁוּם תִּקְרָה שֶׁלֹּא יָבֹא וְיֵשֵׁב תַּחַת קוֹרוֹת בֵּיתוֹ וְיֹאמַר מַה לִּי זֶה מַה לִי חֲדָשָׁה אֲבָל הַשְׁתָּא דְּזוֹ תִּקְרָה הָיְתָה וּבָא לִידֵי מַעֲשֶׂה לַעֲשׂוֹת לְשֵׁם סֻוכָּה וְזֶה מוֹכִיחַ שֶׁיּוֹדֵעַ שֶׁאָמְרָה תּוֹרָה תַּעֲשֶׂה וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי פְּלִיגִי רַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי מֵאִיר אִי אִיכָּא תּוּ לְמִגְזַר מִשּׁוּם תִּקְרָה אוֹ לָא רַבִּי יְהוּדָה סָבַר בַּטֻּולֵּי תִּקְרָה לְבֵית שַׁמַּאי צָרִיךְ לִיטֹּול מִבֵּינְתַיִם דאע"ג דְּמוֹכִיחַ שֶׁבָּקִי בְּתַעֲשֶׂה וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי גָּזְרִי בָּהּ וב"ה סָבְרִי כֵּיוָן דְּבָטְלָה וְהוֹכִיחַ שֶׁהַתִּקְרָה פְּסוּלָה תּוּ לֵיכָּא לְמִגְזַר ור"מ סָבַר לֹא נֶחְלְקוּ כו' וְאַף בָּהּ גָּזְרִינַן:
C'est-à-dire : Chemouel te dira qu'en vérité il s'agit de planches qui ont quatre [tefahim]. Là où il n'y avait pas de plafond au départ et où l'on vient maintenant couvrir avec elles au titre de soukka, même Rabbi Yehouda invalide, car nous décrétons à cause du plafond, de peur qu'on n'en vienne à s'asseoir sous les poutres de sa maison en se disant : quelle différence entre celle-ci et une [soukka] neuve ? Mais ici, où c'était déjà un plafond et où l'on accomplit un acte pour le faire au titre de soukka — ce qui prouve qu'on sait que la Torah a dit « tu feras, et non à partir de ce qui est déjà fait » —, Rabbi Yehouda et Rabbi Meir s'opposent sur le point de savoir s'il y a encore lieu de décréter à cause du plafond ou non. Rabbi Yehouda tient que, pour l'annulation du plafond selon Beth Chamai, il faut retirer une planche d'entre elles : bien qu'il prouve qu'il est versé dans « tu feras et non à partir de ce qui est déjà fait », ils décrètent quand même ; et Beth Hillel tiennent que, dès lors qu'il l'a annulé et qu'il a montré que le plafond était invalide, il n'y a plus lieu de décréter. Et Rabbi Meir tient : ils ne sont pas en désaccord, etc. — et là aussi nous décrétons.
💡 Explication

La réponse est l'un des beaux moments du folio, et elle repose entièrement sur Rachi. Chemouel ne recule pas : les planches ont bien quatre tefahim. Mais il faut distinguer deux situations que la largeur ne sépare pas.

Première situation : il n'y avait pas de toit, et l'homme couvre maintenant avec des planches de quatre. Là, même Rabbi Yehouda invalide — rien ne distingue son geste de celui d'un homme qui bâtit un plafond, et le décret joue pleinement. Seconde situation, celle de notre michna : le plafond existait déjà, et l'homme le retravaille pour le faire soukka. Ce geste prouve qu'il connaît la règle du ta'asse ve-lo min hé-'assouy ; il n'est donc plus l'homme distrait que le décret visait.

Reste alors la seule question : cette annulation du plafond suffit-elle à éteindre le décret ? Rabbi Yehouda, selon Beth Hillel, dit oui — l'ébranlement a montré que ce toit était invalide. Rabbi Meir dit non : il faut encore retirer une planche.

🖼️ Schéma
La distinction de Chemouel : couvrir à neuf, ou annuler un plafond déjà là Dans les deux cas les planches ont quatre tefahim -- ce n'est pas la largeur qui change, c'est l'histoire du toit Il n'y avait rien, il couvre maintenant Il pose des planches de quatre au titre de soukka. Rien ne le distingue d'un homme qui bâtit un toit. Même Rabbi Yehouda invalide. Crainte : il s'assiéra demain sous les poutres de sa maison en disant -- quelle différence avec celle-ci ? Le plafond était là, il le retravaille Il ébranle les planches pour les refaire soukka. Ce geste PROUVE qu'il connaît la règle du ta asse. Il n'est plus le distrait que le décret visait. Reste alors la seule question du folio : le décret du plafond a-t-il encore prise sur un tel homme ? C'est là, et là seulement, que se loge la mahloket de la fin de la michna Rabbi Yehouda selon Beth Hillel L'ébranlement annule le plafond : il a montré que ce toit était invalide, plus rien à craindre. Batla be-hakhi -- il est annulé par cela même. Rabbi Meir L'ébranlement n'annule rien : le toit garde son allure de plafond, donc le décret demeure. Il faut retirer une planche sur deux.
Couvrir à neuf ou annuler un plafond existant : la distinction par laquelle Chemouel sauve la fin de la michna.
13
מַתְנִי׳ הַמְקָרֶה סֻוכָּתוֹ בְּשַׁפּוּדִין אוֹ בַּאֲרֻוכּוֹת הַמִּטָּה, אִם יֵשׁ רֶיוַח בֵּינֵיהֶן כְּמוֹתָן — כְּשֵׁרָה. הַחוֹטֵט בְּגָדִישׁ לַעֲשׂוֹת לוֹ סֻוכָּה — אֵינָהּ סֻוכָּה.

MICHNA. Celui qui couvre sa soukka avec des broches [à rôtir] ou avec les longerons du lit : s'il y a entre elles un espace égal à leur [largeur], elle est kachère.

Celui qui creuse dans une meule de gerbes pour s'y faire une soukka — ce n'est pas une soukka.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' הַמִּקְרֶה סֻוכָּתוֹ כְּמוֹ שֶׁאָנוּ עוֹשִׂין שֶׁמְּסַדְּרִין כְּלוֹנָסוֹת תְּחִלָּה בִּסְכָךְ וְנוֹתְנִין פֶּסֶל עֲלֵיהֶן:
Comme nous le faisons : on dispose d'abord des perches dans le sekhakh, puis on pose le pessel dessus.
אֲרֻוכּוֹת אשפונדי"ש בְּלַעַ"ז וּבַגְּמָרָא מְפָרֵשׁ דִּמְקַבְּלֵי טֻומְאָה:
« Longerons » — échponde"s en langue vernaculaire ; et la Guemara explique qu'ils reçoivent l'impureté.
אִם יֵשׁ רֶיוַח בֵּינֵיהֶן כְּמוֹתָן בֵּין שְׁפוּד לְשַׁפּוּד עַל פְּנֵי כֻּולָּהּ וְיִתֵּן שָׁם הַפֶּסֶל וְכֵן עַל פְּנֵי כֻּולָּהּ וּבַגְּמָרָא פָּרִיךְ הָא אֵין הֶכְשֵׁר מְרֻובֶּה עַל הַפָּסוּל:
Entre une broche et l'autre, sur toute son étendue, et il y met le pessel, de même sur toute son étendue. Et dans la Guemara on objecte : mais le [sekhakh] valide n'est pas plus abondant que l'invalide !
⚖️ Rosh (2)
וְשֶׁצִּלָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ כְּשֵׁרָה הָא כִּי הֲדָדֵי פְּסוּלָה וּתְנַן בְּאִידַּךְ פִּירְקִין וְשֶׁחֲמָתָהּ מְרֻובָּה מִצִּלָּתָהּ פְּסוּלָה הָא כִּי הֲדָדֵי כְּשֵׁרָה לָא קַשְׁיָא כָּאן מִלְּמַעְלָה כָּאן מִלְּמַטָּה אָמַר רַב פָּפָּא הַיְינוּ דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי כְּזוּזָא מִלְּעֵיל כְּאִיסְתְּרָא מִתַּחַת אִם הַחַמָּה וְהַצֵּל שָׁוִין מִלְּמַטָּה כְּשֵׁרָה שֶׁבְּיָדוּעַ שֶׁהַצֵּל מִלְמַעְלָה הוּא מְרֻובֶּה וְאִם הַחַמָּה וְהַצֵּל מִלְמַעְלָה שָׁוִין פְּסוּלָה שֶׁבְּיָדוּעַ שֶׁהַחַמָּה מִלְּמַטָּה מְרֻובָּה עַל הַצֵּל וְכֵן פֵּי' רַ"ח וְרַשִׁ"י זַ"ל וְהִקְשָׁה ר"ת וְהָא רַב פָּפָּא גּוּפֵיהּ אִית לֵיהּ בפ"ק דְּעֵירוּבִין דַּף טו: פָּרוּץ כְּעוֹמֵד מֻותָּר וּפָסְקוּ הָתָם דְּהָכִי הִלְכְתָא וְעוֹד אָמְרִינַן בְּפ"ק דְּקִדּוּשִׁין דַּף יא: דְּקָרוּ אִינָשֵׁי לְפַלְּגָא דְּזוּזָא אִסְתֵּירָא. וּפִי' הוּא כָּאן מִלְמַעְלָה מִי שֶׁמּוֹדֵד הָאֲוִיר מִלְמַעְלָה כִּי הֲדָדֵי כְּשֵׁרָה דְּפָרוּץ כְּעוֹמֵד מֻותָּר אֲבָל הָעוֹמֵד לְמַטָּה בָּאָרֶץ וּמְעַייֵּן כְּלַפֵּי מַעְלָה וְנִרְאֶה לוֹ כִּי הֲדָדִי פְּסוּלָה לְפִי שֶׁהָאֲוִיר שֶׁהוּא רָחָב לְמַעְלָה כִּי זוּזָא דּוֹמֶה בְּעֵינָיו קָטָן כְּאִיסְתְּרָא כְּשֶׁעוֹמֵד לְמַטָּה וּרְאָיָה לַדָּבָר כּוֹכָב גָּדוֹל בַּשָּׁמַיִם נִרְאֶה בְּעֵינָיו קָטָן וְנִרְאֶה לִי דְּלָא שַׁיָּיךְ לְהָבִיא לְכָאן פָּרוּץ כְּעוֹמֵד דְּדַוְקָא גַּבֵּי סְכָךְ פָּסוּל וּסְכָךְ כָּשֵׁר הַמֻּונָּחִין זֶה אֵצֶל זֶה שַׁייָּךְ לְהַזְכִּיר פָּרוּץ כְּעוֹמֵד כִּדְמַיְיתֵי לֵיהּ לְעֵיל (סֻוכָּה דַּף טו.) אַמַּתְנִי' דְּהַמְקָרֶה סֻוכָּתוֹ בְּשַׁפּוּדִין וְכוּ' אֲבָל גַּבֵּי סֻוכַּת סְכָךְ וַאֲוִיר נִיתְּנָה הֲלָכָה שֶׁיְּהֵא הַצֵּל מְרֻובֶּה וְכֵן מָצִינוּ לְעִנְיַן פָּרוּץ כְּעוֹמֵד שֶׁל דְּפָנוֹת מוֹעִיל קָנֶה קָנֶה פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה אע"פ שֶׁהַפָּרוּץ מְרֻובֶּה וּלְעִנְיַן סְכָךְ אֵינוֹ מוֹעִיל מִפְּנֵי שֶׁהַחַמָּה מְרֻובָּה ואע"ג שֶׁאִיסְתְּרָא פַּלְגָא דְּזוּזָא אֶפְשָׁר דְּאִיסְתְּרָא מַטְבֵּעַ נְחֹשֶׁת וְרָחָב יוֹתֵר מִזּוּזָא וְכֵן מָצָאתִי כָּתוּב בְּשֵׁם ה"ר יְשַׁעְיָה זַ"ל. וּבַעַל הָעִיטּוּר כָּתַב בְּשֵׁם רַבּוֹתָיו אִם יֵשׁ בֵּין קָנֶה לַקָּנֶה כִּמְלֹא קָנֶה לְמַעְלָה וּלְמַטָּה צִלָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ מוּעֶטֶת לְמַטָּה כְּשֵׁרָה וְאִם לְמַטָּה כִּי הֲדָדֵי וּלְמַעְלָה חַמָּתָהּ מְרֻובָּה מִצִּלָּתָהּ פְּסוּלָה: הַמְעֻובָּה כְּמִין בַּיִת וְכוּ'. ת"ר אֵין הַכּוֹכָבִים נִרְאִין מִתּוֹכָהּ כְּשֵׁרָה אֵין כּוֹכְבֵי חַמָּה נִרְאִין מִתּוֹכָהּ ב"ש פּוֹסְלִין וב"ה מַכְשִׁירִין. יְרוּשַׁלְמִי הֲלָכָה ג הֲדָא אֲמַרְתְּ צְרִיכִין הַכּוֹכָבִים נִרְאִין מִתּוֹכָהּ ר' לֵוִי אָמַר בְּכוֹכְבֵי חַמָּה שָׁנוּ פִּי' צְרִיכִין לְכַתְּחִלָּה כִּדְקָתָנֵי בַּבָּרַיְיתָא ב"ה מַכְשִׁירִין בְּדִיעֲבַד אֲבָל לְכַתְּחִלָּה צָרִיךְ שֶׁיְּהוּ נִרְאִין מִתּוֹכָהּ:
« Et dont l'ombre est plus abondante que le soleil, elle est kachère » — donc si les deux sont égaux, elle est passoule. Or nous avons appris dans un autre chapitre : « et dont le soleil est plus abondant que l'ombre, elle est passoule » — donc si les deux sont égaux, elle est kachère ! Ce n'est pas une difficulté : ici [on mesure] par le haut, là par le bas. Rav Papa dit : c'est ce que les gens disent — « comme un zouz en haut, comme un istera en bas ». Si le soleil et l'ombre sont égaux en bas, elle est kachère, car il est certain que l'ombre est plus abondante en haut ; et si le soleil et l'ombre sont égaux en haut, elle est passoule, car il est certain que le soleil est plus abondant que l'ombre en bas. Ainsi ont expliqué Rabbenou Hananel et Rachi, de mémoire bénie. Et Rabbenou Tam a objecté : mais Rav Papa lui-même tient, au premier chapitre de Erouvin (15b), que « la brèche égale au montant » est permise, et l'on y tranche que telle est la halakha ! De plus, nous disons au premier chapitre de Kidouchin (11b) que les gens appellent istera la moitié d'un zouz. Il explique donc ainsi : « ici par le haut » — celui qui mesure l'espace vide par le haut : s'ils sont égaux, elle est kachère, car la brèche égale au montant est permise ; mais celui qui se tient en bas, sur le sol, et regarde vers le haut, et à qui ils paraissent égaux — elle est passoule, parce que le vide qui est large comme un zouz [en haut] lui paraît petit comme un istera lorsqu'il se tient en bas. Preuve en est : une grande étoile dans le ciel paraît petite à ses yeux. Et il me semble qu'il n'y a pas lieu d'invoquer ici « la brèche égale au montant » : c'est seulement à propos de sekhakh passoul et de sekhakh kacher posés l'un à côté de l'autre qu'il convient de mentionner cette règle, comme on l'invoque plus loin (Soukka 15a) sur la michna « celui qui couvre sa soukka avec des broches, etc. » ; mais pour une soukka faite de sekhakh et de vide, la halakha a été donnée que l'ombre doit être la plus abondante. De même trouvons-nous que, pour la règle de la brèche égale au montant s'agissant des parois, un roseau puis un roseau espacés de moins de trois [tefahim] suffisent, bien que la brèche soit plus grande ; alors que pour le sekhakh cela ne suffit pas, parce que le soleil serait plus abondant. Et bien que l'istera vaille la moitié d'un zouz, il se peut que l'istera soit une monnaie de cuivre plus large que le zouz. Ainsi l'ai-je trouvé écrit au nom de Rabbi Yechaya, de mémoire bénie. Et l'auteur du Ittour a écrit au nom de ses maîtres : s'il y a entre un roseau et l'autre la largeur d'un roseau, en haut comme en bas, son ombre est plus abondante que son soleil et le soleil est moindre en bas — elle est kachère ; et si en bas ils sont égaux, en haut le soleil étant plus abondant que l'ombre — elle est passoule. « Celle qui est épaissie comme une maison, etc. » Nos maîtres ont enseigné : si les étoiles ne sont pas visibles depuis l'intérieur, elle est kachère ; si les « étoiles du soleil » (les taches de lumière) n'y sont pas visibles, Beth Chamai invalident et Beth Hillel validient. Talmud de Jérusalem (halakha 3) : cela veut dire qu'il faut que les étoiles soient visibles depuis l'intérieur ; Rabbi Levi dit : c'est des étoiles du soleil qu'ils ont enseigné. Explication : « il faut » vaut à priori (lekhathila), comme l'enseigne la baraita ; Beth Hillel validient à posteriori (bediavad), mais à priori il faut qu'elles soient visibles depuis l'intérieur.
גְּמָ' אָמַר רָבָא לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בְּאִילָן שֶׁצִּלָּתוֹ מְרֻובָּה מֵחֲמָתוֹ אֲבָל חֲמָתוֹ מְרֻובָּה מִצִּלָּתוֹ כְּשֵׁרָה. וְאַמַּאי וְהָא קָא מְצָרֵף סְכָךְ פָּסוּל בַּהֲדֵי סְכָךְ כָּשֵׁר. אָמַר רַב פָּפָּא כְּשֶׁחֲבָטָן. פרש"י הִשְׁפִּיל עֲנָפָיו לְמַטָּה עַל הַסְּכָךְ וַהֲרֵי הֵן מְעֹורָבִים עִם סְכָךְ כָּשֵׁר וְאֵין נִרְאִין בְּעַיִן וּסְכָךְ כָּשֵׁר רָבֶה עָלָיו וּמְבַטְּלוֹ דְּמִדְּאוֹרַיְיתָּא כָּל מִילֵּי בְּרֻובָּא בָּטֵל א"ה מַאי לְמֵימְרָא מֵהֵיכִי תַּיְתֵי לְמִפְסַל וּמִשּׁוּם שְׁנֵי סְכָכִין לֵיכָּא דְּהָא חַד סְכָכָא הוּא וְלֹא מִשּׁוּם מְחֻובָּר אִיכָּא דְּהָא בְּטִיל לֵיהּ בְּרֻובָּא מַהוּ דְּתֵימָא נִגְזוֹר הֵיכָא דַּחֲבָטָן אַטּוּ הֵיכָא דְּלֹא חֲבָטָן קמ"ל דְּלָא גָזְרִינַן וּמַיְירֵי שֶׁאֵין הַסֻּוכָּה צִלָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ אֶלָּא מֵחֲמַת אִילָן הַפָּסוּל שֶׁמַּשְׁלִימוֹ דְּאִי צִלָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ בְּלֹא אִילָן לָא מִיפַּסְלָא מֵחֲמַת צֵירוּף סְכָךְ פָּסוּל כֵּיוָן דְּכִי שָׁקְלַתְּ לֵיהּ לִפְסֹול אַכַּתִּי צִלָּתָהּ מְרֻובָּה וְכֵן מַשְׁמַע לְשׁוֹן צֵירוּף לְהַשְׁלִים הַשִּׁיעוּר כְּמוֹ שְׁנֵי סְדִינִין מִצְטָרְפִין לְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף יד.) וְהָכִי אָמְרִינַן לְעֵיל (סֻוכָּה דַּף ד.) הָיְתָה גְּבוֹהָה מֵעֶשְׂרִים הוּצִין יוֹרְדִין לְתוֹךְ עֶשְׂרִים אִם צִלָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ כְּשֵׁירָה וְעוֹד מַכְשְׁרִינַן לְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף טו.) הַמִּקְרֶה בְּשַׁפּוּדִין אוֹ בַּאֲרֻוכּוֹת הַמִּטָּה כְּשֶׁיֵּשׁ רִיוַּח בֵּינֵיהֶם כְּמוֹתָן ואע"ג דְּלָא שַׁיָּיךְ בְּהוּ בִּיטּוּל בְּרוֹב כֵּיוָן דְּהַאי לְחוֹדֵיהּ קָאֵי וְהַאי לְחוֹדֵיהּ קָאֵי וְלָא מִיעָרְבָא וְלָא מִיפַּסְלָא מִשּׁוּם דְּמִצְטָרֵף סְכָךְ פָּסוּל בַּהֲדֵי סְכָךְ כָּשֵׁר כֵּיוָן דְּכִי שָׁקְלַתְּ לֵיהּ סַגִּי בְּכָשֵׁר אֲבָל רַבֵּינוּ אֲבִי הָעֶזְרִי כָּתַב בְּשֵׁם רִיבָ"א אִם לֹא חֲבָטָן אַפֵּי' חַמָּתוֹ שֶׁל הָאִילָן מְרֻובֶּה מִצֵּל הָאִילָן וְהַסֻּוכָּה צִלָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ פְּסוּלָה שֶׁהֲרֵי הַצֵּל הוּא מִן הָאִילָן וְלֹא מִן הַסֻּוכָּה שֶׁאִם נִיטַּל סְכַךְ הַסֻּוכָּה אַכַּתִּי אִיכָּא מִצֵּל הָאִילָן ל"ש קָדִים הָאִילָן לַסֻּוכָּה וְלָא שְׁנָא קָדְמָה הַסֻּוכָּה לָאִילָן כֵּיוָן שֶׁמֻּונָּחִין עַל עַנְפֵי הָאִילָן כְּנֶגֶד סְכָךְ הַכָּשֵׁר וּמִיהוּ אִם הוּא כָּךְ שֶׁעַנְפֵי הָאִילָן אֵינָן מַצִּילִין כְּנֶגֶד הַסְּכָךְ אֶלָּא כְּנֶגֶד הָאֲוִיר שֶׁבֵּין סְכָךְ הַכָּשֵׁר כְּשֵׁרָה. וּבְצִלָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ אֵין צֵל הָאִילָן פַיְסֶל הוֹאִיל וְאֵינָן מְכֻוָּונִין וְיֵשׁ בַּכָּשֵׁר כַּשִּׁיעוּר אִם נִיטַּל הַפָּסוּל וְהַפָּסוּל חַמָּתוֹ מְרֻובָּה ע"כ וְהַהִיא דְּהוּצִין לָא מִקְּרֵי סְכָךְ פָּסוּל בְּגָובְהָהּ גּוֹרֵם כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ ר"ת:
GUEMARA. Rava dit : on n'a enseigné [l'invalidité] que pour un arbre dont l'ombre est plus abondante que son soleil ; mais si son soleil est plus abondant que son ombre, elle est kachère. Et pourquoi donc ? Ne combine-t-on pas du sekhakh passoul avec du sekhakh kacher ? Rav Papa dit : lorsqu'il a rabattu [les branches]. Rachi explique : il a abaissé ses branches vers le bas sur le sekhakh, les voilà mêlées au sekhakh kacher et elles ne se distinguent plus à l'œil, et le sekhakh kacher, plus abondant, les annule — car selon la Torah toute chose est annulée dans la majorité. Si c'est ainsi, qu'y avait-il à enseigner ? D'où aurait-on voulu invalider ? Au titre de deux sekhakh, il n'y a pas lieu, puisque c'est un seul sekhakh ; ni au titre du mehoubar (l'attaché au sol), puisqu'il est annulé dans la majorité. On aurait pu croire qu'on décrète le cas où il a rabattu à cause du cas où il n'a pas rabattu — il nous apprend qu'on ne décrète pas. Et il s'agit d'un cas où l'ombre de la soukka n'est plus abondante que son soleil que grâce à l'arbre invalide, qui vient compléter la mesure ; car si son ombre était déjà plus abondante que son soleil sans l'arbre, elle ne serait pas invalidée par la combinaison du sekhakh passoul, puisque si tu retires l'invalide l'ombre reste encore la plus abondante. C'est aussi ce que suggère le terme « combiner » : compléter la mesure, comme « deux draps se combinent » plus loin (Soukka 14a). Ainsi disons-nous plus haut (Soukka 4a) : si elle était haute de plus de vingt [amot] et que des feuillages descendent en deçà de vingt, si son ombre est plus abondante que son soleil elle est kachère. Et nous validons encore plus loin (Soukka 15a) celui qui couvre avec des broches ou avec les longerons du lit lorsqu'il y a entre elles un espace égal à leur largeur, bien qu'il n'y ait là aucune annulation dans la majorité, puisque celui-ci se tient à part et celui-là à part et qu'ils ne se mélangent pas ; et elle n'est pas invalidée du fait que le sekhakh passoul se combine au sekhakh kacher, puisque si tu le retires le kacher suffit. Mais Rabbenou Avi'ezri a écrit au nom du Riva : s'il ne les a pas rabattues, même si le soleil de l'arbre est plus abondant que l'ombre de l'arbre et que l'ombre de la soukka est plus abondante que son soleil, elle est passoule — car l'ombre vient de l'arbre et non de la soukka, puisque si l'on retirait le sekhakh de la soukka il resterait encore de l'ombre de l'arbre ; et il n'y a pas de différence entre le cas où l'arbre précède la soukka et celui où la soukka précède l'arbre, dès lors qu'ils sont posés sur les branches de l'arbre, en face du sekhakh kacher. Toutefois, si les branches de l'arbre n'ombragent pas en face du sekhakh mais en face du vide qui sépare le sekhakh kacher, elle est kachère ; et lorsque son ombre est plus abondante que son soleil, l'ombre de l'arbre ne l'invalide pas, dès lors qu'ils ne sont pas superposés, qu'il y a dans le [sekhakh] kacher la mesure requise si l'on retire l'invalide, et que l'invalide a son soleil plus abondant. Fin de citation. Et le cas des feuillages n'est pas appelé sekhakh passoul : c'est la hauteur qui en est la cause, comme l'a expliqué Rabbenou Tam.
💡 Explication

Nouvelle michna, nouveau problème. On couvre ici avec des broches à rôtir de métal ou avec les longerons du cadre d'un lit : dans les deux cas des ustensiles qui reçoivent l'impureté, donc du sekhakh radicalement invalide. La michna ne les interdit pourtant pas : elle demande simplement qu'il y ait entre elles « un espace égal à leur largeur », que l'on emplit de pessel.

Rachi note que c'est exactement notre pratique : on pose d'abord les perches porteuses, puis le sekhakh par-dessus. Et il annonce déjà l'objection de la Guemara — si le vide égale exactement la broche, le valide n'est pas plus abondant que l'invalide.

La seconde partie de la michna relève d'un autre principe, celui du folio précédent : celui qui creuse une cavité dans une meule de gerbes n'a rien fabriqué — la couverture était là avant lui, et l'on retombe sur ta'asse ve-lo min hé-'assouy.

14
גְּמָ׳ לֵימָא תֶּיהְוֵי תְּיוּבְתָּא דְּרַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ. דְּאִתְּמַר: פָּרוּץ כְּעוֹמֵד, רַב פָּפָּא אָמַר: מֻותָּר. וְרַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ אָמַר: אָסוּר!

GUEMARA. Disons que ce sera une réfutation de Rav Houna fils de Rav Yehochoua !

Car il a été dit : lorsque la partie ouverte égale la partie pleine (parouts ke-omed), Rav Papa dit : c'est permis ; et Rav Houna fils de Rav Yehochoua dit : c'est interdit.

📜 Rachi (1)
גמ' פָּרוּץ כְּעוֹמֵד לְעִנְיַן מְחִיצּוֹת שַׁבָּת אִתְּמַר מְחִיצָּה שֶׁנַּעֲשֵׂית בְּפַסִּין רְחָבִין ג' וְהִנִּיחַ בֵּין פַּס לְפַס כִּמְלֹא פַּס דְּנָפְקָא לֵיהּ מִתּוֹרַת לָבוּד וְכֵן עַל פְּנֵי כֻּולָּהּ דַּהֲוָה לֵיהּ פָּרוּץ כְּעוֹמֵד וְדִכְווָתַהּ הָכָא בְּמַתְנִיתִין דַּהֲוָה לֵיהּ פָּסוּל כְּכָשֵׁר:
Cela a été dit à propos des cloisons du Chabbat : une cloison faite de montants larges de trois [tefahim], entre lesquels on a laissé un intervalle égal à la largeur d'un montant — ce qui la fait sortir de la règle du lavoud —, et ainsi sur toute son étendue : la partie ouverte y égale la partie pleine. Il en va de même ici, dans notre michna, où l'invalide égale le valide.
🗂️ Tossefot (1)
פָּרוּץ כְּעוֹמֵד. נִרְאֶה דַּהֲלָכָה כְּר' יוֹסֵי דְּאָמַר פֶּרֶק שֵׁנִי דִּבְכוֹרוֹת (דַּף יז: וְשָׁם) אֶפְשָׁר לְצַמְצֵם לְכָל הַפָּחוֹת בִּידֵי אָדָם מִדְּאִפְּלִיגִי אָמוֹרָאֵי הָכָא בְּפָרוּץ כְּעוֹמֵד וּבְפֶרֶק שֵׁנִי דְּחֻולִּין (דַּף כֹּח: וְשָׁם) בְּמֶחֱצָה עַל מֶחֱצָה כְּרוֹב וְהָא דְּקָאָמְרִינַן הָתָם גַּבֵּי חֲלָקוֹ לִשְׁנַיִם וְהֵן שָׁוִין דִּטְמֵאִין שְׁנֵיהֶן לְפִי שֶׁאִי אֶפְשָׁר לְצַמְצֵם בִּכְלִי חֶרֶס כּוּלְּהוּ מוֹדוּ כִּדְקָאָמְרִינַן בִּבְכוֹרוֹת (דַּף יז: וְשָׁם) מִשּׁוּם דְּאִית בֵּיהּ גֻּומּוֹת וְאֵין לוֹמַר דִּשְׁמַעְתִּין אֲפִילּוּ כְּמַאן דְּאָמַר אִי אֶפְשָׁר וְקָרֵי פָּרוּץ כְּעוֹמֵד מֶחֱצָה עַל מֶחֱצָה כְּשֶׁדּוֹמֶה לָנוּ שֶׁהֵן שָׁוִין אע"ג דְּשֶׁמָּא אֵינָן שָׁוִין דְּהָא מְפָרֵשׁ טַעְמָא פּ"ק דְעֵירוּבִין (דַּף טו: וְשָׁם) וּבְפֶ' שֵׁנִי דְּחֻולִּין (דַּף כֹּח:) דְּלָא הָוֵי כְּעוֹמֵד וּכְרוּב מִשּׁוּם דְּהָכִי אַגְמְרֵיהּ רַחֲמָנָא לְמֹשֶׁה גְּדֹור רֻובָּא וּשְׁחֹוט רֻובָּא וְתִיפּוֹק לֵיהּ מִשּׁוּם דבלא"ה הוּא אָסוּר מִסָּפֵק מִשּׁוּם דְּשֶׁמָּא שִׁיֵּיר רֻובָּא וְהָא דְּפָרִיךְ בְּגִיטִּין בְּפֶרֶק הַזּוֹרֵק (גִּיטִּין דַּף עח. וְשָׁם:) גַּבֵּי דַּאֲתוֹ תַּרְוַייְהוּ בַּהֲדֵי הֲדָדֵי בְּאַרְבַּע אַמּוֹת וְהָא אִי אֶפְשָׁר לְצַמְצֵם אֲפִילּוּ תְּהֵא הֲלָכָה כר"י הַגְּלִילִי מִכָּל מָקוֹם דֹּוחַק הוּא לְהַעֲמִיד הַמִּשְׁנָה בְּכָךְ שֶׁאֵין רְגִילוּת לִהְיוֹת וּמִסְּתָמָא לֹא כִּווְּנוּ לָבֹא בְּבַת אַחַת וּבְפֶרֶק שְׁבוּעַת הָעֵדוּת (שְׁבוּעוֹת דַּף לב. וְשָׁם) גַּבֵּי כָּפְרוּ שְׁנֵיהֶם כְּאַחַת פָּרִיךְ וְהָא אִי אֶפְשָׁר לְצַמְצֵם וּמְשַׁנֵּי רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי הִיא וְרַבִּי יוֹחָנָן מְשַׁנֵּי אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבָּנָן מַשְׁמַע דְּאֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי וְכֵן פֶּרֶק ד' אַחִין (יְבָמוֹת דַּף כֹּח.) גַּבֵּי אֲחָיוֹת אֵינִי יוֹדֵעַ מִי שְׁנָאָן אָמַר אַלִּיבָּא דְּרַבִּי יוֹחָנָן לָא סְתַם לַן תַּנָּא כר"י הַגְּלִילִי לְכָךְ נִרְאֶה דְּבִידֵי שָׁמַיִם אֵין הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ וְהָנֵי הָווּ כְּבִידֵי שָׁמַיִם אֲבָל בִּידֵי אָדָם הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ כִּדְמוֹכַח הַךְ דִּשְׁמַעְתִּין וּבְפֶרֶק שֵׁנִי דְּחֻולִּין (דַּף כֹּח.) וְיֵשׁ תֵּימַהּ הָא דְּאָמְרִי' פּ"ק דְעֵירוּבִין (דַּף ה:) לֶחִי הַמָּשׁוּךְ מְדֻופְּנֵי שֶׁל מָבוֹי לְתוֹךְ הַמָּבוֹי פָּחוֹת מֵאַרְבַּע אַמּוֹת אֵין צָרִיךְ לֶחִי אַחֵר לְהַתִּירוֹ אַרְבַּע אַמּוֹת צָרִיךְ לֶחִי אַחֵר לְהַתִּירוֹ וְקָאָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ לֹא אָמְרוּ אֶלָּא בְּמָבוֹי שְׁמוֹנָה אֲבָל בְּמָבוֹי שִׁבְעָה נִיתָּר בְּעוֹמֵד מְרֻובֶּה עַל הַפָּרוּץ רַב אָשֵׁי אוֹמֵר אֲפִילּוּ בְּמָבוֹי ח' לֹא צָרִיךְ לֶחִי מִמַּה נַפְשָׁךְ אִי עוֹמֵד נְפִישׁ נִיתָּר בְּעוֹמֵד מְרֻובֶּה עַל הַפָּרוּץ אִי פָּרוּץ נְפִישׁ נִדּוֹן מִשּׁוּם לֶחִי כְּלוֹמַר א"כ אֵין בְּלֶחִי ד' אַמּוֹת מַאי אֲמַרְתְּ שָׁווּ תַּרְוַוייְהוּ הֲוָה לֵיהּ סָפֵק דְּדִבְרֵיהֶם וְכָל סְפֵק דִּבְרֵיהֶם לְהָקֵל מַשְׁמַע דְּאִי אֶפְשָׁר לְבָרֵר הַדָּבָר וי"ל לְעוֹלָם אֶפְשָׁר לִמְדֹּוד וּלְבָרֵר אֶלָּא לֹא הִטְרִיחוּהוּ חֲכָמִים לִמְדֹּוד שֵׁם מִסָּפֵק כֵּיוָן דְּבֵין עוֹמֵד נְפִישׁ בֵּין פָּרוּץ נְפִישׁ לֵיכָּא חֲשַׁשׁ אִיסּוּר אֶלָּא אִם כֵּן הֵן שָׁוִין וּמִילְּתָא דְּלָא שְׁכִיחָא הִיא מִכָּל מָקוֹם אִם הָיְתָה אִיסּוּרָא דְּאוֹרַיְיתָא הָיָה אָסוּר כֵּיוָן דְּאֶפְשָׁר לִמְדֹּוד וּמִזֶּה אֵין לְהַקְשׁוֹת עַל רַב אַשִּׁי כִּי שָׁווּ כִּי הֲדָדֵי לִישְׁתְּרוֹ דְּקַייְמָא לָן פָּרוּץ כְּעוֹמֵד מֻותָּר דְּהָתָם קָאֵי עַל רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ דִּסְבִירָא לֵיהּ פָּרוּץ כְּעוֹמֵד אָסוּר וְיֵשׁ לְפָרֵשׁ דְּהָנֵי אָמוֹרָאֵי דְּפָרוּץ כְּעוֹמֵד וּמֶחֱצָה עַל מֶחֱצָה כְּרוֹב מָצֵי סָבְרִי כְּרַבָּנָן דְּאִי אֶפְשָׁר לְצַמְצֵם אֲפִילּוּ בִּידֵי אָדָם וּמַאן דְּשָׁרֵי כְּשֶׁדּוֹמֶה לָנוּ שֶׁהַפָּרוּץ כְּעוֹמֵד מִשּׁוּם דְּאֵימָא עוֹמֵד מְרֻובֶּה ואת"ל שֶׁהֵן שָׁוִין רַחֲמָנָא אָמַר לֹא תִּפְרוֹץ רֻובָּא וּמַאן דְּאָסַר מִשּׁוּם דְּאָמַר פָּרוּץ מְרֻובֶּה ואת"ל שֶׁהֵן שָׁוִין רַחֲמָנָא אָמַר גְּדוֹר רֻובָּא וְכֵן לְעִנְיַן מֶחֱצָה עַל מֶחֱצָה דִּשְׁחִיטָה וְהַשְׁתָּא נִיחָא טְפֵי הַהִיא דִּסְפֵק דִּבְרֵיהֶם לְהָקֵל כֵּיוָן דְּאִי אֶפְשָׁר לִמְדֹּוד וּמִיהוּ קָשֶׁה דְּמַשְׁמַע דִּסְפֵיקָא דְּאוֹרַיְיתָא הָיָה אָסוּר מִשּׁוּם חֲשָׁשָׁא בְּעָלְמָא שֶׁמָּא הֵן שָׁוִין אַף עַל גַּב דְּאִי עוֹמֵד נְפִישׁ מֻותָּר וְאִי פָּרוּץ נְפִישׁ מֻותָּר וְאִם כֵּן הֵיכִי דִּייֵּק (נָמֵי) פֶּרֶק שֵׁנִי דִּבְכוֹרוֹת (דַּף יז: וְשָׁם) מֵהַהִיא דְּנִמְצָא הָרוּג מְכֻוָּון בֵּין שְׁתֵּי עֲייָרוֹת דְּבִידֵי אָדָם אֶפְשָׁר לְצַמְצֵם הָתָם נָמֵי אַף עַל גַּב דְּאִי אֶפְשָׁר לְצַמְצֵם וּלְכַוֵּון מוֹדוּ רַבָּנָן דִּמְבִיאִין שְׁתֵּי עֲגָלוֹת מִשּׁוּם חֲשָׁשׁ דְּאוֹרָייְתָא מִשּׁוּם דְּשֶׁמָּא הֵן שָׁוִין וְעוֹד לְמָאֵן דְּאָסַר פָּרוּץ כְּעוֹמֵד לֹא אָסַר אֶלָּא מִטַּעַם דְּאָמַר לֵיהּ רַחֲמָנָא לְמֹשֶׁה גְּדוֹר רֻובָּא וְלֹא מִטַּעַם דְּשֶׁמָּא הַפָּרוּץ מְרֻובֶּה וְאִם כֵּן בְּהַהִיא דְּלֶחִי אֲפִילּוּ הָוֵי סְפֵיקָא דְּאוֹרָייְתָא תִּשְׁתְּרֵי כֵּיוָן דְּבֵין פָּרוּץ בֵּין עוֹמֵד נְפִישׁ מֻותָּר וּמֵהַאי דְּפָרִיךְ בִּשְׁמַעְתִּין וְהָא אֶפְשָׁר לְצַמְצֵם אֵין לְדַקְדֵּק שׁוּם דָּבָר דְּרַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל גָּרֵיס וְהָא אִי אֶפְשָׁר לְצַמְצֵם וְכֵן ר"ת וּלְגִירְסָתָם נָמֵי אֵין רְאָיָה שֶׁיְּהֵא הֲלָכָה כֵּן דְּלָא הָוֵי כְּמוֹ אִי אֶפְשָׁר לְצַמְצֵם דְּעָלְמָא אֶלָּא כְּלוֹמַר אִי אֶפְשָׁר בְּשׁוּם עִנְיָן שֶׁלֹּא יְהֵא אֲוִיר מַשֶּׁהוּ בֵּין הַסְּכָךְ לְשַׁפּוּד כְּשֶׁמְּמַלֵּא בְּהֶכְשֵׁר אוֹתוֹ מָלֵא נִכְנָס וְיוֹצֵא דְּאֵינוֹ דּוֹחֵק כָּל כָּךְ הֶכְשֵׁר לְקָרְבוֹ אֵצֶל הַפָּסוּל שֶׁלֹּא יְהֵא אֲוִיר מַשֶּׁהוּ בֵּין הַכָּשֵׁר לִפְסוֹל וְנִמְצָא שֶׁאֵין הֶכְשֵׁר מְרֻובֶּה עַל הָאֲוִיר וְעַל הַפָּסוּל וּמְשַׁנֵּי בְּמַעֲדִיף כְּלוֹמַר עַד שֶׁבָּא מִן הַכָּשֵׁר עַל הַשַּׁפּוּדִים שֶׁמִּכָּאן וּמִכָּאן שֶׁנִּתְכַּסָּה כָּל הָאֲוִיר וְרָבָא מְשַׁנֵּי דַּאֲפִילּוּ תֵּימָא אֵינָן מַעְדִּיפִים אִם הָיוּ נְתוּנִים שְׁתִי נוֹתְנָן עֵרֶב אִי אֶפְשָׁר שֶׁלֹּא יִתְכַּסֶּה כָּל הָאֲוִיר שֶׁהַכָּשֵׁר נִסְמַךְ בִּפְסוּל אִי נָמֵי דַּוְוקָא שְׁתִי וָעֵרֶב מְהַנֵּי לְרָבָא אֲבָל בְּעִנְיָן אַחֵר לֹא דְּגָזְרִינַן שֶׁמָּא לֹא יַעֲדִיף אֲבָל שְׁתִי וָעֵרֶב אִי אֶפְשָׁר בְּלֹא הַעְדָּפָה שֶׁלֹּא יִפֹּול הֶכְשֵׁר וּלְפִי זֶה לָא גָּרְסִינַן כְּמוֹ שֶׁכָּתוּב בְּרוֹב הַסְּפָרִים אָמַר רָבָא אֲפִילּוּ תֵּימָא בְּשֶׁאֵינוֹ מַעֲדִיף וּבְפֶרֶק קַמָּא דְּעֵירוּבִין (דַּף טו:) אֵינוֹ בְּשׁוּם סֵפֶר וּבְהַהִיא דְּסוֹף בְּכוֹרוֹת (דַּף ס:) דְּיָצְאוּ שְׁנַיִם בָּעֲשִׂירִי וּקְרָאָן עֲשִׂירִי מַשְׁמַע דְּסָבַר לָהּ כְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי דְּאָמַר אֲפִילּוּ בִּידֵי שָׁמַיִם אֶפְשָׁר לְצַמְצֵם דְּאִי כְּרַבָּנָן דְּאָמְרִי אִי אֶפְשָׁר לְצַמְצֵם אוֹתוֹ שֶׁקָּדַם הָוֵי עֲשִׂירִי וַאֲפִילּוּ שָׁתַק בּוֹ וַהֲוָה לֵיהּ כְּאִילּוּ קָרָא לָעֲשִׂירִי עֲשִׂירִי וְלָאַחַד עָשָׂר עֲשִׂירִי שֶׁאֵין אַחַד עָשָׂר קָדוֹשׁ שֶׁלֹּא נֶעֱקַר שֵׁם עֲשִׂירִי מִמֶּנּוּ וְכֵן בְּהַהִיא דְּסוֹף פֶּרֶק שֵׁנִי דְּחֻולִּין (דַּף לח:) דְּתַחַת אִמּוֹ פְּרָט לְיָתוֹם דְּאוֹקְמִינַן בָּזֶה פֵּירַשׁ לְמִיתָה וְזֶה פֵּירַשׁ לְחַיִּים וְכֵן בְּפֶרֶק בְּהֵמָה הַמְקַשָּׁה (חֻולִּין דַּף ע.) גַּבֵּי הָא דְּבָעֵי רָבָא הָלְכוּ בְּאֵבָרִים אַחַר הָרֹוב וְיֵשׁ לִדְחוֹת הַהִיא דְּסוֹף בְּכוֹרוֹת דַּאֲפִילּוּ סָבַר אִי אֶפְשָׁר לְצַמְצֵם כֵּיוָן דְּאֵין יָכוֹל לְהַכִּיר אֵיזֶה קָדַם מַשֶּׁהוּ לַחֲבֵירוֹ וְנִתְכַּווֵּן לִקְרוֹת שְׁנֵיהֶם עֲשִׂירִי וּבְבַת אַחַת קְרָאָם לָא דָּמֵי לִקְרֹא לָעֲשִׂירִי עֲשִׂירִי וְאַחַר כָּךְ לְאֶחָד עָשָׂר עֲשִׂירִי וְהָא דְּקָאָמְרִינַן הָתָם אֲבָל בְּבַת אַחַת תַּרְוַוייְהוּ קָדְשִׁי לֹא מַמָּשׁ בְּבַת אַחַת בְּצִמְצוּם [אֶלָּא] כִּדְפֵירַשְׁתִּי וּמִיהוּ קַשְׁיָא דְּפֶרֶק מִי שֶׁהוֹצִיאוּהוּ (עֵירוּבִין דַּף נ.) וּפֶרֶק שֵׁנִי דְּקִדּוּשִׁין (דַּף נא.) פָּרִיךְ מֵהַךְ וְיָצְאוּ שְׁנַיִם בָּעֲשִׂירִי לְרַבָּה דְּאָמַר כֹּל שֶׁאֵינוֹ בְּזֶה אַחַר זֶה אֲפִילּוּ בְּבַת אַחַת אֵינוֹ וּמַשְׁמַע דְּקַשְׁיָא לֵיהּ וְכֵיוָן דִּבְזֶה אַחַר זֶה אֵין אַחֲרוֹן קָדוֹשׁ בְּבַת אַחַת לֹא יְהֵא קָדוֹשׁ לֹא לָזֶה וְלֹא לָזֶה כְּמוֹ מְקַדֵּשׁ אִשָּׁה וַאֲחוֹתָהּ וְהֵיאַךְ יָכוֹל לִהְיוֹת זֶה דְּדַל קְרִיאַת שֵׁם דִּידֵהּ מֵהָכָא כֵּיוָן דְּאִי אֶפְשָׁר לֵיהּ לְצַמְצֵם מִמַּה נַפְשָׁךְ עֲשִׂירִי מֵאֵילָיו קָדוֹשׁ וְיֵשׁ לוֹמַר דְּמִבָּתְרָא פָּרִיךְ הֵיאַךְ הוּא קָדוֹשׁ כֵּיוָן דְּאִי אֶפְשָׁר לְצַמְצֵם אֵינוֹ קָדוֹשׁ אֶלָּא מֵחֲמַת דִּיבּוּרוֹ:
« La partie ouverte égale la partie pleine. » Il semble que la halakha suive Rabbi Yossi [ha-Guelili], qui dit au deuxième chapitre de Bekhorot (17b) qu'il est possible d'atteindre l'exactitude (letsamtsem), au moins de main d'homme — puisque des Amoraim s'opposent ici sur « la brèche égale au montant » et, au deuxième chapitre de Houlin (28b), sur « moitié-moitié vaut majorité ». Et ce qu'on dit là-bas, à propos d'un [ustensile] partagé en deux parties égales, que les deux sont impurs parce qu'il est impossible d'atteindre l'exactitude — pour un ustensile de terre, tous en conviennent, comme on le dit dans Bekhorot (17b), parce qu'il comporte des creux. Et l'on ne peut pas dire que notre sougya vaudrait même selon celui qui tient que l'exactitude est impossible, et qu'on appellerait « brèche égale au montant » ce qui nous paraît égal bien qu'il ne le soit peut-être pas : car on explique la raison au premier chapitre de Erouvin (15b) et au deuxième chapitre de Houlin (28b) — ce n'est pas « comme le montant » ni « comme la majorité » parce que le Miséricordieux a enseigné ainsi à Moche : « clôture la majorité » et « égorge la majorité ». Or [selon l'autre lecture] il suffirait de dire que c'est de toute façon interdit par doute, puisqu'il a peut-être laissé la majorité [ouverte]. Quant à l'objection soulevée dans Guittin, chapitre Ha-zorek (78a), à propos du cas où les deux arrivent en même temps dans les quatre amot — « mais il est impossible d'atteindre l'exactitude ! » —, même si la halakha suivait Rabbi Yossi ha-Guelili, il resterait forcé d'établir la michna dans un cas si peu courant, et vraisemblablement ils n'ont pas visé à arriver exactement en même temps. Et au chapitre Chevouat ha-edout (Chevouot 32a), à propos du cas où tous deux ont nié en même temps, on objecte : « mais il est impossible d'atteindre l'exactitude ! », et l'on répond : c'est Rabbi Yossi ha-Guelili — tandis que Rabbi Yo'hanan répond : tu peux même dire que ce sont les Sages. Cela suggère que la halakha ne suit pas Rabbi Yossi ha-Guelili. De même au chapitre Arba'a ahin (Yevamot 28a), à propos de « les sœurs — je ne sais pas qui les a enseignées », il est dit selon Rabbi Yo'hanan que le Tana ne nous a pas enseigné anonymement comme Rabbi Yossi ha-Guelili. Il semble donc que, pour ce qui est de main du Ciel, la halakha ne suive pas son avis — et ces cas-là sont comme de main du Ciel ; mais pour ce qui est de main d'homme, la halakha suit son avis, comme le prouvent notre sougya et le deuxième chapitre de Houlin (28a). Et il y a lieu de s'étonner de ce qu'on dit au premier chapitre de Erouvin (5b) : un lehi (montant) qui se prolonge depuis la paroi d'une ruelle vers l'intérieur de la ruelle — s'il fait moins de quatre amot, il n'a pas besoin d'un autre lehi pour la permettre ; s'il fait quatre amot, il faut un autre lehi pour la permettre. Et Rav Houna fils de Rav Yehochoua dit : on n'a dit cela que pour une ruelle de huit [amot] ; mais dans une ruelle de sept, elle est permise par « le plein l'emporte sur l'ouvert ». Rav Achi dit : même dans une ruelle de huit, point n'est besoin d'un autre lehi, quoi qu'il en soit — si le plein l'emporte, elle est permise par « le plein l'emporte sur l'ouvert » ; si l'ouvert l'emporte, [le prolongement] est jugé comme un lehi, c'est-à-dire qu'alors le lehi n'a pas quatre amot. Que dirais-tu ? Que les deux sont égaux ? Ce serait un doute rabbinique, et tout doute rabbinique se tranche par l'indulgence. Cela laisse entendre qu'il est impossible de tirer la chose au clair. On peut répondre : en vérité il est possible de mesurer et de tirer la chose au clair, mais les Sages ne l'ont pas obligé à mesurer la par doute, puisque, que le plein l'emporte ou que l'ouvert l'emporte, il n'y a pas de crainte d'interdit — sauf s'ils sont exactement égaux, ce qui est un cas peu fréquent. Néanmoins, s'il s'était agi d'un interdit de la Torah, ce serait interdit, puisqu'il est possible de mesurer. Et de là on ne peut objecter à Rav Achi : quand ils sont égaux, que ce soit permis, puisque nous tenons que « la brèche égale au montant » est permise ! Car là-bas il se tient dans la ligne de Rav Houna fils de Rav Yehochoua, qui tient que la brèche égale au montant est interdite. On peut aussi expliquer que ces Amoraim, sur « la brèche égale au montant » et sur « moitié-moitié vaut majorité », peuvent tenir comme les Sages, pour qui l'exactitude est impossible même de main d'homme. Celui qui permet, lorsque la brèche nous paraît égale au montant, c'est parce qu'on peut dire que le plein l'emporte — et si tu dis qu'ils sont égaux, le Miséricordieux a dit « ne brèche pas la majorité ». Et celui qui interdit, c'est parce qu'il dit que la brèche l'emporte — et si tu dis qu'ils sont égaux, le Miséricordieux a dit « clôture la majorité ». De même pour le moitié-moitié de la chehita. Et dès lors le cas du doute rabbinique tranché par l'indulgence s'explique mieux, puisqu'il est impossible de mesurer. Toutefois cela fait difficulté, car il en ressortirait qu'un doute de la Torah serait interdit par simple crainte qu'ils soient égaux, bien que, si le plein l'emporte ce soit permis et si l'ouvert l'emporte ce soit permis aussi. Si c'est ainsi, comment déduit-on au deuxième chapitre de Bekhorot (17b), du cas du cadavre trouvé exactement à égale distance entre deux villes, qu'il est possible d'atteindre l'exactitude de main d'homme ? Là aussi, même s'il était impossible d'atteindre l'exactitude, les Sages conviendraient qu'on apporte deux génisses par crainte d'un interdit de la Torah, parce qu'elles sont peut-être à égale distance. De plus, celui qui interdit la brèche égale au montant ne l'interdit qu'en raison de ce que le Miséricordieux a dit à Moche — « clôture la majorité » —, et non parce que la brèche serait peut-être plus grande ; dès lors, dans le cas du lehi, même s'il s'agissait d'un doute de la Torah ce serait permis, puisque, que la brèche l'emporte ou que le plein l'emporte, c'est permis. Et de l'objection soulevée dans notre sougya — « mais il est possible d'atteindre l'exactitude ! » — on ne peut rien déduire, car Rabbenou Hananel lit « mais il est impossible d'atteindre l'exactitude », et de même Rabbenou Tam. Et selon leur leçon non plus il n'y a pas de preuve que telle soit la halakha, car il ne s'agit pas de l'impossibilité d'exactitude ordinaire : cela veut dire qu'il est impossible, de quelque manière que ce soit, qu'il n'y ait pas un tant soit peu d'air entre le sekhakh et la broche lorsqu'on emplit de [sekhakh] valide cet espace « où l'on entre et d'où l'on sort », car on ne serre pas le valide contre l'invalide au point qu'il ne reste pas un peu d'air entre le valide et l'invalide ; il se trouve donc que le valide n'est pas plus abondant que l'air et l'invalide réunis. Et l'on répond : dans un cas où il déborde — c'est-à-dire où le [sekhakh] valide vient reposer sur les broches de part et d'autre, de sorte que tout l'air soit couvert. Et Rava répond : tu peux même dire qu'ils ne débordent pas — si [les broches] étaient posées dans le sens de la chaîne, il les pose dans le sens de la trame ; il est alors impossible que tout l'air ne soit pas couvert, le valide s'appuyant sur l'invalide. Ou bien : c'est précisément le croisement chaîne et trame qui est efficace selon Rava, mais autrement non, car nous décrétons de peur qu'il ne fasse pas déborder ; tandis qu'avec chaîne et trame il est impossible qu'il n'y ait pas débordement, sans quoi le valide tomberait. Selon cela, on ne lit pas ce qui est écrit dans la plupart des livres — « Rava dit : tu peux même dire dans un cas où il ne déborde pas » — ; et au premier chapitre de Erouvin (15b), cela ne figure dans aucun livre. Et dans le cas de la fin de Bekhorot (60b), où deux [bêtes] sortent ensemble comme dixième et qu'il les appelle « dixième », il semble qu'on tienne comme Rabbi Yossi ha-Guelili, qui dit que l'exactitude est possible même de main du Ciel ; car selon les Sages, pour qui l'exactitude est impossible, celle qui est sortie la première serait le dixième, même s'il s'est taise à son sujet, et ce serait comme s'il avait appelé « dixième » le dixième et « dixième » le onzième — auquel cas le onzième n'est pas consacré, le nom de dixième n'ayant pas été ôté au premier. De même dans le cas de la fin du deuxième chapitre de Houlin (38b), où « sous sa mère » exclut l'orphelin, que l'on établit dans le cas où l'une s'est séparée vers la mort et l'autre vers la vie ; et de même au chapitre Behema ha-makcha (Houlin 70a), à propos de la question de Rava : suit-on la majorité pour les membres ? On peut écarter le cas de la fin de Bekhorot : même selon celui qui tient que l'exactitude est impossible, dès lors qu'on ne peut discerner laquelle a devancé l'autre d'un rien, qu'il a eu l'intention de les appeler toutes deux « dixième » et qu'il les a appelées en une seule fois, ce n'est pas comparable à celui qui appelle « dixième » le dixième, puis « dixième » le onzième ; et ce qu'on y dit — « mais en une seule fois, toutes deux sont consacrées » — ne veut pas dire exactement en même temps à la rigueur, mais comme je l'ai expliqué. Toutefois cela fait difficulté : au chapitre Mi che-hotsiouhou (Erouvin 50a) et au deuxième chapitre de Kidouchin (51a), on objecte à partir de ce cas des « deux sortis ensemble comme dixième » à Rabba, qui dit que tout ce qui ne vaut pas successivement ne vaut pas non plus simultanément ; et il apparaît que la difficulté est la suivante : puisque, successivement, le second n'est pas consacré, simultanément il ne devrait être consacré ni pour l'un ni pour l'autre, comme celui qui épouse une femme et sa sœur. Or comment cela se peut-il ? Retire d'ici la désignation par la parole : puisqu'il lui est impossible d'atteindre l'exactitude, quoi qu'il en soit le dixième est consacré de lui-même. On peut répondre que l'objection porte sur la seconde : comment est-elle consacrée, puisque, l'exactitude étant impossible, elle ne l'est que par l'effet de sa parole.
💡 Explication

La michna vient de valider une couverture où le vide égale exactement la broche. La Guemara y voit aussitôt une prise de position sur une règle générale : parouts ke-omed, « la brèche égale au montant ». La question se pose surtout pour les cloisons du Chabbat : une paroi faite de montants espacés d'autant qu'ils sont larges est-elle encore une paroi ?

Rav Papa permet : tant que la brèche n'excède pas le plein, la cloison tient. Rav Houna fils de Rav Yehochoua interdit : il faut que le plein l'emporte strictement. Notre michna, lue littéralement, tranche en faveur de Rav Papa — d'où la menace de teyouvta, la réfutation formelle.

Rachi précise pourquoi l'exemple des montants suppose des pièces de trois tefahim : en deçà de trois, la règle du lavoud comblerait l'intervalle et il n'y aurait même plus de brèche à mesurer.

15
אָמַר לְךָ רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ: מַאי כְּמוֹתָן — בְּנִכְנָס וְיוֹצֵא.

Rav Houna fils de Rav Yehochoua peut te répondre : que signifie « égal à leur [largeur] » ? Un [espace] où [le sekhakh valide] entre et sort [avec du jeu].

📜 Rachi (1)
בְּנִכְנָס וְיוֹצֵא שֶׁיְּהֵא פֶּסֶל הָרֹוחַב כְּמוֹתָן יָכוֹל לִיכָּנֵס וּלְיֵצֵא בְּרִיוַּח שֶׁבֵּינְתַיִם דְּהַשְׁתָּא הֲוָה לֵיהּ פָּסַל שֶׁנּוֹתֵן שָׁם מְרֻובֶּה עַל הַשַּׁפּוּדִים וְהָאֲוִיר יוֹתֵר עַל הַשַּׁפּוּדִים:
Que le pessel, large comme elles, puisse entrer et sortir dans l'intervalle qui les sépare ; dès lors, le pessel qu'il y place est plus abondant que les broches, et l'espace [vide] excède [la largeur des] broches.
💡 Explication

La réponse ne conteste pas la michna : elle déplace le sens d'un seul mot. Kemotan, « égal à elles », ne veut pas dire une égalité au millimètre. Il veut dire un intervalle assez large pour qu'une pièce de la largeur d'une broche y entre et en sorte librement — nikhnas ve-yotse, sans forcer.

Or si la planche y entre avec du jeu, c'est que le vide est plus large que la broche. Le pessel qu'on y dépose l'emporte donc réellement sur le sekhakh invalide, et la michna n'a jamais validé un cas d'égalité. La réfutation tombe, et Rav Houna fils de Rav Yehochoua conserve sa position.

Tossefot ajoute une précision de terrain qui prolonge le même souci : même dans ce cas, il subsiste toujours un filet d'air entre le pessel et la broche, puisqu'on ne serre jamais parfaitement. Il faudra donc soit que le pessel déborde sur les broches, soit qu'on croise chaîne et trame — la solution de Rava.

🖼️ Schéma
Deux lectures d'un seul mot : kemotan Lecture 1 -- égal à la lettre L'intervalle mesure exactement la broche. Valide et invalide se partagent le toit. Cela suffit -- parouts ke-omed mouttar. C'est Rav Papa, et c'est la lecture spontanée de la michna. Elle réfuterait Rav Houna fils de Rav Yehochoua. Lecture 2 -- de quoi entrer et sortir Le vide est plus large que la planche à poser : elle y entre et en sort librement. Le pessel l'emporte donc sur les broches. La michna ne dit plus rien sur l'égalité : elle cesse d'être une réfutation. C'est la sortie de Rav Houna fils de Rav Yehochoua.
Les deux lectures du mot kemotan, et comment la seconde retire à la michna toute valeur de réfutation.
✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).