Sougya : Ce folio prolonge la michna des broches à rôtir : lorsqu'on laisse entre elles un vide « comme elles » que l'on comble de sekhakh valide, la soukka est kachère. La question posée ici est une question de mesure — peut-on, oui ou non, ajuster ce vide exactement à la largeur des broches ?
De la réponse dépend le sort de Rav Houna fils de Rav Yehochoua, qui interdit parouts ke-omed, l'ajouré égal au plein. Rachi lit « il est possible d'ajuster » et adresse l'objection à lui seul ; Rabbenou Hananel et Rabbenou Tam lisent « il est impossible d'ajuster » et l'adressent aux deux avis — version que retiennent Tossefot et le Roch, car elle seule laisse la Guemara conforme à la halakha d'Erouvin, qui permet parouts ke-omed.
Deux Amoraim répondent : Rabbi Ami par le surplus donné au vide, Rava par le croisement des sens de pose, puisqu'un roseau couché en travers repose forcément sur les broches. La seconde moitié du folio change de registre : la michna invalide aussi les longerons du lit, et l'on croit y voir une preuve pour Rabbi Ami bar Taviomei, qui invalide les débris d'ustensiles alors même qu'ils ne reçoivent plus la toum'a.
La preuve est retirée : il s'agit d'un longeron avec deux pieds, encore utilisable, donc encore un ustensile véritable. Tossefot y adjoint tout le dossier de Keilim et de Berakhot sur le lit démonté, et le folio se ferme sur la question de la provenance de cette tradition.
Mais il est possible d'ajuster exactement (letsamtsem) ! Rabbi Ami dit : [notre michna parle] d'un cas où l'on donne du surplus (ma'adif) — l'espace laissé entre les broches dépasse leur largeur.
Il faut se souvenir de la fin du folio précédent. La michna a validé une soukka couverte de broches à rôtir dès lors qu'il y a entre elles un vide kemotan, « comme elles ». Prise au pied de la lettre, cette formule validerait parouts ke-omed, c'est-à-dire l'égalité exacte entre l'ajouré et le plein — position de Rav Papa, mais refusée par Rav Houna fils de Rav Yehochoua. Pour ne pas être réfuté, ce dernier avait relu kemotan comme nikhnas ve-yotse : de quoi entrer et sortir, donc un vide légèrement plus large.
Notre segment porte l'objection. Selon la version de Rachi, elle vise Rav Houna seul : sa relecture reposait sur l'idée qu'on ne sait pas ajuster au plus juste ; or si l'on y prête attention, on le peut — et la michna, elle, valide sans restriction. Selon la version de Rabbenou Hananel et de Rabbenou Tam, le texte dit l'inverse — il est impossible d'ajuster — et l'objection vaut alors contre les deux avis.
La réponse de Rabbi Ami est brève : be-ma'adif. La michna ne parle pas d'un vide égal, mais d'un vide auquel on donne du surplus. Le sekhakh valide qui le comble l'emporte donc toujours sur les broches, et la question de l'égalité ne se pose plus.
Rava dit : tu peux même dire qu'il ne donne pas de surplus — si [les broches] étaient posées en chaîne (chti, dans un sens), il pose [le sekhakh valide] en trame ('erev, en travers) ; [si elles étaient posées] en trame, il le pose en chaîne.
Rava n'a pas besoin d'un surplus mesuré : il lui suffit de changer le sens de pose. Si les broches courent dans un sens, on couche les roseaux perpendiculairement — ce que les Sages appellent chti va-'erev, chaîne et trame, le vocabulaire du tissage.
L'argument de Rachi est purement mécanique : un roseau posé parallèlement aux broches tombe dans le vide, faute d'appui ; un roseau posé en travers repose nécessairement sur les broches. Chaque roseau les chevauche donc un peu, et ce chevauchement suffit à rendre le valide majoritaire — il annule le passoul.
Tossefot conteste ce dernier pas : l'annulation par majorité ne fonctionne que lorsque les deux sekhakh sont mêlés et indiscernables, comme dans le cas de « celui qui les a battus ensemble » de Soukka 9b. Ici chacun reste visible à part soi.
« Ou avec les longerons du lit. » Dirons-nous que [cette michna] vient à l'appui de Rabbi Ami bar Taviomei ? Car Rabbi Ami bar Taviomei a dit : s'il l'a couverte de débris d'ustensiles (blaye kelim), elle est passoul.
Le sekhakh doit remplir trois conditions : pousser du sol, être détaché, et ne pas être mekabel toum'a — susceptible de contracter l'impureté rituelle. Un ustensile échoue sur ce dernier point : c'est pourquoi on ne couvre pas une soukka avec un vêtement ou une natte.
Reste le cas du débris. Un chiffon de moins de trois sur trois, ou un longeron arraché à son lit, ne reçoit plus la toum'a : il n'est plus un ustensile. Rabbi Ami bar Taviomei enseigne pourtant qu'il demeure passoul — décret des Sages, parce qu'il vient d'un ustensile.
La Guemara croit trouver une confirmation dans notre michna : elle invalide les longerons du lit, qui ne sont plus rien en eux-mêmes. Le segment suivant écartera cette lecture.
[Non :] c'est comme ce qu'a dit Rabbi Hanan au nom de Rabbi — [il s'agit] d'un longeron avec deux pieds, ou d'une traverse avec deux pieds. Ici aussi : d'un longeron avec deux pieds, ou d'une traverse avec deux pieds.
La preuve tombe. La michna ne parle pas d'un longeron nu, mais d'un ensemble longeron + deux pieds — ou traverse + deux pieds. Un tel fragment peut encore être appuyé contre un mur et servir de couche : c'est toujours un ustensile, susceptible de toum'a. Il est donc passoul par la loi elle-même, sans qu'on ait besoin du décret sur les débris.
Tossefot précise que notre passage suit Rabbi Nehemia : pour les Sages, « longeron + deux pieds » est déjà tahor, seul « traverse + deux pieds » reste tamé. Puisque la Guemara traite les deux ensemble, elle raisonne selon Rabbi Nehemia.
Il ajoute une condition décisive, tirée de Berakhot 50b : tout cela ne vaut que si le lit entier subsiste chez un seul propriétaire, qui compte le remonter. Un lit dont la moitié est perdue, ou partagé entre héritiers, est pur — l'intention de réassembler est ce qui maintient le statut d'ustensile.
Où cela a-t-il été dit, ce propos de Rabbi Hanan au nom de Rabbi ? À propos de ce que nous avons appris dans une michna :
La Guemara vient d'utiliser une parole de Rabbi Hanan au nom de Rabbi comme d'une donnée connue. Fidèle à son habitude, elle demande maintenant d'où elle vient : heikha itmar, où cela a-t-il été énoncé ?
La réponse renvoie à une michna du traité Kelim sur la toum'a du lit démonté — celle-là même que Tossefot a citée ici par anticipation. Le folio s'arrête sur ce seuil : la citation et sa discussion ouvrent le folio suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).