Sukkah 16a — Ce qui vient d'un ustensile, la meule creusée, et la cloison suspendue

Sukkah 16a

Sougya : Le folio commence par livrer la citation annoncée à la fin de 15b : la michna de Kelim sur le lit et la toum'a, où Rabbi Eliezer traite le meuble en bloc (hevila) tandis que les Sages le traitent par membres (evarim) — une traverse avec deux pieds, précise Rabbi Hanan au nom de Rabbi, car on peut encore l'appuyer au mur, y tendre des cordes et s'y asseoir. La Guemara reprend ensuite pour lui-même (goufa) le propos de Rabbi Ami bar Taviomei : couvrir la soukka de débris d'ustensiles est invalide, et Abaye les identifie à des chiffons de moins de trois sur trois, trop petits pour recevoir la moindre toum'a.

Une baraita le confirme par les restes d'une natte de chifa ou de gomi, et fait apparaître le critérium réel : hoil ou-mikeli ka atou, puisqu'ils proviennent d'un ustensile — la disqualification suit l'origine du matériau, non sa pureté présente ; la natte de roseaux, elle, se décide par son usage présumé, ce qui oppose le Tana Kama a Rabbi Eliezer. Le folio revient alors à la michna de la meule creusée et la partage avec Rav Houna : sans vide préalable d'un tefah sur sept, le creusement fabrique le sekhakh et la soukka est invalide ; avec ce vide, il y avait déjà un ohel et l'on n'aménage plus que les parois — distinction transmise deux fois, d'abord comme explication, puis comme résolution d'une contradiction.

La dernière partie ouvre une michna nouvelle sur les parois que l'on tresse de haut en bas ou de bas en haut : Rabbi Yossi se contente de dix tefahim dans les deux sens, les Sages exigent d'approcher le sol à moins de trois, et la Guemara ramène leur désaccord à la question générale de la mehitsa teluya, la cloison suspendue, en renvoyant à la citerne entre deux cours du traité Erouvin.

Le fil du folio : du lit démonté à la cloison suspendue Un folio en quatre temps : on ferme le dossier de l'ustensile, on règle la meule creusée, puis une michna neuve ouvre la question des parois Segments 0-1 : la michna de Kelim citée en 15b -- qu'est-ce qu'un membre de lit ? Rabbi Eliezer : le lit contracte et perd la toum a en bloc (hévila) -- démonté, il n'est plus rien. Les Sages : il la contracte et la perd par membres (evarim). Rabbi Hanan au nom de Rabbi : une traverse plus deux pieds. Pourquoi est-ce encore un ustensile ? On l'appuie au mur, on tend des cordes, on s'assoit dessus. Donc apte au midras. C'est la réponse à la question ouverte à la fin de 15b : la michna parlait bien d'une traverse avec deux pieds. Segments 2-4 : goufa -- ce qui vient d'un ustensile reste invalide pour le sekhakh Rabbi Ami bar Tavioméi : couvrir avec des belaéi kelim, des débris d'ustensiles, est passoul. Abaye définit : des chiffons de moins de trois sur trois -- trop petits pour le pauvre comme pour le riche, donc purs. Baraita à l'appui : les restes d'une natte de chifa ou de gomi, même tombés sous la mesure de toum a, restent passoul. Rachi donne la raison : hoil ou-mikéli ka atou -- puisqu'ils proviennent d'un ustensile qui recevait le midras du zav. Suite de la baraita : natte de roseaux grande kachère, petite passoul ; Rabbi Eliezer invalide même la grande. Segments 5-7 : la meule creusée -- retour à la michna de 15a Michna : celui qui creuse dans une meule pour s'y faire une soukka -- ce n'est pas une soukka (taasse ve-lo min hé-assouy). Rav Houna distingue : sans vide d'un tefah sur sept préalable, il fabrique le sekhakh en creusant -- invalide. Avec un vide d'un tefah : il y avait déjà un ohel, donc déjà un sekhakh ; en creusant il ne fait que les parois -- valide. Deux mises en scène de la même réponse : d'abord comme lo chanou, puis comme résolution d'une contradiction (rami). Segments 8-10 : michna nouvelle -- les parois que l'on descend ou que l'on monte Du haut vers le bas : si le bord inférieur reste à trois tefahim du sol, passoul (le chevreau passe). Du bas vers le haut : dix tefahim suffisent, même sans toucher le sekhakh. Rabbi Yossi : dix tefahim des deux côtés -- donc une paroi suspendue, quelle que soit sa hauteur au-dessus du sol. Guemara : le fond du désaccord est mehitsa teluya mattéret -- une cloison suspendue vaut-elle cloison ? Le folio se ferme en citant la michna d'Erouvin sur la citerne entre deux cours, où l'allègement des eaux est en jeu.
Le fil du folio en quatre temps : le lit démonté, les débris d ustensiles, la meule creusée, et la michna des parois.
Nattes, chiffons, débris : qu'est-ce qui peut servir de sekhakh ? Le critérium n'est pas la toum a actuelle mais l'origine : hoil ou-mikéli ka atou, puisqu'il provient d'un ustensile Un objet à poser en couverture est-il, ou a-t-il été, un ustensile ? Natte de chifa ou de gomi Papyrus, jonc : matière souple, faite pour s'y coucher. Ustensile véritable, apte au midras du zav et de la nidda. Et ses restes ? Même tombés sous six sur six, la mesure de toum a de Kelim 27,2, donc purs désormais. PASSOUL -- ils viennent d'un ustensile Natte de roseaux Le statut dépend de l'usage ordinaire présumé : le setam de l'objet. Grande : setam pour couvrir pas un ustensile -- KACHÈRE Petite : setam pour se coucher ustensile -- PASSOUL Chiffons de moins de 3 sur 3 Définition d'Abaye des belaéi kelim, les débris d'ustensiles de Rabbi Ami bar Tavioméi. Trop petits pour servir au pauvre comme au riche : purs de toute toum a, et l'intention ne les rattrape pas -- son avis est annulé (Tossefot). PASSOUL -- même purs La règle que ces trois cas font apparaître La disqualification ne suit pas la toum a présente. Un débris pur reste passoul parce qu'il porte encore son passé d'ustensile : les Sages ont décrété à son sujet. Le sekhakh doit venir du sol, ne pas recevoir la toum a, et n'avoir jamais été façonné en ustensile. Rabbi Eliezer contre le Tana Kama sur la grande natte Tana Kama : le setam d'une grande natte est la couverture -- ce n'est pas un ustensile, on peut l'employer. Rabbi Eliezer : le setam reste le coucher, quelle que soit la taille -- elle reçoit donc la toum a et devient passoul.
Trois matériaux, un seul critérium : la disqualification suit l origine du matériau, non sa toum a actuelle.
La mahloket des parois : mehitsa teluya mattéret ? Une cloison qui ne touche pas le sol vaut-elle cloison ? Le désaccord de la michna, sa racine, et son ancrage dans Erouvin Tana Kama (les Sages) Du haut vers le bas : il faut arriver à moins de trois tefahim du sol. Raison : au-delà de trois tefahim un chevreau passe d'un seul élan -- le principe de lavoud ne rattache plus la paroi au sol. Du bas vers le haut : dix tefahim suffisent, même sans atteindre le sekhakh. Une cloison suspendue ne permet pas Rabbi Yossi Dix tefahim de tissage suffisent des deux côtés, en montant comme en descendant. Raison : le statut de cloison est acquis dès dix tefahim ; la distance qui la sépare du sol est alors sans effet. Rachi : et même si elle est très haute au-dessus du sol, elle est kachère. Une cloison suspendue permet La racine du désaccord, selon la Guemara Le débat ne porte pas sur la soukka mais sur une règle générale de cloison, empruntée au droit du Chabbat : mehitsa teluya mattéret. Rabbi Yossi l'admet et l'applique donc à la soukka ; les Sages la refusent. Nafka mina immédiate : une paroi de soukka tissée en haut et laissée en l'air est-elle une paroi ? Le renvoi à Erouvin : la citerne entre deux cours On n'y puise pas le Chabbat, car ce serait tirer l'eau du domaine voisin -- sauf si une cloison de dix tefahim a été faite pour la citerne : en haut, en bas dans l'eau, ou à l'intérieur de son rebord (ougan). Rachi : la permission tient à un allègement propre aux eaux, et exige une cloison faite pour l'eau -- pas le simple mur qui sépare déjà les deux cours et passe au-dessus de la citerne. La suite du débat ouvre le folio suivant.
La mahloket de la nouvelle michna et sa racine dans le droit des cloisons du Chabbat.
1
מִטָּה מְטַמֵּאת חֲבִילָה וּמְטַהֶרֶת חֲבִילָה, דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: מְטַמֵּאת אֵבָרִים וּמְטַהֶרֶת אֵבָרִים. מַאי נִיהוּ? אָמַר רַבִּי חָנָן אָמַר רַבִּי: אֲרֻוכָּה וּשְׁתֵּי כְּרָעַיִם, קְצָרָה וּשְׁתֵּי כְּרָעַיִם.

« Un lit contracte la toum'a en bloc (hévila) et se purifie en bloc » — paroles de Rabbi Eliezer. Et les Sages disent : « il contracte la toum'a par membres (evarim) et se purifie par membres. » Qu'est-ce donc [que ces membres] ?

Rabbi Hanan a dit au nom de Rabbi : une traverse longue avec deux pieds, une traverse courte avec deux pieds.

📜 Rachi (2)
חֲבִילָה בְּיַחַד:
En bloc : d'un seul tenant.
וּמְטַהֶרֶת חֲבִילָה אִם טְמֵאָה הִיא אֵין טְבִילָה עוֹלָה לָהּ אֵבָרִים אֵבָרִים אֶלָּא מְתַקְּנָהּ וּמַטְבִּילָהּ:
Et elle se purifie en bloc : si elle est impure, l'immersion ne lui est pas comptée membre par membre ; il faut au contraire la remonter, puis l'immerger.
🗂️ Tossefot (2)
מַטֵּה מְטַמֵּאת חֲבִילָה. מִשְׁנָה הִיא פֶּרֶק י"ח דְּכֵלִים וּמְטַמֵּאת חֲבִילָה כְּשֶׁהִיא מְחֻובֶּרֶת יַחַד אֲבָל נִתְפָּרְקָה אֵבֶר אֵבֶר אֵינָהּ מְקַבֶּלֶת טֻומְאָה אֲפִילּוּ בִּקְצָרָה וּשְׁתֵּי כְּרָעַיִם וּמִכָּל מָקוֹם מוֹדֶה רַבִּי אֱלִיעֶזֶר שֶׁאִם נִתְפָּרְקָה וְחָזַר וְחִיבְּרָהּ חוֹזֶרֶת לְטֻומְאָתָהּ כִּדְקָאָמַר וּמְטַהֶרֶת חֲבִילָה אִם טְמֵאָה הִיא אֵין טְבִילָה עוֹלָה לָהּ אֵבָרִים אֵבָרִים אֶלָּא מְתַקְּנָהּ וּמַטְבִּילָהּ וַחֲכָמִים אוֹמְרִים מְטַמֵּאת אֵבָרִים כִּדְמַסִּיק בַּאֲרֻוכָּה וּשְׁתֵּי כְּרָעַיִם כֵּן רִיהֲטָא דְּמַתְנִי' דְּכֵלִים לִכְאוֹרָה אֲבָל בַּתּוֹסֶפְתָּא דְּכֵלִים לָא מַשְׁמַע הָכִי דְּתַנְיָא כֵּיצַד כָּרַע שֶׁפֵּירְשָׁה מִן הָאֲרֻוכָּה עִם הַקְּצָרָה רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר הֲרֵי זֶה חִיבּוּר וְאִם הַטְּבִילָה אֵינָהּ חוֹצֶצֶת וַחֲכָמִים אוֹמְרִים אֵינוֹ חִיבּוּר וְאִם הַטְּבִילָה חוֹצֶצֶת וּלְפִי שִׁיטַת הַתּוֹסְפ' הָכִי פֵּירוּשָׁא דְּמַתְנִי' וּמְטַמֵּאת חֲבִילָה דִּכְשֵׁם כְּשֶׁכֻּולָּהּ שְׁלֵימָה אִם נִטְמָא אֶחָד מְאֻבָּרֶיהָ נִטְמֵאת כֻּולָּהּ כָּךְ נָמֵי כְּשֶׁפֵּירֵשׁ הֶכְרֵעַ מִן הָאֲרֻוכָּה וְעוֹמֶדֶת עִם הַקְּצָרָה חִיבּוּר הוּא וְאִם נִטְמֵאת הֶכְרֵעַ נִטְמֵאת הַקְּצָרָה וְהַייְנוּ דְּקָתָנֵי בַּתּוֹסֶפְתָּא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר הֲרֵי זֶה חִיבּוּר וּמְטַהֶרֶת חֲבִילָה אִם הִטְבִּיל הֶכְרֵעַ וְהַקְּצָרָה בְּיַחַד אֵין הַקְּצָרָה חוֹצֶצֶת עָלֶיהָ כִּי הֵיכָא דְּלָא חָיְיצָא בְּמַטְבִּיל אֶת הַשְּׁלֵימָה וַחֲכָמִים אוֹמְרִים מִיטַּמֶּאֶת אֵבָרִים וְלֹא חֲבִילָה וְאִם נִטְמֵאת הֶכְרֵעַ הִיא טְמֵאָה וְלֹא קְצָרָה וְאֵינָהּ חִיבּוּר כִּשְׁלֵימָה וְהַייְנוּ זֶה דְּקָתָנֵי בַּתּוֹסֶפְתָּא וחכ"א אֵינָהּ חִיבּוּר וּמְטַהֶרֶת אֵבָרִים מַטְבִּיל הֶכְרֵעַ בִּפְנֵי עַצְמָהּ וְלֹא חֲבִילָה הֶכְרֵעַ עִם הַקְּצָרָה שֶׁהַקְּצָרָה חוֹצֶצֶת עָלֶיהָ וְאֵינָהּ כִּשְׁלֵימָה דְּהַמַּטְבִּיל מִטָּה שְׁלֵימָה אע"פ שֶׁלֹּא פֵּירְקָהּ טְהוֹרָה:
« Un lit contracte la toum'a en bloc. » C'est une michna, au chapitre 18 de Kelim. Et « il contracte la toum'a en bloc » veut dire : lorsqu'il est assemblé d'un seul tenant ; mais s'il a été démonté membre par membre, il ne reçoit plus la toum'a, même [s'il reste] une traverse courte avec deux pieds. Et de toute façon Rabbi Eliezer concède que s'il a été démonté puis réassemblé, il retourne à sa toum'a — comme il est dit : « et il se purifie en bloc », c'est-à-dire que s'il est impur, l'immersion ne lui est pas comptée membre par membre, mais il faut le remonter puis l'immerger. « Et les Sages disent : il contracte la toum'a par membres », comme la Guemara le conclut : par une traverse longue avec deux pieds. Telle est, à première vue, la lecture courante de la michna de Kelim. Mais dans la Tossefta de Kelim cela ne semble pas être ainsi, car on y enseigne : comment ? Un pied qui s'est séparé de la traverse longue en restant avec la traverse courte — Rabbi Eliezer dit : c'est une jonction (hibbour), et s'il l'a immergé [la traverse courte] ne fait pas écran (hatsitsa) ; et les Sages disent : ce n'est pas une jonction, et s'il l'a immergé elle fait écran. Et selon la thèse de la Tossefta, voici comment il faut lire la michna. « Il contracte la toum'a en bloc » : de même que, lorsque le lit est entier, si l'un de ses membres devient impur il devient impur tout entier, de même lorsque le pied s'est séparé de la traverse longue et tient avec la traverse courte, c'est une jonction, et si le pied devient impur la traverse courte devient impure — et c'est ce qu'enseigne la Tossefta : « Rabbi Eliezer dit : c'est une jonction ». « Et il se purifie en bloc » : s'il a immergé le pied et la traverse courte ensemble, la traverse courte ne fait pas écran sur lui, tout comme elle ne fait pas écran lorsqu'on immerge [le lit] entier. « Et les Sages disent : il contracte la toum'a par membres » et non en bloc : si le pied devient impur, lui seul est impur et non la traverse courte, et ce n'est pas une jonction comme dans le cas du lit entier — et c'est ce qu'enseigne la Tossefta : « et les Sages disent : ce n'est pas une jonction ». « Et il se purifie par membres » : il immerge le pied à part, et non en bloc le pied avec la traverse courte, car la traverse courte fait écran sur lui, et ce n'est pas comme le lit entier — car celui qui immerge un lit entier, même sans l'avoir démonté, [ce lit] est pur.
וּמְטַהֶרֶת חֲבִילָה. מַשְׁמַע דִּפְשׁוּטֵי כְּלֵי עֵץ טְמֵאִין כְּגוֹן מִטָּה דְּחַזְיָא לְמִדְרָסוֹת וְאִית לְהוּ טָהֳרָה בְּמִקְוֶה וְהָא דְּמַשְׁמַע פֶּרֶק רַבִּי עֲקִיבָא (שַׁבָּת דַּף פד. וְשָׁם) דְּמַפָּץ אֵין לָהּ טָהֳרָה בַּמִּקְוֶה אוֹמֵר ר"ת דְּהָתָם בְּשֶׁל שִׁיפָא וְשֶׁל גֶּמִי וְהָא דְּאָמְרִינַן פ' כֵּיצַד הָרֶגֶל (בּ"ק דַּף כה: וְשָׁם) גַּבֵּי מַפָּץ וְקָמַיְיתֵי לַהּ בֵּין לְטֻומְאַת עֶרֶב בֵּין לְטֻומְאַת שִׁבְעָה דְּמַשְׁמַע שֶׁיֵּשׁ לוֹ טָהֳרָה לְאַחַר שִׁבְעָה דַּאֲפִילּוּ בָּאנוּ לְפָרֵשׁ דִּלְדִין טֻומְאַת שִׁבְעָה קָאָמַר כְּלוֹמַר לִהְיוֹת אַב הַטֻּומְאָה מִשּׁוּם דְּאֵין לְךָ דָּבָר הַטָּמֵא טֻומְאַת שִׁבְעָה אֶלָּא אִם כֵּן הוּא אַב הַטֻּומְאָה מִכָּל מָקוֹם אִי לֵית לֵיהּ טָהֳרָה בְּמִקְוֶה אֵין יָכוֹל לֵיעָשׂוֹת אַב הַטֻּומְאָה כִּדְמוֹכַח בְּשִׁילְהֵי עֵירוּבִין (דַּף קד:) אֶלָּא צָרִיךְ לוֹמַר דְּהַהִיא בָּרַיְיתָא דְּמַפָּץ בְּמֵת מִנַּיִן מַשְׁמַע דְּמַייְרֵי לֵיהּ בְּכָל מַפָּץ בֵּין בְּשֶׁל עֵץ כְּגוֹן מַחְצֶלֶת שֶׁל קָנִים בֵּין בְּשֶׁל שִׁיפָא וְגֶמִי וְדָייְקִינַן פֶּרֶק אָמַר רַבִּי עֲקִיבָא (שַׁבָּת דַּף פד.) מִמַּפָּץ שֶׁל שִׁיפָא וְגֶמִי וּבְפֶרֶק כֵּיצַד הָרֶגֶל (בּ"ק דַּף כה:) דָּייְקִינַן מִמַּפָּץ שֶׁל עֵץ וְהָא דְּאִית לְהוּ לִפְשׁוּטֵי כְּלֵי עֵץ טָהֳרָה בְּמִקְוֶה אַף עַל גַּב דִּקְרָא דִּבְמַיִם יוּבָא דִּבְסוֹף פָּרָשַׁת שְׁמִינִי כְּתִיב גַּבֵּי מְקַבְּלֵי כְּלִי עֵץ דִּכְתִיב מִכָּל כְּלִי עֵץ אוֹ בֶגֶד אוֹ עוֹר אוֹ שָׂק מִכָּל מָקוֹם נָפְקָא לָן מֵאִידָךְ קְרָא דִּכְתִיב בְּפָרָשַׁת מִדְיָן כָּל מַעֲשֵׂה עִזִּים וְכָל כְּלִי עֵץ תִּתְחַטָּאוּ דְּלֵיכָּא לְמֵימַר מַה מַעֲשֵׂה עִזִּים מְטַלְטֵל מָלֵא וְרֵיקָן דְּלָא שַׁיָּיךְ לְמִדְרַשׁ הָכִי אֶלָּא גַּבֵּי שַׂק שֶׁאֵין דֶּרֶךְ לַעֲשׂוֹתוֹ אֶלָּא מָלֵא וְרֵיקָן שֶׁעָשׂוּי לָשֵׂאת בּוֹ מַשְׂאוֹת כְּדִכְתִיב (בְּרֵאשִׁית מ״ב:כ״ה) וּלְהָשִׁיב כַּסְפֵּיהֶם אִישׁ אֶל שַׂקּוֹ:
« Et il se purifie en bloc. » Il en ressort que les ustensiles de bois plats (pchoutei klei ets) sont impurs — comme le lit, qui est apte au midras — et qu'ils ont une purification au mikve. Et quant à ce qui ressort du chapitre Rabbi Akiva (Chabbat 84a), qu'une natte (mapats) n'a pas de purification au mikve, Rabbenou Tam dit qu'il s'agit là d'une natte de chifa et de gomi. Et quant à ce que nous disons au chapitre Keitsad ha-Reguel (Baba Kama 25b) à propos de la natte, qu'on l'inclut aussi bien pour la toum'a du soir que pour la toum'a de sept jours — ce qui implique qu'elle a une purification après sept jours : même si nous venions à expliquer que c'est de la loi de la toum'a de sept jours qu'il parle, c'est-à-dire du fait d'être av ha-toum'a, puisque tu n'as rien qui soit impur d'une toum'a de sept jours à moins d'être av ha-toum'a — de toute façon, si elle n'a pas de purification au mikve elle ne peut pas devenir av ha-toum'a, comme cela ressort à la fin d'Erouvin (104b). Il faut donc dire que cette baraita, « d'où [sait-on qu'une] natte [devient impure] par le mort ? », parle de toute natte, aussi bien celle de bois — comme une natte de roseaux — que celle de chifa et de gomi ; et au chapitre Amar Rabbi Akiva (Chabbat 84a) on déduit de la natte de chifa et de gomi, tandis qu'au chapitre Keitsad ha-Reguel (Baba Kama 25b) on déduit de la natte de bois. Et quant au fait que les ustensiles de bois plats ont une purification au mikve, bien que le verset « il sera mis dans l'eau », à la fin de la parachat Chemini, soit écrit à propos des ustensiles de bois récepteurs — puisqu'il est écrit « tout ustensile de bois, ou vêtement, ou peau, ou sac » — de toute façon nous le déduisons d'un autre verset, écrit dans la parachat de Midyan : « tout ouvrage de poil de chèvre et tout ustensile de bois, vous les purifierez ». Car on ne peut pas dire : de même que l'ouvrage de poil de chèvre se transporte plein et vide [donc seuls les récipients sont visés] — cette derasha ne peut se faire qu'à propos du sac, dont l'usage n'est justement que d'être plein ou vide, puisqu'il est fait pour porter des charges, comme il est écrit (Bereshit 42,25) : « et pour rendre leur argent, chacun dans son sac ».
💡 Explication

Le folio s'ouvre sur la citation annoncée à la fin de 15b : la michna de Kelim 18,9 sur le lit et la toum'a. Deux positions s'y affrontent. Rabbi Eliezer traite le lit comme un tout indissociable — hévila, en bloc : démonté, il n'est plus un ustensile et ne contracte plus rien ; impur, il ne peut se purifier par immersions séparées, il faut le remonter et l'immerger entier. Les Sages raisonnent par evarim, par membres : chaque pièce garde son statut propre.

La Guemara demande mai nihou — de quels membres parle-t-on ? Un débris quelconque ne serait plus rien. Rabbi Hanan au nom de Rabbi précise : une arukha (traverse longue) avec deux pieds, ou une ketsara (traverse courte) avec deux pieds. C'est exactement la définition dont 15b avait besoin pour retirer la preuve en faveur de Rabbi Ami bar Tavioméi.

🖼️ Schéma
Le lit et ses membres : que reste-t-il un ustensile une fois démonté ? Le lit assemblé cordes tressées arukha = les deux longs côtés ; ketzara = les deux courts kraayim = les quatre pieds démontage Un évar selon Rabbi Hanan au nom de Rabbi une traverse + deux pieds encore un ustensile on l'appuie au mur, on tend des cordes, on s'assoit dessus -- donc apte au midras, et concerné par la toum a selon les Sages Rabbi Eliezer : hévila, en bloc et rien d'autre Démonté, le lit ne contracte plus la toum a ; impur, il ne se purifie pas membre par membre -- il faut le remonter, puis l'immerger entier. Pourquoi ce dossier est-il ici ? Parce que la michna de la soukka invalide les longerons de lit comme sekhakh. Si un longeron avec deux pieds est encore un ustensile véritable, la michna n'a pas besoin d'invoquer les débris d'ustensiles -- et la preuve pour Rabbi Ami bar Tavioméi, retirée en 15b, ne se relève pas. La Guemara y revient en goufa au segment suivant.
Le lit assemblé, un membre au sens des Sages, et l'enjeu de ce dossier pour la soukka.
2
לְמַאי חַזְיָא? לְמִסְמְכִינְהוּ אַגֻּודָּא וּלְמֵיתַב עֲלַייְהוּ וּמִשְׁדֵּא אַשְׁלֵי.

À quoi [ces membres] sont-ils aptes ? À les appuyer contre le mur, à s'asseoir dessus, et à y jeter des cordes.

📜 Rachi (2)
לְמִסְמְכִינְהוּ אַגֻּודָּא לְקָרְבָּן אֵצֶל הַכֹּותֶל הָרָחָב כִּמְלֹא רֹוחַב מִטָּה וְנוֹתֵן עֵצִים מִן הַכְּרָעַיִם וְלַכֹּותֶל לִמְרַאֲשׁוֹתֶיהָ וּלְמַרְגְּלוֹתֶיהָ:
Les appuyer contre le mur : les rapprocher du mur — large comme toute la largeur du lit — et l'on place des bois allant des pieds jusqu'au mur, du côté de la tête et du côté des pieds [du lit].
וּמִשֶּׁדָּא אַשְׁלֵי וְנוֹתֵן חֲבָלִים וּמְסָרֵג וּרְאוּיָה לְמִשְׁכָּב וּמְטַמֵּא מִדְרָס:
Et y jeter des cordes : il place des cordes et les entrelace ; [le meuble] devient apte au coucher, et contracte la toum'a de midras.
💡 Explication

La question est fonctionnelle : un demi-cadre de lit ne tient pas debout tout seul. Le-mai hazya — à quoi cela sert-il encore ? La réponse décrit un montage concret : on appuie la traverse contre le mur (lemismakhinhou agouda), on fixe des bois vers le mur, on tend et entrelace des cordes (mechadda achléi), et l'on obtient une surface sur laquelle on peut s'asseoir ou s'étendre.

Cette aptitude au coucher est décisive : elle rend la pièce susceptible de midras, la toum'a que le zav ou la nidda transmettent par la pression du corps. Un objet apte au midras est un ustensile à part entière — ce qui justifie à la fois la position des Sages dans Kelim et l'invalidation des longerons de lit comme sekhakh.

3
גּוּפָא, אָמַר רַבִּי אַמֵּי בַּר טַבְיוֹמֵי: סִכְּכָהּ בִּבְלָאֵי כֵלִים פְּסוּלָה. מַאי בְּלָאֵי כֵּלִים? אָמַר אַבַּיֵּי: מַטְלָנִיּוֹת שֶׁאֵין בָּהֶם שָׁלֹשׁ עַל שָׁלֹשׁ, דְּלָא חַזְיָין לֹא לַעֲנִיִּים וְלֹא לַעֲשִׁירִים.

La chose elle-même (goufa) : Rabbi Ami bar Tavioméi a dit — s'il l'a couverte de débris d'ustensiles (belaéi kelim), elle est passoul (invalide). Que sont les belaéi kelim ?

Abaye a dit : des chiffons qui n'ont pas trois [doigts] sur trois, car ils ne servent ni aux pauvres ni aux riches.

🗂️ Tossefot (1)
דְּלָא חָזֵי' לֹא לַעֲנִיִּים וְלֹא לַעֲשִׁירִים. וַאֲפִילּוּ חִישֵּׁב עֲלֵיהֶן בָּטְלָה דַּעְתּוֹ וְהָא דְּמַשְׁמַע בִּזְבָחִים פֶּרֶק דַּם חַטָּאת (זְבָחִים דַּף צַד.) דְּמַטְלִית פְּחוּתָה מִשָּׁלֹשׁ עַל שָׁלֹשׁ מְהַנְּיָא בֵּיהּ מַחְשָׁבָה דְּלָא דָּמֵי דְּהָתָם מַחְשַׁבְתּוֹ נִיכֶּרֶת מִתּוֹךְ מַעֲשָׂיו כִּדְפָרֵישִׁית פֶּרֶק כ"ח דְּכֵלִים:
« Car ils ne servent ni aux pauvres ni aux riches. » Et même s'il a formé une intention (ma'hchava) à leur sujet, son avis est annulé [devant celui de tous]. Et quant à ce qui ressort de Zevahim, chapitre Dam Hatat (94a), qu'à propos d'un chiffon de moins de trois sur trois l'intention est efficace — ce n'est pas comparable, car là-bas son intention se reconnaît à travers ses actes, comme je l'ai expliqué au chapitre 28 de Kelim.
💡 Explication

Goufa — « la chose elle-même » : la Guemara avait cité en 15b le propos de Rabbi Ami bar Tavioméi pour en tirer une preuve ; elle revient maintenant l'examiner pour lui-même. Sa règle : couvrir la soukka avec des belaéi kelim, des débris d'ustensiles usés, invalide la soukka.

Abaye en donne la mesure : des chiffons de moins de trois doigts sur trois. C'est le seuil en dessous duquel un tissu n'est plus utilisable — ni par un pauvre, qui se contente de peu, ni par un riche. Un tel chiffon ne reçoit donc plus aucune toum'a. Et pourtant il reste passoul : c'est tout le paradoxe que le folio met en place — la disqualification suit l'origine du matériau, pas son statut de pureté actuel.

Tossefot ferme une échappatoire : on ne peut pas rendre le chiffon significatif par la seule ma'hchava, l'intention de s'en servir — batla daato, son avis singulier s'annule devant l'usage commun. Le cas de Zevahim, où l'intention compte, est différent : elle s'y manifeste par des actes visibles.

4
תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַבִּי אַמֵּי בַּר טַבְיוֹמֵי: מַחְצֶלֶת שֶׁל שִׁיפָא וְשֶׁל גֶּמִי, שְׁיָרֶיהָ, אַף עַל פִּי שֶׁנִּפְחֲתוּ מִכְּשִׁיעוּרָהּ — אֵין מְסַכְּכִין בָּהֶן.

On a enseigné [une baraita] conformément à Rabbi Ami bar Tavioméi : une natte de chifa (papyrus) ou de gomi (jonc), ses restes — bien qu'ils soient tombés en dessous de sa mesure, on n'en couvre pas [la soukka].

📜 Rachi (5)
שִׁיפָא לישק"א:
Chifa : lesqua [en langue vulgaire] — le papyrus.
וְשֶׁל גֶּמִי יונ"ק:
Et de gomi : jonc.
שְׁיָרֶיהָ כְּגוֹן נִפְחֲתָה וְנִשְׁתַּיֵּיר בָּהּ:
Ses restes : par exemple qu'elle s'est abîmée et qu'il en est resté [un morceau].
אע"פ שֶׁפְּחוּתָה עַכְשָׁיו מִכַּשִּׁיעוּר לְטֻומְאָה דִּתְנַן (כֵּלִים פ' כ"ז מ"ב) מַפָּץ שִׁשָּׁה עַל שִׁשָּׁה:
Bien que : bien qu'elle soit désormais en dessous de la mesure requise pour la toum'a — car nous avons appris (Kelim 27,2) : une natte [prend la toum'a à partir de] six sur six.
אֵין מְסַכְּכִין הוֹאִיל וּמִכְּלֵי קָאָתוּ וּתְחִלָּתָהּ הָיְתָה מְקַבֶּלֶת טֻומְאַת מִשְׁכָּב הַזָּב וְהַנִּדָּה:
On n'en couvre pas : puisqu'ils proviennent d'un ustensile, et qu'à l'origine elle recevait la toum'a de la couche du zav et de la nidda.
💡 Explication

La baraita confirme Rabbi Ami bar Tavioméi sur un cas parallèle. Une natte de chifa ou de gomi — papyrus, jonc — est un ustensile véritable : souple, faite pour s'y coucher, elle reçoit le midras. Une fois déchirée, ses restes tombent sous la mesure de six sur six (Kelim 27,2) et cessent de recevoir la toum'a.

Ils restent pourtant interdits au sekhakh. Rachi donne la formule qui gouverne tout le passage : hoil ou-mikéli ka atou — puisqu'ils proviennent d'un ustensile. Le matériau porte la marque de son passé ; les Sages ont décrété à son sujet, et la pureté retrouvée ne l'efface pas.

5
מַחְצֶלֶת הַקָּנִים, גְּדוֹלָה — מְסַכְּכִין בָּהּ, קְטַנָּה, — אֵין מְסַכְּכִין בָּהּ. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: אַף הִיא מְקַבֶּלֶת טֻומְאָה, וְאֵין מְסַכְּכִין בָּהּ.

[Suite de la baraita :] une natte de roseaux — une grande, on en couvre ; une petite, on n'en couvre pas. Rabbi Eliezer dit : elle aussi reçoit la toum'a, et l'on n'en couvre pas.

📜 Rachi (2)
גְּדוֹלָה מְסַכְּכִין בָּהּ דְּלָאו כְּלִי הוּא דִּסְתָמָא לְסִיכּוּךְ:
Une grande, on en couvre : car ce n'est pas un ustensile, son usage ordinaire (setam) étant la couverture.
אַף הִיא מְקַבֶּלֶת טֻומְאָה קָסָבַר סְתָמָא לִשְׁכִיבָה וּכְלִי הִיא:
Elle aussi reçoit la toum'a : il tient que son usage ordinaire est le coucher, et qu'elle est donc un ustensile.
💡 Explication

La baraita passe à un matériau intermédiaire : la natte de roseaux, rigide, qui peut servir aussi bien de toiture que de couche. Son statut se décide donc par le setam — l'usage présumé, celui auquel on la destiné par défaut.

Pour le Tana Kama, la taille tranche : une grande natte est faite pour couvrir, elle n'est pas un ustensile et sert de sekhakh ; une petite est faite pour s'y coucher, c'est un ustensile, elle est passoul. Rabbi Eliezer refuse la distinction : le setam de toute natte est le coucher, quelle que soit sa taille — donc elle reçoit la toum'a et reste interdite.

6
הַחוֹטֵט בַּגָּדִישׁ. אָמַר רַב הוּנָא: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁאֵין שָׁם חָלָל טֶפַח בְּמֶשֶׁךְ שִׁבְעָה, אֲבָל יֵשׁ שָׁם חָלָל טֶפַח בְּמֶשֶׁךְ שִׁבְעָה — הֲרֵי זֶה סֻוכָּה.

« Celui qui creuse dans une meule. » Rav Houna a dit : ils n'ont enseigné [que ce n'est pas une soukka] que dans le cas où il n'y a pas là un vide d'un tefah sur une étendue de sept ; mais s'il y a là un vide d'un tefah sur une étendue de sept — c'est bien une soukka.

📜 Rachi (2)
אֶלָּא שֶׁאֵין שָׁם חָלָל טֶפַח גֹּובַהּ בְּמֶשֶׁךְ אֹורֶךְ וְרָחָב שִׁבְעָה טְפָחִים כְּשִׁיעוּר סֻוכָּה וְאַחַ"כּ הַגָּדִישׁ כָּל הַגָּדִישׁ עַל אוֹתוֹ חָלָל דְּעַכְשָׁיו נַעֲשָׂה שָׁם סְכָךְ מֵאֵלָיו וְלֹא הָיָה עָלָיו שֵׁם סְכָךְ מִתְּחִילָּה:
Seulement lorsqu'il n'y a pas là un vide d'un tefah : [un tefah] de hauteur, sur une étendue de sept tefahim en longueur et en largeur — la mesure de la soukka — et qu'il a ensuite entassé toute la meule au-dessus de ce vide, de sorte que le nom de sekhakh ne lui vient que maintenant, de lui-même, alors qu'il ne portait pas le nom de sekhakh dès le départ.
אֲבָל אִם יֵשׁ שָׁם כו' חָלָל טֶפַח אֹהֶל הוּא נִמְצָא שֵׁם סְכָךְ עַל אוֹתוֹ גָּדִישׁ וּכְשֶׁחוֹטֵט בּוֹ מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה עַד שֶׁמַּגְבִּיהַּ אֶת הֶחָלָל לְשִׁיעוּר גֹּובַהּ עֲשָׂרָה אֵין זוֹ עֲשִׂייָּתוֹ שֶׁהֲרֵי אֵינוֹ מְתַקֵּן אֶלָּא הַדְּפָנוֹת וּבִדְפָנוֹת לָא אָמְרִינַן תַּעֲשֶׂה וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי וַהֲרֵי הִיא כְּסֻוכָּה שֶׁפְּחוּתָה מֵעֲשָׂרָה וְחָקַק בָּהּ וְהִשְׁלִימָהּ לַעֲשָׂרָה:
Mais s'il y a là, etc. : un vide d'un tefah est un ohel (une tente) ; il se trouve donc que le nom de sekhakh s'applique déjà à cette meule. Et lorsqu'il la creuse de bas en haut jusqu'à porter le vide à une hauteur de dix [tefahim], ce n'est pas là sa fabrication, car il n'aménage que les parois — et pour les parois nous ne disons pas taasse ve-lo min hé-assouy. Elle est alors comme une soukka de moins de dix, qu'il aurait creusée pour la compléter à dix.
🗂️ Tossefot (1)
אֲבָל אִם יֵשׁ שָׁם חָלָל טֶפַח. מָצֵינַן לְמֵימַר רַב הוּנָא לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר לְעֵיל (סֻוכָּה דַּף י.) גַּבֵּי בֵּין סֻוכָּה לְסֻוכָּה טֶפַח וְשֶׁמָּא מַאן דְּאָמַר הָתָם אַרְבָּעָה הָכָא מוֹדֶה דְּהָא לִשְׁמוּאֵל דְּאָמַר הָתָם עֲשָׂרָה הָכָא לֹא שַׁיָּיךְ:
« Mais s'il y a là un vide d'un tefah. » Nous pouvons dire que Rav Houna suit ici sa propre ligne, lui qui a dit plus haut (Soukka 10a), à propos de l'espace entre une soukka et une autre, [qu'il suffit d'] un tefah. Et peut-être celui qui dit là-bas quatre [tefahim] concède-t-il ici ; car selon Chemouel, qui dit là-bas dix, cela ne s'applique pas ici.
💡 Explication

Retour à la michna de 15a : ha-hotet be-gadich, celui qui creuse une cavité dans une meule de gerbes pour s'y faire une soukka — ce n'est pas une soukka, en vertu du principe taasse ve-lo min hé-assouy : la soukka doit être faite, et non résulter de ce qui existait déjà.

Rav Houna restreint la portée de cette invalidation par la formule lo chanou ella. Tout dépend de l'état initial de la meule. S'il n'y avait aucun vide, c'est le creusement lui-même qui fait naître le sekhakh au-dessus — donc il le fabrique en creusant, et la soukka est invalide. Mais s'il existait déjà un vide d'un tefah sur sept, ce vide était déjà un ohel, une tente : le dessus portait donc déjà le nom de sekhakh.

En creusant, l'homme n'agrandit alors que l'espace, c'est-à-dire les parois — et sur les parois, souligne Rachi, la règle du taasse ve-lo min hé-assouy ne s'applique pas. Le cas devient identique à une soukka trop basse que l'on creuse au sol pour lui donner ses dix tefahim.

🖼️ Schéma
Creuser dans une meule : fabrique-t-on le sekhakh ou seulement les parois ? Sans vide d'un tefah au départ meule pleine, gerbes tassées sol il creuse -- et c'est ce creusement qui donne au dessus le nom de sekhakh taasse ve-lo min hé-assouy CE N'EST PAS UNE SOUKKA Avec un vide d'un tefah sur sept vide d'un tefah sur sept sol ce vide est déjà un ohel : le dessus porte déjà le nom de sekhakh avant tout creusement en creusant, il n'aménage que les parois C'EST UNE SOUKKA Rachi : pour les parois on ne dit pas taasse ve-lo min hé-assouy -- c'est comme une soukka de moins de dix que l'on creuse pour la compléter à dix.
Les deux états initiaux de la meule, et pourquoi un seul creusement change de nature selon le point de départ.
7
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: הַחוֹטֵט בְּגָדִישׁ לַעֲשׂוֹת לוֹ סֻוכָּה — הֲרֵי זֶה סֻוכָּה. וְהָאֲנַן תְּנַן אֵינָהּ סֻוכָּה! אֶלָּא לָאו, שְׁמַע מִינַּהּ כִּדְרַב הוּנָא. שְׁמַע מִינָּה.

On a aussi enseigné ainsi [dans une baraita] : celui qui creuse dans une meule pour s'y faire une soukka — c'est une soukka. Mais nous avons appris dans notre michna : ce n'est pas une soukka !

N'est-ce donc pas qu'il faut en conclure comme Rav Houna ? Conclus-en effectivement ainsi.

💡 Explication

La Guemara cherche un appui extérieur (tanya nami hakhi) et trouve une baraita qui déclare la meule creusée kachère — en contradiction frontale avec notre michna, qui la déclare invalide.

Cette contradiction devient l'argument : puisque les deux textes ne peuvent être lus sans distinction, c'est bien la distinction de Rav Houna — vide préalable d'un tefah ou non — qui les réconcilie. Chema mina, conclut la Guemara, et elle valide : chema mina.

8
אִיכָּא דְּרָמֵי לַיהּ מִירְמֵא. תְּנַן: הַחוֹטֵט בְּגָדִישׁ לַעֲשׂוֹת לוֹ סֻוכָּה — אֵינָהּ סֻוכָּה. וְהָא תַּנְיָא: הֲרֵי זוֹ סֻוכָּה! אָמַר רַב הוּנָא, לָא קַשְׁיָא: כָּאן בְּשֶׁיֵּשׁ שָׁם חָלָל טֶפַח בְּמֶשֶׁךְ שִׁבְעָה, כָּאן בְּשֶׁאֵין שָׁם חָלָל טֶפַח בְּמֶשֶׁךְ שִׁבְעָה.

Certains posent la chose en contradiction. Nous avons appris [dans la michna] : celui qui creuse dans une meule pour s'y faire une soukka — ce n'est pas une soukka.

Mais on a enseigné [dans une baraita] : c'est bien une soukka ! Rav Houna a dit : ce n'est pas une difficulté.

Ici — dans le cas où il y a là un vide d'un tefah sur une étendue de sept ; là — dans le cas où il n'y a pas là un vide d'un tefah sur une étendue de sept.

📜 Rachi (1)
אִיכָּא דְּרָמֵי לָהּ מִירְמָא לָא מַתְנֵי לְהָא דְּרַב הוּנָא בִּלְשׁוֹן לֹא שָׁנוּ וּלְפָרוֹשֵׁי מַתְנֵי' אֶלָּא רָמֵי מַתְנֵי' מִירמ' אַבָּרַיְיתָא וּדְרַב הוּנָא אַשִּׁנּוּיָא אִתְּמַר:
Certains posent la chose en contradiction : ils n'enseignent pas ce propos de Rav Houna dans les termes « ils n'ont enseigné que... », pour expliquer la michna, mais ils opposent la michna à la baraita, et le propos de Rav Houna est énoncé comme réponse [à cette contradiction].
💡 Explication

Même matériau, mise en scène inverse. Rachi explique précisément la différence de transmission : dans la première version, Rav Houna parlait spontanément, par lo chanou ella, pour commenter la michna, et la baraita venait ensuite le confirmer. Dans celle-ci, on commence par dresser la contradiction (rami) entre michna et baraita, et le propos de Rav Houna intervient comme chinouya, comme réponse.

La halakha est identique ; ce qui change est le statut logique de la parole de Rav Houna. Enoncé comme explication, il vaut par lui-même ; énoncé comme réponse à une difficulté, il est appelé par la difficulté. Noter aussi l'inversion de l'ordre : ici la Guemara nomme d'abord le cas valide, celui du vide d'un tefah.

9
מַתְנִי׳ הַמְשַׁלְשֵׁל דְּפָנוֹת מִלְמַעְלָה לְמַטָּה, אִם גָּבוֹהַּ מִן הָאָרֶץ שְׁלֹשָׁה טְפָחִים — פְּסוּלָה. מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה, אִם גָּבוֹהַּ עֲשָׂרָה טְפָחִים — כְּשֵׁרָה. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: כְּשֵׁם שֶׁמִּלְּמַטָּה לְמַעְלָה עֲשָׂרָה טְפָחִים, כָּךְ מִלְמַעְלָה לְמַטָּה עֲשָׂרָה טְפָחִים.

MICHNA. Celui qui fait descendre les parois du haut vers le bas : si [le bord inférieur] se trouve à trois tefahim au-dessus du sol, elle est passoul.

Du bas vers le haut : si elle est haute de dix tefahim, elle est kachère. Rabbi Yossi dit : de même que du bas vers le haut [il faut] dix tefahim, de même du haut vers le bas [il suffit de] dix tefahim.

📜 Rachi (6)
מַתְנֵי' הַמְשַׁלְשֵׁל כֹּל מִלְמַעְלָה לְמַטָּה קָרֵי שִׁלְשׁוּל:
Michna. Celui qui fait descendre : tout ce qui va du haut vers le bas s'appelle chilchoul.
מִלְמַעְלָה לְמַטָּה שֶׁהִתְחִיל לֶאֱרֹוג הַמְּחִיצָּה אֵצֶל הַסְּכָךְ וְאוֹרֵג וּבָא כְּלַפֵּי מַטָּה:
Du haut vers le bas : qu'il a commencé à tresser la cloison près du sekhakh, et qu'il tresse en descendant.
שְׁלֹשָׁה טְפָחִים פְּסוּלָה דְּהַייְנוּ כְּדֵי שֶׁיִּזְדַּקֵּר הַגְּדִי בְּבַת רֹאשׁ דַּאֲמָרָן פְּסוּלָה:
Trois tefahim : elle est invalide — c'est-à-dire de quoi laisser passer un chevreau d'un seul élan, cas dont nous avons dit qu'elle est invalide.
מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה שֶׁהִתְחִיל לֶאֱרֹוג מִלְּמַטָּה סָמוּךְ לַקַּרְקַע וּמַגְבִּיהַּ וְעוֹלָה כֵּיוָן שֶׁהִגְבִּיהַּ עֲשָׂרָה כְּשֵׁרָה וְאַף עַל פִּי שֶׁלֹּא הִגִּיעַ לַסְּכָךְ:
Du bas vers le haut : qu'il a commencé à tresser en bas, près du sol, et qu'il s'élève en montant ; dès lors qu'il a atteint dix [tefahim] elle est kachère, même s'il n'a pas atteint le sekhakh.
רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר כְּשֵׁם שֶׁמִּלְּמַטָּה לְמַעְלָה דַּיּוֹ בַּאֲרִיגַת י':
Rabbi Yossi dit : de même que du bas vers le haut — il lui suffit d'un tressage de dix.
כָּךְ מִלְמַעְלָה לְמַטָּה דַּיּוֹ בַּאֲרִיגַת עֲשָׂרָה וַאֲפִילּוּ גְּבוֹהָה הַרְבֵּה מִן הָאָרֶץ כְּשֵׁרָה וְקָסָבַר מְחִיצָּה תְּלוּיָה עֲשָׂרָה מֻתֶּרֶת:
De même du haut vers le bas : il lui suffit d'un tressage de dix, et même si elle est très élevée au-dessus du sol elle est kachère ; car il tient qu'une cloison suspendue de dix permet.
💡 Explication

Nouvelle michna. Elle envisage une paroi de soukka tressée — un treillis que l'on fabrique progressivement — et distingue selon le sens du travail. Du haut vers le bas (mechalchel, d'où le nom de chilchoul) : on part du sekhakh et l'on descend. La paroi n'est valable que si l'on approche du sol à moins de trois tefahim, seuil en dessous duquel joue le principe de lavoud qui rattache la paroi au sol ; au-delà, un chevreau passerait d'un seul élan.

Du bas vers le haut : on part du sol, et dix tefahim suffisent — la soukka est kachère même si la paroi n'atteint jamais le sekhakh. La règle des dix tefahim est celle de toute cloison valide.

Rabbi Yossi égalise les deux sens : dix tefahim de tressage suffisent dans les deux cas. Conséquence, soulignée par Rachi : une paroi suspendue, même très haut au-dessus du sol, est valable — car il tient qu'une mehitsa teluya de dix tefahim permet.

🖼️ Schéma
Les trois cas de la michna : descendre la paroi, la monter, ou la laisser en l'air Du haut vers le bas 3 tefahim de vide le chevreau passe d'un seul élan PASSOUL Du bas vers le haut vide vers le sekhakh : sans effet 10 tefahim tissés la paroi part du sol et atteint dix KACHÈRE (tous) Suspendue, dix tefahim 10 tefahim tissés beaucoup plus de 3 tefahim de vide Sages : passoul Rabbi Yossi : KACHÈRE Le troisième cas est le seul point de désaccord -- et il se décide par la question générale : une cloison suspendue permet-elle ?
Les trois configurations de la michna et le seul point sur lequel les Sages et Rabbi Yossi divergent.
10
גמ׳ בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי? מָר סָבַר מְחִיצָה תְּלוּיָה מַתֶּרֶת, וּמַר סָבַר מְחִיצָה תְּלוּיָה אֵינָהּ מַתֶּרֶת.

GUEMARA. Sur quoi divergent-ils ?

Un maître tient qu'une cloison suspendue (mehitsa teluya) permet, et un maître tient qu'une cloison suspendue ne permet pas.

💡 Explication

La Guemara ramène le désaccord de la michna à un principe unique et bien plus large : mehitsa teluya matteret — une cloison qui ne touche pas le sol vaut-elle cloison ? La question n'est pas propre à la soukka ; elle vient du droit des cloisons du Chabbat, où elle décide si l'on peut porter dans l'espace ainsi délimité (le verbe matteret, « elle permet », est d'ailleurs emprunté à ce registre).

Rabbi Yossi l'admet, et l'applique donc à la paroi de soukka descendue du haut. Les Sages la refusent, et exigent que la paroi se rattache au sol par lavoud, c'est-à-dire à moins de trois tefahim.

11
תְּנַן הָתָם: בּוֹר שֶׁבֵּין שְׁתֵּי חֲצֵירוֹת — אֵין מְמַלְּאִין מִמֶּנָּה בְּשַׁבָּת אֶלָּא אִם כֵּן עָשָׂה לָהּ מְחִיצָה עֲשָׂרָה טְפָחִים, בֵּין מִלְמַעְלָה בֵּין מִלְּמַטָּה, בֵּין בְּתוֹךְ אָוגְנוֹ. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר:

Nous avons appris là-bas [dans une michna] : une citerne qui se trouve entre deux cours — on n'y puise pas le Chabbat, à moins qu'on ne lui ait fait une cloison de dix tefahim, soit en haut, soit en bas, soit à l'intérieur de son rebord (ougan). Rabban Chimon ben Gamliel dit :

📜 Rachi (4)
גְּמ' בּוֹר שֶׁבֵּין שְׁתֵּי חֲצֵירוֹת חֶצְיוֹ בְּחָצֵר זוֹ וְחֶצְיוֹ בְּחָצֵר זוֹ וּמְחִיצָּה בֵּין הַחֲצֵירוֹת וּמְהַלֶּכֶת וּתְלוּיָה עַל פִּי הַבּוֹר וְאֵין פֶּתַח בֵּינֵיהֶם לְעָרֵב זוֹ עִם זוֹ:
Guemara. Une citerne qui se trouve entre deux cours : moitié dans cette cour-ci, moitié dans celle-là ; une cloison sépare les deux cours, se prolonge et reste suspendue au-dessus de l'ouverture de la citerne ; et il n'y a pas de porte entre elles qui leur permettrait de faire un erouv commun.
אֵין מְמַלְּאִין מִמֶּנָּה לֹא זוֹ וְלֹא זוֹ לְפִי שֶׁמֵּימֵי חָצֵר זוֹ מֵבִיא לְזוֹ:
On n'y puise pas : ni l'une ni l'autre, parce qu'il amènerait l'eau de cette cour-ci à celle-là.
בֵּין מִלְּמַטָּה סָמוּךְ לַמַּיִם:
Soit en bas : près de l'eau.
בֵּין מִתּוֹךְ אָוגְנוֹ כְּלוֹמַר בֵּין מִלְמַעְלָה רָחוֹק מִן הַמַּיִם וּבִלְבַד שֶׁתְּהֵא בְּתוֹךְ אֹוגֶן שֶׁל בּוֹר דְּמוֹכְחָא מִילְּתָא דְּבִשְׁבִיל אֹוגֶן הַמַּיִם נַעֲשֵׂית וּמְפָרְשִׁינַן טַעְמָא בְּעֵירוּבִין שֶׁמְּחִיצָּה תְּלוּיָה מַתֶּרֶת בַּמַּיִם דְּקַל הוּא שֶׁהֵקֵילּוּ חֲכָמִים בַּמַּיִם אֲבָל מְחִיצָּה הַחוֹצֶצֶת אֶת הַחֲצֵירוֹת וּמְהַלֶּכֶת ע"פ הַבּוֹר שֶׁלֹּא נַעֲשָׂה בִּשְׁבִיל הַמַּיִם אֵינָהּ מַתֶּרֶת דְּאֵין מְחִיצָּה תְּלוּיָה מַתֶּרֶת בְּמַיִם אֶלָּא הַנַּעֲשֵׂית בִּשְׁבִיל לְהַתִּיר מִלּוּי הַמַּיִם כְּגוֹן גְּזֻוזְטְרָא שֶׁלְּמַעְלָה מִן הַיָּם דִּתְנַן בְּעֵירוּבִין (דַּף פז:) דְּעוֹשִׂין לָהּ מְחִיצָּה תָּלוּי' וּכְגוֹן זוֹ שֶׁבְּתוֹךְ אֹוגֶן הַבּוֹר:
Soit à l'intérieur de son rebord : c'est-à-dire soit en haut, loin de l'eau, pourvu qu'elle se trouve à l'intérieur du rebord (ougan) de la citerne — car alors la chose est manifeste : c'est pour l'eau du rebord qu'elle a été faite. Et nous expliquons la raison dans Erouvin : une cloison suspendue permet dans l'eau, car c'est un allègement que les Sages ont accordé à l'eau. Mais une cloison qui sépare les cours et se prolonge au-dessus de l'ouverture de la citerne, n'ayant pas été faite pour l'eau, ne permet pas — car une cloison suspendue ne permet dans l'eau que si elle a été faite pour permettre de puiser l'eau : comme une plate-forme (gezouztra) au-dessus de la mer, dont nous avons appris dans Erouvin (87b) qu'on lui fait une cloison suspendue, et comme celle-ci, à l'intérieur du rebord de la citerne.
🗂️ Tossefot (1)
בֵּין מִלְּמַטָּה בֵּין מִתּוֹךְ אָוגְנוֹ. וְיֵשׁ סְפָרִים שֶׁכָּתוּב בָּהֶן בֵּין מִלְּמַטָּה מִתּוֹךְ אָוגְנוֹ וְלֹא יִתָּכֵן דְּאִם כֵּן מִלְמַעְלָה הַייְנוּ חוּץ לַבּוֹר דְּאִי בְּתוֹךְ הַבּוֹר סָמוּךְ לִשְׂפָתוֹ הַיְינוּ מִתּוֹךְ אָוגְנוֹ וְאִם כֵּן הַיְינוּ כֹּותֶל שֶׁבֵּינֵיהֶן דְּקָאָמַר ר"י שֶׁמַּפְסִיקִין בֵּין שְׁתֵּי הַחֲצֵרוֹת וּמְהַלֶּכֶת עַל פִּי הַבּוֹר וְעוֹד דְּאִם כֵּן לָא הָוֵי לְמַעְלָה דת"ק כְּגוֹן לְמַעְלָה דְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל דִּפְלִיגִי אָמוֹרָאֵי פֶּרֶק כֵּיצַד מִשְׁתַּתְּפִין (עֵירוּבִין דַּף פּוֹ.) דְּרַב הוּנָא אָמַר לְמַטָּה לְמַטָּה מַמָּשׁ לְמַעְלָה לְמַעְלָה מַמָּשׁ וְזֶה וָזֶה בְּבוֹר וְרַב יְהוּדָה אוֹמֵר לְמַטָּה לְמַטָּה מִן הַמַּיִם [לְמַעְלָה לְמַעְלָה מִן הַמַּיִם]:
« Soit en bas, soit à l'intérieur de son rebord. » Il y a des livres où il est écrit « soit en bas à l'intérieur de son rebord », mais cela ne se peut pas. Car s'il en était ainsi, « en haut » signifierait hors de la citerne — puisque si c'était à l'intérieur de la citerne, près de son bord, ce serait justement « à l'intérieur de son rebord ». Et s'il en était ainsi, ce serait le mur qui les sépare, celui dont parle R.Y., qui sépare les deux cours et se prolonge au-dessus de l'ouverture de la citerne. En outre, s'il en était ainsi, le « en haut » du Tana Kama ne serait pas du même genre que le « en haut » de Rabban Chimon ben Gamliel — alors que les Amoraim en disputent au chapitre Keitsad Michtatfin (Erouvin 86a) : Rav Houna dit que « en bas » signifie tout en bas et « en haut » tout en haut, l'un et l'autre à l'intérieur de la citerne ; et Rav Yehouda dit que « en bas » signifie en dessous de l'eau, [et « en haut » au-dessus de l'eau].
💡 Explication

Pour trancher, la Guemara va chercher le lieu classique du débat : la michna d'Erouvin 86a sur la citerne à cheval entre deux cours. Le problème est un problème d'erouv : puiser revient à faire passer l'eau d'un domaine dans l'autre, ce qui est interdit le Chabbat entre deux cours non associées.

La solution est une cloison de dix tefahim faite pour la citerne, à l'un de trois emplacements : en haut, en bas dans l'eau, ou à l'intérieur de son ougan, son rebord. Rachi ajoute la nuance décisive : cette permission repose sur un allègement propre aux eaux, et exige une cloison faite pour l'eau — le mur qui séparait déjà les deux cours et passe au-dessus de la citerne ne suffit pas.

Le folio s'interrompt sur le nom de Rabban Chimon ben Gamliel : sa position, qui rapporte l'affaire à une dispute ancienne entre Beit Chammai et Beit Hillel, ouvre le folio suivant.

🖼️ Schéma
La citerne entre deux cours : trois emplacements possibles pour la cloison Cour A Cour B mur entre les cours eau la citerne, à cheval sur les deux cours rebord (ougan) 1. en haut 2. dans le rebord 3. en bas, dans l'eau Dans les trois cas la cloison de dix tefahim a été faite pour la citerne, ce qui rend la chose manifeste -- et permet de puiser. Rachi souligne le contraste : le mur qui sépare déjà les deux cours et passe au-dessus de la citerne ne permet pas, car il n'a pas été fait pour l'eau.
Les trois emplacements admis pour la cloison de la citerne, et le mur qui, lui, ne permet pas.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).