Sougya : Le folio commence par livrer la citation annoncée à la fin de 15b : la michna de Kelim sur le lit et la toum'a, où Rabbi Eliezer traite le meuble en bloc (hevila) tandis que les Sages le traitent par membres (evarim) — une traverse avec deux pieds, précise Rabbi Hanan au nom de Rabbi, car on peut encore l'appuyer au mur, y tendre des cordes et s'y asseoir. La Guemara reprend ensuite pour lui-même (goufa) le propos de Rabbi Ami bar Taviomei : couvrir la soukka de débris d'ustensiles est invalide, et Abaye les identifie à des chiffons de moins de trois sur trois, trop petits pour recevoir la moindre toum'a.
Une baraita le confirme par les restes d'une natte de chifa ou de gomi, et fait apparaître le critérium réel : hoil ou-mikeli ka atou, puisqu'ils proviennent d'un ustensile — la disqualification suit l'origine du matériau, non sa pureté présente ; la natte de roseaux, elle, se décide par son usage présumé, ce qui oppose le Tana Kama a Rabbi Eliezer. Le folio revient alors à la michna de la meule creusée et la partage avec Rav Houna : sans vide préalable d'un tefah sur sept, le creusement fabrique le sekhakh et la soukka est invalide ; avec ce vide, il y avait déjà un ohel et l'on n'aménage plus que les parois — distinction transmise deux fois, d'abord comme explication, puis comme résolution d'une contradiction.
La dernière partie ouvre une michna nouvelle sur les parois que l'on tresse de haut en bas ou de bas en haut : Rabbi Yossi se contente de dix tefahim dans les deux sens, les Sages exigent d'approcher le sol à moins de trois, et la Guemara ramène leur désaccord à la question générale de la mehitsa teluya, la cloison suspendue, en renvoyant à la citerne entre deux cours du traité Erouvin.
« Un lit contracte la toum'a en bloc (hévila) et se purifie en bloc » — paroles de Rabbi Eliezer. Et les Sages disent : « il contracte la toum'a par membres (evarim) et se purifie par membres. » Qu'est-ce donc [que ces membres] ?
Rabbi Hanan a dit au nom de Rabbi : une traverse longue avec deux pieds, une traverse courte avec deux pieds.
Le folio s'ouvre sur la citation annoncée à la fin de 15b : la michna de Kelim 18,9 sur le lit et la toum'a. Deux positions s'y affrontent. Rabbi Eliezer traite le lit comme un tout indissociable — hévila, en bloc : démonté, il n'est plus un ustensile et ne contracte plus rien ; impur, il ne peut se purifier par immersions séparées, il faut le remonter et l'immerger entier. Les Sages raisonnent par evarim, par membres : chaque pièce garde son statut propre.
La Guemara demande mai nihou — de quels membres parle-t-on ? Un débris quelconque ne serait plus rien. Rabbi Hanan au nom de Rabbi précise : une arukha (traverse longue) avec deux pieds, ou une ketsara (traverse courte) avec deux pieds. C'est exactement la définition dont 15b avait besoin pour retirer la preuve en faveur de Rabbi Ami bar Tavioméi.
À quoi [ces membres] sont-ils aptes ? À les appuyer contre le mur, à s'asseoir dessus, et à y jeter des cordes.
La question est fonctionnelle : un demi-cadre de lit ne tient pas debout tout seul. Le-mai hazya — à quoi cela sert-il encore ? La réponse décrit un montage concret : on appuie la traverse contre le mur (lemismakhinhou agouda), on fixe des bois vers le mur, on tend et entrelace des cordes (mechadda achléi), et l'on obtient une surface sur laquelle on peut s'asseoir ou s'étendre.
Cette aptitude au coucher est décisive : elle rend la pièce susceptible de midras, la toum'a que le zav ou la nidda transmettent par la pression du corps. Un objet apte au midras est un ustensile à part entière — ce qui justifie à la fois la position des Sages dans Kelim et l'invalidation des longerons de lit comme sekhakh.
La chose elle-même (goufa) : Rabbi Ami bar Tavioméi a dit — s'il l'a couverte de débris d'ustensiles (belaéi kelim), elle est passoul (invalide). Que sont les belaéi kelim ?
Abaye a dit : des chiffons qui n'ont pas trois [doigts] sur trois, car ils ne servent ni aux pauvres ni aux riches.
Goufa — « la chose elle-même » : la Guemara avait cité en 15b le propos de Rabbi Ami bar Tavioméi pour en tirer une preuve ; elle revient maintenant l'examiner pour lui-même. Sa règle : couvrir la soukka avec des belaéi kelim, des débris d'ustensiles usés, invalide la soukka.
Abaye en donne la mesure : des chiffons de moins de trois doigts sur trois. C'est le seuil en dessous duquel un tissu n'est plus utilisable — ni par un pauvre, qui se contente de peu, ni par un riche. Un tel chiffon ne reçoit donc plus aucune toum'a. Et pourtant il reste passoul : c'est tout le paradoxe que le folio met en place — la disqualification suit l'origine du matériau, pas son statut de pureté actuel.
Tossefot ferme une échappatoire : on ne peut pas rendre le chiffon significatif par la seule ma'hchava, l'intention de s'en servir — batla daato, son avis singulier s'annule devant l'usage commun. Le cas de Zevahim, où l'intention compte, est différent : elle s'y manifeste par des actes visibles.
On a enseigné [une baraita] conformément à Rabbi Ami bar Tavioméi : une natte de chifa (papyrus) ou de gomi (jonc), ses restes — bien qu'ils soient tombés en dessous de sa mesure, on n'en couvre pas [la soukka].
La baraita confirme Rabbi Ami bar Tavioméi sur un cas parallèle. Une natte de chifa ou de gomi — papyrus, jonc — est un ustensile véritable : souple, faite pour s'y coucher, elle reçoit le midras. Une fois déchirée, ses restes tombent sous la mesure de six sur six (Kelim 27,2) et cessent de recevoir la toum'a.
Ils restent pourtant interdits au sekhakh. Rachi donne la formule qui gouverne tout le passage : hoil ou-mikéli ka atou — puisqu'ils proviennent d'un ustensile. Le matériau porte la marque de son passé ; les Sages ont décrété à son sujet, et la pureté retrouvée ne l'efface pas.
[Suite de la baraita :] une natte de roseaux — une grande, on en couvre ; une petite, on n'en couvre pas. Rabbi Eliezer dit : elle aussi reçoit la toum'a, et l'on n'en couvre pas.
La baraita passe à un matériau intermédiaire : la natte de roseaux, rigide, qui peut servir aussi bien de toiture que de couche. Son statut se décide donc par le setam — l'usage présumé, celui auquel on la destiné par défaut.
Pour le Tana Kama, la taille tranche : une grande natte est faite pour couvrir, elle n'est pas un ustensile et sert de sekhakh ; une petite est faite pour s'y coucher, c'est un ustensile, elle est passoul. Rabbi Eliezer refuse la distinction : le setam de toute natte est le coucher, quelle que soit sa taille — donc elle reçoit la toum'a et reste interdite.
« Celui qui creuse dans une meule. » Rav Houna a dit : ils n'ont enseigné [que ce n'est pas une soukka] que dans le cas où il n'y a pas là un vide d'un tefah sur une étendue de sept ; mais s'il y a là un vide d'un tefah sur une étendue de sept — c'est bien une soukka.
Retour à la michna de 15a : ha-hotet be-gadich, celui qui creuse une cavité dans une meule de gerbes pour s'y faire une soukka — ce n'est pas une soukka, en vertu du principe taasse ve-lo min hé-assouy : la soukka doit être faite, et non résulter de ce qui existait déjà.
Rav Houna restreint la portée de cette invalidation par la formule lo chanou ella. Tout dépend de l'état initial de la meule. S'il n'y avait aucun vide, c'est le creusement lui-même qui fait naître le sekhakh au-dessus — donc il le fabrique en creusant, et la soukka est invalide. Mais s'il existait déjà un vide d'un tefah sur sept, ce vide était déjà un ohel, une tente : le dessus portait donc déjà le nom de sekhakh.
En creusant, l'homme n'agrandit alors que l'espace, c'est-à-dire les parois — et sur les parois, souligne Rachi, la règle du taasse ve-lo min hé-assouy ne s'applique pas. Le cas devient identique à une soukka trop basse que l'on creuse au sol pour lui donner ses dix tefahim.
On a aussi enseigné ainsi [dans une baraita] : celui qui creuse dans une meule pour s'y faire une soukka — c'est une soukka. Mais nous avons appris dans notre michna : ce n'est pas une soukka !
N'est-ce donc pas qu'il faut en conclure comme Rav Houna ? Conclus-en effectivement ainsi.
La Guemara cherche un appui extérieur (tanya nami hakhi) et trouve une baraita qui déclare la meule creusée kachère — en contradiction frontale avec notre michna, qui la déclare invalide.
Cette contradiction devient l'argument : puisque les deux textes ne peuvent être lus sans distinction, c'est bien la distinction de Rav Houna — vide préalable d'un tefah ou non — qui les réconcilie. Chema mina, conclut la Guemara, et elle valide : chema mina.
Certains posent la chose en contradiction. Nous avons appris [dans la michna] : celui qui creuse dans une meule pour s'y faire une soukka — ce n'est pas une soukka.
Mais on a enseigné [dans une baraita] : c'est bien une soukka ! Rav Houna a dit : ce n'est pas une difficulté.
Ici — dans le cas où il y a là un vide d'un tefah sur une étendue de sept ; là — dans le cas où il n'y a pas là un vide d'un tefah sur une étendue de sept.
Même matériau, mise en scène inverse. Rachi explique précisément la différence de transmission : dans la première version, Rav Houna parlait spontanément, par lo chanou ella, pour commenter la michna, et la baraita venait ensuite le confirmer. Dans celle-ci, on commence par dresser la contradiction (rami) entre michna et baraita, et le propos de Rav Houna intervient comme chinouya, comme réponse.
La halakha est identique ; ce qui change est le statut logique de la parole de Rav Houna. Enoncé comme explication, il vaut par lui-même ; énoncé comme réponse à une difficulté, il est appelé par la difficulté. Noter aussi l'inversion de l'ordre : ici la Guemara nomme d'abord le cas valide, celui du vide d'un tefah.
MICHNA. Celui qui fait descendre les parois du haut vers le bas : si [le bord inférieur] se trouve à trois tefahim au-dessus du sol, elle est passoul.
Du bas vers le haut : si elle est haute de dix tefahim, elle est kachère. Rabbi Yossi dit : de même que du bas vers le haut [il faut] dix tefahim, de même du haut vers le bas [il suffit de] dix tefahim.
Nouvelle michna. Elle envisage une paroi de soukka tressée — un treillis que l'on fabrique progressivement — et distingue selon le sens du travail. Du haut vers le bas (mechalchel, d'où le nom de chilchoul) : on part du sekhakh et l'on descend. La paroi n'est valable que si l'on approche du sol à moins de trois tefahim, seuil en dessous duquel joue le principe de lavoud qui rattache la paroi au sol ; au-delà, un chevreau passerait d'un seul élan.
Du bas vers le haut : on part du sol, et dix tefahim suffisent — la soukka est kachère même si la paroi n'atteint jamais le sekhakh. La règle des dix tefahim est celle de toute cloison valide.
Rabbi Yossi égalise les deux sens : dix tefahim de tressage suffisent dans les deux cas. Conséquence, soulignée par Rachi : une paroi suspendue, même très haut au-dessus du sol, est valable — car il tient qu'une mehitsa teluya de dix tefahim permet.
GUEMARA. Sur quoi divergent-ils ?
Un maître tient qu'une cloison suspendue (mehitsa teluya) permet, et un maître tient qu'une cloison suspendue ne permet pas.
La Guemara ramène le désaccord de la michna à un principe unique et bien plus large : mehitsa teluya matteret — une cloison qui ne touche pas le sol vaut-elle cloison ? La question n'est pas propre à la soukka ; elle vient du droit des cloisons du Chabbat, où elle décide si l'on peut porter dans l'espace ainsi délimité (le verbe matteret, « elle permet », est d'ailleurs emprunté à ce registre).
Rabbi Yossi l'admet, et l'applique donc à la paroi de soukka descendue du haut. Les Sages la refusent, et exigent que la paroi se rattache au sol par lavoud, c'est-à-dire à moins de trois tefahim.
Nous avons appris là-bas [dans une michna] : une citerne qui se trouve entre deux cours — on n'y puise pas le Chabbat, à moins qu'on ne lui ait fait une cloison de dix tefahim, soit en haut, soit en bas, soit à l'intérieur de son rebord (ougan). Rabban Chimon ben Gamliel dit :
Pour trancher, la Guemara va chercher le lieu classique du débat : la michna d'Erouvin 86a sur la citerne à cheval entre deux cours. Le problème est un problème d'erouv : puiser revient à faire passer l'eau d'un domaine dans l'autre, ce qui est interdit le Chabbat entre deux cours non associées.
La solution est une cloison de dix tefahim faite pour la citerne, à l'un de trois emplacements : en haut, en bas dans l'eau, ou à l'intérieur de son ougan, son rebord. Rachi ajoute la nuance décisive : cette permission repose sur un allègement propre aux eaux, et exige une cloison faite pour l'eau — le mur qui séparait déjà les deux cours et passe au-dessus de la citerne ne suffit pas.
Le folio s'interrompt sur le nom de Rabban Chimon ben Gamliel : sa position, qui rapporte l'affaire à une dispute ancienne entre Beit Chammai et Beit Hillel, ouvre le folio suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).