Sukkah 16b — La cloison suspendue, et la paroi que le lavud reconstitue

Sukkah 16b

Sougya : Le folio s'ouvre sur la michna d'Erouvin qui traite d'une citerne partagée entre deux cours : Rabbi Yehouda s'y contente du mur mitoyen, qui surplombe l'eau sans y descendre. Rabbi Yo'hanan y voit la thèse de Rabbi Yossi — mehitsa teluya matteret, une cloison suspendue vaut cloison — mais la Guemara refuse le rapprochement dans les deux sens : Rabbi Yehouda n'allège que pour les erouvei hatserot, qui sont de-rabbanan, et Rabbi Yossi n'allège que pour la soukka, simple mitsvat asse, aucun des deux n'osant le faire devant un interdit passible de skila.

L'épisode de Tsippori — les draps trouvés tendus sur des poteaux, qui permirent d'apporter un sefer Torah un jour de Chabbat — résiste alors aux deux et doit être attribué à un troisième avis, celui de Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossi ; Rachi en reconstitue la topographie et les Tossefot y greffent la grande discussion de Rabbenou Tam sur l'ohel arai dressé par le côté. La seconde moitié change d'outil et passe du suspendu au reconstitué : Avimi tient qu'une natte de quatre tefahim et un rien suffit si l'on applique lavud deux fois, en haut et en bas ; une baraita qui exige sept et un rien est ramenée au cas de la grande soukka, où un seul lavud est possible — mais alors la paroi pend depuis le sekhakh, et l'on retrouve Rabbi Yossi, ce dont le Roch fait dépendre tout le psak ; enfin Rabbi Ami applique le lavud horizontalement avec un pan de quatre, et livre au passage la vraie leçon du passage : la longueur minimale d'une petite soukka est de sept tefahim.

Le fil du folio : la cloison suspendue, puis la cloison reconstituée par lavud Deux mouvements : on désolidarise Rabbi Yehouda et Rabbi Yossi, puis on passe de la paroi suspendue à la paroi complétée par la fiction du lavud Segments 0-1 : la michna d'Erouvin sur la citerne entre deux cours, citée en appui Beit Chamai : au-dessus ; Beit Hillel : en-dessous. Rabbi Yehouda : la cloison de la citerne ne sera pas plus exigeante que le mur qui sépare déjà les deux cours. Rabba bar bar Hana au nom de Rabbi Yo'hanan : Rabbi Yehouda a parlé selon la thèse de Rabbi Yossi, qui admet la mehitsa teluya, la cloison suspendue. Enjeu : le mur mitoyen surplombe la citerne sans descendre jusqu'à l'eau -- il ne cloisonne donc que suspendu. Segments 2-4 : ve-lo hi -- le rapprochement est refusé dans les deux sens Rabbi Yehouda n'allège que dans les erouvei hatserot, obligation de-rabbanan ; devant la soukka, de-oraita, il n'allège pas. Rabbi Yossi n'allège que dans la soukka, simple mitsvat asse ; devant Chabbat, dont la transgression est passible de skila, il n'allège pas. Chacun est donc indulgent à un seul étage de gravité : leur accord apparent est une coïncidence, pas une thèse commune. Rachi précise le point de droit : entre deux cours, l'interdit de transporter n'est que rabbinique -- la Tora n'interdit que du domaine privé au domaine public. Segments 5-7 : l'épisode de Tsippori -- un troisième Tana derrière la pratique Objection : à Tsippori on a bien permis Chabbat par une cloison suspendue. Sous quelle autorité ? Pas Rabbi Yossi -- il était déjà mort -- mais son fils Rabbi Yichmael. Rav Dimi : on avait oublié d'apporter le sefer Torah avant Chabbat ; le lendemain, des draps tendus sur des poteaux permirent de l'apporter et de lire dedans. Correction : peut-on avoir tendu les draps Chabbat ? D'où les aurait-on apportés ? Donc on les a trouvés déjà tendus -- la cloison était là, on n'a fait que s'en servir. Ces draps ne touchaient pas le sol : c'est bien une mehitsa teluya, et pour un usage de-oraita -- d'où la nécessité d'une troisième opinion. Segments 8-12 : lavud -- combien de paroi réelle faut-il vraiment ? Rav Hisda au nom d'Avimi : une natte de quatre tefahim et un rien suffit -- suspendue au milieu, moins de trois en bas, moins de trois en haut : deux lavud. Objection d'une baraita : il faut sept tefahim et un rien. Réponse : cette baraita vise une grande soukka, où un seul lavud est possible. Et elle enseigne au passage que l'on peut descendre les parois du haut vers le bas, comme Rabbi Yossi -- retour à la mehitsa teluya du début. Rabbi Ami : un pan (pas) de quatre tefahim et un rien, dressé à moins de trois de la paroi voisine, vaut paroi -- lavud horizontal cette fois. Ce qu'il nous apprend en réalité : la longueur minimale d'une petite soukka est de sept tefahim (4 + un peu moins de 3).
Le fil du folio : de la citerne d Erouvin a la paroi reconstituée par lavud.
Pourquoi Rabbi Yehouda et Rabbi Yossi ne pensent pas la même chose Une échelle de gravité à trois barreaux : chacun admet la cloison suspendue jusqu'à un certain étage, et refuse au-delà Étage de gravité Rabbi Yehouda Rabbi Yossi 1. Erouvei hatserot Transporter d'une cour à l'autre Interdit seulement de-rabbanan La Tora n'interdit que privé vers public ALLÈGE La cloison suspendue suffit c'est sa position dans la michna d'Erouvin non discuté ici à fortiori il allégerait 2. Parois de la soukka Mitsvat asse de-oraita Pas de sanction, mais loi de la Tora C'est notre michna, en 16a REFUSE de-oraita : il faut une vraie paroi moins de trois tefahim du sol ALLÈGE Dix tefahim suffisent, où qu'ils soient mehitsa teluya matteret 3. Transport de Chabbat Melakha de-oraita Passible de skila (lapidation) On y durcit même le détail rabbinique déjà refusé à l'étage 2 à fortiori ici REFUSE issur skila : on ne s'appuie pas sur une cloison qui pend Nafka mina : l'épisode de Tsippori On y a permis un transport de Chabbat grâce à des draps suspendus : ni Rabbi Yehouda ni Rabbi Yossi ne peuvent en être l'auteur. Rabbi Yehouda refuserait -- il n'allège pas au-delà du rabbinique. Rabbi Yossi refuserait -- il n'allège pas jusqu'au skila. Et il était déjà mort. Réponse de la Guemara : c'est Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossi, un troisième avis, plus indulgent que les deux. Rachi rappelle que Rabbi Yossi présidait la yechiva de Tsippori -- d'où la force de l'objection.
L échelle de gravité : pourquoi Rabbi Yehouda et Rabbi Yossi ne se rejoignent pas.
Lavud : de combien de paroi réelle a-t-on besoin ? Tout intervalle de moins de trois tefahim est réputé bouche. Reste à savoir combien de fois on a le droit d'appliquer la fiction A. Avimi -- petite soukka natte de 4 et un rien, deux lavud sekhakh sol moins de 3 natte réelle 4 + un rien moins de 3 10 3 + 4 + 3 = 10 tefahim de cloison Il faut une soukka de dix pile B. Baraita -- grande soukka natte de 7 et un rien, un seul lavud sekhakh sol moins de 3 natte réelle 7 + un rien 10 vide, sans limite la paroi ne descend pas jusqu'au sol 3 + 7 = 10 : un seul lavud, en haut Donc mehitsa teluya : la baraita suit Rabbi Yossi C. Rabbi Ami -- lavud horizontal pan (pas) de 4 et un rien, vu de dessus paroi existante pas 4 + un rien moins de 3 réputé bouche 7 tefahim longueur minimale d'une petite soukka de quoi tenir la tête, la plus grande partie du corps et une table C'est la vraie leçon de Rabbi Ami : le lavud était connu, le chiour de sept ne l'était pas Ce que chaque énoncé apporte réellement A. Avimi -- on peut appliquer lavud deux fois de suite sur la même paroi (en bas et en haut) : ce n'est pas évident, d'où le kamachma lan. B. La baraita -- avec un seul lavud, on descend la paroi depuis le sekhakh et on la laisse pendre : c'est la position de Rabbi Yossi. C. Rabbi Ami -- le lavud sert horizontalement, et il livre au passage le chiour de sept tefahim pour la longueur d'une petite soukka. Les Tossefot demandent pourquoi il faut un pan de quatre : on pourrait multiplier les baguettes -- la réponse tient à la règle cheti va-erev.
Les trois montages de lavud : natte de 4, natte de 7, pan de 4 -- et ce que chacun enseigne.
1
בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים מִלְמַעְלָה, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים מִלְּמַטָּה. אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: לֹא תְּהֵא מְחִיצָה גְּדוֹלָה מִן הַכֹּותֶל שֶׁבֵּינֵיהֶן.

[Michna, traite Erouvin :] Beit Chamai disent : au-dessus ; et Beit Hillel disent : en-dessous. Rabbi Yehouda a dit : la cloison [exigée pour la citerne] ne sera pas plus grande [c'est-à-dire plus exigeante] que le mur qui se trouve entre elles [les deux cours].

📜 Rachi (2)
בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים מִלְמַעְלָה דַּיּוֹ אִם עֲשָׂאָהּ מִלְמַעְלָה מִתּוֹךְ אָוגְנוֹ:
Beit Chamai disent : au-dessus — il lui suffit de l'avoir faite en haut, à partir du rebord [de la citerne, l'ogen].
מִן הַכֹּותֶל שֶׁבֵּינֵיהֶן אוֹתָהּ הַנַּעֲשֵׂית לַחוּץ בֵּין הַחֲצֵרוֹת וּתְלוּיָה עַל פְּנֵי פִּי הַבּוֹר ואע"פ שֶׁלֹּא נַעֲשֵׂית בִּשְׁבִיל הַמַּיִם דְּקָא סָבַר מְחִיצָה תְּלוּיָה מַתֶּרֶת בַּחֲצֵרוֹת אֲפִילּוּ כָּל טִלְטוּל:
Que le mur qui est entre elles — celui-là même qui a été dressé au-dehors entre les deux cours et qui se trouve suspendu au-dessus de l'ouverture de la citerne ; et bien qu'il n'ait pas été fait pour les eaux [mais pour séparer les cours], car il [Rabbi Yehouda] tient qu'une cloison suspendue (mehitsa teluya) permet dans les cours, et cela pour n'importe quel transport.
🗂️ Tossefot (1)
בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים מִלְמַעְלָה וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים מִלְּמַטָּה. בְּכָל הַסְּפָרִים גָּרְסִינַן אִיפְּכָא בְּפָ' כֵּיצַד מִשְׁתַּתְּפִין (עֵירוּבִין דַּף פּוֹ.):
« Beit Chamai disent : au-dessus, et Beit Hillel disent : en-dessous. » Dans tous les livres, la leçon est inversée au chapitre Keitsad Michtatfin (Erouvin 86a).
💡 Explication

La Guemara cite la michna d'Erouvin sur une citerne (bor) située à cheval entre deux cours qui n'ont pas fait d'erouv. Puiser depuis l'une ou l'autre revient à transporter d'un domaine dans un autre : il faut donc une cloison qui partage la citerne.

Beit Chamai et Beit Hillel discutent de l'endroit où la poser. Mais l'énoncé qui intéresse notre sougya est celui de Rabbi Yehouda : aucune cloison neuve n'est requise, puisqu'il existe déjà un mur entre les deux cours. Or ce mur surplombe la citerne sans descendre dans l'eau : s'en contenter, c'est admettre la mehitsa teluya, la cloison suspendue.

🖼️ Schéma
La citerne entre deux cours (michna d'Erouvin 86a) Chaque cour veut puiser. Sans cloison, on transporte d'un domaine à l'autre. Où placer cette cloison ? Cour A Cour B mur mitoyen entre les deux cours citerne (bor) à cheval sur les deux cours Beit Hillel cloison en bas au ras de l'eau Beit Chamai cloison en haut Rachi : il suffit de la poser sur le rebord (ogen) Rabbi Yehouda aucune cloison neuve n'est requise le mur mitoyen, même suspendu, suffit déjà Le point que retient la Guemara de Soukka Le mur mitoyen surplombe la citerne sans plonger dans l'eau : s'en contenter, c'est admettre la mehitsa teluya. Rachi ajoute : et Rabbi Yehouda l'admet la pour tout transport, pas seulement pour puiser.
La citerne partagée entre deux cours : où placer la cloison, et pourquoi le mur mitoyen est une cloison suspendue.
2
אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: רַבִּי יְהוּדָה בְּשִׁיטַת רַבִּי יוֹסֵי אֲמָרָהּ, דְּאָמַר מְחִיצָה תְּלוּיָה מַתֶּרֶת.

Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : Rabbi Yehouda a énoncé cela selon la thèse de Rabbi Yossi, lequel dit qu'une cloison suspendue (mehitsa teluya) permet.

📜 Rachi (1)
בְּשִׁיטַת רַבִּי יוֹסִי דְּמַתְנִיתִין:
Selon la thèse de Rabbi Yossi — celui de notre michna [en 16a].
💡 Explication

Le rapprochement est tentant : Rabbi Yossi, dans la michna de Soukka, se contente de dix tefahim de paroi où qu'ils se trouvent, même loin du sol ; Rabbi Yehouda, dans Erouvin, se contente d'un mur qui surplombe la citerne. Les deux sembleraient donc soutenir le même principe : mehitsa teluya matteret, une cloison suspendue vaut cloison.

3
וְלֹא הִיא, לָא רַבִּי יְהוּדָה סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יוֹסֵי, וְלָא רַבִּי יוֹסֵי סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה.

Et il n'en est pas ainsi (ve-lo hi) : ni Rabbi Yehouda ne pense comme Rabbi Yossi, ni Rabbi Yossi ne pense comme Rabbi Yehouda.

📜 Rachi (1)
לָא רַבִּי יְהוּדָה סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יוֹסֵי שֶׁתְּהֵא מְחִיצָּה תְּלוּיָה מַתֶּרֶת בַּסֻּוכָּה וְלָא רַבִּי יוֹסֵי סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה בְּבוֹר שֶׁתְּהֵא מֻתֶּרֶת בְּשַׁבָּת:
Ni Rabbi Yehouda ne pense comme Rabbi Yossi — [à savoir] qu'une cloison suspendue permette dans la soukka ; ni Rabbi Yossi ne pense comme Rabbi Yehouda à propos de la citerne, [à savoir] qu'elle permette le jour de Chabbat.
💡 Explication

La Guemara refuse le rapprochement dans les deux sens. Chacun des deux Sages est indulgent dans son propre domaine et refuserait de l'être dans celui de l'autre. Ce n'est donc pas une thèse commune, mais une coïncidence apparente : leurs allégements ne se situent pas au même étage de gravité, et les deux segments suivants vont détailler lequel.

🖼️ Schéma
Pourquoi Rabbi Yehouda et Rabbi Yossi ne pensent pas la même chose Une échelle de gravité à trois barreaux : chacun admet la cloison suspendue jusqu'à un certain étage, et refuse au-delà Étage de gravité Rabbi Yehouda Rabbi Yossi 1. Érouvei hatserot Transporter d'une cour à l'autre Interdit seulement de-rabbanan La Tora n'interdit que privé vers public ALLÈGE La cloison suspendue suffit c'est sa position dans la michna d'Erouvin non discuté ici à fortiori il allégerait 2. Parois de la soukka Mitsvat asse de-oraita Pas de sanction, mais loi de la Tora C'est notre michna, en 16a REFUSE de-oraita : il faut une vraie paroi moins de trois tefahim du sol ALLÈGE Dix tefahim suffisent, où qu'ils soient mehitsa teluya matteret 3. Transport de Chabbat Melakha de-oraita Passible de skila (lapidation) On y durcit même le détail rabbinique déjà refuse à l'étage 2 à fortiori ici REFUSE issur skila : on ne s'appuie pas sur une cloison qui pend Nafka mina : l'épisode de Tsippori On y a permis un transport de Chabbat grâce à des draps suspendus : ni Rabbi Yehouda ni Rabbi Yossi ne peuvent en être l'auteur. Rabbi Yehouda refuserait -- il n'allège pas au-delà du rabbinique. Rabbi Yossi refuserait -- il n'allège pas jusqu'au skila. Et il était déjà mort. Réponse de la Guemara : c'est Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossi, un troisième avis, plus indulgent que les deux. Rachi rappelle que Rabbi Yossi présidait la yechiva de Tsippori -- d'où la force de l'objection.
Les trois étages de gravité et le point où chacun cesse d'être indulgent.
4
לָא רַבִּי יְהוּדָה סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יוֹסֵי: עַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי יְהוּדָה הָתָם, אֶלָּא בְּעֵירוּבֵי חֲצֵירוֹת דְּרַבָּנַן. אֲבָל הָכָא, סֻוכָּה דְּאוֹרָייְתָא — לֹא.

Ni Rabbi Yehouda ne pense comme Rabbi Yossi : Rabbi Yehouda n'a dit son propos là-bas [dans Erouvin] qu'à propos des érouvei hatserot (la jonction des cours), qui sont de-rabbanan (d'institution rabbinique) ; mais ici, où il s'agit de la soukka qui est de-oraita (de la Tora) — non.

📜 Rachi (1)
דְּרַבָּנָן הָא דְּאָסְרִינַן לְהָבִיא מִימֵי חָצֵר זוֹ לָזוֹ בְּלֹא עֵירוּב מִדְּרַבָּנָן הוּא דְּמִדְּאוֹרַיְיתָּא לָא מִיתְּסַר אֶלָּא מֵרְשׁוּת הַיָּחִיד לִרְשׁוּת הָרַבִּים:
De-rabbanan — le fait que nous interdisions d'apporter les eaux d'une cour dans l'autre sans erouv relève de la loi rabbinique ; car de la Tora, seul est interdit [le transport] du domaine privé (rechout ha-yahid) vers le domaine public (rechout ha-rabim).
💡 Explication

Rachi fournit ici le point de droit qui rend la distinction opérante : entre deux cours, on ne passe pas d'un domaine privé à un domaine public — les deux cours sont, du point de vue de la Tora, du domaine privé. L'interdit de transporter de l'une à l'autre est donc seulement rabbinique.

Rabbi Yehouda peut s'appuyer sur une cloison suspendue pour lever un interdit rabbinique, sans qu'on puisse en déduire quoi que ce soit pour les parois de la soukka, qui sont une exigence de la Tora.

5
וְלָא רַבִּי יוֹסֵי סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה: עַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי יוֹסֵי הָכָא, אֶלָּא בְּסֻוכָּה דְּמִצְוַת עֲשֵׂה. אֲבָל שַׁבָּת, דְּאִיסּוּר סְקִילָה — לֹא.

Et ni Rabbi Yossi ne pense comme Rabbi Yehouda : Rabbi Yossi n'a dit son propos ici que dans la soukka, qui est une mitsvat asse (un commandement positif) ; mais Chabbat, dont [la transgression] est un interdit passible de skila (lapidation) — non.

📜 Rachi (1)
אֲבָל שַׁבָּת דְּאִיסּוּר סְקִילָה הוּא בִּמְלָאכוֹת דְּאוֹרָייְתָא מַחְמִירִין אֲפִילּוּ בְּמִידֵּי דְּרַבָּנָן דְּאִית בָּהּ:
Mais Chabbat, dont [la transgression] est un interdit passible de skila — dans les melakhot (travaux interdits) de la Tora, on se montre rigoureux même sur ce qui, a l'intérieur, n'est que rabbinique.
💡 Explication

Symétriquement : la soukka est une mitsvat asse, un commandement positif dont la transgression n'entraîne aucune sanction. Le transport de Chabbat, lui, met en jeu une melakha passible de skila. Rachi généralise la logique : la gravité de la matière rejaillit sur son détail — même les composantes rabbiniques du droit de Chabbat sont traitées avec rigueur.

Chacun est donc indulgent à un seul barreau de l'échelle, et refuse de monter plus haut. L'accord apparent entre eux n'existe pas.

6
וְאִם תֹּאמַר: מַעֲשֶׂה שֶׁנַּעֲשָׂה בְּצִיפּוֹרִי, עַל פִּי מִי נַעֲשָׂה? לֹא עַל פִּי רַבִּי יוֹסֵי, אֶלָּא עַל פִּי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּרַבִּי יוֹסֵי.

Et si tu dis : l'épisode qui a eu lieu à Tsippori, sur l'autorité de qui a-t-il été fait ? Non pas sur l'autorité de Rabbi Yossi, mais sur celle de Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossi.

📜 Rachi (4)
וְאִם תֹּאמַר כֵּיוָן דְּרַבִּי יוֹסֵי לָא סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה בְּשַׁבָּת:
Et si tu dis — puisque Rabbi Yossi ne pense pas comme Rabbi Yehouda pour Chabbat.
מַעֲשֶׂה שֶׁנַּעֲשָׂה בְּצִיפּוֹרִי שֶׁהִתִּירוּ בְּשַׁבָּת עַל יְדֵי מְחִיצָּה תְּלוּיָה כִּדְאָמַר רַב דִּימֵי לְקַמֵּיהּ:
L'épisode qui a eu lieu à Tsippori — où l'on a permis, un jour de Chabbat, au moyen d'une cloison suspendue, comme le rapporte Rav Dimi plus loin.
עַל פִּי מִי נַעֲשָׂה וַהֲלֹא רַבִּי יוֹסֵי רֹאשׁ שֶׁל יְשִׁיבַת צִיפּוֹרִי הֲוָה כִּדְאָמְרִינַן בְּסַנְהֶדְרִין (דַּף לב:) צֶדֶק צֶדֶק תִּרְדֹּוף הַלֵּךְ אַחַר בֵּית דִּין יָפֶה אַחַר רַבִּי יוֹסֵי לְצִיפּוֹרִי:
Sur l'autorité de qui a-t-il été fait — or Rabbi Yossi était bien le chef de la yechiva de Tsippori, ainsi que nous le disons dans Sanhédrin (32b) : « la justice, la justice, tu la poursuivras » — va chercher le beit din de qualité : va auprès de Rabbi Yossi, à Tsippori.
לֹא עַל פִּי רַבִּי יוֹסֵי נַעֲשָׂה שֶׁכְּבָר נִפְטַר:
Ce n'est pas sur l'autorité de Rabbi Yossi qu'il a été fait — car il était déjà décédé.
💡 Explication

Objection tirée de la pratique : à Tsippori, on a bel et bien permis un transport de Chabbat en s'appuyant sur une cloison suspendue. Or Rachi souligne la force de l'objection : Rabbi Yossi présidait justement la yechiva de Tsippori. Difficile de croire qu'on y ait agi contre son avis.

La réponse joue sur deux ressorts : ce n'était pas lui — il était déjà mort — et l'autorité invoquée est celle de son fils, Rabbi Yichmael, qui représente donc un troisième avis, plus indulgent que Rabbi Yehouda comme que Rabbi Yossi.

7
וּמַאי מַעֲשֶׂה — דְּכִי אֲתָא רַב דִּימִי, אָמַר: פַּעַם אַחַת שָׁכְחוּ וְלֹא הֵבִיאוּ סֵפֶר תּוֹרָה מֵעֶרֶב שַׁבָּת, לְמָחָר פֵּירְסוּ סְדִינִין עַל גַּבֵּי הָעַמּוּדִים, וְהֵבִיאוּ סֵפֶר תּוֹרָה וְקָרְאוּ בּוֹ.

Et quel était cet épisode ? Lorsque Rav Dimi arriva [de la Terre d'Israël], il dit : une fois, on oublia et l'on n'apporta pas le sefer Torah la veille de Chabbat ; le lendemain, on étendit des draps sur des poteaux, on apporta le sefer Torah et l'on y fit la lecture.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא עַל פִּי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּנוֹ וּמַאי מַעֲשֶׂה דְּכִי אֲתָא רַב דִּימִי אָמַר פַּעַם אַחַת שָׁכְחוּ בְּצִיפּוֹרִי וְלֹא הֵבִיאוּ סֵפֶר תּוֹרָה בְּעֶרֶב שַׁבָּת [שֶׁהָיָה דַּרְכָּן לְהַצְנִיעַ סֵפֶר תּוֹרָה בַּבָּתִּים מִפְּנֵי הַנָּכְרִים וְאוֹתוֹ הַבַּיִת שֶׁהִנִּיחוּ לְתוֹכוֹ] הָיָה בְּבַיִת אֶחָד שֶׁבֶּחָצֵר בֵּית הַכְּנֶסֶת וּבָתִּים הַרְבֵּה הָיוּ פִּתּוּחִין לֶחָצֵר וְלֹא עֵירְבוּ אוֹ שֶׁהָיוּ חֲצֵרוֹת הַרְבֵּה פְּתוּחוֹת לְאוֹתוֹ מָבוֹי וּבֵית הַכְּנֶסֶת פָּתוּחַ לוֹ וְהָיָה סֵפֶר הַתּוֹרָה בֶּחָצֵר שֶׁכְּנֶגֶד בֵּית הַכְּנֶסֶת וְלֹא נִשְׁתַּתְּפוּ בַּמָּבוֹי וְאָסוּר לְהוֹצִיא מִן הַחֲצֵרוֹת לַמָּבוֹי וּפָרְסוּ סְדִינִין עַל גַּבֵּי עַמּוּדִים שֶׁהָיוּ לְרֹוחַב הַמָּבוֹי וְחָלְקוּ אֶת הַמָּבוֹי וְלֹא הָיוּ פְּתוּחִים מִן הַמְּחִיצָּה וְלִפְנִים אֶלָּא בֵּית הַכְּנֶסֶת וְחָצֵר שֶׁכְּנֶגְדּוֹ וְהֵבִיאוּ סֵפֶר הַתּוֹרָה שֶׁהֲרֵי שְׁאָר הַחֲצֵרוֹת נִסְתַּלְּקוּ וְאֵין אִיסּוּר כָּאן:
Mais sur l'autorité de Rabbi Yichmael son fils. Et quel était cet épisode ? Lorsque Rav Dimi arriva, il dit : une fois, à Tsippori, on oublia et l'on n'apporta pas le sefer Torah la veille de Chabbat — [car leur usage était de cacher le sefer Torah dans des maisons à cause des non-Juifs, et la maison où ils l'avaient déposé] était une maison située dans la cour de la synagogue, et de nombreuses maisons ouvraient sur cette cour sans qu'on eût fait l'erouv ; ou bien de nombreuses cours ouvraient sur cette ruelle (mavoi), la synagogue y ouvrait également, le sefer Torah se trouvait dans la cour faisant face à la synagogue, et l'on n'avait pas fait le chittouf du mavoi — il était donc interdit de sortir des cours vers le mavoi. On étendit alors des draps sur des poteaux placés en travers du mavoi, et l'on partagea ainsi le mavoi : de la cloison vers l'intérieur ne s'ouvraient plus que la synagogue et la cour qui lui faisait face. On apporta donc le sefer Torah, puisque les autres cours se trouvaient désormais écartées et qu'il n'y avait plus là d'interdit.
💡 Explication

Rachi reconstitue toute la topographie : le sefer Torah était caché dans une maison, de l'autre côté d'une ruelle (mavoi) sur laquelle ouvraient plusieurs cours sans chittouf. Tendre des draps en travers du mavoi recoupe celui-ci : au-delà de cette cloison improvisée, il ne reste plus que deux ouvertures — la synagogue et la cour d'en face — et le transport y redevient permis.

🖼️ Schéma
Tsippori : les draps sur les poteaux (selon Rachi) Le mavoi n'avait pas de chittouf : sortir des cours vers la ruelle était interdit. Les draps le recoupent le mavoi (la ruelle) cour sans chittouf cour sans chittouf cour du sefer Torah maison où on le cachait synagogue en face poteaux draps le drap ne touche pas le sol : mehitsa teluya Hava amina : on a tendu les draps ce jour-là Impossible : d'où les aurait-on apportés, puisque justement rien ne pouvait sortir des cours ? Rachi écarte la variante qui invoquerait l'ohel arai : une cloison sans toit n'est pas un ohel. Maskana : on les a trouvés déjà tendus La cloison préexistait ; on n'a fait que s'appuyer sur elle pour apporter le sefer Torah. Reste le fond : on s'est fié à une cloison suspendue un jour de Chabbat -- d'où le troisième avis.
Tsippori selon Rachi : les draps recoupent le mavoi et isolent la synagogue avec la seule cour qui lui fait face.
8
פֵּירְסוּ סָלְקָא דַעְתָּךְ? מֵהֵיכָן הֱבִיאוּם בְּשַׁבָּת! אֶלָּא, מָצְאוּ סְדִינִין פְּרוּסִין עַל גַּבֵּי הָעַמּוּדִים וְהֵבִיאוּ סֵפֶר תּוֹרָה וְקָרְאוּ בּוֹ.

« On étendit » — cela te vient-il à l'esprit ? D'où les aurait-on apportés, un jour de Chabbat !

Mais plutôt : ils trouvèrent des draps déjà étendus sur les poteaux, ils apportèrent le sefer Torah et y firent la lecture.

📜 Rachi (2)
מֵהֵיכָן הֱבִיאוּם וַהֲלֹא הָיָה אָסוּר לְהַכְנִיס וּלְהוֹצִיא וַהֲלֹא הַכֹּל מוֹדִים כו' לָא גָּרְסִינַן דִּמְחִיצָּה בְּלֹא גַּג לָאו אֹהֶל הוּא וּמְחִיצָּה כָּזוֹ מֻותָּר לַעֲשׂוֹת כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק כָּל גַּגּוֹת (עֵירוּבִין דַּף צַד.) אָמַר לָהֶם שְׁמוּאֵל נַגִּידוּ לִי גְּלִימָא:
D'où les aurait-on apportés — n'était-il pas interdit de rentrer et de sortir ? Quant à [la variante] « et pourtant tous s'accordent, etc. », nous ne la lisons pas, car une cloison sans toit n'est pas un ohel (une tente), et une cloison de ce genre, il est permis de la faire [Chabbat], ainsi que nous le disons au chapitre Kol Gaggot (Erouvin 94a) : Chmouel leur dit : tendez-moi un manteau.
סְדִינִין פְּרוּסִין וְהָיוּ גְּבוֹהִין מִן הָאָרֶץ דַּהֲוָה לֵיהּ מְחִיצָּה תְּלוּיָה:
Des draps étendus — et ils étaient hauts au-dessus du sol, ce qui en faisait une cloison suspendue (mehitsa teluya).
🗂️ Tossefot (1)
פֵּירְסוּ סָלְקָא דַּעְתָּךְ מֵהֵיכָן הֱבִיאוּם. וַהֲלֹא הָיָה אָסוּר לְהַכְנִיס וּלְהוֹצִיא וְהָא הַכֹּל מוֹדִים לָא גָּרְסִינַן דִּמְחִיצָּה בְּלֹא גַּג לָאו אֹהֶל הוּא וּמְחִיצָּה כָּזוֹ מֻותָּר לַעֲשׂוֹת בְּשַׁבָּת כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק כָּל גַּגּוֹת (עֵירוּבִין דַּף צַד.) אָמַר לְהוּ שְׁמוּאֵל נַגִּידוּ לִי גְּלִימָא כָּךְ פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס וּכְמוֹ כֵּן בְּפֶרֶק כָּל הַכֵּלִים (שַׁבָּת דַּף קכה:) גַּבֵּי פְּקַק הַחַלּוֹן דְּהַאי חַלּוֹן לְמַעְלָה בַּגַּג אֲבָל מִן הַצַּד לֹא שַׁיָּיךְ אִיסּוּר אֹהֶל וְהֵבִיא רְאָיָה כְּמוֹ כֵן מֵהַהִיא דְּכָל הַגַּגּוֹת דַּאֲמַר לְהוּ שְׁמוּאֵל נַגִּידוּ לִי גְּלִימָא וְאַהְדְּרִינְהוּ רַב לְאַפֵּיהּ וּפָרִיךְ לִשְׁמוּאֵל לָמָּה לִי לְמֶעְבַּד הָכִי הָא אָמַר זֶה מְטַלְטֵל עַד עִיקַּר הַמְּחִיצָּה וּמְשַׁנֵּי שְׁמוּאֵל דַּעֲבַד לִצְנִיעוּתָא בְּעָלְמָא מַשְׁמַע דְּאִם הָיָה שְׁמוּאֵל אוֹסֵר כְּרַב נִיחָא לֵיהּ בְּמַאי דַּעֲבַד שְׁמוּאֵל הָכִי וְלָא הֲוָה קַשְׁיָא לֵיהּ מִידִי הֵיכִי שָׁרִי לְמֶיעְבַּד הָכִי אַלְמָא לָא חֲשִׁיב אֹהֶל בַּדְּפָנוֹת מִן הַצַּד דְּהָא לָא קָפֵיד רַב עַל עֲשִׂיַּית הַמְּחִיצָּה אֶלָּא מִשּׁוּם דְּקָסָבַר אָסוּר לְטַלְטֵל הַסָּדִין לְתוֹכָהּ וְקַשְׁיָא לְפֵירוּשׁ הַקּוּנְטְרֵס מַאי הִקְשָׁה הֵיאַךְ הֵבִיאוּ הַסְּדִינִים דִּלְמָא דֶּרֶךְ מַלְבּוּשׁ הֱבִיאוּם וְעוֹד קָשֶׁה דִּלְשׁוֹן חַלּוֹן שַׁיָּיךְ בְּכֹותֶל וּבְגַג אֲרֻובָּה כְּדִתְנַן (בֵּיצָה דַּף לה:) מַשִּׁילִין פֵּירוֹת דֶּרֶךְ אֲרֻובָּה וּכְמוֹ אֲרֻובּוֹת שֶׁבַּדֶּלֶת דְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּיוֹמָא (דַּף עו.) הַיְינוּ בָּאֲרֻובּוֹת שֶׁבַּגַּג כְּמוֹ אֲרֻובּוֹת הַשָּׁמַיִם (בְּרֵאשִׁית ז) וְעוֹד מוֹכַח פֶּרֶק מִי שֶׁהוֹצִיאוּהוּ (עֵירוּבִין דַּף מד. וְשָׁם) דְּשַׁיָּיךְ מִן הַצַּד עֲשִׂייַּת אֹהֶל גַּבֵּי עֲשִׂיַּית דֹּופֶן פָּרִיךְ וְהָא אִתְּמַר עֲלָהּ הַכֹּל מוֹדִים שֶׁאֵין עוֹשִׂין אֹהֶל עֲרַאי בַּתְּחִלָּה ביו"ט וּבְפֶרֶק כֵּיצַד מִשְׁתַּתְּפִין (עֵירוּבִין דַּף פּוֹ:) גָּרֵיס בַּקּוּנְטְרֵס כְּמוֹ שֶׁכָּתוּב בַּסְּפָרִים פֵּירְסוּ לְכַתְּחִלָּה מִי שָׁרִי וְהָאָמַר מַר הַכֹּל מוֹדִים שֶׁאֵין עוֹשִׂין אֹהֶל עֲרַאי לְכַתְּחִלָּה בְּשַׁבָּת וְנִרְאֶה לר"ת דְּמִן הַצַּד נָמֵי שַׁיָּיךְ עֲשִׂייַּת אֹהֶל וְכָל הֵיכָא דְּאָמְרִינַן דִּמְחִיצָּה זוֹ מוֹעֶלֶת לְהַתִּיר חֲשִׁיב עֲשִׂייַּת אֹהֶל בַּתְּחִלָּה כִּי הַךְ דְּפֵרְסוּ סְדִינִין וְהָוֵי כְּדֹופֶן שְׁלִישִׁי שֶׁל סֻוכָּה דְּחָשְׁבִינַן אֹהֶל בְּפֶרֶק מִי שֶׁהוֹצִיאוּהוּ (עֵירוּבִין מד.) אֲבָל דֹּופֶן רְבִיעִי אֵינָהּ אֶלָּא תּוֹסֶפֶת אֹהֶל דִּבְלָאו הָכִי מִשְׁתַּרְיָא וְרַב שֶׁהִקְפִּיד בְּפֶרֶק כָּל גַּגּוֹת (עֵירוּבִין דַּף צַד.) אַעֲשִׂיַּית מְחִיצָּה הִקְפִּיד דִּלְדִידֵיהּ כֵּיוָן דְּאָסוּר לְטַלְטֵל לֹא הָיָה לִפְרֹושׂ שָׁם סָדִין בְּשַׁבָּת מִשּׁוּם עֲשִׂייַּת אֹהֶל וְהָא דְּפָרִיךְ שְׁמוּאֵל לָמָּה לִי לְמֶיעְבַּד הָכִי הָא אָמַר זֶה מְטַלְטֵל עַד עִיקַּר הַמְּחִיצָּה כָּל שֶׁכֵּן דְּאִם הָיָה אָסוּר לְטַלְטֵל דִּטְפֵי הָוֵי קַשְׁיָא לָן הֵיכִי שָׁרִי לְמֶיעְבַּד הָכִי אֶלָּא הָאֱמֶת מַקְשֶׁה וּמַאן דְּשָׁרֵי תּוֹסֶפֶת אֹהֶל אֲפִילּוּ בְּאֹהֶל שֶׁלְּמַעְלָה מִן הַגַּג נָמֵי שָׁרִי כִּדְמוֹכַח פֶּרֶק הַמּוֹצֵא תְּפִילִּין (עֵירוּבִין דַּף קב. וְשָׁם) גַּבֵּי הָנְהוּ דִּיכְרֵי דְּהָווּ בֵּי רַב הוּנָא בִּימָמָא בָּעוּ טֻולָּא בְּלֵילְיָא בָּעוּ אֲוִירָא וּלְקַמָּן פ' הַיָּשָׁן (סֻוכָּה דַּף כז:) גַּבֵּי עֻובְדָּא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר שֶׁשָּׁבַת בְּסֻוכָּתוֹ שֶׁל (רַבִּי יְהוּדָה) בְּרַבִּי אִילְעַאי בְּקֵיסָרִי:
« On étendit — cela te vient-il à l'esprit ? D'où les aurait-on apportés ? » — n'était-il pas interdit de rentrer et de sortir ? Et [la variante] « or tous s'accordent », nous ne la lisons pas, car une cloison sans toit n'est pas un ohel, et une cloison de ce genre, il est permis de la faire Chabbat, ainsi que nous le disons au chapitre Kol Gaggot (Erouvin 94a) : Chmouel leur dit : tendez-moi un manteau. Ainsi a expliqué le Qountress [Rachi], et de même au chapitre Kol ha-Kelim (Chabbat 125b) à propos du volet de la fenêtre : cette fenêtre-là se trouve en haut, dans le toit, mais sur le côté il n'y a pas d'interdit d'ohel ; et il apporte pareillement une preuve de ce passage de Kol Gaggot, où Chmouel leur dit : tendez-moi un manteau, tandis que Rav se détournait ; et l'on objecte à Chmouel : pourquoi faire cela, puisque tu as dit que chacun transporte jusqu'au pied de la cloison ? Et Chmouel répond qu'il l'a fait par simple pudeur — ce qui implique que si Chmouel avait interdit comme Rav, l'acte de Chmouel ne poserait aucune difficulté et l'on ne se demanderait pas comment il était permis de faire ainsi : preuve qu'une paroi latérale n'est pas considérée comme un ohel, puisque Rav ne s'est pas offusqué de la confection de la cloison, mais seulement parce qu'il estimait interdit d'y transporter le drap. Or l'explication du Qountress soulève une difficulté : quelle était l'objection quant à la façon dont on aurait apporté les draps ? Peut-être les a-t-on apportés portés comme un vêtement. Autre difficulté : le mot « fenêtre » se dit aussi bien d'un mur que d'une lucarne dans le toit, comme nous l'avons appris (Betsa 35b) « on fait descendre les fruits par la lucarne », ou comme les lucarnes de la porte au dernier chapitre de Yoma (76a), qui sont bien des ouvertures du toit, à l'image des « écluses des cieux » (Berechit 7). Une preuve encore : au chapitre Mi che-Hotsiouhou (Erouvin 44a) il apparaît que la confection d'un ohel se conçoit aussi sur le côté, à propos de la confection d'une paroi : on objecte « mais il a été dit à ce sujet : tous s'accordent qu'on ne fait pas un ohel provisoire de toutes pièces un jour de fête » ; et au chapitre Keitsad Michtatfin (Erouvin 86b) le Qountress lit, comme dans les livres : « on a étendu de toutes pièces — est-ce permis ? Or le maître a dit : tous s'accordent qu'on ne fait pas un ohel provisoire de toutes pièces Chabbat ». Aussi Rabbenou Tam estime-t-il que la confection d'un ohel se conçoit aussi sur le côté, et que partout où nous disons qu'une cloison est efficace pour permettre, cela compte comme la confection d'un ohel de toutes pièces — tel notre cas des draps étendus, comparable à la troisième paroi d'une soukka, tenue pour un ohel au chapitre Mi che-Hotsiouhou (Erouvin 44a) ; tandis que la quatrième paroi n'est qu'un supplément d'ohel, puisque sans elle c'est déjà permis. Et Rav, qui s'est offusqué au chapitre Kol Gaggot (Erouvin 94a), s'est offusqué de la confection même de la cloison : selon lui, puisqu'il était de toute façon interdit de transporter, il n'y avait pas lieu d'y étendre un drap Chabbat, à cause de la confection d'un ohel. Quant à l'objection de Chmouel — pourquoi faire cela, puisque tu as dit que chacun transporte jusqu'au pied de la cloison ? — à plus forte raison : s'il était interdit de transporter, la difficulté « comment était-il permis de faire ainsi ? » serait encore plus forte ; c'est donc bien la vérité qu'il objecte. Et celui qui permet le supplément d'ohel le permet même pour un ohel situé au-dessus du toit, comme il ressort du chapitre ha-Motse Tefillin (Erouvin 102a) à propos de ces béliers qui se trouvaient chez Rav Houna : le jour ils voulaient de l'ombre, la nuit ils voulaient de l'air ; et plus loin au chapitre ha-Yachen (Soukka 27b) à propos de l'épisode de Rabbi Eliezer, qui passa Chabbat dans la soukka de (Rabbi Yehouda) fils de Rabbi Ilaï, à Césarée.
💡 Explication

La Guemara corrige la formulation de Rav Dimi. Si les draps avaient été tendus ce jour-là, il aurait fallu les apporter — or c'est précisément ce qui était interdit avant que la cloison n'existe. Le récit est donc rectifié : on les a trouvés déjà tendus.

Mais le fond demeure : ces draps ne touchaient pas le sol. On s'est donc bien fié à une cloison suspendue un jour de Chabbat. Rachi écarte au passage une variante textuelle qui invoquerait ici l'interdit de dresser un ohel arai (une tente provisoire), au motif qu'une cloison sans toit n'est pas un ohel — et les Tossefot consacrent leur longue glose à contester ce point : pour Rabbenou Tam, une paroi latérale qui rend une chose permise compte bien comme confection d'un ohel.

9
אָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר אֲבִימִי: מַחְצֶלֶת אַרְבָּעָה וּמַשֶּׁהוּ — מַתֶּרֶת בְּסֻוכָּה מִשּׁוּם דֹּופֶן. הֵיכִי עֲבִיד? תָּלֵי לֵיהּ בָּאֶמְצַע, פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה לְמַטָּה וּפָחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה לְמַעְלָה, וְכָל פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה כְּלָבוּד דָּמֵי.

Rav Hisda a dit au nom d'Avimi : une natte de quatre [tefahim] et un rien permet dans la soukka, au titre de paroi (dofen). Comment fait-on ?

On la suspend au milieu, à moins de trois [tefahim] du bas et à moins de trois du haut ; et tout ce qui est en-deçà de trois est réputé joint (lavud).

📜 Rachi (2)
מַחְצֶלֶת שֶׁרְחָבָה אַרְבָּעָה וּמַשֶּׁהוּ וְאָרְכָּהּ כְּאֹורֶךְ הַדֹּופֶן:
Une natte large de quatre et un rien — et longue de la longueur de la paroi.
מֻתֶּרֶת בְּסֻוכָּה אִם תּוֹלֶה אוֹתָהּ בָּאֲוִיר בְּפָחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה סָמוּךְ לַסְּכָךְ וּפָחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה לַקַּרְקַע וּכְגוֹן שֶׁאֵין הַסֻּוכָּה גְּבוֹהָה אֶלָּא עֲשָׂרָה מְצֻומְצָמִין:
Permet dans la soukka — si on la suspend en l'air à moins de trois [tefahim] du sekhakh et à moins de trois du sol, et à condition que la soukka n'ait que dix [tefahim] tout juste.
💡 Explication

Le principe de lavud réputé bouche tout intervalle inférieur à trois tefahim. Avimi l'applique deux fois sur la même paroi : la natte réelle ne mesure guère plus de quatre tefahim, mais les deux vides — un peu moins de trois en haut, un peu moins de trois en bas — sont tenus pour comblés. Total : les dix tefahim requis.

Rachi ajoute deux précisions décisives : la natte doit courir sur toute la longueur de la paroi, et la soukka doit mesurer exactement dix tefahim — sinon, les deux vides dépasseraient trois et le lavud ne jouerait plus.

🖼️ Schéma
Lavud : de combien de paroi réelle a-t-on besoin ? Tout intervalle de moins de trois tefahim est réputé bouche. Reste à savoir combien de fois on a le droit d'appliquer la fiction A. Avimi -- petite soukka natte de 4 et un rien, deux lavud sekhakh sol moins de 3 natte réelle 4 + un rien moins de 3 10 3 + 4 + 3 = 10 tefahim de cloison Il faut une soukka de dix pile B. Baraita -- grande soukka natte de 7 et un rien, un seul lavud sekhakh sol moins de 3 natte réelle 7 + un rien 10 vide, sans limite la paroi ne descend pas jusqu'au sol 3 + 7 = 10 : un seul lavud, en haut Donc mehitsa teluya : la baraita suit Rabbi Yossi C. Rabbi Ami -- lavud horizontal pan (pas) de 4 et un rien, vu de dessus paroi existante pas 4 + un rien moins de 3 réputé bouche 7 tefahim longueur minimale d'une petite soukka de quoi tenir la tête, la plus grande partie du corps et une table C'est la vraie leçon de Rabbi Ami : le lavud était connu, le chiour de sept ne l'était pas Ce que chaque énoncé apporte réellement A. Avimi -- on peut appliquer lavud deux fois de suite sur la même paroi (en bas et en haut) : ce n'est pas évident, d'où le kamachma lan. B. La baraita -- avec un seul lavud, on descend la paroi depuis le sekhakh et on la laisse pendre : c'est la position de Rabbi Yossi. C. Rabbi Ami -- le lavud sert horizontalement, et il livre au passage le chiour de sept tefahim pour la longueur d'une petite soukka. Les Tossefot demandent pourquoi il faut un pan de quatre : on pourrait multiplier les baguettes -- la réponse tient à la règle chéti va-erev.
Les trois montages comparés : deux lavud (Avimi), un seul lavud (baraita), lavud horizontal (Rabbi Ami).
10
פְּשִׁיטָא? מַהוּ דְתֵימָא: חַד לָבוּד אָמְרִינַן, תְּרֵי לָבוּד לָא אָמְרִינַן — קָא מַשְׁמָע לַן.

N'est-ce pas évident (pchita) ? [Non :] on aurait pu dire qu'un seul lavud, nous le disons, mais que deux lavud, nous ne les disons pas — [Avimi] nous l'enseigne donc.

🗂️ Tossefot (1)
מַהוּ דְּתֵימָא חַד לָבוּד אָמְרִינַן תְּרֵי לָבוּד לָא אָמְרִינַן. וְתֵימַהּ דְּהָא נָמֵי מִלְּתָא דִּפְשִׁיטָא הִיא דְּמַכְשִׁירִין לְעֵיל (סֻוכָּה דַּף ז.) קָנֶה קָנֶה פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה דְּדֹופֶן סֻוכָּה כְּדֹופֶן שַׁבָּת וְשֶׁמָּא סָלְקָא דַעְתָּךְ לְחַלֵּק בֵּין שְׁתֵּי לְעָרֵב וְאֵין לְהַקְשׁוֹת דְּתִיסְגֵּי בִּשְׁנֵי חֲבָלִים שֶׁעָובְייָן יָתֵר מִטֶּפַח וְאָמְרִינַן לָבוּד כִּדְאַשְׁכְּחַן פֶּרֶק קַמָּא דְּעֵירוּבִין (דַּף טז:) דְּמַקִּיפִין בִּשְׁלֹשָׁה חֲבָלִים וְהָכָא בִּשְׁנַיִם סַגִּי הָא אָמְרִינַן הָתָם דְּלָא הִתִּירוּ אֶלָּא בְּשֶׁיִּירָא:
« On aurait pu dire qu'un seul lavud, nous le disons, mais que deux lavud, nous ne les disons pas. » Cela est étonnant, car cela aussi est chose évidente, puisque plus haut (Soukka 7a) ils déclarent valide [une paroi faite de] baguette après baguette à moins de trois [d'intervalle], car la paroi de la soukka est comme la paroi de Chabbat. Peut-être aurait-on pu penser distinguer entre la trame et la chaîne (chéti et erev, c'est-à-dire vertical et horizontal). Et il ne faut pas objecter qu'il suffirait alors de deux cordes d'une épaisseur supérieure à un tefah, en disant lavud, comme nous le trouvons au premier chapitre d'Erouvin (16b) où l'on entoure [un campement] avec trois cordes, tandis qu'ici deux suffiraient : car il est dit là-bas que cela n'a été permis que pour une caravane.
💡 Explication

La question pchita est un test de nécessité : si le lavud est connu, qu'apporte Avimi ? Réponse : la réitération. Rien ne garantissait a priori qu'on puisse mobiliser la fiction deux fois de suite pour reconstituer une seule et même paroi.

Les Tossefot poussent l'objection plus loin : la michna de 7a permet déjà une paroi faite d'une succession de baguettes espacées de moins de trois — donc de multiples lavud. Leur réponse : on aurait pu croire que la réitération n'est admise que dans un seul sens, vertical ou horizontal (chéti va-erev), pas dans les deux.

11
מֵיתִיבִי: מַחְצֶלֶת שִׁבְעָה וּמַשֶּׁהוּ מַתֶּרֶת בְּסֻוכָּה מִשּׁוּם דֹּופֶן. כִּי תַנְיָא הַהִיא, בְּסֻוכָּה גְּדוֹלָה. וּמַאי קָא מַשְׁמַע לַן — דִּמְשַׁלְשְׁלִין דְּפָנוֹת מִלְמַעְלָה לְמַטָּה כְּרַבִּי יוֹסֵי.

On objecte : « une natte de sept [tefahim] et un rien permet dans la soukka au titre de paroi » ! [Réponse :] lorsque cette [baraita] a été enseignée, c'était à propos d'une grande soukka.

Et que nous enseigne-t-elle alors ? Que l'on descend les parois du haut vers le bas, conformément à Rabbi Yossi.

📜 Rachi (2)
מַחְצֶלֶת שִׁבְעָה וּמַשֶּׁהוּ אַלְמָא חַד לָבוּד אָמְרִינַן וְתוּ לָא:
Une natte de sept et un rien — il en ressort qu'on dit un seul lavud, et pas davantage.
בְּסֻוכָּה גְּדוֹלָה הַגְּבוֹהָה הַרְבֵּה שֶׁאֵין יָכוֹל לוֹמַר בָּהּ שְׁנֵי לְבוֹדִין הִלְכָּךְ בָּעֵי מַחְצֶלֶת שִׁבְעָה וּמַשֶּׁהוּ וּמַעֲמִידָהּ בְּפָחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה סָמוּךְ לַסְּכָךְ דְּהָוְיָא לָהּ מְחִיצָּה עֲשָׂרָה וְתוּ לָא אִיכְפַּת לָן אִם תְּלוּיָה הִיא וקמ"ל דִּמְשַׁלְשְׁלִין מִלְמַעְלָה לְמַטָּה כְּר' יוֹסֵי:
Dans une grande soukka — c'est-à-dire très haute, où l'on ne peut pas invoquer deux lavud ; c'est pourquoi il faut une natte de sept et un rien, que l'on dresse à moins de trois du sekhakh : on obtient ainsi une cloison de dix, et peu nous importe alors qu'elle soit suspendue. Et il nous enseigne au passage que l'on descend [les parois] du haut vers le bas, comme Rabbi Yossi.
🗂️ Tossefot (1)
כִּי תַּנְיָא הָהִיא בְּסֻוכָּה גְּדוֹלָה. בְּגָבוֹהַּ הַרְבֵּה שֶׁאֵין יָכוֹל לוֹמַר שְׁנֵי לְבוֹדִין הִלְכָּךְ בָּעֵי מַחְצֶלֶת שִׁבְעָה וּמַשֶּׁהוּ וּמַעֲמִידָהּ בְּפָחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה סָמוּךְ לַקַּרְקַע כָּךְ פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס אֲבָל בְּכָל הַסְּפָרִים גָּרְסִינַן מַאי קמ"ל דִּמְשַׁלְשֵׁל דְּפָנוֹת מִלְמַעְלָה לְמַטָּה כְּר' יוֹסֵי לְפִיכָךְ צָרִיךְ לְפָרֵשׁ דְּמַעֲמִידָהּ לְמַעְלָה בְּפָחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה סָמוּךְ לַסְּכָךְ וַאֲפִילּוּ גָּבוֹהַּ הַרְבֵּה מִן הָאָרֶץ כְּשֵׁרָה כְּרַבִּי יוֹסֵי דְּמַתְנִיתִין דְּאָמַר מְחִיצָה תְּלוּיָה מַתֶּרֶת:
« Lorsque cette [baraita] a été enseignée, c'était à propos d'une grande soukka. » C'est-à-dire très haute, où l'on ne peut pas invoquer deux lavud ; c'est pourquoi il faut une natte de sept et un rien, que l'on dresse à moins de trois du sol — ainsi a expliqué le Qountress [Rachi]. Mais dans tous les livres nous lisons : « et que nous enseigne-t-il ? Que l'on descend les parois du haut vers le bas, conformément à Rabbi Yossi » ; il faut donc expliquer qu'on la dresse en haut, à moins de trois du sekhakh, et que même très élevée au-dessus du sol elle est valide, conformément à Rabbi Yossi de notre michna, qui dit qu'une cloison suspendue permet.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' הַמְשַׁלְשֵׁל דְּפָנוֹת מִלְמַעְלָה לְמַטָּה אִם גְּבוֹהוֹת מִן הָאָרֶץ ג' טְפָחִים פְּסוּלָה מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה אִם גְּבוֹהוֹת מִן הָאָרֶץ י' טְפָחִים כְּשֵׁירָה. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר כְּשֵׁם שֶׁמִּלְּמַטָּה לְמַעְלָה י' טְפָחִים כָּךְ מִלְמַעְלָה לְמַטָּה י' טְפָחִים הִרְחִיק אֶת הַסִּיכּוּךְ מִן הַדְּפָנוֹת שְׁלֹשָׁה טְפָחִים פְּסוּלָה. ה"ג וְרַב נַטְרוֹנַאי וְהָרַמְבַּ"ן זַ"ל וה"ר יְשַׁעְיָה זַ"ל פָּסְקוּ כְּרַבָּנָן. וְרַב עַמְרָם ור"ח וְרַבֵּינוּ אֲבִי הָעֶזְרִי פָּסְקוּ כְּרַבִּי יוֹסֵי דְּנִמּוּקוֹ עִמּוֹ אע"ג דְּאֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי אֶלָּא מֵחֲבֵירוֹ וְלֹא מֵחֲבֵירָיו הָא תַּנְיָא לְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף טז:) כְּוָותֵיהּ וּמַחְצֶלֶת שִׁבְעָה וּמַשֶּׁהוּ מַתֶּרֶת בְּסֻוכָּה מִשּׁוּם דֹּופֶן וְהַייְנוּ לְפִי הַסְּפָרִים דְּגָרְסִינַן וּמַאי קמ"ל דִּמְשַׁלְשְׁלִין דְּפָנוֹת מִלְמַעְלָה לְמַטָּה וְכֵן בַּעַל הָעִיטּוּר פָּסַק כְּרַבִּי יוֹסֵי מֵהַהִיא בָּרַיְיתָא וּפֵירֵשׁ קמ"ל דִּמְשַׁלְשְׁלִין מִלְמַעְלָה לְמַטָּה אֲפִילּוּ לְכַתְּחִילָּה כְּרַבִּי יוֹסֵי דְּאִי מִמַּתְנִיתִין הֲוָה אָמֵינָא דַּוְקָא בְּדִיעֲבַד אֲבָל לְכַתְּחִילָּה לָא וְזוֹ הַגִּירְסָא הִיא בְּרוֹב הַסְּפָרִים אֲבָל לְגִירְסַת רַשִׁ"י אֵין רְאָיָה מִשָּׁם דְּרַשִׁ"י גָּרֵיס כִּי תַּנְיָא הָהִיא בְּסֻוכָּה גְּדוֹלָה וְתוּ לָא פֵּירוּשׁ בְּסֻוכָּה גְּבוֹהָה הַרְבֵּה שֶׁאֵין יָכוֹל לוֹמַר בָּהּ שְׁנֵי לִבּוּדִין הִלְכָּךְ בָּעֵי מַחְצֶלֶת ז' וּמַשֶּׁהוּ וּמַעֲמִידָהּ בְּפָחוֹת מִג' סָמוּךְ לַקַּרְקַע וְאָתְיָא כְּרַבָּנָן. ורי"ץ גֵּיאוּת זַ"ל פָּסַק כְּרַבָּנָן דקי"ל לְעֵיל (סֻוכָּה דַּף ז.) דֹּופֶן סֻוכָּה כְּדֹופֶן שַׁבָּת וקי"ל בְּשַׁבָּת דְּאֵין מְחִיצָה תְּלוּיָה מַתֶּרֶת אֶלָּא בְּמַיִם קַל הוּא שֶׁהֵקֵילּוּ חֲכָמִים בַּמַּיִם וְכֵן דַּעַת ה"ר אַלְפָסִי זַ"ל מִדְּלָא פָּסַק כְּרַבִּי יוֹסֵי אַלְמָא סָבַר דַּהֲלָכָה כְּרַבִּים וְכֵן הִלְכְתָא: דַּף טז ע"ב
Michna : « Celui qui descend les parois du haut vers le bas : si elles sont à plus de trois tefahim du sol, [la soukka] est passoul (invalide) ; du bas vers le haut : si elles sont hautes de dix tefahim depuis le sol, elle est kachère. Rabbi Yossi dit : de même que du bas vers le haut dix tefahim [suffisent], de même du haut vers le bas dix tefahim. Si l'on a éloigné le sekhakh des parois de trois tefahim, elle est passoul. » Telle est notre leçon. Rav Netronaï, le Ramban et Rabbenou Yechaya, de mémoire bénie, ont tranché comme les Rabbanan. Mais Rav Amram, Rabbenou Hananel et Rabbenou Avi ha-Ezri ont tranché comme Rabbi Yossi, dont « le raisonnement l'accompagne » (nimouko imo) : bien que la halakha ne suive Rabbi Yossi que contre un seul contradicteur et non contre plusieurs, il a bien été enseigné plus loin (Soukka 16b) une baraita conforme à son avis — « et une natte de sept et un rien permet dans la soukka au titre de paroi » — à savoir selon les livres qui lisent « et que nous enseigne-t-il ? Que l'on descend les parois du haut vers le bas ». De même, l'auteur du Ittour a tranché comme Rabbi Yossi à partir de cette baraita, et il a expliqué qu'elle nous enseigne que l'on descend du haut vers le bas même lekhathila (d'emblée), conformément à Rabbi Yossi ; car de la michna seule, j'aurais pu croire que ce n'est valable que bediavad (après coup) mais non d'emblée. Et cette leçon-là est celle de la plupart des livres. Mais selon la leçon de Rachi, il n'y a là aucune preuve, car Rachi lit : « lorsque cette [baraita] a été enseignée, c'était à propos d'une grande soukka » — et rien de plus ; c'est-à-dire dans une soukka très haute, où l'on ne peut invoquer deux lavud, si bien qu'il faut une natte de sept et un rien que l'on dresse à moins de trois du sol — et cela s'accorde avec les Rabbanan. Rabbenou Yitshak ibn Guiat, de mémoire bénie, a tranché comme les Rabbanan, car nous tenons plus haut (Soukka 7a) que la paroi de la soukka est comme la paroi de Chabbat, et nous tenons pour Chabbat qu'une cloison suspendue ne permet que dans l'eau — c'est un allègement que les Sages ont institué pour l'eau. Telle est aussi l'opinion de Rabbenou Alfassi (le Rif), de mémoire bénie, puisqu'il n'a pas tranché comme Rabbi Yossi : il tient donc que la halakha suit la majorité. Et telle est la halakha. [Fin du folio 16b.]
💡 Explication

Une baraita semble contredire Avimi : elle exige sept tefahim et un rien, donc un seul lavud. La Guemara distingue les cas : la baraita vise une grande soukka, trop haute pour qu'on puisse loger deux vides de moins de trois.

Mais la réponse à un prix — et c'est tout l'intérêt du passage. Si la natte de sept est accrochée en haut, sous le sekhakh, elle ne descend pas jusqu'au sol : c'est donc une mehitsa teluya, et la baraita suit Rabbi Yossi. Le folio boucle ainsi sur son point de départ. Rachi lit différemment (natte dressée près du sol, donc selon les Rabbanan), et le Roch montre que tout le psak dépend de cette variante de texte.

12
אָמַר רַבִּי אַמִּי: פַּס אַרְבָּעָה וּמַשֶּׁהוּ — מַתִּיר בְּסֻוכָּה מִשּׁוּם דֹּופֶן. וּמוֹקֵים לֵיהּ בְּפָחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה טְפָחִים סָמוּךְ דֹּופֶן, וְכָל פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה סָמוּךְ לַדֹּופֶן כְּלָבוּד דָּמֵי.

Rabbi Ami a dit : un pan [de paroi] (pas) de quatre [tefahim] et un rien permet dans la soukka, au titre de paroi ; et on le place à moins de trois tefahim de la paroi [voisine], car tout ce qui est à moins de trois de la paroi est réputé joint (lavud).

📜 Rachi (2)
פַּס ד' וּמַשֶּׁהוּ מַתִּיר בְּסֻוכָּה אִם גָּבוֹהַּ י' וּרְחָבָה ד' וּמַשֶּׁהוּ:
Un pan de quatre et un rien permet dans la soukka — s'il est haut de dix et large de quatre et un rien.
וּמוּקֵי לָהּ בְּפָחוֹת מִג' סָמוּךְ לַדֹּופֶן הַשֵּׁנִי בְּמִקְצוֹעַ וְכִי אָמְרִינַן לָבוּד אִיכָּא דֹּופֶן שִׁבְעָה וְזֶה מֶשֶׁךְ סֻוכָּה קְטַנָּה כְּדֵי רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ:
Et on le place à moins de trois près de la paroi — la seconde paroi, dans l'angle ; et quand nous disons lavud, il se trouve une paroi de sept — or c'est là la longueur d'une petite soukka, de quoi [contenir] sa tête et la plus grande partie [de son corps].
🗂️ Tossefot (2)
פַּס אַרְבָּעָה. בְּהַאי דִּמְעֻומָּד שַׁייָּךְ לְשׁוֹן פַּס וּלְעֵיל דִּרְחָבָה לְגֹובַהּ הַדֹּופֶן שַׁייָּךְ לְשׁוֹן מַחְצֶלֶת:
« Un pan de quatre. » Pour ce qui se tient debout, le terme de pan (pas) convient ; tandis que plus haut, où la largeur se comptait selon la hauteur de la paroi, c'est le terme de natte (mahtsélet) qui convenait.
בְּפָחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה סָמוּךְ לַדֹּופֶן. מִצְוַת סֻוכָּה בִּשְׁתֵּי דְּפָנוֹת דְּשִׁיטָה דְּכוּלְּהוּ אָמוֹרָאֵי דִּלְעֵיל בְּפִירְקִין (סֻוכָּה דַּף ו:) כְּרַבָּנָן דְּאָמְרִי שְׁתַּיִם כְּהִלְכָתָן הַיְינוּ כְּמִין גֵּאָם וְאִם הָאַחַת מִן הַדְּפָנוֹת שְׁלֵימוֹת וּנְתוּנָה מִזְרָחִית מוּקֵי לָהּ לְהַאי פַּס אַרְבָּעָה וּמַשֶּׁהוּ לְצַד דָּרוֹם אוֹ לְצַד צָפוֹן בְּפָחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה לְדֹופֶן מִזְרָחִית וְנֶחְשָׁב כְּסָתוּם וְיֵשׁ כָּאן שְׁתֵּי דְּפָנוֹת שְׁלֵימוֹת וְתֵימַהּ לָמָּה לִי פַּס אַרְבָּעָה יַעֲשֶׂה פַּס שְׁנֵי טְפָחִים וְיַעֲמִידֶנּוּ סָמוּךְ לְדֹופֶן וְיַרְחִיק שְׁלֹשָׁה טְפָחִים פָּחוֹת מַשֶּׁהוּ וְיַעֲמִיד פַּס אֶחָד שֶׁל שְׁנֵי טְפָחִים וּמַשֶּׁהוּ דִּכְוָותֵיהּ פָּרִיךְ פּ"ק דְעֵירוּבִין (דַּף י:) דְּאָמַר רַב יְהוּדָה מָבוֹי שֶׁהוּא רָחָב ט"ו אַמָּה מַרְחִיק שְׁתֵּי אַמּוֹת וְעוֹשֶׂה פַּס ג' אַמּוֹת וּפָרִיךְ וְאַמַּאי יַעֲשֶׂה פַּס אַמָּה וּמֶחֱצָה וְיַרְחִיק שְׁתֵּי אַמּוֹת וְיַעֲשֶׂה פַּס אַמָּה וּמֶחֱצָה וְלֵיכָּא לְשַׁנּוֹיֵי הָכָא כְּדִמְשַׁנֵּי הָתָם דְּאָתֵי אַוֵּירָא דְּהַאי גִּיסָא וּדְהַאי גִּיסָא וּמְבַטֵּל לֵיהּ דְּהָכָא כָּל הַפָּחוֹת מג' כְּלָבוּד דָּמֵי וְהָוֵה לֵיהּ כְּסָתוּם דַּאֲפִילּוּ עָשָׂה כָּל דְּפָנוֹת הַסֻּוכָּה קָנֶה קָנֶה בְּפָחוֹת מג' כְּשֵׁרָה כִּדְתַנְיָא לְעֵיל (סֻוכָּה דַּף ז.) דֹּופֶן סֻוכָּה כְּדֹופֶן שַׁבָּת וּבִלְבַד. שֶׁלֹּא יְהֵא בֵּין קָנֶה לַחֲבֵירוֹ ג' טְפָחִים וְאֵין שַׁיָּיךְ לְחַלֵּק כְּלָל בֵּין סֻוכָּה שֶׁל ג' דְּפָנוֹת לְסֻוכָּה שֶׁל אַרְבָּעָה וְעוֹד קַשְׁיָא טְפֵי דְּבִשְׁנֵי פַּסִּין שֶׁיֵּשׁ בְּכָל אֶחָד חֲצִי טֶפַח וּמַשֶּׁהוּ סַגִּי דְּמוּקֵי חַד בְּפָחוֹת מִג' סָמוּךְ לַדֹּופֶן וְאִידָךְ מוּקֵי בְּפָחוֹת מִג' סָמוּךְ לָרִאשׁוֹן וְי"ל מִשּׁוּם דְּאָמְרִינַן בְּסוֹף פּ"ק דְעֵירוּבִין (דַּף טז:) דְּכָל מְחִיצָה שֶׁאֵינָהּ שֶׁל שְׁתִי וָעֵרֶב אֵינָהּ מְחִיצָה וְאִם הָיוּ שְׁנֵי פַּסִּין שֶׁאֵין בְּכָל אֶחָד אַרְבָּעָה הָוְיָא לָהּ כִּמְחִיצָה שֶׁל שְׁתִי:
« À moins de trois près de la paroi. » L'obligation de la soukka [peut être tenue] avec deux parois, car la thèse de tous les Amoraïm ci-dessus, dans notre chapitre (Soukka 6b), suit les Rabbanan qui disent « deux selon leur norme », c'est-à-dire en forme de gam [angle droit] ; et si l'une des parois est entière et placée à l'est, on place ce pan de quatre et un rien du côté sud ou du côté nord, à moins de trois de la paroi est, et cela compte comme bouche : il y a donc là deux parois entières. Mais on peut s'étonner : pourquoi faut-il un pan de quatre ? Qu'on fasse un pan de deux tefahim, qu'on le place près de la paroi, qu'on laisse un écart de trois tefahim moins un rien, et qu'on dresse un autre pan de deux tefahim et un rien ! C'est ainsi qu'on objecte au premier chapitre d'Erouvin (10b) : Rav Yehouda a dit qu'un mavoi large de quinze coudées, on recule de deux coudées et l'on fait un pan de trois coudées ; et l'on objecte : pourquoi ? Qu'il fasse un pan d'une coudée et demie, recule de deux coudées, et fasse [encore] un pan d'une coudée et demie. Et l'on ne peut pas répondre ici comme on répond là-bas — que l'air vient d'un côté et de l'autre et l'annule — car ici tout ce qui est en-deçà de trois est réputé joint et compte comme bouche : la preuve, si l'on avait fait toutes les parois de la soukka baguette après baguette à moins de trois, elle serait valide, comme il a été enseigné plus haut (Soukka 7a) : la paroi de la soukka est comme la paroi de Chabbat, pourvu qu'il n'y ait pas entre une baguette et sa voisine trois tefahim ; et il n'y a pas lieu de distinguer entre une soukka de trois parois et une soukka de quatre. Difficulté plus forte encore : deux pans d'un demi-tefah et un rien chacun devraient suffire, en plaçant l'un à moins de trois de la paroi et l'autre à moins de trois du premier ! On peut répondre que nous disons à la fin du premier chapitre d'Erouvin (16b) que toute cloison qui n'est pas faite de chaîne et de trame (chéti va-erev) n'est pas une cloison — or si l'on avait deux pans dont aucun n'atteint quatre, ce serait une cloison de chaîne seulement.
💡 Explication

Troisième montage : le lavud joue cette fois horizontalement. Un pan vertical (pas) de quatre tefahim, dressé à moins de trois de la paroi voisine, reconstitue une paroi continue d'environ sept tefahim.

Les Tossefot posent la bonne question : pourquoi quatre ? On pourrait fractionner davantage et multiplier les lavud. Leur réponse invoque la règle d'Erouvin 16b : une cloison qui n'est faite que de chéti (chaîne, éléments verticaux) sans erev (trame) n'est pas une cloison. Un élément de moins de quatre tefahim ne constitue pas, à lui seul, une surface de paroi.

13
מַאי קָא מַשְׁמַע לַן? הָא קָא מַשְׁמַע לַן — שִׁיעוּר מֶשֶׁךְ סֻוכָּה קְטַנָּה שִׁבְעָה.

Que nous enseigne-t-il ? Voici ce qu'il nous enseigne : la mesure de la longueur (méchekh) d'une petite soukka est de sept [tefahim].

💡 Explication

Même mouvement qu'au segment 9 : le lavud étant connu, l'énoncé de Rabbi Ami serait vide s'il n'apportait rien d'autre. Sa véritable teneur est un chiour : quatre tefahim de pan plus un peu moins de trois de vide font sept — et sept est précisément la longueur minimale d'une petite soukka, celle qui suffit à contenir la tête, la plus grande partie du corps et une table.

L'énoncé n'est donc pas une règle sur le lavud, mais une mesure de soukka énoncée par le détour d'un montage de paroi.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).