Sougya : Le folio ouvre le chapitre sur ce qui s'interpose entre le sekhakh et les parois de la soukka. La michna pose deux seuils très inégaux : trois tefahim suffisent pour un simple vide, mais il faut quatre coudées pour une bande de matière invalide — et Rachi explique aussitôt pourquoi.
La dofen akouma, halakha le-Moche mi-Sinaï, ne prolonge pas la paroi sous le mauvais sekhakh : elle requalifie le mauvais sekhakh lui-même en paroi qui se serait courbée et repliée vers le haut. De la matière se laisse regarder ainsi, un vide non — d'où l'écart des seuils.
La michna décline la figure en trois décors, la maison dont le toit s'est éventré, la cour ceinte d'un portique et la grande soukka bordée d'ustensiles impurs, et la Guemara montre par une tsricha que chacun écarte une objection propre : les parois du portique n'ont pas été faites pour lui, et la bordure d'ustensiles est invalide par nature et non par sa pose. La seconde moitié du folio est le souvenir d'une discussion de Rabba avec les Sages de la maison de Rav, qui tenaient que le sekhakh passoul invalide dès quatre tefahim ; Rabba objecte que leurs deux mesures sortent de la même michna, ils répondent bar mina de-hahi — écarte ce cas, ses quatre coudées mesurent la portée de la dofen akouma et non la gravité du passoul.
Rabba lance alors le paradoxe des shefudin : combler un petit vide avec des broches ferait basculer une soukka valide, en échangeant du grave contre du léger. On lui retourne aussitôt l'argument à son échelle, et le folio s'arrête sur le premier mot de sa réponse.
MICHNA. S'il a éloigné le sekhakh (la couverture) des parois de trois tefahim (largeurs de main) — elle est passoul (invalide).
La michna ouvre le sujet par le cas le plus simple : le sekhakh ne rejoint pas les parois, il reste une bande de ciel à découvert le long du mur. Trois tefahim d'avir (vide) suffisent à invalider toute la soukka — pas seulement la portion voisine du mur.
Rachi écarte d'emblée une lecture fausse (un sekhakh placé trop haut au-dessus des murs) et profite du mot passoul pour fixer, une fois pour toutes, ce qu'est la dofen akouma : ce n'est pas la paroi que l'on fait courir horizontalement sous le mauvais sekhakh, c'est le mauvais sekhakh lui-même que l'on requalifie en paroi repliée. La différence est décisive : de la matière peut être requalifiée en paroi, du vide non — et c'est pourquoi le vide, lui, n'est jamais rattrapé.
Une maison dont [le toit] s'est éventré et que l'on a couverte par-dessus [la brèche] : s'il y a du mur au sekhakh quatre coudées — elle est passoul.
Deuxième cas : le trou est au milieu du toit, donc la bande de plafond ancien fait le tour de la brèche et sépare le nouveau sekhakh des murs. Ce plafond n'est pas invalide par sa matière, mais par sa pose : il était déjà là, et le sekhakh doit être posé pour la soukka (taasse ve-lo min hé-assouy).
Le seuil change complètement d'échelle : ici quatre coudées (soit vingt-quatre tefahim), la où le vide invalidait à trois tefahim. Rachi indique la raison : en deçà de quatre coudées, la halakha le-Moche mi-Sinaï permet de compter cette bande comme de la paroi repliée vers le haut. Mais la requalification a un prix — ce qui est devenu paroi n'est plus un toit : on ne s'acquitte pas de la mitsva en dormant dessous.
Et de même une cour entourée d'un akhsadra (portique couvert) ; [de même] une grande soukka que l'on a bordée tout autour d'une matière avec laquelle on ne couvre pas : s'il y a en dessous quatre coudées — elle est passoul.
Deux cas de plus, sur le même moule. La cour ceinte d'un akhsadra : le portique est couvert mais ouvert côté cour ; en couvrant la cour, on obtient une soukka dont les seules parois sont les murs des maisons, séparées du sekhakh par tout le plafond du portique. Rachi va jusqu'à donner un équivalent visuel à son lecteur : le cloître, avec son préau herbeux et sa galerie couverte.
La grande soukka bordée est le cas le plus radical : la bande périphérique n'est pas un vieux plafond mais une matière invalide par nature — des ustensiles mekabel touma, qui reçoivent l'impureté. Rachi souligne l'enjeu : si la bande dépasse quatre coudées, ce n'est pas seulement elle qui est perdue, c'est toute la soukka, y compris sa belle couverture centrale — car celle-ci se retrouve sans parois.
GUEMARA. Pourquoi ai-je besoin de tous ces [cas] ?
Ils sont nécessaires. Car s'il ne nous avait enseigné que la maison éventrée, [j'aurais dit que la dofen akouma s'applique là] parce que ces cloisons ont été faites pour la maison ; mais la cour entourée d'un portique, où les cloisons n'ont pas été faites pour le portique — j'aurais dit : non.
[Il est donc] nécessaire [de l'enseigner].
La Guemara ouvre par la question classique de la tsricha : si les trois cas reposent sur le même principe, pourquoi la michna les énumère-t-elle ?
Première réponse : les cas ne sont pas équivalents du point de vue de l'intention constructive. Dans la maison, les murs avaient été bâtis pour couvrir précisément cet espace, et le toit qui les prolonge est bien leur toit — les rattacher à la soukka par la courbure va de soi. Dans la cour, les murs appartiennent aux maisons ; le portique n'est qu'accolé à eux. On aurait pu penser que son plafond ne peut pas être lu comme le prolongement replié de parois qui ne le concernent pas.
Et s'il ne nous avait enseigné que ces deux-là, [j'aurais dit que la dofen akouma s'applique] parce que leur couverture est du sekhakh kacher ; mais une grande soukka que l'on a bordée d'une matière avec laquelle on ne couvre pas, dont la couverture est du sekhakh passoul — j'aurais dit : non. [Il est donc] nécessaire [de l'enseigner].
Seconde raison de distinguer, et elle porte cette fois sur la matière. Le plafond de la maison et celui du portique sont faits de matières qui, en elles-mêmes, pourraient servir de sekhakh : leur seul défaut est d'avoir été posés avant, sans intention de soukka. On peut donc plus facilement les tenir pour de la paroi repliée.
La bordure d'ustensiles, elle, est invalide par nature : aucune requalification ne semblait pouvoir la sauver. La michna doit donc énoncer aussi ce cas — et la portée de la dofen akouma s'en trouve élargie : elle ne dépend pas de la qualité intrinsèque de ce qui s'interpose, seulement de sa largeur.
Rabba a dit : j'ai trouvé les Sages de la maison de Rav assis et disant [au nom de Rav] : l'avir (le vide) invalide à trois [tefahim] ; le sekhakh passoul invalide à quatre [tefahim].
Changement de registre : on quitte la michna pour un souvenir de Rabba, qui raconte une scène de beit midrach. Les Sages de la maison de Rav posaient deux mesures parallèles : trois tefahim pour le vide, quatre tefahim pour le sekhakh invalide.
La logique de leur position est intuitive : le vide est plus grave que la mauvaise matière, donc son seuil doit être plus bas. Mais Rabba va contester non pas la logique, mais la source : d'où tirez-vous ces chiffres ?
Les Tossefot précisent ici une donnée que la Guemara ne dit pas : ce qui compte n'est pas seulement la taille de la portion invalide, mais sa géométrie. Une bande qui traverse la soukka de la paroi du fond jusqu'à l'entrée la coupe en deux moitiés dont aucune n'a trois parois. Une bande qui va d'un côté à l'autre laisse au contraire, du côté du fond, une soukka complète et valide.
Et moi je leur ai dit : l'avir, qui invalide à trois [tefahim] — d'où le tenez-vous ? De ce que nous avons appris [dans la michna] : « s'il a éloigné le sekhakh des parois de trois tefahim, elle est passoul ».
Alors le sekhakh passoul, lui non plus, ne devrait invalider qu'à quatre coudées, puisque nous avons appris [dans la même michna] : « une maison dont [le toit] s'est éventré et que l'on a couverte par-dessus : s'il y a entre le sekhakh et le mur quatre coudées — elle est passoul » !
L'objection de Rabba est une objection de méthode, et elle est redoutable de simplicité. Les deux mesures se lisent dans la même michna, à deux phrases d'intervalle. Si vous prenez les trois tefahim au mot pour le vide, vous devez prendre les quatre coudées au mot pour le sekhakh invalide.
Impossible de retenir la première phrase comme source d'une mesure et de traiter la seconde autrement. L'écart est d'ailleurs vertigineux : quatre coudées valent vingt-quatre tefahim, soit six fois la mesure que les Sages de la maison de Rav proposaient.
Et ils m'ont répondu : écarte ce cas-là (bar mina de-hahi), car Rav et Chmouel disent tous deux qu'ils y ont touché à cause de la dofen akouma.
La réponse des Sages est fine : bar mina de-hahi, « ce cas-là mis à part ». Les quatre coudées de la maison éventrée ne sont pas une mesure de sekhakh invalide — c'est la portée maximale de la dofen akouma, c'est-à-dire la longueur sur laquelle une paroi accepte d'être vue comme repliée.
Autrement dit, la michna ne dit pas « en deçà de quatre coudées, le passoul est trop petit pour nuire » ; elle dit « en deçà de quatre coudées, il n'y a pas de passoul du tout, puisque cette bande a changé de statut ». Rachi complète le tableau : la vraie mesure du sekhakh invalide, quatre tefahim, vaut là où la dofen akouma ne peut pas jouer — au milieu de la soukka, loin du mur. Quatre tefahim, c'est alors assez pour constituer une hatsitsa, un écran qui coupe le kacher du kacher.
Et moi je leur ai dit : mais alors, s'il y avait du sekhakh passoul de moins de quatre [tefahim] et un vide de moins de trois, quoi [diriez-vous] ? Elle est kachère.
S'il a comblé [ce vide] avec des shefudin (des broches à rôtir), quoi ? Elle est passoul.
Or l'avir, qui invalide à trois, ne sera pas [plus sévère] que le sekhakh passoul, qui n'invalide qu'à quatre !
Rabba passe de la critique de source à une réduction à l'absurde. Prenez une soukka où une portion invalide de moins de quatre tefahim jouxte un vide de moins de trois : rien n'atteint son seuil, elle est kachère. Comblez maintenant le vide avec des broches à rôtir — des ustensiles métalliques, invalides parce qu'ils reçoivent l'impureté. La portion invalide continue devient supérieure à quatre tefahim : selon vous, la soukka est désormais passoul.
C'est le renversement : on a remplacé le plus grave (le vide, qui invalide dès trois) par le plus léger (le sekhakh passoul, qui n'invalide qu'à quatre), et la soukka s'est dégradée. Un kal (élément léger) ne peut pas produire un effet que le hamour (élément grave) ne produisait pas.
Les Tossefot en tirent deux règles et laissent une question ouverte : vide et passoul ne s'additionnent pas entre eux, leurs mesures étant différentes ; et l'on n'invoque pas le lavoud — la fiction qui bouche un écart de moins de trois tefahim — pour aggraver. Reste en doute le cas de deux portions invalides de deux tefahim séparées par un petit vide : se rejoignent-elles à quatre ?
Et ils m'ont répondu : s'il en est ainsi, pour toi aussi, qui dis que le sekhakh passoul n'invalide qu'à quatre coudées — s'il y avait du sekhakh passoul de moins de quatre coudées et un vide de moins de trois, quoi ? Elle est kachère.
S'il l'a comblé avec des broches, quoi ? Elle est passoul.
[Donc, selon ta propre règle,] l'avir, qui invalide à trois, ne sera pas [plus sévère] que le sekhakh passoul, qui n'invalide qu'à quatre coudées !
La riposte est un pur tou de-idakh : l'objection vaut contre toi tout autant. Change simplement l'échelle — au lieu de quatre tefahim, prends quatre coudées. Un sekhakh invalide de moins de quatre coudées, un vide de moins de trois tefahim à côté : kachère. Comble le vide avec des broches, et selon toi aussi la soukka bascule.
L'argument de Rabba, s'il valait, invaliderait donc toute position possible, y compris la sienne. Un argument qui prouve trop ne prouve rien : c'est ce que Rabba devra désamorcer au segment suivant.
Et moi je leur ai dit : qu'est-ce que ceci [comme comparaison] ? Certes, selon moi qui dis quatre coudées —
Le folio s'interrompt au milieu de la réponse. Rabba refuse la symétrie que ses interlocuteurs viennent d'établir : haï mai, ce n'est pas comparable.
La différence qu'il va exploiter est celle-ci, et Rachi en donne déjà la clé : pour lui, les quatre coudées sont explicitement énoncées par la michna, dont on déduit par symétrie qu'en deçà c'est kacher. Sa position est donc adossée à un texte, la leur a un raisonnement. La suite du développement se lit sur le folio suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).