Sukkah 17a — La dofen akouma : quand une bande invalide devient de la paroi

Sukkah 17a

Sougya : Le folio ouvre le chapitre sur ce qui s'interpose entre le sekhakh et les parois de la soukka. La michna pose deux seuils très inégaux : trois tefahim suffisent pour un simple vide, mais il faut quatre coudées pour une bande de matière invalide — et Rachi explique aussitôt pourquoi.

La dofen akouma, halakha le-Moche mi-Sinaï, ne prolonge pas la paroi sous le mauvais sekhakh : elle requalifie le mauvais sekhakh lui-même en paroi qui se serait courbée et repliée vers le haut. De la matière se laisse regarder ainsi, un vide non — d'où l'écart des seuils.

La michna décline la figure en trois décors, la maison dont le toit s'est éventré, la cour ceinte d'un portique et la grande soukka bordée d'ustensiles impurs, et la Guemara montre par une tsricha que chacun écarte une objection propre : les parois du portique n'ont pas été faites pour lui, et la bordure d'ustensiles est invalide par nature et non par sa pose. La seconde moitié du folio est le souvenir d'une discussion de Rabba avec les Sages de la maison de Rav, qui tenaient que le sekhakh passoul invalide dès quatre tefahim ; Rabba objecte que leurs deux mesures sortent de la même michna, ils répondent bar mina de-hahi — écarte ce cas, ses quatre coudées mesurent la portée de la dofen akouma et non la gravité du passoul.

Rabba lance alors le paradoxe des shefudin : combler un petit vide avec des broches ferait basculer une soukka valide, en échangeant du grave contre du léger. On lui retourne aussitôt l'argument à son échelle, et le folio s'arrête sur le premier mot de sa réponse.

Le fil du folio : deux seuils, un seul principe -- la dofen akouma La michna donne trois cas où une bande invalide s'interpose entre la paroi et le sekhakh ; la guemara demande à quel seuil elle invalide Segments 0-2 : la michna -- un seuil pour le vide, un autre pour le sekhakh invalide Avir (vide) éloignant le sekhakh des parois : trois tefahim suffisent à tout invalider, même sur le côté. Sekhakh passoul interposé : trois cas -- maison éventrée, cour ceinte d'un portique, grande soukka bordée de matière invalide -- et le seuil est quatre coudées. Rachi : le sekhakh passoul est vu comme la paroi elle-même qui se courbe et se replie vers le haut. Un vide, lui, ne peut pas être vu comme une paroi. Segments 3-4 : tsricha -- pourquoi trois cas et pas un seul La maison : ses cloisons ont été faites pour elle, on les rattache donc à la soukka. La cour : les murs ont été faits pour les maisons, pas pour le portique. Les deux premiers cas : le toit est fait de matière en soi valide, invalide seulement par taasse ve-lo min hé-assouy. Le troisième : matière invalide par nature. Segments 5-7 : Rabba contre les Sages de la maison de Rav Les Sages de la maison de Rav : avir invalide à trois tefahim, sekhakh passoul à quatre tefahim. Rabba objecte : vos deux mesures viennent de la même michna -- si le vide vaut trois tefahim, le sekhakh passoul doit valoir quatre coudées, comme la michna l'écrit. Ils répondent : bar mina de-hahi -- écarte ce cas-là, ses quatre coudées ne sont pas une mesure de sekhakh passoul mais la portée de la dofen akouma. Autrement dit : la maison éventrée est kachère non parce que le passoul est petit, mais parce qu'il est compté comme paroi. Segment 8 : l'argument des shefudin -- le paradoxe de la broche Moins de quatre tefahim de passoul, plus à côté moins de trois tefahim de vide : rien n'atteint son seuil, la soukka est kachère. On comble le vide avec des broches -- matière invalide : le passoul atteint quatre tefahim et la soukka devient passoul. Absurde : on a remplacé du vide, plus grave, par du passoul, plus léger, et la soukka s'est dégradée. Le léger ne sera pas plus sévère que le grave. Segments 9-10 : la riposte, et le début de la réponse de Rabba Ils retournent l'argument contre lui ; Rabba commence à répondre -- haï mai, la comparaison ne tient pas -- et la suite se lit sur le folio suivant.
Le fil du folio : de la michna des trois cas au paradoxe des broches.
Les trois cas de la michna : la même figure, trois décors Chaque fois : une paroi, puis une bande de plafond ou de matière invalide, puis le sekhakh kacher au centre. Coupe verticale. 1. Maison éventrée sekhakh plafond plafond Le toit reste par-dessus est passoul : taasse ve-lo min hé-assouy. 2. Cour ceinte d'un portique sekhakh akhsadra akhsadra Le plafond du portique s'interpose ; les parois sont les murs des maisons. 3. Grande soukka bordée sekhakh ustensiles ustensiles Matière invalide par nature : mekabel touma, elle reçoit l'impureté. Bande interposée de moins de quatre coudées : KACHÈRE Dofen akouma, halakha le-Moche mi-Sinaï : on regarde la bande invalide comme la paroi elle-même, qui se serait courbée et repliée vers le haut. Elle n'est donc plus un sekhakh passoul du tout -- mais on ne dormira pas dessous, car ce n'est pas non plus du sekhakh. Bande interposée de quatre coudées ou plus : PASSOUL La halakha de Sinaï ne courbe pas la paroi au-delà de quatre coudées. La bande redevient un vrai sekhakh passoul qui coupe la soukka de ses parois. Toute la soukka est alors invalide, y compris la partie centrale pourtant correctement couverte. Rachi insiste : c'est le sekhakh qui est vu comme paroi repliée, et non la paroi que l'on ferait courir sous le sekhakh -- sinon on en dirait autant du vide.
Les trois cas de la michna et le fonctionnement de la dofen akouma.
Les seuils en discussion : trois tefahim de vide, et combien de sekhakh invalide ? Une coudée vaut six tefahim : quatre coudées valent vingt-quatre tefahim, soit six fois quatre. L'écart entre les deux avis est énorme. Ce qui s'interpose Seuil qui invalide Source dans la michna Avir -- le vide non couvert, au milieu ou sur le côté 3 tefahim Il a éloigné le sekhakh des parois de trois tefahim Sekhakh passoul matière qui ne couvre pas 4 tefahim -- Sages de la maison de Rav 4 coudées -- Rabba Rabba : la même michna, cas de la maison éventrée Eux : ce cas ne compte pas, il relève de dofen akouma Le nœud de la discussion Rabba : lisez la michna d'un seul tenant La michna donne trois tefahim pour le vide. La même michna donne quatre coudées pour le toit interposé. Si l'on tire une mesure de la première phrase, on doit tirer l'autre de la seconde. Donc : sekhakh passoul, quatre coudées. Les Sages : bar mina de-hahi Écarte ce cas-là : Rav et Chmouel disent tous deux qu'il touche à la dofen akouma. Ses quatre coudées ne mesurent donc pas le passoul : elles mesurent jusqu'où la paroi peut se courber. Donc : sekhakh passoul, quatre tefahim. Nafka mina pratique Une bande de sekhakh passoul de dix tefahim au milieu d'une grande soukka : passoul pour les Sages de la maison de Rav, kachère pour Rabba. Le Roch rapporte que le psak final distingue : au milieu quatre tefahim, sur le côté quatre coudées -- et en petite soukka, trois tefahim partout.
Trois tefahim pour le vide, quatre tefahim ou quatre coudées pour le sekhakh invalide : le coeur du débat.
1
מַתְנִי׳ הִרְחִיק אֶת הַסִּיכּוּךְ מִן הַדְּפָנוֹת שְׁלֹשָׁה טְפָחִים — פְּסוּלָה.

MICHNA. S'il a éloigné le sekhakh (la couverture) des parois de trois tefahim (largeurs de main) — elle est passoul (invalide).

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' הִרְחִיק הַסִּיכּוּךְ מִן הַדְּפָנוֹת לָאו בְּגָבְהָהּ קָאָמַר אֶלָּא בְּמִשְּׁכָהּ:
Michna, « il a éloigné le sekhakh des parois » — il ne parle pas de sa hauteur, mais de son étendue horizontale [c'est-à-dire d'un sekhakh trop court, qui ne rejoint pas les parois].
פְּסוּלָה דַּאֲוִיר פּוֹסֵל בִּשְׁלֹשָׁה אֲפִילּוּ מִן הַצַּד וּמִכָּאן אֲנִי אוֹמֵר וּמְפָרֵשׁ הָא דְּאָמְרִינַן שֶׁבַּסְּכָךְ פָּסוּל מִן הַצַּד אָמְרִינַן דֹּופֶן עֲקֻומָּה לְהַכְשִׁיר עַד אַרְבַּע אַמּוֹת הַיְינוּ דְּחָשְׁבִינַן לַסְּכָךְ כְּאִילּוּ מִן הַדֹּופֶן וְנֶעֱקַם וְנִכְפָּף לְמַעְלָה וּבַאֲוִירָהּ לֵיכָּא לְמֵימַר הָכִי וְאֵינִי מְפָרֵשׁ רוֹאִין אֶת הַדֹּופֶן כְּאִילּוּ הוּא עָקֹום וְהוֹלֵךְ תַּחַת הַסְּכָךְ פָּסוּל וּמַגִּיעַ לַסְּכָךְ כָּשֵׁר וּמוֹצִיא אֶת הַפָּסוּל מִן הַסֻּוכָּה דְּאִם כֵּן גַּם גַּבֵּי אֲוִיר נַמֵּי נֵימָא הָכִי:
Passoul — car l'avir (le vide) invalide dès trois tefahim, même lorsqu'il se trouve sur le côté. Et c'est de là que je tire mon explication de ce que nous disons : lorsqu'il y a du sekhakh passoul sur le côté, on invoque la dofen akouma (paroi courbée) pour valider jusqu'à quatre coudées. Cela veut dire que nous considérons ce sekhakh [invalide] comme s'il faisait partie de la paroi, laquelle se serait courbée et repliée vers le haut ; or pour un vide on ne peut rien dire de tel. Et je n'explique pas [la dofen akouma ainsi] : que l'on regarderait la paroi comme si elle était courbée et courait sous le sekhakh passoul jusqu'à atteindre le sekhakh kacher, en faisant ainsi sortir la partie invalide hors de la soukka — car si c'était cela, on en dirait tout autant du vide [et l'on n'invaliderait jamais à trois tefahim].
💡 Explication

La michna ouvre le sujet par le cas le plus simple : le sekhakh ne rejoint pas les parois, il reste une bande de ciel à découvert le long du mur. Trois tefahim d'avir (vide) suffisent à invalider toute la soukka — pas seulement la portion voisine du mur.

Rachi écarte d'emblée une lecture fausse (un sekhakh placé trop haut au-dessus des murs) et profite du mot passoul pour fixer, une fois pour toutes, ce qu'est la dofen akouma : ce n'est pas la paroi que l'on fait courir horizontalement sous le mauvais sekhakh, c'est le mauvais sekhakh lui-même que l'on requalifie en paroi repliée. La différence est décisive : de la matière peut être requalifiée en paroi, du vide non — et c'est pourquoi le vide, lui, n'est jamais rattrapé.

🖼️ Schéma
Éloigner le sekhakh des parois : c'est la longueur, pas la hauteur Rachi écarte d'emblée la lecture verticale : la michna parle d'un sekhakh trop court, pas d'un sekhakh trop haut Ce que la michna NE dit pas écart en hauteur lecture rejetée par Rachi Ce qu'elle dit vide vide le sekhakh ne rejoint pas les parois Trois tefahim de vide, même collés à la paroi : toute la soukka est passoul Et l'on ne peut pas sauver ce vide par dofen akouma : un vide ne se laisse pas regarder comme une paroi repliée.
Longueur et non hauteur : le sekhakh trop court, et pourquoi le vide échappe à la dofen akouma.
2
בַּיִת שֶׁנִּפְחַת וְסִיכֵּךְ עַל גַּבָּיו — אִם יֵשׁ מִן הַכֹּותֶל לַסִּיכּוּךְ אַרְבַּע אַמּוֹת, פְּסוּלָה.

Une maison dont [le toit] s'est éventré et que l'on a couverte par-dessus [la brèche] : s'il y a du mur au sekhakh quatre coudées — elle est passoul.

📜 Rachi (2)
בַּיִת שֶׁנִּפְחַת וְסִיכֵּךְ כו' גַּגּוֹ נִפְחַת בְּאֶמְצָעוֹ רָחוֹק מִן הַדְּפָנוֹת לְכָל צַד וְסִיכֵּךְ עַל הַפְּחָת בְּאֶמְצָעוֹ וְנִמְצָא תִּקְרַת הַבַּיִת שֶׁהִיא פְּסוּלָה מִשּׁוּם תַּעֲשֶׂה וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי מַפְסֶקֶת בֵּין דְּפָנוֹת לִסְכָךְ כָּשֵׁר:
Une maison qui s'est éventrée et qu'il a couverte, etc. — son toit s'est troué en son milieu, à distance des parois de chaque côté, et il a couvert la brèche au centre. Il se trouve donc que le plafond de la maison — lequel est passoul au titre de « taasse ve-lo min hé-assouy » (tu feras, et non à partir de ce qui est déjà fait) — s'interpose entre les parois et le sekhakh kacher.
אִם יֵשׁ מִן הַסִּיכּוּךְ הַכָּשֵׁר וְלַכֹּותֶל ד' אַמּוֹת פָּסוּל דִּבְאַרְבַּע אַמּוֹת לֹא נֶאֱמַר לְמֹשֶׁה מִסִּינַי דֹּופֶן עֲקֻומָּה אֲבָל בְּפָחוֹת כְּשֵׁרָה הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי רוֹאִין תִּקְרַת הַבַּיִת כְּאִילּוּ הִיא הַדֹּופֶן שֶׁנֶּעֱקַם לְמַעְלָה וְאֵין כָּאן סְכָךְ פָּסוּל לִפְסֹול הַסֻּוכָּה וְלֹא יִישַׁן תַּחַת זֶה:
S'il y a du sekhakh — le sekhakh valide — jusqu'au mur quatre coudées : passoul, car pour quatre coudées la dofen akouma n'a pas été dite à Moche au Sinaï. Mais en deçà elle est kachère : c'est une halakha le-Moche mi-Sinaï, on regarde le plafond de la maison comme s'il était la paroi qui s'est courbée vers le haut ; il n'y a donc plus ici de sekhakh passoul susceptible d'invalider la soukka — mais on ne dormira pas sous ce [plafond].
💡 Explication

Deuxième cas : le trou est au milieu du toit, donc la bande de plafond ancien fait le tour de la brèche et sépare le nouveau sekhakh des murs. Ce plafond n'est pas invalide par sa matière, mais par sa pose : il était déjà là, et le sekhakh doit être posé pour la soukka (taasse ve-lo min hé-assouy).

Le seuil change complètement d'échelle : ici quatre coudées (soit vingt-quatre tefahim), la où le vide invalidait à trois tefahim. Rachi indique la raison : en deçà de quatre coudées, la halakha le-Moche mi-Sinaï permet de compter cette bande comme de la paroi repliée vers le haut. Mais la requalification a un prix — ce qui est devenu paroi n'est plus un toit : on ne s'acquitte pas de la mitsva en dormant dessous.

🖼️ Schéma
La maison éventrée : la dofen akouma en coupe Le toit s'est troué en son milieu ; on a couvert la brèche. Reste une bande de plafond entre la paroi et le bon sekhakh. Bande de moins de 4 coudées tracé bleu : la paroi qui se courbe et se replie KACHÈRE le plafond n'est plus un sekhakh, c'est de la paroi mais on ne dormira pas sous cette bande Bande de 4 coudées ou plus 4 coudées PASSOUL la halakha de Sinaï ne courbe pas si loin le plafond coupe le sekhakh de ses parois Pourquoi le plafond restant est-il passoul, alors qu'il était là depuis toujours ? Taassé ve-lo min hé-assouy : le sekhakh doit être posé pour la soukka. Un toit déjà en place n'a pas été fait pour cela -- même s'il est en bonne matière. C'est aussi la raison pour laquelle les deux premiers cas de la michna sont plus légers que le troisième.
La maison éventrée : en deçà de quatre coudées, le plafond restant est compté comme paroi repliée.
3
וְכֵן חָצֵר שֶׁהִיא מֻוקֶּפֶת אַכְסַדְרָה, סֻוכָּה גְּדוֹלָה שֶׁהִקִּיפוּהָ בְּדָבָר שֶׁאֵין מְסַכְּכִין בּוֹ — אִם יֵשׁ תַּחְתָּיו אַרְבַּע אַמּוֹת, פְּסוּלָה.

Et de même une cour entourée d'un akhsadra (portique couvert) ; [de même] une grande soukka que l'on a bordée tout autour d'une matière avec laquelle on ne couvre pas : s'il y a en dessous quatre coudées — elle est passoul.

📜 Rachi (3)
וְכֵן חָצֵר הַמֻּוקֶּפֶת אַכְסַדְרָה כָּל חָצֵר שבהש"ס לִפְנֵי הַבָּתִּים וְהַבָּתִּים פְּתוּחִין לוֹ חָצֵר זוֹ מֻוקֶּפֶת בָּתִּים מִתּוֹכָהּ וּפִתּוּחִין לָהּ סָבִיב מג' רוּחוֹתֶיהָ וְלִפְנֵי הַבָּתִּים עָשׂוּ אַכְסַדְרָאוֹת סָבִיב לִשְׁלֹשָׁה רוּחוֹתֶיהָ וְהָאַכְסַדְרָה פְּתוּחָה הִיא וְאֵין לָהּ דֹּופֶן לְצַד הֶחָצֵר וְיֵשׁ עָלֶיהָ תִּקְרָה וְזֶה סִיכֵּךְ עַל גַּבָּהּ כָּל אֲוִירָהּ שֶׁל כָּל חָצֵר שֶׁבְּאֶמְצַע הֶיקֵּף אַכְסַדְרָאוֹת וְאֵין דֹּופֶן לְסֻוכָּה זוֹ אֶלָּא מְחִיצּוֹת הַבָּתִּים הַמַּפְסִיקוֹת בֵּין בָּתִּים לְאַכְסַדְרָה וְנִמְצֵאת תִּקְרַת הָאַכְסַדְרָה מַפְסֶקֶת סָבִיב בֵּין סְכָךְ לַדְּפָנוֹת אִם יֵשׁ בְּרֹוחַב הָאַכְסַדְרָה ד' אַמּוֹת פְּסוּלָה פָּחוֹת מֵאַרְבַּע אַמּוֹת כְּשֵׁרָה דְּאָמְרִינַן דֹּופֶן עֲקֻומָּה דֻּוגְמָא לַדָּבָר קלוישטר"א בִּלְשׁוֹן אַשְׁכְּנַז שֶׁל אֵיזֶה אֻומּוֹת הֵם הַגַּלָּחִים שֶׁיֵּשׁ לָהּ אֲוִיר שֶׁיֵּשׁ בָּהּ עֲשָׂבִים וְהֶיקֵּף אַכְסַדְרָה סָבִיב לוֹ:
Et de même une cour entourée d'un portique — toute « cour » dans le Talmud se trouve devant les maisons, et les maisons y ouvrent. Cette cour-ci est entourée de maisons qui donnent sur elle de trois côtés ; et devant ces maisons on a bâti des portiques tout autour, sur ses trois côtés. Le portique est ouvert et n'a pas de paroi du côté de la cour, mais il a un plafond. Et celui-ci a couvert tout l'espace découvert de la cour qui se trouve au milieu de la ceinture de portiques. Or cette soukka n'a d'autres parois que les murs des maisons, qui séparent les maisons des portiques : il se trouve donc que le plafond du portique s'interpose tout autour entre le sekhakh et les parois. Si la largeur du portique est de quatre coudées, elle est passoul ; moins de quatre coudées, elle est kachère, car on dit dofen akouma. Un exemple de la chose : ce que l'on appelle en langue allemande kloyster [cloître] — celui de certaines nations, chez qui il y a des prêtres —, qui a en son milieu une aire à ciel ouvert où poussent des herbes, avec une galerie qui l'entoure.
שֶׁהִקִּיפוּהָ סִיבְּבוּ סָבִיב לָהּ סָמוּךְ לַדְּפָנוֹת בְּדָבָר הַמְקַבֵּל טֻומְאָה וּבְאֶמְצָעָהּ נָתַן הַסְּכָךְ כָּשֵׁר:
Que l'on a bordée — on a disposé tout autour d'elle, contre les parois, une matière susceptible de recevoir l'impureté (mekabel touma), et au milieu il a posé le sekhakh kacher.
אִם יֵשׁ תַּחַת הַסְּכָךְ פָּסוּל ד' אַמּוֹת פְּסוּלָה אַף הַסְּכָךְ כָּשֵׁר לְפִי שֶׁאֵין לָהּ מְחִיצּוֹת פָּחוֹת מִכָּאן כְּשֵׁרָה דְּאָמְרִי' דֹּופֶן עֲקֻומָּה:
S'il y a — sous le sekhakh passoul quatre coudées : elle est passoul, y compris le sekhakh kacher, puisqu'elle se trouve sans parois. En deçà de cette mesure, elle est kachère, car on dit dofen akouma.
💡 Explication

Deux cas de plus, sur le même moule. La cour ceinte d'un akhsadra : le portique est couvert mais ouvert côté cour ; en couvrant la cour, on obtient une soukka dont les seules parois sont les murs des maisons, séparées du sekhakh par tout le plafond du portique. Rachi va jusqu'à donner un équivalent visuel à son lecteur : le cloître, avec son préau herbeux et sa galerie couverte.

La grande soukka bordée est le cas le plus radical : la bande périphérique n'est pas un vieux plafond mais une matière invalide par nature — des ustensiles mekabel touma, qui reçoivent l'impureté. Rachi souligne l'enjeu : si la bande dépasse quatre coudées, ce n'est pas seulement elle qui est perdue, c'est toute la soukka, y compris sa belle couverture centrale — car celle-ci se retrouve sans parois.

🖼️ Schéma
La cour ceinte d'un portique : vue de dessus Rachi reconstitue la topographie -- des maisons ouvrant sur une cour, un portique courant devant elles, et un sekhakh posé sur le vide central murs des maisons -- les seules parois de cette soukka akhsadra -- portique couvert, ouvert du côté de la cour akhsadra akhsadra cour couverte de sekhakh kacher c'est la soukka proprement dite largeur du portique Moins de 4 coudées : dofen akouma, kachère. Quatre coudées ou plus : passoul. Rachi : comme un cloître, une cour herbeuse ceinte d'une galerie
La cour ceinte d'un portique, vue de dessus : le plafond de la galerie sépare le sekhakh de ses parois.
4
גְּמ׳ כָּל הָנֵי לָמָּה לִי? צְרִיכָא: דְּאִי אַשְׁמְעִינַן בַּיִת שֶׁנִּפְחַת — מִשּׁוּם דְּהָנֵי מְחִיצוֹת לְבַיִת עֲבִידָן. אֲבָל חָצֵר הַמֻּוקֶּפֶת אַכְסַדְרָה, דִּמְחִיצוֹת לָאו לְאַכְסַדְרָה עֲבִידִי — אֵימָא לֹא, צְרִיכָא.

GUEMARA. Pourquoi ai-je besoin de tous ces [cas] ?

Ils sont nécessaires. Car s'il ne nous avait enseigné que la maison éventrée, [j'aurais dit que la dofen akouma s'applique là] parce que ces cloisons ont été faites pour la maison ; mais la cour entourée d'un portique, où les cloisons n'ont pas été faites pour le portique — j'aurais dit : non.

[Il est donc] nécessaire [de l'enseigner].

📜 Rachi (3)
גְּמ' כָּל הָנֵי לָמָּה לִי לְאַשְׁמוֹעִינַן דֹּופֶן עֲקֻומָּה בִּתְלָת בָּבֵי בְּמַתְנִיתִין לִיתְנֵי חֲדָא וְלַשְׁמְעִינַן לְכוּלְּהוּ:
Guemara, « pourquoi ai-je besoin de tous ces [cas] » — pour nous enseigner la dofen akouma en trois cas dans la michna ? Qu'elle en enseigne un seul, et nous l'apprendrons pour tous les autres.
מִשּׁוּם דְּהָנֵי מְחִיצוֹת לְבַיִת עֲבִידָן לִהְיוֹת דֹּופֶן לְבַיִת זֶה וַהֲרֵי הַבַּיִת נַעֲשָׂה סֻוכָּה הִלְכָּךְ שָׁדֵינַן מְחִיצּוֹת בָּתַר סֻוכָּה ע"י עִיקּוּם:
Parce que ces cloisons ont été faites pour la maison — pour être paroi de cette maison ; et voici que la maison est devenue soukka. C'est pourquoi nous rattachons ces cloisons à la soukka par le biais de la courbure.
אֲבָל חָצֵר הַמֻּוקֶּפֶת אַכְסַדְרָה דִּמְחִיצוֹת לָאו לְאַכְסַדְרָה נַעֲשׂוּ אֶלָּא לַבַּיִת הִלְכָּךְ לֵיכָּא לְמֵימְרָא תִּקְרָה אַכְסַדְרָה עֲקִימַת דְּפָנוֹת הַלָּלוּ הִיא וְלָא שְׁדִינְהוּ לַדְּפָנוֹת הָכָא לְצַד סֻוכָּה:
Mais la cour entourée d'un portique, où les cloisons n'ont pas été faites pour le portique — mais pour la maison. C'est pourquoi il n'y a pas lieu de dire que le plafond du portique est la courbure de ces parois, et l'on ne rattache pas ici les parois du côté de la soukka.
💡 Explication

La Guemara ouvre par la question classique de la tsricha : si les trois cas reposent sur le même principe, pourquoi la michna les énumère-t-elle ?

Première réponse : les cas ne sont pas équivalents du point de vue de l'intention constructive. Dans la maison, les murs avaient été bâtis pour couvrir précisément cet espace, et le toit qui les prolonge est bien leur toit — les rattacher à la soukka par la courbure va de soi. Dans la cour, les murs appartiennent aux maisons ; le portique n'est qu'accolé à eux. On aurait pu penser que son plafond ne peut pas être lu comme le prolongement replié de parois qui ne le concernent pas.

🖼️ Schéma
Tsricha : trois cas, deux raisons de les distinguer Chaque cas répond à une objection que le précédent laissait ouverte 1. Maison éventrée Ses cloisons ont été faites pour cette maison même. La maison devient soukka : on rattache donc naturellement ses parois à la soukka. Cas le plus facile à admettre. 2. Cour et portique Les murs n'ont pas été faits pour le portique, mais pour les maisons derrière lui. On aurait pu dire : ce plafond n'est pas leur prolongement. Il fallait donc l'enseigner. 3. Grande soukka bordée Dans les deux premiers cas, la matière du toit est bonne : seul le mode de pose la disqualifie. Ici la matière est invalide par nature, mekabel touma. Il fallait l'enseigner aussi. Le principe de la tsricha Un énoncé n'est pas redondant s'il écarte une objection que les autres laissaient ouverte. Ici la dofen akouma est étendue deux fois : à des parois qui n'ont pas été faites pour l'espace concerné, puis à une matière invalide en elle-même et non par sa pose.
Pourquoi trois cas : deux objections successives que la michna doit écarter.
5
וְאִי אַשְׁמְעִינַן הָנֵי תַּרְתֵּי, מִשּׁוּם דִּסְכָכָן סְכָךְ כָּשֵׁר הוּא, אֲבָל סֻוכָּה גְּדוֹלָה שֶׁהִקִּיפוּהָ בְּדָבָר שֶׁאֵין מְסַכְּכִין בּוֹ, דִּסְכָכָהּ סְכָךְ פָּסוּל הוּא — אֵימָא לֹא, צְרִיכָא.

Et s'il ne nous avait enseigné que ces deux-là, [j'aurais dit que la dofen akouma s'applique] parce que leur couverture est du sekhakh kacher ; mais une grande soukka que l'on a bordée d'une matière avec laquelle on ne couvre pas, dont la couverture est du sekhakh passoul — j'aurais dit : non. [Il est donc] nécessaire [de l'enseigner].

📜 Rachi (1)
סְכָךְ כָּשֵׁר הוּא כְּלוֹמַר מִמִּין סְכָךְ כָּשֵׁר הוּא וּפְסוּלוֹ מִשּׁוּם תַּעֲשֶׂה וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי אֲבָל דָּבָר שֶׁאֵין מְסַכְּכִין בּוֹ שֶׁהוּא מִין פָּסוּל אֵימָא לָא לַיכְשְׁרֵיהּ עַל יְדֵי עִיקּוּם:
C'est du sekhakh kacher — c'est-à-dire qu'il est de l'espèce du sekhakh valide, et son invalidité ne tient qu'au « taasse ve-lo min hé-assouy ». Mais une matière avec laquelle on ne couvre pas, qui est d'une espèce invalide — j'aurais dit : non, on ne la validera pas par le biais de la courbure.
💡 Explication

Seconde raison de distinguer, et elle porte cette fois sur la matière. Le plafond de la maison et celui du portique sont faits de matières qui, en elles-mêmes, pourraient servir de sekhakh : leur seul défaut est d'avoir été posés avant, sans intention de soukka. On peut donc plus facilement les tenir pour de la paroi repliée.

La bordure d'ustensiles, elle, est invalide par nature : aucune requalification ne semblait pouvoir la sauver. La michna doit donc énoncer aussi ce cas — et la portée de la dofen akouma s'en trouve élargie : elle ne dépend pas de la qualité intrinsèque de ce qui s'interpose, seulement de sa largeur.

6
אָמַר רַבָּה: אַשְׁכַּחְתִּינְהוּ לְרַבָּנַן דְּבֵי רַב דְּיָתְבִי וְקָאָמְרִי: אֲוִיר פּוֹסֵל בִּשְׁלֹשָׁה, סְכָךְ פָּסוּל פּוֹסֵל בְּאַרְבָּעָה.

Rabba a dit : j'ai trouvé les Sages de la maison de Rav assis et disant [au nom de Rav] : l'avir (le vide) invalide à trois [tefahim] ; le sekhakh passoul invalide à quatre [tefahim].

📜 Rachi (3)
דְּיָתְבִי וְקָאָמְרִי מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב:
Assis et disant — au nom de Rav.
אֲוִיר פּוֹסֵל כָּל הַסֻּוכָּה בִּשְׁלֹשָׁה:
L'avir invalide — toute la soukka, à trois [tefahim].
וּסְכָךְ פָּסוּל פּוֹסֵל אֶת כָּל הַסֻּוכָּה בַּד':
Et le sekhakh passoul invalide — toute la soukka, à quatre [tefahim].
🗂️ Tossefot (1)
אֲוִיר פּוֹסֵל. כָּל הַסֻּוכָּה בִּשְׁלֹשָׁה בֵּין בָּאֶמְצַע בֵּין מִן הַצַּד סְכָךְ פָּסוּל פּוֹסֵל כָּל הַסֻּוכָּה בְּאַרְבָּעָה בָּאֶמְצַע כְּגוֹן שֶׁהוּא רָחוֹק מִן הַכֹּותֶל אַרְבַּע אַמּוֹת דְּאֵינוֹ יָכוֹל לְבַטְּלוֹ מִשּׁוּם עֲקִימַת דֹּופֶן וְנִמְצָא חוֹצֵץ בֵּין כָּשֵׁר לְכָשֵׁר וְדַוְקָא כְּשֶׁמַּתְחִיל מִדֹּופֶן הָאֶמְצָעִי וּמְהַלֵּךְ עַל פְּנֵי כָּל הַסֻּוכָּה עַד הַפֶּתַח דְּהַשְׁתָּא חוֹצֵץ הָאֲוִיר אוֹ הַפָּסוּל בֵּין כָּשֵׁר לְכָשֵׁר וְלֵיכָּא ג' דְּפָנוֹת לֹא לָזֶה וְלֹא לָזֶה אֲבָל אִם מַתְחִיל מִן הַדֹּופֶן שֶׁבְּצַד וּמְהַלֵּךְ עַד הַדֹּופֶן שֶׁכְּנֶגְדּוֹ אִם נִשְׁאַר מִן הַכָּשֵׁר לְצַד הַדֹּופֶן הָאֶמְצָעִי כְּשִׁיעוּר הֶכְשֵׁר סֻוכָּה כְּשֵׁרָה דְּהָא אִית לָהּ ג' דְּפָנוֹת וְשֶׁל צַד הַפֶּתַח פְּסוּלָה וְהֵיכָא דְּהָאֲוִיר אוֹ הַפָּסוּל אֵין מְהַלְּכִין עַל פְּנֵי כָּל הַסֻּוכָּה כְּגוֹן דְּאִיכָּא בְּאֶמְצַע סֻוכָּה ג' עַל ג' אֲוִיר אוֹ אַרְבָּעָה עַל אַרְבָּעָה סְכָךְ פָּסוּל אִם מִמֶּנּוּ וְעַד הַדֹּופֶן הָאֶמְצָעִי כְּדֵי הֶכְשֵׁר סֻוכָּה הַכֹּל כָּשֵׁר בֵּין מַה שֶׁבַּצְּדָדִין בֵּין מַה שֶׁלְּצַד הַפֶּתַח וַאֲפִילּוּ מַה שֶּׁיּוֹצֵא לַחוּץ לְגַמְרֵי דְּהוֹאִיל וְהַכֹּל מְחֻובָּר לְשִׁיעוּר הֶכְשֵׁר סֻוכָּה הֲרֵי זֶה כְּפַסָּל הַיּוֹצֵא מִן הַסֻּוכָּה דְּנִיתָּר בְּלֹא דְּפָנוֹת כִּדְאָמְרִינַן [לְקַמָּן] (דַּף יט.) דְּנִידּוֹנִין כְּסֻוכָּה וְאֶפְשָׁר אֲפִי' אֵין כְּדֵי הֶכְשֵׁר סֻוכָּה מִמֶּנּוּ עַד דֹּופֶן הָאֶמְצָעִי מִצְטָרְפִין זֶה עִם זֶה לִכְדֵי הֶכְשֵׁר סֻוכָּה וְאֵין הָאֲוִיר וְהַפָּסוּל חוֹצְצִין מֵאַחַר שֶׁהַכָּשֵׁר מִתְחַבֵּר יַחַד דֶּרֶךְ הַצְּדָדִים:
« L'avir invalide » — toute la soukka, à trois [tefahim], aussi bien au milieu que sur le côté. Le sekhakh passoul invalide toute la soukka à quatre [tefahim] lorsqu'il est au milieu, c'est-à-dire éloigné du mur de quatre coudées, de sorte qu'on ne peut plus l'annuler par la courbure de la paroi : il se trouve alors faire écran (hotsets) entre du kacher et du kacher. Et cela vaut précisément lorsqu'il part de la paroi du fond et court sur toute la soukka jusqu'à l'entrée : là, le vide ou la portion invalide sépare le kacher du kacher, et ni l'une ni l'autre des deux portions n'a trois parois. Mais s'il part d'une paroi latérale et court jusqu'à la paroi opposée, alors s'il reste, du côté de la paroi du fond, du kacher en quantité suffisante pour valider une soukka, elle est kachère — car elle a bien trois parois ; et c'est la portion du côté de l'entrée qui est passoul. Et la où le vide ou la portion invalide ne court pas sur toute la soukka — par exemple s'il y a au milieu de la soukka trois sur trois de vide, ou quatre sur quatre de sekhakh passoul —, si de là jusqu'à la paroi du fond il y a de quoi valider une soukka, tout est kacher : ce qui est sur les côtés comme ce qui est du côté de l'entrée, et même ce qui sort tout à fait au-dehors. Car puisque tout se rattache à une mesure de soukka valide, c'est comme le passal (débord de sekhakh) qui sort de la soukka, permis sans parois, ainsi que nous le disons plus loin (19a) : ils sont jugés comme la soukka. Et il est même possible que, s'il n'y a pas de là jusqu'à la paroi du fond de quoi valider une soukka, [les portions valides] se combinent l'une avec l'autre pour former la mesure d'une soukka valide, et que le vide et la portion invalide ne fassent pas écran, puisque le kacher se rejoint lui-même par les côtés.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' אֲמַר רָבָא אַשְׁכַּחְתִּינְהוּ לְרַבָּנַן דְּבֵי רַב דְּיָתְבִי וְקָאָמְרִי מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב אֲוִיר פּוֹסֵל בַּג' סְכָךְ פָּסוּל פּוֹסֵל בַּד' וְאָמֵינָא לְהוּ אֲנָא וְכוּ' בְּסוּרָא מַתְנוּ הָכִי בִּנְהַרְדְּעָא מַתְנוּ הָכִי אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל סְכָךְ פָּסוּל בָּאֶמְצַע בַּד' מִן הַצַּד בַּד' אַמּוֹת וְרַב אָמַר בֵּין בָּאֶמְצַע בֵּין מִן הַצַּד בְּד' אַמּוֹת כָּתַב בַּעַל הָעִיטּוּר אִיכָּא פְּלֻוגְתָּא בֵּינֵי רַבְּווָתָא הָרַב אַלְפָסִי זַ"ל פָּסַק כִּשְׁמוּאֵל דְּהָא רַבָּנָן דְּבֵי רַב כְּוָותֵיהּ סְבִירָא לְהוּ. וּבַעַל הֲלָכוֹת פָּסַק כְּרַב כְּלִישָּׁנָא בָּתְרָאָה. וִירוּשַׁלְמִי הֲלָכָה י' מְסַיַּיע לֵיהּ דְּתָנֵי ר' חַייָּא אֲוִיר פּוֹסֵל בַּג' סְכָךְ פָּסוּל אֵינוֹ פּוֹסֵל אֶלָּא בְּד' אַמּוֹת וּמִסְתַּבְּרָא כְּוָותֵיהּ דְּהָא רַבָּנַן דְּלָאו סִיַּיעְתֵּיהּ הִיא דְּהָא אִי לִישָּׁנָא בָתְרָא אִיתָא קַמָּא לֵיתָא דִּתְרֵי לִישָּׁנֵי נִינְהוּ וְהִלְכָּךְ מְסַפְּקָא לָן אִי כְּסוּרָא אִי כִּנְהַרְדְּעָא פְּלֻוגְתָּא דְּרַב וּשְׁמוּאֵל וְהִלְכְתָא כְּרַב דְּבֵין בְּאֶמְצַע וּבֵין מִן הַצַּד בְּד' אַמּוֹת וּמַשְׁמַע דְּכִי הֵיכִי דִּבְהִרְחִיק אֶת הַסִּיכּוּךְ מִן הַדְּפָנוֹת בִּפְסוּל אֲוִיר לֵיכָּא פְּלֻוגְתָּא בֵּין בָּאֶמְצַע בֵּין מִן הַצַּד בִּסְכָךְ פָּסוּל נָמֵי לֵיכָּא פְּלוּגְתָּא וּמִיהוּ פְּלֻוגְתָּא דְּרַבְּווָתָא הִיא וּלְחוּמְרָא. וְהָרַמְבַּ"ן זַ"ל כָּתַב וַאֲנִי אַכְרִיעַ כְּדִבְרֵי הָרַב אַלְפָסִי דִּלְרַב דְּאָמַר בֵּין בָּאֶמְצַע בֵּין מִן הַצַּד בד"א א"כ טַעְמָא לָאו מִשּׁוּם דֹּופֶן עֲקֻומָּה הוּא דְּהָא אֲפִילּוּ בְּאֶמְצַע דְּלֵיכָּא לְמֵימַר דֹּופֶן עֲקֻומָּה הָוֵי נָמֵי שִׁיעוּרָא בְּד' אַמּוֹת וְכִדְאָמַר בַּגְּמָרָא בְּלִישָּׁנָא קַמָּא בַּר מִינַּהּ דְּהַהִיא דְּרַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ מִשּׁוּם דֹּופֶן עֲקֻומָּה נָגְעוּ בָּהּ הִלְכָּךְ כֵּיוָן דִּלְכוּלְּהוּ לִישָּׁנֵי מ"ד בְּאֶמְצַע נָמֵי בְּד' אַמּוֹת לֹא נָגְעוּ בָּהּ מִשּׁוּם דֹּופֶן עֲקֻומָּה הִלְכָּךְ ע"כ הִלְכְתָא כמ"ד בְּאֶמְצַע בַּד' וּמִן הַצַּד בד"א מִשּׁוּם דֹּופֶן עֲקֻומָּה דְּסֻוגְיָא דְּכֻולָּהּ הַגְּמָרָא דְּאָמְרִינַן דֹּופֶן עֲקֻומָּה כִּדְאָמַר בְּרֵישׁ מְכִילְתִּין מַאי קמ"ל דְּאָמַר דֹּופֶן עֲקֻומָּה תְּנֵינָא וְכוּ' וְאָמְרִי' נַמֵּי לְעֵיל (סֻוכָּה דַּף ו:) כִּי גְּמִירִי הִלְכְתָא לְגוּד וּלְלָבוּד וּלְדֹופֶן עֲקֻומָּה וְכֵן פָּסְקוּ הָרַמְבַּ"ן זַ"ל פ"ה מה"ס וה"ר יְשַׁעְיָה זַ"ל דִּבְאֶמְצַע פּוֹסֵל בַּד' וה"מ בְּסֻוכָּה גְּדוֹלָה אֲבָל בְּסֻוכָּה קְטַנָּה בֵּין בָּאֶמְצַע בֵּין מִן הַצַּד ג' טְפָחִים:
Guemara : « Rava a dit : j'ai trouvé les Sages de la maison de Rav assis et disant au nom de Rav : l'avir invalide à trois, le sekhakh passoul invalide à quatre ; et moi je leur ai dit », etc. — À Soura on enseignait ainsi ; à Nehardea on enseignait ainsi : Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : le sekhakh passoul, au milieu, [invalide] à quatre [tefahim] ; sur le côté, à quatre coudées. Et Rav dit : aussi bien au milieu que sur le côté, à quatre coudées. L'auteur du Ittour a écrit qu'il y a divergence entre les grands décisionnaires : le Rif, de mémoire bénie, a tranché comme Chmouel, puisque les Sages de la maison de Rav pensent comme lui ; et le Baal Halakhot [Guedolot] a tranché comme Rav, conformément à la dernière version (lichna batra). Et le Yerouchalmi, halakha 10, l'appuie, car Rabbi Hiya enseigne : l'avir invalide à trois, le sekhakh passoul n'invalide qu'à quatre coudées. Et il est logique de trancher comme lui, car [l'argument tiré] des Sages [de la maison de Rav] ne constitue pas un appui [pour Chmouel] : si la dernière version est exacte, la première ne l'est pas, puisqu'il s'agit de deux versions [concurrentes]. Il nous reste donc un doute : est-ce comme à Soura ou comme à Nehardea ? [Et selon Nehardea] c'est une divergence entre Rav et Chmouel, et la halakha suit Rav — donc aussi bien au milieu que sur le côté, quatre coudées. Et il ressort que, de même que pour « il a éloigné le sekhakh des parois » l'invalidation par le vide ne fait pas de différence entre le milieu et le côté, de même pour le sekhakh passoul il n'y a pas de différence. Quoi qu'il en soit, c'est une divergence entre les grands décisionnaires, et [l'on tranche] vers la rigueur. Et le Ramban, de mémoire bénie, a écrit : quant à moi, je tranche comme les paroles du Rif. Car selon Rav, qui dit « aussi bien au milieu que sur le côté, quatre coudées », la raison ne serait donc pas la dofen akouma : puisque même au milieu, où l'on ne peut pas invoquer la dofen akouma, la mesure serait aussi de quatre coudées — comme le dit la Guemara dans la première version : « écarte ce cas-là, car Rav et Chmouel disent tous deux qu'ils ont touché là à la dofen akouma ». Dès lors, puisque selon toutes les versions celui qui dit que même au milieu c'est quatre coudées ne fonde pas cela sur la dofen akouma, il faut nécessairement trancher comme celui qui dit : au milieu à quatre [tefahim] et sur le côté à quatre coudées, en raison de la dofen akouma. Car toute la sougya de la Guemara repose sur la dofen akouma, comme il est dit au début de notre traité : « que nous apprend-il ? qu'il dit dofen akouma ? nous l'avons déjà appris », etc. ; et nous disons aussi plus haut (Soukka 6b) : « lorsqu'ils ont reçu la halakha [de Sinaï], c'est pour le goud, pour le lavoud et pour la dofen akouma ». Ainsi ont tranché le Rambam [ainsi faut-il lire ; l'imprimé porte Ramban], au chapitre 5 des Hilkhot Soukka, et Rabbenou Yechaya, de mémoire bénie : au milieu, il invalide à quatre [tefahim]. Et cela ne vaut que pour une grande soukka ; mais dans une petite soukka, aussi bien au milieu que sur le côté, [le seuil est de] trois tefahim.
💡 Explication

Changement de registre : on quitte la michna pour un souvenir de Rabba, qui raconte une scène de beit midrach. Les Sages de la maison de Rav posaient deux mesures parallèles : trois tefahim pour le vide, quatre tefahim pour le sekhakh invalide.

La logique de leur position est intuitive : le vide est plus grave que la mauvaise matière, donc son seuil doit être plus bas. Mais Rabba va contester non pas la logique, mais la source : d'où tirez-vous ces chiffres ?

Les Tossefot précisent ici une donnée que la Guemara ne dit pas : ce qui compte n'est pas seulement la taille de la portion invalide, mais sa géométrie. Une bande qui traverse la soukka de la paroi du fond jusqu'à l'entrée la coupe en deux moitiés dont aucune n'a trois parois. Une bande qui va d'un côté à l'autre laisse au contraire, du côté du fond, une soukka complète et valide.

7
וְאָמֵינָא לְהוּ אֲנָא: אֲוִיר דְּפוֹסֵל בִּשְׁלֹשָׁה מְנָא לְכוּ — דִּתְנַן: הִרְחִיק אֶת הַסִּיכּוּךְ מִן הַדְּפָנוֹת שְׁלֹשָׁה טְפָחִים — פְּסוּלָה. סְכָךְ פָּסוּל נָמֵי לָא לִיפְסֹיל אֶלָּא בְּאַרְבַּע אַמּוֹת, דִּתְנַן: בַּיִת שֶׁנִּפְחַת וְסִיכֵּךְ עַל גַּבָּיו, אִם יֵשׁ בֵּין הַסִּיכּוּךְ לַכֹּותֶל אַרְבַּע אַמּוֹת — פְּסוּלָה!

Et moi je leur ai dit : l'avir, qui invalide à trois [tefahim] — d'où le tenez-vous ? De ce que nous avons appris [dans la michna] : « s'il a éloigné le sekhakh des parois de trois tefahim, elle est passoul ».

Alors le sekhakh passoul, lui non plus, ne devrait invalider qu'à quatre coudées, puisque nous avons appris [dans la même michna] : « une maison dont [le toit] s'est éventré et que l'on a couverte par-dessus : s'il y a entre le sekhakh et le mur quatre coudées — elle est passoul » !

💡 Explication

L'objection de Rabba est une objection de méthode, et elle est redoutable de simplicité. Les deux mesures se lisent dans la même michna, à deux phrases d'intervalle. Si vous prenez les trois tefahim au mot pour le vide, vous devez prendre les quatre coudées au mot pour le sekhakh invalide.

Impossible de retenir la première phrase comme source d'une mesure et de traiter la seconde autrement. L'écart est d'ailleurs vertigineux : quatre coudées valent vingt-quatre tefahim, soit six fois la mesure que les Sages de la maison de Rav proposaient.

8
וְאָמְרוּ לִי: בַּר מִינָּהּ דְּהַהִיא, דְּרַב וּשְׁמוּאֵל אָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: מִשּׁוּם דֹּופֶן עֲקֻומָּה נָגְעוּ בָּהּ.

Et ils m'ont répondu : écarte ce cas-là (bar mina de-hahi), car Rav et Chmouel disent tous deux qu'ils y ont touché à cause de la dofen akouma.

📜 Rachi (2)
בַּר מִינָּהּ דְּהַהִיא כְּלוֹמַר הָרְאָיָה אֵינָהּ עִיקָּר:
Écarte ce cas-là — c'est-à-dire : cette preuve n'est pas probante.
דְּרַב וּשְׁמוּאֵל אָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ מִשּׁוּם דֹּופֶן עֲקֻומָּה נָגְעוּ בָּהּ לְהַכְשִׁיר דְּאָמְרִינַן דֹּופֶן הוּא וְלֹא סְכָךְ וְאֵין כָּאן פָּסוּל וְכִי אָמְרִינַן בְּאַרְבָּעָה כְּגוֹן בְּאֶמְצַע רָחוֹק מִן הַכֹּותֶל ד' אַמּוֹת דְּאֵינוֹ יָכוֹל לְבַטְּלָן עַל יְדֵי עֲקִימַת דֹּופֶן וְנִמְצָא חוֹצֵץ בַּסֻּוכָּה בֵּין כָּשֵׁר לְכָשֵׁר וְאַרְבָּעָה הָוֵי מָקוֹם חָשׁוּב לִהְיוֹת חֲצִיצָה:
Car Rav et Chmouel disent tous deux qu'ils y ont touché à cause de la dofen akouma — pour valider, puisque nous disons que c'est de la paroi et non du sekhakh, et qu'il n'y a donc là aucune invalidité. Et lorsque nous disons « à quatre », il s'agit par exemple d'une portion au milieu, éloignée du mur de quatre coudées, que l'on ne peut plus annuler par la courbure de la paroi : elle se trouve alors faire écran dans la soukka entre du kacher et du kacher — et quatre est une dimension assez conséquente pour constituer une hatsitsa (un écran).
💡 Explication

La réponse des Sages est fine : bar mina de-hahi, « ce cas-là mis à part ». Les quatre coudées de la maison éventrée ne sont pas une mesure de sekhakh invalide — c'est la portée maximale de la dofen akouma, c'est-à-dire la longueur sur laquelle une paroi accepte d'être vue comme repliée.

Autrement dit, la michna ne dit pas « en deçà de quatre coudées, le passoul est trop petit pour nuire » ; elle dit « en deçà de quatre coudées, il n'y a pas de passoul du tout, puisque cette bande a changé de statut ». Rachi complète le tableau : la vraie mesure du sekhakh invalide, quatre tefahim, vaut là où la dofen akouma ne peut pas jouer — au milieu de la soukka, loin du mur. Quatre tefahim, c'est alors assez pour constituer une hatsitsa, un écran qui coupe le kacher du kacher.

9
וְאָמֵינָא לְהוּ אֲנָא: מָה אִילּוּ אִיכָּא סְכָךְ פָּסוּל פָּחוֹת מֵאַרְבָּעָה וַאֲוִיר פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה מַאי? כְּשֵׁרָה. מַלְּייֵהּ בְּשַׁפּוּדִין מַאי — פְּסוּלָה, וְלֹא יְהֵא אֲוִיר הַפּוֹסֵל בִּשְׁלֹשָׁה כִּסְכָךְ פָּסוּל הַפּוֹסֵל בְּאַרְבָּעָה!

Et moi je leur ai dit : mais alors, s'il y avait du sekhakh passoul de moins de quatre [tefahim] et un vide de moins de trois, quoi [diriez-vous] ? Elle est kachère.

S'il a comblé [ce vide] avec des shefudin (des broches à rôtir), quoi ? Elle est passoul.

Or l'avir, qui invalide à trois, ne sera pas [plus sévère] que le sekhakh passoul, qui n'invalide qu'à quatre !

📜 Rachi (7)
וְאָמֵינָא לְהוּ אֲנָא תְּשׁוּבָה לְדִבְרֵיהֶם:
Et moi je leur ai dit — en réponse à leurs paroles.
וּמָה אִילּוּ אִיכָּא סְכָךְ פָּסוּל פָּחוֹת מֵאַרְבָּעָה וַאֲוִיר בְּצִידּוֹ פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה מַאי אָמְרִיתוּ בֵּיהּ:
Et s'il y avait du sekhakh passoul de moins de quatre — et un vide à son côté, de moins de trois : que diriez-vous à son sujet ?
כְּשֵׁרָה דְּלֵיכָּא שִׁיעוּר סְכָךְ פָּסוּל:
Elle est kachère — car il n'y a pas la mesure [requise] de sekhakh passoul.
מַלְּיֵיהּ לְהַהִיא שִׁיעוּרָא בְּשַׁפּוּדִין דְּאָסוּר לְסַכֵּךְ בָּהֶן מִשּׁוּם מְקַבְּלֵי טֻומְאָה וְהָוְיָא בָּהּ אַרְבָּעָה טְפָחִים מִסְּכָךְ פָּסוּל:
Il a comblé — cette portion avec des broches, avec lesquelles il est interdit de couvrir parce qu'elles reçoivent l'impureté ; il s'y trouve donc [désormais] quatre tefahim de sekhakh passoul.
מַאי אָמְרִיתוּ בֵּיהּ:
Quoi — que diriez-vous à son sujet ?
פְּסוּלָה דְּאִיכָּא חֲצִיצָה אַרְבָּעָה וּמִתְּחִילָּה כְּשֶׁהָיָה אֲוִיר שֶׁהוּא חָמוּר הָיְתָה כְּשֵׁרָה וְעַכְשָׁו שֶׁנֶּהְפַּךְ לִהְיוֹת קַל נִפְסְלָה:
Elle est passoul — car il y a un écran de quatre. Or au départ, quand il y avait du vide, qui est plus grave, elle était kachère ; et maintenant que cela s'est changé en [quelque chose de] plus léger, la voilà invalidée.
לֹא יְהֵא אֲוִיר חָמוּר שֶׁפּוֹסֵל בַּג' פּוֹסְלָהּ לְסֻוכָּה זוֹ כִּסְכָךְ פָּסוּל שֶׁהוּא קַל שֶׁאֵינוֹ נִפְסָל אֶלָּא בְּאַרְבָּעָה:
L'avir ne sera pas — [l'avir,] qui est plus grave puisqu'il invalide à trois, [ne rendra pas] cette soukka invalide comme le fait le sekhakh passoul, qui est plus léger puisqu'il n'invalide qu'à quatre.
🗂️ Tossefot (1)
אִילּוּ אִיכָּא סְכָךְ פָּסוּל פָּחוֹת מֵאַרְבַּע וַאֲוִיר פָּחוֹת מִג' מַאי כְּשֵׁרָה. וְאֵין בַּאֲוִיר שִׁיעוּר לִפְסֹול וְאֵין בִּסְכָךְ פָּסוּל שִׁיעוּר לִפְסֹול אֵין מִצְטָרְפִין זֶה עִם זֶה לִפְסֹול כֵּיוָן דְּלָא שָׁווּ שִׁיעוּרַייְהוּ לַהֲדָדֵי כִּדְאָמְרִינַן וּמִיהוּ הֵיכָא דְּאִיכָּא שְׁנֵי טְפָחִים סְכָךְ פָּסוּל וּשְׁנַיִם שֶׁל סְכָךְ פָּסוּל וַאֲוִיר מַפְסִיק בֵּינֵיהֶם פָּחוֹת מִג' אִיכָּא לְסַפּוֹקֵי אִם שְׁנֵי הַפְּסוּלִין מִצְטָרְפִין לְאַרְבָּעָה לִפְסֹול אֶת הַסֻּוכָּה דְּשֶׁמָּא כֵּיוָן דַּאֲוִיר מַפְסִיק בֵּינְתַיִם לָא מִצְטָרְפִי אוֹ שֶׁמָּא כֵּיוָן דְּאֵין בַּאֲוִיר ג' מִצְטָרְפִין וּמִיהוּ הֵיכָא דְּלֵיכָּא בִּפְסוּלִים ד' וַאֲוִיר פָּחוֹת מִג' מַפְסִיק בֵּינֵיהֶם אֵין הָאֲוִיר מַשְׁלִימוֹ לְאַרְבָּעָה בְּמַה שֶׁחוֹשְׁבוֹ כְּסָתוּם מֵחֲמַת לָבוּד דְּלָא אָמְרִינַן לָבוּד לְהַחְמִיר:
« S'il y avait du sekhakh passoul de moins de quatre et un vide de moins de trois, quoi ? Elle est kachère. » — Le vide n'a pas la mesure qui invalide, le sekhakh passoul n'a pas la mesure qui invalide, et ils ne se combinent pas l'un avec l'autre pour invalider, puisque leurs mesures ne sont pas identiques, comme nous le disons. Toutefois, là où il y a deux tefahim de sekhakh passoul et deux [autres] tefahim de sekhakh passoul, avec entre eux un vide de moins de trois, il y a lieu de douter : les deux portions invalides se combinent-elles pour former les quatre qui invalident la soukka ? Peut-être, puisqu'un vide les sépare, ne se combinent-elles pas ; ou peut-être, puisque le vide n'atteint pas trois, se combinent-elles. Quoi qu'il en soit, là où les portions invalides n'atteignent pas quatre et où un vide de moins de trois les sépare, le vide ne vient pas les compléter à quatre du fait qu'on le tiendrait pour bouche en vertu du lavoud — car nous ne disons pas lavoud pour aggraver.
💡 Explication

Rabba passe de la critique de source à une réduction à l'absurde. Prenez une soukka où une portion invalide de moins de quatre tefahim jouxte un vide de moins de trois : rien n'atteint son seuil, elle est kachère. Comblez maintenant le vide avec des broches à rôtir — des ustensiles métalliques, invalides parce qu'ils reçoivent l'impureté. La portion invalide continue devient supérieure à quatre tefahim : selon vous, la soukka est désormais passoul.

C'est le renversement : on a remplacé le plus grave (le vide, qui invalide dès trois) par le plus léger (le sekhakh passoul, qui n'invalide qu'à quatre), et la soukka s'est dégradée. Un kal (élément léger) ne peut pas produire un effet que le hamour (élément grave) ne produisait pas.

Les Tossefot en tirent deux règles et laissent une question ouverte : vide et passoul ne s'additionnent pas entre eux, leurs mesures étant différentes ; et l'on n'invoque pas le lavoud — la fiction qui bouche un écart de moins de trois tefahim — pour aggraver. Reste en doute le cas de deux portions invalides de deux tefahim séparées par un petit vide : se rejoignent-elles à quatre ?

🖼️ Schéma
Le paradoxe des broches : combler un vide et perdre sa soukka Selon les Sages de la maison de Rav, le sekhakh passoul invalide à 4 tefahim -- Rabba montre où cela mène État de départ passoul, moins de 4 vide, moins de 3 sekhakh kacher KACHÈRE aucun des deux n'atteint son seuil et ils ne s'additionnent pas entre eux on comble le vide avec des broches Après les broches passoul continu, 4 tefahim ou plus sekhakh kacher PASSOUL le seuil de 4 tefahim est atteint L'absurdité : on a échangé du grave contre du léger, et la soukka a empiré Le vide est plus sévère que le sekhakh passoul -- il invalide dès trois tefahim, là où l'autre attend quatre. Or en remplaçant ce vide sévère par de la matière plus indulgente, la soukka passe de kachère à passoul. Le léger ne sera pas plus sévère que le grave. Tossefot : ce que ce cas fixe, et ce qu'il laisse ouvert Fixe : vide et passoul ne se combinent pas entre eux, leurs mesures étant différentes. Fixe aussi : on n'applique pas lavoud pour aggraver. Ouvert : deux tefahim de passoul, un vide de moins de trois, puis deux tefahim de passoul -- les deux portions invalides se rejoignent-elles à quatre ? Tossefot laissent la question en doute : le vide sépare-t-il, ou bien n'est-il pas assez large pour séparer ?
Le paradoxe des shefudin : combler un vide avec de la matière invalide fait basculer la soukka.
10
וְאָמְרוּ לִי: אִי הָכִי, לְדִידָךְ נָמֵי דְּאָמְרַתְּ סְכָךְ פָּסוּל פּוֹסֵל בְּאַרְבַּע אַמּוֹת, מָה אִילּוּ אִיכָּא סְכָךְ פָּסוּל פָּחוֹת מֵאַרְבַּע אַמּוֹת וַאֲוִיר פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה, מַאי? כְּשֵׁרָה. מַלְּייֵהּ בְּשַׁפּוּדִין מַאי — פְּסוּלָה. לֹא יְהֵא אֲוִיר הַפּוֹסֵל בִּשְׁלֹשָׁה כִּסְכָךְ פָּסוּל הַפּוֹסֵל בְּאַרְבַּע אַמּוֹת!

Et ils m'ont répondu : s'il en est ainsi, pour toi aussi, qui dis que le sekhakh passoul n'invalide qu'à quatre coudées — s'il y avait du sekhakh passoul de moins de quatre coudées et un vide de moins de trois, quoi ? Elle est kachère.

S'il l'a comblé avec des broches, quoi ? Elle est passoul.

[Donc, selon ta propre règle,] l'avir, qui invalide à trois, ne sera pas [plus sévère] que le sekhakh passoul, qui n'invalide qu'à quatre coudées !

📜 Rachi (1)
אָמְרוּ לִי אִי הָכִי לְדִידָךְ נָמֵי דְּאָמְרַתְּ שִׁיעוּר סְכָךְ פָּסוּל ד' אַמּוֹת דְּלֵית לָךְ דְּטַעֲמָא דְּמַתְנִיתִין מִשּׁוּם דֹּופֶן עֲקֻומָּה אֶלָּא זֶהוּ שִׁיעוּרָא לִפְסֹול אֲפִילּוּ בְּאֶמְצַע אַף זוֹ תְּשׁוּבָתְךָ וּמָה אִילּוּ כו' וַאֲוִיר פָּחוֹת מִג' בְּצִדּוֹ:
Ils m'ont dit : s'il en est ainsi, pour toi aussi — toi qui dis que la mesure du sekhakh passoul est de quatre coudées, puisque tu ne tiens pas que la raison de la michna soit la dofen akouma, mais que ce serait là la mesure qui invalide, même au milieu : cette objection vaut aussi contre toi. « Et s'il y avait, etc. » — et un vide de moins de trois à son côté.
💡 Explication

La riposte est un pur tou de-idakh : l'objection vaut contre toi tout autant. Change simplement l'échelle — au lieu de quatre tefahim, prends quatre coudées. Un sekhakh invalide de moins de quatre coudées, un vide de moins de trois tefahim à côté : kachère. Comble le vide avec des broches, et selon toi aussi la soukka bascule.

L'argument de Rabba, s'il valait, invaliderait donc toute position possible, y compris la sienne. Un argument qui prouve trop ne prouve rien : c'est ce que Rabba devra désamorcer au segment suivant.

11
וְאָמֵינָא לְהוּ אֲנָא: הַאי מַאי? בִּשְׁלָמָא לְדִידִי דְּאָמֵינָא אַרְבַּע אַמּוֹת —

Et moi je leur ai dit : qu'est-ce que ceci [comme comparaison] ? Certes, selon moi qui dis quatre coudées —

📜 Rachi (1)
בִּשְׁלָמָא לְדִידִי דְּאָמְרִי אַרְבַּע אַמּוֹת דְּקָתָנֵי מַתְנִיתִין פְּסוּלָה הָא פָּחוֹת כְּשֵׁרָה:
Certes, selon moi qui dis quatre coudées — puisque la michna enseigne « elle est passoul », c'est donc qu'en deçà elle est kachère.
💡 Explication

Le folio s'interrompt au milieu de la réponse. Rabba refuse la symétrie que ses interlocuteurs viennent d'établir : haï mai, ce n'est pas comparable.

La différence qu'il va exploiter est celle-ci, et Rachi en donne déjà la clé : pour lui, les quatre coudées sont explicitement énoncées par la michna, dont on déduit par symétrie qu'en deçà c'est kacher. Sa position est donc adossée à un texte, la leur a un raisonnement. La suite du développement se lit sur le folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).