Sukkah 17b — Deux mesures inégales se combinent-elles ? Puis Soura contre Nehardea

Sukkah 17b

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de la joute de Rabba avec les Sages de la maison de Rav : pour lui, les quatre coudées du sekhakh passoul et les trois tefahim de vide sont deux mesures indépendantes, reçues comme halakha le-Moche mi-Sinaï, et deux mesures inégales ne se combinent jamais — ce qui dissout le paradoxe des broches. Abaye l'attaque aussitôt : dans une soukka minimale, les deux seuils semblent bien coïncider à trois tefahim ; Rabba répond que là l'invalidation ne vient ni du passoul ni du vide, mais du simple fait qu'il ne reste plus la surface minimale de soukka.

La Guemara cherche alors un contre-exemple très loin de la soukka, dans les lois d'impureté : le tissu, le sac, le cuir et la natte ont quatre mesures différentes et se combinent pourtant. La réponse sauve la règle de Rabba : ces matières ont bel et bien un seuil commun, un tefah sur un tefah, mesure à laquelle chacune peut servir de pièce sur le bat d'un âne et contracter l'impureté du mochav.

La seconde moitié du folio bascule : à Soura on transmettait cette halakha au nom de Rav, à Nehardea on l'attribuait à Chemouel avec Rav en face — quatre tefahim au milieu et quatre coudées sur le côté pour l'un, quatre coudées partout pour l'autre. Le Roch rapporte la divergence des décisionnaires qui en résulte, Rif et Ramban contre Behag.

Trois preuves tirées de planches sont alors soumises aux deux versions, la dernière restant ouverte sur le folio suivant.

Le fil du folio : deux mesures inégales peuvent-elles se combiner ? Rabba achève sa réponse, Abaye l'attaque, la Guemara va chercher une preuve chez les tissus impurs, puis tout bascule sur deux versions rivales Segments 0-1 : Rabba conclut sa réponse aux Sages de la maison de Rav Pour moi, dit Rabba, quatre coudées sont une mesure et en deçà ce n'est pas une mesure : halakha le-Moche mi-Sinaï, sans rapport avec la dofen akouma. Vide et sekhakh passoul n'ayant pas la même mesure, ils ne se combinent pas -- le paradoxe des broches tombe. Mais vous, qui expliquez les quatre tefahim par l'écartement (haflaga) : peu importe alors que l'écart soit fait de passoul seul ou de passoul plus vide. Segments 2-3 : Abaye objecte -- et la petite soukka ? Dans une soukka minimale (sept sur sept tefahim), trois tefahim de passoul invalident aussi : les deux mesures coïncident donc bien quelque part. Rabba : là ce n'est pas une égalité de mesures, c'est simplement qu'il ne reste plus la surface minimale de soukka. Segments 4-7 : la contre-preuve des tissus -- des mesures inégales qui, elles, se combinent Michna de Kelim : tissu 3x3, sac 4x4, cuir 5x5, natte 6x6 -- quatre mesures différentes. Et pourtant la baraita dit qu'ils se combinent. Réponse : la raison est donnée sur place par Rabbi Chimon -- tous sont aptes à l'impureté du moshav, et là leur mesure est la même, un tefah. Un tefah sur un tefah sert de pièce sur le bat de l'âne, là où l'homme s'assoit. C'est ce point commun qui autorise la combinaison, pas une règle générale. La règle de Rabba tient donc : sans mesure commune, pas de combinaison. Segment 8 : la bascule -- Soura contre Nehardea À Soura on transmettait la scène de Rabba et des Sages de la maison de Rav : c'est Rav qui tient quatre tefahim au milieu. À Nehardea on transmettait autrement : c'est Chemouel qui dit quatre tefahim au milieu et quatre coudées sur le côté ; Rav, lui, dit quatre coudées partout. Les deux versions ne peuvent pas être vraies ensemble -- de là naît la divergence des décisionnaires rapportée par le Roch. Segments 9-13 : trois épreuves tirées des planches 1. La planche large de quatre posée sur la soukka est kachère -- difficile pour Chemouel ; on répond : elle était sur le côté. 2. Deux draps se combinent, deux planches non, et Rabbi Meir les égalise -- que veut dire combiner ? Pour quatre coudées sur le côté. 3. Une troisième baraita sur les planches de cèdre ouvre l'épreuve suivante, qui se poursuit sur le folio d'après.
Le fil du folio : de la réponse de Rabba aux deux versions rivales de Soura et Nehardea.
La contre-preuve des quatre matières : quatre mesures, une seule combinaison Michna Kelim 27 : chaque matière a sa propre surface minimale pour contracter l'impureté de midras du zav Beged -- tissu 3 x 3 le plus fin, donc le plus sévère Sak -- sac 4 x 4 poil de chèvre, plus épais Or -- cuir 5 x 5 plus épais encore Mapats -- natte 6 x 6 le plus grossier, donc le plus léger se combinent se combinent se combinent tissu et cuir : mesures trop éloignées -- pas de combinaison (Tossefot) Le sens de la combinaison (Rachi) Le sévère complète le léger : si le sac n'a pas ses quatre, le tissu le complète. Le léger ne complète jamais le sévère. Pourquoi cela ne réfute pas Rabba Ils ont bien une mesure commune : un tefah sur un tefah, seuil unique pour l'impureté du moshav du zav. À quoi sert un tefah sur un tefah ? -- Rech Lakich au nom de Rabbi Yannai À faire une pièce sur le bat de l'âne (mardaat), à l'endroit où l'homme s'assoit : c'est donc un objet utile, et un objet utile devient impur.
La contre-preuve des quatre matières et pourquoi elle ne renverse pas la règle de Rabba.
Soura contre Nehardea : deux versions de la même halakha Même contenu, mais l'attribution change -- et avec elle la raison profonde de la loi Version de Soura (lichna kama) Scène racontée par Rabba : les Sages de la maison de Rav, au nom de Rav, disent -- vide : 3 tefahim ; passoul : 4 tefahim. Rav : passoul au milieu -- 4 tefahim Rabba les combat ; les 4 coudées de la michna ne mesurent pas la gravité du passoul mais la portée de la dofen akouma. Ici la dofen akouma est bien le moteur de la sougya. Version de Nehardea (lichna batra) Rav Yehouda au nom de Chemouel : au milieu 4 tefahim -- sur le côté 4 coudées Rav, en désaccord : au milieu comme sur le côté -- 4 coudées Si Rav dit 4 coudées même au milieu, où la dofen akouma est impensable, alors sa raison est ailleurs. Le point d'accord des deux versions Sur le côté, tout le monde dit quatre coudées. Le désaccord ne porte que sur le milieu de la soukka : 4 tefahim ou 4 coudées. Ce qu'en font les décisionnaires (Roch, siman du folio) Rif et Ramban : comme Chemouel -- au milieu 4 tefahim, car toute la sougya repose sur la dofen akouma. Rambam et R. Yechaya de même. Behag et Baal ha-Ittour : comme Rav -- 4 coudées partout. Divergence entre grands maîtres, donc on va vers la rigueur.
Les deux versions de la halakha et leur portée chez les décisionnaires.
1
מִשּׁוּם שִׁיעוּרָא וְלָאו שִׁיעוּרָא הוּא. הַאי לָאו שִׁיעוּרָא הוּא, כֵּיוָן דְּלָא שָׁווּ שִׁיעוּרַייְהוּ לַהֲדָדֵי — לָא מִצְטָרְפִי.

... parce que c'est une affaire de mesure atteinte ou de mesure non atteinte. Ici, ce n'est pas une mesure : puisque leurs mesures ne sont pas égales entre elles, elles ne se combinent pas.

📜 Rachi (2)
מִשּׁוּם שִׁיעוּרָא וְלָאו שִׁיעוּרָא הוּא דְּאַרְבַּע אַמּוֹת הָווּ שִׁיעוּר לִפְסֹול וּבְפָחוֹת מִכָּאן אֵינוֹ שִׁיעוּר לִפְסֹול וְאֵין הַטַּעַם מִשּׁוּם דֹּופֶן עֲקֻומָּה אֶלָּא כָּךְ שִׁיעוּרוֹ לִפְסֹול הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי כִּשְׁאָר כָּל הַשִּׁיעוּרִין:
Parce que quatre coudées constituent la mesure (chiour) qui invalide, et qu'en deçà ce n'est pas une mesure invalidante. Et la raison n'est pas la dofen akouma (paroi courbée), mais bien que telle est sa mesure invalidante, halakha le-Moche mi-Sinaï, comme toutes les autres mesures.
הַאי לָאו שִׁיעוּרָא הוּא כֵּיוָן דְּלָא שָׁווּ גָּרְסִינַן וְלָא גָּרְסִינַן וְכֵיוָן:
Nous lisons : ha-i lav chioura hou, keivan de-la chavou (ceci n'est pas une mesure, puisqu'elles ne sont pas égales) — et nous ne lisons pas ve-keivan (et puisque).
💡 Explication

Fin de la réponse de Rabba au paradoxe des shefudin (broches) resté ouvert à la fin du folio précédent. Sa thèse : les quatre coudées de sekhakh passoul et les trois tefahim de vide ne sont pas deux degrés d'une même échelle de gravité, ce sont deux mesures indépendantes, chacune reçue comme halakha le-Moche mi-Sinaï.

Conséquence immédiate : elles ne se combinent pas. Combler un petit vide avec des broches n'ajoute donc rien au compte du passoul, et le paradoxe se dissout. Rachi souligne que, pour Rabba, les quatre coudées n'ont rien à voir avec la dofen akouma : c'est simplement le seuil du passoul, comme trois tefahim est le seuil du vide.

La seconde glose de Rachi est une note de guirsa (leçon textuelle) : il fixe la ponctuation de la phrase araméenne, qui change le découpage logique de l'argument.

2
אֶלָּא לְדִידְכוּ דְּאָמְרִיתוּ שִׁיעוּר מִשּׁוּם הַפְלָגָה — מַה לִי אִיתַּפְלַג בִּסְכָךְ פָּסוּל, מַה לִי אִתַּפְלַג בִּסְכָךְ פָּסוּל וַאֲוִיר.

Mais selon vous, qui dites que leur mesure tient à l'écartement (haflaga), quelle différence y a-t-il pour moi que l'écartement soit produit par du sekhakh passoul, ou que l'écartement soit produit par du sekhakh passoul et du vide ?

📜 Rachi (1)
אֶלָּא לְדִידְכוּ דְּאָמְרִיתוּ שִׁיעוּרָא דִּידְהוּ מִשּׁוּם הַפְלָגָה דְּהָא אַרְבָּעָה דְּקָאָמְרִיתוּ לָא תְּנַן לְהוּ בְּמַתְנִיתִין לְעִנְיַן סְכָךְ פָּסוּל וְהָא סְבָרָא מְנָא לְכוּ אַתּוּן הַיְינוּ טַעְמַייְכוּ מִשּׁוּם דִּבְכָל מָקוֹם חֲשׁוּבֵין ד' טְפָחִים לִהְיוֹת מָקוֹם חָשׁוּב לְעַצְמוֹ אַתֶּם אוֹמְרִים שֶׁאַף זֶה מָקוֹם הוּא לְעַצְמוֹ וְחוֹצֵץ בְּסֻוכָּה זוֹ לַעֲשׂוֹתָהּ כִּשְׁתַּיִם וְאֵין דְּפָנוֹת לָהֶם מַה לִי אִיתַּפְלַג כו':
Car les quatre [tefahim] que vous énoncez ne sont pas enseignés dans la michna à propos du sekhakh passoul : d'où tenez-vous ce raisonnement ? Votre raison, à vous, est que partout quatre tefahim sont tenus pour un lieu important en soi ; vous dites que celui-ci aussi est un lieu à part entière, qu'il fait séparation dans cette soukka et la rend comme deux soukkot qui n'auraient pas de parois. Dès lors, quelle différence y a-t-il pour moi que l'écartement, etc.
💡 Explication

Rabba retourne l'argument. Lui n'a pas de problème : deux mesures indépendantes ne s'additionnent pas. Mais les Sages de la maison de Rav, eux, expliquent les quatre tefahim par l'idée d'haflaga (écartement, mise à distance) : quatre tefahim forment partout un makom hachouv, un espace important en soi, qui coupe la soukka en deux et empêche les parois de servir au sekhakh central.

Or si le problème est l'écart lui-même, peu importe de quoi il est fait : passoul seul, ou passoul plus vide. Le paradoxe des broches se retourne donc contre eux, pas contre Rabba. C'est la conclusion du récit que Rabba faisait de sa joute avec eux.

3
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: וּלְמַר נָמֵי, נְהִי דְּלָא שָׁווּ שִׁיעוּרַייְהוּ בְּסֻוכָּה גְּדוֹלָה, בְּסֻוכָּה קְטַנָּה מִי לָא שָׁווּ שִׁיעוּרַיְיהוּ?

Abaye lui dit : et selon le Maître aussi ! Admettons que leurs mesures ne soient pas égales dans une grande soukka ; dans une petite soukka, leurs mesures ne sont-elles pas égales ?

📜 Rachi (2)
בְּסֻוכָּה קְטַנָּה שֶׁשִּׁיעוּרָהּ מְצֻומְצָם:
Dont la mesure est exactement au minimum.
מִי לָא שָׁווּ שִׁיעוּרַיְיהוּ עַל כָּרְחָךְ אֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה פְּסוּלָה בַּג' טְפָחִים דְּכֵיוָן דִּנְפַק מִתּוֹרַת לָבוּד חֲשִׁיב לְבִצּוּרֶיהָ לְשִׁיעוּרֵיהּ דְּסֻוכָּה וְכֵיוָן דְּשָׁווּ שִׁיעוּרַייְהוּ לְעִנְיַן שׁוּם סֻוכָּה לִיצְטָרְפִי:
Nécessairement, l'une comme l'autre l'invalident à trois tefahim : dès lors que cela sort de la règle du lavoud (jonction fictive de moins de trois tefahim), c'est tenu pour amputant la mesure de la soukka. Et puisque leurs mesures coïncident, ne serait-ce que pour une soukka donnée, qu'elles se combinent !
💡 Explication

Abaye attaque la thèse de Rabba sur son point le plus fragile : l'affirmation que les deux mesures ne coïncident jamais. Dans une soukka minimale (sept tefahim sur sept), trois tefahim de sekhakh passoul l'invalident aussi bien que trois tefahim de vide — sinon on admettrait une soukka majoritairement couverte de matière invalide.

Rachi précise le mécanisme : en deçà de trois tefahim joue le lavoud, qui rapproche fictivement les bords et neutralise l'interruption ; à partir de trois tefahim, le lavoud cesse et la surface est réellement amputée. Si les deux mesures coïncident quelque part, la règle de Rabba (pas de mesure commune, donc pas de combinaison) perd son fondement.

🖼️ Schéma
Pourquoi trois tefahim invalident une petite soukka -- sans que les mesures soient égales Grande soukka passoul sekhakh kacher : largement suffisant Le passoul doit atteindre sa propre mesure pour invalider. Petite soukka : 7 x 7 tefahim 3 tefahim reste moins de 7 x 7 Elle est passoul, mais pas parce que le passoul a atteint sa mesure. Abaye contre Rabba -- et la réponse Abaye : dans la petite soukka, vide et passoul invalident tous deux à trois tefahim ; leurs mesures coïncident donc. Rabba : ce n'est pas une égalité de mesures invalidantes ; c'est qu'il ne reste plus la surface minimale de soukka. La cause est ailleurs.
Grande soukka contre petite soukka : où les deux seuils semblent se rejoindre, et pourquoi ce n'est qu'une apparence.
4
אֲמַר לֵיהּ: הָתָם לָאו מִשּׁוּם דְּשָׁווּ שִׁיעוּרַייְהוּ לַהֲדָדֵי הוּא, אֶלָּא מִשּׁוּם דְּלֵיתֵיהּ לְשִׁיעוּרָא דְסֻוכָּה הוּא.

Il lui dit : là-bas, ce n'est pas parce que leurs mesures sont égales entre elles, mais parce que la mesure [minimale] de la soukka fait défaut.

📜 Rachi (1)
א"ל הָתָם דִּשְׁנֵיהֶם פּוֹסְלִין בָּהּ בַּג' לֹא מִשּׁוּם דְּשָׁוֶה שִׁיעוּרָן לִפְסֹול אֶלָּא מִשּׁוּם דְּלֵיתֵיהּ לְשִׁיעוּרָא דְסֻוכָּה:
Là-bas, où l'un et l'autre l'invalident à trois : ce n'est pas parce que leur mesure invalidante coïncide, mais parce qu'il manque la mesure [minimale] de la soukka.
💡 Explication

Réponse de Rabba, très nette. Dans la petite soukka, ce ne sont pas les seuils du passoul ou du vide qui opèrent : c'est une cause tierce. Ce qui invalide, c'est qu'il ne reste plus sept tefahim sur sept de surface valide.

Autrement dit : trois tefahim de passoul n'invalident pas en tant que passoul, ils invalident en tant qu'ils rongent l'espace minimal. La coïncidence numérique est donc accidentelle, et la thèse de Rabba tient : deux mesures qui ne se rejoignent jamais en tant que mesures ne se combinent pas.

5
וְכָל הֵיכָא דְּלָא שָׁווּ שִׁיעוּרַייְהוּ לַהֲדָדֵי לָא מִצְטָרְפִי? וְהִתְנָן: הַבֶּגֶד שְׁלֹשָׁה עַל שְׁלֹשָׁה, הַשַּׂק אַרְבָּעָה עַל אַרְבָּעָה, הָעוֹר חֲמִשָּׁה עַל חֲמִשָּׁה, מַפָּץ שִׁשָּׁה עַל שִׁשָּׁה.

Et partout où leurs mesures ne sont pas égales, elles ne se combineraient pas ? Mais n'avons-nous pas appris [dans une michna] : le tissu (beged), trois sur trois ; le sac (sak), quatre sur quatre ; le cuir (or), cinq sur cinq ; la natte (mapats), six sur six ?

📜 Rachi (1)
הַבֶּגֶד ג' עַל ג' טְפָחִים אִם ייִחֲדוֹ לְמִשְׁכָּב הַזָּב מְטַמֵּא לֵיעָשׂוֹת אַב הַטֻּומְאָה בְּמִשְׁכָּב הַזָּב אוֹ בְּמִדְרָסוֹ:
Trois tefahim sur trois : s'il l'a désigné pour la couche du zav, il devient impur au point de devenir av ha-toum'a (source principale d'impureté) par le michkav du zav ou par son midras (impureté par pression du corps).
🗂️ Tossefot (1)
הַבֶּגֶד ג' עַל ג'. מִשְׁנָה הִיא בְּמַסֶּכֶת כֵּלִים פֶּרֶק כ"ז [מ"ב] וְהָכִי מִיתַּנְיָא הַבֶּגֶד מְטַמֵּא מִשּׁוּם ג' עַל ג' לְמִדְרָס וּמִשּׁוּם ג' עַל ג' לְטַמֵּא מֵת הַשַּׂק אַרְבָּעָה עַל אַרְבָּעָה וְהָעוֹר חֲמִשָּׁה עַל חֲמִשָּׁה וּמַפָּץ שִׁשָּׁה עַל שִׁשָּׁה שָׁוִין לְמִדְרָס וְלִטְמֵא מֵת וְהַשְׁתָּא הַבֶּגֶד ג' אֶצְבָּעוֹת עַל ג' אֶצְבָּעוֹת לְטַמֵּא מֵת דְּמִרַבֵּינַן לָהּ פֶּרֶק בַּמֶּה מַדְלִיקִין (שַׁבָּת דַּף כו:) מִדִּכְתִיב וְהַבֶּגֶד דַּחֲזֵי לַעֲנִיִּים אֲבָל מִדְרָס תָּלוּי בְּמִידֵּי דַּחֲזֵי לִישִׁיבָה וּבְפָחוֹת מג' טְפָחִים עַל ג' טְפָחִים לָא חֲזִי אֲבָל שַׂק וְעוֹר וּמַפָּץ שָׁוִין לְמִדְרָס וְלִטְמֵא מֵת:
C'est une michna du traité Kelim, chapitre 27 [michna 2], et voici comment elle s'enseigne : le tissu contracte l'impureté à partir de trois sur trois pour le midras, et à partir de trois sur trois [doigts] pour l'impureté du mort ; le sac, quatre sur quatre ; le cuir, cinq sur cinq ; la natte, six sur six — ces trois-là ayant la même mesure pour le midras et pour l'impureté du mort. Et voici : le tissu, trois doigts sur trois doigts pour l'impureté du mort, mesure que nous dérivons au chapitre Bame madlikin (Chabbat 26b) du verset ve-ha-beged, car un tel morceau est encore utile aux pauvres ; tandis que le midras dépend de ce qui est apte à s'asseoir dessus, et en deçà de trois tefahim sur trois tefahim cela n'y est pas apte. Mais le sac, le cuir et la natte ont la même mesure pour le midras et pour l'impureté du mort.
💡 Explication

La Guemara teste la règle de Rabba par un contre-exemple pris à un tout autre domaine : les impuretés rituelles. La michna de Kelim fixe pour chaque matière une surface minimale différente, en fonction de sa grossièreté : plus la matière est fine, plus petit est le fragment encore utile, donc plus sévère la règle.

Le midras est l'impureté que le zav transmet par la pression de son corps à un objet fait pour s'asseoir ou se coucher dessus ; l'objet devient alors av ha-toum'a, source principale d'impureté. Tossefot ajoute une distinction essentielle : pour le tissu, la mesure de trois se compte en doigts pour l'impureté du mort, mais en tefahim pour le midras — car pour s'asseoir dessus il faut plus grand.

6
וְתָנֵי עֲלָהּ: הַבֶּגֶד וְהַשַּׂק, הַשַּׂק וְהָעוֹר, הָעוֹר וְהַמַּפָּץ — מִצְטָרְפִין זֶה עִם זֶה.

Et l'on a enseigné à ce sujet : le tissu et le sac, le sac et le cuir, le cuir et la natte se combinent l'un avec l'autre.

📜 Rachi (4)
הַבֶּגֶד וְהַשַּׂק הוֹאִיל וּמַמָּשָׁן קָרוֹב לִהְיוֹת שָׁוֶה:
Puisque leur consistance est proche d'être égale.
מִצְטָרְפִין לְהַשְׁלִים אֶת הַקַּל שֶׁאִם אֵין בַּשַּׂק ד' הַבֶּגֶד שֶׁהוּא חָמוּר מַשְׁלִימוֹ אֲבָל הַשַּׂק אֵינוֹ מַשְׁלִים הַבֶּגֶד הֶחָמוּר:
Pour compléter le plus léger : si le sac n'a pas ses quatre, le tissu, qui est plus sévère, le complète ; mais le sac ne complète pas le tissu, qui est plus sévère.
שַׂק מִנּוֹצָה שֶׁל עִזִּים עָשׂוּי וְהוּא עָב יוֹתֵר מִן הַבֶּגֶד וְאֵינוֹ מַגִּיעַ לְעָובְיוֹ שֶׁל עוֹר:
Il est fait de poil de chèvre ; il est plus épais que le tissu et n'atteint pas l'épaisseur du cuir.
וְכֵן הַשַּׂק וְהָעוֹר מִצְטָרְפִין לְהַשְׁלִים שַׂק אֶת שִׁיעוּר הָעוֹר:
Pour que le sac complète la mesure du cuir.
🗂️ Tossefot (1)
וְתָנֵי עֲלַהּ הַבֶּגֶד וְהַשַּׂק וְהָעוֹר וְהַמַּפָּץ מִצְטָרְפִין זֶה עִם זֶה. מִשְׁנָה הִיא פֶּרֶק קָדְשֵׁי מִזְבֵּחַ בְּמַסֶּכֶת מְעִילָה (דַּף יח.) וְקָתָנֵי סֵיפָא א"ר שִׁמְעוֹן מ"ט מִפְּנֵי שֶׁהֵן רְאוּיִין לִיטָּמֵא בְּמוֹשָׁב וְהָכִי תְּנַן בִּמְעִילָה הַבֶּגֶד וְהַשַּׂק הַשַּׂק וְהָעוֹר הָעוֹר וְהַמַּפָּץ מִצְטָרְפִין דַּוְוקָא כַּסֵּדֶר הַזֶּה לְפִי שֶׁשִּׁיעוּרָן קְרוֹבִין זֶה לָזֶה אֲבָל בֶּגֶד וְעוֹר אוֹ שַׂק וּמַפָּץ דְּשִׁיעוּרָן רְחוֹקִים זֶה מִזֶּה אֵין מִצְטָרְפִין וְדַוְקָא חָמוּר מִצְטָרֵף לְקַל וְלֹא קַל לְחָמוּר כְּדִתְנַן הָתָם בְּמַסֶּכֶת כֵּלִים (פכ"ז מ"ג) הָיָה עוֹשֶׂה ב' מִן הַבֶּגֶד וְאֶחָד מִן הַשַּׂק שְׁלֹשָׁה מִן הַשַּׂק וְאֶחָד מִן הָעוֹר אַרְבָּעָה מִן הָעוֹר וְאֶחָד מִן הַמַּפָּץ טָהוֹר חֲמִשָּׁה מִן הַמַּפָּץ וְאֶחָד מִן הָעוֹר אַרְבָּעָה מִן הָעוֹר וְאֶחָד מִן הַשַּׂק ג' מִן הַשַּׂק וְאֶחָד מִן הַבֶּגֶד טָמֵא זֶה הַכְּלָל כֹּל שֶׁחִיבֵּר לוֹ מִן הֶחָמוּר מִמֶּנּוּ טָמֵא מִן הַקַּל מִמֶּנּוּ טָהוֹר וּמִתּוֹךְ הַכְּלָל דַּאֲתָא לְרַבּוֹיֵי מַשְׁמַע דְּלָאו דַּוְקָא קָתָנֵי מַתְנִיתִין דְּמִצְטָרְפִין כַּסֵּדֶר הַזֶּה:
C'est une michna du chapitre Kodchei mizbeah, dans le traité Meila (18a), et la fin y enseigne : Rabbi Chimon a dit, quelle en est la raison ? Parce qu'ils sont aptes à contracter l'impureté du mochav (siège). Et voici ce que nous avons appris dans Meila : le tissu et le sac, le sac et le cuir, le cuir et la natte se combinent — précisément dans cet ordre, parce que leurs mesures sont proches les unes des autres ; mais le tissu et le cuir, ou le sac et la natte, dont les mesures sont éloignées l'une de l'autre, ne se combinent pas. Et c'est précisément le plus sévère qui se combine au plus léger, et non le plus léger au plus sévère, comme nous l'avons appris là-bas dans Kelim (27, 3) : s'il faisait deux [parts] de tissu et une de sac, trois de sac et une de cuir, quatre de cuir et une de natte — c'est pur ; cinq de natte et une de cuir, quatre de cuir et une de sac, trois de sac et une de tissu — c'est impur. Telle est la règle : tout ce à quoi il a joint du plus sévère que lui est impur, du plus léger que lui est pur. Et du fait que cette règle générale vient inclure des cas, il ressort que la michna n'enseigne pas de manière exclusive qu'ils se combinent dans cet ordre-là.
💡 Explication

Voilà l'objection dans toute sa force : quatre matières aux mesures différentes — trois, quatre, cinq, six — et pourtant la baraita dit qu'elles se combinent. Si des mesures inégales se combinent ici, pourquoi pas le vide et le sekhakh passoul dans la soukka ?

Rachi précise le sens de cette combinaison : elle est à sens unique. Le matériau le plus sévère (celui dont la mesure minimale est la plus petite) peut compléter la mesure du plus léger, jamais l'inverse. Tossefot ajoute qu'elle n'est possible qu'entre matières voisines dans l'échelle, puis nuance : la règle générale de Kelim montre que l'ordre énoncé n'est pas limitatif.

7
הָתָם כִּדְקָתָנֵי טַעְמָא, אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן: מַה טַעַם — הוֹאִיל וְרָאוּי לְטַמֵּא מוֹשָׁב. כְּדִתְנַן: הַמְקַצֵּעַ מִכֻּולָּן טֶפַח עַל טֶפַח — טָמֵא.

Là-bas, c'est comme la raison qui y est enseignée : Rabbi Chimon a dit : quelle en est la raison ? Puisque cela est apte à contracter l'impureté du mochav (siège).

Comme nous avons appris : celui qui taille de l'un quelconque d'entre eux un tefah sur un tefah — c'est impur.

📜 Rachi (2)
מַה טַעַם מִצְטָרְפִין הוֹאִיל וּרְאוּיִין בְּשִׁיעוּר אֶחָד לִטְמֵא מוֹשָׁב הַזָּב:
Quelle est la raison pour laquelle ils se combinent ? Puisqu'ils sont aptes, dans une seule et même mesure, à contracter l'impureté du mochav du zav.
כְּדִתְנַן הַמְקַצֵּעַ מִכֻּולָּן מֵאֶחָד מִכָּל אֵלּוּ קִיצַּע טֶפַח עַל טֶפַח מְקַצֵּעַ שֶׁמַּשְׁוֵיהוּ סָבִיב סָבִיב בְּאִזְמֵל וּמְתַקְּנוֹ יָפֶה אֲפִילּוּ אֵין בּוֹ אֶלָּא טֶפַח עַל טֶפַח טָמֵא כְּדִמְפָרֵשׁ:
De l'un quelconque de ces matériaux il a taillé un tefah sur un tefah. Metsakea signifie qu'il l'égalise tout autour à la lame et le façonne proprement ; même s'il n'y a là qu'un tefah sur un tefah, c'est impur, comme il l'explique.
🗂️ Tossefot (1)
כְּדִתְנַן הַמְקַצֵּעַ מִכֻּולָּן טֶפַח. מִשְׁנָה הִיא הָתָם בְּמַסֶּכֶת כֵּלִים (ג"ז שָׁם מ"ד) דְּמֵאֵיזֶה מֵהֶם שֶׁיְּקַצֵּעַ טֶפַח וְיַעֲשֶׂנּוּ טְלַאי לְמַרְדַּעַת שֶׁל חֲמוֹר טָמֵא וה"ה דַּהֲוָה מָצֵי לְמֵימַר הוֹאִיל וְשָׁוִין לְכִי הַאי דְּתַנְיָא בְּמַסֶּכֶת מְעִילָה בְּסוֹף פ' קָדְשֵׁי מִזְבֵּחַ (מְעִילָה דַּף יח.) קִיצַּע מִכֻּולָּן וְעָשָׂה מֵהֶן בֶּגֶד לְמִשְׁכָּב שָׁלֹשׁ לְמוֹשָׁב טֶפַח לַאֲחִיזָה כָּל שֶׁהוּא כְּלוֹמַר לַעֲשׂוֹת טְלַאי לְמִשְׁכָּב כְּגוֹן לְכַר אוֹ לְכֶסֶת אוֹ לִשְׁאָר דְּבָרִים הַמְיֻוחָדִים לְמִשְׁכָּב שִׁיעוּר הַטְּלַאי ג' טְפָחִים דֻּומְיָא דִּלְמוֹשָׁב טֶפַח דְּהַייְנוּ לַעֲשׂוֹת טְלַאי לְמוֹשָׁב כְּגוֹן לְמַרְדַּעַת שֶׁל חֲמוֹר כִּדְמוֹכַח הָכָא וְכֵן הַהִיא דְּתַנְיָא בַּתּוֹסֶפְתָּא הַמְקַצֵּעַ לְמִשְׁכָּב אֵין פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה וּלְמוֹשָׁב טֶפַח וּלְמַעֲמָד כָּל שֶׁהוּא וְאוֹתוֹ מַעֲמָד הַיְינוּ אֲחִיזָה דִּמְעִילָה וְהָתָם מְפָרֵשׁ מַאי לַאֲחִיזָה אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ שֶׁכֵּן עוֹמֵד וְנַוְולָא בְּמַתְנִיתָא תָּנָא הוֹאִיל וְרָאוּי לְקוֹצְצֵי תְאֵנִים וּפֵירֵשׁ בֶּעָרוּךְ רָאוּי אוֹתוֹ מַשֶּׁהוּ לְאוֹרְגִים כְּשֶׁהֵן מַחֲלִיקִין אֶת הַמִּטּוֹת שֶׁל אֲרִיגָה בְּסֻובִּין אוֹ בְּשׁוּם דָּבָר כְּדֵי לְחַזֵּק כּוֹרֵךְ מַשֶּׁהוּ בֶּגֶד עַל אֶצְבַּע וּמַחֲלִיק אֶת הַטְּוִי וְאוֹתוֹ סְמַרְטוּט שֶׁעַל אֶצְבָּעוֹ מְשַׁמֵּר אֶצְבָּעוֹ שֶׁאֵין הַחוּט מְחַתְּכוֹ וְאוֹתוֹ שֶׁכּוֹרֵךְ בְּאֶצְבָּעוֹ קָרוּי נַוְולָא וְרָאוּי נָמֵי לְקוֹצְצֵי תְּאֵנִים אוֹתָן שֶׁמְּבַקְּעִין אֶת הַתְּאֵנִים וּמוֹלְחִין אוֹתָן כּוֹרְכִין מַשֶּׁהוּ עַל אֶצְבָּעָן שֶׁלֹּא יִדְבַּק בְּשֻׁומַּן הַתְּאֵנִים:
C'est une michna là-bas dans le traité Kelim (au même endroit, michna 4) : de l'une quelconque de ces matières, s'il en taille un tefah et en fait une pièce pour le bat d'un âne, c'est impur. Et l'on aurait tout aussi bien pu dire puisqu'ils sont égaux à propos de ce qui est enseigné dans le traité Meila, à la fin du chapitre Kodchei mizbeah (Meila 18a) : il a taillé de chacune d'elles et en a fait un tissu — pour le michkav (couche) trois, pour le mochav (siège) un tefah, pour la prise n'importe quelle taille. C'est-à-dire : faire une pièce pour un michkav, par exemple pour un coussin, un matelas ou d'autres objets destinés à s'y coucher, demande une pièce de trois tefahim, sur le modèle de pour le mochav un tefah, c'est-à-dire faire une pièce pour un siège, comme le bat d'un âne, ainsi qu'il ressort de notre passage. De même ce qui est enseigné dans la Tossefta : celui qui taille pour un michkav, pas moins de trois ; pour un mochav, un tefah ; pour un maamad, n'importe quelle taille — et ce maamad est la prise (ahiza) de Meila. Et là-bas on explique : qu'est-ce que pour la prise ? Rech Lakich a dit : parce que cela sert de navla ; dans une baraita on a enseigné : puisque c'est utile à ceux qui coupent les figues. Et le Aroukh a expliqué : ce tout petit morceau est utile aux tisserands — quand ils lissent les fils du tissage avec du son ou autre chose pour les renforcer, on enroule un petit morceau de tissu autour du doigt et l'on lisse le fil filé ; ce chiffon sur le doigt protège le doigt pour que le fil ne l'entaille pas, et ce qu'on enroule ainsi autour du doigt s'appelle navla. Et c'est utile aussi à ceux qui coupent les figues : ceux qui fendent les figues et les salent enroulent un petit morceau autour de leur doigt pour qu'il ne colle pas au suc gras des figues.
💡 Explication

La réponse. L'objection tombe parce que la baraita donne elle-même sa raison : ce n'est pas un principe général de combinaison, c'est un point commun précis. Toutes ces matières partagent une seule et même mesure — un tefah sur un tefah — pour l'impureté du mochav, le siège sur lequel le zav s'assoit.

C'est donc l'inverse d'un contre-exemple : la combinaison n'est possible que là où il existe un seuil commun. La règle de Rabba en sort confirmée — sans mesure commune, pas de combinaison. Metsakea désigne le fait de tailler et d'ourler proprement le morceau : c'est ce travail de finition qui en fait un objet utile, donc susceptible d'impureté.

8
טֶפַח עַל טֶפַח לְמַאי חֲזֵי? וְאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ מִשּׁוּם רַבִּי יַנַּאי: הוֹאִיל וְרָאוּי (לִיטְלוֹ) עַל גַּבֵּי הַחֲמוֹר.

Un tefah sur un tefah, à quoi cela est-il apte ? Rabbi Chimon ben Lakich a dit au nom de Rabbi Yannai : puisque c'est apte à être posé sur [le bat de] l'âne.

📜 Rachi (1)
הוֹאִיל וְרָאוּי לִיטְלוֹ לַעֲשׂוֹתוֹ טְלַאי ע"ג מַרְדַּעַת הַחֲמוֹר כְּנֶגֶד בֵּית מוֹשָׁב הָאָדָם וְכֵיוָן דְּשָׁווּ שִׁיעוּרַייְהוּ בְּאֶחָד מִטֻּומְאוֹת הַזָּב לֵיעָשׂוֹת אַב הַטֻּומְאָה מִצְטָרְפִין אַף לְמִדְרָס וְיֵשׁ מְפָרְשִׁים הַמְקַצֵּעַ מִכֻּולָּן יַחַד שֶׁחִיבֵּר קִיצּוּעֵיהֶן שֶׁקִּיצֵּץ כָּל הַמִּינִין וְעָשָׂה מֵהֶן טֶפַח עַל טֶפַח וּתְפָרָן יַחַד וְהָרִאשׁוֹן נִרְאֶה לִי:
Puisque c'est apte à être pris pour en faire une pièce sur le bat de l'âne (mardaat), à l'endroit où l'homme s'assoit. Et puisque leurs mesures coïncident pour l'une des impuretés du zav — à savoir devenir av ha-toum'a — elles se combinent aussi pour le midras. Certains expliquent metsakea mi-koulan comme signifiant ensemble : il a réuni les découpes, ayant taillé toutes les espèces et en ayant fait un tefah sur un tefah cousu ensemble ; mais la première explication me paraît juste.
💡 Explication

Dernière pierre de l'édifice : pour qu'un objet contracte l'impureté, il faut qu'il ait un usage. Un carré d'un tefah semble trop petit — d'où la question. Réponse : il sert de pièce rapportée sur le mardaat, la couverture de bat de l'âne, précisément à l'endroit où le cavalier pose son assise. D'où son aptitude à l'impureté du mochav.

Rachi tire ensuite la conclusion logique de toute la digression : c'est parce que ce seuil d'un tefah leur est commun qu'elles se combinent aussi pour le midras. Il rapporte enfin une lecture concurrente — on aurait cousu ensemble des morceaux de chaque matière — et la rejette.

9
בְּסוּרָא אָמְרִי לְהָא שְׁמַעְתָּא בְּהַאי לִישָּׁנָא. בִּנְהַרְדְּעָא מַתְנוּ: אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: סְכָךְ פָּסוּל בְּאֶמְצַע — פּוֹסֵל בְּאַרְבָּעָה. מִן הַצַּד — פּוֹסֵל בְּאַרְבַּע אַמּוֹת. וְרַב אָמַר: בֵּין מִן הַצַּד בֵּין בָּאֶמְצַע — בְּאַרְבַּע אַמּוֹת.

À Soura, on énonçait cet enseignement dans cette formulation. À Nehardea, on enseignait : Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel : le sekhakh passoul au milieu invalide à quatre [tefahim] ; sur le côté, il invalide à quatre coudées.

Et Rav dit : aussi bien sur le côté qu'au milieu, à quatre coudées.

📜 Rachi (6)
בְּסוּרָא מַתְנוּ לְהָא שְׁמַעְתָּא דְּרַב דְּאָמַר סְכָךְ פָּסוּל פּוֹסֵל בַּד' בְּאֶמְצַע:
À Soura on enseignait cet enseignement — celui de Rav, qui dit que le sekhakh passoul invalide à quatre au milieu.
בְּהַאי לִישָּׁנָא דְּאָמַר לְעֵיל דְּאַשְׁכְּחִינְהוּ רַבָּה לְרַבָּנַן דְּבֵי רַב דְּיָתְבִי וְקָאָמְרִי לָהּ:
Dans cette formulation — celle qui a été rapportée plus haut : Rabba trouva les Sages de la maison de Rav assis et en train de l'énoncer.
בִּנְהַרְדְּעָא מַתְנוּ דְּלָא אֲמָרָהּ רַב אֶלָּא שְׁמוּאֵל וְרַב פְּלִיג עֲלָהּ:
À Nehardea on enseignait — que ce n'est pas Rav qui l'a dit, mais Chemouel, et que Rav est en désaccord avec elle.
בָּאֶמְצַע בְּאַרְבָּעָה דְּמָקוֹם חָשׁוּב הוּא לְהַפְלִיג וְלַחוּץ שֶׁאֵין הַדְּפָנוֹת מוֹעִילוֹת שׁוּב זוֹ לְזוֹ וְנִרְאוֹת כִּשְׁתֵּי סֻוכּוֹת:
Au milieu, à quatre — car c'est un lieu important, qui écarte et fait séparation, de sorte que les parois ne se servent plus l'une l'autre et que l'on voit comme deux soukkot.
מִן הַצַּד בְּאַרְבַּע אַמּוֹת אֲבָל פָּחוֹת מִכָּאן כְּשֵׁרָה דִּמְסַלְּקִינַן לְהוּ בְּפָחוֹת מִכָּאן בַּעֲקִימַת דֹּופֶן וּבִלְבַד שֶׁיִּשְׁתַּיֵּיר הֶכְשֵׁר סֻוכָּה בְּכָשֵׁר אֲבָל אַרְבַּע אַמּוֹת לָא אִתְּמַר בְּהוּ דֹּופֶן עֲקֻומָּה:
Sur le côté, à quatre coudées — mais en deçà c'est kacher, car en deçà nous les écartons par la courbure de la paroi (dofen akouma), à condition qu'il reste la mesure valide de soukka en sekhakh valide ; mais pour quatre coudées, la dofen akouma n'a pas été énoncée.
וְרַב אָמַר בֵּין בְּאֶמְצַע כו' שֶׁזֶּהוּ שִׁיעוּרוֹ לִפְסֹול:
Et Rav dit : aussi bien au milieu, etc. — car telle est sa mesure invalidante.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' אֲמַר רָבָא אַשְׁכַּחְתִּינְהוּ לְרַבָּנַן דְּבֵי רַב דְּיָתְבִי וְקָאָמְרִי מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב אֲוִיר פּוֹסֵל בַּג' סְכָךְ פָּסוּל פּוֹסֵל בַּד' וְאָמֵינָא לְהוּ אֲנָא וְכוּ' בְּסוּרָא מַתְנוּ הָכִי בִּנְהַרְדְּעָא מַתְנוּ הָכִי אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל סְכָךְ פָּסוּל בָּאֶמְצַע בַּד' מִן הַצַּד בַּד' אַמּוֹת וְרַב אָמַר בֵּין בָּאֶמְצַע בֵּין מִן הַצַּד בְּד' אַמּוֹת כָּתַב בַּעַל הָעִיטּוּר אִיכָּא פְּלֻוגְתָּא בֵּינֵי רַבְּווָתָא הָרַב אַלְפָסִי זַ"ל פָּסַק כִּשְׁמוּאֵל דְּהָא רַבָּנָן דְּבֵי רַב כְּוָותֵיהּ סְבִירָא לְהוּ. וּבַעַל הֲלָכוֹת פָּסַק כְּרַב כְּלִישָּׁנָא בָּתְרָאָה. וִירוּשַׁלְמִי הֲלָכָה י' מְסַיַּיע לֵיהּ דְּתָנֵי ר' חַייָּא אֲוִיר פּוֹסֵל בַּג' סְכָךְ פָּסוּל אֵינוֹ פּוֹסֵל אֶלָּא בְּד' אַמּוֹת וּמִסְתַּבְּרָא כְּוָותֵיהּ דְּהָא רַבָּנַן דְּלָאו סִיַּיעְתֵּיהּ הִיא דְּהָא אִי לִישָּׁנָא בָתְרָא אִיתָא קַמָּא לֵיתָא דִּתְרֵי לִישָּׁנֵי נִינְהוּ וְהִלְכָּךְ מְסַפְּקָא לָן אִי כְּסוּרָא אִי כִּנְהַרְדְּעָא פְּלֻוגְתָּא דְּרַב וּשְׁמוּאֵל וְהִלְכְתָא כְּרַב דְּבֵין בְּאֶמְצַע וּבֵין מִן הַצַּד בְּד' אַמּוֹת וּמַשְׁמַע דְּכִי הֵיכִי דִּבְהִרְחִיק אֶת הַסִּיכּוּךְ מִן הַדְּפָנוֹת בִּפְסוּל אֲוִיר לֵיכָּא פְּלֻוגְתָּא בֵּין בָּאֶמְצַע בֵּין מִן הַצַּד בִּסְכָךְ פָּסוּל נָמֵי לֵיכָּא פְּלוּגְתָּא וּמִיהוּ פְּלֻוגְתָּא דְּרַבְּווָתָא הִיא וּלְחוּמְרָא. וְהָרַמְבַּ"ן זַ"ל כָּתַב וַאֲנִי אַכְרִיעַ כְּדִבְרֵי הָרַב אַלְפָסִי דִּלְרַב דְּאָמַר בֵּין בָּאֶמְצַע בֵּין מִן הַצַּד בד"א א"כ טַעְמָא לָאו מִשּׁוּם דֹּופֶן עֲקֻומָּה הוּא דְּהָא אֲפִילּוּ בְּאֶמְצַע דְּלֵיכָּא לְמֵימַר דֹּופֶן עֲקֻומָּה הָוֵי נָמֵי שִׁיעוּרָא בְּד' אַמּוֹת וְכִדְאָמַר בַּגְּמָרָא בְּלִישָּׁנָא קַמָּא בַּר מִינַּהּ דְּהַהִיא דְּרַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ מִשּׁוּם דֹּופֶן עֲקֻומָּה נָגְעוּ בָּהּ הִלְכָּךְ כֵּיוָן דִּלְכוּלְּהוּ לִישָּׁנֵי מ"ד בְּאֶמְצַע נָמֵי בְּד' אַמּוֹת לֹא נָגְעוּ בָּהּ מִשּׁוּם דֹּופֶן עֲקֻומָּה הִלְכָּךְ ע"כ הִלְכְתָא כמ"ד בְּאֶמְצַע בַּד' וּמִן הַצַּד בד"א מִשּׁוּם דֹּופֶן עֲקֻומָּה דְּסֻוגְיָא דְּכֻולָּהּ הַגְּמָרָא דְּאָמְרִינַן דֹּופֶן עֲקֻומָּה כִּדְאָמַר בְּרֵישׁ מְכִילְתִּין מַאי קמ"ל דְּאָמַר דֹּופֶן עֲקֻומָּה תְּנֵינָא וְכוּ' וְאָמְרִי' נַמֵּי לְעֵיל (סֻוכָּה דַּף ו:) כִּי גְּמִירִי הִלְכְתָא לְגוּד וּלְלָבוּד וּלְדֹופֶן עֲקֻומָּה וְכֵן פָּסְקוּ הָרַמְבַּ"ן זַ"ל פ"ה מה"ס וה"ר יְשַׁעְיָה זַ"ל דִּבְאֶמְצַע פּוֹסֵל בַּד' וה"מ בְּסֻוכָּה גְּדוֹלָה אֲבָל בְּסֻוכָּה קְטַנָּה בֵּין בָּאֶמְצַע בֵּין מִן הַצַּד ג' טְפָחִים:
Guemara : Rabba a dit — j'ai trouvé les Sages de la maison de Rav assis et disant au nom de Rav : le vide (avir) invalide à trois [tefahim], le sekhakh passoul invalide à quatre ; et moi je leur ai dit, etc. À Soura on enseignait ainsi ; à Nehardea on enseignait ainsi : Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel, le sekhakh passoul au milieu à quatre, sur le côté à quatre coudées ; et Rav dit, aussi bien au milieu que sur le côté, à quatre coudées. Le Baal ha-Ittour a écrit : il y a divergence entre les grands maîtres. Le Rav Alfassi (le Rif), de mémoire bénie, a tranché comme Chemouel, puisque les Sages de la maison de Rav pensent comme lui. Et le Baal Halakhot (le Behag) a tranché comme Rav, selon la dernière version (lichna batra). Et le Yerouchalmi, halakha 10, l'appuie, car Rabbi Hiya enseigne : le vide invalide à trois, le sekhakh passoul n'invalide qu'à quatre coudées. Et il est logique de trancher comme lui, car [l'appui tiré des] Sages [de la maison de Rav] n'en est pas un : en effet, si la dernière version est exacte, la première ne l'est pas — ce sont deux versions [qui s'excluent]. Il nous reste donc un doute : le désaccord de Rav et de Chemouel est-il selon Soura ou selon Nehardea ? Et la halakha est comme Rav — aussi bien au milieu que sur le côté, à quatre coudées. Et il ressort que, de même que pour l'éloignement du sekhakh d'avec les parois par un vide (avir) il n'y a pas de divergence entre le milieu et le côté, de même pour le sekhakh passoul il n'y a pas de divergence. Quoi qu'il en soit, c'est une divergence entre les grands maîtres, et l'on va donc vers la rigueur (le-houmra). Et le Ramban, de mémoire bénie, a écrit : quant à moi, je tranche comme le Rav Alfassi. Car selon Rav, qui dit qu'au milieu comme sur le côté c'est à quatre coudées, la raison ne saurait être la dofen akouma : puisque même au milieu, où il est impossible de parler de dofen akouma, la mesure est aussi de quatre coudées. Ainsi que la Guemara l'a dit dans la première version — bar mina de-hahi, écarte ce cas-là, celui de Rav et de Chemouel, qui tous deux ont visé la dofen akouma. Dès lors, puisque selon toutes les versions celui qui dit qu'au milieu aussi c'est à quatre coudées n'a pas visé la dofen akouma, la halakha doit nécessairement suivre celui qui dit : au milieu à quatre [tefahim] et sur le côté à quatre coudées, au titre de la dofen akouma. Car toute la sougya de la Guemara raisonne par la dofen akouma, comme il est dit au début de notre traité : que vient-il nous apprendre ? Qu'il y a dofen akouma ? Nous l'avons déjà appris, etc. Et nous avons dit également plus haut (Soukka 6b) : ils ont reçu comme halakha [le-Moche mi-Sinaï] le goud, le lavoud et la dofen akouma. Ainsi ont tranché le Rambam (l'édition porte ici Ramban), chapitre 5 des Hilkhot Soukka, et Rabbenou Yechaya, de mémoire bénie : au milieu, cela invalide à quatre [tefahim]. Et cela ne vaut que pour une grande soukka ; mais dans une petite soukka, aussi bien au milieu que sur le côté, trois tefahim [suffisent à invalider].
💡 Explication

Point de bascule du folio. Tout ce qui précède — la joute de Rabba, l'objection d'Abaye, la digression sur les tissus — était la version de Soura. La Guemara annonce maintenant qu'à Nehardea on transmettait la même halakha autrement.

Le contenu est proche, mais l'attribution change du tout au tout : à Nehardea, c'est Chemouel qui distingue le milieu (quatre tefahim) du côté (quatre coudées), et Rav qui s'y oppose en tenant quatre coudées partout. Rachi explique l'enjeu de chaque position : quatre tefahim au milieu, parce que c'est un makom hachouv qui coupe la soukka en deux ; quatre coudées sur le côté, parce qu'en deçà la dofen akouma requalifie le passoul en paroi repliée.

Le Roch expose ici toute la divergence des décisionnaires qui en découle : Rif et Ramban tranchent comme Chemouel — car sinon la dofen akouma, principe structurant de tout le traité, n'aurait plus de rôle ; Behag tranche comme Rav. Divergence entre grands maîtres : on va vers la rigueur.

10
תְּנַן: נָתַן עָלֶיהָ נֶסֶר שֶׁהוּא רָחָב אַרְבָּעָה טְפָחִים — כְּשֵׁרָה. בִּשְׁלָמָא לְרַב דְּאָמַר בֵּין בָּאֶמְצַע בֵּין מִן הַצַּד בְּאַרְבַּע אַמּוֹת, מִשּׁוּם הָכִי כְּשֵׁרָה. אֶלָּא לִשְׁמוּאֵל דְּאָמַר בְּאֶמְצַע בְּאַרְבָּעָה — אַמַּאי כְּשֵׁרָה? הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן — מִן הַצַּד.

Nous avons appris [dans une michna] : s'il a posé dessus une planche large de quatre tefahim — elle est kachère. Soit, selon Rav qui dit qu'aussi bien au milieu que sur le côté c'est à quatre coudées, c'est bien pour cela qu'elle est kachère.

Mais selon Chemouel qui dit qu'au milieu c'est à quatre [tefahim], pourquoi serait-elle kachère ? Ici, de quoi traitons-nous ?

D'un cas où elle est sur le côté.

📜 Rachi (1)
תְּנַן נָתַן עָלֶיהָ נֶסֶר כּוּ' קָא סָלְקָא דַעְתָּךְ בְּאֶמְצַע:
Nous avons appris : s'il a posé dessus une planche, etc. — on suppose d'abord qu'il s'agit du milieu.
💡 Explication

Première épreuve de la version de Nehardea. Une michna déclare kachère une soukka sur laquelle on a posé une planche large de quatre tefahim. Pour Rav, aucun problème : le seuil est de quatre coudées partout, et quatre tefahim en sont très loin.

Pour Chemouel, en revanche, quatre tefahim au milieu invalident — la michna devrait donc dire passoul. La réponse est une simple oukimta (restriction du cas) : la michna parle d'une planche posée sur le côté, où même Chemouel exige quatre coudées. La supposition initiale, note Rachi, était qu'il s'agissait du milieu.

11
תָּא שְׁמַע: שְׁנֵי סְדִינִין — מִצְטָרְפִין. שְׁנֵי נְסָרִים — אֵין מִצְטָרְפִין. רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: נְסָרִים כִּסְדִינִין.

Viens et entends : deux draps se combinent ; deux planches ne se combinent pas. Rabbi Meir dit : les planches sont comme les draps.

📜 Rachi (3)
שְׁנֵי סְדִינִין מִצְטָרְפִין לְשִׁיעוּר סְכָךְ פָּסוּל לִפְסֹול הַסֻּוכָּה מִשּׁוּם דָּבָר הַמְקַבֵּל טֻומְאָה:
Deux draps se combinent — pour la mesure de sekhakh passoul qui invalide la soukka, parce qu'il s'agit d'un objet susceptible de contracter l'impureté.
שְׁנֵי נְסָרִים אֵין מִצְטָרְפִין לְפָוסְלָהּ מִשּׁוּם גְּזֵרַת תִּקְרָה שֶׁאֲפִילּוּ כֻּולָּהּ מְסֻוכֶּכֶת בִּנְסָרִים כְּשֵׁרָה רַבִּי יְהוּדָה קָאָמַר לָהּ דְּאִית לֵיהּ מְסַכְּכִין בִּנְסָרִים:
Deux planches ne se combinent pas — pour l'invalider au titre de la guezerat tikra (décret du plafond) ; car même entièrement couverte de planches, elle serait kachère. C'est Rabbi Yehouda qui l'énonce, lui qui tient qu'on peut couvrir avec des planches.
רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר אַף נְסָרִים מִצְטָרְפִין לְשִׁיעוּר סְכָךְ פָּסוּל לְפָוסְלָהּ:
Rabbi Meir dit : les planches aussi — se combinent pour la mesure de sekhakh passoul qui l'invalide.
💡 Explication

Deuxième épreuve. Les draps sont du sekhakh passoul de plein droit : ce sont des objets susceptibles de contracter l'impureté (mekabel toum'a), et une telle matière ne peut jamais couvrir une soukka. Ils se combinent donc pour atteindre la mesure invalidante.

Les planches sont un autre cas : le bois n'est pas invalide en soi, il l'est par la guezerat tikra, le décret qui craint qu'on ne confonde la soukka avec sa maison. Rabbi Yehouda, qui autorise de couvrir avec des planches, dit donc qu'elles ne se combinent pas ; Rabbi Meir les traite comme les draps.

12
בִּשְׁלָמָא לְהָךְ לִישָּׁנָא דְּאָמַר רַב בֵּין בָּאֶמְצַע בֵּין מִן הַצַּד בְּאַרְבַּע אַמּוֹת, מַאי ״מִצְטָרְפִין״ — מִצְטָרְפִין לְאַרְבַּע אַמּוֹת. אֶלָּא לְהָךְ לִישָּׁנָא דְּאָמַר רַב בָּאֶמְצַע בְּאַרְבָּעָה, הֵיכִי דָמֵי? אִי דְּאִית בְּהוּ אַרְבָּעָה, לָמָּה לְהוּ אִצְטְרוֹפֵי? אִי דְּלֵית בְּהוּ אַרְבָּעָה, קָנְיָא בְּעָלְמָא נִינְהוּ?

Soit, selon cette version-là où Rav dit qu'aussi bien au milieu que sur le côté c'est à quatre coudées, que signifie « elles se combinent » ? Elles se combinent pour [atteindre] quatre coudées.

Mais selon cette version-ci où Rav dit qu'au milieu c'est à quatre [tefahim], quel est le cas ? Si elles ont quatre [tefahim], pourquoi auraient-elles besoin de se combiner ?

Et si elles n'ont pas quatre, ce ne sont que de simples roseaux !

📜 Rachi (2)
ה"ג בִּשְׁלָמָא לְהָךְ לִישָּׁנָא דְּאָמַר רַב בֵּין בָּאֶמְצַע בֵּין מִן הַצַּד בְּאַרְבַּע אַמּוֹת מַאי מִצְטָרְפִין כו' דְּקָא סָלְקָא דַעְתָּךְ בָּאֶמְצַע קָאָמַר וּלְרַב אִיבְּעִי לָן לְאוֹקְמָה בִּנְסָרִים שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן ד' כִּדְאוֹקֵי רַב לְעֵיל פְּלֻוגְתַּייְהוּ דְּרַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי מֵאִיר וְרַבִּי מֵאִיר לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר אֵין מְסַכְּכִין בִּנְסָרִים וּמַאי מִצְטָרְפִין דְּקָאָמַר רַבִּי מֵאִיר מִצְטָרְפִין לְאַרְבַּע אַמּוֹת לְשִׁיעוּר סְכָךְ פָּסוּל:
Telle est la leçon : soit, selon cette version où Rav dit qu'aussi bien au milieu que sur le côté c'est à quatre coudées, que signifie elles se combinent, etc. — car on suppose qu'il parle du milieu ; et selon Rav, nous devrions expliquer qu'il s'agit de planches larges de quatre, comme Rav a expliqué plus haut le désaccord de Rabbi Yehouda et de Rabbi Meir. Et Rabbi Meir est fidèle à son principe, lui qui dit qu'on ne couvre pas avec des planches. Et que veut dire elles se combinent, selon Rabbi Meir ? Elles se combinent pour atteindre quatre coudées, la mesure du sekhakh passoul.
אֶלָּא לְהָךְ לִישָּׁנָא דְּאָמַר רַב בָּאֶמְצַע בְּאַרְבָּעָה טְפָחִים כִּדְאַשְׁכְּחִינְהוּ רַבָּה לְרַבָּנָן דְּבֵי רַב דְּאָמְרִי הָכִי הַאי מִצְטָרְפִין דְּרַבִּי מֵאִיר הֵיכִי דָמֵי דְּבָעֵי צֵירוּף אִי דְּאִית בְּהוּ אַרְבָּעָה לָמָּה לְהוּ צֵירוּף וְאִי דְּלֵית בְּהוּ אַרְבָּעָה קִנְיָן בְּעָלְמָא נִינְהוּ דְּהָא רַב הוּא דְּאָמַר בִּשְׁמַעְתָּא דִּלְעֵיל בִּנְסָרִים שֶׁאֵין בָּהֶן אַרְבָּעָה דִּבְרֵי הַכֹּל כְּשֵׁרָה וְלִשְׁמוּאֵל לֵיכָּא לְאוֹתוֹבֵי מִינָּהּ דִּשְׁמוּאֵל לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר בִּנְסָרִים שֶׁאֵין בָּהֶן ד' מַחֲלֹוקֶת וּמוּקִי לְהָא בִּנְסָרִין שֶׁאֵין בָּהֶן אַרְבָּעָה וּמַאי מִצְטָרְפִין מִצְטָרְפִין לְאַרְבָּעָה טְפָחִים דִּלְדִידֵיהּ לֵיכָּא לְמִיפְרַךְ קִנְיָן בְּעָלְמָא נִינְהוּ:
Mais selon cette version où Rav dit qu'au milieu c'est à quatre tefahim — comme lorsque Rabba trouva les Sages de la maison de Rav qui disaient ainsi : ce elles se combinent de Rabbi Meir, quel est le cas qui réclame une combinaison ? Si elles ont quatre, pourquoi une combinaison ? Et si elles n'ont pas quatre, ce ne sont que de simples roseaux — car c'est Rav lui-même qui a dit, dans l'enseignement précédent, que pour des planches n'ayant pas quatre, tous s'accordent qu'elle est kachère. Et de Chemouel on ne peut rien objecter, car Chemouel est fidèle à son principe : il dit que le désaccord porte sur des planches n'ayant pas quatre, et il explique donc notre baraita de planches n'ayant pas quatre ; et que veut dire elles se combinent ? Elles se combinent pour atteindre quatre tefahim — pour lui, on ne peut pas objecter que ce ne sont que de simples roseaux.
💡 Explication

Le cœur logique du passage. La baraita parle de planches qui se combinent : il faut donc trouver un cas où la combinaison ait un sens. Or dans la version qui fixe le seuil à quatre tefahim au milieu, les deux branches échouent.

Si chaque planche fait déjà quatre tefahim, elle invalide seule : la combinaison est inutile. Si chacune fait moins de quatre, ce sont de simples roseaux — Rav a lui-même enseigné que de telles planches sont valides de l'avis de tous, il n'y a donc rien à combiner.

Rachi ajoute une précision décisive : cette objection ne vise que Rav. Chemouel, lui, situe le désaccord de Rabbi Meir et Rabbi Yehouda sur des planches étroites, et lit donc « se combinent » comme : atteindre ensemble quatre tefahim.

🖼️ Schéma
Le dilemme des deux planches : que peut bien vouloir dire se combiner ? Baraita : deux draps se combinent, deux planches non ; Rabbi Meir dit que les planches sont comme les draps Les planches ont-elles 4 tefahim ? oui non Chacune invalide déjà seule Selon la version de Soura (4 tefahim au milieu), à quoi bon parler de combinaison ? Objection non résolue dans ce sens. De simples roseaux Rav lui-même a dit que des planches de moins de quatre sont kachères de l'avis de tous. Rien à combiner non plus. La sortie (segment 12) Il s'agit bien de planches larges de quatre tefahim, et se combiner veut dire : atteindre ensemble quatre coudées, sur le côté. Cette lecture convient aux deux versions -- l'objection tombe sans qu'on ait à trancher entre Soura et Nehardea. Rachi note que pour Chemouel il n'y avait de toute façon pas d'objection : lui place le désaccord sur des planches de moins de quatre.
Les deux branches de l'objection sur les planches, et la sortie proposée au segment suivant.
13
לְעוֹלָם דְּאִית בְּהוּ אַרְבָּעָה, וּמַאי ״מִצְטָרְפִין״ — מִצְטָרְפִין לְאַרְבַּע אַמּוֹת מִן הַצַּד.

En vérité il s'agit de planches qui ont quatre [tefahim], et que signifie « elles se combinent » ? Elles se combinent pour [atteindre] quatre coudées sur le côté.

💡 Explication

La sortie. On garde les planches larges de quatre tefahim, mais on déplace la scène : ce n'est pas du milieu qu'il s'agit, c'est du côté. La combinaison devient alors parfaitement intelligible — deux planches larges s'additionnent pour atteindre les quatre coudées au-delà desquelles la dofen akouma ne joue plus.

Cette lecture a l'avantage d'être neutre : elle convient aux deux versions, et l'objection tombe sans qu'il faille trancher entre Soura et Nehardea.

14
תָּא שְׁמַע: סִכְּכָהּ בִּנְסָרִין שֶׁל אֶרֶז שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן אַרְבָּעָה — דִּבְרֵי הַכֹּל פְּסוּלָה. אֵין בָּהֶן אַרְבָּעָה — רַבִּי מֵאִיר פּוֹסֵל וְרַבִּי יְהוּדָה מַכְשִׁיר.

Viens et entends : s'il a couvert la soukka avec des planches de cèdre qui ont quatre [tefahim] — de l'avis de tous elle est passoul. Si elles n'ont pas quatre — Rabbi Meir l'invalide et Rabbi Yehouda la valide.

💡 Explication

Troisième épreuve, qui ouvre le folio suivant. La baraita distingue deux cas de couverture intégrale en planches de cèdre : larges de quatre tefahim, elles invalident de l'avis de tous ; plus étroites, elles font l'objet du désaccord classique entre Rabbi Meir (invalide) et Rabbi Yehouda (valide).

C'est précisément le point que Rachi avait invoqué au segment 11 : le désaccord des deux Tanaim porte, selon Chemouel, sur des planches étroites. La Guemara va donc peser ce témoignage contre les deux versions — et la discussion se poursuit sur le folio suivant.

🖼️ Schéma
Couvrir toute la soukka de planches de cèdre : la troisième épreuve Planches larges de 4 tefahim Passoul de l'avis de tous Planches de moins de 4 tefahim Rabbi Meir invalide -- guezerat tikra Rabbi Yehouda valide Pourquoi cette baraita est amenée Elle montre que le désaccord de Rabbi Meir et Rabbi Yehouda porte sur des planches étroites -- ce qui pèse sur la lecture du segment 11. La discussion continue sur le folio suivant.
Les planches de cèdre : accord de tous au-dessus de quatre tefahim, désaccord en dessous.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).