Sukkah 18b — Pi tikra yored ve-sotem : la tranche d'un plafond peut-elle tenir lieu de parois ?

Sukkah 18b

Sougya : Amud très court — quatre segments seulement, la page de Vilna étant occupée par l'un des plus longs Tossefot du traité. Le folio poursuit sans interruption la sougya de 18a : on a couvert au-dessus d'une akhsadra, un portique sans montants, et la soukka ainsi formée n'a pour toute paroi que la tranche du plafond du portique.

Abaye la déclare kachère en vertu du principe pi tikra yored ve-sotem — le bord du plafond est réputé descendre à la verticale et fermer l'espace — et Rava l'invalide. Rava pousse alors Abaye dans ses retranchements : si la tranche ferme vraiment, une soukka dont on a abattu la paroi médiane devrait rester kachère ; Abaye concède ce cas, car deux parois parallèles ouvertes aux deux bouts font un mavoi mefoulash, une ruelle traversante.

La Guemara essaie ensuite de ramener cette mahloket à une autre, plus ancienne : celle de Rav et Chmouel sur le transport du Chabbat dans une akhsadra plantée en pleine campagne. C'est là que se greffe le Tossefot géant du folio, qui conteste la version même du texte d'Erouvin sur laquelle Rachi appuie sa lecture et lui oppose celle de Rabbenou Tam et de Rabbenou Hananel.

La réduction n'aboutit qu'à moitié : selon Chmouel, tout le monde s'accorde que la soukka est invalide, et Rachi en donne le kal va-homer — si le pi tikra ne suffit pas là où le plafond sert son propre espace, il ne servira pas davantage un espace qui lui est extérieur. Le désaccord ne peut donc se jouer que sur l'avis de Rav, et c'est par là que s'ouvrira le folio 19a.

Le fil du folio : une soukka qui n'a pour parois que la tranche d'un plafond Amud très court -- quatre segments seulement : la page de Vilna est occupée par un Tossefot immense. Une seule sougya, poursuivie du folio précédent Segment 0 : la mahloket nue -- Abaye contre Rava On a couvert au-dessus d'une akhsadra sans potsimim (portique sans montants). Abaye : kachère, car pi tikra yored ve-sotem -- la tranche du plafond descend et ferme. Rava : passoul, on ne dit pas pi tikra yored ve-sotem. Rachi : pi tikra = l'épaisseur des planches du plafond vue de chant. Selon Abaye elle descend de chaque côté à la fois. Segment 1 : Rava pousse Abaye dans ses retranchements -- et Abaye concède Rava : si la tranche du plafond ferme vraiment, alors une soukka couverte de planches épaisses dont on a abattu la paroi du milieu devrait rester kachère ! Abaye : je te concède ce cas-là. Deux parois parallèles ouvertes aux deux bouts, cela ressemble à un mavoi mefoulash, une ruelle traversante. Rachi : l'air est ouvert en vis-à-vis, la ruelle sert de raccourci au passage du public -- le pi tikra ne tient pas devant une telle percée. Cette concession sera l'arme de Tossefot contre la lecture de Rachi dans Erouvin. Segment 2 : la tentative de réduction -- Abaye et Rava seraient-ils Rav et Chmouel ? Akhsadra en pleine campagne, question de transport le Chabbat. Rav : on transporte partout, pi tikra yored ve-sotem. Chmouel : quatre coudées seulement. Rachi : on nomme la campagne parce que là, loin de toute maison, le portique n'a aucune paroi -- on ne bâtit pas de parois pour une akhsadra. C'est ici que se greffe le Tossefot géant du folio : la version exacte du texte d'Erouvin 94b, Rachi contre Rabbenou Tam et Rabbenou Hananel. Segment 3 : la réduction échoue à moitié -- selon Chmouel, personne ne diverge Selon Chmouel, tout le monde s'accorde : même Abaye admet que la soukka est passoul. La mahloket ne peut donc porter que sur l'avis de Rav. Rachi en donne le kal va-homer : pour Chabbat, le plafond est fait pour l'espace du portique lui-même, et Chmouel refuse déjà. Pour la soukka, le sekhakh est posé hors du portique : les parois virtuelles serviraient un espace qui leur est extérieur. À plus forte raison invalide. La suite -- kikhi peligi aliba de-Rav -- ouvre le folio 19a : Abaye tiendra comme Rav, et Rava distinguera le portique de la soukka.
Le fil des quatre segments : la mahloket Abaye-Rava, l objection et la concession, la tentative de réduction à Rav et Chmouel, et son échec partiel.
La scène, selon Rachi : couvrir la cour en s'appuyant sur le bord du portique Une cour entourée d'une akhsadra. On pose le sekhakh dans l'air de la cour, appuyé sur la lèvre du plafond du portique. D'où viennent les parois de cette soukka ? Vue en coupe mur de la maison plafond de l'akhsadra colonne pi tikra : la tranche paroi virtuelle -- si elle descend et ferme sekhakh posé dans l'air de la cour espace de la soukka (la cour, hors du portique) intérieur du portique Cas 1 : l'akhsadra a des potsimim -- tous d'accord, kachère Des montants dressent la façade du portique comme les meneaux d'une fenêtre. Ecartés de moins de trois tefahim, le lavoud bouche les intervalles : il y a une vraie paroi matérielle. Les parois intérieures du portique, elles, ne servent à rien : le plafond fait plus de quatre coudées, la dofen akouma ne porte pas. Cas 2 : pas de potsimim -- toute la sougya Il ne reste que la tranche du plafond, quelques centimètres d'épaisseur de planches vus de chant. Rien de plus. Abaye : cette tranche est réputée descendre et fermer -- kachère. Rava : elle ne descend pas -- passoul, la soukka n'a pas de paroi. Le débat porte sur une paroi qui n'existe que juridiquement. Pourquoi le principe est-il si fragile ici ? Le pi tikra fabrique une paroi à partir de rien de visible : c'est le bord du plafond qui est réputé prolongé vers le bas jusqu'au sol. Or il faut ici qu'il agisse de chaque côté à la fois -- la soukka de la cour n'a aucune paroi propre -- et pour un espace situé hors du portique. Deux exigences maximales, là où le Chabbat n'en demande souvent qu'une seule. De là toutes les difficultés du folio. Vocabulaire technique du folio akhsadra : portique couvert, ouvert sur une cour ou sur la campagne -- pi tikra : la tranche, la lèvre du plafond, vue de chant yored ve-sotem : descend et ferme -- potsimim : montants verticaux -- lavoud : ce qui est écarté de moins de trois tefahim est réputé joint mavoi mefoulash : ruelle ouverte à ses deux extrémités -- karmelit : domaine intermédiaire, interdit de transport par ordre rabbinique
La scène selon Rachi : une cour entourée d une akhsadra, le sekhakh appuyé sur la lèvre du plafond du portique -- avec ou sans potsimim.
La carte des positions : deux mahlokot que la Guemara essaie de superposer Abaye et Rava sur la soukka ; Rav et Chmouel sur le Chabbat. Sont-ce les mêmes deux camps ? Camp indulgent Abaye -- soukka au-dessus de l'akhsadra : kachère La tranche du plafond descend et ferme, de chaque côté. Rav -- akhsadra en pleine campagne : on transporte partout Elle vaut domaine privé : quatre parois virtuelles. Limite avouée par Abaye : si l'espace est traversant, deux parois parallèles ouvertes aux deux bouts, le pi tikra ne joue plus. Camp sévère Rava -- soukka au-dessus de l'akhsadra : passoul On ne dit pas pi tikra yored ve-sotem. Chmouel -- akhsadra en pleine campagne : quatre coudées Elle reste karmelit : aucune paroi n'est fabriquée. Nuance rapportée par Rachi au nom d'Erouvin 94b : Chmouel n'exclut pas le pi tikra dans tous les cas de figure. Hypothèse de la Guemara : lema Abaye ve-Rava bi-flougta de-Rav ou-Chmouel kamiflegi La lecture serait immédiate : Abaye tient comme Rav, Rava tient comme Chmouel, et la mahloket de la soukka n'est que la retombée d'une mahloket ancienne. Rachi précise ce que l'on croyait d'abord : que Rava admettrait le pi tikra avec une ou deux parois réelles, mais pas de tous les côtés à la fois. Aliba de-Chmouel : kouley alma lo peligi Si l'on suit Chmouel, Abaye lui-même concède que la soukka est passoul. Il n'y a plus de mahloket à expliquer. Règle de sougya donnée par Rachi : quand l'un des deux avis peut tenir hors de toute mahloket et l'autre non, on dit exactement cette formule -- aliba de X, tout le monde s'accorde. Reste donc : kikhi peligi aliba de-Rav (folio 19a) Abaye tiendra comme Rav jusqu'au bout : la tranche descend et ferme dans le portique comme au-dessus de lui. Rava distinguera : là-bas les parois sont faites pour le portique, ici elles ne sont pas faites pour cela. La distinction est déjà celle que Rachi emploie au segment 3.
La carte des positions : les deux camps, l hypothèse de superposition, et le point où elle casse.
1
אָמְרִינַן פִּי תִקְרָה יוֹרֵד וְסוֹתֵם. רָבָא אָמַר פְּסוּלָה — לָא אָמְרִינַן פִּי תִקְרָה יוֹרֵד וְסוֹתֵם.

[Abaye dit qu'elle est kachère —] car nous disons que la tranche du plafond descend et ferme (pi tikra yored ve-sotem). Rava dit : elle est passoul (invalide) — car nous ne disons pas que la tranche du plafond descend et ferme.

📜 Rachi (2)
אָמְרִינַן פִּי תִקְרָה יוֹרֵד וְסוֹתֵם מִכָּל צַד:
Nous disons que la tranche du plafond descend et ferme — de chaque côté.
רָבָא אָמַר פְּסוּלָה לָא אָמְרִינַן פִּי תִקְרָה יוֹרֵד וְסוֹתֵם כְּדִמְפָרֵשׁ טַעְמָא לְקַמָּן פִּי תִּקְרָה עָובְייָן שֶׁל נְסָרִים בְּחֻודָּן וְכֵן עֳובִי רָאשֵׁיהֶן הַכַּלָּה לְצַד סֻוכָּה:
Rava dit : elle est passoul, nous ne disons pas que la tranche du plafond descend et ferme — comme le motif en est expliqué plus loin. La tranche du plafond (pi tikra), c'est l'épaisseur des planches vue de chant, ainsi que l'épaisseur de leur extrémité qui se termine du côté de la soukka.
💡 Explication

Le folio s'ouvre en pleine phrase : il poursuit la sougya commencée à la fin de 18a. La scène, selon Rachi, est celle d'une cour entourée d'une akhsadra — un portique couvert, ouvert sur la cour. On étend le sekhakh dans l'air de la cour et on le fait reposer sur le bord du plafond du portique. Les parois intérieures du portique ne servent à rien, car son plafond mesure plus de quatre coudées et la dofen akouma ne peut pas porter si loin. Si la façade du portique porte des potsimim — des montants espacés de moins de trois tefahim — le lavoud en fait une paroi et tous s'accordent que la soukka est kachère. Toute la sougya porte sur le cas où il n'y en a pas.

Il ne reste alors qu'une chose : la tranche du plafond. Rachi la définit avec précision — non pas la surface du plafond, mais son épaisseur vue de chant, quelques doigts de bois. Le principe du pi tikra yored ve-sotem pose que ce bord est réputé se prolonger à la verticale jusqu'au sol et fermer l'espace, comme une paroi. Abaye l'applique ici, et Rachi ajoute le mot décisif : mi-kol tsad, de chaque côté à la fois. La soukka n'a aucune paroi propre ; c'est le pi tikra qui doit les fournir toutes.

Rava refuse. Il ne conteste pas le principe en soi — il existe et fonctionne ailleurs — mais son application ici ; et Rachi renvoie déjà à la suite du folio pour le motif.

🖼️ Schéma
Qu'est-ce que le pi tikra ? La réponse de Rachi, et les deux avis Pi tikra = l'épaisseur des planches vue de chant, et l'épaisseur de leur extrémité du côté de la soukka Abaye : amrinan pi tikra yored ve-sotem la tranche descend et ferme -- de chaque côté quatre parois juridiques la soukka est kachère Rachi : mi-kol tsad -- de tous les côtés à la fois En rouge : la tranche elle-même, quelques doigts d'épaisseur Rava : lo amrinan pi tikra yored ve-sotem aucune paroi la soukka est passoul Rachi renvoie à la suite : le motif de Rava sera expliqué plus loin La tranche reste ce qu'elle est -- un bord, pas un mur
Le pi tikra selon Rachi, et les deux avis : la tranche descend et ferme de chaque côté, ou bien elle reste un simple bord.
2
אֲמַר לֵיהּ רָבָא: אַבַּיֵּי, לְדִידָךְ דְּאָמְרַתְּ פִּי תִקְרָה יוֹרֵד וְסוֹתֵם, אֲפִילּוּ הִפְחִית דֹּופֶן אֶמְצָעִי! אֲמַר לֵיהּ: מוֹדֵינָא לָךְ בְּהַהִיא, דְּהָוֵה לֵיהּ כְּמָבוֹי הַמְפֻולָּשׁ.

Rava lui dit : Abaye, selon toi qui dis que la tranche du plafond descend et ferme, [la soukka serait kachère] même si l'on avait abattu la paroi du milieu ! Il lui répondit : je te concède ce cas-là, car il en va alors comme d'un mavoi mefoulash (une ruelle ouverte de part en part).

📜 Rachi (2)
לְדִידָךְ דַּאֲמַרְתְּ פִּי תִּקְרַת אַכְסַדְרָה יוֹרֵד וְסוֹתֵם תֵּימָא הָכִי נָמֵי בְּסֻוכָּה הָעֲשׂוּיָה בְּאֶמְצַע חָצֵר וּמְסוֹכֵךְ בִּנְסָרִים עָבִים שֶׁאֵין רְחָבִים ד' וְנִפְחַת דֹּופֶן הָאֶמְצָעִי וּשְׁנַיִם מִכָּאן וּמִכָּאן קַייָּמִין מַכְשֶׁרֶת לָהּ נָמֵי עַל יְדֵי פִּי תִּקְרָה שֶׁלָּהּ וְתֵימָא בָּהּ פִּי תִּקְרָה יוֹרֵד וְסוֹתֵם:
Selon toi qui dis que la tranche du plafond de l'akhsadra descend et ferme — tu devrais dire de même dans le cas d'une soukka faite au milieu d'une cour et couverte de planches épaisses qui n'ont pas quatre [tefahim] de large, dont on a abattu la paroi du milieu tandis que les deux autres, de part et d'autre, tiennent encore : tu devrais la rendre kachère, elle aussi, par sa tranche de plafond, et dire à son sujet que la tranche du plafond descend et ferme.
מוֹדֵינָא לָךְ בְּהַהִיא דְּכֵיוָן דַּאֲוִיר פָּתוּחַ לְנֶגְדּוֹ דֻּומְיָא דְּמָבוֹי מְפֻולָּשׁ וְעָשׂוּי לְקַפֶּנְדַּרְיָא לִבְקִיעַת רַבִּים:
Je te concède ce cas-là — car dès lors que l'air est ouvert juste en face, cela ressemble à une ruelle ouverte de part en part, faite pour servir de raccourci au passage du public.
💡 Explication

Rava ne réfute pas Abaye : il le pousse jusqu'à une conséquence qu'il juge intenable. Si la tranche du plafond ferme vraiment, alors elle doit fermer partout — y compris là où il ne reste plus que deux parois parallèles, l'espace étant grand ouvert aux deux extrémités. Rachi précise la scène : une soukka au milieu d'une cour, couverte non pas de sekhakh végétal mais de planches épaisses de moins de quatre tefahim de large — donc encore utilisables comme couverture — dont on abat la paroi médiane.

Abaye concède : modina lakh be-hahi. Un espace traversant est autre chose. Rachi en donne la raison : l'air est ouvert en vis-à-vis, et l'on est dans la configuration du mavoi mefoulash, la ruelle ouverte à ses deux bouts, que le public emprunte comme raccourci (kefandaria). Le passage effectif du public défait la fiction de la paroi.

Cette concession n'est pas un détail. Elle fixe une limite au principe : le pi tikra ne fonctionne pas sur un espace traversant. Le Tossefot du segment suivant s'en servira comme d'une arme contre la lecture que Rachi propose ailleurs du texte parallèle d'Erouvin.

🖼️ Schéma
L'objection de Rava et la concession d'Abaye -- vues d'en haut Une soukka bâtie au milieu d'une cour, couverte de planches épaisses de moins de quatre tefahim de large. On abat la paroi du milieu Avant : trois parois planches épaisses en guise de sekhakh le quatrième côté se ferme par le pi tikra -- kachère Trait plein : paroi réelle. Trait vert pointillé : paroi juridique Personne ne conteste ce cas selon Abaye Après : la paroi du milieu abattue deux parois parallèles seulement comme un mavoi mefoulash Abaye : modina lakh be-hahi -- je te concède Rachi : l'air est ouvert en vis-à-vis, la ruelle sert de raccourci au public Ce que la concession coûte à Abaye -- et ce que Tossefot en fera Abaye accepte donc une limite : le pi tikra ne franchit pas une percée ouverte de part en part. Avec deux parois seulement, il ne dit pas yored ve-sotem. Or la Guemara va identifier Abaye à Rav -- et Rav, en pleine campagne, applique le pi tikra à un portique qui n'a aucune paroi du tout. Comment tenir les deux ? C'est exactement la contradiction que le Tossefot du segment suivant oppose à la lecture de Rachi dans Erouvin.
Vue d'en haut : avant et après l'abattage de la paroi médiane. Deux parois parallèles ouvertes aux deux bouts — Abaye concède.
3
לֵימָא אַבָּיֵי וְרָבָא בִּפְלֻוגְתָּא דְּרַב וּשְׁמוּאֵל קָמִיפַּלְגִי. דְּאִתְּמַר: אַכְסַדְרָה בְּבִקְעָה, רַב אָמַר: מֻותָּר לְטַלְטֵל בְּכֻולּוֹ, דְּאָמְרִינַן פִּי תִּקְרָה יוֹרֵד וְסוֹתֵם. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: אֵין מְטַלְטְלִין בָּהּ אֶלָּא בְּאַרְבַּע אַמּוֹת, דְּלָא אָמְרִינַן פִּי תִקְרָה יוֹרֵד וְסוֹתֵם.

Dirons-nous qu'Abaye et Rava divergent dans le désaccord de Rav et de Chmouel ? Car il a été dit : une akhsadra en pleine campagne (bik'a) — Rav dit : il est permis d'y transporter dans toute son étendue, car nous disons que la tranche du plafond descend et ferme ; et Chmouel dit : on n'y transporte que dans les quatre coudées, car nous ne disons pas que la tranche du plafond descend et ferme.

📜 Rachi (3)
לֵימָא אַבַּיֵּי וְרָבָא קָא סָלְקָא דַּעְתֵּיהּ טַעְמָא דְּרָבָא מִשּׁוּם דְּקָסָבַר בְּחַד דֹּופֶן אוֹ בִּשְׁנַיִם אָמְרִינַן יוֹרֵד וְסוֹתֵם אֲבָל בְּכָל צַד לָא אָמְרִינַן:
Dirons-nous qu'Abaye et Rava... — il monte à l'esprit que le motif de Rava tient à ce qu'il estime qu'avec une seule paroi, ou avec deux, on dit bien qu'elle descend et ferme, mais que de chaque côté à la fois on ne le dit pas.
בְּבִקְעָה לְהָכִי נְקַט בְּבִקְעָה דְּמִתּוֹךְ שֶׁאֵינָהּ סְמוּכָה לַבַּיִת אֵין לָהּ דְּפָנוֹת שֶׁאֵין עוֹשִׂין דְּפָנוֹת לְשֵׁם אַכְסַדְרָה אֲבָל פְּעָמִים שֶׁעוֹשִׂין אוֹתָהּ לִפְנֵי הַבַּיִת וְדֹופֶן הַבַּיִת סוֹתְמָהּ מֵאַחֲרֶיהָ:
En pleine campagne — s'il est dit en pleine campagne, c'est que, n'étant pas adossée à une maison, elle n'a aucune paroi : on ne construit pas de parois pour une akhsadra. Mais il arrive qu'on la fasse devant la maison, et la paroi de la maison la ferme alors par derrière.
לָא אָמְרִינַן פִּי תִקְרָה יוֹרֵד וְסוֹתֵם וְטַעֲמָא מְפָרֵשׁ בְּעֵירוּבִין (דַּף צַד:) בְּאַרְבַּע דְּפָנוֹת לֵית לֵיהּ אֲבָל אִם הָיְתָה שָׁם דֹּופֶן שְׁלֵימָה אִית לֵיהּ יוֹרֵד וְסוֹתֵם בְּאַחֲרָנְיָיתָא לֵימָא כו' אַבָּיֵי כְּרַב וְרָבָא כִּשְׁמוּאֵל:
Nous ne disons pas que la tranche du plafond descend et ferme — et le motif en est expliqué dans Erouvin (94b) : pour quatre parois il ne l'admet pas, mais s'il y avait là une paroi entière, il admet qu'elle descend et ferme pour les autres. Sur « Dirons-nous, etc. » : Abaye comme Rav, et Rava comme Chmouel.
🗂️ Tossefot (1)
אַכְסַדְרָה בְּבִקְעָה. בְּפֶרֶק כָּל גַּגּוֹת (עֵירוּבִין דַּף צַד:) פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס דִּנְקַט בְּבִקְעָה מִשּׁוּם דִּבְבִקְעָה הָוְיָא אַכְסַדְרָה פְּרוּצָה מֵאַרְבַּע רוּחוֹתֶיהָ וְעוֹמֶדֶת קֵירוּיָהּ עַל ד' יְתֵידוֹת אֲבָל בְּעִיר סְתָם אַכְסַדְרָאוֹת סְמוּכוֹת לַבַּיִת אוֹ לֶחָצֵר וְדֹופֶן הַבַּיִת סוֹתְמָהּ מֵאַחֲרֶיהָ וּמוֹדֶה שְׁמוּאֵל הָתָם דְּיוֹרֵד וְסוֹתֵם וְזֶהוּ כְּפִי גִּרְסָתוֹ דְּגָרֵיס בְּשִׁילְהֵי. כָּל גַּגּוֹת (שָׁם דַּף צַד:) וּמִי אִית לֵיהּ לִשְׁמוּאֵל פִּי תִקְרָה יוֹרֵד וְסוֹתֵם וּמְשַׁנֵּי כִּי לֵית לֵיהּ בַּד' אֲבָל בַּג' אִית לֵיהּ וּפֵירֵשׁ שָׁם בַּקּוּנְטְרֵס כִּי לֵית לֵיהּ בַּד' בְּמָקוֹם שֶׁצָּרִיךְ לַעֲשׂוֹת אַרְבַּע מְחִיצּוֹת בִּסְתִימַת פִּי תִּקְרָה כְּגוֹן אַכְסַדְרָה אֲבָל בַּג' אִם הָיְתָה בָּהּ מְחִיצָּה אַחַת כְּהִלְכָתָהּ וּפִי תִּקְרָה לְשָׁלֹשׁ מְחִיצּוֹת מַכְשַׁר וְקַשְׁיָא דְּהָא מוֹקְמִינַן הָכָא אַבַּיֵּי כְּרַב וּלְעֵיל קָאָמַר אַבַּיֵּי בְּהַהִיא מוֹדֵינָא לָךְ מִשּׁוּם דַּהֲוָה כְּמָבוֹי מְפֻולָּשׁ אַלְמָא דַּאֲפִילּוּ בִּשְׁתֵּי מְחִיצּוֹת לֵית לֵיהּ פִּי תִּקְרָה כּ"ש הֵיכָא דְּלֵיכָּא כְּלָל וְאִם בָּאנוּ לְחַלֵּק מִשּׁוּם דְּאִיסּוּר בִּקְעָה דְּהָתָם כַּרְמְלִית דְּרַבָּנָן אִם כֵּן לְרָבָא נַמֵּי נֵימָא הָכִי וְעוֹד פְּלִיגִי ר' יְהוּדָה וְרַבָּנָן בְּסוֹף כָּל גַּגּוֹת (עֵירוּבִין דַּף צה.) גַּבֵּי שְׁתֵּי מְחִיצּוֹת ברה"ר אִי אָמְרִינַן פִּי תִּקְרָה אוֹ לָא וְגַבֵּי בִּקְעָה אָמַר רַב פִּי תִּקְרָה אֲפִילּוּ בְּלֹא מְחִיצּוֹת אִם לֹא מִשּׁוּם דְּזֶה מִדְּאוֹרַייְתָּא וְזֶה מִדְּרַבָּנָן ור"ת גָּרֵיס אִיפְּכָא וְכֵן ר"ח כִּי לֵית לֵיהּ בְּשָׁלֹשׁ כְּלוֹמַר כְּשֶׁאֵין בּוֹ כִּי אִם שָׁלֹשׁ מְחִיצּוֹת וְהָרְבִיעִית פְּרוּצָה בִּמְלוֹאָהּ דִּסְתָם אַכְסַדְרָה כָּךְ הִיא כִּדְאָמְרִינַן בְּשִׁלְהֵי לֹא יַחְפֹּור (ב"ב דַּף כֹּה:) עוֹלָם לְאַכְסַדְרָה הוּא דּוֹמֶה וְרוּחַ צְפוֹנִית אֵינָהּ מְסֻובֶּבֶת וְאָמַר בְּהַקּוֹמֵץ רַבָּה (מְנָחוֹת דַּף כט:) מִפְּנֵי מַה נִבְרָא הָעוֹלָם בְּהֵ"א מִפְּנֵי שֶׁדּוֹמֶה לְאַכְסַדְרָה שֶׁכָּל הָרוֹצֶה לָצֵאת יָצָא אֲבָל בְּאַרְבַּע כְּשֶׁיֵּשׁ שָׁם אַרְבַּע מְחִיצּוֹת כְּגוֹן שֶׁיֵּשׁ בָּרְבִיעִית שְׁנֵי לְחָיַיִם וּמַשֶּׁהוּ דְּאִיכָּא שֵׁם מְחִיצָּה אע"פ שֶׁפְּרוּצָה בְּיָתֵר מֵעֶשֶׂר אִית לֵיהּ פִּי תִּקְרָה וְרַב אֲפִילּוּ פְּרוּצָה בִּמְלוֹאָהּ וְאַפֵּי' בִּשְׁתֵּי מְחִיצּוֹת אִית לֵיהּ פִּי תִּקְרָה וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְהֵא מְפֻולָּשׁ מִדְּקָפָרֵיךְ בְּשִׁלְהֵי כָּל גַּגּוֹת (עֵירוּבִין דַּף צַד:) גַּבֵּי וְכֵן בַּיִת שֶׁנִּפְרַץ מִשְׁתֵּי רוּחוֹת מַאי שְׁנָא מֵרוּחַ אַחַת דְּאָמְרִינַן פִּי תִקְרָה יוֹרֵד וְסוֹתֵם מִשְׁתֵּי רוּחוֹת נָמֵי אָמְרִינַן פִּי תִקְרָה יוֹרֵד וְסוֹתֵם וּמְשַׁנֵּי רַב כְּגוֹן שֶׁנִּפְרַץ בְּקֶרֶן זָוִית דְּקֵירוּיוֹ בַּאֲלַכְסוֹן וְהָדְתַנְיָא הָתָם לְעֵיל בְּהַהוּא פִּירְקָא (דַּף צג.) בַּיִת שֶׁחֶצְיוֹ מְקֹורֶה וְחֶצְיוֹ אֵינוֹ מְקֹורֶה גְּפָנִים כָּאן מֻותָּר לִזְרֹועַ כָּאן דְּאָמְרִי' פִּי תִקְרָה יוֹרֵד וְסוֹתֵם אע"ג דְּלֵיכָּא הָתָם שֵׁם ד' מְחִיצּוֹת אֵין לְדַמּוֹת כִּלְאַיִם לְשַׁבָּת דַּאֲפִילּוּ פֵּאוֹת מֻותָּר לְכִלְאַיִם כִּדְאָמְרִינַן פּ"ק דְעֵירוּבִין (דַּף יא.) וְהַאי דִּנְקַט הָכָא בְּבִקְעָה לְפִי' ר"ת יֵשׁ לְפָרֵשׁ דִּנְקַט בִּקְעָה שֶׁהוּא מְקוֹם אִיסּוּר טִלְטוּל דְּבִקְעָה שֶׁהִיא כַּרְמְלִית א"נ מִשּׁוּם דְּאַיְירֵי נָמֵי בְּאַכְסַדְרָה שֶׁיֵּשׁ לָהּ שְׁתֵּי מְחִיצּוֹת דְּהָתָם נָמֵי אִית לֵיהּ לְרַב פִּי תִּקְרָה וּבִלְבַד שֶׁלֹּא תְּהֵא מְפֻולֶּשֶׁת כִּדְפָרֵישִׁית וְאִי הֲוָה נָקֵיט אַכְסַדְרָה שֶׁבֶּחָצֵר הֲוָה מַשְׁמַע דַּוְוקָא כְּשֶׁיֵּשׁ לָהּ שָׁלֹשׁ מְחִיצּוֹת דִּסְתָם אַכְסַדְרָה שֶׁבֶּחָצֵר מוֹשֶׁכֶת בְּכָל אֹורֶךְ שֶׁבֶּחָצֵר אוֹ בְּרֹוחַב אֶלָּא שֶׁהִיא עַד אֶמְצַע הֶחָצֵר וּפְרוּצָה בִּמְלוֹאָהּ לִפְנִים:
« Une akhsadra en pleine campagne. » Au chapitre Kol Gagot (Erouvin 94b), le Kountras (Rachi) a expliqué que l'on dit « en pleine campagne » parce que là, l'akhsadra est ouverte à ses quatre vents et que sa couverture repose sur quatre piquets ; alors qu'en ville, les akhsadraot ordinaires sont adossées à une maison ou à une cour, et la paroi de la maison les ferme par derrière — et Chmouel concède là que la tranche descend et ferme. Cela correspond à sa version du texte, car il lit à la fin de Kol Gagot (ibid. 94b) : « Et Chmouel tient-il donc que la tranche du plafond descend et ferme ? » et l'on répond : « Quand il ne le tient pas, c'est avec quatre ; mais avec trois, il le tient. » Et le Kountras a expliqué là : « quand il ne le tient pas, c'est avec quatre » — là où il faut fabriquer quatre parois par la fermeture de la tranche du plafond, comme dans une akhsadra ; « mais avec trois » — si elle avait une paroi en règle et que la tranche du plafond fournisse les trois autres, il la déclare kachère. Et c'est difficile : car ici nous établissons Abaye comme Rav, tandis que plus haut Abaye a dit « dans ce cas-là je te concède, parce qu'il en va comme d'une ruelle ouverte de part en part » — d'où il ressort que même avec deux parois il n'admet pas la tranche du plafond, et à plus forte raison là où il n'y en a aucune. Et si nous venons à distinguer au motif que l'interdit de la campagne, là-bas, n'est qu'une karmelit d'ordre rabbinique, alors il faudrait dire de même pour Rava. De plus, Rabbi Yehouda et les Sages divergent à la fin de Kol Gagot (Erouvin 95a) à propos de deux parois dans le domaine public, sur le point de savoir si l'on dit ou non la tranche du plafond ; tandis qu'à propos de la campagne, Rav a dit la tranche du plafond même sans aucune paroi — à moins précisément de dire que l'un relève de la Tora et l'autre de l'ordre rabbinique. Rabbenou Tam lit l'inverse, et Rabbenou Hananel de même : « quand il ne le tient pas, c'est avec trois », c'est-à-dire lorsqu'elle n'a que trois parois et que la quatrième est ouverte sur toute sa longueur — car c'est bien ainsi qu'est une akhsadra ordinaire, comme nous disons à la fin de Lo Yahpor (Bava Batra 25b) : « le monde ressemble à une akhsadra, et le côté nord n'est pas entouré » ; et il est dit dans HaKomets Rabba (Menahot 29b) : « pourquoi le monde à-t-il été créé avec la lettre hé ? Parce qu'il ressemble à une akhsadra, où quiconque veut sortir sort. » « Mais avec quatre » — lorsqu'il y a là quatre parois, par exemple s'il y a sur la quatrième deux lehi et un rien, de sorte qu'il y ait nom de paroi, alors même qu'elle est ouverte sur plus de dix coudées — il admet la tranche du plafond. Et Rav l'admet même ouverte sur toute sa longueur, et même avec deux parois, pourvu seulement qu'elle ne soit pas traversante. Cela ressort de l'objection posée à la fin de Kol Gagot (Erouvin 94b) à propos de « et de même une maison dont on a fait brèche de deux côtés » : en quoi cela diffère-t-il d'un seul côté, où l'on dit que la tranche du plafond descend et ferme ? De deux côtés aussi, on devrait dire que la tranche du plafond descend et ferme ! Et Rav répond : par exemple lorsque la brèche est à l'angle, car sa couverture est alors en diagonale. Quant à ce qui a été enseigné là-bas, plus haut dans ce chapitre (93a) : « une maison à moitié couverte et à moitié non couverte, des vignes ici — il est permis de semer là, car nous disons que la tranche du plafond descend et ferme » — bien qu'il n'y ait pas là quatre parois : il ne faut pas assimiler les kilayim (mélanges interdits) au Chabbat, car pour les kilayim même de simples arrêtes de coin suffisent, comme nous disons au premier chapitre d'Erouvin (11a). Et quant à ce que l'on dit ici « en pleine campagne », selon l'explication de Rabbenou Tam on peut l'expliquer ainsi : on mentionne la campagne parce que c'est un lieu où le transport est interdit, la campagne étant une karmelit. Ou bien parce qu'il s'agit aussi d'une akhsadra qui a deux parois, ou Rav admet également la tranche du plafond, pourvu qu'elle ne soit pas traversante, comme je l'ai expliqué. Et s'il avait dit « une akhsadra qui est dans une cour », cela aurait laissé entendre uniquement le cas où elle a trois parois ; car une akhsadra de cour ordinaire s'étend sur toute la longueur de la cour, ou sur sa largeur, sauf qu'elle n'avance que jusqu'au milieu de la cour et qu'elle est ouverte sur toute sa longueur vers l'intérieur.
💡 Explication

La Guemara tente une réduction : et si le désaccord d'Abaye et Rava n'était que le prolongement d'une mahloket ancienne ? Elle produit un cas de Chabbat. Une akhsadra en pleine campagne : un portique couvert planté dans un champ, qui est une karmelit, domaine où le transport est interdit par ordre rabbinique. Rav permet d'y transporter dans toute son étendue, car le pi tikra lui fabrique quatre parois et en fait un domaine privé. Chmouel limite le transport aux quatre coudées : le portique reste karmelit.

Rachi apporte deux précisions. D'abord ce que l'on croit d'abord comprendre du motif de Rava : il admettrait le pi tikra avec une ou deux parois réelles, mais pas de tous les côtés à la fois. Ensuite pourquoi le texte dit en pleine campagne : loin de toute maison, le portique n'a aucune paroi, car on ne construit pas de parois pour une akhsadra — alors qu'en ville, le mur de la maison la ferme par derrière.

C'est ici que se greffe la glose la plus longue du folio. Tossefot conteste la version même du texte d'Erouvin 94b sur laquelle Rachi appuie sa lecture, oppose Rabbenou Tam et Rabbenou Hananel qui lisent la réponse à l'envers, et fait valoir contre Rachi la concession qu'Abaye vient de faire au segment précédent : si Abaye est Rav, et si Abaye renonce au pi tikra dès qu'il n'y a que deux parois, comment Rav pourrait-il l'appliquer à un portique qui n'en a aucune ?

🖼️ Schéma
Le grand Tossefot du folio : deux versions du texte d'Erouvin 94b Là-bas on demande : Chmouel tient-il donc le pi tikra ? Et l'on répond : ki leit leih be-X, aval be-Y it leih. Toute la question est de savoir ce que valent X et Y Version de Rachi (le Kountras) ki leit leih be-arba, aval be-chalosh it leih Il ne le tient pas quand il faut fabriquer QUATRE parois par le seul pi tikra -- c'est le cas de l'akhsadra. Il le tient quand il y a déjà UNE paroi en règle, et que le pi tikra n'a plus qu'à fournir les TROIS autres. Conséquence : on dit be-bik a parce qu'en pleine campagne le portique est ouvert aux quatre vents, son plafond posé sur quatre piquets. En ville, le mur de la maison le ferme derrière et Chmouel lui-même concède que la tranche descend et ferme. Lecture économique : elle explique d'un coup le mot bik a et la réponse d'Erouvin. Version de Rabbenou Tam et Rabbenou Hananel ki leit leih be-chalosh, aval be-arba it leih -- l'inverse Il ne le tient pas quand il n'y a que TROIS parois et que la quatrième est ouverte sur toute sa longueur : c'est justement ce qu'est une akhsadra ordinaire. Il le tient dès qu'il y a QUATRE parois -- même si la quatrième se réduit à deux lehi et un rien : il y a nom de paroi, même si la brèche dépasse dix coudées. Et Rav, lui, tient le pi tikra même grande ouverte, même avec deux parois -- à la seule condition que ce ne soit pas traversant. Appuis : le monde comparé à une akhsadra ouverte au nord (Bava Batra 25b) et la lettre hé de Menahot 29b. Les trois objections de Tossefot contre la version de Rachi 1. Ici la Guemara identifie Abaye à Rav -- or Abaye vient de concéder qu'avec deux parois le pi tikra ne joue pas, comme une ruelle traversante. À plus forte raison sans aucune paroi. Comment Rav appliquerait-il alors le pi tikra à l'akhsadra de la campagne ? 2. Si l'on distingue en disant que la campagne n'est qu'une karmelit rabbinique, il faudrait le dire aussi pour Rava -- et la réduction tombe. 3. Rabbi Yehouda et les Sages débattent du pi tikra avec deux parois en domaine public, alors que Rav l'accorde sans paroi en campagne. Pourquoi dire be-bik a, selon Rabbenou Tam ? Soit parce que la campagne est un lieu où le transport est interdit, étant karmelit. Soit parce qu'on veut englober aussi l'akhsadra à deux parois, où Rav applique encore le pi tikra pourvu qu'elle ne soit pas traversante. Dire akhsadra de cour aurait suggéré trois parois seulement.
Le Tossefot du folio : deux versions concurrentes du texte d'Erouvin 94b, et les trois objections opposées à la lecture de Rachi.
4
אַלִּיבָּא דִּשְׁמוּאֵל, כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְלִיגִי.

Selon Chmouel, tout le monde s'accorde — il n'y a pas de désaccord.

📜 Rachi (1)
אַלִּיבָּא דִּשְׁמוּאֵל כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי כָּךְ פֵּירֵשׁ סֻוגְיָא זוֹ בְּכָל מָקוֹם שֶׁיָּכוֹל לְהַעֲמִיד דִּבְרֵי אֶחָד מֵהֶן שֶׁלֹּא בְּמַחְלָוקְתָּן שֶׁל אֲחֵרִים וְדִבְרֵי הַשֵּׁנִי אֵינוֹ יָכוֹל לְהַעֲמִיד אֶלָּא בְּמַחֲלֹוקֶת אוֹמֵר כֵּן אַלִּיבָּא דִּשְׁמוּאֵל וַדַּאי כִּדְקָאָמְרַתְּ הוּא דְּרָבָא לְחוּדֵיהּ הוּא דְּאָמַר כִּשְׁמוּאֵל וְאַבַּיֵּי אֵינוֹ יָכוֹל לְהַעֲמִיד דְּבָרָיו כִּשְׁמוּאֵל וְאַלִּיבָּא דִּשְׁמוּאֵל לָא פְּלִיג אַבַּיֵּי לְמֵימַר כְּשֵׁרָה דְּמַה לְעִנְיַן שַׁבָּת דִּמְחִיצּוֹת פִּי תִּקְרָה לַחֲלַל אַכְסַדְרָה עֲבִידִי שֶׁהַתִּקְרָה לְצֹורֶךְ אַכְסַדְרָה נַעֲשֵׂית לָא שָׁרִי לְהוּ שְׁמוּאֵל בִּסְתִימַת פִּי תִּקְרָה כָּל שֶׁכֵּן לְעִנְיַן סֻוכָּה שֶׁלֹּא לְשֵׁם סֻוכָּה נַעֲשָׂה שֶׁהֲרֵי חוּץ לַחֲלָלָהּ שֶׁל אַכְסַדְרָה הִיא נַעֲשֵׂית וּמְחִיצּוֹת לְצֹורֶךְ תּוֹכָן עֲשׂוּיוֹת וְלֹא לְצֹורֶךְ חוּצָה לָהֶן:
Selon Chmouel, tout le monde s'accorde — voici comment il faut expliquer cette sougya : partout où l'on peut établir les paroles de l'un des deux hors du désaccord des autres, tandis que les paroles du second ne peuvent s'établir qu'à l'intérieur de ce désaccord, on s'exprime ainsi. Selon Chmouel, il est certain qu'il en va comme tu l'as dit : c'est Rava seul qui parle comme Chmouel, tandis qu'Abaye ne peut pas établir ses paroles comme Chmouel. Et selon Chmouel, Abaye ne diverge pas au point de dire qu'elle est kachère. Car si, en matière de Chabbat — où les parois du pi tikra sont faites pour l'espace intérieur de l'akhsadra, puisque le plafond a été construit pour les besoins de l'akhsadra — Chmouel ne les permet pas par la fermeture de la tranche du plafond, à plus forte raison en matière de soukka, laquelle n'a pas été faite pour la soukka : car elle est faite hors de l'espace intérieur de l'akhsadra, et les parois sont faites pour les besoins de ce qui est à l'intérieur, non pour les besoins de ce qui leur est extérieur.
💡 Explication

La réduction échoue à moitié. Une seule des deux moitiés tient : aliba de-Chmouel, kouley alma lo peligi — si l'on suit Chmouel, il n'y a plus de mahloket du tout, car Abaye lui-même concède que la soukka est passoul.

Rachi commence par dégager la règle de méthode qui gouverne toutes les sougyot de ce type : lorsque l'un des deux avis peut se soutenir sans entrer dans le désaccord des anciens, et que l'autre ne le peut pas, on emploie exactement cette formule. Ici, Rava peut parfaitement être Chmouel ; Abaye, lui, ne peut pas l'être.

Puis vient le kal va-homer qui le prouve. Pour le Chabbat, le plafond du portique a été construit pour l'espace du portique lui-même : les parois que sa tranche fabriquerait serviraient leur propre intérieur — c'est la configuration la plus favorable au pi tikra, et Chmouel refuse déjà. Or la soukka est étendue hors du volume de l'akhsadra, dans l'air de la cour : le plafond n'a pas été fait pour cet espace-là, et des parois ne sont faites que pour ce qu'elles contiennent, non pour ce qu'elles bordent. À plus forte raison Chmouel l'invalidera-t-il. Cette distinction même sera, au folio suivant, l'argument que Rava opposera à Abaye pour tenir aussi selon Rav.

🖼️ Schéma
Aliba de-Chmouel, kouley alma lo peligi -- le kal va-homer de Rachi Pourquoi même Abaye concède-t-il, si l'on suit Chmouel ? Parce que la soukka demande davantage au pi tikra que le Chabbat Cas léger : le Chabbat, dans le portique lui-même Le plafond a été construit pour l'espace du portique. Les parois que sa tranche fabriquerait serviraient donc leur propre intérieur. Et pourtant Chmouel refuse déjà : quatre coudées seulement. Le cas où le pi tikra a le plus de chances de réussir -- et il échoue. kal va-homer Cas lourd : la soukka, posée hors du portique Le sekhakh est étendu dans l'air de la cour, en dehors du volume de l'akhsadra. Le plafond n'a pas été fait pour cet espace-là. Les parois sont faites pour ce qui est dedans, pas pour ce qui est dehors. À plus forte raison : passoul, même selon Abaye. La règle de méthode Rachi énonce ici comment lire toute sougya de ce type : si l'un des deux avis peut se tenir SANS entrer dans la mahloket des anciens, et que l'autre ne le peut pas, alors on dit : aliba de tel maître, tout le monde s'accorde -- et le désaccord se replie sur l'autre avis. Ici : Rava seul peut tenir comme Chmouel. Abaye ne le peut pas. Donc aliba de Chmouel, il n'y a rien à discuter. Où cela conduit-il ? La réduction ne peut donc être totale. Il reste une seule possibilité : le désaccord d'Abaye et Rava se joue aliba de-Rav, sur l'avis indulgent. Abaye suivra Rav jusqu'au bout et étendra le pi tikra à la soukka. Rava dira : Rav n'a parlé que là, où les parois sont faites pour le portique. C'est exactement la phrase qui ouvre le folio 19a -- et l'on remarquera qu'elle reprend la distinction que Rachi vient d'employer ici. Autrement dit : le raisonnement de Rachi au segment 3 est déjà la réponse que Rava donnera au segment suivant.
Le kal va-homer de Rachi et la règle de méthode : pourquoi, selon Chmouel, il ne reste plus rien à discuter.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).