Sougya : Amud très court — quatre segments seulement, la page de Vilna étant occupée par l'un des plus longs Tossefot du traité. Le folio poursuit sans interruption la sougya de 18a : on a couvert au-dessus d'une akhsadra, un portique sans montants, et la soukka ainsi formée n'a pour toute paroi que la tranche du plafond du portique.
Abaye la déclare kachère en vertu du principe pi tikra yored ve-sotem — le bord du plafond est réputé descendre à la verticale et fermer l'espace — et Rava l'invalide. Rava pousse alors Abaye dans ses retranchements : si la tranche ferme vraiment, une soukka dont on a abattu la paroi médiane devrait rester kachère ; Abaye concède ce cas, car deux parois parallèles ouvertes aux deux bouts font un mavoi mefoulash, une ruelle traversante.
La Guemara essaie ensuite de ramener cette mahloket à une autre, plus ancienne : celle de Rav et Chmouel sur le transport du Chabbat dans une akhsadra plantée en pleine campagne. C'est là que se greffe le Tossefot géant du folio, qui conteste la version même du texte d'Erouvin sur laquelle Rachi appuie sa lecture et lui oppose celle de Rabbenou Tam et de Rabbenou Hananel.
La réduction n'aboutit qu'à moitié : selon Chmouel, tout le monde s'accorde que la soukka est invalide, et Rachi en donne le kal va-homer — si le pi tikra ne suffit pas là où le plafond sert son propre espace, il ne servira pas davantage un espace qui lui est extérieur. Le désaccord ne peut donc se jouer que sur l'avis de Rav, et c'est par là que s'ouvrira le folio 19a.
[Abaye dit qu'elle est kachère —] car nous disons que la tranche du plafond descend et ferme (pi tikra yored ve-sotem). Rava dit : elle est passoul (invalide) — car nous ne disons pas que la tranche du plafond descend et ferme.
Le folio s'ouvre en pleine phrase : il poursuit la sougya commencée à la fin de 18a. La scène, selon Rachi, est celle d'une cour entourée d'une akhsadra — un portique couvert, ouvert sur la cour. On étend le sekhakh dans l'air de la cour et on le fait reposer sur le bord du plafond du portique. Les parois intérieures du portique ne servent à rien, car son plafond mesure plus de quatre coudées et la dofen akouma ne peut pas porter si loin. Si la façade du portique porte des potsimim — des montants espacés de moins de trois tefahim — le lavoud en fait une paroi et tous s'accordent que la soukka est kachère. Toute la sougya porte sur le cas où il n'y en a pas.
Il ne reste alors qu'une chose : la tranche du plafond. Rachi la définit avec précision — non pas la surface du plafond, mais son épaisseur vue de chant, quelques doigts de bois. Le principe du pi tikra yored ve-sotem pose que ce bord est réputé se prolonger à la verticale jusqu'au sol et fermer l'espace, comme une paroi. Abaye l'applique ici, et Rachi ajoute le mot décisif : mi-kol tsad, de chaque côté à la fois. La soukka n'a aucune paroi propre ; c'est le pi tikra qui doit les fournir toutes.
Rava refuse. Il ne conteste pas le principe en soi — il existe et fonctionne ailleurs — mais son application ici ; et Rachi renvoie déjà à la suite du folio pour le motif.
Rava lui dit : Abaye, selon toi qui dis que la tranche du plafond descend et ferme, [la soukka serait kachère] même si l'on avait abattu la paroi du milieu ! Il lui répondit : je te concède ce cas-là, car il en va alors comme d'un mavoi mefoulash (une ruelle ouverte de part en part).
Rava ne réfute pas Abaye : il le pousse jusqu'à une conséquence qu'il juge intenable. Si la tranche du plafond ferme vraiment, alors elle doit fermer partout — y compris là où il ne reste plus que deux parois parallèles, l'espace étant grand ouvert aux deux extrémités. Rachi précise la scène : une soukka au milieu d'une cour, couverte non pas de sekhakh végétal mais de planches épaisses de moins de quatre tefahim de large — donc encore utilisables comme couverture — dont on abat la paroi médiane.
Abaye concède : modina lakh be-hahi. Un espace traversant est autre chose. Rachi en donne la raison : l'air est ouvert en vis-à-vis, et l'on est dans la configuration du mavoi mefoulash, la ruelle ouverte à ses deux bouts, que le public emprunte comme raccourci (kefandaria). Le passage effectif du public défait la fiction de la paroi.
Cette concession n'est pas un détail. Elle fixe une limite au principe : le pi tikra ne fonctionne pas sur un espace traversant. Le Tossefot du segment suivant s'en servira comme d'une arme contre la lecture que Rachi propose ailleurs du texte parallèle d'Erouvin.
Dirons-nous qu'Abaye et Rava divergent dans le désaccord de Rav et de Chmouel ? Car il a été dit : une akhsadra en pleine campagne (bik'a) — Rav dit : il est permis d'y transporter dans toute son étendue, car nous disons que la tranche du plafond descend et ferme ; et Chmouel dit : on n'y transporte que dans les quatre coudées, car nous ne disons pas que la tranche du plafond descend et ferme.
La Guemara tente une réduction : et si le désaccord d'Abaye et Rava n'était que le prolongement d'une mahloket ancienne ? Elle produit un cas de Chabbat. Une akhsadra en pleine campagne : un portique couvert planté dans un champ, qui est une karmelit, domaine où le transport est interdit par ordre rabbinique. Rav permet d'y transporter dans toute son étendue, car le pi tikra lui fabrique quatre parois et en fait un domaine privé. Chmouel limite le transport aux quatre coudées : le portique reste karmelit.
Rachi apporte deux précisions. D'abord ce que l'on croit d'abord comprendre du motif de Rava : il admettrait le pi tikra avec une ou deux parois réelles, mais pas de tous les côtés à la fois. Ensuite pourquoi le texte dit en pleine campagne : loin de toute maison, le portique n'a aucune paroi, car on ne construit pas de parois pour une akhsadra — alors qu'en ville, le mur de la maison la ferme par derrière.
C'est ici que se greffe la glose la plus longue du folio. Tossefot conteste la version même du texte d'Erouvin 94b sur laquelle Rachi appuie sa lecture, oppose Rabbenou Tam et Rabbenou Hananel qui lisent la réponse à l'envers, et fait valoir contre Rachi la concession qu'Abaye vient de faire au segment précédent : si Abaye est Rav, et si Abaye renonce au pi tikra dès qu'il n'y a que deux parois, comment Rav pourrait-il l'appliquer à un portique qui n'en a aucune ?
Selon Chmouel, tout le monde s'accorde — il n'y a pas de désaccord.
La réduction échoue à moitié. Une seule des deux moitiés tient : aliba de-Chmouel, kouley alma lo peligi — si l'on suit Chmouel, il n'y a plus de mahloket du tout, car Abaye lui-même concède que la soukka est passoul.
Rachi commence par dégager la règle de méthode qui gouverne toutes les sougyot de ce type : lorsque l'un des deux avis peut se soutenir sans entrer dans le désaccord des anciens, et que l'autre ne le peut pas, on emploie exactement cette formule. Ici, Rava peut parfaitement être Chmouel ; Abaye, lui, ne peut pas l'être.
Puis vient le kal va-homer qui le prouve. Pour le Chabbat, le plafond du portique a été construit pour l'espace du portique lui-même : les parois que sa tranche fabriquerait serviraient leur propre intérieur — c'est la configuration la plus favorable au pi tikra, et Chmouel refuse déjà. Or la soukka est étendue hors du volume de l'akhsadra, dans l'air de la cour : le plafond n'a pas été fait pour cet espace-là, et des parois ne sont faites que pour ce qu'elles contiennent, non pour ce qu'elles bordent. À plus forte raison Chmouel l'invalidera-t-il. Cette distinction même sera, au folio suivant, l'argument que Rava opposera à Abaye pour tenir aussi selon Rav.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).