Sukkah 19a — Pessal ha-yotze min ha-soukka : jusqu'où une soukka déborde-t-elle d'elle-même ?

Sukkah 19a

Sougya : Le folio se partage en deux. Il liquide d'abord la sougya de l'akhsadra ouverte au folio précédent : le désaccord d'Abaye et de Rava ne se joue que selon l'avis de Rav, et la distinction de Rava — une paroi virtuelle ne sert que le volume pour lequel elle a été faite — résiste à l'objection tirée de la michna, que Rava lui-même sauve pour Abaye en supposant le sekhakh arasé au niveau du plafond.

La Guemara enregistre alors que Soura et Poumbedita ne transmettaient pas le même débat sous les mêmes noms, et tranche pour la première version : le lavoud obture même au service d'un espace extérieur, le pi tikra non. Suit une scène vivante — Rav Achi surprend Rav Kahana couvrant au-dessus d'une akhsadra apparemment sans montants ; Rav Kahana lui montre un potsim d'un tefah, visible d'un côté et affleurant de l'autre, et le droit du mavoi tranche : ce qui est jugé lehi pour une ruelle vaut paroi pour une soukka.

La seconde moitié du folio ouvre une sougya neuve, sur une baraita : le pessal qui sort de la soukka est jugé comme la soukka. Tout tient au mot yotze.

Oulla et le couple Rabba–Rav Yossef l'entendent au sens spatial — des roseaux qui débordent derrière, ou devant avec une seule paroi ; Rabbi Yo'hanan et Rabbi Ochaya au sens juridique — une zone qui sort des conditions de validité, ou même du statut de soukka. Rav Hochaya objecte à ce dernier que sa règle allait de soi, et Rabbi Abba déplace alors tout l'enjeu : la baraita n'enseigne pas la validité mais le sommeil — sous un sekhakh passoul absorbé on dort, sous un vide non.

D'où la question qui portera le folio suivant : existe-t-il une chose qui complète une mesure sans être elle-même valable ?

Le fil du folio : la fin de l'akhsadra, puis une sougya neuve -- le pessal qui déborde Seize segments. Le folio liquide d'abord le débat pi tikra / lavoud ouvert en 18a, puis ouvre le dossier du sekhakh qui sort des limites de la soukka Bloc A -- segments 0 à 3 : la sougya de l'akhsadra se referme Seg 0 : le désaccord Abaye / Rava ne se joue que selon Rav. Abaye est Rav ; Rava distingue -- Rav n'a parlé que là où les parois virtuelles servent l'akhsadra elle-même. Seg 1 : objection de la michna -- une cour entourée d'une akhsadra est passoul. Pourquoi ? Que la tranche du plafond descende et ferme ! Seg 2 : Rava sauve la michna pour Abaye -- kchehichva et kirouyo, le sekhakh est arasé au niveau du plafond, la tranche n'est plus visible. Seg 3 : deux écoles, deux versions. Soura enseigne pi tikra ; Poumbedita enseigne lavoud sur des potsimim. La halakha suit la première version. Acquis pratique : le lavoud vaut même pour l'air extérieur ; l'obturation par la tranche du plafond ne vaut que pour son propre volume. Bloc B -- segments 4 à 6 : Rav Achi surprend Rav Kahana Rav Kahana couvre au-dessus d'une akhsadra sans potsimim. Rav Achi objecte : Rava a dit sans potsimim, passoul ! Rav Kahana lui montre : il y a bien un montant d'un tefah -- visible d'un côté, affleurant de l'autre. Deux formulations, deux points de vue. Preuve : dans le droit du mavoi, ce qui est visible de l'extérieur et affleurant à l'intérieur est jugé au titre de lehi. Or le lehi, c'est le potsim. Tossefot s'étonne : pour une troisième paroi d'ordre toranique, un montant qui ne se voit pas de l'intérieur peut-il suffire ? Bloc C -- segments 7 à 15 : pessal ha-yotze min ha-soukka -- nidon ke-soukka Une baraita : le pessal qui sort de la soukka est jugé comme la soukka. Le pessal, ce sont les déchets de l'aire et du pressoir -- du sekhakh parfaitement valable. Que veut dire qui sort ? Quatre Amoraim, quatre lectures -- et deux sens très différents du mot yotze : sortir physiquement, ou sortir des conditions de validité. Oulla : des roseaux qui débordent derrière. Rabba et Rav Yossef : qui débordent devant, avec une seule paroi. R. Yo'hanan : la part mal ombragée. R. Ochaya : un sekhakh passoul de moins de trois tefahim dans une petite soukka -- ce qui sort du statut même de soukka. Rav Hochaya objecte à R. Ochaya : cela va de soi, le vide lui-même ne pose pas à cette mesure. R. Abba répond par la nafka mina du sommeil. Seg 15 ouvre la question qui portera le folio suivant : existe-t-il une chose qui complète une mesure sans être elle-même valable ? Le fil caché du folio : jusqu'où une soukka déborde-t-elle d'elle-même ? Bloc A et B : une paroi peut-elle servir un espace pour lequel elle n'a pas été faite ? Bloc C : un sekhakh peut-il valoir au-delà de ce qu'il couvre en règle ?
Le fil du folio : les trois blocs de Soukka 19a, de la clôture du débat sur l akhsadra à l ouverture de la sougya du pessal qui déborde.
La soukka de Rav Kahana, vue de dessus : où se cache la troisième paroi Deux parois pleines au sud et à l'est ; le troisième côté s'ouvre sur l'akhsadra. Tout tient au montant d'un tefah -- et à l'endroit d'où on le regarde Cas 1 -- visible de l'intérieur, affleurant à l'extérieur nir é mibifnim ve-chave mibahoutz akhsadra (portique) plan de l'akhsadra -- pas de paroi ici soukka est sud potsim d'un tefah il fait saillie DANS la soukka oe d'ici on le voit Cas 2 -- visible de l'extérieur, affleurant à l'intérieur nir é mibahoutz ve-chave mibifnim -- c'est la version de Tossefot et du Rachi imprimé akhsadra (portique) soukka est sud potsim d'un tefah il fait saillie EN DEHORS oe d'ici on ne voit rien oe de l'akhsadra, au-delà de la soukka, on le voit La preuve du segment 6 : ce qui est visible de l'extérieur et affleurant à l'intérieur est jugé au titre de lehi Le lehi est le montant qui rend apte un mavoi ; or le lehi est exactement ce qu'on appelle ici potsim. Donc l'akhsadra de Rav Kahana avait bien des potsimim : selon Rava lui-même, la soukka est kachère.
La soukka de Rav Kahana vue de dessus : les deux formulations du montant d un tefah, et pourquoi le droit du mavoi tranche la question.
Pessal ha-yotze min ha-soukka : quatre lectures d'une même baraita Toute la question tient au mot yotze -- qui sort. Sortir dans l'espace, ou sortir des conditions de validité ? Les deux premières lectures prennent le premier sens, les deux dernières le second Sens du mot yotze SORTIR DANS L'ESPACE le sekhakh déborde physiquement SORTIR DES CONDITIONS rien ne déborde : une zone est en défaut 1. Oulla -- des roseaux qui débordent DERRIÈRE la soukka L'extension possède tout : trois parois (les deux latérales se prolongent), sept tefahim sur sept, l'ombre supérieure au soleil. Alors quel est le hidouch ? Ces parois ont été faites pour l'intérieur, non pour l'extérieur -- on aurait cru qu'elles ne servent pas. Objection de Tossefot : la michna nous l'apprenait déjà. Il faut donc lire : ce sont les ROSEAUX qui n'ont pas été faits pour cette ombre-là. Nafka mina : l'extension est une soukka à part entière -- on y accomplit la mitsva. 2. Rabba et Rav Yossef -- des roseaux qui débordent DEVANT, avec une seule paroi Le sekhakh dépasse du côté ouvert, et une seule des parois latérales l'accompagne. Prise à part, l'extension n'a ni surface ni parois suffisantes. On aurait cru : puisque la seconde paroi ne suit pas, c'est une soukka à part -- et elle est trop petite. Il nous apprend qu'elle fait corps avec la première. Rachi : cela revient à deux parois selon la règle et une troisième d'un tefah. Le Roch ajoute une condition : que les deux parois latérales soient longues. 3. Rabba bar bar Hana au nom de R. Yo'hanan -- la zone mal ombragée Rien ne déborde. La soukka est d'un seul tenant, mais sur une petite part le soleil l'emporte sur l'ombre ; sur la plus grande part, l'ombre l'emporte. On aurait cru que ce mauvais bout invalide toute la soukka. Il nous apprend que non : le total reste ombragé à l'avantage. Yotze veut dire ici : qui sort des conditions de validité -- ce bout n'est pas couvert selon les règles. Le Roch en tire une conséquence forte : on peut manger même sous ce mauvais bout. 4. Rabbi Ochaya -- un sekhakh passoul de moins de trois tefahim, dans une petite soukka Yotze veut dire ici : qui sort du statut même de soukka -- ce n'est même pas une espèce valable de sekhakh. Rav Hochaya objecte : cela va de soi ! Le vide est plus rigoureux, et un vide de moins de trois n'invalide pas une petite soukka. R. Abba répond : la baraita n'enseigne pas la validité, elle enseigne le sommeil. Le sekhakh passoul, on dort dessous ; le vide, non. D'où la question finale du folio : existe-t-il une chose qui complète une mesure sans être elle-même valable ? Tossefot renverse la lecture : c'est le sekhakh passoul qui est le plus rigoureux, car sous lui seul on ne dormirait pas.
Les quatre lectures de pessal ha-yotze min ha-soukka, rangées selon les deux sens possibles du mot yotze.
1
כִּי פְּלִיגִי אַלִּיבָּא דְּרַב. אַבַּיֵּי כְּרַב, וְרָבָא אָמַר לָךְ: עַד כָּאן לָא אָמַר רַב הָתָם אֶלָּא דִּמְחִיצוֹת לְאַכְסַדְרָה הוּא דַּעֲבִידִי, אֲבָל הָכָא דְּלָאו לְהָכִי עֲבִידִי, לֹא.

Là où ils divergent, c'est selon l'avis de Rav. Abaye tient comme Rav ; et Rava pourra te dire : Rav n'a dit ce qu'il a dit là-bas que parce que les parois [formées par la descente de la tranche du plafond] sont faites pour l'akhsadra elle-même ; mais ici, où elles ne sont pas faites pour cela, non.

📜 Rachi (3)
כִּי פְּלִיגִי אַבַּיֵּי וְרָבָא:
« Là où ils divergent » — Abaye et Rava.
אַלִּיבָּא דְּרַב וּמִילְּתֵיהּ דְּרָבָא לָא דָּחֵיק לְאוֹקְמָא בִּפְלֻוגְתָּא דַּאֲפִילּוּ אַלִּיבָּא דְּרַב פְּלִיג לְמִיפַּסְלָה:
« Selon l'avis de Rav » — et le propos de Rava n'est pas si à l'étroit qu'il faille l'établir dans le désaccord [de Rav et Chmouel] : même selon l'avis de Rav, il diverge et déclare la soukka passoul.
דִּמְחִיצּוֹת פִּי תִּקְרָה זֶה לְשֵׁם אַכְסַדְרָה נַעֲשָׂה לִהְיוֹת לוֹ מְחִיצָּה לְחַלֵּל זֶה אֲבָל לֹא לִהְיוֹת מְחִיצָּה לָאֲוִיר שֶׁחוּצָה לָהֶן וְאִילּוּ מְחִיצָּה מְעַלַּיְיתָא הִיא הֲוָה סָמְכִינַן עֲלָהּ אֲבָל לְאַכְשׁוֹרַהּ ע"י גּוּד אַחִית לֹא דְּכִי אַגְּמָרֵיהּ רַחֲמָנָא לְמֹשֶׁה לְגוּד אַחִית בִּמְחִיצָּה הָעֲשׂוּיָה לֶחָלָל שֶׁלָּהּ אַגְּמָרֵיהּ וְלֹא לְחוּצָה לָהּ וּמִיהוּ הֵיכָא דְּיֵשׁ לָהּ פַּצִּימִין אע"ג דִּלְגַוָּואֵי עֲבִידָן לָבוּד בְּפָחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה כִּמְחִיצָה סְתוּמָה הִיא:
« Car les parois » — cette tranche de plafond a été faite pour l'akhsadra, pour lui servir de paroi à ce volume-ci, mais non pour être une paroi de l'air qui se trouve au-dehors. Et si c'était une paroi véritable, nous nous appuierions dessus ; mais pour la rendre kachère par gud ah'it (« tire vers le bas et fais descendre »), non : car lorsque le Miséricordieux a enseigné le gud ah'it à Moche, c'est pour une paroi faite pour son propre volume qu'Il le lui a enseigné, et non pour ce qui lui est extérieur. Toutefois, là où il y a des potsimim (montants), bien qu'ils soient faits pour l'intérieur, le lavoud — en deçà de trois tefahim — en fait l'équivalent d'une paroi pleine.
💡 Explication

Le folio précédent avait tente de réduire le désaccord d'Abaye et de Rava à celui, plus ancien, de Rav et Chmouel sur le transport du Chabbat dans une akhsadra. La réduction n'a réussi qu'à moitié : selon Chmouel, tout le monde s'accorde à invalider. Notre segment énonce ce qui reste : ki pligi aliba de-Rav, ils ne divergent que selon l'avis de Rav.

Abaye est purement et simplement Rav. Rava, lui, n'est pas contraint d'être Chmouel : il peut tenir comme Rav pour l'akhsadra du Chabbat et diverger tout de même pour la soukka. Sa distinction est celle-ci — Rav n'a validé le pi tikra yored ve-sotem que là où les parois virtuelles ferment le volume pour lequel le plafond a été construit. Ici, le sekhakh est posé dans l'air de la cour, hors du portique : ces parois serviraient un espace qui leur est étranger.

Rachi élève la distinction au rang de principe de la tradition : le gud ah'it a été transmis à Moche au Sinaï pour une paroi faite pour son propre volume. Mais il pose aussitôt une réserve capitale, qui commande tout le segment 3 : des potsimim espacés de moins de trois tefahim, eux, obturent par lavoud et valent des deux côtés.

🖼️ Schéma
Où se joue exactement le désaccord d'Abaye et de Rava La tentative de réduction ouverte en 18b n'aboutit qu'à moitié : elle n'aboutit que du côté de Rav Selon Chmouel -- rien à discuter Chmouel refuse déjà le pi tikra pour le Chabbat, là où le plafond sert son propre volume. À plus forte raison pour une soukka étendue hors du portique. Abaye et Rava s'accordent : passoul Selon Rav -- c'est là que tout se joue Rav applique le pi tikra à l'akhsadra en pleine campagne, pour le transport du Chabbat. Abaye : kachère Abaye EST Rav : le pi tikra vaut aussi pour la soukka Rava : passoul Rava n'est pas obligé d'être Chmouel : il peut diverger dans Rav même La distinction de Rava, et la règle de Rachi sur le gud ah it Rav n'a parlé que là où les parois virtuelles sont FAITES POUR l'akhsadra elle-même : elles ferment leur propre volume. Ici le sekhakh est posé dans l'air de la cour, hors du portique : ces parois serviraient un espace qui leur est extérieur. Rachi : quand le Miserocordieux a enseigné le gud ah it à Moche, c'est pour une paroi faite pour son propre volume. Réserve importante -- des potsimim, eux, valent par lavoud même au-dehors : moins de trois tefahim, c'est une obturation pleine, et on la jette de ce côté-ci comme de ce côté-là.
Où se joue le désaccord : selon Chmouel il n'y a plus rien à discuter, selon Rav tout se joue -- et la distinction de Rava.
2
תְּנַן: וְכֵן חָצֵר הַמֻּוקֶּפֶת אַכְסַדְרָה. וְאַמַּאי? נֵימָא פִּי תִקְרָה יוֹרֵד וְסוֹתֵם!

Nous avons appris dans la michna : « Et de même une cour entourée d'une akhsadra [— si la largeur du toit atteint quatre coudées, elle est passoul]. » Mais pourquoi donc ? Disons que la tranche du plafond descend et ferme !

📜 Rachi (1)
תְּנַן וְכֵן חָצֵר הַמֻּוקֶּפֶת אַכְסַדְרָה וְגַג אַכְסַדְרָה מַפְסִיק בֵּין מְחִיצּוֹת הַבָּתִּים לַאֲוִיר שֶׁסִּיכֵּךְ עָלָיו אִם יֵשׁ בְּרֹוחַב הַגַּג ד' אַמּוֹת פְּסוּלָה דְּתוּ לָא מְהַנֵּי לָהּ מְחִיצּוֹת הַבָּתִּים:
« Nous avons appris : et de même une cour entourée d'une akhsadra » — le toit de l'akhsadra fait écran entre les parois des maisons et l'espace au-dessus duquel on a posé le sekhakh ; si la largeur de ce toit atteint quatre coudées, elle est passoul, car les parois des maisons ne lui sont des lors plus d'aucun secours.
💡 Explication

La Guemara cherche à trancher entre Abaye et Rava par une michna. Le cas : une cour ceinturée d'un portique, sur le toit duquel on prend appui pour couvrir la cour. Les parois qui pourraient valider cette soukka sont celles des maisons, mais le toit du portique s'interpose entre elles et le sekhakh. Si ce toit fait quatre coudées de large, la michna déclare la soukka passoul.

Objection contre Abaye : pourquoi passoul ? La tranche du plafond du portique devrait descendre et fermer, fournissant une paroi juste à l'aplomb du sekhakh. Le silence de la michna sur le pi tikra semble donner raison à Rava.

3
תַּרְגְּמַהּ רָבָא אַלִּיבָּא דְּאַבָּיֵי: כְּשֶׁהִשְׁוָה אֶת קֵירוּיוֹ.

Rava l'a interprétée selon l'avis d'Abaye : il s'agit du cas où l'on a mis de niveau son couvrement.

📜 Rachi (2)
אַלִּיבָּא דְּאַבַּיֵּי בִּמְקוֹם אַבַּיֵּי וּבִשְׁבִילוֹ שֶׁתְּהֵא מִשְׁנָה זוֹ מְתֻורְגֶּמֶת לְפִי דְּבָרָיו:
« Selon l'avis d'Abaye » — à la place d'Abaye et pour lui, afin que cette michna soit interprétée conformément à ses paroles.
כְּשֶׁהִשְׁוָה אֶת קֵירוּיוֹ שֶׁעָשָׂה קֵירוּיוֹ נָמוּךְ וְלֹא נָתַן רָאשֵׁי קָנִים עַל גַּבֵּי תִּקְרָה שֶׁיְּהֵא פִּי תִּקְרָה נִרְאֶה בָּהּ אֶלָּא תְּלָאָן בְּשָׁוֶה לְפִי הַנְּסָרִים שֶׁאֵין חֻודָּן נִרְאֶה בַּסֻּוכָּה כָּל תִּקְרַת גַּגּוֹתֵיהֶן חֲלָקָה וְשָׁוָה הָיְתָה וְלֹא שִׁיפּוּעַ כְּעֵין שֶׁלָּנוּ אֶלָּא כְּתִקְרַת עֲלִיּוֹת:
« Lorsqu'il a mis de niveau son couvrement » — il a fait son couvrement bas et n'a pas posé l'extrémité des roseaux sur le dessus du plafond, de sorte que la tranche du plafond soit visible dans la soukka ; il les a au contraire ajustés au niveau du bord des planches, si bien que leur chant n'est pas visible depuis la soukka. Tous leurs plafonds de toits étaient lisses et plats, et non en pente comme les nôtres, mais comme le plafond d'un étage.
💡 Explication

Rava lui-même sauve la michna pour son adversaire — geste classique de la Guemara : celui qui n'a pas besoin de la réponse est le mieux placé pour la donner. La michna, dit-il, parle du cas où l'on a arasé le sekhakh au niveau du plafond du portique (kchehichva et kirouyo).

La raison est visuelle. Le pi tikra n'opère que si la tranche du plafond — le chant des planches, vu de profil — est perceptible depuis l'intérieur de la soukka. Si le sekhakh est posé exactement dans le prolongement du plafond, il n'y a plus aucune arête visible : rien ne descend, rien ne ferme. La michna ne contredit donc pas Abaye ; elle traite simplement d'une configuration où le principe ne s'applique pas.

Rachi ajoute une précision d'archéologie domestique : leurs toits n'étaient pas en pente comme les nôtres, mais plats comme le plafond d'un étage — ce qui rend l'affleurement parfaitement réalisable.

4
בְּסוּרָא מַתְנִי לְהָא שְׁמַעְתָּא בְּהַאי לִישָּׁנָא. בְּפוּמְבְּדִיתָא מַתְנֵי: סִיכֵּךְ עַל גַּבֵּי אַכְסַדְרָה שֶׁאֵין לָהּ פַּצִּימִין, דִּבְרֵי הַכֹּל פְּסוּלָה. יֵשׁ לָהּ פַּצִּימִין, אַבַּיֵּי אָמַר: כְּשֵׁרָה, רָבָא אָמַר: פְּסוּלָה. אַבַּיֵּי אָמַר כְּשֵׁרָה — אָמְרִינַן לָבוּד. רָבָא אָמַר פְּסוּלָה — לָא אָמְרִינַן לָבוּד. וְהִלְכְתָא כְּלִישָּׁנָא קַמָּא.

À Soura, on enseignait cette chemou'a dans cette version-ci. À Poumbedita, on l'enseignait ainsi : celui qui a couvert au-dessus d'une akhsadra qui n'a pas de potsimim (montants) — de l'avis de tous elle est passoul.

Si elle a des potsimim, Abaye dit : kachère ; Rava dit : passoul. Abaye dit kachère — nous appliquons le lavoud.

Rava dit passoul — nous n'appliquons pas le lavoud. Et la halakha suit la première version.

📜 Rachi (6)
לְהָא שְׁמַעְתָּא דְּאַבַּיֵּי וְרָבָא:
« Cette chemou'a » — celle d'Abaye et de Rava.
דִּבְרֵי הַכֹּל פְּסוּלָה דְּכֵיוָן דְּתִקְרָה לַחֲלַל אַכְסַדְרָה עֲשׂוּיָה וְלֹא לַאֲוִיר שֶׁחוּצָה לָהּ אֵין פִּיהָ נַעֲשָׂה מְחִיצּוֹת לָאֲוִיר:
« De l'avis de tous elle est passoul » — puisque le plafond est fait pour le volume de l'akhsadra et non pour l'air qui lui est extérieur, sa tranche ne devient pas paroi pour cet air.
יֵשׁ לָהּ פַּצִּימִין בְּפָחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה:
« Elle a des potsimim » — espaces de moins de trois tefahim.
אַבָּיֵי אָמַר כְּשֵׁרָה אָמְרִינַן לָבוּד ואע"פ שֶׁהַפַּצִּימִין לַחֲלַל אַכְסַדְרָה נַעֲשׂוּ וְלֹא לַאֲוִיר הַחִיצוֹן הָוְיָא לָהּ מְחִיצָּה דְּכָל פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה סְתִימָא מְעַלַּיְיתָא הִיא וְשַׁדְיֵיהּ לְהָכָא וּלְהָכָא:
« Abaye dit : kachère, nous appliquons le lavoud » — et bien que les potsimim aient été faits pour le volume de l'akhsadra et non pour l'air extérieur, cela lui fait une paroi : car tout ce qui est en deçà de trois tefahim est une obturation pleine et entière, et on la jette de ce côté-ci comme de ce côté-là.
וְרָבָא אָמַר פְּסוּלָה דְּלָבוּד לָאו מְחִיצָּה הִיא אֶלָּא מֵהֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי גְּמִירִי לַהּ וְכִי גְּמִירִי לָהּ לִהְיוֹת מְחִיצָּה לְחַלֵּל הַנַּעֲשֶׂה בִּשְׁבִילוֹ אֲבָל לְמִשְׁדְּיֵיהּ לְהָכָא וּלְהָכָא לֹא:
« Et Rava dit : passoul » — car le lavoud n'est pas une paroi par lui-même : c'est d'une halakha transmise à Moche au Sinaï que nous le tenons, et lorsque nous l'avons reçue, c'était pour être paroi du volume en vue duquel elle a été faite ; mais pour la jeter de ce côté-ci et de ce côté-là, non.
וְהִלְכְתָא כְּלִישָּׁנָא קַמָּא דְּרָבָא וְלֹא כְּלִישָּׁנָא בָּתְרָא דְּלָבוּד אָמְרִינַן אֲפִילּוּ לַאֲוִיר אֲבָל סְתִימַת פִּי תִּקְרָה לָא אָמְרִינַן אֶלָּא לְחַלֵּל:
« Et la halakha suit la première version » — celle de Rava [dans la version de Soura], et non la dernière : car le lavoud, nous l'appliquons même pour l'air extérieur, tandis que l'obturation par la tranche du plafond, nous ne la disons que pour le volume [qu'elle couvre].
⚖️ Rosh (1)
מַסְּקָנָא דְּמִילְּתָא סְכָךְ פָּסוּל בְּסֻוכָּה גְּדוֹלָה בְּאֶמְצַע אַרְבָּעָה טְפָחִים פְּסוּלָה פָּחוֹת מִכָּאן כְּשֵׁירָה וִישֵׁנִים תַּחְתָּיו. מִן הַצַּד בְּאַרְבַּע אַמּוֹת פְּסוּלָה פָּחוֹת מִכָּאן כְּשֵׁרָה וְאֵין יְשֵׁנִים תַּחְתָּיו כָּל זְמַן שֶׁיֵּשׁ בּוֹ ד' טְפָחִים סְכָךְ פָּסוּל בְּסֻוכָּה קְטַנָּה בֵּין מִן הַצַּד בֵּין בָּאֶמְצַע וּבִשְׁלֹשָׁה טְפָחִים פְּסוּלָה פָּחוֹת מִכָּאן כְּשֵׁרָה וִישֵׁנִים תַּחְתָּיו וַאֲוִיר בֵּין בְּסֻוכָּה גְּדוֹלָה בֵּין בְּסֻוכָּה קְטַנָּה בֵּין מִן הַצַּד בֵּין בָּאֶמְצַע בַּג' טְפָחִים פְּסוּלָה פָּחוֹת מִכָּאן כְּשֵׁרָה וְאֵין יְשֵׁנִים תַּחְתָּיו וּבִלְבַד כְּשֶׁאֲוִיר מְהַלֵּךְ בְּכָל אֹורֶךְ הַסֻּוכָּה:
Conclusion de la chose. Sekhakh passoul dans une grande soukka, au milieu : à quatre tefahim elle est passoul ; en deçà elle est kachère et l'on dort dessous. Sur le côté : à quatre coudées elle est passoul ; en deçà elle est kachère, mais l'on n'y dort pas dessous dès lors qu'il y a là quatre tefahim. Sekhakh passoul dans une petite soukka, que ce soit sur le côté ou au milieu : à trois tefahim elle est passoul ; en deçà elle est kachère et l'on dort dessous. Et le vide, que ce soit dans une grande ou une petite soukka, sur le côté ou au milieu : à trois tefahim elle est passoul ; en deçà elle est kachère, mais l'on n'y dort pas dessous — et cela, à condition que le vide coure sur toute la longueur de la soukka.
💡 Explication

La Guemara enregistre ici un fait rare et précieux : les deux grandes académies de Babylonie ne transmettaient pas le même débat sous les mêmes noms. À Soura, Abaye et Rava divergeaient sur le pi tikra, dans une akhsadra sans montants. À Poumbedita, on tenait pour acquis que sans montants c'est passoul de l'avis de tous, et l'on reportait le débat sur le cas avec montants : la question n'est plus le pi tikra mais le lavoud — les intervalles de moins de trois tefahim entre les potsimim sont-ils réputés comblés ?

La halakha suit la première version, celle de Soura, et c'est Rava qui l'emporte. Le résultat pratique combine les deux principes de façon dissymétrique, comme le formule Rachi : le lavoud obture même au service d'un espace qui lui est extérieur ; le pi tikra, lui, ne ferme que le volume pour lequel le plafond a été construit.

Le Roch, au terme de tout le chapitre, dresse le tableau des mesures — quatre tefahim, quatre coudées, trois tefahim selon que la soukka est grande ou petite, que le défaut est au milieu ou sur le côté, qu'il s'agit de sekhakh passoul ou de vide. Il faut le lire en regard des segments 12 à 14, qui en fournissent la matière.

🖼️ Schéma
Deux écoles, deux versions de la même chemou a -- et une halakha tranchée La Guemara enregistre que Soura et Poumbedita ne transmettaient pas le même débat sous les mêmes noms SOURA -- la version que nous avons lue Cas : akhsadra SANS potsimim. Enjeu : pi tikra yored ve-sotem. Abaye : kachère la tranche descend et ferme Rava : passoul on ne dit pas pi tikra ici Avec potsimim, personne ne discute : le lavoud obture, même vers l'air extérieur (Rachi, seg 0). Cette version est retenue. POUMBEDITA -- l'autre transmission Sans potsimim : passoul de l'avis de TOUS. Le débat est reporté sur : AVEC potsimim. Abaye : kachère on applique le lavoud Rava : passoul on n'applique pas le lavoud Rachi : pour ce Rava, le lavoud n'est qu'une halakha de Sinaï, donnée pour le volume qu'elle sert. Cette version est écartée. Ve-hilkheta ke-lichna kama -- ce qui reste en pratique LAVOUD : oui, il obture même au service d'un espace extérieur -- moins de trois tefahim vaut paroi pleine, des deux côtés. PI TIKRA : non, la tranche du plafond ne ferme que le volume pour lequel le plafond a été construit. C'est la formule même de Rachi : le lavoud, nous le disons même pour l'air ; l'obturation par la tranche, nous ne la disons que pour le volume.
Soura contre Poumbedita : deux versions du même débat, et ce que la halakha retient de chacune.
5
רַב אָשֵׁי אַשְׁכְּחֵיהּ לְרַב כָּהֲנָא דְּקָא מְסַכֵּךְ עַל גַּבֵּי אַכְסַדְרָה שֶׁאֵין לָהּ פַּצִּימִין. אֲמַר לֵיהּ: לָא סָבַר מָר הָא דְּאָמַר רָבָא: יֵשׁ לָהּ פַּצִּימִין כְּשֵׁרָה, אֵין לָהּ פַּצִּימִין פְּסוּלָה! אַחְוִי לֵיהּ, נִרְאֶה מִבִּפְנִים וְשָׁוֶה מִבַּחוּץ.

Rav Achi trouva Rav Kahana en train de poser le sekhakh au-dessus d'une akhsadra qui n'avait pas de potsimim. Il lui dit : le Maître ne tient-il pas ce qu'a dit Rava — si elle a des potsimim elle est kachère, si elle n'en a pas elle est passoul ?

Il lui montra : [le montant] est visible de l'intérieur et affleure à l'extérieur.

📜 Rachi (2)
רַב אָשֵׁי אַשְׁכְּחֵיהּ לְרַב כָּהֲנָא כו' סֻוכָּה זוֹ שְׁתַּיִם כְּהִלְכָתָן הָיוּ לָהּ דָּרוֹם וּמִזְרָח וְהַשְּׁלִישִׁית סְמוּכָה לָאַכְסַדְרָה וְלֹא הָיָה עוֹשֶׂה בָּהּ טֶפַח שֶׁאָמְרוּ חֲכָמִים:
« Rav Achi trouva Rav Kahana... » — cette soukka avait deux [parois] selon la règle, au sud et à l'est, et la troisième était adossée à l'akhsadra ; or il n'y faisait pas le tefah qu'ont prescrit les Sages.
אַחְוִי לֵיהּ שֶׁהָיָה פַּצִּים שֶׁבּוֹ טֶפַח וְיוֹתֵר עוֹמֵד אֵצֶל הַיּוֹצֵא אֲבָל מָשׁוּךְ רָחְבּוֹ לַאֲחוֹרֵי סֻוכָּה בְּאֹורֶךְ שֶׁהָאַכְסַדְרָה עוֹדֵף עַל הַסֻּוכָּה וְאֵינוֹ נִרְאֶה לְתוֹכָהּ אֶלָּא עוֹמֵד בְּשָׁוֶה לַדֹּופֶן בְּסוֹפוֹ:
« Il lui montra » — qu'il y avait là un potsim d'un tefah ou davantage, dressé près de la partie qui déborde, mais dont la largeur s'étend derrière la soukka, sur la longueur dont l'akhsadra dépasse la soukka ; il n'est pas visible depuis l'intérieur de celle-ci, mais se tient de niveau avec la paroi, à son extrémité.
🗂️ Tossefot (1)
אַחְוִי לֵיהּ נִרְאֶה מִבַּחוּץ וְשָׁוֶה מִבִּפְנִים. תֵּימַהּ הֵיאַךְ הוּא מוֹעִיל בְּסֻוכָּה כֵּיוָן דְּלָא מִינְכַּר מִבִּפְנִים שְׁלִישִׁית שֶׁל טֶפַח דְּאִי מִשּׁוּם מִיגּוֹ חֲדָא דְּאַטּוּ מִי לָא עֲבַד רַב כָּהֲנָא סֻוכָּה אֶלָּא בְּשַׁבָּת וְעוֹד דְּלִשְׁלִישִׁית דְּאוֹרָיְיתָא לָא מְהַנֵּי מִיגּוֹ כִּדְפֵי' לְעֵיל:
Étonnant : comment cela peut-il servir pour une soukka, puisque la troisième [paroi] d'un tefah ne se distingue pas de l'intérieur ? Et si c'est en vertu du migo (« puisque c'est une paroi pour l'erouv, ce l'est aussi pour la soukka ») — d'abord, Rav Kahana n'aurait-il donc construit sa soukka que pour Chabbat ? Et de plus, pour une troisième paroi d'ordre toranique, le migo ne sert de rien, comme nous l'avons expliqué plus haut.
💡 Explication

Scène vivante : Rav Achi surprend Rav Kahana en flagrant délit apparent de transgression de la halakha qu'on vient de fixer. La soukka de Rav Kahana n'a que deux parois pleines, au sud et à l'est ; le troisième côté s'ouvre sur l'akhsadra, et Rav Achi n'y voit pas le tefah qui tiendrait lieu de troisième paroi.

Rav Kahana ne répond pas par un argument mais par un geste : ah'avei leih, il lui montre. Il y a bien un potsim d'un tefah — seulement il faut savoir d'où le regarder. Notre texte dit « visible de l'intérieur et affleurant à l'extérieur » ; le segment suivant donnera la formulation inverse, et le dibour hamatchil de Tossefot atteste que sa version portait déjà l'inverse ici même.

Tossefot pose la vraie difficulté : si le montant ne se voit pas de l'intérieur, comment peut-il servir de paroi pour une soukka ? On ne peut pas invoquer le migo (il vaut comme paroi pour l'erouv, donc aussi pour la soukka) : d'une part Rav Kahana n'a pas bâti sa soukka pour le seul Chabbat, d'autre part une troisième paroi est ici une exigence de la Tora, et le migo n'y suffit pas.

🖼️ Schéma
La soukka de Rav Kahana, vue de dessus : où se cache la troisième paroi Deux parois pleines au sud et à l'est ; le troisième côté s'ouvre sur l'akhsadra. Tout tient au montant d'un tefah -- et à l'endroit d'où on le regarde Cas 1 -- visible de l'intérieur, affleurant à l'extérieur nir é mibifnim ve-chave mibahoutz akhsadra (portique) plan de l'akhsadra -- pas de paroi ici soukka est sud potsim d'un tefah il fait saillie DANS la soukka oe d'ici on le voit Cas 2 -- visible de l'extérieur, affleurant à l'intérieur nir é mibahoutz ve-chave mibifnim -- c'est la version de Tossefot et du Rachi imprimé akhsadra (portique) soukka est sud potsim d'un tefah il fait saillie EN DEHORS oe d'ici on ne voit rien oe de l'akhsadra, au-delà de la soukka, on le voit La preuve du segment 6 : ce qui est visible de l'extérieur et affleurant à l'intérieur est jugé au titre de lehi Le lehi est le montant qui rend apte un mavoi ; or le lehi est exactement ce qu'on appelle ici potsim. Donc l'akhsadra de Rav Kahana avait bien des potsimim : selon Rava lui-même, la soukka est kachère.
Les deux formulations du montant d'un tefah, vues de dessus : selon l'endroit d'où l'on regarde, il se voit ou il disparaît.
6
אִי נָמֵי, נִרְאֶה מִבַּחוּץ וְשָׁוֶה מִבִּפְנִים.

Ou bien : visible de l'extérieur et affleurant à l'intérieur.

📜 Rachi (1)
וְשָׁוֶה מִבִּפְנִים לְאוֹתָם הָעוֹמְדִים בִּפְנִים אֵינוֹ נִרְאֶה אֲבָל לְאוֹתָם הָעוֹמְדִים בְּאַכְסַדְרָה לְהַלָּן מִכְּנֶגֶד הַסֻּוכָּה וְאֵין רוֹאִין אֶת חֲלָלָהּ נִרְאֶה רֹוחַב פַּצִּים זֶה בְּהַתְחָלַת דֹּופֶן שְׁלִישִׁית לַסֻּוכָּה:
« Et affleurant à l'intérieur » — pour ceux qui se tiennent à l'intérieur, il n'est pas visible ; mais pour ceux qui se tiennent dans l'akhsadra, au-delà de l'aplomb de la soukka, et qui n'en voient pas le volume, la largeur de ce potsim apparaît comme le commencement d'une troisième paroi pour la soukka.
💡 Explication

La Guemara donne la formulation inverse comme variante également recevable. Ce n'est pas une hésitation : les deux cas de figure existent, et c'est le second qui va être appuyé par une source au segment suivant.

Rachi décrit exactement la position de l'observateur. Depuis l'intérieur de la soukka, on ne distingue rien : le montant affleure la paroi. Mais celui qui se tient dans l'akhsadra, plus loin, là où il ne voit plus le volume de la soukka, aperçoit la largeur du potsim comme l'amorce d'une troisième paroi. La question devient donc : un témoin extérieur suffit-il à constituer une paroi ?

7
דְּאִתְּמַר: נִרְאֶה מִבַּחוּץ וְשָׁוֶה מִבִּפְנִים, נִידּוֹן מִשּׁוּם לֶחִי. וְלֶחִי הַיְינוּ פַּצִּימִין.

Car il a été dit : [un montant] visible de l'extérieur et affleurant à l'intérieur est jugé au titre de lehi. Or le lehi, c'est précisément le potsim.

📜 Rachi (3)
דְּאָמַר מַר לְעִנְיַן מָבוֹי שֶׁהִכְשִׁירוֹ בְּלֶחִי אִם נְתָנוֹ לְהַלָּן מִן הַפֶּתַח שֶׁשָּׁוֶה וְכַלָּה עֳובִי הַלֶּחִי עִם אֹורֶךְ הַדֹּופֶן שֶׁבִּפְנִים וְנִרְאֶה שֶׁהוּא סוֹף הַדֹּופֶן שֶׁאֵינוֹ בּוֹלֵט כְּלוּם לְתוֹךְ חֲלַל הַפֶּתַח אֲבָל בּוֹלֵט הוּא לְצַד רְשׁוּת הָרַבִּים כְּנֶגְדּוֹ אוֹ מִן הַצַּד וְנִיכָּר לָעוֹמְדִים מִבַּחוּץ שֶׁאֵינוֹ מִן הַדֹּופֶן:
« Car le Maître a dit » — à propos d'un mavoi (ruelle) que l'on rend apte par un lehi : si on l'a placé en retrait de l'entrée, de sorte que l'épaisseur du lehi se confonde et s'achève avec la longueur de la paroi qui est à l'intérieur, et qu'il paraisse n'être que le bout de cette paroi, sans faire aucune saillie dans le vide de l'entrée — mais qu'il fasse bel et bien saillie du côté du domaine public en face de lui, ou sur le côté, et se distingue pour ceux qui se tiennent au-dehors comme n'appartenant pas à la paroi.
נִידּוֹן מִשּׁוּם לֶחִי וְהָכָא נָמֵי נִידּוֹן מִשּׁוּם דֹּופֶן:
« Il est jugé au titre de lehi » — et ici de même, il est jugé au titre de paroi.
וְהַייְנוּ פַּצִּימָהּ זֶהוּ פַּצִּים שֶׁלָּהּ:
« Et c'est là le potsim » — c'est bien le potsim de cette [akhsadra].
💡 Explication

La justification vient du droit des erouvin. Une ruelle ouverte sur le domaine public devient un domaine où l'on peut porter le Chabbat si l'on dresse un lehi, un montant, à son entrée. Or il est établi qu'un montant placé en retrait, invisible depuis l'intérieur de la ruelle mais saillant à l'extérieur, est jugé au titre de lehi : sa perception depuis le dehors suffit.

Le raisonnement s'achève en une ligne : ve-lehi haynou potsimim — le lehi n'est rien d'autre que ce que notre sougya appelle potsim. L'akhsadra de Rav Kahana avait donc bien des montants, et selon Rava lui-même sa soukka est kachère. Le reproche de Rav Achi tombe.

8
תְּנָא: פְּסָל הַיּוֹצֵא מִן הַסֻּוכָּה — נִידּוֹן כְּסֻוכָּה. מַאי פְּסָל הַיּוֹצֵא מִן הַסֻּוכָּה? אָמַר עֻולָּא: קָנִים הַיּוֹצְאִים לַאֲחוֹרֵי סֻוכָּה.

Il a été enseigné : le pessal qui sort de la soukka est jugé comme la soukka. Qu'est-ce que le pessal qui sort de la soukka ?

Oulla dit : des roseaux qui débordent derrière la soukka.

📜 Rachi (2)
לַאֲחוֹרֵי סֻוכָּה חוּץ לְדֹופֶן אֶמְצָעִי שֶׁהוּא אֲחוֹרֵי' שֶׁל הַסֻּוכָּה:
« Derrière la soukka » — au-delà de la paroi médiane, qui est l'arrière de la soukka.
קָנִים מִן הַסְּכָךְ:
« Des roseaux » — [pris] du sekhakh.
⚖️ Rosh (2)
תָּנָא פְּסָל הַיּוֹצֵא מִן הַסֻּוכָּה נִידּוֹן כַּסֻּוכָּה מַאי פְּסָל הַיּוֹצֵא מִן הַסֻּוכָּה אָמַר עֻולָּא קָנִים הַיּוֹצְאִים לַאֲחוֹרֵי סֻוכָּה וְאִית בְּהוּ הֶכְשֵׁר סֻוכָּה וּשְׁלֹשָׁה דְּפָנוֹת וְצִלָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ וקמ"ל אע"ג דִּלְגַוַּאי עֲבִידִי לְבָרָאֵי לָא עֲבִידִי כְּשֵׁרָה. רַבָּה וְרַב יוֹסֵף דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ הָכָא בְּקָנִים הַיּוֹצְאִים לִפְנִים מִן הַסֻּוכָּה עָסְקִינַן וּמַשְׁכָּא חַד דֹּופֶן בַּהֲדַייְהוּ מַהוּ דְּתֵימָא הָא לְחוּדֵיהּ קַיְימָא וְהָא לְחוּדֵיהּ קַיְימָא קמ"ל. וּמַייְרֵי בְּשֶׁעָשָׂה שְׁתֵּי מְחִיצּוֹת שֶׁל הַצְּדָדִין אֲרֻוכּוֹת אע"פ שֶׁהָיָה לוֹ דַּיי בַּז' טְפָחִים בְּאַחַת מֵהֶן זֶה מוֹכִיחַ שֶׁרוֹצֶה לַעֲשׂוֹת כָּל הַסֻּוכָּה בִּדְפָנוֹת אֲרֻוכּוֹת וְדֹופֶן הָאַחַת הַנִּמְשֶׁכֶת עִם הַפֶּסֶל לָאו מִן הַסֻּוכָּה הוּא אֶלָּא בִּפְנֵי עַצְמוֹ קָאֵי וְנִמְצָא שֶׁאֵין לוֹ אֶלָּא דֹּופֶן אַחַת וְאַפֵּ"ה נִידּוֹן כְּסֻוכָּה. רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר ר' יוֹחָנָן הָכָא בְּסֻוכָּה שֶׁרֻובָּהּ צִלָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ וּמִיעוּטָהּ חֲמָתָהּ מְרֻובָּה מְצִלָּתָהּ פִּי' בְּרוֹב הַסֻּוכָּה הַצֵּל רַבָּה עַל הַחַמָּה שְׁנֵי מִשֶּׁהָוְיִין וּבְמִיעוּט הַחַמָּה רַבָּה עַל הַצֵּל מַשֶּׁהוּ וּכְשֶׁתִּצְטָרֵף יַחַד הַצֵּל וְהַחַמָּה שֶׁל כָּל הַסֻּוכָּה תִּהְיֶה צִלָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ מַשֶּׁהוּ. וּמַאי יוֹצֵא יוֹצֵא מֵהֶכְשֵׁר סֻוכָּה וְר' אוֹשַׁעְיָא אָמַר לֹא. נִצְרְכָה אֶלָּא לִסְכָךְ פָּסוּל פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה בְּסֻוכָּה קְטַנָּה וּמַאי יוֹצֵא יוֹצֵא מִתּוֹרַת סֻוכָּה מַתְקֵיף לַהּ רַב הוֹשַׁעְיָא וְלֹא יְהֵא אֶלָּא אֲוִיר וַאֲוִיר פָּחוֹת מג' בְּסֻוכָּה קְטַנָּה מִי פָּסֵיל אָמַר רַבָּה זֶה מִצְטָרֵף וִישֵׁנִים תַּחְתָּיו וְזֶה מִצְטָרֵף וְאֵין יְשֵׁנִים תַּחְתָּיו פרש"י אֲוִיר פָּחוֹת מג' מִצְטָרֵף לְהַשְׁלִים שִׁיעוּר סֻוכָּה אֲבָל אֵין יְשֵׁנִים תַּחְתָּיו וְאַשְׁמְעִינַן תַּנָּא דִּסְכָךְ פָּסוּל נִידּוֹן כְּסֻוכָּה לוֹמַר דְּמִצְטָרֵף וִישֵׁנִים תַּחְתָּיו וְכֵן מַשְׁמַע בִּירֻושַּׁל' בפ"ג דִּבְרָכוֹת הֲלָכָה א דְּגָרְסִינַן הָתָם אֲנַן חָמַיי רַבָּנַן קָיְימִין בְּסֻוכָּה וְיָלְפִינַן מִטִּיט הַנָּרוֹק כִּדְתָנֵינַן הָתָם הִרְחִיק אֶת הַסִּיכּוּךְ מִן הַדְּפָנוֹת ג' טְפָחִים פְּסוּלָה פָּחוֹת מִיכֵּן כַּשּׁוּרָה מַהוּ לִישֹׁן תַּחְתָּיו הֵשִׁיב ר' יִצְחָק בַּר אֱלִיעֶזֶר הֲרֵי טִיט הַנָּרוֹק שֶׁמִּצְטָרֵף לַמִּקְוֶה וְאֵין מַטְבִּילִין בּוֹ אַף הָכָא מַשְׁלִים לְסֻוכָּה וְאֵין יְשֵׁנִים תַּחְתָּיו וְלָא תִּיקְשֵׁי לָךְ הֵיאַךְ יוּכַל אָדָם לִיזָּהֵר בְּסֻוכָּה מְלֵיאָה נְקָבִים שֶׁלֹּא יִישַׁן תַּחַת הַנְּקָבִים דְּהָכָא מַיְירֵי כְּשֶׁאֲוִיר מְהַלֵּךְ בְּכָל אֹורֶךְ הַסֻּוכָּה וּמֵימְרָא דְּכָל הָנֵי אָמוֹרָאֵי הִלְכְתָא נִינְהוּ:
Il a été enseigné : le pessal qui sort de la soukka est jugé comme la soukka. Qu'est-ce que le pessal qui sort de la soukka ? Oulla dit : des roseaux qui débordent derrière la soukka — et il y a là la mesure requise d'une soukka, trois parois, et son ombre supérieure à son ensoleillement ; et il nous apprend que, bien qu'[elles] soient faites pour l'intérieur et non pour l'extérieur, elle est kachère. Rabba et Rav Yossef disent tous deux : il s'agit ici de roseaux qui débordent devant la soukka, une seule paroi se prolongeant avec eux. On aurait pu dire que celle-ci se tient à part et celle-là se tient à part — il nous apprend qu'il n'en est rien. Et il s'agit du cas où il a fait longues les deux parois latérales, alors que sept tefahim lui auraient suffi pour l'une d'elles : cela prouve qu'il entend faire toute sa soukka avec de longues parois, si bien que l'unique paroi qui se prolonge avec le pessal n'appartient pas à la soukka mais se tient à part — il se trouve donc qu'il n'a là qu'une seule paroi, et malgré cela [ce débord] est jugé comme la soukka. Rabba bar bar Hana dit au nom de Rabbi Yo'hanan : il s'agit ici d'une soukka dont, pour la plus grande part, l'ombre excède l'ensoleillement, et pour une petite part, l'ensoleillement excède l'ombre. Explication : sur la plus grande partie de la soukka, l'ombre l'emporte sur le soleil de deux « riens » ; sur la petite partie, le soleil l'emporte sur l'ombre d'un « rien » ; et lorsqu'on additionne ensemble l'ombre et le soleil de toute la soukka, son ombre excède son ensoleillement d'un « rien ». Et que signifie « qui sort » ? Qui sort des conditions de validité de la soukka. Et Rabbi Ochaya dit : cela n'était nécessaire que pour un sekhakh passoul de moins de trois tefahim dans une petite soukka. Et que signifie « qui sort » ? Qui sort du statut même de soukka. Rav Hochaya objecte : qu'il ne soit rien de plus que du vide ! Or du vide de moins de trois tefahim dans une petite soukka invalide-t-il ? Rabba dit : celui-ci s'additionne et l'on dort dessous, tandis que celui-là s'additionne mais l'on n'y dort pas dessous. Rachi explique : le vide de moins de trois tefahim s'additionne pour compléter la mesure de la soukka, mais l'on n'y dort pas dessous ; et le tana nous apprend que le sekhakh passoul est jugé comme la soukka, c'est-à-dire qu'il s'additionne et que l'on dort dessous. Et c'est aussi ce qui ressort du Yerouchalmi, chapitre 3 de Berakhot, halakha 1, où nous lisons : nous voyons les Sages se tenir sur [la question de] la soukka et l'apprendre de la boue liquide, comme nous l'avons appris là-bas : s'il a écarté le sekhakh des parois de trois tefahim, elle est passoul ; en deçà, elle est kachère — peut-on dormir dessous ? Rabbi Yits'hak bar Eliezer répondit : voici la boue liquide, qui s'ajoute pour compléter le mikve et dans laquelle pourtant on ne s'immerge pas ; ici de même, elle complète la soukka et l'on n'y dort pas dessous. Et ne t'embarrasse pas de savoir comment un homme pourrait, dans une soukka pleine de trous, prendre garde de ne pas dormir sous ces trous : il s'agit ici du cas où le vide court sur toute la longueur de la soukka. Et les propos de tous ces Amoraim ont force de halakha.
הָיְתָה גָּבוֹהַּ מֵעֶשְׂרִים אַמָּה וְהוּצִין יוֹרְדִין לְתוֹךְ עֶשְׂרִים אִם צִלָּתָן מְרֻובָּה מֵחַמָּתָן כְּשֵׁירָה ואע"פ שֶׁמִּקְצָת הַסְּכָךְ הָוְיָא מִלְמַעְלָה הָא אָמְרִינַן בְּפ"ק דְּעֵירוּבִין דַּף ג: חֲלַל סֻוכָּה תְּנַן חֲלַל מָבוֹי תְּנַן וְהָכֵי פֵּירוּשׁוֹ הוּצִין יוֹרְדִין לְתוֹךְ כ' כְּלוֹמַר שֶׁמַּגִּיעוֹת עַד חֲלַל כ' כְּשֵׁירָה וְאִם לָאו פְּסוּלָה דִּכְמַאן דְּלֵיתַנְהוּ דָּמִי נִמְצָא שֶׁאֵין הַסְּכָךְ מַגִּיעַ עַד חֲלַל כ'. הָיְתָה גָּבוֹהַּ לְמַעְלָה מִי' וְהוּצִין יוֹרְדִין לְתוֹךְ י' סָבַר אַבָּיֵי לְמֵימַר אִם חַמָּתָהּ מְרֻובָּה מִצִּלָּתָהּ כְּשֵׁירָה דִּכְמַאן דְּלֵיתַנְהוּ דָּמֵי וְאִיכָּא חֲלָלָה י'. א"ל רָבָא הַאי דִּירָה סְרוּחָה הִיא וְאֵין אָדָם דָּר בְּדִירָה סְרוּחָה. הָיְתָה גָּבוֹהַּ מכ' אַמָּה וּבָנָה בָּהּ אִיצְטְבָא כְּנֶגֶד דֹּופֶן הָאֶמְצָעִי עַל פְּנֵי כֻּולָּהּ וְיֵשׁ בָּהּ הֶכְשֵׁר סֻוכָּה כְּשֵׁירָה פרש"י כְּשֵׁירָה כָּל הַסֻּוכָּה אֲפִילּוּ מִן הָאִיצְטַבָּא וָהָלְאָה דְּמוֹנִין מִנְיַן חֲלָלָה מֵרֹאשׁ הָאִיצְטַבָּא לְמַעְלָה וְנִמְצָא דֹּופֶן הָאֶמְצָעִי כֻּולָּהּ כְּשֵׁירָה וְדָפְנוֹת הַצְּדָדִין בְּרֹוחַב הָאִיצְטַבָּא הֻוכְשְׁרוּ בָּהּ וַהֲרֵי כָּאן סֻוכָּה קְטַנָּה כְּשֵׁירָה וְאָמַר לְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף יט.) פְּסָל הַיּוֹצֵא מִן הַסֻּוכָּה נִידּוֹן כַּסֻּוכָּה וּמְפָרְשִׁינַן לֵיהּ אִם יֵשׁ הֶכְשֵׁר סֻוכָּה בְּיַחַד וְעוֹד יֵשׁ בַּסֻּוכָּה מִשָּׁם וָהָלְאָה פָּסַל דְּהַיְינוּ סְכָךְ הֶעָשׂוּי מִפְּסֹולֶת גֹּורֶן וְיֶקֶב וְיוֹצֵא מֵהֶכְשֵׁר סֻוכָּה שֶׁאֵין לוֹ הֶכְשֵׁר דְּפָנוֹת נִידּוֹן כְּסֻוכָּה וְכָל הַסֻּוכָּה כְּמוֹ שֶׁהִיא גְּדוֹלָה כְּשֵׁירָה. וְהִקְשָׁה ה"ר יְשַׁעְיָה דְּהָא דְּאָמְרִינַן לְקַמָּן שָׁם פְּסָל הַיּוֹצֵא מִן הַסֻּוכָּה נִידּוֹן כַּסֻּוכָּה הַייְנוּ הֵיכָא דְּאִית לֵיהּ הֶכְשֵׁר דְּפָנוֹת אֶלָּא דְּלָא מוֹכְחָא מִילְּתָא כֻּולֵּי הַאי מש"ה נִידּוֹן כְּסֻוכָּה אֲבָל הָכָא דְּמִן הָאִיצְטַבָּא וָהָלְאָה גְּבוֹהָה יוֹתֵר מִכ' אַמָּה מֵהֵיכִי תַּיְתֵי לָהּ הֶכְשֵׁר אִילּוּ סֻוכָּה הַמְסֻוכֶּכֶת חֶצְיָהּ בִּסְכָךְ כָּשֵׁר וְחֶצְיָהּ בִּסְכָךְ פָּסוּל אַף עַל פִּי שֶׁיֵּשׁ שִׁיעוּר הֶכְשֵׁר בִּסְכָךְ הַכָּשֵׁר הַיּוֹשֵׁב תַּחַת סְכָךְ פָּסוּל מִי יָצָא יְדֵי חוֹבָתוֹ ה"נ הָכָא דְּכֹל לְמַעְלָה מכ' סְכָךְ פָּסוּל וּכְשֶׁפּוֹדִין שֶׁל בַּרְזֶל דָּמֵי. וּפֵירֵשׁ הוּא דְּאֵינָהּ כְּשֵׁירָה אֶלָּא עַל הָאִיצְטַבָּא וְעוֹד לָא דָּמֵי לִפְסֹל דְּהָתָם הַדֹּופֶן הַקָּצָר נִמְשָׁךְ כְּנֶגֶד הָאֹורֶךְ כִּדְאָמַר שְׁתַּיִם כְּהִלְכָתָן וּשְׁלִישִׁית אֲפִילּוּ טֶפַח אֲבָל הָכָא הֵיכָא אַשְׁכְּחַן שֶׁיְּהֵא נִמְשָׁךְ וְנֵימָא חֲפִירָה כְּמַאן דְּמַלְיָא דָּמֵי. ונ"ל לְקַיֵּים פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י דְּהָא דְּאָמְרִינַן לְקַמָּן גַּבֵּי פְּסָל הַיּוֹצֵא מִן הַסֻּוכָּה נִידּוֹן כַּסֻּוכָּה וּמְשָׁכָהּ חַד דֹּופֶן בַּהֲדֵיהּ מִדְּקָרֵי לֵיהּ פְּסָל הַיּוֹצֵא מִן הַסֻּוכָּה עַל כָּרְחִין שְׁאָר שְׁתֵּי הַדְּפָנוֹת לָא שָׁיְיכִי לְהַאי יוֹצֵא דְּאִי שָׁייְכִי לֵיהּ הֲרֵי יֵשׁ ב' מְחִיצּוֹת שְׁלֵימוֹת וְאַחַת קְצָרָה כְּדִין הֶכְשֵׁר סֻוכָּה וּבִכְלַל הַסֻּוכָּה הוּא אֶלָּא כִּדְפָרְשִׁינַן לְקַמָּן דְּאַחַר שֶׁעָשָׂה מְחִיצָּה הַשְּׁלִישִׁית אֲרֻוכָּה בְּאֹורֶךְ סֻוכָּתוֹ אע"פ שֶׁהָיָה לוֹ דַּי בַּז' טְפָחִים גַּלִּי בְּדַעְתֵּיהּ מַה שֶׁאֵינוֹ בֵּין ב׳ הַמְּחִיצּוֹת אֵינוֹ בִּכְלַל סֻוכָּתוֹ וְאֵין לִפְסֹל הַיּוֹצֵא אֶלָּא מְחִיצָּה אַחַת אֲפִילּוּ הָכֵי נִידּוֹן כְּסֻוכָּה וְעוֹד הָא אָמְרִינַן לְקַמָּן לְחַד פֵּירוּשׁ אִם רֻובָּהּ צִלָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ וּמִיעוּטָהּ חֲמָתָהּ מְרֻובָּה מְצִלָּתָהּ מֻותָּר לֶאֱכֹול בָּהּ אַף בְּאוֹתוֹ מִיעוּט אע"פ שֶׁאֵינָהּ מְסֻוכָּךְ כְּהִילְכָתָהּ וּמַה שֶׁהִקְשָׁה מִסֻּוכָּה שֶׁחֶצְיָהּ סְכָךְ פָּסוּל לָא דָּמֵי דִּסְכָךְ לְמַעְלָה מכ' לָא מִיקְּרֵי סְכָךְ פָּסוּל כִּדְפֵירֵשׁ ר"ת כֵּיוָן דְּמִין כָּשֵׁר הוּא וְאֵינוֹ נִפְסָל אֶלָּא מֵחֲמַת גָּובְהָהּ הִלְכָּךְ כֵּיוָן דְּמִקְצָתוֹ כְּשֵׁירָה אִידָךְ נִידּוֹן כְּפַסָּל הַיֹּוצֵא מִן הַסֻּוכָּה: בָּנָה בָּהּ אִיצְטַבָּא מִן הַצַּד אִם אֵין מִשְּׂפַת הָאִיצְטַבָּא וְלַכֹּותֶל ד׳ אַמּוֹת כְּשֵׁירָה וְאִם לָאו פְּסוּלָה וְזוֹ הִיא צוּרָתָהּ כְּשֶׁאֵין ד׳ אַמּוֹת מִשְּׂפַת הָאִיצְטַבָּא עַד הַכֹּותֶל הַשֵּׁנִי כְּשֵׁירָה דְּאָמְרִינַן דֹּופֶן עֲקֻומָּה פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י רוֹאִין סְכָךְ עֶלְיוֹן הַמְחֻובָּר לַדֹּופֶן הָרָחוֹק כְּאִילּוּ מִן הַדֹּופֶן עַצְמוֹ וְעָקוּם עַד כְּנֶגֶד הָאִיצְטַבָּא וּמִכָּאן מוֹדְדִין אֶת גָּובְהָהּ מִשְּׂפַת הָאִיצְטַבָּא וּלְמַעְלָה ואע"פ שֶׁמִּתַּחְתָּיו נִמְשָׁךְ כְּלַפֵּי חוּץ הוֹאִיל וְרֹאשׁוֹ אֵינוֹ כָּלֶה ע"כ זֶהוּ גֹּובַהּ חֲלָלוֹ וַהֲרֵי נִתְמַעֵט חָלָל מִתַּחְתָּיו ע"כ. וְלֹא הִכְשִׁיר רַשִׁ"י כָּל הַסֻּוכָּה שֶׁהֲרֵי אֵין לָהּ סְכָךְ כֵּיוָן דְּרוֹאִין אֶת הַסְּכָךְ כְּאִילּוּ הוּא כֹּותֶל עָקֹום:
Si elle était haute de plus de vingt coudées et que les brindilles [du sekhakh] descendent en deçà des vingt : si leur ombre excède leur ensoleillement, elle est kachère. Et bien qu'une partie du sekhakh se trouve au-dessus, nous avons dit au premier chapitre d'Erouvin (3b) : c'est du volume intérieur de la soukka que parle la michna, c'est du volume intérieur du mavoi que parle la michna. Et voici le sens : « les brindilles descendent en deçà des vingt », c'est-à-dire qu'elles atteignent le volume des vingt — alors elle est kachère ; sinon elle est passoul, car [ce qui est au-dessus] est comme inexistant, et il se trouve que le sekhakh n'atteint pas le volume des vingt. Si elle était haute de plus de dix [tefahim] et que les brindilles descendent en deçà des dix, Abaye a pensé dire : si son ensoleillement excède son ombre, elle est kachère, car [ces brindilles] sont comme inexistantes et il reste un volume de dix. Rava lui dit : c'est là une demeure repoussante, et nul n'habite dans une demeure repoussante. Si elle était haute de plus de vingt coudées et qu'il y ait bâti une banquette (itstseva) le long de la paroi médiane, sur toute sa longueur, et qu'il y ait là la mesure d'une soukka valable, elle est kachère. Rachi explique : toute la soukka est kachère, même au-delà de la banquette, car on compte la hauteur de son volume à partir du dessus de la banquette ; il se trouve alors que toute la paroi médiane est valide, et que les parois latérales, sur la largeur de la banquette, sont devenues valides par là — et voici une petite soukka kachère. Or il est dit plus loin (Soukka 19a) : le pessal qui sort de la soukka est jugé comme la soukka, ce que nous expliquons ainsi : s'il y a d'un tenant la mesure d'une soukka valable, et qu'il y ait en outre, au-delà, du pessal — c'est-à-dire un sekhakh fait des déchets de l'aire et du pressoir — qui sort des conditions de validité et n'a pas de parois valables, il est jugé comme la soukka, et toute la soukka, si grande soit-elle, est kachère. Le Rav Yécha'ya a objecté : ce que nous disons plus loin, « le pessal qui sort de la soukka est jugé comme la soukka », ne vaut que là où il a des parois valables mais où la chose n'est pas suffisamment manifeste — c'est pour cela qu'il est jugé comme la soukka. Mais ici, où au-delà de la banquette la hauteur dépasse vingt coudées, d'où lui viendrait la validité ? Si une soukka était couverte pour moitié de sekhakh kacher et pour moitié de sekhakh passoul, quand bien même il y aurait la mesure requise dans le sekhakh kacher, celui qui s'assied sous le sekhakh passoul se serait-il acquitté de son obligation ? De même ici : tout ce qui est au-dessus de vingt coudées est sekhakh passoul, semblable à des broches de fer. Et il a expliqué qu'elle n'est kachère que sur la banquette. En outre, cela ne ressemble pas au pessal : là-bas, la paroi courte se prolonge dans le sens de la longueur, comme il est dit « deux [parois] selon la règle et une troisième ne serait-ce qu'un tefah » ; mais ici, où trouvons-nous qu'elle se prolonge, pour que nous disions qu'un creux est réputé comblé ? Il me semble pourtant que l'on peut maintenir l'explication de Rachi. Ce que nous disons plus loin à propos du pessal qui sort de la soukka, jugé comme la soukka, une seule paroi se prolongeant avec lui : du fait même qu'on l'appelle « pessal qui sort de la soukka », il faut bien que les deux autres parois n'appartiennent pas à ce débord ; car si elles lui appartenaient, il y aurait là deux parois entières et une courte, comme l'exige la validité d'une soukka, et il ferait partie de la soukka elle-même. C'est plutôt comme nous l'avons expliqué plus loin : dès lors qu'il a fait la troisième paroi longue de toute la longueur de sa soukka, alors que sept tefahim lui auraient suffi, il a manifesté son intention que ce qui n'est pas compris entre les deux parois ne fait pas partie de sa soukka ; le pessal qui sort n'a donc qu'une seule paroi, et pourtant il est jugé comme la soukka. De plus, nous disons plus loin, selon une explication, que si pour la plus grande part son ombre excède son ensoleillement et pour une petite part son ensoleillement excède son ombre, il est permis d'y manger même dans cette petite partie, bien qu'elle ne soit pas couverte selon la règle. Quant à son objection tirée d'une soukka dont la moitié est en sekhakh passoul, ce n'est pas comparable : le sekhakh situé au-dessus de vingt coudées n'est pas appelé sekhakh passoul, comme l'a expliqué Rabbenou Tam, puisqu'il est d'une espèce valable et qu'il n'est invalide qu'en raison de la hauteur. Dès lors, puisqu'une partie en est kachère, le reste est jugé comme le pessal qui sort de la soukka. S'il y a bâti une banquette sur le côté : s'il n'y a pas quatre coudées du bord de la banquette au mur, elle est kachère ; sinon elle est passoul. Et voici sa configuration : lorsqu'il n'y a pas quatre coudées du bord de la banquette jusqu'au second mur, elle est kachère, car nous disons dofen akouma (la paroi recourbée). Rachi explique : on considère le sekhakh supérieur, attaché à la paroi éloignée, comme s'il faisait partie de la paroi elle-même, recourbée jusqu'à l'aplomb de la banquette ; et c'est de là que l'on mesure la hauteur, à partir du bord de la banquette et vers le haut. Et bien qu'en dessous il s'étende vers l'extérieur, puisque son extrémité ne s'achève pas là, c'est bien là la hauteur de son volume, et le volume situé au-dessous s'en trouve réduit. Fin de citation. Et Rachi n'a pas déclaré kachère toute la soukka, car elle n'a plus de sekhakh, puisque l'on considère ce sekhakh comme un mur recourbé.
💡 Explication

Nouvelle sougya, qui portera tout le reste du folio. Une baraita énonce : pessal ha-yotze min ha-soukka nidon ke-soukka — le pessal qui sort de la soukka est jugé comme la soukka. Le mot pessal désigne les déchets de l'aire et du pressoir, la matière même du sekhakh valable ; il ne faut surtout pas le confondre avec passoul, invalide.

Toute la sougya va tourner autour d'un seul mot : yotze, « qui sort ». Sortir dans l'espace — le sekhakh déborde physiquement des parois — ou sortir des conditions de validité : rien ne déborde, mais une zone est en défaut. Quatre Amoraim vont se partager entre ces deux sens.

Oulla ouvre avec la lecture spatiale la plus simple : des roseaux du sekhakh débordent derrière la soukka, au-delà de la paroi médiane qui en forme le fond. Le Roch, dans le siman qui récapitule toute la sougya, ajoute d'emblée la précision que la Guemara ne donnera qu'au segment suivant : ce débord possède lui-même tout ce qu'il faut.

🖼️ Schéma
Oulla : des roseaux qui débordent DERRIÈRE la soukka -- vue de dessus Les deux parois latérales se prolongent au-delà de la paroi médiane : le débord est lui-même une soukka complète paroi latérale paroi latérale prolongée prolongée LA SOUKKA sekhakh, trois parois, sept tefahim sur sept ombre supérieure à l'ensoleillement le côté ouvert est en haut du dessin paroi médiane -- l'arrière de la soukka LE PESSAL QUI SORT des roseaux du sekhakh débordent ici -- kanim yotze im la ahorei soukka trois parois aussi : la médiane devant, les deux latérales prolongées Alors où est le hidouch, si tout y est ? La question du segment 9 Rachi : ces parois ont été faites pour l'INTÉRIEUR, non pour l'extérieur. Tossefot proteste -- la michna l'enseignait déjà -- et corrige : ce sont les ROSEAUX qui n'ont pas été posés pour donner de l'ombre ici. On aurait cru cela invalidant ; il nous apprend que non.
La lecture d'Oulla, vue de dessus : le débord arrière est lui-même une soukka complète -- d'où la question du hidouch.
9
וְהָא בָּעֵינַן שָׁלֹשׁ דְּפָנוֹת! בִּדְאִיכָּא. וְהָא בָּעֵינַן הֶכְשֵׁר סֻוכָּה! בִּדְאִיכָּא. וְהָא בָּעֵינַן צִלָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ! בִּדְאִיכָּא.

Mais il nous faut trois parois ! — Dans un cas où il y en a. Mais il nous faut la mesure requise d'une soukka ! — Dans un cas où il y en a.

Mais il nous faut que son ombre excède son ensoleillement ! — Dans un cas où il en est ainsi.

📜 Rachi (1)
וְהָא בָּעֵינַן הֶכְשֵׁר סֻוכָּה שֶׁהִיא שִׁבְעָה טְפָחִים דְּעַל כָּרְחֲךָ סֻוכָּה בְּאַפֵּי נַפְשָׁהּ הִיא וּמֻובְדֶּלֶת מִזּוֹ:
« Mais il nous faut la mesure requise d'une soukka » — soit sept tefahim [sur sept], car il faut bien qu'elle soit une soukka à part entière, distincte de celle-ci.
💡 Explication

Trois objections en rafale, trois fois la même réponse : be-de-ika, « dans un cas où il y en a ». La Guemara procède par élimination méthodique. Puisque le débord est traité comme une soukka, il doit satisfaire aux trois exigences élémentaires : trois parois, sept tefahim sur sept, et l'ombre l'emportant sur le soleil.

Rachi explique pourquoi la mesure minimale s'impose : ce débord n'est pas un appendice de la première soukka, c'est une soukka à part entière, distincte — la paroi médiane les sépare. À ce compte, tout y est. Mais alors, si tout y est, qu'est-ce que la baraita nous apprend ? C'est la question du segment suivant.

10
אִי הָכִי מַאי לְמֵימְרָא? מַהוּ דְתֵימָא: הוֹאִיל וּלְגַווַּאי עֲבִידִי וּלְבָרַאי לָא עֲבִידִי — אֵימָא לָא, קָא מַשְׁמָע לַן.

S'il en est ainsi, à quoi bon l'énoncer ? On aurait pu dire : puisqu'elles sont faites pour l'intérieur et non pour l'extérieur, dis qu'il n'en est rien — il nous apprend [qu'elle est pourtant kachère].

📜 Rachi (1)
לְבָרָאֵי לָא עֲבִידִי דֹּופֶן אֶמְצָעִי זֶה לֹא לְכָךְ נַעֲשָׂה וְגַם שֶׁבַּצְּדָדִין תְּחִלָּתָן לְשֵׁם סֻוכָּה נַעֲשׂוּ אֶלָּא שֶׁהִכְנִיס דֹּופֶן אֶמְצָעִי לְתוֹכָן [אַחַר] שֶׁרָאָה שֶׁהָיְתָה דַּיָּיהּ בְּכָךְ:
« Elles ne sont pas faites pour l'extérieur » — cette paroi médiane n'a pas été faite pour cela ; et même les parois latérales, à l'origine, ont été faites pour la soukka [intérieure], sauf qu'il a inséré la paroi médiane entre elles après avoir vu que cela lui suffisait.
🗂️ Tossefot (1)
לְבָרָאֵי לָא עֲבִידִי. פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס דֹּופֶן אֶמְצָעִי זֶה לֹא נַעֲשָׂה לְכָךְ וְקָשֶׁה דְּמִמַּתְנִיתִין שָׁמְעִינַן לֵיהּ דְּכָשֵׁר דְּקָתָנֵי וְכֵן חָצֵר הַמֻּוקֶּפֶת אַכְסַדְרָה דְּאִם אֵין מִן הַכֹּותֶל לְסִיכּוּךְ ד' אַמּוֹת כְּשֵׁרָה אע"ג דִּמְחִיצּוֹת בַּיִת לָאו לְבָרָאֵי עֲבִידִי כִּדְאָמְרִינַן לְעֵיל (סֻוכָּה דַּף יז.) וְנִרְאֶה דְּאַקָּנִים הַיּוֹצְאִים לַאֲחוֹרֵי סֻוכָּה קָאֵי וְאִית סְפָרִים דְּגָרְסִי בְּהֶדְיָא מַהוּ דְתֵימָא הָנֵי קָנִים לְגַוָּואֵי עֲבִידִי לְבָרַאי לָא עֲבִידִי ס"ד לְפָוסְלָהּ לְפִי שֶׁאֵינָהּ עֲשׂוּיָה לְצֵל קמ"ל דִּכְשֵׁרָה:
Le Kountras (Rachi) explique : cette paroi médiane n'a pas été faite pour cela. Difficulté : de la michna elle-même nous apprenons que c'est valable, puisqu'elle enseigne « et de même une cour entourée d'une akhsadra » — que s'il n'y a pas quatre coudées du mur au sekhakh, elle est kachère, bien que les parois de la maison n'aient pas été faites pour l'extérieur, comme nous l'avons dit plus haut (Soukka 17a). Il semble donc que cela se rapporte aux roseaux qui débordent derrière la soukka ; et il y a des livres où l'on lit explicitement : « on aurait pu dire que ces roseaux sont faits pour l'intérieur et non pour l'extérieur » — on aurait pensé l'invalider parce qu'elle n'a pas été faite pour l'ombre ; il nous apprend qu'elle est kachère.
💡 Explication

Le hidouch de la baraita, selon Rachi, porte sur l'intention qui a présidé à la construction. Les parois de cette soukka arrière n'ont pas été faites pour elle : la paroi médiane a été plantée pour fermer la soukka de devant, et les latérales ont été dressées, à l'origine, pour cette même soukka de devant. On aurait pu croire qu'une paroi ne sert que l'espace en vue duquel on l'a bâtie — exactement le principe que Rava opposait à Abaye au segment 0. La baraita enseigne que non.

Tossefot refuse cette lecture, et l'objection est forte : la michna de la cour entourée d'une akhsadra nous l'apprenait déjà, puisque les parois des maisons n'avaient pas été faites pour l'extérieur. Il propose donc de déplacer le sujet du verbe : ce ne sont pas les parois mais les roseaux qui n'ont pas été posés pour donner de l'ombre ici — et certains manuscrits, dit-il, portent explicitement cette leçon.

11
רַבָּה וְרַב יוֹסֵף אָמְרִי תַּרְוַוייְהוּ: הָכָא בְּקָנִים הַיּוֹצְאִים לִפְנִים מִן הַסֻּוכָּה, וּמָשְׁכָא וְאָזְלָא חֲדָא דֹּופֶן בַּהֲדַייְהוּ. מַהוּ דְתֵימָא: הָא לֵית בַּהּ הֶכְשֵׁר סֻוכָּה, קָא מַשְׁמָע לַן.

Rabba et Rav Yossef disent tous deux : il s'agit ici de roseaux qui débordent devant la soukka, une seule paroi se prolongeant avec eux. On aurait pu dire qu'il n'y a pas là la mesure requise d'une soukka — il nous apprend [qu'elle est pourtant kachère].

📜 Rachi (4)
לִפְנִים מִן הַסֻּוכָּה לְצַד דֹּופֶן רְבִיעִי הַפָּתוּחַ מִשּׂוֹכִין וְיוֹצְאִין לְהַלָּן מֵאֹורֶךְ דְּפָנוֹת הַצְּדָדִין:
« Devant la soukka » — du côté de la quatrième paroi, celle qui est ouverte : ils sont tirés et débordent au-delà de la longueur des parois latérales.
וּמִמַּשְׁכָא וְאָזְלָא חַד דֹּופֶן מְדֻופְּנֵי הַצְּדָדִין בַּהֲדַיְיהוּ:
« Et une paroi se prolonge » — l'une des parois latérales, avec eux.
מַהוּ דְתֵימָא כֵּיוָן דְּלָא מַמְשִׁיךְ דֹּופֶן שֵׁנִי בַּהֲדַהּ מוּכָח מִילְּתָא דִּבְאַפֵּיהּ נַפְשָׁהּ הִיא וְהָא לֵית בָּהּ שִׁבְעָה טְפָחִים בְּהֶכְשֵׁר סֻוכָּה:
« On aurait pu dire » — puisque la seconde paroi ne se prolonge pas avec elle, la chose montre qu'il s'agit d'une [soukka] à part entière, et il n'y a pas là sept tefahim de mesure requise d'une soukka.
קמ"ל דְּמִן סֻוכָּה הוּא וְהָוֵי כִּשְׁתַּיִם כְּהִלְכָתָן וּשְׁלִישִׁית אֲפִילּוּ טֶפַח דְּלָא מִמַּשְׁכָא עַד הָרְבִיעִית וּכְשֵׁרָה:
« Il nous apprend » — qu'il fait partie de la soukka, et cela vaut deux parois selon la règle et une troisième ne serait-ce que d'un tefah, laquelle ne se prolonge pas jusqu'à la quatrième — et elle est kachère.
💡 Explication

Deuxième lecture spatiale, symétrique de la première : le sekhakh déborde non plus derrière mais devant, du côté ouvert de la soukka, et une seule des parois latérales l'accompagne dans son prolongement.

Le hidouch change de nature. Pris à part, ce débord serait invalide : une seule paroi, et pas les sept tefahim requis. On aurait pu croire que le fait même qu'une seule paroi se prolonge démontre qu'il s'agit d'une construction indépendante — et donc trop petite. La baraita enseigne l'inverse : il fait corps avec la soukka.

Rachi ramène alors la configuration à la règle classique des parois de soukka : cela revient à deux parois selon la règle et une troisième ne serait-ce que d'un tefah. Le Roch, au siman cité au segment 7, ajoute une condition restrictive importante : il faut que l'homme ait fait longues les deux parois latérales, montrant par là que le débord n'était pas dans son intention initiale.

🖼️ Schéma
Rabba et Rav Yossef : des roseaux qui débordent DEVANT, une seule paroi les accompagne Vue de dessus. Le débord se fait du côté de la quatrième paroi, celle qui reste ouverte LA SOUKKA trois parois selon la règle paroi médiane le côté ouvert de la soukka est en haut : c'est par là que le sekhakh déborde LE PESSAL QUI SORT -- kanim yotze im lifnim min ha-soukka une seule paroi latérale se prolonge avec les roseaux -- oumachkha ve-azla hada dofen bahadaihou l'autre côté reste ouvert : pris à part, ce débord n'aurait pas sept tefahim de soukka valable pas de paroi ici Rachi : il fait corps avec la soukka -- cela vaut deux parois selon la règle et une troisième ne serait-ce que d'un tefah, qui ne va pas jusqu'à la quatrième. Kachère.
La lecture de Rabba et Rav Yossef : le débord se fait par le côté ouvert, avec une seule paroi -- et pourtant il fait corps avec la soukka.
12
רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לְסֻוכָּה שֶׁרֻובָּהּ צִלָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ, וּמִעוּטָהּ חֲמָתָהּ מְרֻובָּה מְצִלָּתָהּ. מַהוּ דְתֵימָא: תִּפָּסֵל בְּהַךְ פֻּורְתָּא, קָא מַשְׁמָע לַן. וּמַאי יוֹצֵא — יוֹצֵא מֵהֶכְשֵׁר סֻוכָּה.

Rabba bar bar Hana dit au nom de Rabbi Yo'hanan : cela n'était nécessaire que pour une soukka dont, pour la plus grande part, l'ombre excède l'ensoleillement, et pour une petite part, l'ensoleillement excède l'ombre. On aurait pu dire qu'elle serait invalidée par ce petit bout — il nous apprend [qu'il n'en est rien].

Et que signifie « qui sort » ? Qui sort des conditions de validité de la soukka.

📜 Rachi (3)
ה"ג לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לְסֻוכָּה שֶׁרֻובָּהּ צִלָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ וּמִיעוּטָהּ חֲמָתָהּ מְרֻובָּה מְצִלָּתָהּ:
Telle est la leçon : « cela n'était nécessaire que pour une soukka dont, pour la plus grande part, l'ombre excède l'ensoleillement, et pour une petite part, l'ensoleillement excède l'ombre ».
ה"ג מַהוּ דְּתֵימָא תִּיפְּסַל בְּהָךְ פֻּורְתָּא:
Telle est la leçon : « on aurait pu dire qu'elle serait invalidée par ce petit bout ».
יוֹצֵא מֵהֶכְשֵׁר שֶׁאֵינוֹ מְסֻוכָּךְ כְּהִלְכוֹת סֻוכָּה:
« Qui sort des conditions de validité » — car il n'est pas couvert selon les règles de la soukka.
💡 Explication

Bascule complète du sens. Chez Oulla et chez Rabba, quelque chose sortait physiquement de la soukka. Ici plus rien ne déborde : la soukka est d'un seul tenant, mais une petite zone est mal couverte — le soleil y l'emporte sur l'ombre. Yotze ne veut plus dire « qui sort dans l'espace » mais « qui sort des conditions de validité ».

La crainte était la contamination : ce mauvais bout allait-il invalider l'ensemble ? La baraita répond que non. Le Roch en donne le calcul précis : deux « riens » d'ombre gagnés sur la grande part, un « rien » de soleil perdu sur la petite — le total reste favorable d'un rien, et la condition tsilata merouba me-hamata est remplie pour l'ensemble.

Le Roch tire de cette lecture une conséquence pratique remarquable, qu'il réutilisera comme argument dans son long siman : il est permis de manger même sous ce mauvais bout, bien qu'il ne soit pas couvert selon la règle.

🖼️ Schéma
R. Yo'hanan : rien ne déborde, mais un bout de la soukka est mal ombragé Le calcul du Roch : deux riens d'ombre en trop sur la grande part, un rien de soleil en trop sur la petite -- le total reste favorable d'un rien GRANDE PART DE LA SOUKKA ombre supérieure à l'ensoleillement avantage : deux riens d'ombre PETITE PART soleil supérieur à l'ombre déficit : un rien Total de la soukka : ombre supérieure à l'ensoleillement, d'un rien deux riens gagnés moins un rien perdu = un rien d'avance. La condition tsilata merouba me-hamata est remplie pour l'ensemble. Ce que la baraita apprend, et ce que le Roch en tire On aurait cru que ce petit bout défaillant invalide toute la soukka. Le Roch va plus loin : selon cette lecture, il est permis d'y manger même SOUS ce mauvais bout, bien qu'il ne soit pas couvert selon la règle. Ici yotze veut dire : qui sort des conditions de validité.
Le calcul du Roch : deux riens gagnés contre un rien perdu -- la soukka reste ombragée à l'avantage dans son ensemble.
13
רַבִּי אוֹשַׁעְיָא אָמַר: לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לִסְכָךְ פָּסוּל פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה, בְּסֻוכָּה קְטַנָּה. וּמַאי ״יוֹצֵא״ — יוֹצֵא מִתּוֹרַת סֻוכָּה.

Rabbi Ochaya dit : cela n'était nécessaire que pour un sekhakh passoul de moins de trois tefahim, dans une petite soukka. Et que signifie « qui sort » ?

Qui sort du statut même de soukka.

📜 Rachi (1)
מִתּוֹרַת סֻוכָּה שֶׁאֲפִילּוּ מִין כָּשֵׁר אֵינוֹ:
« Du statut de soukka » — car il n'est même pas d'une espèce valable.
💡 Explication

Quatrième et dernière lecture, qui pousse le sens de yotze encore plus loin. Chez R. Yo'hanan, la zone défaillante était faite de sekhakh valable, seulement trop clairsemé. Ici la matière elle-même est passoul : ce n'est même pas une espèce de sekhakh admissible. Yotze veut alors dire : qui sort du statut même de soukka.

Deux précisions délimitent le cas. Le sekhakh passoul mesure moins de trois tefahim — au-delà il invaliderait à coup sûr. Et la soukka est petite, c'est-à-dire qu'elle atteint tout juste les sept tefahim sur sept : c'est là que la question est la plus aiguë, puisque le moindre défaut y est proportionnellement énorme.

14
מַתְקֵיף לַהּ רַב הוֹשַׁעְיָא: לֹא יְהֵא אֶלָּא אֲוִיר, וַאֲוִיר פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה טְפָחִים בְּסֻוכָּה קְטַנָּה מִי פָּסֵיל?

Rav Hochaya objecte : qu'il ne soit rien de plus que du vide ! Or du vide de moins de trois tefahim, dans une petite soukka, invalide-t-il ?

📜 Rachi (1)
לֹא יְהֵא אֶלָּא אֲוִיר וּפְשִׁיטָא דְּכָשֵׁר דַּאֲפִילּוּ אֲוִיר הֶחָמוּר מִמֶּנּוּ אֵינוֹ פּוֹסֵל בְּשִׁיעוּר זֶה:
« Qu'il ne soit rien de plus que du vide » — et il est évident qu'elle est kachère, car même le vide, plus rigoureux que lui, n'invalide pas à cette mesure.
🗂️ Tossefot (1)
לֹא יְהֵא אֶלָּא אֲוִיר. וּפְשִׁיטָא דְּכָשֵׁר דַּאֲפִילּוּ הָאֲוִיר הֶחָמוּר מִמֶּנּוּ אֵינוֹ נִפְסָל בְּשִׁיעוּר זֶה אֲמַר לֵיהּ רַבִּי אַבָּא לְהָכִי אַהֲנֵי נִידּוֹן כְּסֻוכָּה דְּאַשְׁמְעִינַן לוֹמַר שֶׁיְּשֵׁנִים תַּחְתָּיו דְּאִילּוּ אֲוִיר פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה מִצְטָרֵף לְהַשְׁלִים שִׁיעוּר הַסֻּוכָּה אֲבָל אֵין יְשֵׁנִים תַּחְתָּיו כָּךְ פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס וְקַשְׁיָא אַמַּאי נְקַט ר' אוֹשַׁעְיָא סֻוכָּה קְטַנָּה הָא בְּסֻוכָּה גְּדוֹלָה נָמֵי אִיצְטְרִיךְ לְאַשְׁמוֹעִינַן דִּישֵׁנִים תַּחְתָּיו וְדֹוחַק הוּא לוֹמַר דִּנְקַט סֻוכָּה קְטַנָּה מִשּׁוּם דְּאַשְׁמְעִינַן בָּהּ תַּרְתֵּי דְּמִצְטָרֵף וִישֵׁנִים תַּחְתָּיו וְעוֹד קָשֶׁה דְּכָל מָקוֹם חָשְׁבִינַן אֲוִיר פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה כְּסָתוּם עַל יְדֵי לָבוּד וְלָא דָּמֵי לִסְכָךְ פָּסוּל פָּחוֹת מִג' דְּאֵין שַׁיָּיךְ לַעֲשׂוֹתוֹ כְּסָתוּם בִּסְכָךְ כָּשֵׁר מֵאַחַר דְּיֵשׁ בּוֹ סְכָךְ פָּסוּל וְעוֹד מִי יוּכַל לְהִזָּהֵר בְּסֻוכָּה מְלֵאָה נְקָבִים שֶׁאֵין צִלָּתָהּ מְרֻובָּה מֵחַמָּתָהּ אֶלָּא מַשֶּׁהוּ שֶׁלֹּא יָשַׁן כְּנֶגֶד הַנְּקָבִים וְנָרָא' כִּסְפָרִים דְּגָרְסִי' הָתָם אֲוִיר מִצְטָרֵף וִישֵׁנִים תַּחְתָּיו וְזֶה מִצְטָרֵף וְאֵין יְשֵׁנִים תַּחְתָּיו כְּלוֹמַר הָא דְּאִפְּשִׁיטָא דְּכָשֵׁר אֲפִילּוּ אֲוִיר הֶחָמוּר מִמֶּנּוּ אֵינוֹ נִפְסָל כְּשִׁיעוּר זֶה אַדְּרַבָּה סְכָךְ פָּסוּל חָמוּר מִמֶּנּוּ דְּאֵין יְשֵׁנִים תַּחְתָּיו וַהֲוָה אָמֵינָא מִטַּעַם זֶה דְּאֵין מִצְטָרֵף כִּדְמִתַּמָּה בָּתַר הָכִי מִי אִיכָּא מִידִי וּמִיהוּ קַשְׁיָא מִסִּיכְּכָהּ בְּשַׁפּוּדִין דְּמַכְשִׁירִין בְּשֶׁיֵּשׁ רִיוַּח בֵּינֵיהֶן כְּמוֹתָן וְאִי אֶפְשָׁר שֶׁלֹּא (יִתֵּן) כְּנֶגֶד הַשַּׁפּוּדִין לְכָךְ צָרִיךְ לְפָרֵשׁ בְּשֶׁיֵּשׁ הֶכְשֵׁר סֻוכָּה בְּלֹא הָאֲוִיר וּבְלֹא הַפָּסוּל יְשֵׁנִים תַּחְתָּיו בֵּין בָּזֶה בֵּין בָּזֶה וּלְהָכִי נְקַט סֻוכָּה קְטַנָּה וּבִירוּשַׁלְמִי דִּבְרָכוֹת פֶּרֶק שְׁלֹשָׁה שֶׁאָכְלוּ מַשְׁמַע דַּאֲוִיר מִצְטָרֵף וְאֵין יְשֵׁנִים תַּחְתָּיו כְּפֵירוּשׁ הַקּוּנְטְרֵס וְזַ"ל אֲנַן קַיָּימִין בְּסֻוכָּה וְיָלְפִינַן מִטִּיט הַנָּרוֹק דְּתָנֵינַן תַּמָּן הִרְחִיק הַסִּיכּוּךְ מִן הַדְּפָנוֹת ג' טְפָחִים פְּסוּלָה פָּחוֹת מִכָּאן כְּשֵׁרָה מַהוּ לִישֹׁן תַּחְתָּיו הֲתִיב ר' יִצְחָק בֶּן אֶלְיָשִׁב הֲרֵי טִיט הַנָּרוֹק שֶׁמַּשְׁלִים בְּמִקְוֶה וְאֵין מַטְבִּילִין בּוֹ אַף הָכָא מַשְׁלִים בְּסֻוכָּה וְאֵין יְשֵׁנִים תַּחְתָּיו:
Et il est évident qu'elle est kachère, car même le vide, plus rigoureux que lui, n'invalide pas à cette mesure. Rabbi Abba lui dit : voilà à quoi sert « il est jugé comme la soukka » — cela nous apprend que l'on dort dessous ; tandis que le vide de moins de trois tefahim s'additionne pour compléter la mesure de la soukka, mais l'on n'y dort pas dessous. Ainsi a expliqué le Kountras (Rachi). Et cela fait difficulté : pourquoi Rabbi Ochaya a-t-il pris le cas d'une petite soukka ? Dans une grande soukka aussi il fallait nous apprendre que l'on dort dessous ! Et il est forcé de dire qu'il a pris la petite soukka parce qu'elle nous enseigne deux choses à la fois : qu'il s'additionne et que l'on dort dessous. Autre difficulté : partout nous tenons un vide de moins de trois tefahim pour obturé en vertu du lavoud, ce qui n'est pas comparable à un sekhakh passoul de moins de trois tefahim, lequel ne peut être tenu pour obturé par du sekhakh kacher, puisqu'il y a là du sekhakh passoul. Autre difficulté encore : qui pourrait, dans une soukka pleine de trous, dont l'ombre n'excède l'ensoleillement que d'un rien, prendre garde de ne pas dormir à l'aplomb de ces trous ? Il paraît donc juste de suivre les livres où l'on lit là-bas : « le vide s'additionne et l'on dort dessous, tandis que celui-ci s'additionne et l'on n'y dort pas dessous » — c'est-à-dire : ce que tu tenais pour évident, qu'elle est kachère puisque même le vide, plus rigoureux que lui, n'est pas invalide à cette mesure — au contraire, c'est le sekhakh passoul qui est le plus rigoureux, car on n'y dort pas dessous ; et l'on aurait pu croire, pour cette raison, qu'il ne s'additionne pas, comme la Guemara s'en étonne ensuite : « existe-t-il quelque chose... ? » Il subsiste toutefois une difficulté, tirée de celui qui couvre sa soukka avec des broches, que l'on déclare valable lorsqu'il y a entre elles un intervalle égal à leur largeur : il est impossible de ne pas se trouver à l'aplomb des broches. Il faut donc expliquer que, là où il y a la mesure d'une soukka valable sans compter le vide et sans compter le sekhakh passoul, on dort dessous dans l'un et l'autre cas — et c'est pourquoi il a pris le cas d'une petite soukka. Et dans le Yerouchalmi de Berakhot, chapitre « Trois qui ont mangé », il ressort que le vide s'additionne et que l'on n'y dort pas dessous, conformément à l'explication du Kountras. Voici ses termes : nous sommes ici sur [la question de] la soukka et nous l'apprenons de la boue liquide, comme nous l'avons appris là-bas : s'il a écarté le sekhakh des parois de trois tefahim, elle est passoul ; en deçà, elle est kachère — peut-on dormir dessous ? Rabbi Yits'hak ben Elyachiv répondit : voici la boue liquide, qui complète le mikve et dans laquelle pourtant on ne s'immerge pas ; ici de même, elle complète la soukka et l'on n'y dort pas dessous.
💡 Explication

Rav Hochaya attaque R. Ochaya par un kal va-homer implicite. Le vide est traité plus sévèrement que le sekhakh passoul — un trou de trois tefahim invalide, là où il faut quatre tefahim de sekhakh passoul dans une grande soukka. Or un vide de moins de trois tefahim n'invalide même pas une petite soukka. À plus forte raison pour du sekhakh passoul de la même mesure : il n'y avait rien à enseigner.

Tossefot consacre à ce passage l'un de ses développements les plus denses. Il accumule trois difficultés contre la lecture de Rachi — pourquoi une petite soukka ? pourquoi le vide ne serait-il pas comblé par lavoud ? comment un homme pourrait-il éviter de dormir sous les trous d'une soukka criblée ? — puis il renverse la version du texte : ce n'est pas le vide qui est le plus rigoureux, c'est le sekhakh passoul, puisque sous lui seul on ne dormirait pas. Il concède toutefois que le Yerouchalmi de Berakhot, avec son analogie de la boue liquide — qui complète la mesure d'un mikve sans qu'on puisse s'y immerger — appuie la lecture de Rachi.

15
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי אַבָּא: זֶה מִצְטָרֵף וִישֵׁנִים תַּחְתָּיו, וְזֶה מִצְטָרֵף וְאֵין יְשֵׁנִים תַּחְתָּיו.

Rabbi Abba lui dit : celui-ci s'additionne et l'on dort dessous ; celui-là s'additionne mais l'on n'y dort pas dessous.

📜 Rachi (1)
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי אַבָּא לְהָכִי אַהֲנֵי נִידּוֹן כְּסֻוכָּה דְּאַשְׁמְעִינַן תַּנָּא לוֹמַר שֶׁיְּשֵׁנִים תַּחְתָּיו דְּאִילּוּ אֲוִיר פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה מִצְטָרֵף לְהַשְׁלִים שִׁיעוּר הַסֻּוכָּה אֲבָל אֵין יְשֵׁנִים תַּחְתָּיו:
« Rabbi Abba lui dit » — voilà à quoi sert « il est jugé comme la soukka » : le tana nous apprend par là que l'on dort dessous, tandis que le vide de moins de trois tefahim s'additionne pour compléter la mesure de la soukka, mais l'on n'y dort pas dessous.
💡 Explication

La réponse déplace entièrement l'enjeu de la baraita. Elle n'enseigne pas la validité de la soukka — là-dessus Rav Hochaya avait raison, cela allait de soi. Elle enseigne le sommeil.

Sur la mesure, vide et sekhakh passoul se comportent pareillement : tous deux s'additionnent pour compléter les sept tefahim sur sept. Mais dessous, ils divergent. Le sekhakh passoul, dit « nidon ke-soukka », est à ce point absorbé par le sekhakh valable qui l'entoure qu'on peut dormir à son aplomb et s'acquitter de la mitsva. Le vide, lui, reste un vide : il complète la mesure, mais nul ne dort sous un trou.

Le Roch retient cette lecture en halakha et ajoute la réserve qui rend la chose praticable : on ne parle ici que d'un vide qui court sur toute la longueur de la soukka, non des mille trous d'un sekhakh ordinaire.

🖼️ Schéma
La réponse de R. Abba : ce n'est pas la validité qui se joue, c'est le sommeil Un vide et un sekhakh passoul, tous deux de moins de trois tefahim, se comportent de la même façon pour la mesure -- et de façon opposée pour dormir La question posée AVIR -- un vide de moins de 3 tefahim SEKHAKH PASSOUL de moins de 3 Invalide-t-il la soukka ? même dans une petite soukka NON c'est pourtant le cas le plus rigoureux NON à plus forte raison -- objection de Rav Hochaya S'ajoute-t-il à la mesure ? mitstaref -- pour les 7 x 7 OUI OUI Peut-on dormir dessous ? LA EST TOUTE LA NAFKA MINA NON un vide reste un vide OUI il est absorbé par le sekhakh valable Voilà donc ce qu'apporte nidon ke-soukka -- et la question qui s'ensuit aussitôt Si le sekhakh passoul est à ce point absorbé qu'on dort dessous, existe-t-il vraiment une chose qui complète une mesure sans être elle-même valable ?
Vide et sekhakh passoul de moins de trois tefahim : identiques pour la mesure, opposés pour le sommeil.
16
וּמִי אִיכָּא מִידֵּי דְּאִצְטְרוֹפֵי מִצְטָרֵף וְהוּא עַצְמוֹ אֵינוֹ כָּשֵׁר? אָמַר רַבִּי יִצְחָק בֶּן אֶלְיָשִׁב: אִין,

Mais existe-t-il quelque chose qui s'additionne pour compléter et qui, en lui-même, n'est pas valable ? Rabbi Yits'hak ben Elyachiv dit : oui —

💡 Explication

La réponse de R. Abba appelle aussitôt une objection de principe. Si le sekhakh passoul s'additionne à la mesure de la soukka, c'est qu'il compte ; et s'il compte, comment peut-il en même temps n'être pas valable ? Le paradoxe est général et dépasse notre traité : existe-t-il, dans toute la halakha, une chose qui complète une mesure sans être elle-même apte ?

Rabbi Yits'hak ben Elyachiv répond ein — oui, cela existe. La démonstration s'ouvre exactement ici, sur ce mot, et se déploiera au folio 19b. On notera que c'est le même Sage qui, dans le Yerouchalmi cité par Tossefot et par le Roch, produisait déjà l'analogie de la boue liquide du mikve : elle complète la mesure des quarante seah, et pourtant on ne s'y immerge pas.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).