Sougya : Le folio se partage en deux. Il liquide d'abord la sougya de l'akhsadra ouverte au folio précédent : le désaccord d'Abaye et de Rava ne se joue que selon l'avis de Rav, et la distinction de Rava — une paroi virtuelle ne sert que le volume pour lequel elle a été faite — résiste à l'objection tirée de la michna, que Rava lui-même sauve pour Abaye en supposant le sekhakh arasé au niveau du plafond.
La Guemara enregistre alors que Soura et Poumbedita ne transmettaient pas le même débat sous les mêmes noms, et tranche pour la première version : le lavoud obture même au service d'un espace extérieur, le pi tikra non. Suit une scène vivante — Rav Achi surprend Rav Kahana couvrant au-dessus d'une akhsadra apparemment sans montants ; Rav Kahana lui montre un potsim d'un tefah, visible d'un côté et affleurant de l'autre, et le droit du mavoi tranche : ce qui est jugé lehi pour une ruelle vaut paroi pour une soukka.
La seconde moitié du folio ouvre une sougya neuve, sur une baraita : le pessal qui sort de la soukka est jugé comme la soukka. Tout tient au mot yotze.
Oulla et le couple Rabba–Rav Yossef l'entendent au sens spatial — des roseaux qui débordent derrière, ou devant avec une seule paroi ; Rabbi Yo'hanan et Rabbi Ochaya au sens juridique — une zone qui sort des conditions de validité, ou même du statut de soukka. Rav Hochaya objecte à ce dernier que sa règle allait de soi, et Rabbi Abba déplace alors tout l'enjeu : la baraita n'enseigne pas la validité mais le sommeil — sous un sekhakh passoul absorbé on dort, sous un vide non.
D'où la question qui portera le folio suivant : existe-t-il une chose qui complète une mesure sans être elle-même valable ?
Là où ils divergent, c'est selon l'avis de Rav. Abaye tient comme Rav ; et Rava pourra te dire : Rav n'a dit ce qu'il a dit là-bas que parce que les parois [formées par la descente de la tranche du plafond] sont faites pour l'akhsadra elle-même ; mais ici, où elles ne sont pas faites pour cela, non.
Le folio précédent avait tente de réduire le désaccord d'Abaye et de Rava à celui, plus ancien, de Rav et Chmouel sur le transport du Chabbat dans une akhsadra. La réduction n'a réussi qu'à moitié : selon Chmouel, tout le monde s'accorde à invalider. Notre segment énonce ce qui reste : ki pligi aliba de-Rav, ils ne divergent que selon l'avis de Rav.
Abaye est purement et simplement Rav. Rava, lui, n'est pas contraint d'être Chmouel : il peut tenir comme Rav pour l'akhsadra du Chabbat et diverger tout de même pour la soukka. Sa distinction est celle-ci — Rav n'a validé le pi tikra yored ve-sotem que là où les parois virtuelles ferment le volume pour lequel le plafond a été construit. Ici, le sekhakh est posé dans l'air de la cour, hors du portique : ces parois serviraient un espace qui leur est étranger.
Rachi élève la distinction au rang de principe de la tradition : le gud ah'it a été transmis à Moche au Sinaï pour une paroi faite pour son propre volume. Mais il pose aussitôt une réserve capitale, qui commande tout le segment 3 : des potsimim espacés de moins de trois tefahim, eux, obturent par lavoud et valent des deux côtés.
Nous avons appris dans la michna : « Et de même une cour entourée d'une akhsadra [— si la largeur du toit atteint quatre coudées, elle est passoul]. » Mais pourquoi donc ? Disons que la tranche du plafond descend et ferme !
La Guemara cherche à trancher entre Abaye et Rava par une michna. Le cas : une cour ceinturée d'un portique, sur le toit duquel on prend appui pour couvrir la cour. Les parois qui pourraient valider cette soukka sont celles des maisons, mais le toit du portique s'interpose entre elles et le sekhakh. Si ce toit fait quatre coudées de large, la michna déclare la soukka passoul.
Objection contre Abaye : pourquoi passoul ? La tranche du plafond du portique devrait descendre et fermer, fournissant une paroi juste à l'aplomb du sekhakh. Le silence de la michna sur le pi tikra semble donner raison à Rava.
Rava l'a interprétée selon l'avis d'Abaye : il s'agit du cas où l'on a mis de niveau son couvrement.
Rava lui-même sauve la michna pour son adversaire — geste classique de la Guemara : celui qui n'a pas besoin de la réponse est le mieux placé pour la donner. La michna, dit-il, parle du cas où l'on a arasé le sekhakh au niveau du plafond du portique (kchehichva et kirouyo).
La raison est visuelle. Le pi tikra n'opère que si la tranche du plafond — le chant des planches, vu de profil — est perceptible depuis l'intérieur de la soukka. Si le sekhakh est posé exactement dans le prolongement du plafond, il n'y a plus aucune arête visible : rien ne descend, rien ne ferme. La michna ne contredit donc pas Abaye ; elle traite simplement d'une configuration où le principe ne s'applique pas.
Rachi ajoute une précision d'archéologie domestique : leurs toits n'étaient pas en pente comme les nôtres, mais plats comme le plafond d'un étage — ce qui rend l'affleurement parfaitement réalisable.
À Soura, on enseignait cette chemou'a dans cette version-ci. À Poumbedita, on l'enseignait ainsi : celui qui a couvert au-dessus d'une akhsadra qui n'a pas de potsimim (montants) — de l'avis de tous elle est passoul.
Si elle a des potsimim, Abaye dit : kachère ; Rava dit : passoul. Abaye dit kachère — nous appliquons le lavoud.
Rava dit passoul — nous n'appliquons pas le lavoud. Et la halakha suit la première version.
La Guemara enregistre ici un fait rare et précieux : les deux grandes académies de Babylonie ne transmettaient pas le même débat sous les mêmes noms. À Soura, Abaye et Rava divergeaient sur le pi tikra, dans une akhsadra sans montants. À Poumbedita, on tenait pour acquis que sans montants c'est passoul de l'avis de tous, et l'on reportait le débat sur le cas avec montants : la question n'est plus le pi tikra mais le lavoud — les intervalles de moins de trois tefahim entre les potsimim sont-ils réputés comblés ?
La halakha suit la première version, celle de Soura, et c'est Rava qui l'emporte. Le résultat pratique combine les deux principes de façon dissymétrique, comme le formule Rachi : le lavoud obture même au service d'un espace qui lui est extérieur ; le pi tikra, lui, ne ferme que le volume pour lequel le plafond a été construit.
Le Roch, au terme de tout le chapitre, dresse le tableau des mesures — quatre tefahim, quatre coudées, trois tefahim selon que la soukka est grande ou petite, que le défaut est au milieu ou sur le côté, qu'il s'agit de sekhakh passoul ou de vide. Il faut le lire en regard des segments 12 à 14, qui en fournissent la matière.
Rav Achi trouva Rav Kahana en train de poser le sekhakh au-dessus d'une akhsadra qui n'avait pas de potsimim. Il lui dit : le Maître ne tient-il pas ce qu'a dit Rava — si elle a des potsimim elle est kachère, si elle n'en a pas elle est passoul ?
Il lui montra : [le montant] est visible de l'intérieur et affleure à l'extérieur.
Scène vivante : Rav Achi surprend Rav Kahana en flagrant délit apparent de transgression de la halakha qu'on vient de fixer. La soukka de Rav Kahana n'a que deux parois pleines, au sud et à l'est ; le troisième côté s'ouvre sur l'akhsadra, et Rav Achi n'y voit pas le tefah qui tiendrait lieu de troisième paroi.
Rav Kahana ne répond pas par un argument mais par un geste : ah'avei leih, il lui montre. Il y a bien un potsim d'un tefah — seulement il faut savoir d'où le regarder. Notre texte dit « visible de l'intérieur et affleurant à l'extérieur » ; le segment suivant donnera la formulation inverse, et le dibour hamatchil de Tossefot atteste que sa version portait déjà l'inverse ici même.
Tossefot pose la vraie difficulté : si le montant ne se voit pas de l'intérieur, comment peut-il servir de paroi pour une soukka ? On ne peut pas invoquer le migo (il vaut comme paroi pour l'erouv, donc aussi pour la soukka) : d'une part Rav Kahana n'a pas bâti sa soukka pour le seul Chabbat, d'autre part une troisième paroi est ici une exigence de la Tora, et le migo n'y suffit pas.
Ou bien : visible de l'extérieur et affleurant à l'intérieur.
La Guemara donne la formulation inverse comme variante également recevable. Ce n'est pas une hésitation : les deux cas de figure existent, et c'est le second qui va être appuyé par une source au segment suivant.
Rachi décrit exactement la position de l'observateur. Depuis l'intérieur de la soukka, on ne distingue rien : le montant affleure la paroi. Mais celui qui se tient dans l'akhsadra, plus loin, là où il ne voit plus le volume de la soukka, aperçoit la largeur du potsim comme l'amorce d'une troisième paroi. La question devient donc : un témoin extérieur suffit-il à constituer une paroi ?
Car il a été dit : [un montant] visible de l'extérieur et affleurant à l'intérieur est jugé au titre de lehi. Or le lehi, c'est précisément le potsim.
La justification vient du droit des erouvin. Une ruelle ouverte sur le domaine public devient un domaine où l'on peut porter le Chabbat si l'on dresse un lehi, un montant, à son entrée. Or il est établi qu'un montant placé en retrait, invisible depuis l'intérieur de la ruelle mais saillant à l'extérieur, est jugé au titre de lehi : sa perception depuis le dehors suffit.
Le raisonnement s'achève en une ligne : ve-lehi haynou potsimim — le lehi n'est rien d'autre que ce que notre sougya appelle potsim. L'akhsadra de Rav Kahana avait donc bien des montants, et selon Rava lui-même sa soukka est kachère. Le reproche de Rav Achi tombe.
Il a été enseigné : le pessal qui sort de la soukka est jugé comme la soukka. Qu'est-ce que le pessal qui sort de la soukka ?
Oulla dit : des roseaux qui débordent derrière la soukka.
Nouvelle sougya, qui portera tout le reste du folio. Une baraita énonce : pessal ha-yotze min ha-soukka nidon ke-soukka — le pessal qui sort de la soukka est jugé comme la soukka. Le mot pessal désigne les déchets de l'aire et du pressoir, la matière même du sekhakh valable ; il ne faut surtout pas le confondre avec passoul, invalide.
Toute la sougya va tourner autour d'un seul mot : yotze, « qui sort ». Sortir dans l'espace — le sekhakh déborde physiquement des parois — ou sortir des conditions de validité : rien ne déborde, mais une zone est en défaut. Quatre Amoraim vont se partager entre ces deux sens.
Oulla ouvre avec la lecture spatiale la plus simple : des roseaux du sekhakh débordent derrière la soukka, au-delà de la paroi médiane qui en forme le fond. Le Roch, dans le siman qui récapitule toute la sougya, ajoute d'emblée la précision que la Guemara ne donnera qu'au segment suivant : ce débord possède lui-même tout ce qu'il faut.
Mais il nous faut trois parois ! — Dans un cas où il y en a. Mais il nous faut la mesure requise d'une soukka ! — Dans un cas où il y en a.
Mais il nous faut que son ombre excède son ensoleillement ! — Dans un cas où il en est ainsi.
Trois objections en rafale, trois fois la même réponse : be-de-ika, « dans un cas où il y en a ». La Guemara procède par élimination méthodique. Puisque le débord est traité comme une soukka, il doit satisfaire aux trois exigences élémentaires : trois parois, sept tefahim sur sept, et l'ombre l'emportant sur le soleil.
Rachi explique pourquoi la mesure minimale s'impose : ce débord n'est pas un appendice de la première soukka, c'est une soukka à part entière, distincte — la paroi médiane les sépare. À ce compte, tout y est. Mais alors, si tout y est, qu'est-ce que la baraita nous apprend ? C'est la question du segment suivant.
S'il en est ainsi, à quoi bon l'énoncer ? On aurait pu dire : puisqu'elles sont faites pour l'intérieur et non pour l'extérieur, dis qu'il n'en est rien — il nous apprend [qu'elle est pourtant kachère].
Le hidouch de la baraita, selon Rachi, porte sur l'intention qui a présidé à la construction. Les parois de cette soukka arrière n'ont pas été faites pour elle : la paroi médiane a été plantée pour fermer la soukka de devant, et les latérales ont été dressées, à l'origine, pour cette même soukka de devant. On aurait pu croire qu'une paroi ne sert que l'espace en vue duquel on l'a bâtie — exactement le principe que Rava opposait à Abaye au segment 0. La baraita enseigne que non.
Tossefot refuse cette lecture, et l'objection est forte : la michna de la cour entourée d'une akhsadra nous l'apprenait déjà, puisque les parois des maisons n'avaient pas été faites pour l'extérieur. Il propose donc de déplacer le sujet du verbe : ce ne sont pas les parois mais les roseaux qui n'ont pas été posés pour donner de l'ombre ici — et certains manuscrits, dit-il, portent explicitement cette leçon.
Rabba et Rav Yossef disent tous deux : il s'agit ici de roseaux qui débordent devant la soukka, une seule paroi se prolongeant avec eux. On aurait pu dire qu'il n'y a pas là la mesure requise d'une soukka — il nous apprend [qu'elle est pourtant kachère].
Deuxième lecture spatiale, symétrique de la première : le sekhakh déborde non plus derrière mais devant, du côté ouvert de la soukka, et une seule des parois latérales l'accompagne dans son prolongement.
Le hidouch change de nature. Pris à part, ce débord serait invalide : une seule paroi, et pas les sept tefahim requis. On aurait pu croire que le fait même qu'une seule paroi se prolonge démontre qu'il s'agit d'une construction indépendante — et donc trop petite. La baraita enseigne l'inverse : il fait corps avec la soukka.
Rachi ramène alors la configuration à la règle classique des parois de soukka : cela revient à deux parois selon la règle et une troisième ne serait-ce que d'un tefah. Le Roch, au siman cité au segment 7, ajoute une condition restrictive importante : il faut que l'homme ait fait longues les deux parois latérales, montrant par là que le débord n'était pas dans son intention initiale.
Rabba bar bar Hana dit au nom de Rabbi Yo'hanan : cela n'était nécessaire que pour une soukka dont, pour la plus grande part, l'ombre excède l'ensoleillement, et pour une petite part, l'ensoleillement excède l'ombre. On aurait pu dire qu'elle serait invalidée par ce petit bout — il nous apprend [qu'il n'en est rien].
Et que signifie « qui sort » ? Qui sort des conditions de validité de la soukka.
Bascule complète du sens. Chez Oulla et chez Rabba, quelque chose sortait physiquement de la soukka. Ici plus rien ne déborde : la soukka est d'un seul tenant, mais une petite zone est mal couverte — le soleil y l'emporte sur l'ombre. Yotze ne veut plus dire « qui sort dans l'espace » mais « qui sort des conditions de validité ».
La crainte était la contamination : ce mauvais bout allait-il invalider l'ensemble ? La baraita répond que non. Le Roch en donne le calcul précis : deux « riens » d'ombre gagnés sur la grande part, un « rien » de soleil perdu sur la petite — le total reste favorable d'un rien, et la condition tsilata merouba me-hamata est remplie pour l'ensemble.
Le Roch tire de cette lecture une conséquence pratique remarquable, qu'il réutilisera comme argument dans son long siman : il est permis de manger même sous ce mauvais bout, bien qu'il ne soit pas couvert selon la règle.
Rabbi Ochaya dit : cela n'était nécessaire que pour un sekhakh passoul de moins de trois tefahim, dans une petite soukka. Et que signifie « qui sort » ?
Qui sort du statut même de soukka.
Quatrième et dernière lecture, qui pousse le sens de yotze encore plus loin. Chez R. Yo'hanan, la zone défaillante était faite de sekhakh valable, seulement trop clairsemé. Ici la matière elle-même est passoul : ce n'est même pas une espèce de sekhakh admissible. Yotze veut alors dire : qui sort du statut même de soukka.
Deux précisions délimitent le cas. Le sekhakh passoul mesure moins de trois tefahim — au-delà il invaliderait à coup sûr. Et la soukka est petite, c'est-à-dire qu'elle atteint tout juste les sept tefahim sur sept : c'est là que la question est la plus aiguë, puisque le moindre défaut y est proportionnellement énorme.
Rav Hochaya objecte : qu'il ne soit rien de plus que du vide ! Or du vide de moins de trois tefahim, dans une petite soukka, invalide-t-il ?
Rav Hochaya attaque R. Ochaya par un kal va-homer implicite. Le vide est traité plus sévèrement que le sekhakh passoul — un trou de trois tefahim invalide, là où il faut quatre tefahim de sekhakh passoul dans une grande soukka. Or un vide de moins de trois tefahim n'invalide même pas une petite soukka. À plus forte raison pour du sekhakh passoul de la même mesure : il n'y avait rien à enseigner.
Tossefot consacre à ce passage l'un de ses développements les plus denses. Il accumule trois difficultés contre la lecture de Rachi — pourquoi une petite soukka ? pourquoi le vide ne serait-il pas comblé par lavoud ? comment un homme pourrait-il éviter de dormir sous les trous d'une soukka criblée ? — puis il renverse la version du texte : ce n'est pas le vide qui est le plus rigoureux, c'est le sekhakh passoul, puisque sous lui seul on ne dormirait pas. Il concède toutefois que le Yerouchalmi de Berakhot, avec son analogie de la boue liquide — qui complète la mesure d'un mikve sans qu'on puisse s'y immerger — appuie la lecture de Rachi.
Rabbi Abba lui dit : celui-ci s'additionne et l'on dort dessous ; celui-là s'additionne mais l'on n'y dort pas dessous.
La réponse déplace entièrement l'enjeu de la baraita. Elle n'enseigne pas la validité de la soukka — là-dessus Rav Hochaya avait raison, cela allait de soi. Elle enseigne le sommeil.
Sur la mesure, vide et sekhakh passoul se comportent pareillement : tous deux s'additionnent pour compléter les sept tefahim sur sept. Mais dessous, ils divergent. Le sekhakh passoul, dit « nidon ke-soukka », est à ce point absorbé par le sekhakh valable qui l'entoure qu'on peut dormir à son aplomb et s'acquitter de la mitsva. Le vide, lui, reste un vide : il complète la mesure, mais nul ne dort sous un trou.
Le Roch retient cette lecture en halakha et ajoute la réserve qui rend la chose praticable : on ne parle ici que d'un vide qui court sur toute la longueur de la soukka, non des mille trous d'un sekhakh ordinaire.
Mais existe-t-il quelque chose qui s'additionne pour compléter et qui, en lui-même, n'est pas valable ? Rabbi Yits'hak ben Elyachiv dit : oui —
La réponse de R. Abba appelle aussitôt une objection de principe. Si le sekhakh passoul s'additionne à la mesure de la soukka, c'est qu'il compte ; et s'il compte, comment peut-il en même temps n'être pas valable ? Le paradoxe est général et dépasse notre traité : existe-t-il, dans toute la halakha, une chose qui complète une mesure sans être elle-même apte ?
Rabbi Yits'hak ben Elyachiv répond ein — oui, cela existe. La démonstration s'ouvre exactement ici, sur ce mot, et se déploiera au folio 19b. On notera que c'est le même Sage qui, dans le Yerouchalmi cité par Tossefot et par le Roch, produisait déjà l'analogie de la boue liquide du mikve : elle complète la mesure des quarante seah, et pourtant on ne s'y immerge pas.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).