Sukkah 31b — La réfutation de Rava et le retour à la michna : hadar, acherah, loulav abîmé

Sukkah 31b

Sougya : Le folio achève la grande sougya du hadar ouverte en 31a et se retourne contre celui qui l'avait mise en forme. Il commence par écarter la dernière preuve de Rabbi Yehouda — le fait des habitants des villes fortifiées qui léguaient leurs loulavim secs — au nom d'un principe général : un temps de détresse n'est pas une preuve.

La thèse de Rava, selon laquelle le désaccord sur le sec ne porte que sur le loulav et que tous exigent le hadar dans l'etrog, survit encore un instant, sauvée par une simple restriction du champ de la baraita. Deux lignes de cette même baraita sont ensuite justifiées contre l'objection qu'elles vont de soi : on n'ajoute pas une cinquième espèce, même non liée, et l'on ne remplace pas un etrog manquant par une grenade, de peur de s'accoutumer au substitut.

Puis vient le coup fatal : une baraita où Rabbi Yehouda déclare kacher l'etrog vieux — défaut purement esthétique — réfute Rava sans appel, teyouvta. La guemara doit alors reprendre les trois michnayot où Rabbi Yehouda invalide un etrog, et montrer que la raison n'en est jamais la beauté : vert comme le poireau et trop petit s'expliquent par la maturation inachevée, trop grand par le risque matériel de laisser tomber le fruit au moment où l'on échange les mains.

Reste le verset lui-même, qui écrit hadar : Rabbi Yehouda le revocalise en ha-dar, ce qui demeure sur son arbre d'une année à l'autre — le mot ne demande plus la beauté, il désigne l'etrog. Le folio bascule alors dans un tout autre registre en reprenant la michna : le loulav d'une acherah, que Rava validait pourtant a posteriori, n'est invalide que dans le cas de l'acherah de Moché, vouée au feu, dont la mesure est juridiquement pulvérisée — lecture confirmée par le voisinage de la ville dévoyée.

Il se termine sur la restriction de Rav Houna touchant le loulav dont la tête est atteinte — coupée, il est passoul ; seulement fendue, il reste kacher — et sur l'objection d'une baraita, laissée ouverte au mot loulav kafouf.

Le fil du folio : la thèse de Rava tombe, puis on repart dans la michna Quatre mouvements. Le folio achève la sougya du hadar ouverte en 31a, puis reprend la michna ligne à ligne. Mouvement 1 (seg. 0-1) -- la dernière objection de 31a se retourne Le maasse des bnei kerakhin, qui léguaient leurs loulavim secs, est écarté : un temps de détresse ne prouve rien. Reste le texte lui-même : R. Yehouda dit que même les secs sont kacherim. Sur l'etrog ? Non, répond la guemara, sur le loulav. Rava tient donc encore : la mahloket du sec ne porte que sur le loulav, et pour l'etrog tout le monde exige hadar. Mouvement 2 (seg. 2-3) -- deux lignes de la baraita qu'on croyait évidentes a. On n'ajoute pas aux quatre espèces. Pshita ? Non : puisque R. Yehouda exige une ligature, on aurait cru qu'une cinquième espèce non liée reste hors du compte. Elle compte quand même -- bal tossif. b. Pas d'etrog ? On ne remplace par rien. Pshita ? Non : on aurait cru bon de garder vivante la torat etrog. Refus : on finirait par s'y accoutumer (lemisrakh) et le substitut deviendrait la norme. Mouvement 3 (seg. 4-9) -- teyuvta de Rava, puis quatre répliques Coup fatal : l'etrog vieux est passoul, et R. Yehouda le valide. Donc il n'exige pas le hadar dans l'ETROG. Teyuvta. Mais alors trois michnayot semblent le contredire : vert comme le poireau, trop petit, trop grand -- il y invalide. Les deux premières sont expliquées autrement : lo gamar pira, le fruit n'a pas achevé sa maturation. La troisième aussi : un etrog trop grand risque de tomber quand on échange les mains -- raison pratique, pas esthétique. Reste le verset : hadar est écrit ! R. Yehouda le lit autrement -- ha-dar, ce qui DEMEURE sur son arbre d'une année à l'autre. Mouvement 4 (seg. 10-14) -- retour à la michna : acherah, ville dévoyée, tête coupée La michna invalide le loulav d'une acherah. Contradiction : Rava a dit qu'un loulav d'idolâtrie, pris, reste kacher. Réponse : la michna parle de l'acherah de Moché, vouée au feu -- kototei mikhtat chiourei, sa mesure est comme pulvérisée. Preuve de langue : elle est enseignée à l'instar de la ville dévoyée, autre cas de bien voué à la destruction. Puis la michna suivante : tête coupée (niktam) -- Rav Houna restreint : seulement coupée, mais fendue (nisdak) reste kacher. Objection immédiate d'une baraita qui semble invalider le fendu : le folio s'interrompt sur le mot loulav kafouf. Suite en 32a.
Vue d ensemble : le folio achève la sougya du hadar par la réfutation de Rava, puis revient à la michna sur l acherah et le loulav abîmé.
La thèse de Rava et sa réfutation Comment une seule ligne de baraita fait tomber une lecture de toute la mahloket La thèse de Rava (posée en 31a) La mahloket sur le SEC ne porte que sur le loulav. Pour l'ETROG, tout le monde exige le hadar, car le verset l'écrit noir sur blanc : péri ets hadar. Conséquence : R. Yehouda lui-même exigerait hadar dans l'etrog. La baraita qui la tue (seg. 4) L'etrog VIEUX est passoul -- et Rabbi Yehouda le déclare KACHER. Or vieux ne veut pas dire non mûr : c'est un défaut purement esthétique. Donc : pas de hadar pour lui. TEYUVTA DE RAVA -- TEYUVTA Ce qui survit malgré tout à la réfutation La position de R. Yehouda est cohérente Il invalide bien le vert-poireau, le trop petit, le trop grand -- mais jamais pour cause de beauté : - vert et trop petit : lo gamar pira (pas mûr) - trop grand : risque matériel de le laisser tomber Aucune de ces trois michnayot n'exige donc le hadar. Son système tient sans la notion de beauté. Mais que fait-il du mot hadar ? Le verset dit péri ets HADAR. Il ne peut pas être supprimé -- il faut donc le lire autrement. ha-DAR : ce qui DEMEURE, ce qui habite Non pas hadar = éclat, mais dar = résider : le fruit qui reste sur son arbre d'une année à l'autre. Aucun autre fruit ne fait cela -- le verset devient une carte d'identité de l'etrog.
Le coeur du folio : une seule ligne -- R. Yehouda valide l etrog vieux -- fait tomber la thèse de Rava, mais laisse intacte la cohérence de R. Yehouda.
Trois michnayot, trois fois la même question, trois fois lo R. Yehouda invalide -- mais chaque fois la guemara refuse d'y lire une exigence de beauté 1. Vert comme le poireau seg. 5 R. Meir valide, R. Yehouda invalide. Lecture naïve : il veut du hadar LO -- lo gamar pira Le fruit n'a pas achevé sa maturation : le vert signale un fruit inachevé. Tossefot et Roch : s'il revient plus tard à la couleur normale, preuve qu'il était bien mûr. 2. Trop petit seg. 6 R. Meir : au moins une noix. R. Yehouda : au moins un œuf. Lecture naïve : il veut du hadar LO -- lo gamar pira Même raison : en deçà de cette taille, ce n'est pas encore un fruit achevé. Tossefot : à ne pas confondre avec l'etrog boser de 36a, qui est un débat tout différent. 3. Trop grand seg. 7 R. Yehouda : deux tiennent dans une main. R. Yosse : non. Lecture naïve : il veut du hadar LO -- raison pratique Il faut pouvoir tenir un instant loulav et etrog dans la même main pour les échanger. Trop grand, il tombe et se perce : c'est le risque de neqev qui fixe la mesure, pas l'esthétique.
La méthode de la guemara : chaque fois que R. Yehouda invalide un etrog, on cherche une raison autre que la beauté.
1
בִּבְנֵי כְּרַכִּין, שֶׁהָיוּ מוֹרִישִׁין אֶת לוּלְבֵיהֶן לִבְנֵי בְנֵיהֶן! אָמְרוּ (לָהֶם): מִשָּׁם רְאָיָה? אֵין שְׁעַת הַדְּחָק רְאָיָה.

...[il s'agissait] des habitants des grandes villes fortifiées, qui transmettaient leurs loulavim en héritage à leurs petits-enfants ! Ils lui dirent : est-ce de là une preuve ?

Un moment de détresse (cheat hadehak) ne constitue pas une preuve.

📜 Rachi (1)
בִּבְנֵי כְּרַכִּין שֶׁאֵין דָּרִין עַל מְקוֹם פַּרְדֵּסִין וְאֵין דְּקָלִים מְצֻוִּים שָׁם:
Ils ne résident pas là où se trouvent les vergers, et les palmiers ne sont pas disponibles chez eux.
💡 Explication

Le folio s'ouvre au milieu de la phrase commencée à la fin de 31a. Rabbi Yehouda, qui valide le loulav sec, avait produit un maasse — un fait rapporté — à l'appui de sa thèse : les habitants des villes fortifiées léguaient leurs loulavim à leurs descendants, donc des loulavim nécessairement desséchés, et cela était admis.

Rachi explique la situation matérielle : ces gens vivaient loin des palmeraies, et les branches fraîches ne leur parvenaient pas. C'est précisément cette explication qui arme la réponse des Sages : ce n'était pas une pratique choisie, mais une pratique subie. La catégorie qu'ils opposent — cheat hadehak, le temps de détresse — est un outil de raisonnement talmudique majeur : ce qu'on fait quand on ne peut pas faire autrement ne dit rien de ce qui est permis en régime normal, et ne peut donc pas servir de source halakhique.

2
קָתָנֵי מִיהַת, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אַף יְבֵשִׁין כְּשֵׁרִין, מַאי לַָאו, אַאֶתְרוֹג! לָא, אַלּוּלָב.

En tout état de cause, [la baraita] enseigne : Rabbi Yehouda dit — même secs, ils sont kacherim. Qu'est-ce à dire, n'est-ce pas [aussi] à propos de l'etrog ?

Non : à propos du loulav.

💡 Explication

Le maasse est neutralisé, mais le texte de la baraita, lui, subsiste : Rabbi Yehouda y dit que "même les secs sont kacherim". Or la baraita traitait des quatre espèces en général. Si ce "même les secs" englobe l etrog, la thèse de Rava énoncée en 31a s'effondre : Rava soutenait que le désaccord sur le sec ne porte que sur le loulav, et que pour l'etrog tout le monde exige le hadar.

La guemara sauve Rava d'une seule syllabe : lo, a-loulav — non, cela ne vise que le loulav. C'est une réduction du champ d'application de la phrase, procédé constant du Talmud. La thèse tient encore, pour un segment seulement : l'objection décisive arrive au segment 4.

3
אָמַר מַר: כְּשֵׁם שֶׁאֵין פּוֹחֲתִין מֵהֶן, כָּךְ אֵין מוֹסִיפִין עֲלֵיהֶן. פְּשִׁיטָא? מַהוּ דְתֵימָא: הוֹאִיל וְאָמַר רַבִּי יְהוּדָה לוּלָב צָרִיךְ אֶגֶד, וְאִי מַיְיתֵי מִינָא אַחֲרִינָא, הַאי לְחוֹדֵיהּ קָאֵי וְהַאי לְחוֹדֵיהּ קָאֵי, קָא מַשְׁמָע לַן.

Le Maître a dit : de même qu'on n'en retranche pas, de même on n'y ajoute pas. Cela va de soi !

[Non, car] tu aurais pu dire : puisque Rabbi Yehouda a dit que le loulav requiert une ligature (agued), alors si l'on apporte une autre espèce, celle-ci se tient à part et celle-là se tient à part [et il n'y aurait donc pas d'ajout] — il nous enseigne [qu'il n'en est rien].

📜 Rachi (1)
אִי מַיְיתֵי מִינָא אַחַרְיַנָא וְלָא אַגִּיד לֵיהּ בַּהֲדֵיהּ:
Et il ne l'a pas liée avec le reste.
🗂️ Tossefot (1)
הוֹאִיל וְאָמַר ר' יְהוּדָה לוּלָב צָרִיךְ אֶגֶד אִי מַיְיתֵי מִינָא אַחֲרִינָא הַאי לְחוֹדֵיהּ קָאֵי וְהַאי לְחוֹדֵיהּ קָאֵי. תֵּימַהּ כ"ש לְרַבָּנָן דְּמַשְׁמַע לְעֵיל דִּלְר' יְהוּדָה מִשּׁוּם דְּצָרִיךְ אֶגֶד אִי אַגִּיד לֵיהּ מִמִּין אַחֵר הֲוָה לֵיהּ חֲמֵשֶׁת הַמִּינִין אֲבָל לְרַבָּנָן דְּאֵין צָרִיךְ אֶגֶד לָא דְּהַאי לְחוֹדֵיהּ קָאֵי וְהַאי לְחוֹדֵיהּ קָאֵי וְהָכִי נָמֵי אָמְרִינַן בְּהֶדְיָא בְּפֶ' אֵלּוּ הֵן הַנֶּחֱנָקִין (סַנְהֶדְרִין דַּף פח:) גַּבֵּי כָּל הַמּוֹסִיף גּוֹרֵעַ דְּאִי סְבִירָא לָן לוּלָב אֵין צָרִיךְ אֶגֶד הַאי לְחוֹדֵיהּ קָאֵי וְהַאי לְחוֹדֵיהּ קָאֵי וְי"ל דְּהָכָא מַיְירֵי בְּשֶׁנּוֹתֵן אוֹתוֹ חוּץ לָאֶגֶד לְר' יְהוּדָה וא"ת א"כ לֹא יֵחָשֵׁב תּוֹסֶפֶת הַאי מִינָא אַחַרְיַנָא דְּקָמַיְיתֵי כְּמוֹ לְרַבָּנָן דִּלְעֵיל דְּאֵין צָרִיךְ אֶגֶד וי"ל דְּלָא דָּמֵי דִּכְשֶׁיַּאַגְדוֹ שֶׁלֹּא בְּמִינוֹ אֵין לוֹ לֵיחָשֵׁב כְּמוֹסִיף מִשּׁוּם דְּאֵין זֶה כְּדֶרֶךְ גְּדִילָתָן וּמִינִים שֶׁבַּלּוּלָב בָּעֵינַן כְּעֵין גְּדִילָתָן כְּדִלְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף מה:) אֲבָל לְרַבִּי יְהוּדָה דְּבָעֵי אֶגֶד יֵשׁ לוֹ לֵיחָשֵׁב כְּמוֹסִיף בַּאֲגֻודָּתוֹ דְּכָל אִגּוּד' שֶׁלֹּא כְּדֶרֶךְ גְּדִילָתוֹ וְהָכָא אֲפִילּוּ לְרַבִּי יְהוּדָה קָאָמַר דְּמַייְתִי מִינָא אַחַרְיַנָא וּנְקַט לֵיהּ כְּדֶרֶךְ גְּדִילָתוֹ דַּאֲפִילּוּ חוּץ לָאֶגֶד חֲשִׁיב כְּמוֹסִיף וכ"ש לְרַבָּנָן וְהָא דְּקָאָמַר בְּסַנְהֶדְרִין (דַּף פח:) לָמֶ"ד אֵין צָרִיךְ אֶגֶד הַאי לְחוֹדֵיהּ קָאֵי וְהַאי לְחוֹדֵיהּ קָאֵי הַייְנוּ לְעִנְיַן דְּאֵין זֶה כָּל הַמּוֹסִיף גּוֹרֵעַ דִּלְעוֹלָם יְדֵי מִצְוָה יָצָא אֶלָּא דְּעוֹבֵר עַל בַּל תּוֹסִיף וְהַשְׁתָּא נִיחָא דת"ק דְּר' יְהוּדָה דְּקָתָנֵי ד' מִינִים שֶׁבַּלּוּלָב אֵין מוֹסִיף עֲלֵיהֶן וּמִסְּתָמָא הַיְינוּ רַבָּנָן בַּר פְּלֻוגְתַּייְהוּ דְּלָא בָּעוּ אֶגֶד וְאַפֵּ"ה אִיכָּא בַּל תּוֹסִיף וְהַיְינוּ כְּגוֹן דְּנָקֵיט לֵיהּ דֶּרֶךְ גְּדִילָתָן:
<b>Puisque Rabbi Yehouda a dit que le loulav requiert une ligature, si l'on apporte une autre espèce, celle-ci se tient à part et celle-là se tient à part.</b> Difficulté : à plus forte raison pour les Sages ! Car il ressort de ce qui précède que, chez Rabbi Yehouda, c'est parce qu'il faut une ligature que, s'il lui lie une autre espèce, il se retrouve avec cinq espèces ; mais pour les Sages, qui n'exigent pas de ligature, non — car celle-ci se tient à part et celle-là se tient à part. Et nous le disons explicitement au chapitre Elou hen hanehenakin (Sanhédrin 88b), à propos de la règle "quiconque ajoute retranche" : si nous tenons que le loulav n'exige pas de ligature, celle-ci se tient à part et celle-là se tient à part. Et l'on peut répondre qu'ici il s'agit du cas où il place [la cinquième espèce] hors de la ligature, selon Rabbi Yehouda. Et si tu objectes : dans ce cas, cette autre espèce qu'il apporte ne devrait pas être comptée comme un ajout, tout comme pour les Sages plus haut, qui n'exigent pas de ligature ? On peut répondre que ce n'est pas comparable : lorsqu'on lie [le loulav] avec une espèce étrangère, cela ne doit pas compter comme un ajout, parce que ce n'est pas conforme à leur mode de croissance — or les espèces du loulav doivent être prises à la manière de leur croissance, comme il est dit plus loin (Soukka 45b). Mais chez Rabbi Yehouda, qui exige une ligature, cela doit compter comme un ajout dans sa ligature, car toute ligature n'est pas conforme au mode de croissance. Et ici, même selon Rabbi Yehouda, il est question de quelqu un qui apporte une autre espèce et la tient conformément à son mode de croissance : dès lors, même hors de la ligature, elle compte comme un ajout — et à plus forte raison chez les Sages. Quant à ce qui est dit dans Sanhédrin (88b) selon l'avis qui n'exige pas de ligature — celle-ci se tient à part et celle-là se tient à part —, cela ne concerne que la règle "quiconque ajoute retranche" : il s'acquitte en tout état de cause de la mitsva, mais il transgresse néanmoins bal tossif. Et désormais tout s'éclaire : le tana kama de Rabbi Yehouda, qui enseigne que l'on n'ajoute pas aux quatre espèces du loulav, est vraisemblablement les Sages qui le contredisent et n'exigent pas de ligature ; et pourtant il y a bien bal tossif — à savoir dans le cas où il tient [l'espèce surnuméraire] à la manière de sa croissance.
💡 Explication

La guemara reprend la baraita citée en 31a, ligne après ligne, avec sa formule d'entrée amar mar — "le Maître a dit". Elle interroge une phrase apparemment vide : puisqu'on ne peut pas retirer une espèce, il semble évident qu'on ne peut pas en ajouter une. Le talmudiste appelle cela pchita : une redondance qu'il faut justifier.

La justification passe par une position propre à Rabbi Yehouda : chez lui, le loulav requiert une ligature (agued). Cette exigence définit la mitsva comme un objet unique, le paquet lié. On aurait donc pu croire qu'une cinquième espèce tenue à côté, non liée, reste juridiquement extérieure au bouquet — haï lehoudéi kai, "celle-ci se tient à part" — et n'enfreint pas bal tossif, l'interdit d'ajouter aux mitsvot. La baraita coupe court : l'ajout compte.

Les Tossefot font remarquer que le raisonnement semble inversé : c'est chez les Sages, qui n'exigent aucune ligature, que l'argument du "chacun à part" devrait valoir le plus. Leur réponse déplace le critère de la ligature vers la manière de tenir : ce qui rend une espèce surnuméraire intégrante, c'est de la tenir dans le sens de sa croissance, comme les quatre autres.

🖼️ Schéma
Pourquoi il fallait le dire : la ligature de R. Yehouda et le bal tossif Hava amina -- ce qu'on aurait pu croire R. Yehouda exige que le loulav soit LIÉ. La mitsva, chez lui, c'est le paquet ligaturé. Donc une cinquième espèce tenue À COTÉ, hors de la ligature, resterait extérieure : celle-ci à part, celle-là à part -- pas d'ajout. Ka mashma lan -- ce que la baraita enseigne Non : de même qu'on ne retranche pas, on n'ajoute pas. La cinquième espèce compte, même hors de la ligature, dès lors qu'on la tient à la manière de sa croissance : bal tossif s'applique. La difficulté des Tossefot -- et sa résolution Difficulté : à plus forte raison pour les SAGES, qui n'exigent aucune ligature -- chez eux tout se tient à part ! Et Sanhédrin 88b dit explicitement : pour qui n'exige pas de ligature, celle-ci à part et celle-là à part. Réponse : tout dépend de la MANIÈRE DE TENIR, pas de la ligature. - liée dans le paquet mais à l'envers du sens de croissance : ne compte pas comme ajout - tenue dans le sens de sa croissance, même hors de la ligature : compte comme ajout -- et à fortiori chez les Sages
Segment 2 : ce que la baraita devait exclure, et le déplacement opéré par les Tossefot de la ligature vers la manière de tenir.
4
אָמַר מַר: לֹא מָצָא אֶתְרוֹג — לֹא יָבִיא לֹא רִמּוֹן וְלֹא פָּרִישׁ וְלֹא דָּבָר אַחֵר. פְּשִׁיטָא! מַהוּ דְתֵימָא: לַיְיתִי, כִּי הֵיכִי שֶׁלֹּא תִּשָּׁכַח תּוֹרַת אֶתְרוֹג, קָא מַשְׁמָע לַן, זִימְנִין דְּנָפֵיק חֻורְבָּא מִינֵּיהּ, דְּאָתֵי לְמִסְרַךְ.

Le Maître a dit : s'il n'a pas trouvé d'etrog, il n'apportera ni grenade, ni coing, ni quoi que ce soit d'autre. Cela va de soi !

[Non, car] tu aurais pu dire : qu'il en apporte tout de même, afin que la loi de l'etrog ne tombe pas dans l'oubli — il nous enseigne qu'il en sortirait parfois un dommage, car on en viendrait à s'y accoutumer.

💡 Explication

Deuxième pchita, même structure. Pourquoi interdire explicitement le substitut, alors qu'il est évident qu'une grenade n'est pas un etrog ?

Parce qu'il existe une raison sérieuse d'en apporter un : la transmission. Si une génération entière ne voit jamais d'etrog, la torat etrog — la connaissance concrète de ce qu'est cette mitsva — se perd. Le principe "pour que la loi ne soit pas oubliée" est réellement opératoire ailleurs dans le Talmud ; ici il est écarté.

Le motif du refus est un mot précis : lemisrakh, s'accoutumer, prendre le pli. Le substitut pédagogique d'aujourd hui devient l'usage de demain, puis la norme. La guemara préfère une lacune momentanée à une déformation durable — zimnin denafik hourba mineih, il en sort parfois une ruine.

5
תָּא שְׁמַע: אֶתְרוֹג הַיָּשָׁן — פָּסוּל, וְרַבִּי יְהוּדָה מַכְשִׁיר. תְּיוּבְתָּא דְּרָבָא, תְּיוּבְתָּא.

Viens et écoute : l'etrog vieux est passoul, et Rabbi Yehouda le déclare kacher. C'est une réfutation de Rava — réfutation concluante.

💡 Explication

C'est le moment décisif du folio. La guemara produit une baraita où Rabbi Yehouda valide expressément un etrog vieux (yachan) : un etrog de l'année précédente, ratatiné, terni. Contrairement au vert ou au trop petit, ce défaut n'a rien à voir avec la maturation — le fruit est parfaitement mûr, il est simplement laid.

Si Rabbi Yehouda le valide, c'est qu'il n'exige pas le hadar dans l'etrog. Or Rava avait affirmé en 31a que sur ce point tout le monde s'accorde. La guemara conclut par la formule la plus forte de son arsenal : teyouvta, redoublée — teyouvta deRava, teyouvta. Une thèse amoraïque est ici purement et simplement abandonnée ; le reste du folio n'en discute plus, il en tire les conséquences.

6
וְלָא בָּעֵי הֲדַר? וְהָא אֲנַן תְּנַן: הַיָּרוֹק כְּכַרְתִּי — רַבִּי מֵאִיר מַכְשִׁיר וְרַבִּי יְהוּדָה פּוֹסֵל. לָאו מִשּׁוּם דְּבָעֵי הָדָר? לֹא, מִשּׁוּם דְּלָא גְּמַר פֵּירָא.

Et [Rabbi Yehouda] n'exigerait pas le hadar ? Mais n'avons-nous pas appris dans la michna : celui qui est vert comme le poireau — Rabbi Meir le déclare kacher et Rabbi Yehouda le déclare passoul !

N'est-ce pas parce qu'il exige le hadar ? Non : parce que le fruit n'a pas achevé sa maturation.

🗂️ Tossefot (1)
הַיָּרוֹק כְּכַרְתִּי. מַשְׁמַע שֶׁמַּרְאֵהוּ כְּצֶבַע שֶׁקּוֹרִין ויר"ד בְּלַעַ"ז וְהַהִיא דִּבְרָכוֹת מַשְׁמַע קְצָת שֶׁדּוֹמֶה לאירנד"א בְּלַעַ"ז דִּתְנַן הָתָם פ"ק (בְּרָכוֹת דַּף ט:) מִשֶּׁיַּכִּיר בֵּין תְּכֵלֶת לְכַרְתִּי מַשְׁמַע דִּמְעַט מְשֻׁונִּין זֶה מִזֶּה וּבִמְנָחוֹת פ' הַתְּכֵלֶת (מְנָחוֹת דַּף מג:) אָמְרִינַן דִּתְכֵלֶת דּוֹמֶה לַיָּם וְיָם דּוֹמֶה לָרָקִיעַ וְזֶהוּ כְּעֵין צֶבַע שֶׁקּוֹרִין אירנד"א בְּלַעַ"ז אֲבָל בַּיְּרוּשַׁלְמִי מַשְׁמַע שֶׁהוּא צֶבַע ויר"ד כְּעֵין עֲשָׂבִים דְּאַהָהִיא דְּבֵין תְּכֵלֶת לְכַרְתִּי מְסַיֵּים לֵיהּ תְּכֵלֶת דּוֹמֶה לַיָּם וְיָם דּוֹמֶה לַעֲשָׂבִים וַעֲשָׂבִים לָרָקִיעַ וּבְפֶרֶק אֵלּוּ טְרֵיפוֹת (חֻולִּין דַּף מז:) מַשְׁמַע דְּיָרוֹק דָּמֵי לְחֶלְמוֹן שֶׁל בֵּיצָה שֶׁהוּא כְּעֵין צֶבַע יאל"ה בְּלַעַ"ז דְּאָמְרִינַן כְּגוֹן בֵּיעֲתָא טְרֵפָה וּפָרִיךְ אֶלָּא יְרֻוקָּה דִּכְשֵׁרָה הֵיכִי דָּמֵי כְּכַרְתִּי וְכֵן מַשְׁמַע בַּתּוֹסֶפְתָּא דִּנְגָעִים שֶׁדּוֹמֶה לְשַׁעֲוָה דְּתַנְיָא יָרוֹק שֶׁבַּיְּרֻוקִּים ר' אֶלְעָזָר אוֹמֵר כְּשַׁעֲוָה וּכְחוֹרְמַל סוּמָכוֹס אוֹמֵר כִּכְנַף טַווָּס וּכְחָרוּץ שֶׁל דֶּקֶל וְכֵן מַשְׁמַע בְּפֶ' ב' דְּנִדָּה (דַּף יט.) גַּבֵּי ה' דָּמִים טְמֵאִים בְּאִשָּׁה דִּתְנַן הַיָּרֹוק עֲקַבְיָא בֶּן מַהֲלַלְאֵל מְטַמֵּא וְאָמְרִינַן הָתָם מִנַּיִן לְדַם נִדָּה שֶׁהוּא אָדֹום מַשְׁמַע דְּאֵין לְטֻמְאוֹת בְּאִשָּׁה אא"כ נוֹטֶה לְמַרְאֵה אַדְמוּמִית וּבְכָל הַצְּבָעִים שֶׁזָּכַרְתִּי אֵין בָּהֶן נוֹטֶה לְמַרְאֵה אַדְמוּמִית אֶלָּא צֶבַע יאל"ה בְּלַעַ"ז וּקְרָא נָמֵי מוֹכִיחַ שֶׁהוּא הַנִּקְרָא יָרוֹק כְּדִכְתִיב (תְּהִילִּים ס״ח:י״ד) וְאֶבְרוֹתֶיהָ בִּירַקְרַק חָרוּץ וּבְסֵפֶר הַמַּחְבֶּרֶת פִּי' מְנַחֵם שֶׁהוּא זָהָב הַבָּא מִן הַחֲוִילָה וְדוּנָשׁ פִּי' חָרוּץ זֶה אֶבֶן טוֹבָה וּפְלוּגְתָּא דְּאָמוֹרָאֵי הִיא דְּאָמְרִינַן בִּבְרֵאשִׁית רַבָּה (פ' מ"ג) אַקְּרָא . דְּוַיְרַק אֶת חֲנִיכָיו רֵישׁ לָקִישׁ אָמַר שֶׁהוֹרִיקָן בַּאֲבָנִים טוֹבוֹת וּמַרְגָּלִיּוֹת כַּמָּה דְּאַתְּ אָמְרַתְּ וְאֶבְרוֹתֶיהָ בִּירַקְרַק חָרוּץ פִּי' שֶׁלֹּא יְהוּ לְהוּטִין אַחַר הַמָּמוֹן וְיִתְעַסְּקוּ בְּהַצָּלַת נְפָשׁוֹת ר' לֵוִי אוֹמֵר בְּפָרָשַׁת שׁוֹטְרִים הוֹרִיקָן כַּמָּה דְּאַתְּ אָמְרַתְּ מִי הָאִישׁ הַיָּרֵא וְרַךְ הַלֵּבָב כְּלוֹמַר מֵעֲבֵירוֹת שֶׁבְּיָדָן וְנִתְבַּיְּישׁוּ בְּמַה שֶׁהֻוזְקְקוּ לַחֲזֹור וְאָמְרִינַן בְּשִׁילְהֵי ד' נְדָרִים (נְדָרִים ד' לב.) וְיָרָק אֶת חֲנִיכָיו רַב וּשְׁמוּאֵל חַד אָמַר שֶׁהוֹרִיקָן בַּתּוֹרָה בְּפָרָשַׁת שׁוֹטְרִים וְחַד אָמַר שֶׁהוֹרִיקָן בְּזָהָב פִּי' קְרָא דְּבִירַקְרַק חָרוּץ קָדָרֵישׁ וְזָהָב דּוֹמֶה לְצַבָּע יאל"ה וּמִיהוּ אֶתְרוֹג עִיקָּרוֹ דּוֹמֶה לְשַׁעֲוָה וְאוֹתָם אֶתְרוֹגִים הַבָּאִים לְפָנֵינוּ יְרֻוקִּים כְּכַרְתִּי כְּשֵׁרִים אֲפִילּוּ לְר' יְהוּדָה כְּשֶׁחוֹזְרִים לְמַרְאֵה שְׁאָר אֶתְרוֹגִים אֲפִילּוּ בְּתָלוּשׁ לְאַחַר שֶׁשָּׁהוּ בִּכְלִי זְמַן מְרֻובֶּה דְּוַדַּאי גְּמַר פִּרְיָים:
<b>Vert comme le poireau.</b> Il en ressort que son aspect est de la couleur qu'on appelle <i>vert</i> en langue vernaculaire. Mais le passage de Berakhot suggère quelque peu qu'il ressemble à la teinte qu'on appelle <i>inde</i> (bleu profond), car on enseigne là (Berakhot 9b) : [le moment du chema est venu] dès qu'il distingue entre le tekhelet et le poireau — ce qui indique qu'ils diffèrent peu l'un de l'autre. Et dans Menahot, chapitre HaTekhelet (43b), nous disons que le tekhelet ressemble à la mer, la mer au firmament — et c'est cette teinte-là. Mais dans le Yerouchalmi, il ressort qu'il s'agit du vert des herbes, car sur ce même passage "entre le tekhelet et le poireau" il conclut : le tekhelet ressemble à la mer, la mer aux herbes, et les herbes au firmament. Et au chapitre Elou terefot (Houlin 47b) il ressort que le yarok ressemble au jaune d'œuf, soit la couleur qu'on appelle <i>jaune</i> : car nous y disons qu'un œuf de telle teinte rend l'animal terefa, et l'on demande — alors le vert qui est kacher, comment est-il ? — comme le poireau. De même, il ressort de la Tossefta de Negaim qu'il ressemble à la cire, car on y enseigne : le plus vert des verts — Rabbi Elazar dit : comme la cire et comme le hormal ; Soumkhos dit : comme l'aile du paon et comme le harouts du palmier. De même, il ressort du chapitre 2 de Nidda (19a), à propos des cinq sangs impurs chez la femme, où l'on enseigne : le vert — Akavia ben Mahalalel le déclare impur ; et nous disons là : d'où sait-on que le sang de nidda est rouge ? — ce qui indique qu'on ne déclare impur, chez la femme, que ce qui tire vers la rougeur ; or aucune des couleurs que j'ai mentionnées ne tire vers le rouge, sinon la teinte jaune. Le verset aussi prouve que c'est cela qu'on appelle yarok, comme il est écrit (Tehilim 68:14) : "et ses ailes d'un vert d'or (yerakrak harouts)". Dans le Mahbéret, Menahem explique qu'il s'agit de l'or venu de Havila ; et Dounach explique que harouts est une pierre précieuse. Et c'est une controverse d'Amoraim : nous disons dans Bereshit Rabba (43) sur le verset "vayarek et hanikhav" — Rech Lakich dit qu'il les fit briller de pierres précieuses et de perles, comme tu dis "ses ailes d'un vert d'or", c'est-à-dire qu'ils ne convoiteraient pas l'argent et s'occuperaient du sauvetage des vies ; Rabbi Levi dit qu'il les fit pâlir par la section des officiers, comme tu dis "quel est l'homme craintif et au cœur mou", c'est-à-dire des fautes qu'ils avaient en main, et ils eurent honte d'avoir à rebrousser chemin. Et nous disons à la fin du quatrième chapitre de Nedarim (32a) : "vayarek et hanikhav" — Rav et Chmouel : l'un dit qu'il les fit briller par la Torah, dans la section des officiers, et l'autre dit qu'il les fit briller d'or — c'est-à-dire qu'il expose le verset "d un vert d'or", et l'or ressemble à la teinte jaune. Quoi qu'il en soit, l'etrog, dans son fond, ressemble à la cire ; et ces etrogim qui nous parviennent verts comme le poireau sont kacherim même selon Rabbi Yehouda lorsqu'ils reviennent à l'aspect des autres etrogim — même détachés, après avoir séjourné longtemps dans un récipient — car assurément leur fruit avait bien achevé sa maturation.
⚖️ Rosh (2)
מַתְנִי' אֶתְרוֹג הַגָּזוּל וְהַיָּבֵשׁ פָּסוּל שֶׁל אֲשֵׁירָה וְשֶׁל עִיר הַנִּדַּחַת פָּסוּל שֶׁל עָרְלָה פָּסוּל וְשֶׁל תְּרוּמָה טְמֵאָה פָּסוּל וְשֶׁל טְהוֹרָה לֹא יִטּוֹל וְאִם נָטַל כָּשֵׁר וְשֶׁל דְּמַאי ב"ש פּוֹסְלִין וב"ה מַכְשִׁירִין אִית סְפָרִים דְּגָרְסִי אַמַּתְנִיתִין שֶׁל אֲשֵׁירָה וְשֶׁל עִיר הַנִּדַּחַת פָּסוּל מִשּׁוּם דְּהָוֵה לֵיהּ מִצְוָה הַבָּאָה בַּעֲבֵירָה מִשּׁוּם דִּס"ל דְּלָא שַׁיָּיךְ לְמִיפְסַל מִשּׁוּם דִּמְיכַתַּת שִׁיעוּרֵיהּ מִשּׁוּם דְּלָא אַשְׁכְּחַן שִׁיעוּר מְפֹורָשׁ בְּאֶתְרוֹג וְהָא דְּאָמְרִי' כֶּאֱגוֹז כַּבֵּיצָה לָאו מִשּׁוּם שִׁיעוּר הוּא אֶלָּא כְּדִמְפָרֵשׁ טַעְמָא לְעֵיל (סֻוכָּה דַּף לא:) מִשּׁוּם דְּלָא גְּמַר פֵּירָא הוּא וְלָא נְהִירָא לר"י דְּא"כ אַמַּאי אִיצְטְרִיךְ לְפָרֵשׁ טַעְמָא דַּאֲשֵׁירָה וְעִיר הַנִּדַּחַת גַּבֵּי לוּלָב מִשּׁוּם דִּמְיכַתַּת שִׁיעוּרֵיהּ תִּיפּוֹק לֵיהּ מִשּׁוּם מִצְוָה הַבָּאָה בַּעֲבֵירָה וְעוֹד אַמַּאי שָׁרְיָא בַּאֲשֵׁרָה דְּנָכְרִי דִּיעֲבַד דְּהָא מִשּׁוּם מִצְוָה הַבָּאָה בַּעֲבֵירָה פָּסְלִינַן בְּדִיעֲבַד אֶלָּא וַדַּאי לָא מִיקְּרֵי מִצְוָה הַבָּאָה בַּעֲבֵירָה אֶלָּא דֻּומְיָא בִּדְגָזֵל דְּמֵחֲמַת עֲבֵירָה הוּא דְּגָזַל בְּאוֹתָהּ הַמִּצְוָה שֶׁיּוֹצֵא בָּהּ אֲבָל הָנֵי לָא נָפֵיק בְּהוּ מֵחֲמַת הָעֲבֵירָה שֶׁנַּעֲשֵׂית וּבְאֶתְרוֹג שַׁיָּיךְ שַׁפִּיר שִׁיעוּרָא מִשּׁוּם דְּבָעֵינַן דְּמִינְּכַר לְקִיחָה וּמֵהַאי טַעְמָא פָּסְלִינַן פִּלְפְּלִין וְכֵיוָן דִּמְיכַתַּת שִׁיעוּרֵיהּ הָוֵי כְּאִילּוּ נִשְׁחָק כֻּולּוֹ וְהָוֵי כְּאִילּוּ לֹא מְנַכֵּר לְקִיחָה:
<b>Michna :</b> l'etrog volé et l'etrog sec sont passoul ; celui d'une acherah et celui d'une ville dévoyée sont passoul ; celui d'orla est passoul ; celui de trouma impure est passoul ; celui de [trouma] pure, on ne le prendra pas, mais si on l'a pris il est kacher ; et celui de demai — Beit Chammai invalident et Beit Hillel valident. Il est des livres qui lisent, sur notre michna, que celui d'une acherah et celui d'une ville dévoyée sont passoul au titre de <b>mitsva haba a be-avéra</b> — une mitsva accomplie par une transgression — parce qu'ils tiennent qu'il n'y a pas lieu d'invalider au titre de "sa mesure est pulvérisée", puisque nous ne trouvons pas de mesure explicite pour l'etrog ; et ce que l'on dit — comme une noix, comme un œuf — ne serait pas une mesure, mais s'expliquerait comme la guemara l'a expliqué plus haut (Soukka 31b) : parce que le fruit n'a pas achevé sa maturation. Cela ne paraît pas juste au Ri : car s'il en était ainsi, pourquoi aurait-il fallu expliquer la raison de l'acherah et de la ville dévoyée, à propos du loulav, par "sa mesure est pulvérisée" ? Qu'on la tire donc de la mitsva accomplie par une transgression ! De plus, pourquoi l'acherah d'un non-Juif serait-elle permise à posteriori, alors que pour une mitsva accomplie par une transgression nous invalidons même à posteriori ? Force est donc de dire qu'on n'appelle mitsva accomplie par une transgression que ce qui est semblable au vol, où c'est par la transgression même qu'il s'est emparé de l'objet de la mitsva dont il s'acquitte ; tandis que dans ces cas-ci, ce n'est pas par la transgression accomplie qu'il s'en acquitte. Et pour l'etrog, la notion de mesure s'applique bel et bien, car nous exigeons que la prise soit perceptible (<b>minkar lekiha</b>) — et c'est pour cette raison que nous invalidons les grains de poivre ; or dès lors que sa mesure est pulvérisée, c'est comme s'il avait été entièrement broyé, et comme si la prise n'était pas perceptible.
הַיָּרוֹק כְּכַרְתִּי שֶׁדּוֹמֶה לַעֲשָׂבִים כָּתְבוּ הַתּוֹסָפוֹת לְעֵיל (סֻוכָּה דַּף לא:) דְּאֶתְרוֹג שֶׁהוּא יָרֹוק כְּכַרְתִּי וּכְשֶׁמְּשַׁהִין אוֹתוֹ חוֹזֵר לְמַרְאֵה אֶתְרוֹג נִרְאֶה שֶׁהוּא כָּשֵׁר דְּאִי לָאו דְּנִגְמַר פִּרְיוֹ לֹא הָיָה חוֹזֵר לְמַרְאֵה אֶתְרוֹג בְּתָלוּשׁ:
<b>Vert comme le poireau</b>, c'est-à-dire qui ressemble aux herbes. Les Tossefot ont écrit plus haut (Soukka 31b) qu'un etrog vert comme le poireau, et qui, lorsqu'on le conserve, revient à l'aspect d'un etrog, paraît kacher : car si son fruit n'avait pas achevé sa maturation, il ne reviendrait pas à l'aspect d'un etrog une fois détaché.
💡 Explication

Rava est réfuté, mais un problème demeure : trois michnayot montrent Rabbi Yehouda invalidant des etrogim. Si ce n'est pas au nom du hadar, alors au nom de quoi ? La guemara va traiter les trois cas l'un après l'autre, et chaque fois par la même parade : lo, michoum de... — non, c'est pour une autre raison.

Premier cas : l'etrog vert comme le poireau. Réponse : lo gamar pira, le fruit n'a pas achevé sa maturation. Le vert n'est pas un défaut de beauté, c'est le signe d'un fruit inachevé — donc pas encore un "fruit" au sens du verset.

Les Tossefot consacrent à l'identification de cette couleur une de leurs gloses les plus longues, comparant sept passages talmudiques et deux versions du mot yarok : tantôt le vert des herbes, tantôt un bleu profond, tantôt le jaune du jaune d'œuf. Leur conclusion est halakhique et rassurante pour l'usage : les etrogim verts qui, après un séjour en réserve, prennent la couleur normale, étaient donc bel et bien mûrs — et restent kacherim même selon Rabbi Yehouda. Le Roch reprend exactement cette conclusion.

7
תָּא שְׁמַע: שִׁיעוּר אֶתְרוֹג קָטָן, רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: כֶּאֱגוֹז, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: כַּבֵּיצָה. לָאו מִשּׁוּם דְּבָעֵי הָדָר? לֹא, מִשּׁוּם דְּלָא גְּמַר פֵּירָא.

Viens et écoute : la mesure d'un petit etrog — Rabbi Meir dit : comme une noix ; Rabbi Yehouda dit : comme un œuf. N'est-ce pas parce qu'il exige le hadar ?

Non : parce que le fruit n'a pas achevé sa maturation.

🗂️ Tossefot (1)
שִׁיעוּר אֶתְרוֹג קָטָן. אֵין זוֹ פְּלוּגְתָּא דְּאֶתְרוֹג הַבֹּוסֶר דִּפְלִיגִי בָּהּ ר"ע וְרַבָּנָן לְקַמָּן בְּפִירְקִין (סֻוכָּה ד' לוֹ.) דְּהָא אֲפִילּוּ גָּדוֹל כֶּאֱגוֹז וְכַבֵּיצָה פְּסִיל לֵיהּ ר"ע מִשּׁוּם דְּלָאו בַּר זְרִיעָה לְטַעַם אֶחָד וּלְפִי טַעַם שֵׁנִי מִשּׁוּם דְּבָעֵי הָדָר וְהַאי דְּהָכָא אֲפִילּוּ לָא בָּעֵי הָדַר פְּסִיל לֵיהּ מִשּׁוּם דְּלָא גְּמַר פֵּירָא וְלֹא כְּמוֹ שֶׁפֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס לְקַמָּן אֶתְרוֹג הַבֹּוסֶר כְּפוֹל הַלָּבָן דְּהַהוּא שִׁיעוּרָא אִתְּמַר גַּבֵּי עֲנָבִים דְּבִגְמַר בִּישּׁוּלָם נָמֵי קְטַנִּים הֵם אֲבָל אֶתְרוֹג שֶׁהוּא פְּרִי גָּדוֹל אֲפִילּוּ יוֹתֵר מִכַּבֵּיצָה בֹּוסֶר הוּא כְּשֶׁסּוֹפוֹ לִיגָּדֵל יוֹתֵר הַרְבֵּה וְהָכָא בְּשֶׁאֵין סוֹפוֹ לִיגָּדֵל יוֹתֵר דַּאֲפִילּוּ ר"ע דִּפְסִיל הָתָם הָכָא מַכְשִׁיר בְּכֶאֱגוֹז לְמַר וְכַבֵּיצָה לְמַר דַּחֲשִׁיב גְּמַר פְּרִי אֲבָל פָּחוּת מִכָּאן לֹא חֲשִׁיב גְּמַר פְּרִי אע"פ שֶׁאֵין סוֹפוֹ לִיגָּדֵל יוֹתֵר דְּיֵשׁ דְּבָרִים הַרְבֵּה שֶׁלְּעוֹלָם לֹא יָבוֹאוּ לִידֵי בִּישּׁוּל פְּרִי וּמָצוּי הוּא בַּעֲנָבִים שֶׁיֵּשׁ מֵהֶם שֶׁלְּעוֹלָם בֹּוסֶר עוֹד יִתָּכֵן דַּאֲפִילּוּ רַבָּנָן דְּמַכְשִׁירֵי הָתָם פָּסְלִי הָכָא בְּפָחוֹת מִכָּאן דְּאֶתְרוֹג הַבֹּוסֶר חֲשִׁיב פֵּירָא טְפֵי ובפ"ק דְּמַעַשְׂרוֹת בַּיְּרוּשַׁלְמִי תָּנֵי אֶתְרוֹג הַבֹּוסֶר ר"ע אוֹמֵר פְּרִי וַחֲכָמִים אוֹמְרִים אֵינוֹ פְּרִי:
<b>La mesure d'un petit etrog.</b> Ce n'est pas la controverse relative à l'etrog <i>boser</i> (non mûr) que discutent Rabbi Akiva et les Sages plus loin dans notre chapitre (Soukka 36a) : car même gros comme une noix ou comme un œuf, Rabbi Akiva l'y invalide — soit, selon une première raison, parce qu'il n'est pas apte à être semé, soit, selon la seconde raison, parce qu'il exige le hadar. Or ici, même celui qui n'exige pas le hadar l'invalide, parce que le fruit n'a pas achevé sa maturation. Et il n'en va pas comme l'a expliqué le Kountras (Rachi) plus loin, selon qui l'etrog boser est comparable à la fève blanche : car cette mesure a été énoncée à propos des raisins, qui sont petits même parvenus à maturité ; tandis que l'etrog, qui est un grand fruit, demeure boser même au-delà de la taille d'un œuf lorsqu'il doit encore grandir beaucoup. Et ici il s'agit du cas où il ne doit plus grandir : dès lors, même Rabbi Akiva, qui invalide là-bas, valide ici à partir d'une noix pour l'un et d'un œuf pour l'autre, car cela compte comme un fruit achevé ; mais en deçà, cela ne compte pas comme un fruit achevé, quand bien même il ne doit plus grandir — car il est bien des choses qui ne parviennent jamais à maturité, et cela se rencontre fréquemment parmi les raisins, dont certains restent toujours verts. Il se peut encore que même les Sages, qui valident là-bas, invalident ici en deçà de cette mesure, car l'etrog boser est davantage considéré comme un fruit. Et au premier chapitre de Maasserot, dans le Yerouchalmi, on enseigne : l'etrog boser — Rabbi Akiva dit : c'est un fruit ; et les Sages disent : ce n'est pas un fruit.
💡 Explication

Deuxième cas, même mécanique : Rabbi Yehouda exige un etrog d'au moins la taille d'un œuf, là où Rabbi Meir se contente d'une noix. Un etrog minuscule est-il rejeté pour manque de hadar ? Non : même raison que pour le vert — lo gamar pira. En deçà d'une certaine taille, l'objet n'a pas atteint le statut de fruit.

Les Tossefot préviennent une confusion fréquente : ce débat sur la mesure minimale n'est pas celui de l etrog boser (fruit non mûr) qui opposera Rabbi Akiva et les Sages en 36a. La distinction qu'ils tracent est fine : ici on parle d'un fruit qui a fini de grandir mais reste minuscule ; là-bas, d'un fruit encore en cours de croissance. Ils corrigent au passage la lecture de Rachi sur ce point.

8
תָּא שְׁמַע: וּבְגָדוֹל כְּדֵי שֶׁיֶּאֱחֹוז שְׁנַיִם בְּיָדוֹ אַחַת, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אֲפִילּוּ אֶחָד בִּשְׁתֵּי יָדָיו. מַאי טַעְמָא, לָאו מִשּׁוּם דְּבָעֵי הָדָר? לֹא, כֵּיוָן דְּאָמַר רַבָּה: לוּלָב בְּיָמִין וְאֶתְרוֹג בִּשְׂמֹאל, זִימְנִין דְּמִחַלְּפִי לֵיהּ וְאָתֵי לְאַפּוּכִינְהוּ וְאָתֵי לְאִיפְּסוֹלֵי.

Viens et écoute : et pour le grand [etrog], [la mesure est] telle qu'il puisse en tenir deux dans une seule main — paroles de Rabbi Yehouda. Rabbi Yosse dit : même un seul dans ses deux mains.

Quelle en est la raison ? N'est-ce pas parce qu'il exige le hadar ?

Non : puisque Rabba a dit — le loulav dans la main droite et l'etrog dans la gauche — il arrive qu'on les lui intervertisse, qu'il en vienne alors à les retourner, et que [l'etrog] en vienne à devenir passoul.

📜 Rachi (2)
שְׁנַיִם בְּיָדוֹ אַחַת גָּרְסִינַן ב' אֶתְרוֹגִים בְּיָדוֹ אַחַת שֶׁבַּמָּקוֹם הָא' יֹאחַז הַלּוּלָב כְּשֶׁיְּהַפְּכֵן:
Notre version est : deux etrogim dans une seule main — car à la place de l'un [des deux] il tiendra le loulav lorsqu'il les retournera.
כֵּיוָן דְּאָמַר רַבָּה אֶתְרוֹג בִּשְׂמֹאל וְלוּלָב בְּיָמִין מִשּׁוּם דְּהָכָא תְּלָת מִצְוֹת וְאֶתְרוֹג חַד מִצְוָה וְזִימְנִין דִּמְחַלְּפִין לֵיהּ שֶׁנּוֹתְנִין לוֹ אֶתְרוֹג בְּיָמִין וְלוּלָב בִּשְׂמֹאל וְצָרִיךְ לְהַפְּכָן מִיָּד לְיָד וְלֶאֱחֹוז הָאֶתְרוֹג וְהַלּוּלָב בְּאַחַת מִיָּדָיו עַד שֶׁיַּחֲלִיף וְאִי הֲוָה גָּדוֹל יוֹתֵר מִדַּאי שֶׁמָּא יִפֹּול מִיָּדָיו וְיִפְסֹול שֶׁיֶּאֱרַע בּוֹ נֶקֶב:
Parce qu'ici [dans le loulav] il y a trois mitsvot, tandis que l'etrog n'en est qu'une seule ; et il arrive qu'on les lui intervertisse, en lui donnant l'etrog dans la main droite et le loulav dans la gauche. Il doit alors les faire passer d'une main à l'autre, et tenir l'etrog et le loulav dans une seule de ses mains, le temps de l'échange. Or s'il était trop grand, il pourrait lui tomber des mains et devenir passoul par la perforation qui s'y produirait.
💡 Explication

Troisième et dernier cas : la mesure maximale. Ici la parade de la guemara change de nature : on ne peut plus invoquer la maturation, puisqu'un etrog trop grand est on ne peut plus mûr.

La réponse est purement pratique et repose sur une règle de Rabba : le loulav se tient dans la main droite — il porte trois mitsvot, comme le précise Rachi — et l'etrog dans la gauche, qui n'en porte qu'une. Il arrive fréquemment qu'on tende les espèces à l'envers ; il faut alors les échanger, et pendant cet instant une seule main tient les deux objets. Un etrog trop volumineux glisse, tombe, et se perce : le néqev, la perforation, l'invalide.

Ainsi la mesure de Rabbi Yehouda n'est pas esthétique mais fonctionnelle : elle protège l'objet. Rabbi Yosse, qui ne partage pas cette crainte, valide même un etrog qui remplit les deux mains.

🖼️ Schéma
Pourquoi un etrog trop grand est passoul : le moment de l'échange Ce n'est pas une question de beauté mais de prise en main -- l'explication de Rabba, glosée par Rachi 1. La position correcte Main DROITE : le loulav (trois mitsvot ensemble) Main GAUCHE : l'etrog (une seule mitsva) Règle de Rabba : le plus lourd à droite. 2. On les lui donne à l'envers Main DROITE : l'etrog Main GAUCHE : le loulav Situation courante : celui qui tend les espèces se trompe de main. Il faut donc les intervertir. 3. L'instant critique Pendant l'échange, une seule main tient le loulav ET l'etrog. Si l'etrog est trop gros : il glisse, il tombe, il se perce. Neqev = etrog passoul. La mesure devient donc un critère de préhension R. Yehouda : la limite haute est atteinte quand on ne peut plus en tenir DEUX dans une seule main. Rachi précise la version : deux etrogim dans une main -- car à la place du second viendra le loulav lors du transfert. R. Yosse : même un seul qui remplit les deux mains reste valide -- il ne partage pas cette inquiétude. Nafka mina : chez R. Yehouda la mesure est fonctionnelle, elle protège l'objet ; elle ne dit rien sur le hadar.
Segment 7 : la séquence des mains qui explique la mesure maximale — une raison de préhension, non de beauté.
9
וְאֶלָּא לְרַבִּי יְהוּדָה, הָא כְתִיב ״הָדַר״?

Mais alors, selon Rabbi Yehouda, n'est-il pas écrit "hadar" ?

💡 Explication

Question terminale et inévitable. Les trois michnayot ont été neutralisées, mais il reste l'obstacle irréductible : le verset. Vayikra 23:40 dit expressément péri ets hadar. Un mot de la Torah ne se neutralise pas comme une michna ; il doit recevoir un sens.

Cette question rappelle une règle de méthode : on peut soutenir qu'un Tana n'exige pas telle chose, jamais qu'il ignore un mot du texte.

10
הַהוּא הַדָּר בְּאִילָנוֹ מִשָּׁנָה לְשָׁנָה.

Celui-là [signifie] : ce qui demeure sur son arbre d'une année à l'autre.

📜 Rachi (1)
הַדָּר בְּאִילָנוֹ מִשָּׁנָה לְשָׁנָה מֵהָכָא שָׁמְעִינַן דְּאֶתְרוֹג אֲמַר קְרָא שֶׁאֵין פְּרִי אַחֵר עוֹשֶׂה כֵּן:
C'est de là que nous apprenons que le verset parle de l'etrog, car aucun autre fruit n'agit ainsi.
🗂️ Tossefot (1)
דָּבָר הַדָּר בְּאִילָנוֹ מִשָּׁנָה לְשָׁנָה. בֶּן עַזַּאי הוּא דְּדָרֵישׁ הָכִי לְקַמָּן בְּפִירְקִין (סֻוכָּה ד' לה.) וְיֵשׁ שָׁם דְּרָשׁוֹת אֲחֵרוֹת:
<b>Ce qui demeure sur son arbre d'une année à l'autre.</b> C'est Ben Azzai qui expose ainsi plus loin dans notre chapitre (Soukka 35a) ; et il s'y trouve d'autres derachot.
💡 Explication

La réponse est un chef-d œuvre de lecture. Rabbi Yehouda ne supprime pas le mot : il le revocalise. Au lieu de hadar (de la racine hdr, la magnificence), il lit ha-dar — de la racine dour, résider, habiter. Le verset ne pose alors aucune exigence de beauté : il désigne un fruit par une propriété botanique.

Rachi tire la conséquence : cette propriété est une carte d'identité. L'etrog demeure sur son arbre d'une année à l'autre, ce qu'aucun autre fruit ne fait — le verset devient donc une définition, non un critère qualitatif.

Les Tossefot situent cette deracha : elle est attribuée à Ben Azzai en 35a, où la guemara en propose plusieurs autres sur le même mot. Le même signifiant y porte donc plusieurs lectures concurrentes.

🖼️ Schéma
Un seul mot du verset, deux lectures opposées Vayikra 23:40 : péri ets hadar -- le fruit de l'arbre hadar הדר Lecture des Sages : HADAR = éclat Racine hdr, la magnificence. Le verset pose une exigence de BEAUTÉ : le fruit doit être intact et plaisant. Conséquences : sec passoul, vieux passoul, et par hekech la même exigence gagne les trois autres espèces du loulav. Lecture de R. Yehouda : ha-DAR = demeurer Racine dour, résider, habiter. Le verset ne demande pas la beauté : il DÉSIGNE un fruit par sa nature. Celui qui demeure sur son arbre d'une année à l'autre -- Rachi : aucun autre fruit ne fait cela. Donc : c'est l'etrog.
Segment 9 : les deux lectures du mot hadar, et ce que chacune fait dire au verset.
11
שֶׁל אֲשֵׁרָה וְשֶׁל עִיר הַנִּדַּחַת. וְשֶׁל אֲשֵׁרָה — פָּסוּל? וְהָאָמַר רָבָא: לוּלָב שֶׁל עֲבוֹדָה זָרָה — לֹא יִטֹּול, וְאִם נָטַל — כָּשֵׁר.

[La michna a enseigné :] celui d'une acherah et celui d'une ville dévoyée. Et celui d'une acherah serait passoul ?

Mais Rava n'a-t-il pas dit : un loulav d'idolâtrie — qu'on ne le prenne pas, mais si on l'a pris, il est kacher !

📜 Rachi (3)
לוּלָב שֶׁל ע"ז שֶׁשִּׁימְּשׁוּ בּוֹ לַעַ"ז לְכַבֵּד לְפָנֶיהָ קַרְקַע אִי נָמֵי שֶׁעֲבוֹדָתָהּ בְּלוּלָב לְהַעֲבִירוֹ לְפָנֶיהָ אוֹ לְזָרְקָהּ בּוֹ:
Dont on s'est servi pour l'idolâtrie, pour balayer le sol devant elle ; ou bien dont le culte se fait avec un loulav, en le passant devant elle ou en la frappant avec.
לֹא יִטֹּול דִּמְאִיס לְגָבוֹהַּ:
Car il est répugnant à l'égard du Ciel.
וְאִם נָטַל כָּשֵׁר ואע"ג דְּאִיסּוּרֵי הֲנָאָה הוּא דְּמִצְוֹת לָאו לֵיהָנוֹת נִיתְּנוּ כְּלוֹמַר אֵין קִיּוּם מִצְוֹת הֲנָאַת הַגּוּף אֶלָּא עֲבוֹדַת עֶבֶד לְרַבּוֹ:
Et bien qu'il soit interdit à la jouissance — car les mitsvot n'ont pas été données pour en jouir : c'est-à-dire que l'accomplissement d'une mitsva n'est pas une jouissance du corps, mais le service d'un serviteur envers son maître.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁל אֲשֵׁרָה וְשֶׁל עִיר הַנִּדַּחַת פָּסוּל. בְּסוֹף כִּיסּוּי הַדָּם (חֻולִּין ד' פט. וְשָׁם) דְּאָמַר רָבָא מִצְוֹת לָאו לֵיהָנוֹת נִיתְּנוּ וּמְכַסִּין בַּעֲפַר עִיר הַנִּדַּחַת וּפָרִיךְ מֵהָא דְּתַנְיָא שׁוֹפָר שֶׁל ע"ז אִם תָּקַע לֹא יָצָא וְלוּלָב שֶׁל ע"ז אִם נָטַל לֹא יָצָא הֲוָה מָצֵי לְאַקְשׁוּיֵי מִמַּתְנִיתִין דְּקָתָנֵי שֶׁל אֲשֵׁרָה פָּסוּל אֶלָּא נִיחָא לֵיהּ לְאֵתוּיֵי מִבָּרַיְיתָא מִשּׁוּם דְּאַסִּיק מֵעִיקָּרָא גַּבֵּי לוּלָב וְשׁוֹפָר תָּקַע יָצָא נָטַל יָצָא:
<b>Celui d'une acherah et celui d'une ville dévoyée sont passoul.</b> À la fin du chapitre Kissouy hadam (Houlin 89a), où Rava dit que les mitsvot n'ont pas été données pour en jouir et que l'on peut recouvrir [le sang] avec la terre d'une ville dévoyée, on objecte à partir de ce qui a été enseigné : un chofar d'idolâtrie, s'il en a sonné, il ne s'est pas acquitté ; et un loulav d'idolâtrie, s'il l'a pris, il ne s'est pas acquitté. On aurait pu y objecter depuis notre michna, qui enseigne que celui d'une acherah est passoul ; mais il a préféré apporter la baraita, parce qu'il avait conclu d'abord, à propos du loulav et du chofar, que s'il en a sonné il s'est acquitté et que s'il l'a pris il s'est acquitté.
💡 Explication

Nouveau mouvement : la guemara quitte la sougya du hadar et reprend la michna à la ligne suivante — le loulav provenant d'une acherah (arbre voué à l'idolâtrie) ou d'une ville dévoyée (ir hanidahat, dont tous les biens doivent être brûlés).

La contradiction est immédiate : Rava a enseigné ailleurs qu'un loulav d'idolâtrie, pris à posteriori, reste kacher. Rachi explique le fondement de cette validation : mitsvot lav lehanot nitnou — les mitsvot n'ont pas été données pour qu'on en jouisse. Accomplir une mitsva n'est pas un plaisir du corps mais un acte de service ; l'interdit de jouissance qui frappe l'idolâtrie ne mord donc pas sur l'usage rituel. Reste un obstacle a priori : maiss légavoah, la répugnance à l'égard du Ciel.

12
הָכָא בַּאֲשֵׁרָה דְמֹשֶׁה עָסְקִינַן, דִּכְתוּתֵי מִיכְתַּת שִׁיעוּרֵיהּ.

Ici, nous traitons d'une acherah de Moché, dont la mesure est comme pulvérisée.

📜 Rachi (1)
בַּאֲשֵׁרָה דְּמֹשֶׁה אוֹתָם שֶׁהָיוּ בִּשְׁעַת כִּיבּוּשׁ א"י שֶׁהִצְרִיכָן הַכָּתוּב שְׂרֵפָה כְּדִכְתִיב (דְּבָרִים י״ב:ג׳) וַאֲשֵׁרֵיהֶם תִּשְׂרְפוּן בָּאֵשׁ וְלוּלָב צָרִיךְ שִׁיעוּר וְהַאי כְּמַאן דִּמְיכַתַּת שִׁיעוּרֵיהּ כֵּיוָן דְּלִשְׂרֵפָה קָאֵי:
Celles qui existaient au temps de la conquête de la terre d'Israël, dont l'Écriture a exigé la combustion, comme il est écrit (Devarim 12:3) : "et leurs achérot vous brûlerez au feu". Or le loulav requiert une mesure, et celui-ci est comme si sa mesure était pulvérisée, puisqu'il est voué au feu.
🗂️ Tossefot (1)
בַּאֲשֵׁרָה דְּמֹשֶׁה דִּכְתוּתֵי מִיכְתַּת שִׁיעוּרֵיהּ. וְכֵן בָּרַיְיתָא דְּסוֹף כִּיסּוּי הַדָּם (חֻולִּין ד' פט. וְשָׁם) דְּאִם נָטַל לֹא יָצָא וְכֵן צָרִיךְ לְתָרֵץ אַשּׁוֹפָר דְּקָתָנֵי הָתָם תָּקַע לֹא יָצָא וּבְפֶ' רָאוּהוּ ב"ד (ר"ה ד' כח. וְשָׁם) בְּשׁוֹפָר שֶׁל ע"ז לֹא יִתְקַע וְאִם תָּקַע יָצָא וְכֵן בְּפֶ' מִצְוַת חֲלִיצָה (יְבָמוֹת ד' קג: וְשָׁם) אָמַר רָבָא בְּסַנְדָּל שֶׁל ע"ז חֲלִיצָתָהּ כְּשֵׁרָה וְלָא אָמְרִינַן דִּמְכַתַּת שִׁיעוּרֵיהּ דְּהָנְהוּ בע"ז דְּנָכְרִי דְּיֵשׁ לָהּ בִּיטּוּל וְהַהוּא דְּקָתָנֵי לֹא יָצָא בע"ז דְּיִשְׂרָאֵל שֶׁאֵינָהּ בְּטֵילָה עוֹלָמִית וא"ת ע"ז דְּנָכְרִי נָמֵי מִדְּאַגְבְּהָה קַנְייֵהּ וְנַעֲשָׂה שֶׁל יִשְׂרָאֵל כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶ' כָּל הַצְּלָמִים (ע"ז ד' מב.) גָּזְרִינַן דִּלְמָא מַגְבַּהּ לַהּ וַהֲדַר מְבַטֵּל לַהּ וְי"ל כְּגוֹן שֶׁהִגְבִּיהַּ עַל מְנָת שֶׁלֹּא לִקְנוֹת דְּהָא בְּמִנְעָל שֶׁאֵינוֹ שֶׁלּוֹ תְּנַן חֲלִיצָתָהּ כְּשֵׁרָה וְלוּלָב בי"ט שֵׁנִי וּבִשְׁמַעְתִּין הֲוָה מָצֵי לְשַׁנּוּיֵי דְּמַתְנִי' בי"ט רִאשׁוֹן וְלָא הֲוָה צָרִיךְ לְאוֹקְמֵי בַּאֲשֵׁרָה דְּמֹשֶׁה אֶלָּא מִשּׁוּם דְּקָתָנֵי דֻּומְיָא דְּעִיר הַנִּדַּחַת וַאֲפִילּוּ בי"ט שֵׁנִי ור"ת מְפָרֵשׁ דְּכוּלְּהוּ בע"ז דְּנָכְרִי וְכָאן קֹודֶם בִּיטּוּל וְכָאן לְאַחַר בִּיטּוּל וּלְאַחַר בִּיטּוּל נָמֵי לְכַתְּחִלָּה לֹא יִטּוֹל וְלֹא יִתְקַע דִּמְאִיס לְעִנְיַן מִצְוָה לְפִי שֶׁהָיָה עָלָיו שֵׁם ע"ז וְכֵן לֹא תַּחֲלֹוץ בּוֹ לְכַתְּחִלָּה וַאֲפִילּוּ אִם תִּימְצֵי לוֹמַר דְּשָׁרֵי לְכַסּוֹת לְכַתְּחִלָּה בַּעֲפַר ע"ז כְּמוֹ בְּשֶׁל עִיר הַנִּדַּחַת לָא דָּמֵי כִּיסּוּי לַחֲלִיצָה וְהָא דִּמְשַׁנֵּי הָכָא בַּאֲשֵׁרָה דְּמֹשֶׁה וְלָא מְשַׁנֵּי בִּדְנָכְרִי וְקֹודֶם בִּיטּוּל מִשּׁוּם דְּמִשֶּׁנִּקְצַץ הַלּוּלָב מִן הַדֶּקֶל נִתְבַּטֵּל וּבְפֶרֶק מִצְוַת חֲלִיצָה (יְבָמוֹת ד' קג:) מְפַלֵּיג בֵּין סַנְדָּל שֶׁל ע"ז לְסַנְדָּל שֶׁל תִּקְרֹובֶת ע"ז דְּאֵין לוֹ בִּיטּוּל וְלָא מְפַלֵּיג בְּשֶׁל ע"ז גּוּפֵיהּ בֵּין קֹודֶם בִּיטּוּל בֵּין לְאַחַר בִּיטּוּל אַגַּב אוֹרְחֵיהּ קָא מַשְׁמַע לַן דְּתִקְרֹובֶת ע"ז אֵינָהּ בְּטֵילָה עוֹלָמִית וּבְהַהִיא דְּרָאוּהוּ בֵּית דִּין קָשֶׁה טְפֵי דִּמְפַלֵּיג רָבָא הָתָם בֵּין שׁוֹפָר שֶׁל ע"ז לְשׁוֹפָר שֶׁל עִיר הַנִּדַּחַת דִּבְשֶׁל ע"ז גּוּפֵיהּ הָיָה יָכוֹל לְחַלֵּק בֵּין קֹודֶם בִּיטּוּל בֵּין לְאַחַר בִּיטּוּל וְעַל כָּרְחֲךָ צָרִיךְ לְאוֹקוֹמֵהּ לְאַחַר בִּיטּוּל כְּפֵירוּשׁ ר"ת לפמ"ש שָׁם בְּרוֹב סְפָרִים רַב יְהוּדָה דְּאִי קֹודֶם בִּיטּוּל הָא רַב יְהוּדָה דְּאָמַר הָתָם לְעֵיל בְּשׁוֹפָר שְׁלֵמִים לֹא יָצָא דְּמִצְוֹת לֵיהָנוֹת נִיתְּנוּ וּמִיהוּ צָרִיךְ לוֹמַר דמ"מ רָבָא גָּרַס וְלֹא רַב יְהוּדָה דְּהָא מְפָרֵשׁ הָתָם טַעְמָא דְּשׁוֹפָר שֶׁל עִיר הַנִּדַּחַת לֹא יָצָא מִשּׁוּם דִּכְתוּתֵי מִיכְתַּת שִׁיעוּרֵיהּ וּלְרַב יְהוּדָה הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר מִשּׁוּם דְּמִצְוֹת לֵיהָנוֹת נִיתְּנוּ וּמִיהוּ קָשֶׁה דִּבְפֶרֶק כָּל הַצְּלָמִים (ע"ז ד' מז.) בָּעֵי ר"ל הַמִּשְׁתַּחֲוֶה לַדֶּקֶל לוּלָבוֹ מַהוּ לְמִצְוָה וּמַסִּיק רַב דִּימֵי בַּאֲשֵׁרָה שֶׁבִּטְּלָהּ קָמִיבַּעְיָא לֵיהּ יֵשׁ דִּחוּי אֵצֶל מִצְוֹת אוֹ אֵין דִּחוּי אֵצֶל מִצְוֹת וּמוֹכְחָא מִלְּתָא דְּשׁוּם אָמוֹרָא לָא פְּשִׁיט לֵיהּ הָא מִלְּתָא דְּבָעֵי לְמִיפַּשְׁטָא מִדְּרַבִּי יוֹחָנָן וּמִדְּרַב פָּפָּא וּמְשַׁנֵּי דְּרַב פָּפָּא גּוּפֵיהּ קָמִיבַּעְיָא לֵיהּ וְקַיְימָא בְּתֵיקוּ וְהַשְׁתָּא לְפִי' ר"ת הָא אַשְׁכְּחַן רָבָא דְּאָמַר הָכָא אִם נָטַל יָצָא אַלְמָא אֵין דָּחוּי אֲפִילּוּ לְקֻולָּא וּמִיהוּ י"ל דְּהָא [דְּאָמַר רָבָא] דְּיָצָא כְּשֶׁבִּטְּלָהּ מֵעֶרֶב י"ט וְהָא דְּמִיבְּעֵי לָן אִי יֵשׁ דִּחוּי כְּשֶׁבִּיטֵּל בי"ט דְּאָז שַׁייָּךְ דָּחוּי כִּדְמוֹכַח לְקַמָּן בְּפִירְקִין (סֻוכָּה דַּף לג.) דְּבָעֵי ר' יִרְמְיָה נִקְטַם רֹאשׁוֹ מֵעֶרֶב י"ט וְעָלְתָה בּוֹ תְּמָרָה בי"ט אֲבָל עָלְתָה בּוֹ תְּמָרָה בְּעֶרֶב י"ט לָא חֲשִׁיב דָּחוּי וְהוּא הַדִּין בְּבַטָּלָה מֵעֶרֶב יו"ט וּלְלִישָּׁנָא קַמָּא דְּפָרֵישִׁית דע"ז דְּנָכְרִי אֲפִילּוּ בְּלֹא בִּיטּוּל יוֹצֵא כְּגוֹן בי"ט שֵׁנִי דְּלָא בָּעֵי לָכֶם קַשְׁיָא דְּהָתָם בַּאֲשֵׁרָה דְּנָכְרִי מַיְירֵי דְּיֵשׁ לָהּ בִּיטּוּל וַאֲפִילּוּ הָכֵי מַשְׁמַע דְּלָא יָצָא מִדַּחֲשִׁיב לָהּ דָּחוּי וְכִי תֵּימָא דבי"ט רִאשׁוֹן הוּא דַּחֲשִׁיב לֵיהּ דָּחוּי לְפִי שֶׁלֹּא הָיָה שֶׁלּוֹ קֹודֶם בִּיטּוּל א"כ מִי שֶׁנָּתְנוּ לוֹ לוּלָב בי"ט לֹא יָצָא ואע"ג דְּלָא דָּמֵי כֻּולֵּי הַאי דְּשֶׁל ע"ז אֵין תַּקָּנָה בְּשׁוּם עִנְיָן מ"מ כֵּיוָן דְּמִשּׁוּם אִיסּוּר ע"ז דְּאִיכָּא הַשְׁתָּא לָא מִיפְּסִיל אֵין לָנוּ לְחָושְׁבוֹ דָּחוּי מֵחֲמַת שֶׁאֵינוֹ שֶׁלּוֹ וְנִרְאֶה לְפָרֵשׁ דְּרָבָא שָׁרֵי אֲפִילּוּ בע"ז שֶׁל יִשְׂרָאֵל וּבְאִילָן שֶׁנְּטָעוֹ לְבַסּוֹף עַבְדּוֹ וּכְרַבָּנָן דִּפְלִיגִי עֲלֵיהּ דְּרַבִּי יוֹסֵי בְּר' יְהוּדָה בְּפֶרֶק כָּל הַצְּלָמִים (ע"ז דַּף מח.) דְּשָׁרוּ לְהֶדְיוֹט אֶלָּא אִם כֵּן נְטָעוֹ מִתְּחִלָּה לְכָךְ דְּדָרְשִׁינַן תַּחַת כָּל עֵץ רַעֲנָן אֱ-לֹהֵיהֶם וְלֹא עֵץ רַעֲנָן אֱ-לֹהֵיהֶם וַאֲפִילּוּ בי"ט רִאשׁוֹן אִם נָטַל יָצָא דְּשָׁרֵי לְהֶדְיוֹט וְלָכֶם קָרֵינָא בֵיהּ וּמָתְנִית' דְּשֶׁל אֲשֵׁרָה פָּסוּל כְּשֶׁנְּטָעָהּ מִתְּחִילָּה לְכָךְ וְהַייְנוּ אֲשֵׁרָה דְּמֹשֶׁה דִּבְהָהִיא מוּקֵי רַבָּנָן קְרָא דִּוְאִשְׁרֵיהֶם תִּשְׂרְפוּן בָּאֵשׁ (דְּבָרִים י״ב:ג׳) דְּאָסוּר אֲפִילּוּ לְהֶדְיוֹט וּבַעְיָא דְּכָל הַצְּלָמִים בַּאֲשֵׁרָה דְּנָכְרִי דִּנְטָעָהּ מִתְּחִלָּה לְכָךְ וְאַחַ"כּ בָּטְלָה אִם יֵשׁ דָּחוּי אוֹ לֹא מִיהוּ לְלִישָּׁנָא קַמָּא דְּהָתָם דְּקָאָמַר כִּי תִּיבָּעֵי לָן בְּאִילָן שֶׁנְּטָעוֹ וּלְבַסּוֹף עַבְדּוֹ וְאַלִּיבָּא דְּרַבָּנָן דְּשָׁרוּ לְהֶדְיוֹט מַהוּ לְעִנְיַן מִצְוָה מְאִיס כְּלִגְבֹּוהַּ אוֹ לָא הֲוָה מָצֵי לְמִיפַּשְׁטָא מִדְּרָבָא מִדְּקָאָמַר אִם נָטַל יָצָא אֶלָּא רָבָא סְבִירָא לֵיהּ כְּרַב דִּימֵי דְּמַסִּיק דְּיֵשׁ דָּחוּי קָמִיבַּעְיָא לֵיהּ אֲבָל בְּהָא פְּשִׁיטָא לֵיהּ דְּיָצָא וא"ת תִּיפְשֹׁוט דְּאֵין דָּחוּי מִמַּתְנִיתִין דַּעֲנָבָיו מְרֻובִּין מֵעָלָיו וְאִם מִיעֲטָן כָּשֵׁר וְאֵין מְמַעֲטִין בי"ט וְאָמַר בַּגְּמָרָא הָא עָבַר וְלִקְּטָן כָּשֵׁר הֵיכָא דְּאַשְׁחוּר מֵאֶתְמוֹל דְּלָא פָּסְלִינַן עֲנָבָיו מְרֻובּוֹת אֶלָּא בִּשְׁחוֹרוֹת אֲבָל יְרָקוֹת לָא וְכִי אַשְׁחוּר מֵאֶתְמוֹל דָּחוּי מֵעִיקָּרָא בִּתְחִלַּת י"ט לָא הָוֵי דִּחוּי אַלְמָא אֵין דִּחוּי אֵצֶל מִצְוֹת וְי"ל דְּשָׁאנֵי הָתָם דִּבְיָדוֹ לְתַקֵּן דִּנְהִי דְּאָסוּר לְמַעֵט מ"מ בְּיָדוֹ לְמַעֵט אֲבָל גַּבֵּי ע"ז אֵין בְּיָדוֹ לְבַטֵּל דְּאֵין יִשְׂרָאֵל מְבַטֵּל ע"ז שֶׁל נָכְרִי:
<b>Il s'agit d'une acherah de Moché, dont la mesure est comme pulvérisée.</b> Et de même pour la baraita de la fin de Kissouy hadam (Houlin 89a), selon laquelle s'il l'a pris il ne s'est pas acquitté ; et de même faut-il répondre pour le chofar dont il est enseigné là-bas "s il en a sonné il ne s'est pas acquitté", alors qu'au chapitre Raouhou beit din (Roch Hachana 28a) il est dit d'un chofar d'idolâtrie qu'on n'en sonnera pas, mais que s'il en a sonné il s'est acquitté ; et de même au chapitre Mitsvat halitsa (Yevamot 103b), où Rava dit qu'avec une sandale d'idolâtrie la halitsa est valide et où l'on ne dit pas que sa mesure serait pulvérisée — car ces cas-là traitent d'une idolâtrie de non-Juif, qui peut être annulée (bitoul), tandis que celui qui enseigne "il ne s'est pas acquitté" traite d'une idolâtrie de Juif, qui n'est jamais annulée. Et si tu objectes : l'idolâtrie d'un non-Juif aussi, dès lors qu'il l'a soulevée, il l'a acquise et elle est devenue celle d'un Juif, comme nous le disons au chapitre Kol hatselamim (Avoda Zara 42a), où nous décrétons de peur qu'il ne la soulève puis l'annule ? On peut répondre qu'il s'agit du cas où il l'a soulevée sans intention d'acquérir — car pour une chaussure qui n'est pas la sienne nous avons appris que la halitsa est valide — et, pour le loulav, du second jour de fête. Et dans notre sougya on aurait pu répondre que la michna traite du premier jour de fête, sans qu'il faille l'établir sur l'acherah de Moché ; mais [on ne l'a pas fait] parce qu'elle est enseignée à l'instar de la ville dévoyée, donc même pour le second jour. Et Rabbenou Tam explique que tous ces cas traitent d'une idolâtrie de non-Juif : ici avant l'annulation, là-bas après l'annulation ; et même après l'annulation, a priori on ne le prendra pas et on n'en sonnera pas, car cela reste répugnant pour la mitsva, le nom d'idolâtrie ayant reposé dessus ; et de même on ne fera pas la halitsa avec, a priori. Et même si l'on veut dire qu'il est permis de recouvrir a priori avec la terre d'une idolâtrie, comme avec celle d'une ville dévoyée, le recouvrement n'est pas comparable à la halitsa. Quant à la raison pour laquelle on répond ici "acherah de Moché" et non "[acherah] de non-Juif avant l'annulation", c'est que, dès lors que le loulav a été coupé du palmier, il est annulé. Et au chapitre Mitsvat halitsa (Yevamot 103b), on distingue entre une sandale d'idolâtrie et une sandale offerte en offrande à l'idolâtrie, laquelle n'a pas d'annulation, sans distinguer, au sein de l'idolâtrie elle-même, entre avant et après l'annulation : chemin faisant, il nous apprend que ce qui est offert à l'idolâtrie n'est jamais annulé. Et dans le passage de Roch Hachana c'est plus difficile encore, car Rava y distingue entre un chofar d'idolâtrie et un chofar d'une ville dévoyée, alors qu'il aurait pu distinguer, au sein du chofar d'idolâtrie lui-même, entre avant et après l'annulation ; force est donc de l'établir après l'annulation, selon l'explication de Rabbenou Tam, conformément à ce qui y est écrit dans la plupart des livres au nom de Rav Yehouda — car si c'était avant l'annulation, voici que Rav Yehouda a dit plus haut, à propos d'un chofar de chelamim, qu'il ne s'est pas acquitté, puisque les mitsvot ont été données pour en jouir. Toutefois il faut dire que la version reste malgré tout Rava et non Rav Yehouda, car on y explique la raison du chofar d'une ville dévoyée — "il ne s'est pas acquitté" — par le fait que sa mesure est pulvérisée, alors que, pour Rav Yehouda, il aurait fallu dire : parce que les mitsvot ont été données pour en jouir. Il subsiste néanmoins une difficulté : au chapitre Kol hatselamim (Avoda Zara 47a), Rech Lakich demande — celui qui se prosterne devant un palmier, qu'en est-il de son loulav pour la mitsva ? Et l'on conclut, avec Rav Dimi, que c'est d'une acherah annulée qu'il s'interrogeait : y a-t-il mise à l'écart (dihouy) pour les mitsvot ou non ? Et il ressort clairement qu'aucun Amora ne l'a tranché, car on voulait le trancher depuis Rabbi Yo'hanan et depuis Rav Papa, et l'on répond que Rav Papa lui-même s'interrogeait, si bien que cela reste en teikou. Or, selon l'explication de Rabbenou Tam, voici que nous trouvons Rava qui dit ici "s il l'a pris il s'est acquitté" — donc il n'y a pas de dihouy, même pour l'indulgence ! On peut toutefois répondre que ce que dit Rava — qu'il s'est acquitté — vaut lorsqu'elle a été annulée la veille de la fête, tandis que la question du dihouy porte sur le cas où il l'a annulée pendant la fête, où le dihouy s'applique, comme il ressort plus loin dans notre chapitre (Soukka 33a), où Rabbi Yirmeya demande : sa tête a été coupée la veille de la fête et une datte y a poussé pendant la fête... mais si la datte y a poussé la veille de la fête, ce n'est pas considéré comme dihouy ; et il en va de même lorsqu'elle a été annulée la veille de la fête. Et selon la première version que j'ai expliquée, selon laquelle une idolâtrie de non-Juif permet de s'acquitter même sans annulation — par exemple le second jour de fête, où l'on n'exige pas lakhem —, il y a une difficulté : car là-bas il s'agit d'une acherah de non-Juif, susceptible d'annulation, et pourtant il ressort qu'il ne s'est pas acquitté, puisqu'on la considère comme dihouy. Et si tu dis que c'est le premier jour de fête qu'on la considère comme dihouy, parce qu'elle n'était pas à lui avant l'annulation — alors celui à qui l'on aurait donné un loulav pendant la fête ne se serait pas acquitté ! Et bien que ce ne soit pas tout à fait comparable, puisque pour ce qui est de l'idolâtrie il n'y a de remède en aucune manière, malgré tout, dès lors que ce n'est pas à cause de l'interdit d'idolâtrie qui existe maintenant qu'il devient passoul, nous n'avons pas à le considérer comme dihouy du seul fait qu'il n'est pas à lui. Et il paraît préférable d'expliquer que Rava permet même dans le cas d'une idolâtrie de Juif, et d'un arbre planté [d'abord] puis adoré ensuite, conformément aux Sages qui contredisent Rabbi Yosse be-Rabbi Yehouda au chapitre Kol hatselamim (Avoda Zara 48a) et qui le permettent à un particulier, à moins qu'il ne l'ait planté dès l'origine pour cela — car nous exposons "sous tout arbre verdoyant" : leurs dieux, et non un arbre verdoyant [qui serait] leur dieu. Et même le premier jour, s'il l'a pris il s'est acquitté, puisqu'il est permis à un particulier et que "lakhem" s'y applique. Et la michna qui déclare passoul celui d'une acherah traite du cas où elle a été plantée dès l'origine pour cela — et c'est cela l'acherah de Moché, sur laquelle les Sages établissent le verset "et leurs achérot vous brûlerez au feu" (Devarim 12:3), interdite même à un particulier. Et la question de Kol hatselamim porte sur une acherah de non-Juif plantée dès l'origine pour cela puis annulée : y a-t-il dihouy ou non ? Toutefois, selon la première version de là-bas, qui dit que la question porte sur un arbre planté puis adoré ensuite, selon les Sages qui le permettent à un particulier — qu'en est-il pour la mitsva, est-il répugnant comme à l'égard du Ciel ou non ? —, on aurait pu la trancher depuis Rava, puisqu'il dit "s il l'a pris il s'est acquitté" ; mais [il faut dire que] Rava est de l'avis de Rav Dimi, qui conclut que la question portait sur le dihouy, tandis que sur ce point il lui était évident qu'il s'acquitte. Et si tu dis : que l'on tranche qu'il n'y a pas de dihouy depuis notre michna — si ses baies sont plus nombreuses que ses feuilles et qu'il les a diminuées, il est kacher, et l'on ne les diminue pas pendant la fête ; et la guemara dit : s'il a transgressé et les a cueillies, il est kacher — dans le cas où elles avaient noirci la veille, car nous n'invalidons pour bales trop nombreuses que si elles sont noires, mais non si elles sont vertes ; or lorsqu'elles ont noirci la veille, il y a dihouy dès l'origine, au début de la fête, et pourtant ce n'est pas considéré comme dihouy — donc il n'y a pas de dihouy pour les mitsvot ! On peut répondre que là-bas c'est différent, car il est en son pouvoir de réparer : même s'il est interdit de diminuer, il lui reste malgré tout possible de le faire ; tandis que pour l'idolâtrie il n'est pas en son pouvoir de l'annuler, car un Juif n'annule pas l'idolâtrie d'un non-Juif.
💡 Explication

La résolution consiste à distinguer deux idolâtries. Rava parlait d'une idolâtrie ordinaire ; la michna, elle, vise l acherah de Moché — celles de la conquête du pays, que la Torah ordonne expressément de brûler (Devarim 12:3), comme le rappelle Rachi.

La différence n'est pas de degré mais de nature juridique. Un objet voué au feu est traité comme s'il était déjà détruit : kototei mikhtat chiourei, sa mesure est comme pulvérisée. Or le loulav requiert un chiour, une mesure minimale. Un objet qui n'a plus de mesure ne peut pas la remplir — l'invalidité ne vient donc pas de l'interdit de jouissance, mais de la disparition juridique de la matière.

Cette glose des Tossefot est l'une des plus longues du traité. Elle confronte tous les parallèles (chofar, sandale de halitsa, recouvrement du sang), classe les cas selon que l'idolâtrie est d'un Juif — jamais annulable — ou d'un non-Juif — annulable par bitoul, avant ou après cette annulation, et se demande si un objet temporairement invalidé reste écarté (dihouy) une fois l'empêchement levé. Rabbenou Tam y propose une lecture d'ensemble alternative.

🖼️ Schéma
Quelle acherah ? Trier les cas pour lever la contradiction La michna invalide, Rava valide a posteriori -- ils ne parlent pas du même arbre Un loulav pris sur un arbre idolâtre L'interdit de jouissance ne suffit pas : mitsvot lav lehanot nitnou Acherah de Moché -- le cas de la michna Les achérot de la conquête du pays, dont la Torah ordonne la destruction par le feu (Devarim 12:3). Vouée au feu = juridiquement déjà brûlée. kototei mikhtat chiourei Sa mesure est comme pulvérisée : il ne reste rien qui puisse remplir le chiour du loulav. PASSOUL -- même a posteriori. Idolâtrie ordinaire -- le cas de Rava Arbre servant à l'idolâtrie, ou loulav employé dans son culte (Rachi : balayer devant elle). Rien ne le voue à la destruction : sa matière et sa mesure restent entières. À priori on ne le prend pas : maiss légavoah, c'est répugnant à l'égard du Ciel. Mais s'il l'a pris : KACHER. La preuve de la lecture (seg. 12) : dayka nami La michna accole acherah et VILLE DEVOYEE -- or la ville dévoyée est intégralement vouée au feu. Les deux cas sont donc du même type : biens condamnés, mesure pulvérisée. Chema mina -- apprends-en.
Segment 11 : le tri des cas qui lève la contradiction — deux régimes juridiques distincts sous le même mot idolâtrie.
13
דַּיְקָא נָמֵי, דְּקָתָנֵי: דֻּומְיָא דְּעִיר הַנִּדַּחַת. שְׁמַע מִינָּה.

Le texte aussi est précis en ce sens, puisqu'il l'enseigne à l'instar de la ville dévoyée. Apprends-en.

💡 Explication

Confirmation par la forme du texte. Dayka nami — "le texte aussi est précis" — est le procédé par lequel la guemara valide une interprétation en montrant qu'elle est inscrite dans la manière dont la michna est rédigée.

L'argument est un argument de voisinage : la michna place l'acherah à côté de la ville dévoyée. Or le cas de la ville dévoyée est sans ambiguïté — tous ses biens sont voués au feu. En les accolant, la michna signale qu'elles relèvent du même régime : des biens condamnés, dont la mesure est déjà pulvérisée. Chema mina : apprends-en que la lecture est la bonne.

14
נִקְטַם רֹאשׁוֹ. אָמַר רַב הוּנָא: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא נִקְטַם, אֲבָל נִסְדַּק — כָּשֵׁר.

"Dont la tête a été coupée". Rav Houna a dit : ils n'ont enseigné [cette invalidité] que dans le cas où elle a été coupée ; mais s'il a été fendu, il est kacher.

📜 Rachi (1)
נִסְדַּק נִסְדְּקוּ רָאשֵׁי הֶעָלִין:
Les extrémités des feuilles se sont fendues.
🗂️ Tossefot (1)
נִקְטַם רֹאשׁוֹ. פֵּירוּשׁוֹ בְּרֵישׁ פִּירְקִין:
<b>Dont la tête a été coupée.</b> Son explication figure au début de notre chapitre.
💡 Explication

La guemara passe à la clause suivante de la michna, celle du loulav dont la tête est coupée (niktam). Rav Houna pose une restriction classique — lo chanou ela..., "ils n'ont enseigné que..." — qui borne l'invalidité au seul cas énoncé.

La distinction porte sur deux atteintes voisines : niktam, l'amputation, ou de la matière manque ; et nisdak, la fente, où rien n'est perdu. Rachi précise l'objet exact de la fente : ce sont les extrémités des feuilles qui se sont fendues. Rien ne manquant, le loulav reste kacher.

🖼️ Schéma
La restriction de Rav Houna : coupé n'est pas fendu Deux atteintes à la tête du loulav, deux statuts -- et une objection qui vient aussitôt NIKTAM -- la tête est coupée L'extrémité manque : il y a perte de matière, le loulav est amputé. PASSOUL (michna) NISDAK -- la tête est fendue Rachi : ce sont les extrémités des feuilles qui se sont fendues. Rien ne manque. KACHER (Rav Houna) L'objection ouverte à la dernière ligne du folio Une baraita énumère les loulavim défectueux -- courbé (kafouf), et la suite -- et semble y inclure le fendu. Le folio s'arrête sur le mot loulav kafouf : la réponse se lit en 32a.
Segment 13 : coupée ou fendue — la distinction de Rav Houna, et l'objection qui clôt le folio.
15
וְנִסְדַּק כָּשֵׁר? וְהַתַּנְיָא: לוּלָב כָּפוּף,

Et le [loulav] fendu serait kacher ? Mais n'a-t-on pas enseigné : un loulav courbé,

📜 Rachi (1)
כָּפוּף רֹאשׁוֹ כָּפוּף כְּאַגְמוֹן דּוֹמוֹת לְאִישׁ גַּבָּן וְהַזָּקָן שֶׁרָאשֵׁיהֶן שְׁחִין וּכְפּוּפִין לְמַטָּה:
Sa tête est courbée comme un jonc, semblable au bossu et au vieillard, dont la tête est inclinée et courbée vers le bas.
💡 Explication

Le folio s'interrompt en pleine objection. La guemara oppose à Rav Houna une baraita qui énumère les loulavim défectueux, et dont la liste — commençant par le kafouf, le loulav courbé — semble inclure le fendu.

Rachi glose ce premier terme par deux images physiques parlantes : la tête du loulav recourbée comme un jonc, et la silhouette du bossu ou du vieillard dont la tête penche vers le bas. La suite de la baraita, et la réponse de la guemara, se lisent en 32a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).