Sukkah 32a — L'inspection du loulav : défauts, tiyomet, et pourquoi kapot temarim désigne la palme

Sukkah 32a

Sougya : Le folio est une longue inspection du loulav, menée terme après terme. Il achève d'abord la baraita des loulavim défectueux commencée en 31b, en bornant chacun de ses mots : Rav Papa restreint le fendu au seul cas où la fente donne deux échines, comme l'outil de scribe appelé heimanak ; Rava restreint la courbure à celle qui se fait vers l'avant, car une courbure vers l'arrière est la croissance naturelle de la plante ; Rav Nahman laisse ouvert le cas des côtés, que les décisionnaires trancheront par rigueur.

Rava ajoute un défaut de naissance -- le loulav dont toutes les feuilles poussent du même côté, qu'il qualifie de baal moum, infirme. La Guemara revient ensuite à la michna et Rav Papa y sépare deux mots voisins : les feuilles arrachées de l'échine, qui font du loulav un balai et l'invalident, et les feuilles simplement écartées, qui le laissent kacher.

De là naît sa question la plus fine, sur la tiyomet, la paire de feuilles jumelles du sommet : ôtée elle invalide sans discussion, mais fendue ? Rien ne manque, pourtant l'unité est rompue.

Une première version laisse la question ouverte, faute de preuve ; une seconde tranche que la fendue vaut l'ôtée. Le folio remonte alors au verset lui-même, kapot temarim, que R.

Yehouda au nom de R. Tarfon lit kafout, lié.

Ravina retourne aussitôt cette lecture en objection : si le mot veut dire liable, pourquoi le loulav plutôt qu'autre chose du palmier ? Cinq candidats sont éliminés l'un après l'autre, chacun par un type de preuve différent -- la branche durcie, trop dure pour céder ; la bûche, déjà liée à jamais et donc jamais écartée ; la jeune branche, liable mais hérissée de pointes, alors que les voies de la Torah sont des voies de douceur ; deux régimes de dattes, écartés par l'orthographe massoretique ; une seule feuille, qui porte un autre nom.

Le folio se clôt sur les palmes de la Montagne de Fer : la michna les déclare kacherot, une baraita les déclare pessoulot, et la contradiction se résout par la condition mesurable d'Abaye -- l'extrémité d'une feuille doit atteindre la base de la suivante.

Le fil du folio : tout le loulav passe à l'inspection Quatre mouvements. Le folio achève la baraita des loulavim abîmés, revient à la michna, puis remonte au verset lui-même. Mouvement 1 (seg. 0-3) -- la baraita des défauts, précisée mot par mot Épineux, fendu, courbe comme une faucille, durci en bois : passoul. Chaque terme reçoit ensuite sa borne amoraïque. Rav Papa borne le fendu : seulement quand la fente fait deux échines, comme le heimanak, l'outil de fer à deux têtes. Rava borne la courbure : vers l'avant elle invalide, vers l'arrière c'est la croissance naturelle. Rav Nahman doute des côtés. Principe qui traverse tout le folio : ce qui est la nature du loulav ne peut pas être son défaut. Mouvement 2 (seg. 4-6) -- retour à la michna : feuilles arrachées, feuilles écartées, tiyomet fendue Rav Papa sépare deux mots voisins : nifretsou, les feuilles détachées de l'échine et rattachées comme un balai -- passoul ; nifredou, les feuilles qui s'écartent en haut mais tiennent encore par le bas -- kacher. Manque contre simple écartement. Puis sa question : la tiyomet, la paire de feuilles jumelles du sommet, FENDUE (et non ôtée) -- quelle loi ? Première version : la preuve échoue, ôtée est différent car il manque de la matière. Deuxième version : fendue = ôtée, passoul. Mouvement 3 (seg. 7-11) -- remontée au verset : pourquoi kapot temarim désigne le loulav R. Yehouda au nom de R. Tarfon lit kapot comme kafout, lié : si le loulav est écarté, qu'on le lie. Ravina retourne alors la lecture contre elle-même : si le mot veut dire liable, prends donc autre chose du palmier. Le harouta, branche durcie : impossible à lier. L'oufta, la bûche nue : déjà liée pour toujours, donc jamais écartée. Le koufra, jeune branche encore souple : liable, mais couvert de pointes -- ses voies sont des voies de douceur. Deux régimes de dattes ? kapot est écrit sans vav, donc un seul. Une seule feuille ? celle-là se nomme kaf, pas kapot. Un seul mot du verset, six candidats éliminés : le loulav est le seul objet dont on puisse dire qu'il est lié après avoir été écarté. Mouvement 4 (seg. 12-13) -- les palmes de la Montagne de Fer, et une contradiction résolue La michna les déclare kacherot. Abaye pose la condition : l'extrémité d'une feuille doit atteindre la base de la suivante. Une baraita les déclare pourtant pessoulot. Contradiction frontale avec la michna -- donc la baraita vise l'autre cas. Chema mina keAbaye : la baraita elle-même devient la preuve de la distinction d'Abaye. Chema mina. Le folio se clôt sur cette confirmation ; la michna du loulav volle et de l'acherah reprend en 32b.
Vue d ensemble : la baraita des défauts, le retour à la michna, la remontée au verset kapot temarim, et la Montagne de Fer.
Anatomie du loulav : le vocabulaire du folio Tous les défauts du folio se disent avec trois mots : chidra, houtsin, tiyomet. Le loulav sain la base (ikar) -- on tient le loulav par ici tiyomet les deux feuilles jumelles du sommet chidra l'échine centrale, lisse comme un bâton houtsin les feuilles, par paires Le catalogue des atteintes, et où elles portent kavouts -- épineux Rachi : des pointes sortent de l'échine. Aroukh : le loulav se rétracte, il fait des plis. Passoul. sadouk -- fendu Rav Papa : PAS la fente ordinaire des feuilles ni de l'échine, mais la fente qui donne deux échines, moitié des feuilles ici, moitié là -- comme le heimanak. Passoul. akoum -- courbe comme une faucille Rava : vers l'avant seulement. Vers l'arrière, du côté de l'échine, c'est sa nature. Rav Nahman : sur les côtés, deux versions -- on tranche par rigueur, passoul. harout -- durci en bois Les feuilles tombées aux pluies, l'échine devenue du bois. Passoul. Mais seulement SEMBLABLE au harout -- il a commencé à durcir sans être encore du bois -- kacher. had houtsa -- une seule rangée Rava : toutes les feuilles d'un seul côté. Baal moum, un infirme. Passoul. nifretsou / nifredou -- arrachées ou écartées Rav Papa : arrachées et reliées comme un balai -- passoul. Simplement écartées du haut, encore tenues par le bas -- kacher. tiyomet -- ôtée ou fendue Otée : passoul sans discussion, il manque de la matière. Fendue : c'est la question de Rav Papa, et le folio en donne deux versions opposées.
Le vocabulaire du folio : chidra, houtsin, tiyomet -- et la carte des atteintes qui rendent le loulav passoul.
kapot temarim : six candidats, un seul survivant Le verset dit branches de palmier. Rien n'indique le loulav. Ravina force la Guemara à l'établir. Vayikra 23,40 : kapot temarim lu kafout : lié. Ce qui était écarté, on le lie. harouta la branche durcie, deux ou trois ans, devenue du bois Éliminé il faut pouvoir la lier -- elle est trop dure pour céder oufta la bûche prise à la base du palmier : lisse, sans branche Éliminé kafout suppose un état écarté -- elle est liée à jamais koufra la jeune branche, un ou deux ans : encore liable Éliminé Abaye : elle pique et écorche les mains -- voies de douceur deux kapei deux régimes de dattes -- le mot est au pluriel, après tout Éliminé la massora écrit kpt sans vav : un seul, pas deux une seule feuille si le mot est au singulier, pourquoi pas une feuille ? Éliminé une feuille se nomme kaf, jamais kapot : le mot dit plus Le loulav -- la palme encore fermée Il est le seul dont on puisse dire les deux choses à la fois : il peut être écarté, et il peut être lié. Assez souple pour céder, assez doux pour être tenu, un seul objet et non deux, plusieurs feuilles et non une. La méthode à retenir Chaque candidat est éliminé par un critère DIFFÉRENT : la contrainte physique (on ne peut pas le lier), la logique du mot (kafout suppose un avant écarté), la valeur (les voies de la Torah sont douces), et enfin l'orthographe massoretique. Quatre registres de preuve pour un seul mot de verset.
Le coeur du folio : six lectures possibles de kapot temarim, chacune éliminée par un type de preuve différent.
1
קָווּץ, סָדוּק, עָקֹום דּוֹמֶה לְמַגָּל — פָּסוּל. חָרוּת — פָּסוּל. דּוֹמֶה לְחֵרוּת — כָּשֵׁר. אָמַר רַב פָּפָּא: דַּעֲבִיד כְּהֶימְנַק.

[Un loulav] épineux, fendu, ou courbe au point de ressembler à une faucille -- passoul (invalide). [Devenu] harout (dur comme du bois) -- passoul.

Semblable au harout -- kacher. Rav Papa a dit : [fendu veut dire] qu'il est fait comme un heimanak.

📜 Rachi (6)
קָווּץ שֶׁיּוֹצְאִין בַּשִּׁדְרָה שֶׁלּוֹ עֻוקְצִין כְּמִין קוֹצִין:
<b>Épineux (kavouts).</b> Il sort de son échine des pointes en forme d'épines.
עָקֹום דּוֹמֶה לְמַגָּל חֲדָא מִלְּתָא הִיא:
<b>Courbe au point de ressembler à une faucille.</b> C'est une seule et même chose [et non deux cas distincts].
חָרוּת קָשֶׁה שֶׁנַּעֲשָׂה חֲרִיּוֹת שֶׁכֵּן דֶּרֶךְ הַלּוּלָב עָלָיו נוֹשְׁרִים בִּימוֹת הַגְּשָׁמִים וְהַשִּׁדְרָה מִתְקַשֶּׁה וְנַעֲשָׂה עֵץ:
<b>Harout.</b> Dur, devenu haryout : c'est en effet le cours ordinaire du loulav -- ses feuilles tombent à la saison des pluies, l'échine durcit et devient du bois.
דּוֹמֶה לְחֵרוּת הִתְחִיל לְהִתְקַשּׁוֹת וַעֲדַיִין לֹא נַעֲשָׂה עֵץ:
<b>Semblable au harout.</b> Il a commencé à durcir, mais n'est pas encore devenu du bois.
אָמַר רַב פָּפָּא הָא דְּקָתָנֵי סָדוּק פָּסוּל לָאו שֶׁנִּסְדְּקוּ רָאשֵׁי עָלִין אוֹ שִׁדְרָה:
<b>Rav Papa a dit.</b> Ce qui est enseigné -- fendu, passoul -- ne vise pas le cas où les extrémités des feuilles, ou l'échine, se sont fendues.
אֶלָּא דַּעֲבִיד כִּי הֶימְנֵק יפויצפו"ר שֶׁל בַּרְזֶל שֶׁל סוֹפְרִים שֶׁיֵּשׁ לוֹ שְׁנֵי רָאשִׁים וְרֹאשׁוֹ א' מְפֻוצָּל כָּךְ גָּדֵל הַלּוּלָב כְּמִין שְׁתֵּי שִׁדְרָאוֹת מַחֲצִית עָלִין לְכָאן וּמַחֲצִית עָלִין לְכָאן:
<b>Mais qu'il est fait comme un heimanak.</b> Un instrument de fer de scribes (Rachi en donne le nom en vieux français), qui a deux têtes et dont l'une des têtes est fendue en deux ; ainsi le loulav a-t-il poussé en formant comme deux échines, la moitié des feuilles d'un côté et la moitié de l'autre.
🗂️ Tossefot (1)
קָווּץ. פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס שֶׁיּוֹצְאִין בַּשִּׁדְרָה שֶׁלּוֹ עוֹקְצִים כְּמִין קוֹצִים וּבֶעָרוּךְ פֵּירֵשׁ עִנְיַן צְמִיתָה:
<b>Épineux (kavouts).</b> Rachi (le Kountras) explique qu'il sort de son échine des pointes en forme d'épines ; et le Aroukh explique qu'il s'agit d'un phénomène de rétraction [le loulav se ratatine et se plisse].
⚖️ Rosh (1)
נִקְטַם רֹאשׁוֹ. אָמַר רַב לֹא שָׁנוּ אֶלָּא נִקְטַם אֲבָל נִסְדַּק כָּשֵׁר וְאִי נִסְדַּק וַעֲבִיד כִּי הֶמְנֵק פָּסוּל וְהוּא כְּלִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ שְׁנֵי רָאשִׁין וְזֶהוּ צוּרָתוֹ. תַּנְיָא לוּלָב כָּפוּף קָווּץ סָדוּק עָקֹום דָּמֵי לְמַגָּל פָּסוּל חָרוּת פָּסוּל דָּמֵי לְחֵרוּת כָּשֵׁר קָווּץ פרש"י בַּשִּׁדְרָה שֶׁלּוֹ יוֹצְאִין עוֹקְצִים כְּמִין קוֹצִים. וּבֶעָרוּךְ בְּעֵרֶךְ קָווּץ פִּי' שֶׁנִּצְמַח וְנִכְוַוץ וְיֵשׁ בּוֹ כְּעֵין קְמָטִין. עָקֹום דּוֹמֶה לְמַגָּל. אָמַר רָבָא לָא אֲמַרַן אֶלָּא לְפָנָיו אֲבָל לְאַחֲרָיו בִּרְיָיתֵיהּ הוּא וְכָשֵׁר אָמַר רַב פָּפָּא וְלִצְדָדִין כִּלְפָנָיו דָּמֵי וְאָמְרִי לַהּ כִּלְאַחֲרָיו דָּמֵי הִלְכָּךְ עָבְדִינַן לְחוּמְרָא וְכִלְפָנָיו דָּמֵי וּפָסוּל:
<b>Dont la tête a été coupée.</b> Rav a dit : ils n'ont enseigné [l'invalidité] que du loulav coupé (niktam), mais fendu (nisdak) il est kacher ; et si, étant fendu, il est fait comme un heimanak -- il est passoul ; c'est un instrument qui possède deux têtes, et telle est sa forme. On a enseigné : un loulav courbé, épineux, fendu, courbe au point de ressembler à une faucille -- passoul ; harout -- passoul ; semblable au harout -- kacher. Kavouts : Rachi explique que de son échine sortent des pointes en forme d'épines ; et le Aroukh, à l'entrée kavats, explique qu'il a poussé en se rétractant et qu'il présente comme des plis. Courbe au point de ressembler à une faucille : Rava a dit -- nous ne l'avons dit que [d'une courbure] vers l'avant, mais vers l'arrière c'est sa croissance naturelle et il est kacher. Rav Papa a dit : sur les côtés, c'est comme vers l'avant ; et certains disent : comme vers l'arrière. Aussi tranchons-nous par rigueur : c'est comme vers l'avant, et il est passoul.
💡 Explication

Le folio ouvre en pleine baraita, commencée à la dernière ligne de 31b : c'est la liste des loulavim défectueux. Quatre termes s'enchaînent -- kavouts (épineux), sadouk (fendu), akoum (courbe comme une faucille), harout (durci en bois) -- et Rachi précise aussitôt que courbe et faucille ne font qu'un seul cas, non deux.

La dernière clause introduit une nuance décisive : semblable au harout reste kacher. Le durcissement est un processus, et la Guemara ne retient le défaut qu'une fois le processus achevé. Ce sera le mouvement de tout le folio : chaque terme de la baraita va être borné par un Amora.

Rav Papa commence par le mot le plus dangereux, sadouk. Pris au sens large, il invaliderait presque tous les loulavim, dont les feuilles se fendent naturellement. Il le restreint donc au cas extrême : la fente qui donne l'illusion de deux échines, comme l'outil de scribe à deux têtes appelé heimanak.

🖼️ Schéma
Anatomie du loulav : le vocabulaire du folio Tous les défauts du folio se disent avec trois mots : chidra, houtsin, tiyomet. Le loulav sain la base (ikar) -- on tient le loulav par ici tiyomet les deux feuilles jumelles du sommet chidra l'échine centrale, lisse comme un bâton houtsin les feuilles, par paires Le catalogue des atteintes, et où elles portent kavouts -- épineux Rachi : des pointes sortent de l'échine. Aroukh : le loulav se rétracte, il fait des plis. Passoul. sadouk -- fendu Rav Papa : PAS la fente ordinaire des feuilles ni de l'échine, mais la fente qui donne deux échines, moitié des feuilles ici, moitié là -- comme le heimanak. Passoul. akoum -- courbe comme une faucille Rava : vers l'avant seulement. Vers l'arrière, du côté de l'échine, c'est sa nature. Rav Nahman : sur les côtés, deux versions -- on tranche par rigueur, passoul. harout -- durci en bois Les feuilles tombées aux pluies, l'échine devenue du bois. Passoul. Mais seulement SEMBLABLE au harout -- il a commencé à durcir sans être encore du bois -- kacher. had houtsa -- une seule rangée Rava : toutes les feuilles d'un seul côté. Baal moum, un infirme. Passoul. nifretsou / nifredou -- arrachées ou écartées Rav Papa : arrachées et reliées comme un balai -- passoul. Simplement écartées du haut, encore tenues par le bas -- kacher. tiyomet -- ôtée ou fendue Otée : passoul sans discussion, il manque de la matière. Fendue : c'est la question de Rav Papa, et le folio en donne deux versions opposées.
Segment 0 : le vocabulaire anatomique et la carte des atteintes que le folio va parcourir.
2
עָקֹום דּוֹמֶה לְמַגָּל, אָמַר רָבָא: לָא אֲמַרַן אֶלָּא לְפָנָיו, אֲבָל לְאַחֲרָיו — בָּרַיְיתֵיהּ הוּא.

Courbe au point de ressembler à une faucille : Rava a dit -- nous ne l'avons dit que [d'une courbure] vers l'avant ; mais vers l'arrière, c'est sa croissance naturelle [et il reste kacher].

📜 Rachi (2)
לְאַחֲרָיו שֶׁנֶּעֱקַם לְצַד שִׁדְרָה:
<b>Vers l'arrière.</b> Qu'il s'est courbé du côté de l'échine.
מִלְּפָנָיו לְצַד שֶׁכְּנֶגֶד הַשִּׁדְרָה שִׁדְרָה זֶהוּ צַד הֶעָשׂוּי כְּשִׁדְרָה שֶׁל בְּהֵמָה שֶׁהַצְּלָעוֹת וְהַחֻולְיוֹת מְחֻובָּרִין בָּהּ מִכָּאן וּמִכָּאן וְאֶמְצָעָהּ חָלָק וְעוֹלֶה כְּמַקֵּל:
<b>Vers l'avant.</b> Du côté opposé à l'échine. La chidra (échine), c'est le côté fait comme l'échine d'un animal, où les côtés et les vertèbres sont attachés de part et d'autre ; son milieu est lisse et monte comme un bâton.
💡 Explication

Rava borne le troisième terme de la baraita. Une courbure n'est un défaut que si elle contredit la croissance de la plante. Vers l'arrière -- du côté bombé, celui de l'échine -- c'est beriteh hou, sa façon naturelle de pousser : rien à redire.

Rachi glose ici le mot chidra par une image anatomique : le loulav a un dos, comme une bête, avec les feuilles attachées de part et d'autre à la manière des côtés, et un milieu lisse qui monte droit comme un bâton. Ce vocabulaire du corps sert tout le folio : le loulav sera dit baal moum, infirme, au segment suivant.

🖼️ Schéma
Dans quel sens le loulav est-il courbé ? Rachi : la chidra est le côté bombé, comme l'échine d'une bête ; l'avant est le côté opposé. Vers l'avant -- lefanav PASSOUL -- il ressemble à une faucille Vers l'arrière -- leaharav KACHER -- beriteh hou, c'est sa croissance Sur les côtés -- letsdadin Rav Nahman, deux versions : comme vers l'avant -- passoul comme vers l'arrière -- kacher Un doute non tranché dans la Guemara. Le Roch tranche par rigueur : on le traite comme courbé vers l'avant, donc passoul. Règle générale : un doute sur une mitsva de la Torah va vers la rigueur.
Segments 1-2 : trois directions de courbure, deux verdicts, et un doute que le Roch tranche par rigueur.
3
אָמַר רַב נַחְמָן: לִצְדָדִין — כִּלְפָנָיו דָּמֵי. וְאָמְרִי לָהּ: כִּלְאַחֲרָיו דָּמֵי.

Rav Nahman a dit : [courbé] sur les côtés, c'est comme vers l'avant [donc passoul]. Et certains rapportent : c'est comme vers l'arrière [donc kacher].

💡 Explication

Reste le cas intermédiaire, que Rava n'avait pas traité : la courbure latérale. Rav Nahman le rapproche de l'avant, donc invalide -- mais la Guemara transmet aussitôt la version inverse, sans trancher.

Le folio laisse le doute ouvert. Ce sont les décisionnaires qui le referment : le Roch, cité au segment 0, conclut hilkakh avdinan lehoumra, nous agissons par rigueur -- on traite la courbure latérale comme une courbure vers l'avant, et le loulav est passoul. Un doute portant sur une mitsva de la Torah se résout du côté sévère.

4
וְאָמַר רָבָא: הַאי לוּלַבָּא דְּסָלֵיק בְּחַד הוּצָא — בַּעַל מוּם הוּא, וּפָסוּל.

Et Rava a dit : ce loulav qui pousse avec une seule houtsa [une seule rangée de feuilles] -- il est atteint d'un défaut (baal moum), et il est passoul.

📜 Rachi (1)
דְּסָלֵיק בְּחַד הוּצָא שֶׁכָּל עָלָיו מִצַּד אֶחָד:
<b>Qui pousse avec une seule houtsa.</b> Que toutes ses feuilles sont d'un seul côté.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רָבָא הַאי לוּלִיבָּא דְּסָלֵיק בְּחַד הוּצָא בַּעַל מוּם הוּא וּפָסוּל פרש"י שֶׁכָּל עָלָיו מִצַּד א'. וי"מ דְּכָל הֶעָלִים שֶׁהֵן כְּפוּלוֹת קָאָמַר שֶׁאִם לֹא הָיוּ כְּפוּלוֹת פָּסוּל וכ"כ הָרַמְבַּ"ם זַ"ל פ"ח מֹהַל' לוּלָב הֲלָכָה ד הָיוּ עָלָיו אַחַת אַחַת מִתְּחִלַּת בְּרִיָּיתוֹ וְלֹא הָיָה לָהֶם תְּיוֹמַת פָּסוּל וְרַב שַׂר שָׁלוֹם זַ"ל כָּתַב בִּתְשׁוּבָה לוּלִיבָּא דְּסָלֵיק בְּחַד הוּצָא שֶׁהוּצָא אֶחָד בְּעִיקָּרוֹ וְעוֹלֶה אוֹתוֹ חַד הוּצָא מֵעִיקָּרוֹ וְעַד רֹאשׁ שִׁדְרָה וְנִפְרְצוּ עָלָיו פָּסוּל נִפְרְדוּ עָלָיו כָּשֵׁר אָמַר רַב פָּפָּא נִפְרְצוּ דְּעָבְדִי כִּי חֻופְיָא נִפְרְדוּ דַּאֲפָרֵיד אִיפָּרוֹדֵי:
<b>Rava a dit : ce loulav qui pousse en une seule houtsa est atteint d'un défaut et il est passoul.</b> Rachi explique : toutes ses feuilles sont d'un seul côté. Et certains expliquent qu'il parle de toutes les feuilles, qui doivent être doublées (kefoulot) : si elles n'étaient pas doublées, il est passoul. Ainsi a écrit le Rambam (Hilkhot Loulav, ch. 8, halakha 4) : si ses feuilles étaient une à une des l'origine de sa croissance et qu'elles n'avaient pas de tiyomet -- passoul. Et Rav Sar Chalom a écrit dans une responsa : loulava desalik behad houtsa, c'est qu'il y a une seule houtsa à sa base, et que cette unique houtsa monte depuis la base jusqu'au sommet de l'échine. Si ses feuilles ont été arrachées (nifretsou) -- passoul ; si elles se sont écartées (nifredou) -- kacher. Rav Papa a dit : nifretsou, c'est qu'il est fait comme un balai ; nifredou, c'est qu'elles se sont simplement séparées.
💡 Explication

Rava ajoute un défaut absent de la baraita, et le qualifie d'un mot fort : baal moum, le terme même qui désigne l'animal infirme, disqualifié pour le sacrifice. Un loulav dont toutes les feuilles poussent du même côté n'est pas abîmé : il a mal poussé. C'est une difformité de naissance, pas une blessure.

Le Roch signale que cette phrase, très brieve, a reçu deux lectures opposées. Pour Rachi il s'agit de la répartition des feuilles autour de l'échine ; pour le Rambam et d'autres, du fait que chaque feuille soit ou non doublée -- ce qui rattache déjà la question à la tiyomet, qui occupera les segments 5 et 6.

5
נִפְרְצוּ עָלָיו כו׳. אָמַר רַב פָּפָּא: נִפְרְצוּ — דַּעֲבִיד כִּי חֻופְיָא. נִפְרְדוּ — דְּאִיפָּרוּד אִפָּרוֹדֵי.

Si ses feuilles ont été arrachées, etc. Rav Papa a dit : nifretsou (arrachées), c'est qu'il est fait comme un balai (houfia) ; nifredou (écartées), c'est qu'elles se sont seulement écartées.

📜 Rachi (2)
כִּי חֻופְיָא אשקוב"א שֶׁבּוֹ מְכַבְּדִין אֶת הַבַּיִת וְעוֹשִׂין אוֹתָהּ מַעֲלִין שֶׁל לוּלָב הַתְּלוּשִׁין מֵהַשִּׁדְרָה וְאוֹגְדִין מֵהֶן הַרְבֵּה בְּיַחַד:
<b>Comme un houfia.</b> Un balai (Rachi en donne le nom en vieux français) avec lequel on balaie la maison ; on le fabrique avec des feuilles de loulav détachées de l'échine, dont on lie un grand nombre ensemble.
דְּאִיפָּרוּד אִיפָּרוֹדֵי רָאשֵׁיהֶן נִפְרָדִין כְּעַנְפֵי דֶּקֶל וְאֵין מְצֻומְצָמִין עִם הַשִּׁדְרָה אֲבָל מִלְּמַטָּה הֵן מְחֻובָּרִין בָּהּ:
<b>Qu elles se sont seulement écartées.</b> Leurs extrémités s'écartent comme les branches d'un palmier et ne serrent plus l'échine ; mais par le bas, elles y demeurent attachées.
🗂️ Tossefot (1)
דַּעֲבִיד כִּי חֻופְיָא. פֵּירוּשׁוֹ בְּמָתְנֵי':
<b>Qu il est fait comme un houfia.</b> Son explication a été donnée sur la michna.
💡 Explication

La Guemara revient à la michna, et Rav Papa y sépare deux mots que l'on pourrait confondre. Le critère n'est pas le degré de désordre, mais le lien à l'échine : les feuilles tiennent-elles encore ?

Nifretsou : elles sont détachées, puis rattachées en botte -- l'objet obtenu ressemble à un balai, il a cessé d'être un loulav. Nifredou : elles s'ouvrent en haut mais tiennent par le bas, comme les branches d'un palmier. Rien n'est rompu, seulement relâché -- et c'est précisément ce que R. Yehouda propose de corriger par une ligature, au segment 7.

🖼️ Schéma
nifretsou ou nifredou : deux mots voisins, deux mondes Rav Papa sépare le détachement réel du simple écartement. nifretsou -- kehoufia, comme un balai Les feuilles sont DETACHEES de l'échine PASSOUL -- ce n'est plus un loulav, c'est un balai nifredou -- elles s'écartent seulement Les extrémités s'ouvrent, la base tient encore KACHER -- et R. Yehouda demande de le lier
Segment 4 : deux mots presque identiques -- arrachées ou écartées -- séparés par la seule question du lien à l'échine.
6
בָּעֵי רַב פָּפָּא: נֶחְלְקָה הַתְּיוֹמֶת, מַהוּ? תָּא שְׁמַע, דְּאָמַר (רַבִּי יוֹחָנָן) אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: נִיטְּלָה הַתְיוֹמַת — פָּסוּל. מַאי לַָאו, הוּא הַדִּין נֶחְלְקָה? לֹא, נִיטְּלָה שָׁאנֵי, דְּהָא חָסֵר לֵיהּ.

Rav Papa a demandé : si la tiyomet [la paire de feuilles jumelles du sommet] s'est fendue, quelle est la loi ? Viens et entends : Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi -- si la tiyomet a été ôtée, [le loulav est] passoul.

N'est-ce pas qu'il en va de même si elle s'est fendue ? Non : ôtée, c'est différent, car il lui manque alors [de la matière].

📜 Rachi (2)
נֶחְלְקָה הַתְּיוֹמֶת שְׁנֵי עָלִין עֶלְיוֹנִים אֶמְצָעִים שֶׁשָּׁם הַשִּׁדְרָה כָּלָה נֶחְלְקוּ זֶה מִזֶּה וְנִסְדְּקָה הַשִּׁדְרָה עַד הֶעָלִין שֶׁלְּמַטָּה מֵהֶם:
<b>Si la tiyomet s'est fendue.</b> Les deux feuilles supérieures du milieu, là où l'échine se termine, se sont séparées l'une de l'autre, et l'échine s'est fendue jusqu'aux feuilles situées au-dessous d'elles.
תְּיוֹמַת לְפִי שֶׁמְּדֻובָּקִין כִּתְאוֹמִים:
<b>Tiyomet.</b> Parce qu'elles sont collées l'une à l'autre comme des jumeaux (teomim).
🗂️ Tossefot (1)
נֶחְלְקָה הַתְּיוֹמֶת. לָא מַייְרֵי שֶׁנִּסְדְּקוּ בְּרֹאשׁוֹ עָלִין שֶׁבְּרֹאשׁ הַשִּׁדְרָה דְּכוּלְּהוּ הָכִי אִיתַנְהוּ אֶלָּא כִּדְפֵירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס שְׁנֵי עָלָיו עֶלְיוֹנִים אֶמְצָעִיִּים שֶׁשָּׁם הַשִּׁדְרָה כָּלָה נֶחְלְקוּ זֶה מִזֶּה וְנִסְדְּקָה הַשִּׁדְרָה עַד הֶעָלִים שֶׁלְּמַטָּה ובה"ג פִּי' נֶחְלְקָה הַתְּיוֹמֶת הַהוּא גַּבָּא דְּהוּצָא הֵיכָא דְּדַבִּיקוּ אַהֲדָדֵי הַהוּא דִּמְתַיַּים בְּהוּ וּמְשַׁוֵּי לְהוּ חַד אִי כְּנִפְרְצוּ עָלָיו דָּמֵי פָּסוּל אִי כְּנִפְרְדוּ עָלָיו דָּמֵי כָּשֵׁר:
<b>Si la tiyomet s'est fendue.</b> Il ne s'agit pas du cas où les feuilles du sommet de l'échine se sont fendues à leur extrémité, car elles sont toutes ainsi ; mais bien comme l'explique Rachi : les deux feuilles supérieures du milieu, là où l'échine se termine, se sont séparées l'une de l'autre, et l'échine s'est fendue jusqu'aux feuilles du dessous. Et les Halakhot Guedolot expliquent : nehleka hatiyomet vise le dos de la houtsa, là où les deux [moitiés] adhèrent l'une à l'autre -- ce qui les rend jumelles et n'en fait qu'une ; si c'est comparable à nifretsou, il est passoul ; si c'est comparable à nifredou, il est kacher.
⚖️ Rosh (1)
בָּעֵי רַב פָּפָּא נֶחְלְקָה הַתְּיוֹמֶת מַהוּ ת"ש דא"ר יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי נֶחְלְקָה הַתְּיוֹמֶת נַעֲשָׂה כְּמִי שֶׁנִּיטְּלָה הַתְּיוֹמֶת וּפְסוּל פרש"י בְּעָלִין עֶלְיוֹנִים אֶמְצָעִיִּים שֶׁשָּׁם הַשִּׁדְרָה כָּלֶה נֶחְלְקוּ זֶה מִזֶּה וְנִסְדְּקָה הַשִּׁדְרָה עַד הֶעָלִין שֶׁלְּמַטָּה מֵהֶם וּבִתְשׁוּבַת הַגְּאוֹנִים כָּתַב תְּיוֹמַת הוּא אוֹתוֹ הוּצָא הָעֶלְיוֹן שֶׁבְּרֹאשׁ הַלּוּלָב שֶׁאֵין הוּצָא לְמַעְלָה מִמֶּנּוּ וְהוּא כִּשְׁנֵי הוּצִין דְּבוּקִין זֶה בָּזֶה וְנִקְרֵאת תְּיוֹמַת. בָּעֵי רַב פָּפָּא וְנֶחְלְקָה הַתְיוֹמַת מַהוּ פֵּירוּשׁ נִפְרָד אֶחָד מֵחֲבֵירוֹ אוֹתוֹ הוּצָא הָעֶלְיוֹן שֶׁבַּלּוּלָב עַד שֶׁדּוֹמֶה לִשְׁנַיִם ע"כ וּלְדִבְרֵיהֶם לֹא נִמְצָא לוּלָב כָּשֵׁר בְּשֶׁלָּנוּ כִּי בְּטֹורַח נִמְצָא שֶׁיְּהֵא לָנוּ תְּיוֹמַת בְּזֶה הָעִנְיָן וי"ל שֶׁאַף לְדִבְרֵיהֶם אֵינוֹ פָּסוּל אֶלָּא א"כ שֶׁנִּשְׁתַּנָּה מִבְּרִיָּיתוֹ שֶׁהָיְתָה מִתְּחִלָּה תְּיוֹמַת מְחֻובֶּרֶת כָּזֶה הָעִנְיָן וְנֶחְלְקָה אֲבָל אִם לֹא הָיְתָה הַתְיוֹמַת מְחֻובֶּרֶת מִתְּחִלָּה כָּשֵׁר וּכְעֵין פִּי' זֶה נוֹטֶה פִּי' ה"ג שֶׁפֵּירֵשׁ בָּעֵי רַב פָּפָּא נֶחְלְקָה הַתְּיוֹמֶת הַהוּא גַּבָּהּ דְּהוּצָא דְּהֵיכָא דְּדַבִּיקוּ אַהֲדָדֵי הַהוּא דְּאַתְמִים לְהוּ וּמְשַׁוֵּי לְהוּ חַד נֶחְלְקָה מַהוּ אִי כְּנִפְרְצוּ עָלָיו דָּמֵי וּפָסוּל אוֹ כְּנִפְרְדוּ עָלָיו דָּמֵי וְכָשֵׁר ע"כ ואע"פ שֶׁלֹּא פֵּירֵשׁ שֶׁבַּהוּצָא הָעֶלְיוֹן מִדָּבָר שֶׁהוּא שְׁנַיִם מְחֻובָּרִים בְּיַחַד אֵין נִרְאֶה לְהַעֲמִיד דִּבְרֵיהֶם בִּשְׁאָר הוּצִין וְלוֹמַר שֶׁקּוֹרֵא לְגַבָּהּ דְּהוּצָא יְחִידִי תְּיוֹמַת עַל שֵׁם שֶׁמְּחַבֵּר כֶּפֶל הַהוּצָא בְּיַחַד דְּנִפְרְצוּ וְנִפְרְדוּ לָא אַיְירֵי אֶלָּא בְּרוֹב הֶעָלִין כִּדְאִיתָא בַּתּוֹסֶפְתָּא וְנֶחְלְקָה הַתְיוֹמַת לָא מַייְרֵי אֶלָּא רַק בַּחֲדָא מִדְּלָא קָאָמַר וְנֶחְלְקוּ הַתְּיוֹמוֹת ול"נ דְּלָא קָשֶׁה נֶחֱלַק הַתְיוֹמַת שֶׁל כָּל אַחַת וְאַחַת קָאָמַר וְכֵן פִּי' הָרַב אַלְפָסִי תְּיוֹמַת גַּבָּהּ דְּהוּצָא דִּמְתַיַּים לְהוּ לְהוּצִין לִשְׁנֵי צִידֵּי הֶעָלִין וּמְשַׁוֵּי לְהוּ חַד כִּי כָּל אַחַת וְאַחַת כְּפוּלָה לִשְׁנַיִם וּתְיוֹמַת מִגַּבָּהּ וְאִם נִפְרְדוּ הַהוּצִיךְ זֶה מִזֶּה וְעָמַד כָּל אֶחָד וְאֶחָד כְּשֶׁהוּא כָּפוּל לִשְׁנַיִם וְהַתְּיוֹמָה שֶׁלָּהּ קַיֶּימֶת כְּשֵׁרָה וְאִם נֶחְלְקָה הַתְּיוֹמֶת נַעֲשָׂה כְּמִי שֶׁנִּפְרְצוּ עָלָיו וּפָסוּל וּבְרוֹב עָלָיו מַיְירֵי וְכֵן כָּתַב הָרַמְבַּ"ם זַ"ל פ"ח מֹהַל' לוּלָב הֵל' ד' בְּרִייַּת עָלִין שֶׁבַּלּוּלָב כָּךְ הוּא כְּשֶׁהֵן גְּדֵלִין גְּדֵלִין שְׁנַיִם שְׁנַיִם וּדְבוּקִין מִגַּבָּן וְגַב כָּל שְׁנֵי עָלִין הַדְּבוּקִין הִיא נִקְרֵאת תְּיוֹמַת נֶחְלְקָה הַתְּיוֹמֶת פָּסוּל וְהַאי נֶחְלְקָה הוּא בְּרוֹב כָּל עָלֶה וְעָלֶה וְכֵן נֶחְלְקָה שֶׁל תְּשׁוּבַת הַגְּאוֹנִים הוּא בְּרוֹב וּלְפִי מַה שֶׁפֵּירְשׁוּ הַתּוֹסָפוֹת נִפְרְצוּ כִּי חֻופְיָא אֵין לְפָרֵשׁ כְּפֵירוּשׁ הָרַב אַלְפָסִי דְּהַייְנוּ נֶחְלְקָה הַתְּיוֹמֶת וּלְכָךְ אָמְרוּ דְּפֵירוּשׁ הֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת כְּפִי תְּשׁוּבַת הַגְּאוֹנִים: צִינֵּי הַר הַבַּרְזֶל כְּשֵׁרוֹת. אָמַר רַב הוּנָא לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁרֹאשׁוֹ שֶׁל זֶה מַגִּיעַ בְּצַד עִיקָּרוֹ שֶׁל זֶה אֲבָל אֵין רֹאשׁוֹ שֶׁל זֶה בְּצַד עִיקָּרוֹ שֶׁל זֶה פְּסוּלוֹת:
<b>Rav Papa a demandé : si la tiyomet s'est fendue, quelle est la loi ? Viens et entends, car Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : si la tiyomet s'est fendue, il devient comme celui dont la tiyomet a été ôtée, et il est passoul.</b> Rachi explique : les feuilles supérieures du milieu, là où l'échine se termine, se sont séparées l'une de l'autre, et l'échine s'est fendue jusqu'aux feuilles situées au-dessous d'elles. Et dans une responsa des Gueonim il est écrit : la tiyomet, c'est cette houtsa supérieure qui se trouve au sommet du loulav et au-dessus de laquelle il n'y a plus de houtsa ; elle est comme deux houtsin collés l'un à l'autre, et on l'appelle tiyomet. Rav Papa a demandé : si la tiyomet s'est fendue, quelle est la loi ? -- c'est-à-dire que l'une s'est séparée de sa compagne, cette houtsa supérieure du loulav, au point qu'elle ressemble à deux. Fin de citation. Or, selon leurs propos, il ne se trouverait pas chez nous de loulav kacher, car ce n'est qu'à grand-peine que nous trouvons une tiyomet de cette sorte. On peut répondre que même selon eux il n'est passoul que s'il s'est écarté de sa croissance naturelle, c'est-à-dire que la tiyomet était d'abord jointe de cette manière puis s'est fendue ; mais si la tiyomet n'était pas jointe dès le départ, il est kacher. L'explication des Halakhot Guedolot tend vers cette même lecture : Rav Papa a demandé, si la tiyomet s'est fendue -- il s'agit du dos de la houtsa, là où les deux moitiés adhèrent l'une à l'autre, ce qui les rend jumelles et n'en fait qu'une ; si elle s'est fendue, quelle est la loi ? Est-ce comparable à nifretsou, et alors passoul, ou à nifredou, et alors kacher ? Fin de citation. Et bien qu'il n'ait pas précisé qu'il parle de la houtsa supérieure, faite de deux moitiés jointes ensemble, il ne paraît pas juste de rapporter ses propos aux autres houtsin et de dire qu'il appelle tiyomet le dos d'une houtsa isolée parce qu'il en joint les deux replis : car nifretsou et nifredou ne parlent que de la majorité des feuilles, comme il ressort de la Tossefta, tandis que nehleka hatiyomet ne parle que d'une seule, puisqu'il n'est pas dit nehleku hatiyomot. Il me semble que ce n'est pas une difficulté : il veut dire que la tiyomet de chacune et chacune s'est fendue. Ainsi a expliqué le Rif : la tiyomet, c'est le dos de la houtsa qui rend jumelles les feuilles des deux côtés et n'en fait qu'une, car chacune est repliée en deux et sa tiyomet est sur son dos ; si les houtsin se sont écartés l'un de l'autre et que chacun demeure replié en deux, sa tiyomet subsistant, il est kacher ; et si la tiyomet s'est fendue, il devient comme celui dont les feuilles ont été arrachées, et il est passoul -- et il parle de la majorité de ses feuilles. Ainsi a écrit le Rambam (Hilkhot Loulav, ch. 8, halakha 4) : telle est la croissance des feuilles du loulav -- lorsqu'elles poussent, elles poussent deux par deux, collées par le dos ; et le dos de chaque paire de feuilles collées s'appelle tiyomet. Si la tiyomet s'est fendue -- passoul ; et ce fendue s'entend de la majorité de chaque feuille. De même le fendue de la responsa des Gueonim s'entend de la majorité. Et selon l'explication que les Tossefot ont donnée de nifretsou -- comme un balai -- on ne peut pas expliquer comme le Rif, car ce serait alors la même chose que nehleka hatiyomet ; c'est pourquoi ils ont dit que l'explication des Halakhot Guedolot suit la responsa des Gueonim. -- Les tsinei du Har haBarzel sont kacherot. Rav Houna a dit : ils n'ont enseigné [cela] que lorsque l'extrémité de l'une atteint le côté de la base de l'autre ; mais si l'extrémité de l'une n'atteint pas le côté de la base de l'autre, elles sont pessoulot.
💡 Explication

La tiyomet -- de teomim, jumeaux -- est la paire de feuilles centrales qui ferme le sommet du loulav. Rav Papa isole un état intermédiaire, et c'est toute la finesse de sa question : la tiyomet n'est ni intacte ni absente, elle est fendue. Rien ne manque, mais l'unité est rompue.

La Guemara tente de résoudre par R. Yehochoua ben Levi, qui invalide la tiyomet ôtée. La tentative échoue sur un mot : nitla chani, deha haser leh -- ôtée, c'est autre chose, car il y a alors un manque de matière. Le critère de cette source est la diminution, pas la division ; elle ne dit donc rien du cas de Rav Papa.

Le Roch montre l'enjeu pratique énorme de la définition : selon la responsa des Gueonim, qui identifie la tiyomet à une unique houtsa sommitale, presque aucun loulav ne serait kacher. Il répond en distinguant ce qui a changé par rapport à la croissance naturelle de ce qui n'a jamais été joint -- et rapporte les lectures du Rif et du Rambam, pour qui chaque feuille possède sa propre tiyomet.

🖼️ Schéma
La tiyomet : ôtée, fendue, intacte La question de Rav Papa porte sur un état intermédiaire : rien ne manque, mais l'unité est rompue. Intacte KACHER Fendue -- nehleka La question de Rav Papa Otée -- nitla PASSOUL -- il manque Version 1 (segment 5) -- la preuve échoue On tente : R. Yehochoua ben Levi invalide la tiyomet OTÉE ; donc, sans doute, la fendue aussi. Refus : nitla chani -- ôtée, c'est autre chose, car il MANQUE de la matière au loulav. Or la fendue ne manque de rien. Résultat : la question de Rav Papa reste ouverte. Le critère séparateur est le manque, pas la division. Version 2 (segment 6) -- ikka deamri La même tradition est rapportée autrement : R. Yehochoua ben Levi a directement dit que la tiyomet FENDUE devient comme celle qui a été ôtée -- et passoul. Résultat : la question de Rav Papa est tranchée. Ici le critère séparateur est l'unité rompue : deux feuilles qui ne sont plus jumelles valent une tiyomet absente.
Segments 5-6 : trois états de la tiyomet, et les deux versions opposées de la réponse.
7
אִיכָּא דְאָמְרִי: אָמַר (רַבִּי יוֹחָנָן) אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: נֶחְלְקָה הַתְּיוֹמֶת, נַעֲשָׂה כְּמִי שֶׁנִּיטְּלָה הַתְּיוֹמֶת וּפְסוּל.

Certains rapportent [autrement] : Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi -- si la tiyomet s'est fendue, il devient comme celui dont la tiyomet a été ôtée, et il est passoul.

💡 Explication

La formule ikka deamri introduit une seconde transmission de la même tradition. Ici, R. Yehochoua ben Levi ne parle pas de la tiyomet ôtée mais directement de la fendue -- et il l'assimile à l'ôtée.

La différence entre les deux versions est considérable. Dans la première, la question de Rav Papa reste ouverte, faute de preuve. Dans la seconde, elle est tranchée, et le principe change de nature : ce n'est plus le manque de matière qui invalide, mais la rupture de l'unité. Deux feuilles qui ne sont plus jumelles valent une tiyomet absente. C'est cette version que la halakha retiendra.

8
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר. תַּנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבִּי טַרְפוֹן: ״כַּפּוֹת תְּמָרִים״ — כָּפוּת, אִם הָיָה פָּרוּד יִכְפְּתֶנּוּ.

Rabbi Yehouda dit... On a enseigné : Rabbi Yehouda dit au nom de Rabbi Tarfon -- kapot temarim (branches de palmier) : [lis] kafout, lié ; s'il était écarté, qu'il le lie.

💡 Explication

La Guemara reprend la clause de la michna où R. Yehouda exige de lier le loulav, et lui donne sa source : une baraita au nom de R. Tarfon. Le procédé est une relecture du mot du verset (Vayikra 23,40) : les consonnes de kapot se lisent aussi kafout, participe passif -- ce qui a été lié.

Le verset ne décrirait donc pas seulement une espèce botanique, mais un état exigé : le loulav doit se présenter comme un objet un. D'où la conséquence pratique -- si ses feuilles se sont écartées (le nifredou du segment 4, qui reste kacher), R. Yehouda demande qu'on le lie.

9
אֲמַר לֵיהּ רָבִינָא לְרַב אָשֵׁי: מִמַּאי דְּהַאי ״כַּפּוֹת תְּמָרִים״ דְּלוּלִבָּא הוּא? אֵימָא חֲרוּתָא! בָּעֵינָא כָּפוּת וְלֵיכָּא.

Ravina dit à Rav Achi : d'où [sait-on] que ce kapot temarim désigne le loulav ? Dis plutôt que c'est le harouta [la branche durcie du palmier] ! -- Il faut qu'il puisse être lié (kafout), et ce n'est pas le cas.

📜 Rachi (2)
חֲרוּתָא עֲנַף הַדֶּקֶל מִשֶּׁנִּתְקַשָּׁה שְׁתֵּי שָׁנִים וְשָׁלֹשׁ וְיוֹצְאִין בּוֹ לוּלָבִין הַרְבֵּה שֶׁנָּשְׁרוּ עֲלֵיהֶן וְנִתְקַשּׁוּ גַּם הֵם וְנַעֲשׂוּ עֵץ זֶה פּוֹנֶה לְכָאן וְזֶה פּוֹנֶה לְכָאן כְּעַנְפֵי שְׁאָר אִילָנוֹת:
<b>Harouta.</b> La branche du palmier après qu'elle a durci deux ou trois ans ; il en sort de nombreux loulavim dont les feuilles sont tombées et qui ont durci à leur tour et sont devenus du bois, l'un tourné d'un côté, l'autre de l'autre, comme les branches des autres arbres.
בָּעֵינַן כָּפוּת שֶׁאִם הָיָה פָּרוּד יִכְפְּתֶנּוּ וַהֲרֵי זֶה פָּרוּד וְאֵין אַתָּה יָכוֹל לְכָופְתוֹ שֶׁיְּהוּ עֲנָפָיו הַפְּרוּדִים כָּאן וְכָאן נִכְפָּתִים וּמִתְמַעֲכִים אֵצֶל אֲבִיהֶם שֶׁהֵן מְחֻובָּרִין בּוֹ לְפִי שֶׁקָּשִׁין הֵן:
<b>Il faut qu'il puisse être lié.</b> Car [il est dit] : s'il était écarté, qu'il le lie -- or celui-ci est écarté, et tu ne peux pas le lier de façon que ses branches, écartées de-ci de-là, soient serrées et pressées contre le tronc auquel elles sont attachées, parce qu'elles sont dures.
💡 Explication

Ravina retourne la lecture de R. Tarfon contre elle-même. Si kapot veut dire liable, alors rien n'indique le loulav en particulier : n'importe quelle partie du palmier pourrait convenir. Il propose donc le harouta, la branche adulte devenue ligneuse.

La réponse est purement physique : baeina kafout veleika -- il faut pouvoir la lier, et on ne le peut pas. Rachi souligne le point exact : le bois durci ne cède pas ; on ne ramènera jamais ces branches contre leur tronc. Le critère dégagé par R. Tarfon devient ainsi un instrument d'élimination, et cinq candidats vont y passer.

10
וְאֵימָא אֻופְתָּא! ״כָּפוּת״ — מִכְּלָל דְּאִיכָּא פָּרוּד, וְהַאי כָּפוּת וְעוֹמֵד לְעוֹלָם.

Et dis plutôt que c'est l'oufta [une bûche prise au tronc du palmier] ! -- [Le mot] kafout implique qu'il existe [un état] écarté ; or celui-ci est lié et le demeure à jamais.

📜 Rachi (2)
וְאֵימָא אֻופְתָּא אשטיל"א מֵעִיקַּר הַדֶּקֶל שֶׁהוּא חָלָק וְאֵין עָנָף יוֹצֵא מִמֶּנּוּ לְכָאן וּלְכָאן שֶׁאֵין לְךָ כָּפוּת הֵימֶנּוּ:
<b>Et dis plutôt que c'est l'oufta.</b> Une bûche (Rachi en donne le nom en vieux français) prise à la base du palmier, qui est lisse et dont aucune branche ne sort ni d'un côté ni de l'autre : il n'y a rien de plus lié qu'elle.
כַּפּוֹת מַשְׁמַע שֶׁפָּרוּד מִתְּחִלָּה וְאַתָּה כּוֹפְתוֹ:
<b>Kafout.</b> Cela implique qu'il était écarté au départ, et que tu le lies.
💡 Explication

Le candidat suivant est l'inverse exact du précédent. Le harouta échouait parce qu'il ne pouvait pas être lié ; l oufta, la bûche nue et lisse, échoue parce qu'elle l'est déjà et pour toujours -- kafout veomed leolam.

L'argument est de pure grammaire, et il est élégant : kafout est un participe passif, il décrit le résultat d'une action. Un mot qui dit a été lié suppose nécessairement un état antérieur où la chose était écartée. Une qualité permanente, qui n'a jamais eu d'avant, ne peut pas être désignée par ce mot.

🖼️ Schéma
Pourquoi la bûche ne peut pas être kafout Un mot qui décrit une action suppose l'état qui la précède. L'oufta -- la bûche Lisse, aucune branche ne sort. Rien de plus lié. La réfutation, en un mot kafout est un participe passif : quelque chose a été LIÉ. Donc il a d'abord été écarté. Loulav : écarté -- puis lié. Le mot fonctionne. Bûche : liée depuis toujours, et pour toujours. Il n'y a jamais eu d'avant. Le mot ne fonctionne pas. kafout veomed leolam -- lié et le demeurant à jamais : une qualité permanente n'est pas ce que le verset décrit.
Segment 9 : pourquoi un participe passif exclut ce qui a toujours été tel -- la réfutation de l'oufta.
11
וְאֵימָא כֻּופְרָא? אָמַר אַבַּיֵּי: ״דְּרָכֶיהָ דַרְכֵי נֹועַם וְכָל נְתִיבוֹתֶיהָ שָׁלוֹם״ כְּתִיב.

Et dis plutôt que c'est le koufra [la jeune branche pas encore durcie] ? Abaye a dit : il est écrit -- Ses voies sont des voies de douceur, et tous ses sentiers sont paix (Michle 3,17).

📜 Rachi (2)
וְאֵימָא כֻּופְרָא הַייְנוּ נָמֵי עֵץ כְּעֵין חֲרוּתָא אֶלָּא עֲדַייִן בֶּן שָׁנָה אוֹ שְׁתֵּי שָׁנִים וְלֹא נִתְעַבָּה עֵצוֹ וְאַתָּה יָכוֹל לִכְפּוֹת עֲנָפָיו עַל יְדֵי אִגּוּד וּלְזָקְפָן לְמַעְלָה לְאָוגְדָן עִם אֲבִיהֶן:
<b>Et dis plutôt que c'est le koufra.</b> C'est aussi du bois, du même genre que le harouta, sauf qu'il n'a encore qu'un an ou deux, que son bois ne s'est pas épaissi, et que tu peux en lier les branches par une ligature et les redresser vers le haut pour les attacher avec leur tronc.
דְּרָכֶיהָ דַּרְכֵי נֹועַם וְאֵלּוּ עִשּׂוּיַן כְּקוֹצִים וְיוֹצְאִין בָּהֶן עֻוקְצִין הַרְבֵּה וּמְסָרְטִין אֶת הַיָּדַיִם:
<b>Ses voies sont des voies de douceur.</b> Or celles-ci sont faites comme des épines, il en sort quantité de pointes, et elles écorchent les mains.
🗂️ Tossefot (1)
דְּרָכֶיהָ דַּרְכֵי נֹועַם. רָבָא לֹא הָיָה שָׁם מִשּׁוּם הָכִי לָא מַיְיתֵי הָכָא קְרָא דְּהָאֱמֶת וְהַשָּׁלוֹם כְּדִלְקַמָּן:
<b>Ses voies sont des voies de douceur.</b> Rava n'était pas là ; c'est pourquoi on ne cite pas ici le verset la vérité et la paix [aimez], comme [la Guemara le fait] plus loin.
💡 Explication

Le troisième candidat est le plus sérieux : le koufra est encore assez souple pour être lié, et échappe donc aux deux réfutations précédentes. Le critère de R. Tarfon ne suffit plus.

Abaye change alors de registre et invoque un principe général sur la Torah elle-même : derakheha darkhei noam, ses voies sont des voies de douceur. Rachi donne la raison concrète -- ces branches sont hérissées de pointes qui écorchent les mains. Une mitsva ne peut pas exiger de saisir sept jours durant un objet blessant. L'argument n'est ni philologique ni physique : il est axiologique.

12
אֲמַר לֵיהּ רָבָא תּוֹסְפָאָה לְרָבִינָא: וְאֵימָא תַּרְתֵּי כַּפֵּי דְתַמְרֵי? ״כְּפַת״ כְּתִיב. וְאֵימָא חֲדָא? לְהַהוּא — ״כַּף״ קָרֵי לֵיהּ.

Rava Tossaa [le spécialiste de la Tossefta] dit à Ravina : et dis plutôt deux kapei de dattes [deux régimes] ? -- Il est écrit kapot [sans vav, donc au singulier]. Et dis alors une seule ? -- Celle-là, on l'appelle kaf.

📜 Rachi (3)
תַּרְתֵּי כְּפִי דְּתַמְרֵי תְּמָרִים עַצְמָן דַּרְכָּן לִהְיוֹת הַרְבֵּה תְּלוּיָן בְּיַחַד בַּמַּכְבְּדוֹת שֶׁלָּהֶם וְקוֹרִין לָהֶם כָּף טרוק"א:
<b>Deux kapei de dattes.</b> Les dattes elles-mêmes ont coutume de pendre en grand nombre ensemble sur leurs régimes, et on appelle ceux-ci kaf (Rachi en donne le nom en vieux français).
כְּפַת כְּתִיב חֲדָא:
<b>Il est écrit kapot.</b> [Donc] une seule.
כַּף קָרֵי לֵיהּ וְכִי כְּתִיב כְּפַת עַל שֵׁם כָּפוּת אִם פְּרוּדָה וְאֵין לָשׁוֹן זֶה נוֹפֵל אֶלָּא עַל [עֲלֵי] הַלּוּלָב:
<b>On l'appelle kaf.</b> Et si l'Écriture écrit kapot, c'est en raison de [la lecture] lié, s'il était écarté -- et cette expression ne convient qu'aux feuilles du loulav.
🗂️ Tossefot (1)
כְּפַת כְּתִיב. בְּהַאי כֻּולֵּי עָלְמָא מוֹדוֹ דְּיֵשׁ אֵם לַמָּסֹורֶת וְצָרִיךְ טַעְמָא: [עִי' מַה שֶׁתֵּירְצוּ בִּפְסָחִים לוֹ. ד"ה עֹונִי קָרֵינַן בֵּיהּ וְכוּ' וְע"ע תּוֹסְ' לְעֵיל (סֻוכָּה ו:) ד"ה וְר' שִׁמְעוֹן]:
<b>Il est écrit kapot.</b> Sur ce point, tous s'accordent à dire que la massora fait autorité (yech em lamassoret), et cela demande une explication. [Voir la réponse donnée dans Pessahim 36a, s.v. oni kerinan beh ; et voir encore Tossefot plus haut, Souka 6b, s.v. veRabbi Chimon.]
💡 Explication

Deux dernières objections, de registre purement textuel. Rava Tossaa remarque que le verset est au pluriel : pourquoi pas deux régimes de dattes ? La réponse joue sur l'écriture consonantique : la massora écrit kpt sans vav -- le mot se lit au pluriel mais s'écrit au singulier, donc un seul objet.

Objection symétrique : si le mot est au singulier, pourquoi pas une seule feuille ? Réponse : une feuille isolée se nomme kaf, jamais kapot. La forme retenue dit donc les deux choses ensemble -- un seul objet, fait de plusieurs feuilles. Et Rachi ajoute que le mot ne garde son sens de lié que rapporté aux feuilles du loulav.

Tossefot relève la difficulté de méthode : on tranche ici d'après l'écriture (yech em lamassoret) alors qu'ailleurs on tranche d'après la lecture, et renvoie à Pessahim 36a pour la résolution.

🖼️ Schéma
kapot temarim : six candidats, un seul survivant Le verset dit branches de palmier. Rien n'indique le loulav. Ravina force la Guemara à l'établir. Vayikra 23,40 : kapot temarim lu kafout : lié. Ce qui était écarté, on le lie. harouta la branche durcie, deux ou trois ans, devenue du bois Éliminé il faut pouvoir la lier -- elle est trop dure pour céder oufta la bûche prise à la base du palmier : lisse, sans branche Éliminé kafout suppose un état écarté -- elle est liée à jamais koufra la jeune branche, un ou deux ans : encore liable Éliminé Abaye : elle pique et écorche les mains -- voies de douceur deux kapei deux régimes de dattes -- le mot est au pluriel, après tout Éliminé la massora écrit kpt sans vav : un seul, pas deux une seule feuille si le mot est au singulier, pourquoi pas une feuille ? Éliminé une feuille se nomme kaf, jamais kapot : le mot dit plus Le loulav -- la palme encore fermée Il est le seul dont on puisse dire les deux choses à la fois : il peut être écarté, et il peut être lié. Assez souple pour céder, assez doux pour être tenu, un seul objet et non deux, plusieurs feuilles et non une. La méthode à retenir Chaque candidat est éliminé par un critère DIFFÉRENT : la contrainte physique (on ne peut pas le lier), la logique du mot (kafout suppose un avant écarté), la valeur (les voies de la Torah sont douces), et enfin l'orthographe massoretique. Quatre registres de preuve pour un seul mot de verset.
Segments 8-11 : les six candidats au titre de kapot temarim, chacun éliminé par un type de preuve différent.
13
צִינֵּי הַר הַבַּרְזֶל — כְּשֵׁרָה. אָמַר אַבַּיֵּי: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁרֹאשׁוֹ שֶׁל זֶה מַגִּיעַ לְצַד עִיקָּרוֹ שֶׁל זֶה, אֲבָל אֵין רֹאשׁוֹ שֶׁל זֶה מַגִּיעַ לְצַד עִיקָּרוֹ שֶׁל זֶה — פָּסוּל.

Les tsinei du Har haBarzel [les palmes de la Montagne de Fer] -- kacherot. Abaye a dit : ils n'ont enseigné [cela] que lorsque l'extrémité de celle-ci atteint le côté de la base de celle-là ; mais si l'extrémité de celle-ci n'atteint pas le côté de la base de celle-là -- passoul.

📜 Rachi (1)
צִינֵּי הַר הַבַּרְזֶל לוּלָבִין שֶׁלָּהֶן הֶעָלִין מוּעָטִין בַּשִּׁדְרָה מְרֻוחָקִין זֶה לְמַעְלָה מִזֶּה הַרְבֵּה וְעוֹד שֶׁקְּטַנִּים הֵן לְאָרְכָּן וּפְעָמִים אֵין מַגִּיעַ רֹאשׁוֹ שֶׁל עָלֶה זֶה לְעִיקָּרוֹ שֶׁל זֶה:
<b>Les tsinei du Har haBarzel.</b> Leurs loulavim ont peu de feuilles sur l'échine, très écartées l'une au-dessus de l'autre ; de plus elles sont courtes, si bien que parfois l'extrémité de l'une n'atteint pas la base de l'autre.
💡 Explication

Retour à la michna, qui déclarait kacherot les palmes d'une variété particulière, celle du Har haBarzel, la Montagne de Fer. Rachi décrit le problème botanique : feuilles rares, courtes, et très espacées le long de l'échine.

Abaye pose une condition mesurable, et c'est ce qui fait la valeur du passage : l'extrémité d'une feuille doit atteindre la base de la feuille suivante. Tant que ce chevauchement existe, le loulav garde son aspect plein et continu. En dessous, l'échine reste nue par endroits -- ce n'est plus un loulav.

🖼️ Schéma
Les palmes de la Montagne de Fer : la condition d'Abaye Peu de feuilles, courtes et espacées. Tout se joue sur un chevauchement. L'extrémité atteint la base de la suivante KACHER -- le loulav garde son aspect plein Il ne l'atteint pas -- l'échine reste nue vide PASSOUL -- il ne ressemble plus à un loulav Segment 13 : une baraita les déclare pessoulot, la michna kacherot -- la distinction d'Abaye réconcilie les deux.
Segments 12-13 : la condition mesurable d'Abaye, et la contradiction michna / baraita qu'elle résout.
14
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: צִינֵּי הַר הַבַּרְזֶל פְּסוּלָה. וְהָא אֲנַן תְּנַן כְּשֵׁרָה! אֶלָּא שְׁמַע מִינַּהּ כְּאַבָּיֵי: שְׁמַע מִינָּה.

On a également enseigné ainsi [dans une baraita] : les tsinei du Har haBarzel -- passoul. Mais nous avons appris dans la michna qu'elles sont kacherot !

Il faut donc en conclure comme Abaye. Concluons-en effectivement.

💡 Explication

La Guemara produit une baraita qui dit exactement l'inverse de la michna. La contradiction est frontale, et c'est précisément ce qui la rend utile : deux sources tannaitiques ne peuvent pas se contredire sur un même cas, elles parlent donc de deux cas différents.

La distinction d'Abaye, jusque-là simple hypothèse, devient alors la seule lecture possible -- la michna vise les palmes dont les feuilles se chevauchent, la baraita celles dont elles ne se rejoignent pas. Chema mina keAbaye : chema mina. Une objection s'est retournée en preuve, et le folio se clôt sur cette confirmation.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).