Sougya : Le folio s'ouvre en achevant la discussion des palmes de la Montagne de Fer, puis en localise les deux palmiers dans la vallée de ben Hinnom, d'où monte une fumée -- le lieu que la tradition nomme l'entrée du Guehinam, et que le Ben Yehoyada relit comme un simple conduit affleurant plutôt que comme une porte. Vient ensuite la question des dimensions : Chemouel fixe le hadas et la arava à trois tefahim et le loulav à quatre, afin que le loulav dépasse visiblement le bouquet ; R.
Yo'hanan, par R. Parnakh, durcit la condition en exigeant que ce tefah supplémentaire soit un tefah de chidra, d'échine nue, et non de feuilles.
Deux tentatives de trancher échouent, la michna comme la baraita pouvant se lire dans les deux sens. La Guemara s'attaque alors à la formule énigmatique de R.
Tarfon, « à la coudée de cinq tefahim », que Rava juge d'abord impraticable puisqu'on ne trouve déjà pas de myrte touffu de trois. Rav Dimi la sauve en agrandissant le tefah -- le hadas monte à trois et trois cinquièmes, une rigueur -- mais cette lecture rend Chemouel contradictoire dans le sens interdit, car on n'arrondit que vers la rigueur, jamais vers l'indulgence.
Ravin retourne l'opération : la coudée de cinq divisée en six, le hadas descend à deux et demi, et l'imprécision de Chemouel redevient admissible. Une nouvelle michna ouvre alors le dossier du hadas et de ses défauts, dont les baies trop nombreuses, réparables mais pas un jour de fête.
La Guemara remonte au verset anaf ets avot et élimine trois candidats par trois types de preuve : l'olivier couvre mais ne tresse pas, le platane tresse mais ne couvre pas, et le laurier-rose, qui satisfait les deux critères, est écarté par une raison morale -- ses voies sont des voies de douceur, et il pique. Reste à définir ce qu'est un myrte touffu : trois feuilles par nid pour Rav Yehouda, deux et une pour Rav Kahana, que d'autres tiennent pour un myrte sauvage.
Le folio s'arrête sur une baraita qui se contredit elle-même -- perdre la majorité des feuilles tout en gardant le avot -- et sur les deux premiers mots de la réponse d'Abaye.
Et certains le posent directement comme une contradiction : nous avons appris dans la michna : les palmes de la Montagne de Fer -- kacher ; et pourtant on a enseigné dans une baraita : passoul ! Abaye a dit : ce n'est pas difficile.
Ici -- là où l'extrémité de celle-ci atteint le côté de la base de celle-là ; là -- là où l'extrémité de celle-ci n'atteint pas le côté de la base de celle-là.
Le folio s'ouvre sur la fin d'une discussion commencée en 32a. Deux présentations du même matériau existaient : l'une où la baraita était citée comme simple objection, l'autre -- celle-ci -- où les deux sources sont mises face à face comme une ramya, une contradiction frontale entre michna et baraita.
La nuance n'est pas rhétorique. Rachi la souligne : dans cette version, la distinction d'Abaye n'est pas une hypothèse venue de l'extérieur, elle naît de la contradiction elle-même. Deux sources tannaitiques ne peuvent pas se contredire sur un même cas : elles parlent donc nécessairement de deux cas différents, et Abaye n'a plus qu'à nommer ce qui les sépare -- le chevauchement des feuilles.
Rabbi Maryon a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi -- et certains l'enseignent comme une baraita de Rabba bar Mari au nom de Rabban Yo'hanan ben Zakkai : il y a deux palmiers dans la vallée de ben Hinnom, et une fumée monte d'entre eux. Et c'est de ceux-là que nous avons appris : les palmes de la Montagne de Fer sont kacherot.
Et c'est là l'entrée du Guehinam.
Après la halakha, une notation géographique et aggadique. Le Talmud localise ces fameuses palmes : deux dattiers dans la vallée de ben Hinnom, aux abords de Jérusalem -- le lieu même dont le nom, contracté, a donné Guehinam. Une fumée monte d'entre eux.
Le rapprochement est volontairement rude : l'objet d'une mitsva parfaitement valide pousse à l'endroit le plus sombre de la carte. Le Ben Yehoyada refuse la lecture littérale d'une porte ouverte et propose une image empruntée au Ets Haim de l'Ari : la terre a, comme le corps, un réseau de conduits ; ce lieu est l'affleurement de l'un d'eux. Ce n'est pas un seuil que l'on franchit, c'est l'extrémité visible d'une circulation souterraine.
« Un loulav qui a trois tefahim » (michna). Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel : la mesure du hadas (myrte) et de la arava (saule) -- trois ; et celle du loulav -- quatre, afin que le loulav dépasse le hadas d'un tefah.
La Guemara passe aux dimensions. Chemouel donne les trois chiffres d'un coup : hadas et arava trois tefahim, loulav quatre. Le quatrième tefah n'est pas arbitraire : il est là pour que le loulav dépasse visiblement les autres espèces.
Rachi ajoute la raison de fond : la prééminence du loulav dans le bouquet n'est pas seulement une question de rang, elle doit se voir. Il est le plus haut des quatre dans la nature, il doit rester le plus haut dans l'objet lié. La discussion qui suit portera tout entière sur une seule question : ce tefah qui dépasse, de quoi est-il fait ?
Et Rabbi Parnakh a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : c'est l'échine (chidra) du loulav qui doit dépasser le hadas d'un tefah.
R. Yo'hanan durcit la condition. Le tefah qui dépasse doit être un tefah de chidra -- la tige centrale nue -- et non un tefah quelconque. Rachi précise l'anatomie : au sommet du loulav, la tige s'arrête, mais les feuilles continuent seules. Ce prolongement de feuilles ne compte pas pour R. Yo'hanan.
La différence est parfaitement mesurable : un loulav dont l'échine s'arrête à hauteur du hadas et dont seules les feuilles dépassent est kacher pour Chemouel et passoul pour R. Yo'hanan. Les Tossefot signalent une baraita de Nidda 26a qui compte l'échine du loulav parmi les cinq mesures d'un tefah -- appui décisif pour R. Yo'hanan. Et ils expliquent pourquoi Chemouel n'en tient pas compte : cette baraita ne vient pas des ateliers de R. Hiya et R. Ochaya, seuls tenus pour des recueils fiables.
Nous avons appris dans la michna : « un loulav qui a trois tefahim, de quoi l'agiter, est kacher » -- [ce qui semble dire que trois suffisent] ! Dis plutôt : « et de quoi l'agiter -- kacher ».
Ce maître selon son opinion, et cet autre selon la sienne.
Objection tirée de la michna elle-même : elle parle de trois tefahim, pas de quatre. La réponse ne corrige pas le chiffre, elle corrige la ponctuation : « trois tefahim » et « de quoi l'agiter » ne sont pas la même chose, ce sont deux exigences additionnées. Trois, plus encore de quoi agiter -- ce qui fait bien quatre.
Rachi explique la logique physique : ce qui agite, c'est la partie qui dépasse au-dessus du lien du bouquet. Et c'est précisément là que les deux amoraim se séparent : cette partie qui agite est faite de feuilles pour Chemouel, d'échine pour R. Yo'hanan. La michna corrigée accueille les deux lectures -- mar kedeit leh oumar kedeit leh.
Viens et entends : la mesure du hadas et de la arava -- trois ; et celle du loulav -- quatre. N'est-ce pas [que ces quatre se comptent] avec les feuilles ?
Non : sans les feuilles.
Deuxième tentative de trancher, cette fois par une baraita. Elle donne les mêmes chiffres que Chemouel : trois et quatre. Mais un chiffre ne dit rien tant qu'on ne sait pas ce qu'il mesure. La question est donc : ces quatre tefahim se comptent-ils avec les feuilles ?
Si oui, R. Yo'hanan est réfuté. Mais la baraita est muette sur ce point, et la Guemara le fait remarquer : rien n'empêche de la lire sans les feuilles. La preuve échoue. On notera la méthode -- une source neutre ne départage jamais deux lectures qu'elle peut toutes deux accueillir.
Revenons au corps même de cette baraita : la mesure du hadas et de la arava -- trois ; et celle du loulav -- quatre. Rabbi Tarfon dit : à la coudée de cinq tefahim.
Goufa -- la Guemara laisse de côté la discussion en cours et revient à la baraita pour elle-même, parce qu'elle contient une opinion qui n'a pas encore été traitée : celle de Rabbi Tarfon.
Sa formule est cryptique : « à la coudée de cinq tefahim ». Rachi note bien qu'il s'agit d'une première impression -- une hava amina -- que la suite du folio va renverser. Lue naïvement, elle voudrait dire que le myrte doit atteindre une coudée entière, soit cinq tefahim au lieu de trois. C'est cette lecture-là que Rava va prendre à partie.
Rava a dit : que son Maître pardonne à Rabbi Tarfon ! Maintenant que nous ne trouvons déjà pas de [myrte] touffu de trois, faut-il parler de [une coudée] de cinq ?
La réaction de Rava est d'une vivacité rare. Chara leh mareh -- « que son Maître lui pardonne » -- est une formule de protestation : elle ne conteste pas une erreur de raisonnement, elle conteste une exigence impraticable.
L'argument de Rava est empirique, et Rachi en donne la substance : un myrte réellement avot, tressé comme une chaînette, est déjà difficile à trouver sur trois tefahim ; les longues branches, elles, sont presque toujours du hadas chote, du myrte sauvage. Exiger cinq tefahim reviendrait à rendre la mitsva introuvable. Le principe implicite : la halakha ne peut pas demander ce que le monde ne fournit pas -- elle impose une charge à Israël. C'est cette impasse qui va forcer les deux relectures suivantes.
Quand Rav Dimi arriva [d'Erets Israël], il dit : la coudée de six tefahim, fais-en une de cinq ; retires-en trois pour le hadas, et le reste pour le loulav. Combien cela fait-il [en tefahim ordinaires] ?
Trois et trois cinquièmes.
Rav Dimi sauve Rabbi Tarfon en changeant non pas le nombre, mais l unité. R. Tarfon dit lui aussi trois -- mais trois grands tefahim. Comment les obtenir ? En prenant la coudée ordinaire, qui vaut six tefahim, et en la divisant en cinq parts au lieu de six. Chaque part vaut alors 6/5 de tefah ordinaire.
Le calcul est explicite dans le texte : 3 x 6/5 = trois et trois cinquièmes. La rigueur de R. Tarfon existe donc bien, mais elle est minime -- trois cinquièmes de tefah de plus que le premier tanna, et non deux tefahim de plus. La protestation de Rava tombe.
Les Tossefot signalent au passage un coût de cette lecture : quelle que soit la version, la baraita de Nidda qui aligne cinq mesures sur un même tefah ne peut plus s'accorder avec R. Tarfon, chez qui le tefah du loulav n'est pas de la même taille que les autres.
[Mais alors] il y a une difficulté de Chemouel contre Chemouel : ici, Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel : la mesure du hadas et de la arava est de trois ; et là-bas, Rav Houna a dit au nom de Chemouel : la halakha est comme Rabbi Tarfon ! -- Il n'a pas été précis (lo dak). -- Admettons que nous disions « il n'a pas été précis » lorsque cela va vers la rigueur ; mais lorsque cela va vers l'indulgence, dit-on « il n'a pas été précis » ?!
La lecture de Rav Dimi se heurte à une contradiction interne chez Chemouel. D'un côté il enseigne trois ; de l'autre il tranche comme R. Tarfon, c'est-à-dire -- selon Rav Dimi -- trois et trois cinquièmes.
La réponse proposée est un outil talmudique classique : lo dak, « il n'a pas été précis » -- Chemouel arrondissait. Mais la Guemara pose aussitôt la limite de cet outil, et c'est là le vrai apport du passage : on n'arrondit que dans le sens de la rigueur. Un maître peut annoncer une mesure un peu plus grande que nécessaire ; il ne peut pas en annoncer une plus petite, car on utiliserait alors un myrte invalide pour accomplir la mitsva. Or ici, dire trois quand il en faut trois et trois cinquièmes est un arrondi vers l'indulgence. Inadmissible -- et la lecture de Rav Dimi se trouve compromise.
Quand Ravin arriva, il dit : la coudée de cinq tefahim, fais-en une de six ; retires-en trois pour le hadas, et le reste pour le loulav. Combien cela fait-il ?
Deux et demi.
Ravin retourne exactement l'opération de Rav Dimi. Là où Rav Dimi agrandissait le tefah (six rendus en cinq), Ravin le rétrécit : une coudée de cinq tefahim que l'on divise en six parts. Chaque part vaut 5/6 de tefah ordinaire.
Le calcul : 3 x 5/6 = deux et demi. Chez Ravin, R. Tarfon n'est donc pas plus sévère que le premier tanna -- il est plus indulgent. Et c'est exactement ce qu'il fallait pour résoudre la contradiction de Chemouel : si la mesure réelle est deux et demi, alors annoncer trois est un arrondi vers la rigueur, parfaitement admissible.
[On objecte :] finalement, la difficulté de Chemouel contre Chemouel demeure ! -- Il n'a pas été précis ; et cette fois, c'est une imprécision qui va vers la rigueur. Car Rav Houna a dit au nom de Chemouel : la halakha est comme Rabbi Tarfon.
La contradiction chez Chemouel n'a pas disparu -- il dit toujours trois d'un côté et suit R. Tarfon de l'autre. Mais sa direction s'est inversée, et c'est tout ce qui compte.
Selon Ravin, R. Tarfon exige deux et demi. Chemouel, qui tranche comme lui, annonce pourtant trois : il arrondit vers le haut, donc vers la rigueur. C'est précisément le seul type d'imprécision que la Guemara autorisait au segment 9. La solution valide donc rétroactivement la lecture de Ravin et écarte celle de Rav Dimi -- non parce que Rav Dimi aurait mal calculé, mais parce que sa lecture rendait Chemouel inutilisable. Le Roch en tire la halakha, et s'étonne que le Rif ait omis R. Tarfon.
MICHNA. Le hadas volé et le hadas desséché -- passoul.
Celui d'une acherah (arbre voué à l'idolâtrie) et celui d'une ville dévoyée -- passoul. Si son sommet a été brisé, si ses feuilles ont été arrachées, ou si ses baies étaient plus nombreuses que ses feuilles -- passoul.
Mais s'il les a diminuées -- kacher ; et on ne les diminue pas un jour de fête.
Nouvelle michna, nouvelle espèce : on quitte le loulav pour le hadas. La structure reprend exactement celle de la michna du loulav -- volé, desséché, acherah, ville dévoyée -- puis ajoute les défauts propres au myrte.
Le dernier est le plus intéressant : les anavim, les baies noires du myrte. Si elles sont plus nombreuses que les feuilles, elles font perdre au myrte son caractère de verdure -- passoul. Mais ce défaut est réparable : on en enlève jusqu'à rétablir la proportion. La michna pose alors une limite qui n'est plus celle du loulav mais celle du Chabbat et du jour de fête : cueillir les baies est un travail interdit, on ne peut donc pas réparer le hadas le jour même. Il faut l'avoir fait la veille.
GUEMARA. Nos maîtres ont enseigné : « une branche d'arbre touffu (anaf ets avot) » -- c'est celui dont les branches recouvrent son bois.
Et lequel est-ce ? Tu dois dire : c'est le hadas. -- Et pourquoi pas l'olivier ? -- Nous exigeons « avot » (tressé), et cela manque.
La Guemara remonte au verset. Le texte de Lévitique 23,40 ne nomme jamais le myrte : il le décrit -- « anaf ets avot ». Toute l'identification va donc se jouer sur l'analyse de ces trois mots, et chaque candidat éliminé le sera par un mot précis.
La baraita dégage un premier critère : les branches recouvrent le bois. Objection immédiate : l'olivier satisfait cela parfaitement, ses feuilles longues et serrées masquent le tronc. La réponse introduit le second critère, contenu dans le mot avot lui-même : il ne suffit pas de couvrir, il faut que les feuilles soient tressées, montées les unes sur les autres comme les maillons d'une chaînette. L'olivier couvre, mais il ne tresse pas.
-- Et pourquoi pas le dolba (platane) ? -- Nous exigeons que ses branches recouvrent son bois, et cela manque.
Le candidat suivant est l'inverse exact du précédent. Là où l'olivier couvrait sans tresser, le platane tresse sans couvrir : ses feuilles sont bien disposées en entrelacs, mais trop clairsemées pour masquer le bois.
La méthode apparaît clairement : les deux critères du verset fonctionnent comme un filtre à deux mailles, et chaque arbre en franchit une seule. Les Tossefot ouvrent ici un débat d'identification botanique : Rachi traduit dolba par le châtaignier, Rabbenou Tam le conteste, en s'appuyant sur le fait que celui-ci n'est justement pas tressé -- ce qui rendrait l'objection de la Guemara incompréhensible.
-- Et pourquoi pas le hirdouf (laurier-rose) ? -- Abaye a dit : « ses voies sont des voies de douceur » (Proverbes 3,17), et cela manque. Rava a dit : [on le tire] d'ici : « aimez la vérité et la paix » (Zacharie 8,19).
Le troisième candidat est le plus redoutable, car il satisfait les deux critères botaniques : le laurier-rose est tressé et couvrant. Le filtre du verset ne suffit plus, et la Guemara doit changer de registre de preuve.
Abaye invoque un verset des Proverbes sur la Torah elle-même : ses voies sont des voies de douceur. Or les feuilles du hirdouf sont pointues comme des aiguilles et blessent la main qui les tient. Rava propose un autre appui -- « aimez la vérité et la paix » -- que Rachi rattache au caractère vénéneux de la plante. Le principe est général et dépasse le hadas : une mitsva ne peut pas être accomplie par un objet hostile à celui qui l'accomplit.
Les Tossefot critiquent la répartition de Rachi -- chaque motif vaudrait pour les deux versets -- puis réfutent l'identification du hirdouf avec le hardoufni toxique, en observant que ce dernier figure parmi les légumes admis pour le maror. La disqualification tient donc aux pointes, non au poison. Et ils expliquent pourquoi ce même motif ne joue pas pour le maror : le maror, on peut le piler ; le hadas, il faut le prendre en main tel qu'il pousse.
Nos maîtres ont enseigné : tressé comme une tresse et semblable à une chaînette -- voilà le hadas. Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : « une branche d'arbre touffu » -- un arbre dont le goût du bois et le goût du fruit sont identiques : tu dois dire que c'est le hadas.
Deux définitions positives, après la série des éliminations. La première est visuelle et reprend le vocabulaire déjà employé : tressé, chaînette -- c'est la description du myrte dont les feuilles montent en anneaux superposés.
R. Eliezer ben Yaakov propose un critère d'un tout autre ordre, gustatif : le myrte est l'arbre dont le bois et le fruit ont le même goût. La formule fait écho au midrach bien connu sur l'etrog -- l'arbre dont le bois a le goût du fruit -- et donne au mot avot un sens d'homogénéité interne plutôt que de densité. Deux voies pour un même résultat : ce que l'œil voit et ce que la bouche vérifie.
On a enseigné : un bois touffu (avot) -- kacher ; et celui qui n'est pas touffu -- passoul.
Une seule ligne, mais elle change la nature de la discussion. Jusqu'ici, avot servait à identifier l'espèce : quel arbre le verset désigne-t-il ? Ici, avot devient une condition de validité de l'exemplaire : une branche de myrte, incontestablement du myrte, peut être passoul si elle-même n'est pas touffue.
De cette conversion naît mécaniquement la question du segment suivant : puisque le caractère touffu doit être vérifié sur chaque branche, il faut pouvoir le mesurer.
Comment cela, avot ? Rav Yehouda a dit : lorsqu'il y a trois feuilles par trois dans un même nid (kina).
Rav Kahana a dit : même deux et une. Rav Aha fils de Rava recherchait le « deux et une », puisque cela était sorti de la bouche de Rav Kahana.
Mar bar Amemar dit à Rav Achi : mon père appelait celui-là un hadas sauvage (hadas chote).
La définition mesurable, enfin. Rav Yehouda exige trois feuilles partant du même niveau de la tige -- ce que Rachi comprend comme un pédoncule unique. C'est la configuration en couronne qui donne au myrte son aspect de chaînette.
Rav Kahana allège : deux feuilles au même niveau et une troisième, plus bas, qui vient chevaucher les deux. L'effet visuel de tresse est préservé, même si l'origine diffère. Mais Amemar, rapporté par son fils, refuse ce compromis : un tel myrte n'est qu'un hadas chote, un myrte sauvage.
Le détail le plus révélateur est celui de Rav Aha fils de Rava : il recherchait délibérément le myrte de « deux et une », alors que celui de trois est kacher à plus forte raison. Non par indulgence -- Rachi le note -- mais pour accomplir la mitsva selon une parole sortie de la bouche de son maître. Les Tossefot, eux, jugent la lecture de Rachi matériellement impossible : des feuilles issues d'un seul pédoncule ne se trouvent pas, et il faut comprendre « même nid » comme « même niveau ».
Nos maîtres ont enseigné : si la plupart de ses feuilles sont tombées et qu'il n'en reste qu'une minorité -- kacher, à condition que son caractère touffu (avot) demeure intact.
Nouvelle baraita, sur le myrte abîmé. Elle énonce une règle indulgente -- la chute de la majorité des feuilles n'invalide pas -- puis y accroche aussitôt une condition : ouvilvad chetehé avoto kayemet, à condition que le caractère touffu subsiste.
Rachi chiffre immédiatement ce que signifie « la plupart » dans le contexte de la définition précédente : sur un nid de trois feuilles, la majorité, c'est deux. Ce chiffre est ce qui rend la baraita explosive, comme le segment suivant va le montrer.
Or ceci même fait difficulté : tu as dit « si la plupart de ses feuilles sont tombées -- kacher », puis tu enseignes « à condition que son avot demeure intact ». Dès lors que deux [de chaque nid] sont tombées, comment trouverais-tu encore du avot ?
La contradiction est arithmétique et non interprétative. Un nid compte trois feuilles ; la majorité en tombe, donc deux ; il en reste une. Or avot a été défini comme trois par nid -- ou, au minimum, deux et une. Une seule feuille par nid ne peut satisfaire aucune des deux définitions.
Autrement dit, la première phrase de la baraita autorise exactement ce que la seconde interdit : l'ensemble des cas où elle s'appliquerait est vide. C'est ce que signifie ha goufa kachya -- ce n'est pas une contradiction entre deux sources, mais une source qui se ruine elle-même.
Abaye a dit : tu le trouves
Le folio se clôt sur deux mots : machkahat la -- « tu le trouves ». La réponse d'Abaye commence ici et s'achèvera au début de 33a.
Sa stratégie se devine déjà, et le Roch la donne en clair : la contradiction ne tient que si le nid compte exactement trois feuilles. Il suffit d'un myrte plus fourni pour que les deux phrases redeviennent compatibles. Le myrte d'Égypte en porte sept par nid : quatre peuvent tomber -- c'est bien la majorité -- et il en reste trois, soit exactement de quoi former un avot. La baraita ne parlait donc pas d'un cas vide, mais d'un cas rare.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).