Sukkah 32b — La mesure des espèces et l'identification du hadas : de la coudée de R. Tarfon au myrte touffu

Sukkah 32b

Sougya : Le folio s'ouvre en achevant la discussion des palmes de la Montagne de Fer, puis en localise les deux palmiers dans la vallée de ben Hinnom, d'où monte une fumée -- le lieu que la tradition nomme l'entrée du Guehinam, et que le Ben Yehoyada relit comme un simple conduit affleurant plutôt que comme une porte. Vient ensuite la question des dimensions : Chemouel fixe le hadas et la arava à trois tefahim et le loulav à quatre, afin que le loulav dépasse visiblement le bouquet ; R.

Yo'hanan, par R. Parnakh, durcit la condition en exigeant que ce tefah supplémentaire soit un tefah de chidra, d'échine nue, et non de feuilles.

Deux tentatives de trancher échouent, la michna comme la baraita pouvant se lire dans les deux sens. La Guemara s'attaque alors à la formule énigmatique de R.

Tarfon, « à la coudée de cinq tefahim », que Rava juge d'abord impraticable puisqu'on ne trouve déjà pas de myrte touffu de trois. Rav Dimi la sauve en agrandissant le tefah -- le hadas monte à trois et trois cinquièmes, une rigueur -- mais cette lecture rend Chemouel contradictoire dans le sens interdit, car on n'arrondit que vers la rigueur, jamais vers l'indulgence.

Ravin retourne l'opération : la coudée de cinq divisée en six, le hadas descend à deux et demi, et l'imprécision de Chemouel redevient admissible. Une nouvelle michna ouvre alors le dossier du hadas et de ses défauts, dont les baies trop nombreuses, réparables mais pas un jour de fête.

La Guemara remonte au verset anaf ets avot et élimine trois candidats par trois types de preuve : l'olivier couvre mais ne tresse pas, le platane tresse mais ne couvre pas, et le laurier-rose, qui satisfait les deux critères, est écarté par une raison morale -- ses voies sont des voies de douceur, et il pique. Reste à définir ce qu'est un myrte touffu : trois feuilles par nid pour Rav Yehouda, deux et une pour Rav Kahana, que d'autres tiennent pour un myrte sauvage.

Le folio s'arrête sur une baraita qui se contredit elle-même -- perdre la majorité des feuilles tout en gardant le avot -- et sur les deux premiers mots de la réponse d'Abaye.

Le fil du folio : du loulav au hadas, la mesure puis l'identification Quatre mouvements. Le folio clôt le loulav, mesure les quatre espèces, puis change de michna et passe au myrte. Mouvement 1 (seg. 0-1) -- fin du loulav : les palmes de la Montagne de Fer Michna kacher contre baraita passoul : Abaye distingue par la mesure -- l'extrémité d'une feuille atteint-elle la base de la suivante ? Puis une aggada : deux palmiers dans la vallée de ben Hinnom, une fumée monte d'entre eux -- c'est là l'entrée du Guehinam. Le lieu le plus sombre de la géographie rabbinique fournit pourtant des loulavim kacherim. Le Ben Yehoyada adoucira : ce n'est pas une porte, c'est un conduit. Mouvement 2 (seg. 2-5) -- la mesure des espèces, et ce qui compte dans le tefah du loulav Chemouel : hadas et arava trois tefahim, loulav quatre -- pour que le loulav dépasse le hadas d'un tefah. R. Yo'hanan (par R. Parnakh) renforce : c'est la CHIDRA, l'échine, qui doit dépasser d'un tefah -- les feuilles ne comptent pas. La michna semble dire trois tout court ; on corrige la lecture : trois PLUS de quoi agiter -- et chaque maître lit ce tefah à sa façon. La baraita qui dit quatre est neutre : avec les feuilles pour Chemouel, sans les feuilles pour R. Yo'hanan. Aucun camp n'est réfuté. Mouvement 3 (seg. 6-11) -- R. Tarfon et la coudée de cinq : deux lectures inverses Lu naïvement, R. Tarfon exigerait un myrte d'une coudée -- Rava proteste : on ne trouve déjà pas de avot de trois tefahim. Rav Dimi : coudée de six rendue en cinq -- les tefahim grossissent, le hadas monte à 3 et 3/5. Rigueur. Ravin : coudée de cinq rendue en six -- les tefahim rétrécissent, le hadas descend à 2 et 1/2. Indulgence. Le départ se fait sur Chemouel : il dit trois, et il tranche comme R. Tarfon. Lo dak -- il n'a pas été précis. Règle dégagée : on admet lo dak vers la rigueur, jamais vers l'indulgence. Cette règle élimine Rav Dimi et confirme Ravin. Mouvement 4 (seg. 12-21) -- nouvelle michna : le hadas, et la question qu'est-ce que avot ? La michna liste les défauts du myrte : volé, desséché, acherah, ville dévoyée, sommet brisé, feuilles arrachées, baies trop nombreuses. La Guemara remonte au verset : anaf ets avot -- l'arbre dont les branches couvrent son bois. Olivier, platane, laurier-rose : éliminés. Puis la définition mesurable : trois feuilles par nid (Rav Yehouda) ou deux et une (Rav Kahana, que d'autres nomment hadas sauvage). Enfin la baraita des feuilles tombées, qui se contredit elle-même : la majorité tombée, mais le avot intact -- comment ? Le folio s'arrête sur les deux mots d'Abaye : machkahat là, on le trouve. La réponse -- le myrte d'Égypte a sept feuilles -- ouvre 33a.
Le fil du folio : la fin du loulav, la mesure des espèces, puis la nouvelle michna du hadas.
Les mesures du bouquet : trois, quatre, et ce qui se cache dans le quatrième tefah Tous s'accordent sur les chiffres. Le désaccord porte sur ce que l'on mesure. Chemouel (par Rav Yehouda) Le tefah supplémentaire se mesure feuilles comprises hadas : 3 loulav : 4 le tefah qui dépasse : les FEUILLES suffisent R. Yo'hanan (par R. Parnakh) Le tefah supplémentaire doit être de l'échine seule hadas : 3 loulav : 4 le tefah qui dépasse doit être de CHIDRA nue Nafka mina pratique : un loulav dont l'échine s'arrête au sommet du hadas mais dont les feuilles dépassent kacher pour Chemouel -- passoul pour R. Yo'hanan. Le Roch tranche comme R. Yo'hanan, appuyé par la baraita de Nidda 26a. R. Tarfon : à la coudée de cinq tefahim -- deux lectures opposées Rav Dimi -- vers la RIGUEUR Prends la coudée de six, fais-en cinq parts. Chaque tefah vaut 6/5 du tefah moyen. une coudée = 5 grands tefahim hadas = 3 x 6/5 = 3 et 3/5 Ravin -- vers l'INDULGENCE Prends la coudée de cinq, fais-en six parts. Chaque tefah vaut 5/6 du tefah moyen. une coudée = 6 petits tefahim hadas = 3 x 5/6 = 2 et 1/2
Les mesures : ce que Chemouel et R. Yohanan comptent dans le tefah qui dépasse, et les deux lectures inverses de R. Tarfon.
Anaf ets avot : trois candidats éliminés, un seul retenu Le verset ne nomme pas le myrte. Il le décrit -- et chaque mot de la description élimine un arbre. anaf ets avot (Lev. 23,40) deux exigences : couvrant + tressé zeita -- l'olivier feuilles longues et serrées : elles couvrent bien le bois Élimine il couvre, mais il n'est pas tressé : avot manque dolba -- le platane ses feuilles sont bien disposées en tressé Élimine il est tressé, mais trop clairsemé : le bois reste visible hirdouf -- laurier-rose couvrant ET tressé : il a les deux caractéristiques Élimine autrement Abaye : ses voies sont des voies de douceur Rava : vérité et paix hadas -- le myrte tressé comme une chaînette, et ses feuilles couvrent tout Retenu R. Eliezer b. Yaakov : le goût du bois et du fruit y sont identiques Le saut du hirdouf : quand le critère botanique ne suffit plus Olivier et platane échouent sur la description physique. Le laurier-rose la satisfait entièrement -- et il est pourtant écarté, par une raison d'un autre ordre : il pique les mains et il est un poison. La Torah ne peut pas demander de tenir cela. Puis la question mesurable : combien de feuilles font un avot ? Rav Yehouda : trois par nid. Rav Kahana : même deux et une. Amemar : ce dernier n'est qu'un hadas sauvage. Rav Aha fils de Rava recherchait pourtant le deux-et-une -- non par indulgence, mais par respect pour Rav Kahana.
Anaf ets avot : quatre candidats, quatre types de preuve, un seul arbre retenu.
1
וְאִיכָּא דְּרָמֵי לַיהּ מִירְמֵא: תְּנַן צִינֵּי הַר הַבַּרְזֶל — כָּשֵׁר, וְהַתַּנְיָא: פְּסוּלָה! אָמַר אַבַּיֵּי, לָא קַשְׁיָא: כָּאן — שֶׁרֹאשׁוֹ שֶׁל זֶה מַגִּיעַ לְצַד עִיקָּרוֹ שֶׁל זֶה, כָּאן — שֶׁאֵין רֹאשׁוֹ שֶׁל זֶה מַגִּיעַ לְצַד עִיקָּרוֹ שֶׁל זֶה.

Et certains le posent directement comme une contradiction : nous avons appris dans la michna : les palmes de la Montagne de Fer -- kacher ; et pourtant on a enseigné dans une baraita : passoul ! Abaye a dit : ce n'est pas difficile.

Ici -- là où l'extrémité de celle-ci atteint le côté de la base de celle-là ; là -- là où l'extrémité de celle-ci n'atteint pas le côté de la base de celle-là.

📜 Rachi (1)
וְאִיכָּא דְּרָמֵי לְהוּ מִירְמֵא לְמִתְנֵי' וּבָרַייְתָא וְאַגַּב רַמְיָא דִּידְהוּ אִתְּמַר דְּאַבַּיֵּי לְשַׁנּוֹיִינְהוּ:
<b>Et certains les posent comme une contradiction.</b> La michna et la baraita ; et c'est à l'occasion de cette mise en contradiction que la réponse d'Abaye a été énoncée, pour les concilier.
💡 Explication

Le folio s'ouvre sur la fin d'une discussion commencée en 32a. Deux présentations du même matériau existaient : l'une où la baraita était citée comme simple objection, l'autre -- celle-ci -- où les deux sources sont mises face à face comme une ramya, une contradiction frontale entre michna et baraita.

La nuance n'est pas rhétorique. Rachi la souligne : dans cette version, la distinction d'Abaye n'est pas une hypothèse venue de l'extérieur, elle naît de la contradiction elle-même. Deux sources tannaitiques ne peuvent pas se contredire sur un même cas : elles parlent donc nécessairement de deux cas différents, et Abaye n'a plus qu'à nommer ce qui les sépare -- le chevauchement des feuilles.

2
אָמַר רַבִּי מָרִיּוֹן אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי, וְאָמְרִי לַהּ תָּנֵי רַבָּה בַּר מָרִי מִשּׁוּם רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי: שְׁתֵּי תְּמָרוֹת יֵשׁ בְּגֵיא בֶּן הִנֹּם, וְעוֹלֶה עָשָׁן מִבֵּינֵיהֶם. וְזֶהוּ שֶׁשָּׁנִינוּ: צִינֵּי הַר הַבַּרְזֶל כְּשֵׁרוֹת, וְזוֹ הִיא פִּתְחָהּ שֶׁל גֵּיהִנָּם.

Rabbi Maryon a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi -- et certains l'enseignent comme une baraita de Rabba bar Mari au nom de Rabban Yo'hanan ben Zakkai : il y a deux palmiers dans la vallée de ben Hinnom, et une fumée monte d'entre eux. Et c'est de ceux-là que nous avons appris : les palmes de la Montagne de Fer sont kacherot.

Et c'est là l'entrée du Guehinam.

📜 Rachi (2)
שְׁתֵּי תְּמָרוֹת שְׁנֵי דְּקָלִים:
<b>Deux palmiers.</b> Deux dattiers.
גֵּיא בֶּן הִנֹּם סָמוּךְ לִירוּשָׁלַיִם:
<b>La vallée de ben Hinnom.</b> Proche de Jérusalem.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְזוֹ הִיא פִּתְחָהּ שֶׁל גֵּיהִנָּם. נִרְאֶה לִי לָאו פֶּתַח מַמָּשׁ הוּא שָׁם אֶלָּא יָדוּעַ מַה שֶּׁכָּתַב רַבֵּינוּ זַ"ל בְּעֵץ חַיִּים כְּמוֹ שֶׁיֵּשׁ בָּאָדָם גִּידִין וְעוֹרְקִין גְּדוֹלִים וּקְטַנִּים הָעוֹבְרִים מִמָּקוֹם לְמָקוֹם דֶּרֶךְ הָאֵיבָרִים כֵּן יֵשׁ בָּאָרֶץ כְּמִין זֶה, עַיֵּין שָׁם. וּלְפִי זֶה כָּאן אַייְרֵי עַל גִּיד הַנִּמְשָׁךְ וּפָתוּחַ בְּתוֹךְ הָאָרֶץ עַד גֵּיהִנָּם דְּהָרֹאשׁ שֶׁלּוֹ הוּא שָׁם וְלָכֵן חֲשִׁיב כְּאִלּוּ פֶּתַח גֵּיהִנָּם שָׁם.
<b>Et c'est là l'entrée du Guehinam.</b> Il me semble qu'il ne s'agit pas là d'une entrée au sens propre. On sait plutôt ce qu'a écrit notre maître le Ari zal dans le Ets Haim : de même qu'il y a dans l'homme des veines et des artères, grandes et petites, qui passent d'un endroit à un autre à travers les membres, de même y a-t-il dans la terre quelque chose de cet ordre -- vois-le là-bas. Selon cela, il est question ici d'une veine qui court et s'ouvre à l'intérieur de la terre jusqu'au Guehinam, et dont la tête se trouve en ce lieu : c'est pourquoi on le tient pour aussi grave que si l'entrée du Guehinam était là.
💡 Explication

Après la halakha, une notation géographique et aggadique. Le Talmud localise ces fameuses palmes : deux dattiers dans la vallée de ben Hinnom, aux abords de Jérusalem -- le lieu même dont le nom, contracté, a donné Guehinam. Une fumée monte d'entre eux.

Le rapprochement est volontairement rude : l'objet d'une mitsva parfaitement valide pousse à l'endroit le plus sombre de la carte. Le Ben Yehoyada refuse la lecture littérale d'une porte ouverte et propose une image empruntée au Ets Haim de l'Ari : la terre a, comme le corps, un réseau de conduits ; ce lieu est l'affleurement de l'un d'eux. Ce n'est pas un seuil que l'on franchit, c'est l'extrémité visible d'une circulation souterraine.

🖼️ Schéma
La Montagne de Fer et la vallée de ben Hinnom Le même lieu fournit des loulavim kacherim et ouvre sur le Guehinam. la vallée de ben Hinnom, aux abords de Jérusalem (Rachi) premier palmier second palmier une fumée monte d'entre eux Ben Yehoyada : ce n'est pas une porte, c'est un conduit Comme le corps a des veines qui traversent les membres, la terre en a aussi (Ets Haim). Ici en débouche une, dont la tête affleure.
Deux palmiers, une fumée entre eux : le lieu que la michna déclare kacher et que la baraita nomme entrée du Guehinam.
3
לוּלָב שֶׁיֵּשׁ בּוֹ שְׁלֹשָׁה טְפָחִים. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: שִׁיעוּר הֲדַס וַעֲרָבָה — שְׁלֹשָׁה, וְלוּלָב — אַרְבָּעָה, כְּדֵי שֶׁיְּהֵא לוּלָב יוֹצֵא מִן הַהֲדַס טֶפַח.

« Un loulav qui a trois tefahim » (michna). Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel : la mesure du hadas (myrte) et de la arava (saule) -- trois ; et celle du loulav -- quatre, afin que le loulav dépasse le hadas d'un tefah.

📜 Rachi (1)
שֶׁיְּהֵא לוּלָב יוֹצֵא לְמַעְלָה מִן הַהֲדַס כְּשֵׁם שֶׁהוּא גָּבוֹהַּ בְּמִינוֹ מִכֻּולָּן:
<b>Afin que le loulav dépasse au-dessus du hadas.</b> De même qu'il est, dans son espèce, le plus haut de tous.
⚖️ Rosh (1)
לוּלָב שֶׁיֵּשׁ בּוֹ ג' טְפָחִים וְכוּ' אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל שִׁיעוּר הֲדַס וַעֲרָבָה שְׁלֹשָׁה טְפָחִים וְלוּלָב אַרְבַּעַת כְּדֵי שֶׁיְּהֵא לוּלָב יוֹצֵא מִן הַהֲדַס טֶפַח וְרַבִּי פַּרְנָךְ אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן כְּדֵי שֶׁיְּהֵא שִׁדְרוֹ שֶׁל לוּלָב יוֹצֵא מִן הַהֲדַס טֶפַח וְכַר' יוֹחָנָן קי"ל לְגַבֵּי שְׁמוּאֵל וְעוֹד בָּרַיְיתָא דְּפֶ' הַמַּפֶּלֶת (נִדָּה דַּף כו.) מְסַיַּיע לֵיהּ דְּתָנֵי ר' אוֹשַׁעְיָא זְעֵירִי דְּמִן חַבְרַיָּא חֲמִשָּׁה שִׁיעוּרָן טֶפַח וְקָחֲשִׁיב שִׁדְרוֹ שֶׁל לוּלָב. וְהָתְנַן לוּלָב שֶׁיֵּשׁ בּוֹ שְׁלֹשָׁה טְפָחִים כְּדֵי לְנַעְנֵעַ בּוֹ כָּשֵׁר אֵימָא וּכְדֵי לְנַעְנֵעַ לְמָר כִּדְאִית לֵיהּ וּלְמָר כִּדְאִית לֵיהּ. תַּנְיָא שִׁיעוּר הֲדַס וַעֲרָבָה שְׁלֹשָׁה וְלוּלָב אַרְבָּעָה רַבִּי טַרְפוֹן אוֹמֵר אַמָּה בַּת ה' וּפֵירְשָׁה רָבִין אַמָּה בַּת ה' עֲשֵׂה אוֹתָהּ בַּת שִׁשָּׁה צֵא מֵהֶן שְׁלֹשָׁה טְפָחִים לַהֲדַס וְעוֹד טֶפַח לְלוּלָב דַּהֲוָה לְהוּ לַהֲדַס תְּרֵי וּפַלְּגָא. אָמַר רַב הוּנָא אָמַר שְׁמוּאֵל הֲלָכָה כר"ט ואע"ג דְּאָמַר שְׁמוּאֵל הֲדַס וַעֲרָבָה שְׁלֹשָׁה טְפָחִים לָא דָּק וּלְחֻומְרָא לָא דָּק. וְלָא יָדַעְנָא לָמָּה הִשְׁמִיט הָרַב אַלְפָסִי הַהִיא דר"ט כֵּיוָן דִּשְׁמוּאֵל פָּסַק כְּוָותֵיהּ וַדַּאי הִלְכְתָא הִיא ואע"ג דְּמַתְנִי' קָתָנֵי שְׁלֹשָׁה טְפָחִים כֵּיוָן דְּאָמוֹרָא פּוֹסֵק דְּלָא כְּמַתְנִי' הִלְכְתָא הָכִי וְרַבִּי יוֹחָנָן נָמֵי לָא פְּלִיג עָלֶיהָ דִּשְׁמוּאֵל בְּהָא דִּבְאוֹתָן טְפָחִים דְּאַיְירֵי שְׁמוּאֵל אַייְרֵי נָמֵי רַבִּי יוֹחָנָן וּבָרַייְתָא דְּהַמַּפֶּלֶת נָמֵי אֵין צָרִיךְ שֶׁיְּהוּ כָּל הַטְּפָחִים שָׁוִין וְהַאי שִׁיעוּרָא דְּאָמְרִינַן הוּא דְּלָא לֶיהֱוֵי פָּחוֹת מֵהַאי שִׁיעוּרָא אֲבָל אִי טְפֵי בְּהוּ מֵהַאי שִׁיעוּרָא כָּשֵׁר דקי"ל לוּלָב אֵין לוֹ שִׁיעוּר לְמַעְלָה אֲבָל יֵשׁ לוֹ שִׁיעוּר לְמַטָּה:
Michna : « un loulav qui a trois tefahim, etc. » Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel : la mesure du hadas et de la arava est de trois tefahim, et celle du loulav de quatre, afin que le loulav dépasse le hadas d'un tefah. Et Rabbi Parnakh a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : afin que l'échine (chidra) du loulav dépasse le hadas d'un tefah. Et c'est comme Rabbi Yo'hanan que nous tranchons contre Chemouel ; de plus, la baraita du chapitre haMappelet (Nidda 26a) le soutient, car Rabbi Ochaya, le Jeune de la confrérie, a enseigné : cinq choses dont la mesure est d'un tefah -- et il y compte l'échine du loulav. Et [l'on objecte :] n'avons-nous pas appris dans la michna « un loulav qui a trois tefahim, de quoi l'agiter, est kacher » ? Dis plutôt : « et de quoi l'agiter » -- pour ce maître selon son opinion, et pour cet autre selon la sienne. On a enseigné : la mesure du hadas et de la arava est de trois, et celle du loulav de quatre ; Rabbi Tarfon dit : à la coudée de cinq. Et Ravin l'a expliqué ainsi : la coudée de cinq, fais-en une de six ; retires-en trois tefahim pour le hadas et encore un tefah pour le loulav -- il reste donc pour le hadas deux et demi. Rav Houna a dit au nom de Chemouel : la halakha est comme Rabbi Tarfon ; et bien que Chemouel ait dit que le hadas et la arava sont de trois tefahim, il n'a pas été précis, et son imprécision va vers la rigueur. Et je ne sais pas pourquoi le Rav Alfassi a omis l'enseignement de Rabbi Tarfon, puisque Chemouel tranche comme lui : c'est assurément la halakha. Et bien que la michna enseigne trois tefahim, dès lors qu'un amora tranche autrement que la michna, la halakha est ainsi. Rabbi Yo'hanan non plus ne s'oppose pas à Chemouel sur ce point, car il parle des mêmes tefahim que ceux dont parle Chemouel ; et la baraita de haMappelet n'exige pas davantage que tous ces tefahim soient égaux entre eux. Enfin, la mesure que nous énonçons signifie qu'il ne doit pas y en avoir moins ; mais s'ils dépassent cette mesure, c'est kacher, car nous tenons que le loulav n'a pas de mesure maximale, mais qu'il a une mesure minimale.
💡 Explication

La Guemara passe aux dimensions. Chemouel donne les trois chiffres d'un coup : hadas et arava trois tefahim, loulav quatre. Le quatrième tefah n'est pas arbitraire : il est là pour que le loulav dépasse visiblement les autres espèces.

Rachi ajoute la raison de fond : la prééminence du loulav dans le bouquet n'est pas seulement une question de rang, elle doit se voir. Il est le plus haut des quatre dans la nature, il doit rester le plus haut dans l'objet lié. La discussion qui suit portera tout entière sur une seule question : ce tefah qui dépasse, de quoi est-il fait ?

4
וְרַבִּי פַּרְנָךְ אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שִׁדְרוֹ שֶׁל לוּלָב צָרִיךְ שֶׁיֵּצֵא מִן הַהֲדַס טֶפַח.

Et Rabbi Parnakh a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : c'est l'échine (chidra) du loulav qui doit dépasser le hadas d'un tefah.

📜 Rachi (1)
שִׁדְרוֹ לְבַד שֶׁהֶעָלִים אֲרֻוכִּים לְמַעְלָה לְאַחַר שֶׁכָּלְתָה הַשִּׁדְרָה שֶׁאֵין עוֹד עָלִין דְּבוּקִין וְעוֹלִין בּוֹ:
<b>Son échine.</b> À part les feuilles, qui sont longues et se prolongent vers le haut après que l'échine a pris fin, là où il n'y a plus de feuilles collées qui montent avec elle.
🗂️ Tossefot (1)
שִׁדְרוֹ שֶׁל לוּלָב. בָּרַייְתָא דְּפֶ' הַמַּפֶּלֶת (נִדָּה דַּף כו. וְשָׁם) מְסַיְּיעָא לֵיהּ לֵר' פַּרְנָךְ דְּתָנֵי אוֹשַׁעְיָא זְעֵירָא דְּמִן חַבְרַיָּיא חֲמִשָּׁה שִׁיעוּרָן טֶפַח וְקָא חֲשִׁיב שִׁדְרוֹ שֶׁל לוּלָב וּשְׁמוּאֵל לָא חָיֵישׁ דְּלָא מִיתַּנְיָא בֵּי ר' חִיָּיא וְרַבִּי אוֹשַׁעְיָא:
<b>L échine du loulav.</b> La baraita du chapitre haMappelet (Nidda 26a) soutient Rabbi Parnakh, car Ochaya, le Jeune de la confrérie, y a enseigné : cinq choses dont la mesure est d'un tefah -- et il y compte l'échine du loulav. Et Chemouel ne s'en soucie pas, parce que cette baraita n'a pas été enseignée à l'école de Rabbi Hiya et de Rabbi Ochaya.
💡 Explication

R. Yo'hanan durcit la condition. Le tefah qui dépasse doit être un tefah de chidra -- la tige centrale nue -- et non un tefah quelconque. Rachi précise l'anatomie : au sommet du loulav, la tige s'arrête, mais les feuilles continuent seules. Ce prolongement de feuilles ne compte pas pour R. Yo'hanan.

La différence est parfaitement mesurable : un loulav dont l'échine s'arrête à hauteur du hadas et dont seules les feuilles dépassent est kacher pour Chemouel et passoul pour R. Yo'hanan. Les Tossefot signalent une baraita de Nidda 26a qui compte l'échine du loulav parmi les cinq mesures d'un tefah -- appui décisif pour R. Yo'hanan. Et ils expliquent pourquoi Chemouel n'en tient pas compte : cette baraita ne vient pas des ateliers de R. Hiya et R. Ochaya, seuls tenus pour des recueils fiables.

🖼️ Schéma
Où s'arrête l'échine, où commencent les feuilles Rachi : au-delà de la chidra, les feuilles continuent seules, sans tige qui monte avec elles. Ce que Chemouel mesure hadas : 3 tefahim 1 tefah Le tefah qui dépasse peut être fait de feuilles. Kacher. Ce que R. Yo'hanan exige hadas : 3 tefahim 1 tefah de chidra C'est la tige elle-même qui doit dépasser. Sinon, passoul.
Le même loulav, deux verdicts : quand seules les feuilles dépassent le hadas, Chemouel valide et R. Yo'hanan invalide.
5
תְּנַן: לוּלָב שֶׁיֵּשׁ בּוֹ שְׁלֹשָׁה טְפָחִים כְּדֵי לְנַעְנֵעַ בּוֹ כָּשֵׁר. אֵימָא: וּכְדֵי לְנַעְנֵעַ בּוֹ, כָּשֵׁר. מַר כִּדְאִית לֵיהּ, וּמַר כִּדְאִית לֵיהּ.

Nous avons appris dans la michna : « un loulav qui a trois tefahim, de quoi l'agiter, est kacher » -- [ce qui semble dire que trois suffisent] ! Dis plutôt : « et de quoi l'agiter -- kacher ».

Ce maître selon son opinion, et cet autre selon la sienne.

📜 Rachi (2)
אֵימָא וּכְדֵי לְנַעְנֵעַ וּמַה שֶׁיּוֹצֵא לְמַעְלָה מִן הָאֶגֶד הוּא הַמְנַעְנֵעַ:
<b>Dis : et de quoi l'agiter.</b> Et ce qui dépasse au-dessus du lien, c'est cela qui agite.
לְמַר כִּדְאִית לֵיהּ כו' לִשְׁמוּאֵל טֶפַח עִם עָלָיו וְלֵר' יוֹחָנָן טֶפַח שִׁדְרָה:
<b>Ce maître selon son opinion, etc.</b> Pour Chemouel, un tefah avec ses feuilles ; pour Rabbi Yo'hanan, un tefah d'échine.
💡 Explication

Objection tirée de la michna elle-même : elle parle de trois tefahim, pas de quatre. La réponse ne corrige pas le chiffre, elle corrige la ponctuation : « trois tefahim » et « de quoi l'agiter » ne sont pas la même chose, ce sont deux exigences additionnées. Trois, plus encore de quoi agiter -- ce qui fait bien quatre.

Rachi explique la logique physique : ce qui agite, c'est la partie qui dépasse au-dessus du lien du bouquet. Et c'est précisément là que les deux amoraim se séparent : cette partie qui agite est faite de feuilles pour Chemouel, d'échine pour R. Yo'hanan. La michna corrigée accueille les deux lectures -- mar kedeit leh oumar kedeit leh.

6
תָּא שְׁמַע: שִׁיעוּר הֲדַס וַעֲרָבָה — שְׁלֹשָׁה, וְלוּלָב — אַרְבָּעָה. מַאי לָאו בַּהֲדֵי עָלִין! לֹא, לְבַד מַעֲלִין.

Viens et entends : la mesure du hadas et de la arava -- trois ; et celle du loulav -- quatre. N'est-ce pas [que ces quatre se comptent] avec les feuilles ?

Non : sans les feuilles.

📜 Rachi (1)
מַאי לָאו בַּהֲדֵי עָלִין וּתְיוּבְתָּא דְּר' יוֹחָנָן:
<b>N est-ce pas avec les feuilles ?</b> Ce qui serait une réfutation de Rabbi Yo'hanan.
💡 Explication

Deuxième tentative de trancher, cette fois par une baraita. Elle donne les mêmes chiffres que Chemouel : trois et quatre. Mais un chiffre ne dit rien tant qu'on ne sait pas ce qu'il mesure. La question est donc : ces quatre tefahim se comptent-ils avec les feuilles ?

Si oui, R. Yo'hanan est réfuté. Mais la baraita est muette sur ce point, et la Guemara le fait remarquer : rien n'empêche de la lire sans les feuilles. La preuve échoue. On notera la méthode -- une source neutre ne départage jamais deux lectures qu'elle peut toutes deux accueillir.

7
גּוּפָא: שִׁיעוּר הֲדַס וַעֲרָבָה — שְׁלֹשָׁה, וְלוּלָב — אַרְבָּעָה. רַבִּי טִרְפוֹן אוֹמֵר: בְּאַמָּה בַּת חֲמִשָּׁה טְפָחִים.

Revenons au corps même de cette baraita : la mesure du hadas et de la arava -- trois ; et celle du loulav -- quatre. Rabbi Tarfon dit : à la coudée de cinq tefahim.

📜 Rachi (1)
בְּאַמָּה בַּת חֲמִשָּׁה קָא סָלְקָא דַּעְתֵּיהּ דְּהָכִי קָאָמַר צָרִיךְ לִהְיוֹת הֲדַס וַעֲרָבָה אַמָּה בַּת חֲמִשָּׁה טְפָחִים:
<b>À la coudée de cinq.</b> On croit d'abord qu'il veut dire ceci : le hadas et la arava doivent mesurer une coudée de cinq tefahim.
💡 Explication

Goufa -- la Guemara laisse de côté la discussion en cours et revient à la baraita pour elle-même, parce qu'elle contient une opinion qui n'a pas encore été traitée : celle de Rabbi Tarfon.

Sa formule est cryptique : « à la coudée de cinq tefahim ». Rachi note bien qu'il s'agit d'une première impression -- une hava amina -- que la suite du folio va renverser. Lue naïvement, elle voudrait dire que le myrte doit atteindre une coudée entière, soit cinq tefahim au lieu de trois. C'est cette lecture-là que Rava va prendre à partie.

8
אָמַר רָבָא: שְׁרָא לֵיהּ מָרֵיהּ לְרַבִּי טַרְפוֹן. הַשְׁתָּא עָבוֹת שְׁלֹשָׁה לָא מַשְׁכְּחִינַן, בַּת חֲמִשָּׁה מִבַּעְיָא!

Rava a dit : que son Maître pardonne à Rabbi Tarfon ! Maintenant que nous ne trouvons déjà pas de [myrte] touffu de trois, faut-il parler de [une coudée] de cinq ?

📜 Rachi (2)
שְׁרָא לֵיהּ מָרֵיהּ יִמְחֹול לוֹ רִבּוֹנוֹ כְּלוֹמַר צָרִיךְ הוּא לְבַקֵּשׁ מְחִילָה עַל דְּבָרָיו:
<b>Que son Maître lui pardonne.</b> Que son Maître lui remette cela -- c'est-à-dire qu'il a besoin de demander pardon pour ses paroles.
עָבוֹת שְׁלֹשָׁה לָא מַשְׁכְּחִינַן שְׁלֹשָׁה טְפָחִים אֵין אָנוּ יְכוֹלִין לִמְצוֹא שֶׁיְּהֵא עָבוֹת כָּרָאוּי קָלוּעַ כְּמִין קְלִיעָה וְדוֹמֶה לְשַׁרְשֶׁרֶת כְּדִלְקַמָּן וְרֹוב הָאֲרֻוכִּין הֲדַס שׁוֹטֶה הֵם וְהוּא אוֹמֵר לָנוּ בְּאַמָּה בַּת חֲמִשָּׁה וּמַטְרִיחַ עַל יִשְׂרָאֵל:
<b>Nous ne trouvons pas de avot de trois.</b> Trois tefahim, nous ne pouvons pas en trouver qui soient touffus comme il faut, tressés comme une tresse et semblables à une chaînette, comme il est dit plus loin ; et la plupart des longs sont des myrtes sauvages. Et lui nous parle d'une coudée de cinq -- il impose une charge à Israël.
💡 Explication

La réaction de Rava est d'une vivacité rare. Chara leh mareh -- « que son Maître lui pardonne » -- est une formule de protestation : elle ne conteste pas une erreur de raisonnement, elle conteste une exigence impraticable.

L'argument de Rava est empirique, et Rachi en donne la substance : un myrte réellement avot, tressé comme une chaînette, est déjà difficile à trouver sur trois tefahim ; les longues branches, elles, sont presque toujours du hadas chote, du myrte sauvage. Exiger cinq tefahim reviendrait à rendre la mitsva introuvable. Le principe implicite : la halakha ne peut pas demander ce que le monde ne fournit pas -- elle impose une charge à Israël. C'est cette impasse qui va forcer les deux relectures suivantes.

9
כִּי אֲתָא רַב דִּימִי, אֲמַר: אַמָּה בַּת שִׁשָּׁה טְפָחִים עֲשֵׂה אוֹתָהּ בַּת חֲמִשָּׁה, צֵא מֵהֶן שְׁלֹשָׁה לַהֲדַס, וְהַשְּׁאָר לְלוּלָב. כַּמָּה הָווּ לְהוּ — תְּלָתָא וּתְלָתָא חֻומְשֵׁי.

Quand Rav Dimi arriva [d'Erets Israël], il dit : la coudée de six tefahim, fais-en une de cinq ; retires-en trois pour le hadas, et le reste pour le loulav. Combien cela fait-il [en tefahim ordinaires] ?

Trois et trois cinquièmes.

📜 Rachi (4)
כִּי אֲתָא רַב דִּימִי פָּרָשָׁה לְדָר' טִרְפוֹן וְאָמַר דְּהָא דָּר' טִרְפוֹן חוּמְרָא זוּטָא הִיא דְּאִיהוּ נָמֵי שְׁלֹשָׁה קָאָמַר אֶלָּא שֶׁמְּשַׁעֵר בִּטְפָחִים גְּדוֹלִים וה"ק לֵיהּ לְתַנָּא קַמָּא הַטְּפָחִים הָאֵלּוּ יְהוּ גְּדוֹלִים שֶׁיְּהוּ חֲמִשָּׁה מֵהֶן מְמַלְּאִין אַמָּה בֵּינוֹנִית שֶׁהֵן ו' טְפָחִים בֵּינוֹנִיִּים:
<b>Quand Rav Dimi arriva.</b> Il expliqua les paroles de Rabbi Tarfon et dit que sa rigueur n'est qu'une petite rigueur : lui aussi dit trois, seulement il mesure avec de grands tefahim. Et voici ce qu'il répond au premier tanna : que ces tefahim-là soient grands, au point que cinq d'entre eux remplissent une coudée moyenne, laquelle vaut six tefahim moyens.
אַמָּה בַּת שִׁשָּׁה חִתּוּךְ בִּטְפָחִים גְּדוֹלִים וְעָשָׂה הֵימֶנָּה חֲמִשָּׁה חֲלָקִים וּבָהֶן תְּשַׁעֵר שְׁלֹשָׁה לַהֲדַס וְטֶפַח יוֹתֵר לַלּוּלָב:
<b>Une coudée de six.</b> Découpe-la en grands tefahim et fais-en cinq parts ; c'est par elles que tu mesureras les trois du hadas et le tefah supplémentaire du loulav.
וְהַשְּׁאָר לְלוּלָב רְבִיעַ שֶׁהוֹסַפְתָּ לַלּוּלָב יְהֵא בְּטֶפַח גָּדוֹל כְּאִלּוּ:
<b>Et le reste pour le loulav.</b> Le quart que tu as ajouté pour le loulav sera lui aussi en grand tefah comme ceux-là.
כַּמָּה הָווּ לְהוּ לַהֲדַס וַעֲרָבָה תְּלָתָא טְפָחִים בֵּינוֹנִיִּים וּתְלָתָא חֻומְשֵׁי:
<b>Combien cela fait-il ?</b> Pour le hadas et la arava : trois tefahim moyens et trois cinquièmes.
🗂️ Tossefot (1)
צֵא מֵהֶן שְׁלֹשָׁה לַהֲדַס וְהַשְּׁאָר לַלּוּלָב. פֵּירֵשׁ הַקּוּנְטְרֵס וְהָרְבִיעַ שֶׁהַוַּסְפּ' בְּלוּלָב יְהֵא בְּטֶפַח כְּאִלּוּ וְיֵשׁ סְפָרִים שֶׁכָּתוּב בְּהֶדְיָא וְטֶפַח לְלוּלָב וּבְכָל עִנְיָן שֶׁנְּפָרֵשׁ לָא מִיתּוֹקְמָא הַהִיא [דְּתַנְיָא] (נִדָּה דַּף כו.) חֲמִשָּׁה שִׁיעוּרָן טֶפַח כַּר' טִרְפוֹן דְּטֶפַח דְּלוּלָב אֵינוֹ שָׁוֶה לַאֲחֵרִים:
<b>Retires-en trois pour le hadas, et le reste pour le loulav.</b> Le Contres (Rachi) a expliqué : et le quart que tu as ajouté pour le loulav sera dans un tefah comme ceux-là. Il y a des livres où il est écrit explicitement « et un tefah pour le loulav ». Et de quelque manière qu'on l'explique, la baraita de Nidda 26a -- « cinq choses dont la mesure est d'un tefah » -- ne peut pas s'accorder avec Rabbi Tarfon, puisque le tefah du loulav n'y est pas égal aux autres.
💡 Explication

Rav Dimi sauve Rabbi Tarfon en changeant non pas le nombre, mais l unité. R. Tarfon dit lui aussi trois -- mais trois grands tefahim. Comment les obtenir ? En prenant la coudée ordinaire, qui vaut six tefahim, et en la divisant en cinq parts au lieu de six. Chaque part vaut alors 6/5 de tefah ordinaire.

Le calcul est explicite dans le texte : 3 x 6/5 = trois et trois cinquièmes. La rigueur de R. Tarfon existe donc bien, mais elle est minime -- trois cinquièmes de tefah de plus que le premier tanna, et non deux tefahim de plus. La protestation de Rava tombe.

Les Tossefot signalent au passage un coût de cette lecture : quelle que soit la version, la baraita de Nidda qui aligne cinq mesures sur un même tefah ne peut plus s'accorder avec R. Tarfon, chez qui le tefah du loulav n'est pas de la même taille que les autres.

10
קַשְׁיָא דִּשְׁמוּאֵל אַדִּשְׁמוּאֵל: הָכָא אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: שִׁיעוּר הֲדַס וַעֲרָבָה — שְׁלֹשָׁה, וְהָתָם אָמַר רַב הוּנָא אָמַר שְׁמוּאֵל: הֲלָכָה כְּרַבִּי טֵרָפוֹן! לָא דַּק. אֵימַר דְּאָמְרִינַן לָא דַּק לְחוּמְרָא, לְקֻולָּא מִי אָמְרִינַן לָא דַּק?!

[Mais alors] il y a une difficulté de Chemouel contre Chemouel : ici, Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel : la mesure du hadas et de la arava est de trois ; et là-bas, Rav Houna a dit au nom de Chemouel : la halakha est comme Rabbi Tarfon ! -- Il n'a pas été précis (lo dak). -- Admettons que nous disions « il n'a pas été précis » lorsque cela va vers la rigueur ; mais lorsque cela va vers l'indulgence, dit-on « il n'a pas été précis » ?!

📜 Rachi (1)
לָא דַּק שְׁמוּאֵל בְּשִׁיעוּרֵיהּ וּנְקַט שְׁלֹשָׁה:
<b>Il n'a pas été précis.</b> Chemouel, dans sa mesure, et il a pris le chiffre trois.
💡 Explication

La lecture de Rav Dimi se heurte à une contradiction interne chez Chemouel. D'un côté il enseigne trois ; de l'autre il tranche comme R. Tarfon, c'est-à-dire -- selon Rav Dimi -- trois et trois cinquièmes.

La réponse proposée est un outil talmudique classique : lo dak, « il n'a pas été précis » -- Chemouel arrondissait. Mais la Guemara pose aussitôt la limite de cet outil, et c'est là le vrai apport du passage : on n'arrondit que dans le sens de la rigueur. Un maître peut annoncer une mesure un peu plus grande que nécessaire ; il ne peut pas en annoncer une plus petite, car on utiliserait alors un myrte invalide pour accomplir la mitsva. Or ici, dire trois quand il en faut trois et trois cinquièmes est un arrondi vers l'indulgence. Inadmissible -- et la lecture de Rav Dimi se trouve compromise.

11
כִּי אֲתָא רָבִין, אֲמַר: אַמָּה בַּת חֲמִשָּׁה טְפָחִים עֲשֵׂה אוֹתָהּ שִׁשָּׁה. צֵא מֵהֶן שְׁלֹשָׁה לַהֲדַס, וְהַשְּׁאָר לְלוּלָב. כַּמָּה הָוֵי לְהוּ — תְּרֵי וּפַלְּגָא.

Quand Ravin arriva, il dit : la coudée de cinq tefahim, fais-en une de six ; retires-en trois pour le hadas, et le reste pour le loulav. Combien cela fait-il ?

Deux et demi.

📜 Rachi (1)
אַמָּה בַּת חֲמִשָּׁה טְפָחִים בֵּינוֹנִיִּים חָלוּק אוֹתָהּ לְשִׁשָּׁה חֲלָקִים בִּטְפָחִים קְטַנִּים וּבָהֶן שִׁיעוּר שְׁלֹשָׁה לַהֲדַס וְאַרְבָּעָה לְלוּלָב וְרַבִּי טֵרָפוֹן לְקֻולָּא וְהָכִי מַשְׁמַע מִלְּתֵיהּ בַּבָּרַייְתָא דְּקָאָמַר לֵיהּ לְתַנָּא קַמָּא אוֹתָן שְׁלֹשָׁה טְפָחִים שֶׁאָנוּ מְשַׁעֲרִין בָּהֶן וּסְתָם שְׁלֹשָׁה טְפָחִים חֲצִי אַמָּה הֵן טְפָחִים הַלָּלוּ קְטַנִּים יִהְיוּ וְלֹא יִהְיוּ אֶלָּא חֲצִי אַמָּה בְּאַמָּה בַּת חֲמִשָּׁה:
<b>Une coudée de cinq tefahim.</b> [Sous-entendu : cinq tefahim] moyens ; divise-la en six parts, en petits tefahim, et c'est par eux que l'on mesure les trois du hadas et les quatre du loulav. Rabbi Tarfon va donc vers l'indulgence. Et c'est ainsi que ses paroles s'entendent dans la baraita, où il répond au premier tanna : ces trois tefahim par lesquels nous mesurons -- et trois tefahim, sans autre précision, valent une demi-coudée -- que ces tefahim-là soient petits, et qu'ils ne fassent qu'une demi-coudée dans une coudée de cinq.
💡 Explication

Ravin retourne exactement l'opération de Rav Dimi. Là où Rav Dimi agrandissait le tefah (six rendus en cinq), Ravin le rétrécit : une coudée de cinq tefahim que l'on divise en six parts. Chaque part vaut 5/6 de tefah ordinaire.

Le calcul : 3 x 5/6 = deux et demi. Chez Ravin, R. Tarfon n'est donc pas plus sévère que le premier tanna -- il est plus indulgent. Et c'est exactement ce qu'il fallait pour résoudre la contradiction de Chemouel : si la mesure réelle est deux et demi, alors annoncer trois est un arrondi vers la rigueur, parfaitement admissible.

🖼️ Schéma
Les mesures du bouquet : trois, quatre, et ce qui se cache dans le quatrième tefah Tous s'accordent sur les chiffres. Le désaccord porte sur ce que l'on mesure. Chemouel (par Rav Yehouda) Le tefah supplémentaire se mesure feuilles comprises hadas : 3 loulav : 4 le tefah qui dépasse : les FEUILLES suffisent R. Yo'hanan (par R. Parnakh) Le tefah supplémentaire doit être de l'échine seule hadas : 3 loulav : 4 le tefah qui dépasse doit être de CHIDRA nue Nafka mina pratique : un loulav dont l'échine s'arrête au sommet du hadas mais dont les feuilles dépassent kacher pour Chemouel -- passoul pour R. Yo'hanan. Le Roch tranche comme R. Yo'hanan, appuyé par la baraita de Nidda 26a. R. Tarfon : à la coudée de cinq tefahim -- deux lectures opposées Rav Dimi -- vers la RIGUEUR Prends la coudée de six, fais-en cinq parts. Chaque tefah vaut 6/5 du tefah moyen. une coudée = 5 grands tefahim hadas = 3 x 6/5 = 3 et 3/5 Ravin -- vers l'INDULGENCE Prends la coudée de cinq, fais-en six parts. Chaque tefah vaut 5/6 du tefah moyen. une coudée = 6 petits tefahim hadas = 3 x 5/6 = 2 et 1/2
Le même énoncé de R. Tarfon, deux opérations inverses : agrandir le tefah (Rav Dimi, rigueur) ou le rétrécir (Ravin, indulgence).
12
סוֹף סוֹף קַשְׁיָא דִּשְׁמוּאֵל אַדִּשְׁמוּאֵל! לָא דַּק, וְהַיְינוּ לְחֻומְרָא לָא דַּק. דְּאָמַר רַב הוּנָא אָמַר שְׁמוּאֵל: הֲלָכָה כְּרַבִּי טֵרָפוֹן.

[On objecte :] finalement, la difficulté de Chemouel contre Chemouel demeure ! -- Il n'a pas été précis ; et cette fois, c'est une imprécision qui va vers la rigueur. Car Rav Houna a dit au nom de Chemouel : la halakha est comme Rabbi Tarfon.

📜 Rachi (1)
לָא דַּק שְׁמוּאֵל בְּשִׁיעוּר שְׁלֹשָׁה דְּסַגִּי בִּתְרֵי וּפַלְּגָא כַּר' טֵרָפוֹן:
<b>Il n'a pas été précis.</b> Chemouel, dans la mesure de trois, alors que deux et demi suffisent, comme Rabbi Tarfon.
💡 Explication

La contradiction chez Chemouel n'a pas disparu -- il dit toujours trois d'un côté et suit R. Tarfon de l'autre. Mais sa direction s'est inversée, et c'est tout ce qui compte.

Selon Ravin, R. Tarfon exige deux et demi. Chemouel, qui tranche comme lui, annonce pourtant trois : il arrondit vers le haut, donc vers la rigueur. C'est précisément le seul type d'imprécision que la Guemara autorisait au segment 9. La solution valide donc rétroactivement la lecture de Ravin et écarte celle de Rav Dimi -- non parce que Rav Dimi aurait mal calculé, mais parce que sa lecture rendait Chemouel inutilisable. Le Roch en tire la halakha, et s'étonne que le Rif ait omis R. Tarfon.

13
מַתְנִי׳ הֲדַס הַגָּזוּל וְהַיָּבֵשׁ — פָּסוּל. שֶׁל אֲשֵׁרָה וְשֶׁל עִיר הַנִּדַּחַת — פָּסוּל. נִקְטַם רֹאשׁוֹ, נִפְרְצוּ עָלָיו, אוֹ שֶׁהָיוּ עֲנָבָיו מְרֻובּוֹת מֵעָלָיו — פָּסוּל. וְאִם מִיעֲטָן — כָּשֵׁר, וְאֵין מְמַעֲטִין בְּיוֹם טוֹב.

MICHNA. Le hadas volé et le hadas desséché -- passoul.

Celui d'une acherah (arbre voué à l'idolâtrie) et celui d'une ville dévoyée -- passoul. Si son sommet a été brisé, si ses feuilles ont été arrachées, ou si ses baies étaient plus nombreuses que ses feuilles -- passoul.

Mais s'il les a diminuées -- kacher ; et on ne les diminue pas un jour de fête.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' נִפְרְצוּ עָלָיו נָשְׁרוּ:
<b>Michna : ses feuilles ont été arrachées.</b> Elles sont tombées.
עֲנָבָיו פְּרִי שֶׁבּוֹ שֶׁדּוֹמֶה לְעֵנָב:
<b>Ses baies.</b> Le fruit qu'il porte, qui ressemble à un grain de raisin.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' הֲדַס הַגָּזוּל וְהַיָּבֵשׁ פָּסוּל וְשֶׁל אֲשֵׁירָה וְשֶׁל עִיר הַנִּדַּחַת פָּסוּל נִקְטַם רֹאשׁוֹ נִפְרְצוּ עָלָיו אוֹ שֶׁהָיוּ עֲנָבָיו מְרֻובִּין מֵעָלָיו פָּסוּל וְאִם מִיעֲטָן כָּשֵׁר וְאֵין מְמַעֲטִין אוֹתָן ביו"ט:
Michna : le hadas volé et le hadas desséché -- passoul ; celui d'une acherah et celui d'une ville dévoyée -- passoul ; son sommet brisé, ses feuilles arrachées, ou ses baies plus nombreuses que ses feuilles -- passoul ; et s'il les a diminuées -- kacher ; et on ne les diminue pas un jour de fête.
💡 Explication

Nouvelle michna, nouvelle espèce : on quitte le loulav pour le hadas. La structure reprend exactement celle de la michna du loulav -- volé, desséché, acherah, ville dévoyée -- puis ajoute les défauts propres au myrte.

Le dernier est le plus intéressant : les anavim, les baies noires du myrte. Si elles sont plus nombreuses que les feuilles, elles font perdre au myrte son caractère de verdure -- passoul. Mais ce défaut est réparable : on en enlève jusqu'à rétablir la proportion. La michna pose alors une limite qui n'est plus celle du loulav mais celle du Chabbat et du jour de fête : cueillir les baies est un travail interdit, on ne peut donc pas réparer le hadas le jour même. Il faut l'avoir fait la veille.

14
גְּמ׳ תָּנוּ רַבָּנַן: ״עָנָף עֵץ עָבֹות״ — שֶׁעֲנָפָיו חוֹפִין אֶת עֵצוֹ. וְאֵי זֶה הוּא? הֱוֵי אוֹמֵר זֶה הֲדַס. וְאֵימָא זֵיתָא! בָּעֵינַן ״עָבוֹת״, וְלֵיכָּא.

GUEMARA. Nos maîtres ont enseigné : « une branche d'arbre touffu (anaf ets avot) » -- c'est celui dont les branches recouvrent son bois.

Et lequel est-ce ? Tu dois dire : c'est le hadas. -- Et pourquoi pas l'olivier ? -- Nous exigeons « avot » (tressé), et cela manque.

📜 Rachi (3)
גְּמ' עֲנַף עֵץ עָבֹות שֶׁכֻּולּוֹ עָנָף שֶׁהָעֵץ מְחֻופֶּה בְּעָלִין ע"י שֶׁהֵן עֲשׂוּיִין בִּקְלִיעָה וְשׁוֹכְבִין עַל אַפֵּיהֶן:
<b>Guemara : une branche d'arbre touffu.</b> Qui est tout entier branche, dont le bois se trouve recouvert par les feuilles du fait qu'elles sont disposées en tresse et couchées sur leur face.
וְאֵימָא זֵיתָא כֻּולּוֹ עָלִין אֲרֻוכִּים וּרְצוּפִים וּמִתּוֹךְ שֶׁהֵן מְרֻובִּין מְכַסִּין אֶת הָעֵץ:
<b>Et pourquoi pas l'olivier ?</b> Il est tout entier feuilles longues et serrées, et comme elles sont nombreuses, elles couvrent le bois.
בָּעֵינַן עָבוֹת מַעֲשֵׂה שַׁרְשֶׁרֶת שֶׁיְּהוּ מֻורְכָּבִין זֶה עַל זֶה:
<b>Nous exigeons avot.</b> Un ouvrage de chaînette : que les feuilles soient montées les unes sur les autres.
💡 Explication

La Guemara remonte au verset. Le texte de Lévitique 23,40 ne nomme jamais le myrte : il le décrit -- « anaf ets avot ». Toute l'identification va donc se jouer sur l'analyse de ces trois mots, et chaque candidat éliminé le sera par un mot précis.

La baraita dégage un premier critère : les branches recouvrent le bois. Objection immédiate : l'olivier satisfait cela parfaitement, ses feuilles longues et serrées masquent le tronc. La réponse introduit le second critère, contenu dans le mot avot lui-même : il ne suffit pas de couvrir, il faut que les feuilles soient tressées, montées les unes sur les autres comme les maillons d'une chaînette. L'olivier couvre, mais il ne tresse pas.

15
וְאֵימָא דֻּולְבָּא! בָּעֵינַן עֲנָפָיו חוֹפִין אֶת עֵצוֹ, וְלֵיכָּא.

-- Et pourquoi pas le dolba (platane) ? -- Nous exigeons que ses branches recouvrent son bois, et cela manque.

📜 Rachi (1)
דֻּולְבָּא עֵץ עַרְמוֹן קשטניי"ר קָלוּעַ הוּא אֲבָל אֵין עָלָיו רְצוּפֵין לְכַסּוֹת כָּל עֵצוֹ:
<b>Dolba.</b> L'arbre nommé « ermon » -- <i>castanier</i> [en vieux français]. Il est bien tressé, mais ses feuilles ne sont pas assez serrées pour couvrir tout son bois.
🗂️ Tossefot (1)
דֻּולְבָּא. עֵץ עַרְמוֹן קשטניי"ר קָלוּעַ הוּא כָּךְ פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס וּבְפֶרֶק אִם אֵינָן מַכִּירִין (ר"ה דַּף כג. וְשָׁם) חָשֵׁיב לֵיהּ גַּבֵּי עֲשָׂרָה מִינֵי אֲרָזִים הֵן וְאוֹמֵר רַבֵּינוּ תָּם דְּאֵין זֶה קשטניי"ר שֶׁאֵינוֹ קָלוּעַ:
<b>Dolba.</b> L'arbre ermon, <i>castanier</i> : il est tressé -- ainsi a expliqué le Contres (Rachi). Or au chapitre Im einan makirin (Roch Hachana 23a), il est compté parmi les dix espèces de cèdres. Et Rabbenou Tam dit que ce n'est pas le castanier, lequel n'est pas tressé.
💡 Explication

Le candidat suivant est l'inverse exact du précédent. Là où l'olivier couvrait sans tresser, le platane tresse sans couvrir : ses feuilles sont bien disposées en entrelacs, mais trop clairsemées pour masquer le bois.

La méthode apparaît clairement : les deux critères du verset fonctionnent comme un filtre à deux mailles, et chaque arbre en franchit une seule. Les Tossefot ouvrent ici un débat d'identification botanique : Rachi traduit dolba par le châtaignier, Rabbenou Tam le conteste, en s'appuyant sur le fait que celui-ci n'est justement pas tressé -- ce qui rendrait l'objection de la Guemara incompréhensible.

16
וְאֵימָא הִירְדּוּף! אָמַר אַבַּיֵּי: ״דְּרָכֶיהָ דַּרְכֵי נֹועַם״, וְלֵיכָּא. רָבָא אָמַר, מֵהָכָא: ״הָאֱמֶת וְהַשָּׁלוֹם אָהֲבוּ״.

-- Et pourquoi pas le hirdouf (laurier-rose) ? -- Abaye a dit : « ses voies sont des voies de douceur » (Proverbes 3,17), et cela manque. Rava a dit : [on le tire] d'ici : « aimez la vérité et la paix » (Zacharie 8,19).

📜 Rachi (3)
הִירְדּוּף כְּמִין קְלִיעָה עֲשׂוּיִין עָלָיו:
<b>Le hirdouf.</b> Ses feuilles sont disposées comme une tresse.
דַּרְכֵי נֹועַם וְהַאי מְבָרֵז בָּרֵיז אֶת הַיָּדַיִם כְּקוֹצִים שֶׁרָאשֵׁי עָלָיו עֲשׂוּיִין חַדִּין כְּמַחַט:
<b>Des voies de douceur.</b> Or celui-ci perce les mains comme des épines, car l'extrémité de ses feuilles est faite pointue comme une aiguille.
הָאֱמֶת וְהַשָּׁלוֹם אָהֲבוּ וְזֶה אֵינוֹ לֹא אֱמֶת וְלֹא שָׁלוֹם שֶׁהוּא עָשׂוּי לְסַם הַמָּוֶת:
<b>Aimez la vérité et la paix.</b> Or celui-ci n'est ni vérité ni paix, car il sert de poison mortel.
🗂️ Tossefot (2)
דְּרָכֶיהָ דַּרְכֵי טַעַם. וְהַאי מְבָרֵז אֶת הַיָּדַיִם כְּקוֹצִים שֶׁרָאשֵׁי עָלִין עִשּׂוּיַן חַדִּין כְּמַחַט:
<b>Ses voies sont des voies de douceur.</b> Or celui-ci perce les mains comme des épines, car l'extrémité des feuilles est faite pointue comme une aiguille.
הָאֱמֶת וְהַשָּׁלוֹם אָהֲבוּ. וְזֶה אֵינוֹ לֹא אֱמֶת וְלֹא שָׁלוֹם שֶׁהוּא עָשׂוּי לְסַם הַמָּוֶת כָּךְ פֵּירֵשׁ הַקּוּנְטְרֵס וְעַל חִנָּם הֻוזְקַק לוֹמַר טַעַם בִּפְנֵי עַצְמוֹ אָכַל קְרָא דְּכָל חַד שַׁיָּיךְ אַתַּרְוַייְהוּ וּמִתּוֹךְ פֵּירוּשׁוֹ מַשְׁמַע דְּהִירְדּוּף הַייְנוּ הַרְדּוּפְנִי בְּפֶרֶק אֵלּוּ טְרֵפוֹת (חֻולִּין דַּף נח:) אֲחֻוזַּת דָּם וְהַמְעֻושֶּׁנֶת וְשֶׁאָכְלָה הַרְדּוּפְנִי שֶׁהוּא סַם הַמָּוֶת לַבְּהֵמָה וְאִי אֶפְשָׁר לוֹמַר כֵּן כִּדְמוֹכַח בְּפֶ' כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים דַּף לט. וְשָׁם) גַּבֵּי מָרוֹר דְּקָא חֲשִׁיב הַרְדּוּפְנִי גַּבֵּי יְרָקוֹת שֶׁאָדָם יוֹצֵא בָּהֶן יְדֵי חוֹבָתוֹ בַּפֶּסַח וְהִירְדּוּף פָּסַל הָתָם מִשּׁוּם דְּמַה מַצָּה מִין זְרָעִים אַף מָרוֹר מִין זְרָעִים אֶלָּא הַיְינוּ דְּלָא חֲשִׁיב לֹא נֹועַם וְלֹא שָׁלוֹם לְפִי שֶׁרָאשֵׁי עָלָיו חַדִּין וְעוֹקְצִין אֶת הַיָּדַיִם וְהַאי טַעְמָא לָא הָוֵי מָצֵי לְמֵימַר גַּבֵּי מָרוֹר שֶׁיָּכוֹל לְכָותְשׁוֹ אוֹ לְהָסִיר עוֹקְצָיו וְלֶאֱכֹול אֲבָל הָכָא גַּבֵּי נְטִילַת לוּלָב צָרִיךְ כָּל הַמִּינִים כְּדֶרֶךְ גְּדִילָתָן:
<b>Aimez la vérité et la paix.</b> Or celui-ci n'est ni vérité ni paix, car il sert de poison mortel -- ainsi a expliqué le Contres (Rachi). Mais c'est en vain qu'il s'est cru obligé de donner à chaque verset une raison propre, car chacun des deux motifs vaut pour les deux versets. Et il ressort de son explication que le hirdouf serait le <i>hardoufni</i> du chapitre Elou terefot (Houllin 58b) : « celle qui est saisie de sang, celle qui a été enfumée, et celle qui a mangé du hardoufni », lequel est un poison mortel pour la bête. Or il est impossible de dire cela, comme le prouve le chapitre Kol chaa (Pessahim 39a) à propos du maror : on y compte le hardoufni parmi les légumes avec lesquels on s'acquitte de son obligation à Pessa'h, et si le hirdouf y est écarté, c'est pour un tout autre motif -- de même que la matsa est d'une espèce de semences, ainsi le maror doit-il être d'une espèce de semences. La raison est donc plutôt qu'il n'est ni douceur ni paix, parce que l'extrémité de ses feuilles est pointue et pique les mains. Et ce motif-là, on ne pouvait pas l'invoquer à propos du maror, puisqu'on peut le piler ou lui ôter ses pointes et le manger ; tandis qu'ici, pour la prise du loulav, il faut toutes les espèces telles qu'elles poussent.
💡 Explication

Le troisième candidat est le plus redoutable, car il satisfait les deux critères botaniques : le laurier-rose est tressé et couvrant. Le filtre du verset ne suffit plus, et la Guemara doit changer de registre de preuve.

Abaye invoque un verset des Proverbes sur la Torah elle-même : ses voies sont des voies de douceur. Or les feuilles du hirdouf sont pointues comme des aiguilles et blessent la main qui les tient. Rava propose un autre appui -- « aimez la vérité et la paix » -- que Rachi rattache au caractère vénéneux de la plante. Le principe est général et dépasse le hadas : une mitsva ne peut pas être accomplie par un objet hostile à celui qui l'accomplit.

Les Tossefot critiquent la répartition de Rachi -- chaque motif vaudrait pour les deux versets -- puis réfutent l'identification du hirdouf avec le hardoufni toxique, en observant que ce dernier figure parmi les légumes admis pour le maror. La disqualification tient donc aux pointes, non au poison. Et ils expliquent pourquoi ce même motif ne joue pas pour le maror : le maror, on peut le piler ; le hadas, il faut le prendre en main tel qu'il pousse.

17
תָּנוּ רַבָּנַן: קָלוּעַ כְּמִין קְלִיעָה וְדוֹמֶה לְשַׁלְשֶׁלֶת, זֶהוּ הֲדַס. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר: ״עָנָף עֵץ עָבֹות״ — עֵץ שֶׁטַּעַם עֵצוֹ וּפִרְיוֹ שָׁוֶה, הֱוֵי אוֹמֵר זֶה הֲדַס.

Nos maîtres ont enseigné : tressé comme une tresse et semblable à une chaînette -- voilà le hadas. Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : « une branche d'arbre touffu » -- un arbre dont le goût du bois et le goût du fruit sont identiques : tu dois dire que c'est le hadas.

💡 Explication

Deux définitions positives, après la série des éliminations. La première est visuelle et reprend le vocabulaire déjà employé : tressé, chaînette -- c'est la description du myrte dont les feuilles montent en anneaux superposés.

R. Eliezer ben Yaakov propose un critère d'un tout autre ordre, gustatif : le myrte est l'arbre dont le bois et le fruit ont le même goût. La formule fait écho au midrach bien connu sur l'etrog -- l'arbre dont le bois a le goût du fruit -- et donne au mot avot un sens d'homogénéité interne plutôt que de densité. Deux voies pour un même résultat : ce que l'œil voit et ce que la bouche vérifie.

18
תַּנָּא: עֵץ עָבֹות — כָּשֵׁר, וְשֶׁאֵינוֹ עָבוֹת — פָּסוּל.

On a enseigné : un bois touffu (avot) -- kacher ; et celui qui n'est pas touffu -- passoul.

💡 Explication

Une seule ligne, mais elle change la nature de la discussion. Jusqu'ici, avot servait à identifier l'espèce : quel arbre le verset désigne-t-il ? Ici, avot devient une condition de validité de l'exemplaire : une branche de myrte, incontestablement du myrte, peut être passoul si elle-même n'est pas touffue.

De cette conversion naît mécaniquement la question du segment suivant : puisque le caractère touffu doit être vérifié sur chaque branche, il faut pouvoir le mesurer.

19
הֵיכִי דָמֵי עָבוֹת? אָמַר רַב יְהוּדָה: וְהוּא דְּקָייְמִי תְּלָתָא תְּלָתָא טַרְפֵי בְּקִינָּא. רַב כָּהֲנָא אָמַר: אֲפִילּוּ תְּרֵי וְחַד. רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרָבָא מְהַדַּר אַתְּרֵי וְחַד, הוֹאִיל וּנְפַיק מִפֻּומֵּיהּ דְּרַב כָּהֲנָא. אֲמַר לֵיהּ מָר בַּר אַמֵּימָר לְרַב אָשֵׁי: אַבָּא לְהַהוּא — הֲדַס שׁוֹטֶה קָרֵי לֵיהּ.

Comment cela, avot ? Rav Yehouda a dit : lorsqu'il y a trois feuilles par trois dans un même nid (kina).

Rav Kahana a dit : même deux et une. Rav Aha fils de Rava recherchait le « deux et une », puisque cela était sorti de la bouche de Rav Kahana.

Mar bar Amemar dit à Rav Achi : mon père appelait celui-là un hadas sauvage (hadas chote).

📜 Rachi (4)
תְּלָתָא תְּלָתָא בְּחַד קִינֵּא שְׁלשָׁה עָלִין בְּקֵן אֶחָד יוֹצְאִין מִתּוֹךְ עֹוקֶץ אֶחָד:
<b>Trois par trois dans un même nid.</b> Trois feuilles dans un seul nid, sortant d'un même pédoncule.
תְּרֵי וְחַד שְׁנֵי עָלִין בְּעֹוקֶץ אֶחָד וְעָלֶה אֶחָד מִלְּמַטָּה וְעוֹלָה וְרוֹכֵב עַל הַשְּׁנַיִם:
<b>Deux et une.</b> Deux feuilles sur un même pédoncule, et une feuille en dessous qui monte et chevauche les deux.
מַהְדַּר אַתְּרֵי וְחַד אַף עַל גַּב דִּתְלָתָא בְּחַד קִינֵּא כָּל שֶׁכֵּן דְּכָשֵׁר הוֹאִיל וּנְפַק מִפֻּומֵּיהּ דְּרַב כָּהֲנָא:
<b>Recherchait le deux et une.</b> Bien que trois dans un même nid soit à plus forte raison kacher -- [il le recherchait] puisque cela était sorti de la bouche de Rav Kahana.
אַבָּא לְהַהוּא דִּתְרֵי וְחַד הֲדַס שׁוֹטֶה קָרֵי לֵיהּ:
<b>Mon père, celui-là.</b> Celui de « deux et une », il l'appelait un hadas sauvage.
🗂️ Tossefot (1)
תְּלָתָא טַרְפֵי בְּחַד קִינֵּא. שְׁלשָׁה עָלִין בְּקֵן אֶחָד וְיוֹצְאִין מִתּוֹךְ עֹוקֶץ אֶחָד כִּדְפֵירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס וְכֵן פֵּירֵשׁ תְּרֵי וְחַד שְׁנֵי עָלִין בְּעֹוקֶץ אֶחָד וְעָלֶה אֶחָד מִלְּמַטָּה וְעוֹלֶה וְרוֹכֵב עַל הַשְּׁנַיִם וְחוּמְרָא גְּדוֹלָה הוּא דְּאֵינוֹ מָצוּי וְשֶׁמָּא בְּחַד קִינֵּא מִיקְּרֵי כְּשֶׁהֵם סְמוּכִים וּדְבוּקִים זֶה בָּזֶה אע"פ שֶׁכָּל אֶחָד בְּעֻוקְצוֹ (וּמִיהוּ) תְּלָתָא בְּקִינָּא חַד הֲווּ יָתְבִי כִּדְאָמַר פֶּרֶק הַכּוֹנֵס (בּ"ק דַּף נח.) שְׁלֹשָׁה דְּקָלִים בְּשׁוּרָה אַחַת וּכְמוֹ כֵּן שְׁלֹשָׁה עָלִין [אֵינָן] מֵעֹוקֶץ אֶחָד.:
<b>Trois feuilles dans un même nid.</b> Trois feuilles dans un seul nid, sortant d'un même pédoncule, comme l'a expliqué le Contres (Rachi) ; et il explique de même « deux et une » : deux feuilles sur un même pédoncule, et une feuille en dessous qui monte et chevauche les deux. Or c'est là une grande rigueur, car cela ne se rencontre pas. Peut-être donc appelle-t-on « un même nid » le cas où elles sont proches et collées les unes aux autres, même si chacune est sur son propre pédoncule. Et de même « trois dans un nid » signifie qu'elles se tiennent ensemble, comme il est dit au chapitre haKonès (Baba Kama 58a) : trois palmiers sur une même ligne -- et pareillement, trois feuilles [ne sont] pas d'un seul pédoncule.
💡 Explication

La définition mesurable, enfin. Rav Yehouda exige trois feuilles partant du même niveau de la tige -- ce que Rachi comprend comme un pédoncule unique. C'est la configuration en couronne qui donne au myrte son aspect de chaînette.

Rav Kahana allège : deux feuilles au même niveau et une troisième, plus bas, qui vient chevaucher les deux. L'effet visuel de tresse est préservé, même si l'origine diffère. Mais Amemar, rapporté par son fils, refuse ce compromis : un tel myrte n'est qu'un hadas chote, un myrte sauvage.

Le détail le plus révélateur est celui de Rav Aha fils de Rava : il recherchait délibérément le myrte de « deux et une », alors que celui de trois est kacher à plus forte raison. Non par indulgence -- Rachi le note -- mais pour accomplir la mitsva selon une parole sortie de la bouche de son maître. Les Tossefot, eux, jugent la lecture de Rachi matériellement impossible : des feuilles issues d'un seul pédoncule ne se trouvent pas, et il faut comprendre « même nid » comme « même niveau ».

🖼️ Schéma
Qu'est-ce qu'un nid (kina) touffu ? Deux configurations Le critère se compte : combien de feuilles partent du même niveau de la tige. Rav Yehouda : trois par nid nid 1 nid 2 nid 3 Trois feuilles au même niveau, tout autour Rachi : elles sortent d'un seul pédoncule -- avot indiscuté Rav Kahana : même deux et une deux au même niveau la troisième plus bas, qui chevauche Kacher pour Rav Kahana Amemar, père de Mar bar Amemar : hadas chote, un myrte sauvage
Trois par nid (Rav Yehouda) ou deux plus une qui chevauche (Rav Kahana) : le même effet de tresse, deux exigences différentes.
20
תָּנוּ רַבָּנַן: נָשְׁרוּ רֹוב עָלָיו וְנִשְׁתַּיְּירוּ בּוֹ מִיעוּט — כָּשֵׁר, וּבִלְבַד שֶׁתְּהֵא עֲבוֹתוֹ קַיֶּימֶת.

Nos maîtres ont enseigné : si la plupart de ses feuilles sont tombées et qu'il n'en reste qu'une minorité -- kacher, à condition que son caractère touffu (avot) demeure intact.

📜 Rachi (1)
רֹוב עָלָיו תְּרֵי מִכָּל עָבוֹת:
<b>La plupart de ses feuilles.</b> Deux de chaque touffe.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' ת"ר עֲנַף עֵץ עָבֹות עֵץ שֶׁהוּא עָבֹות שֶׁעֲנָפָיו חוֹפִין אֶת עֵצָיו הֱוֵי אוֹמֵר זֶה הֲדַס. ת"ר עֵץ שֶׁהוּא עָבוֹת קָלוּעַ כְּמִין קְלִיעָה וְדוֹמֶה לְשַׁלְשֶׁלֶת זֶהוּ הֲדַס ר"א בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר עֲנַף עֵץ עָבֹות עֵץ שֶׁטַּעַם עֵצוֹ וּפִרְיוֹ שָׁוֶה הֱוֵי אוֹמֵר זֶה הֲדַס. תְּנָא עָבוֹת כָּשֵׁר וְשֶׁאֵינוֹ עָבוֹת פָּסוּל הֵיכִי דָּמֵי עָבוֹת אָמַר רַב יְהוּדָה כְּגוֹן דְּקָיְימִי תְּלָתָא תְּלָתָא טַרְפֵי בְּחַד קִינֵּא רַב כָּהֲנָא אָמַר אַפֵּי' תְּרֵי וְחַד רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרָבָא מְהַדַּר אַתְּרֵי וְחַד הוֹאִיל וּנְפַק מִפֻּומֵּיהּ דְּרַב כָּהֲנָא א"ל מָר בְּרֵיהּ דְּרַב אָשֵׁי אַבָּא לְהָהוּא הֲדַס שׁוֹטֶה קָרֵי לֵיהּ. תְּלָתָא טַרְפֵי בְּחַד קִינֵּא פרש"י שָׁלֹשׁ עָלִין בְּקֵן אֶחָד וְיוֹצְאִין מִתּוֹךְ עֹוקֶץ אֶחָד וְכֵן תְּרֵי וְחַד פִּי' שְׁנֵי עָלִין בְּעֹוקֶץ אֶחָד וְעָלֶה אֶחָד מִלְּמַטָּה וְעוֹלֶה וְרוֹכֵב עַל שְׁנֵיהֶם וְכֵן הַהִיא דְּפֶ' הַכּוֹנֵס (בָּבָא קַמָּא דַּף נח.) תְּלָתָא בְּחַד קִינֵּא הֲווּ קָיְימִי פֵּירוּשׁ שְׁלֹשָׁה דְּקָלִים יוֹצְאִין מִשֹּׁורֶשׁ אֶחָד וְחֻומְרָא גְּדוֹלָה הִיא זוֹ דְּאֵינָהּ מָצוּי שֶׁיֵּצְאוּ מֵעֹוקֶץ אֶחָד וּמִיקְּרֵי שַׁפִּיר כְּשֶׁהֵן סְמוּכִין זֶה לָזֶה בְּעִיגּוּל אֶחָד שֶׁאֵין אֶחָד נָמוּךְ מֵחֲבֵירוֹ אע"פ שֶׁכָּל אֶחָד בְּעֻוקְצוֹ וְכֵן הַהִיא תְּלָתָא בְּחַד קִינֵּא דְּפֶרֶק הַכּוֹנֵס הָיָה קַרְקַע בֵּינֵיהֶם אֶלָּא שֶׁלְּמַטָּה מִן הַקַּרְקַע הָיָה שֹׁורֶשׁ אֶחָד לָהֶן:
Guemara : nos maîtres ont enseigné : « une branche d'arbre touffu » -- un arbre qui est touffu, dont les branches recouvrent son bois : tu dois dire que c'est le hadas. Nos maîtres ont enseigné : un arbre qui est touffu, tressé comme une tresse et semblable à une chaînette -- voilà le hadas. Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : « une branche d'arbre touffu » -- un arbre dont le goût du bois et le goût du fruit sont identiques : tu dois dire que c'est le hadas. On a enseigné : touffu -- kacher, et ce qui n'est pas touffu -- passoul. Comment cela, touffu ? Rav Yehouda a dit : par exemple lorsqu'il y a trois feuilles par trois dans un même nid. Rav Kahana a dit : même deux et une. Rav Aha fils de Rava recherchait le « deux et une », puisque cela était sorti de la bouche de Rav Kahana. Mar fils de Rav Achi lui dit : mon père appelait celui-là un hadas sauvage. « Trois feuilles dans un même nid » : Rachi a expliqué trois feuilles dans un seul nid, sortant d'un même pédoncule ; et de même « deux et une », c'est-à-dire deux feuilles sur un même pédoncule et une feuille en dessous qui monte et chevauche les deux. Et de même ce que l'on trouve au chapitre haKonès (Baba Kama 58a) : « trois dans un même nid se tenaient », c'est-à-dire trois palmiers sortant d'une même racine. Or c'est là une grande rigueur, car il ne se rencontre pas qu'elles sortent d'un seul pédoncule ; et il est bien appelé [touffu] lorsqu'elles sont proches les unes des autres sur un même cercle, sans que l'une soit plus basse que sa compagne, même si chacune est sur son propre pédoncule. Et de même les « trois dans un même nid » du chapitre haKonès : il y avait de la terre entre eux, mais sous la terre ils n'avaient qu'une seule racine.
💡 Explication

Nouvelle baraita, sur le myrte abîmé. Elle énonce une règle indulgente -- la chute de la majorité des feuilles n'invalide pas -- puis y accroche aussitôt une condition : ouvilvad chetehé avoto kayemet, à condition que le caractère touffu subsiste.

Rachi chiffre immédiatement ce que signifie « la plupart » dans le contexte de la définition précédente : sur un nid de trois feuilles, la majorité, c'est deux. Ce chiffre est ce qui rend la baraita explosive, comme le segment suivant va le montrer.

21
הָא גוּפָא קַשְׁיָא: אָמְרַתְּ נָשְׁרוּ רֹוב עָלָיו כָּשֵׁר, וַהֲדַר תָּנֵי וּבִלְבַד שֶׁתְּהֵא עֲבוֹתוֹ קַיֶּימֶת. כֵּיוָן דְּנָתְרִי לְהוּ תְּרֵי, עָבוֹת הֵיכִי מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ?

Or ceci même fait difficulté : tu as dit « si la plupart de ses feuilles sont tombées -- kacher », puis tu enseignes « à condition que son avot demeure intact ». Dès lors que deux [de chaque nid] sont tombées, comment trouverais-tu encore du avot ?

💡 Explication

La contradiction est arithmétique et non interprétative. Un nid compte trois feuilles ; la majorité en tombe, donc deux ; il en reste une. Or avot a été défini comme trois par nid -- ou, au minimum, deux et une. Une seule feuille par nid ne peut satisfaire aucune des deux définitions.

Autrement dit, la première phrase de la baraita autorise exactement ce que la seconde interdit : l'ensemble des cas où elle s'appliquerait est vide. C'est ce que signifie ha goufa kachya -- ce n'est pas une contradiction entre deux sources, mais une source qui se ruine elle-même.

22
אָמַר אַבַּיֵּי: מַשְׁכַּחַת לָהּ

Abaye a dit : tu le trouves

⚖️ Rosh (1)
ת"ר נָשְׁרוּ רֹוב עָלָיו וְנִשְׁתַּיְּירוּ בּוֹ מִיעוּט כָּשֵׁר וּבִלְבַד שֶׁתְּהֵא עֲבוֹתוֹ קַייֶּמֶת. וּמַשְׁכַּחַת לָהּ בְּאָסָא מִצְרָאָה דְּקָיְימִי ז' בְּחַד קִינֵּא ואע"ג דְּנָתְרִי אַרְבָּעָה מִינֵּיהּ דַּהֲוָה לֵיהּ רֻובּוֹ פָּשׁוּ לְהוּ תְּלָתָא בְּקִינָּא דַּהֲוָה לְהוּ עָבוֹת וְכָשֵׁר:
Nos maîtres ont enseigné : si la plupart de ses feuilles sont tombées et qu'il en reste une minorité -- kacher, à condition que son avot demeure intact. Et on le trouve dans le myrte d'Égypte (assa mitsraâ), où sept feuilles se tiennent dans un même nid : bien qu'il en tombe quatre -- ce qui constitue la majorité -- il en reste trois dans le nid, ce qui constitue un avot, et il est kacher.
💡 Explication

Le folio se clôt sur deux mots : machkahat la -- « tu le trouves ». La réponse d'Abaye commence ici et s'achèvera au début de 33a.

Sa stratégie se devine déjà, et le Roch la donne en clair : la contradiction ne tient que si le nid compte exactement trois feuilles. Il suffit d'un myrte plus fourni pour que les deux phrases redeviennent compatibles. Le myrte d'Égypte en porte sept par nid : quatre peuvent tomber -- c'est bien la majorité -- et il en reste trois, soit exactement de quoi former un avot. La baraita ne parlait donc pas d'un cas vide, mais d'un cas rare.

🖼️ Schéma
La contradiction de la baraita, et la porte de sortie Comment perdre la majorité de ses feuilles et rester touffu ? La baraita, phrase 1 La plupart de ses feuilles sont tombées, une minorité reste : KACHER Rachi : la majorité, c'est deux feuilles sur chaque nid de trois il ne reste qu'une feuille La baraita, phrase 2 À condition que son avot demeure -- donc trois par nid : EXIGENCE INTACTE Les deux phrases se détruisent : perdre deux feuilles sur trois, c'est perdre le avot lui-même Abaye : machkahat la on le trouve -- la réponse complète est en 33a Le myrte d'Égypte : sept feuilles par nid Le Roch donne déjà le calcul Sept par nid : quatre tombent -- c'est bien la majorité -- il en reste trois, ce qui suffit à former un avot. Kacher.
La baraita qui se contredit, et la voie de sortie : un nid de sept feuilles peut en perdre la majorité et rester touffu.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).