Sukkah 33a — Le myrte d'Égypte et la question du dihouy : ce qui a été écarté peut-il redevenir apte ?

Sukkah 33a

Sougya : Le folio ouvre en dénouant la difficulté laissée en suspens à la fin de 32b : le myrte d'Égypte, dont chaque nid porte sept feuilles, peut en perdre quatre -- la majorité -- et garder les trois qui font le avot ; la baraita ne décrivait donc pas un cas impossible. Abaye en tire que ce myrte est valide pour le bouquet, et l'objection tirée de son nom qualifié tombe aussitôt, car la Tora n'a pas nommé une espèce mais décrit un caractère.

Vient ensuite une baraita voisine sur les feuilles desséchées, où Rav Hisda distingue une condition de avot -- combien de feuilles restent -- et une condition de hadar -- où elles se trouvent. Puis Oulla enseigne qu'un sommet brisé redevient kacher si une tamra y pousse, et R.

Yirmeya déplace la scène dans le temps : brisé la veille du jour de fête, repousse pendant, ce myrte revient-il ? C'est là grande question du folio -- yech dihouy etsel mitsvot, existe-t-il une mise à l'écart définitive en matière de mitsvot comme il en existe pour les korbanot ?

Le cas du sang couvert par le vent semble la trancher, puisque le devoir de couvrir renaît lorsque le sang se découvre, et Rav Papa en tire ein dihouy ; mais la Guemara montre que la question portait justement sur Rav Papa lui-même, car une règle appliquée vers la rigueur ne prouve pas qu'on l'appliquera vers l'indulgence. Teiku.

Une dernière tentative cherche la réponse dans une mahloket sur le myrte réparé un jour de fête, mais cette mahloket se laisse relire deux fois autrement -- sur la transposition du ta asse ve-lo min hé assouy depuis la souka, puis sur la question de savoir si le loulav doit être lié -- et cesse donc de rien prouver. Ce détour livre au passage la gezera chava lekiha-lekiha de R.

Yehouda, tirée du bouquet d'hysope, et la source du hidour mitsva : ze Eli ve-anvéhou, embellis-toi devant Lui. Le folio revient enfin à la michna pour les baies trop nombreuses, où Rav Hisda transmet au nom de Rav que seule leur concentration en un point invalide -- et s'arrête sur les trois mots qui annoncent l'objection de Rava.

Le fil du folio : du myrte d'Égypte au principe du dihouy Quatre mouvements. Une question botanique ouvre une question de principe, qui reste ouverte, puis revient sur le myrte. Mouvement 1 (seg. 0-2) -- le myrte d'Égypte, et ce que veut dire garder son avot Réponse d'Abaye à la contradiction ouverte en 32b : un nid de sept feuilles peut en perdre quatre et rester touffu. Objection : son nom porte un qualificatif, myrte d'Égypte -- la Tora n'a pas nommé une espèce, elle a décrit un caractère. Puis une baraita voisine : si les feuilles se dessèchent, trois rameaux de feuilles humides suffisent -- à condition qu'elles soient en tête. Mouvement 2 (seg. 3-8) -- la tamra qui pousse, et la grande question : yech dihouy etsel mitsvot ? Oulla : sommet brisé mais une tamra a poussé dans le creux -- kacher. R. Yirmeya déplace la scène dans le temps. Brisé la veille, repousse le jour de fête : ce qui a été écarté au moment où la mitsva commençait peut-il revenir ? Le sang couvert par le vent semble trancher : Rav Papa en tire ein dihouy, il n'y a pas de mise à l'écart pour les mitsvot. Mais c'est justement sur Rav Papa que porte le doute : sa déduction vaut-elle aussi vers l'indulgence ? Teiku, question ouverte. Mouvement 3 (seg. 9-14) -- avar ve-liktan : une mahloket lue trois fois, et la question de l'éged Il a transgressé et cueilli les baies un jour de fête : R. Elazar be-R. Tsadok invalide, les Sages déclarent kacher. Lecture 1 : leur désaccord porterait sur le dihouy lui-même -- ce serait la réponse à R. Yirmeya. Ecartée. Lecture 2 : tous nient le dihouy ; ils divergent sur ta asse ve-lo min hé assouy, transposé de la souka au loulav. Lecture 3 : tous transposent ; ils divergent sur le point de savoir si le loulav doit être lié -- mahloket R. Yehouda / Sages. Et le lien reste une mitsva même pour les Sages : ze Eli ve-anvéhou, fais-toi beau devant Lui dans l'accomplissement. Mouvement 4 (seg. 15-16) -- retour à la michna : les baies trop nombreuses Rav Hisda transmet au nom de Rav, avec une formule de respect rare : que le Lieu lui soit en aide. La michna n'invalide que si les baies sont massées en un seul endroit ; réparties sur deux ou trois points, le myrte reste kacher. Le folio s'arrête sur trois mots : amar leh Rava. L'objection -- deux ou trois endroits, c'est justement bigarré -- ouvre 33b.
Le fil du folio : le myrte d Égypte, la question du dihouy laissée ouverte, les trois lectures de la mahloket, puis les baies.
Le dihouy : ce qui a été écarté peut-il redevenir apte ? Un principe bien établi pour les korbanot, que le folio essaie de transposer aux mitsvot -- sans y parvenir. Domaine des korbanot (kodachim) Une bête apte, écartée après l'abattage, ne redevient pas apte. Hoïl ve-idhi idhi -- puisqu'il a été écarté, il reste écarté. Vaut aussi, en principe, pour le dihouy dès l'origine. Règle acquise. Elle n'est pas discutée ici. Domaine des mitsvot Le hadas dont le sommet a été brisé la veille du jour de fête. Une tamra pousse le jour de fête et comble le creux. Le défaut a disparu -- le hadas revient-il pour autant ? C'est là question de R. Yirmeya. La preuve tentée : le sang couvert par le vent (kissouy ha-dam) Un homme couvre le sang, puis il se découvre -- il est dispensé de couvrir à nouveau. La mitsva a été accomplie. Le vent couvre le sang -- il est dispensé. Mais si le sang se découvre ensuite, il est de nouveau tenu de couvrir. Or il avait bien été écarté de la mitsva par le vent. S'il redevient tenu, c'est donc que l'écart n'était pas définitif. Rav Papa : zot omeret ein dihouy etsel mitsvot. Lecture A -- Rav Papa a tranché Le tana du kissouy tenait pour certain qu'il n'y a pas de dihouy. Le principe vaut alors dans les deux sens : vers la rigueur -- il faut couvrir le sang à nouveau ; vers l'indulgence -- le hadas repoussé est kacher. Conséquence : la question de R. Yirmeya est résolue. Lecture B -- Rav Papa doutait encore Le tana était dans le doute, et par doute on va vers la rigueur. Le principe ne joue alors que d'un côté : vers la rigueur -- oui, on couvre le sang par scrupule ; vers l'indulgence -- non, le hadas reste passoul. Conséquence : la question de R. Yirmeya reste entière. TEIKU -- non tranché
Le dihouy : la règle acquise pour les korbanot, la preuve tirée du sang couvert par le vent, et les deux lectures de Rav Papa.
Avar ve-liktan : une même mahloket, trois explications successives Il a transgressé et cueilli les baies un jour de fête. R. Elazar be-R. Tsadok invalide ; les Sages déclarent kacher. Le fait commun : le myrte était passoul au début du jour de fête ; l'acte qui le répare est illicite ce jour-là. Toute la question est de savoir sur quoi porte exactement le désaccord entre les deux avis. Lecture 1 -- savrouha la proposition de la maison d'étude Préalables posés : le loulav n'a pas besoin d'être lié ; et même s'il devait l'être, on ne transpose pas au loulav le ta asse ve-lo min hé assouy de la souka. Il ne reste alors qu'un motif. Qui invalide : yech dihouy. Qui déclare kacher : ein dihouy. Ecartée par la Guemara Lecture 2 -- là, de-koulei alma tous nient le dihouy Le désaccord porte sur la déduction du loulav à partir de la souka, par binyan av : deux mitsvot qui comportent un acte de fabrication. R. Elazar : on transpose -- donc rendu apte après coup, passoul. Les Sages : on ne transpose pas. Première sortie Lecture 3 -- ve-ibaeit eima tous transposent depuis la souka Le désaccord remonte d'un cran : le loulav doit-il être lié ? Car sans lien, il n'y a aucun acte de fabrication à invalider. R. Elazar suit R. Yehouda : non lié, passoul -- donc lien requis. Les Sages : lié ou non, kacher. Seconde sortie Ce que la lecture 3 entraîne : la source du lien chez R. Yehouda R. Yehouda tire une gezera chava lekiha-lekiha : ou-lekahtem lakhem ba-yom ha-richon, et vous prendrez pour vous le premier jour -- et là-bas, à propos du pessa'h d'Égypte : où-lekahtem agoudat ézov, et vous prendrez un bouquet d'hysope. De même que là-bas la prise se fait en bouquet, de même ici. Les Sages n'admettent pas cette gezera chava. Reste une baraita moyenne : mitsva de lier, mais non lié -- kacher. Ce n'est ni R. Yehouda ni un simple avis des Sages. Solution : ce sont bien les Sages, et la mitsva de lier vient d'ailleurs -- ze Eli ve-anvéhou, embellir la mitsva.
Avar ve-liktan : une mahloket relue trois fois, du dihouy au ta asse ve-lo min hé assouy, puis à la question du lien.
1
בְּאַסָּא מִצְרָאָה דְּקָייְמִי שִׁבְעָה שִׁבְעָה בְּחַד קִינָּא, דְּכִי נָתְרִי אַרְבָּעָה, פָּשׁוּ לְהוּ תְּלָתָא. אָמַר אַבַּיֵּי: שְׁמַע מִינַּהּ הַאי אַסָּא מִצְרָאָה כָּשַׁר לְהוֹשַׁעְנָא.

... dans un myrte d'Égypte, où il en pousse sept, sept par nid : car lorsque quatre tombent, il leur en reste trois. Abaye a dit : apprends-en que ce myrte d'Égypte est kacher pour le hochanâ.

📜 Rachi (1)
אָסָא מִצְרָאָה גָּדֵל עַל הַמֵּיצַר שֶׁל שָׂדֶה וּמִתּוֹךְ שֶׁיֵּשׁ לוֹ מָקוֹם פָּנוּי הוּא מְשַׁבֵּחַ וּמַצְלִיחַ לִישָּׁנָא אַחְרִינָא אָסָא מִצְרָאָה הֲדַס מִצְרִי:
Assa mitsraâ, le myrte d'Égypte -- il pousse sur le meitsar, la bordure d'un champ ; et parce qu'il dispose d'un espace libre, il vient bien et prospère. Autre version : assa mitsraâ, le myrte d'Égypte.
⚖️ Rosh (1)
ת"ר נָשְׁרוּ רֹוב עָלָיו וְנִשְׁתַּיְּירוּ בּוֹ מִיעוּט כָּשֵׁר וּבִלְבַד שֶׁתְּהֵא עֲבוֹתוֹ קַייֶּמֶת. וּמַשְׁכַּחַת לָהּ בְּאָסָא מִצְרָאָה דְּקָיְימִי ז' בְּחַד קִינֵּא ואע"ג דְּנָתְרִי אַרְבָּעָה מִינֵּיהּ דַּהֲוָה לֵיהּ רֻובּוֹ פָּשׁוּ לְהוּ תְּלָתָא בְּקִינָּא דַּהֲוָה לְהוּ עָבוֹת וְכָשֵׁר:
Nos maîtres ont enseigné : la majorité de ses feuilles est tombée et il ne lui en reste qu'une minorité -- kacher, pourvu que son avot (sa touffe) demeure. Et on trouve ce cas dans le myrte d'Égypte, où il en pousse sept par nid : même si quatre en tombent, ce qui constitue la majorité, il en reste trois sur le nid, ce qui fait un avot -- et il est kacher.
💡 Explication

Le folio s'ouvre sur la réponse à une difficulté laissée ouverte à la fin de 32b. Une baraita y décrivait un myrte dont la majorité des feuilles est tombée tout en gardant son avot, son caractère touffu -- ce qui semblait impossible, puisque le avot suppose au moins trois feuilles par nid et qu'un nid ordinaire n'en compte que trois.

La solution tient dans un cas botanique particulier : le myrte d'Égypte, dont chaque kina (nid, le point du rameau d'où les feuilles sortent ensemble) porte sept feuilles. Quatre peuvent tomber -- c'est bien la majorité -- et il en reste trois : le avot est intact. La baraita ne décrivait donc pas un cas vide, mais un cas rare.

Abaye tire de là une seconde conséquence, qui va occuper la suite : si les Sages ont pu bâtir une baraita sur ce myrte, c'est qu'ils le tiennent pour valide dès l'origine -- ce myrte est kacher pour le hochanâ, le bouquet de la mitsva.

🖼️ Schéma
Le nid de sept : comment perdre la majorité et rester touffu Kina, le nid : le point du rameau d'où les feuilles sortent ensemble. Avot exige trois feuilles par nid. Myrte ordinaire -- trois feuilles par nid Un seul nid, trois feuilles : le minimum du avot. Si la majorité tombe, il en reste une ou deux. Le avot ne tient plus -- passoul. C'est là contradiction laissée ouverte à la fin de 32b : perdre la majorité tout en gardant le avot semblait impossible. Le cas de la baraita paraissait vide. 3 feuilles -- 2 tombées = 1 restante majorité tombée ET avot détruit Myrte d'Égypte -- sept feuilles par nid Quatre feuilles tombent -- c'est bien la majorité. Il en reste trois : le avot est intact -- kacher. La baraita ne décrivait donc pas un cas impossible, mais un cas rare. Abaye en tire une seconde leçon : ce myrte-là est kacher pour le hochanâ dès l'origine. 7 feuilles -- 4 tombées = 3 restantes majorité tombée MAIS avot conservé Les feuilles grisées en pointillé sont celles qui sont tombées.
Trois feuilles ou sept : pourquoi seul le myrte d'Égypte peut perdre la majorité de ses feuilles sans perdre son avot.
2
פְּשִׁיטָא! מַהוּ דְּתֵימָא הוֹאִיל וְאִית לֵיהּ שֵׁם לְווַי, לָא מִתַּכְשַׁר — קָא מַשְׁמָע לַן. וְאֵימָא הָכִי נָמֵי! ״עֵץ עָבֹות״ אֲמַר רַחֲמָנָא, מִכָּל מָקוֹם.

C'est évident ! -- Tu aurais pu dire : puisqu'il porte un nom accompagné d'un qualificatif, il n'est pas rendu kacher ; il nous enseigne donc [qu'il l'est]. -- Mais dis effectivement qu'il en va ainsi [et qu'il soit passoul] ! -- C'est ets avot, arbre touffu, qu'a dit le Miséricordieux : en tout état de cause.

🗂️ Tossefot (1)
וְאֵימָא הָכִי נָמֵי. תֵּימַהּ מַאי ס"ד לְמִיפְסְלֵיהּ מִשּׁוּם שֵׁם לְווַי מִידִי הֲדַס כְּתִיב בִּקְרָא הָא אַפֵּי' הִירְדּוּף מַכְשְׁרִינַן אִי לָאו מִשּׁוּם דִּכְתִיב דְּרָכֶיהָ דַרְכֵי נֹועַם:
Ve-ima hakhi nami, et dis donc qu'il en va ainsi -- c'est étonnant : quelle idée pouvait-on avoir de l'invalider en raison d'un nom accompagné d'un qualificatif ? Est-il donc écrit hadas, myrte, dans le verset ? Nous déclarions bien kacher jusqu'au laurier-rose lui-même, n'eût été le verset ses voies sont des voies de douceur !
💡 Explication

Objection de forme : si ce myrte est un myrte, pourquoi Abaye devait-il le dire ? La réponse introduit une catégorie importante -- le chem levai, le nom accompagné d'un qualificatif. On aurait pu croire qu'une espèce qui ne s'appelle pas simplement myrte, mais myrte d'Égypte, n'est déjà plus tout à fait l'objet visé par la Tora.

La réponse est décisive et vaut bien au-delà de ce cas : la Tora n'a pas nommé une espèce, elle a décrit un caractère -- anaf ets avot, la branche d'un arbre touffu. Dès lors, tout ce qui présente ce caractère entre dans la définition, quel que soit son nom d'usage. Le qualificatif est sans effet.

Tossefot pousse la logique plus loin et s'étonne même qu'on ait pu hésiter : en 32b, le laurier-rose satisfaisait aux critères du verset et n'a été écarté que pour un motif moral, tiré de ses voies sont des voies de douceur. La preuve était donc déjà faite que c'est le caractère, et non le nom, qui commande.

3
תָּנוּ רַבָּנַן: יָבְשׁוּ רֹוב עָלָיו וְנִשְׁאֲרוּ בּוֹ שְׁלֹשָׁה בַּדֵּי עָלִין לַחִין כָּשֵׁר. וְאָמַר רַב חִסְדָּא: וּבְרֹאשׁ כָּל אֶחָד וְאֶחָד.

Nos maîtres ont enseigné : si la majorité de ses feuilles s'est desséchée et qu'il lui reste trois bdei alin lahin -- trois rameaux de feuilles humides -- il est kacher. Et Rav Hisda a dit : à condition que ce soit à la tête de chacun d'eux.

📜 Rachi (2)
שְׁלֹשָׁה בַּדֵּי עָלִין לַחִין שְׁלֹשָׁה בַּדִּין וּבְכָל בַּד וּבַד שְׁלֹשָׁה עָלִין לַחִין דְּבִבְצִיר מִשְּׁלֹשָׁה עָלִין לָא הָוֵי עָבוֹת:
Trois bdei alin lahin, trois rameaux de feuilles humides -- trois rameaux, et sur chaque rameau trois feuilles humides ; car avec moins de trois feuilles il n'y a pas de avot.
וּבְרֹאשׁ כָּל אֶחָד שֶׁיְּהוּ עָלִין הַלַּחִין בְּרָאשֵׁי הַבַּדִּים אֲבָל בְּאֶמְצָעָם לָאו הָדָר הוּא:
Et à la tête de chacun -- que les feuilles humides se trouvent à l'extrémité des rameaux ; mais si elles sont en leur milieu, ce n'est pas hadar, ce n'est pas beau.
💡 Explication

La baraita traite d'un autre défaut que la chute : le dessèchement. Elle pose un seuil minimal -- trois bdin de feuilles humides suffisent -- et Rav Hisda ajoute une condition qui n'est pas de même nature : ces feuilles doivent être en tête.

Il faut distinguer les deux exigences. Le nombre relève du avot : c'est une condition de définition de l'espèce, il n'y a pas de myrte de la mitsva sans touffe. L'emplacement relève du hadar, la beauté requise pour les quatre espèces : les mêmes feuilles vertes cachées au milieu du rameau ne se voient pas, et un myrte qui paraît sec n'est pas hadar.

🖼️ Schéma
Feuilles desséchées : où doit se trouver ce qui reste humide Deux conditions distinctes : une condition de avot (combien) et une condition de hadar (où). Humide en tête de chaque bad -- kacher Ce qui reste vert occupe la partie visible. Le myrte reste hadar -- il est kacher. Humide au milieu seulement -- passoul Le même nombre de feuilles humides, mais cachées. Ce n'est pas hadar -- passoul selon Rav Hisda. Vert = feuille humide (lah) ; gris = feuille desséchée. Bad : le groupe de feuilles issu d'un même point du rameau.
Deux myrtes ayant exactement le même nombre de feuilles humides -- seule la position les sépare.
4
נִקְטַם רֹאשׁוֹ. תָּנֵי עֻולָּא בַּר חִינָּנָא: נִקְטַם רֹאשׁוֹ וְעָלְתָה בּוֹ תְּמָרָה — כָּשֵׁר.

« Son sommet a été brisé. » Oulla bar Hinnana a enseigné : si son sommet a été brisé mais qu'une tamra y a poussé -- il est kacher.

📜 Rachi (1)
וְעָלְתָה בּוֹ תְּמָרָה כְּמִין תְּמָרָה כְּעֵין הַנִּמְצָא בַּעֲלֵי עֲרָבָה פְּעָמִים בְּעָלִין דָּבוּק כְּמִין פְּרִי יָרוֹק וְצוֹבְעִין בּוֹ הַנָּשִׁים צְעִיפֵיהֶם:
Et une tamra y a poussé -- une sorte de petite excroissance, semblable à celle que l'on trouve parfois sur les feuilles du saule, collée aux feuilles comme un fruit vert, et dont les femmes se servent pour teindre leurs voiles.
⚖️ Rosh (1)
נִקְטַם רֹאשׁוֹ לִכְאוֹרָה נִרְאֶה לְפָרֵשׁ בִּשְׁנֵי עָלִים הָאֶמְצָעִים הַיּוֹצְאִים מֵרֹאשׁ הַשִּׁדְרָה וְקָשֶׁה בַּגְּמָרָא דְּקָאָמַר רִיבָּ"ל נִיטְּלָה הַתְיוֹמַת פָּסוּל וְהֵן אוֹתָן שְׁנֵי עָלִין הָאֶמְצָעִים וְהָא אַפֵּי' בְּנִקְטַם פָּסוּל וכ"ש בְּנִיטְּלוּ לְגַמְרֵי וצ"ל דְּנִקְטַם רֹאשׁוֹ מַיְירֵי בְּנִקְטַם רֹאשׁ רֹוב הֶעָלִים וְרֹאשׁוֹ שֶׁל כָּל עָלֶה וְעָלֶה קָאָמַר וְהַלָּשׁוֹן דָּחוּק. וי"ל דְּנִיטְּלָה אִיצְטְרִיךְ רִיבָּ"ל לְאַשְׁמוֹעִינַן דסד"א דְּהָוֵי הָדַר יוֹתֵר מִנִּקְטַם א"נ בְּנִיטְּלָה אַחַת מִן הַתְיוֹמַת דִּבְנִקְטַם לָא מִיפַּסְלָא אֶלָּא בִּשְׁתֵּיהֶן. וְהָרָאָבָ"ד זַ"ל כָּתַב נִסְתַּפֵּק לִי אֵיזֶה הוּא רֹאשׁוֹ אִם הוּא הָעֶלְיוֹנִים אע"פ שֶׁלֹּא חָסֵר מִן הַשִּׁדְרָה כְּלוּם. אוֹ שֶׁמָּא לֹא נִקְרָא רֹאשׁוֹ אֶלָּא רֹאשׁ הַשִּׁדְרָה וְכֵן בַּהֲדַס וְכֵן בַּעֲרָבָה וְהֵבִיא הַיְּרוּשַׁלְמִי דְּגָרְסִי' בָּעֵי ר' אַבָּא בַּר מֶמֶל קַמֵּיהּ ר' אָבִין יָבְשָׁה צִיצִיתוֹ מַהוּ מַה בֵּין זֶה לְנִקְטַם זֶה הַדּוֹר וְזֶה אֵינוֹ הַדּוֹר פִּי' צִיצִיתוֹ הִיא הַתְיוֹמַת הָעֶלְיוֹנָה מִלְּשׁוֹן וַיָּצֵץ צִיץ וְהוּא הָעֶלְיוֹן כְּדִכְתִיב וַיֹּוצֵא פֶרַח וַיָּצֵץ צִיץ וּמִדְּקָאָמַר וְכִי מַה בֵּין זֶה לִקְטֹום אַלְמָא דְּאַפֵּי' כִּי הַאי פָּסוּל וְלָא בָּעֵי חִסָּרוֹן בַּשִּׁדְרָה וְכָתַב שֶׁיֵּשׁ נֻוסָּח שֶׁכָּתוּב בְּהוּ בָּעוּ קוֹמָא רַבִּי אָבִין יָבְשׁוּ הוּצִין מַהוּ עַל כָּל הַהוּצִין הוּא שׁוֹאֵל לְפִי שֶׁשָּׁנִינוּ בְּמִשְׁנָתֵינוּ לוּלָב הַיָּבֵשׁ פָּסוּל וְהַייְנוּ שֶׁיָּבַשׁ שִׁדְרָה שֶׁל לוּלָב אֲבָל יָבְשׁוּ עָלָיו לֹא שָׁמַעְנוּ וַעֲלֵיהֶם שָׁאַל וְהֵשִׁיבוּ וּמַה בֵּין זֶה לִקְטֹום כְּלוֹמַר נַחְשֹׁוב הוּצִין הַיְּבֵשִׁים כְּאִילּוּ הֵן קְטוּמֵין כֻּולָּם וְהֵשִׁיבוּ לוֹ זֶה הָדוּר וְכוּ' כְּלוֹמַר אע"פ שֶׁהוּא יָבֵשׁ הַדּוֹר הוּא אֲבָל כְּשֶׁהוּא קָטוּם כֻּולּוֹ וְנִשְׁאֲרָה הַשִּׁדְרָה עֲרוּמָה אֵינָהּ הָדוּר וּלְגִירְסָא זֶה נִסְתַּפֵּק עֲדַייִן בְּנִקְטַם רֹאשׁוֹ אִם הוּא מִן הַתְיוֹמַת לְבַדָּהּ אוֹ שֶׁיֶּחְסַר עִמָּהּ מִן הַשִּׁדְרָה. וּפָשַׁט לֵיהּ מִדְּתָנֵי עֻולָּא דַּף לג. בַּהֲדַס נִקְטַם רֹאשׁוֹ וְעָלְתָה בּוֹ תְּמָרָה כְּשֵׁרָה אַלְמָא רֹאשׁוֹ דְּקָאָמַר בְּגוּף הַהֲדַס קָאָמַר שֶׁאִם בִּנְשִׁירַת הֶעָלִין הָעֶלְיוֹנִים בִּלְחוּד קָאָמַר הל"ל נִקְטַם רֹאשׁוֹ וְעָלָה בּוֹ עָלִין כָּשֵׁר אֶלָּא ש"מ אֵין הַפָּסוּל בְּעָלִין אֶלָּא בְּרֹאשׁ הַבַּד עַצְמוֹ וּמִשּׁוּם הָכֵי צָרִיךְ שֶׁיַּעֲלֶה בּוֹ תְּמָרָה לְהַשְׁלִים חֶסְרוֹן הַבַּד וְעוֹד דְּאָמְרִינַן דַּף לֹא. לֹא שָׁנוּ אֶלָּא נִקְטַם אֲבָל נִסְדַּק כָּשֵׁר. וְהַאי וַדַּאי עַל שִׁדְרָה עַצְמָהּ קָאָמַר כִּדְמוֹכַח סֻוגְיָא דִּשְׁמַעְתִּין וְהַלָּשׁוֹן עַצְמוֹ כָּךְ הוּא מוֹכִיחַ כִּי הַשִּׁדְרָה הִיא הַנִּקְרֵאת לוּלָב וְהַהוּצִין נִקְרָאִין עָלִין אוֹ הוּצִין וּכְשֶׁאָמְרוּ נִקְטַם רֹאשׁוֹ עַל הַלּוּלָב אָמְרוּ וְהִיא רֹאשׁ הַשִּׁדְרָה שֶׁהִיא לוּלָב. יְבֵשׁוּת הֶעָלִין אֵינוֹ מֻוזְכָּר לֹא בַּמִּשְׁנָיוֹת וְלֹא בגמ' וְיֵשׁ לִלְמֹוד מִן הַיְּרוּשַׁלְמִי מִמַּה שֶׁשָּׁאֲלוּ מֵרַבִּי אָבִין יָבְשׁוּ הוּצִין וְהָיוּ סִבּוּרִין לְדַמּוֹתוֹ לִקְטוּמָה וְהֵשִׁיב לָהֶם שֶׁאֵין דּוֹמֶה לִקְטֹום שֶׁהַקָּטוּם אֵינוֹ הַדּוֹר וְהַיָּבֵשׁ הָדוּר. וּמִסְתַּבְּרָא וּבִלְבַד שֶׁיְּהֵא הַתְיוֹמַת הָעֶלְיוֹנָה לַחָה וְכֵן אָמְרוּ בַּהֲדַס יָבְשׁוּ עָלָיו וְנִשְׁתַּיְּירוּ בּוֹ שְׁלֹשָׁה בַּדֵּי עָלִין לַחִין כָּשֵׁר וְאָמַר רַב חִסְדָּא וּבְרֹאשׁ כָּל אֶחָד וְאֶחָד ע"כ. מַה שֶׁדִּימָּה יַחַד הֲדַס לוּלָב וְהָעֲרָבָה י"ל שֶׁלֹּא לְדַמּוֹתָם דְּלוּלָב לְעוֹלָם הֶעָלִין עוֹלִין לְמַעְלָה וְיוֹצְאִין מֵרֹאשׁ הַשִּׁדְרָה הִלְכָּךְ רֹאשׁ הֶעָלִין נִקְרָאִין רֹאשׁוֹ אֲבָל הֲדַס וְהָעֲרָבָה אֵין הֶעָלִין הָעֶלְיוֹנִים יוֹצְאִים מֵרֹאשׁ הַבַּד אֶלָּא לִפְעָמִים רֹאשׁ הַבַּד הוּא חָלָק הִלְכָּךְ רֹאשׁ דִּידְהוּ הוּא רֹאשׁ הַבַּד וְלֹא רֹאשׁ הֶעָלִין וְאַפֵּי' אִם עָלָה יוֹצֵא מֵרֹאשׁ הַבַּד לָא מִיקְּרֵי נִקְטַם עַד שֶׁיִּקְטֹם רֹאשׁ הַבַּד וּמַה שֶׁכָּתַב דְּסֻוגְיָא דִּשְׁמַעְתִּין מוּכָח מִלְּתָא דְּעַל שִׁדְרָה קָאָמַר לָא יָדַעְנָא הוֹכָחָה זוֹ דְּכָל חַד וְחַד הוּא כִּדְאִיתָא סָדוּק הוּא בְּרֹאשׁ הַלּוּלָב וְאֵינוֹ בְּגוּף הַלּוּלָב וּמַה שֶׁכָּתַב שֶׁהַשִּׁדְרָה נִקְרֵאת לוּלָב וְלֹא הֶעָלִין בגמ' לָא מוֹכְחָא כֵּן מִדְּקָאָמַר שְׁמוּאֵל שֶׁיְּהֵא לוּלָב יוֹצֵא מִן הַהֲדַס טֶפַח וְקָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן שִׁדְרוֹ שֶׁל לוּלָב צָרִיךְ שֶׁיּוֹצֵא מִן הַהֲדַס טֶפַח אַלְמָא לוּלָב סְתָם דְּקָאָמַר שְׁמוּאֵל הַיְינוּ עָלִין וְכֵיוָן שֶׁאִם נִפְרְצוּ רֹוב עָלִין דַּעֲבִידִי כְּחֻופְיָא פָּסוּל כ"ש בְּיָבְשׁוּ רֹוב עָלִין:
« Son sommet a été brisé. » À première vue, on serait tente d'expliquer qu'il s'agit des deux feuilles centrales qui sortent du sommet de la chidra, l'échine. Mais c'est difficile : la Guemara rapporte que R. Yehochoua ben Levi dit que si la tioumet -- la paire de feuilles jumelles -- a été ôtée, c'est passoul ; or ce sont précisément ces deux feuilles centrales, et [selon cette explication] elles seraient déjà passoul lorsqu'elles sont brisées, à plus forte raison lorsqu'elles sont entièrement ôtées ! Il faut donc dire que niktam rosho vise le cas où l'extrémité de la majorité des feuilles a été brisée, l'extrémité de chaque feuille -- mais la formulation est forcée. On peut répondre que R. Yehochoua ben Levi avait besoin de nous enseigner le cas de la tioumet ôtée, car on aurait pu croire que cet état demeure plus hadar que celui du sommet brisé ; ou bien qu'il parle du cas où une seule des deux feuilles de la tioumet a été ôtée, alors que pour le sommet brisé on n'invalide que si les deux le sont. Et le Raavad zal a écrit : j'ai un doute sur ce qu'est son sommet -- sont-ce les feuilles supérieures, même si rien ne manque à la chidra ? ou bien n'appelle-t-on son sommet que le sommet de la chidra elle-même, et de même pour le hadas et pour la arava ? Il apporte le Yerouchalmi, où on lit : R. Abba bar Mamal demanda devant R. Avin -- sa tsitsit s'est desséchée, qu'en est-il ? en quoi ce cas diffère-t-il du sommet brisé ? [Réponse :] celui-ci est hadar, celui-là ne l'est pas. Explication : sa tsitsit, c'est la tioumet supérieure, du terme va-yatsets tsits, il fit fleurir une fleur, et c'est la partie la plus haute, comme il est écrit il fit sortir un bourgeon et fit fleurir une fleur. Et puisqu'il dit en quoi cela diffère-t-il de katoum, il en ressort qu'un tel cas lui aussi est passoul, et qu'on n'exige pas qu'il manque quelque chose à la chidra. Il a écrit encore qu'il existe une version où l'on lit : ils demandèrent devant R. Avin -- les hotsin, les feuilles du loulav, se sont desséchées, qu'en est-il ? Il interrogeait sur l'ensemble des hotsin, car nous avons appris dans notre michna que le loulav dessèche est passoul -- et cela vise le dessèchement de la chidra du loulav ; mais que ses feuilles se dessèchent, nous ne l'avions pas appris, et c'est sur elles qu'il interrogeait. On lui répondit : en quoi cela diffère-t-il de katoum ? c'est-à-dire tenons les hotsin desséchées pour brisées toutes ensemble. Et on lui répondit : celui-ci est hadar, etc. -- c'est-à-dire que même desséchée la feuille reste hadar, tandis que lorsque tout est brisé et que la chidra reste nue, ce n'est pas hadar. Selon cette version, le doute subsiste sur niktam rosho : s'agit-il de la tioumet seule, ou faut-il qu'il manque avec elle une partie de la chidra ? Et il tranche à partir de ce qu'enseigne Oulla ici, en 33a, au sujet du hadas : son sommet a été brisé mais une tamra y a poussé -- kacher. Il en ressort que le sommet dont on parle se dit du corps même du hadas ; car s'il s'agissait seulement de la chute des feuilles supérieures, il aurait fallu dire son sommet a été brisé et des feuilles y ont repoussé -- kacher. Apprends-en donc que l'invalidité ne porte pas sur les feuilles, mais sur la tête du rameau lui-même ; et c'est pourquoi il faut qu'une tamra y pousse, afin de combler ce qui manque au rameau. De plus, nous disons en 31 : on n'a enseigné cela que pour le sommet brisé, mais fendu il est kacher -- et cela vise assurément la chidra elle-même, comme le montre la sougya ; la formulation elle-même le prouve, car c'est la chidra qui est appelée loulav, tandis que les hotsin sont appelées feuilles ou hotsin ; et lorsqu'ils ont dit son sommet a été brisé à propos du loulav, ils parlaient du sommet de la chidra, qui est le loulav. Le dessèchement des feuilles n'est mentionné ni dans les michnayot ni dans la Guemara, et l'on peut l'apprendre du Yerouchalmi, de ce qu'ils demandèrent à R. Avin lorsque les hotsin s'étaient desséchées : ils pensaient l'assimiler à katoum, et il leur répondit que cela ne ressemble pas à katoum, car le katoum n'est pas hadar tandis que le dessèche l'est. Et il est logique d'exiger au moins que la tioumet supérieure soit humide ; de même ont-ils dit à propos du hadas : ses feuilles se sont desséchées et il lui est resté trois rameaux de feuilles humides -- kacher, et Rav Hisda a dit : et à la tête de chacun d'eux. Fin de citation. [Le Roch objecte :] ce qu'il a assimilé l'un à l'autre -- le hadas, le loulav et la arava -- il y a lieu de ne pas l'assimiler. Car dans le loulav les feuilles montent toujours vers le haut et sortent du sommet de la chidra, si bien que le sommet des feuilles est appelé son sommet ; tandis que pour le hadas et la arava les feuilles supérieures ne sortent pas du sommet du rameau, et parfois le sommet du rameau est nu -- leur sommet est donc le sommet du rameau et non le sommet des feuilles ; et même si une feuille sort du sommet du rameau, on n'appelle pas cela niktam tant que le sommet du rameau lui-même n'a pas été brisé. Quant à ce qu'il a écrit, que la sougya prouve qu'il s'agit de la chidra, je ne connais pas cette preuve, car chaque cas est tel qu'il est enseigné : la fente est au sommet du loulav et non dans le corps du loulav. Et quant à ce qu'il a écrit, que c'est la chidra qui est appelée loulav et non les feuilles -- la Guemara ne le prouve pas, puisque Chemouel dit que le loulav doit dépasser le hadas d'un tefah, et que R. Yo'hanan dit que c'est la chidra du loulav qui doit dépasser le hadas d'un tefah : il en ressort que le loulav dit sans précision, celui de Chemouel, désigne les feuilles. Et puisque, si la majorité des feuilles sont fendues au point de faire comme un balai, c'est passoul, à plus forte raison si la majorité des feuilles se sont desséchées.
💡 Explication

Retour à la michna. Le défaut appelé niktam rosho, sommet brisé, est le plus contre-intuitif de la liste : rien ne manque à la substance du myrte, il lui manque seulement sa pointe. Oulla enseigne qu'une tamra -- une petite excroissance végétale, décrite par Rachi comme un fruit vert servant de teinture -- suffit à le rendre kacher si elle pousse dans le creux laissé par la cassure.

Cela dit exactement ce qu'est le défaut : l'invalidité n'est pas la perte de matière, c'est l'aspect tronqué, contraire au hadar. Tout ce qui referme visuellement le sommet le répare, même si ce n'est pas du même tissu que ce qui a été perdu.

Le Roch consacre à ce mot rosho une longue discussion, où il rapporte le doute du Raavad -- s'agit-il des feuilles du sommet ou du sommet du rameau lui-même ? -- et fait de notre passage la preuve décisive : si une tamra est nécessaire, c'est bien qu'il manque quelque chose au rameau, non aux feuilles. Le Roch conclut cependant en distinguant le loulav du hadas et de la arava, dont la structure n'est pas la même.

🖼️ Schéma
Niktam rosho : le sommet brisé, et la tamra qui comble le creux Le défaut n'est pas une perte de matière en soi : c'est l'aspect tronqué. Ce qui le supprime le répare. État normal Kacher Le sommet du rameau est entier. Sommet brisé Passoul Le rameau se termine à vif : pas hadar. Une tamra a poussé Kacher -- Oulla bar Hinnana L'excroissance comble ce qui manquait. Tout le folio qui suit vient de la question du calendrier : et si la cassure et la repousse ne tombent pas le même jour ?
Le sommet entier, le sommet brisé, et le sommet refermé par une tamra : trois états, deux statuts.
5
בָּעֵי רַבִּי יִרְמְיָה: נִקְטַם רֹאשׁוֹ מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב וְעָלְתָה בּוֹ תְּמָרָה בְּיוֹם טוֹב, מַהוּ? יֵשׁ דִּחוּי אֵצֶל מִצְוֹת, אוֹ לֹא?

Rabbi Yirmeya a demandé : si son sommet a été brisé la veille du jour de fête et qu'une tamra y a poussé le jour de fête, quelle est la loi ? Y a-t-il un dihouy -- une mise à l'écart définitive -- en matière de mitsvot, ou non ?

📜 Rachi (2)
וְעָלְתָה בּוֹ תְּמָרָה בְּיוֹם טוֹב מִשֶּׁנֶּאֱגַד דִּבְתָלוּשׁ נָמֵי סָלְקָא בֵּיהּ:
Et une tamra y a poussé le jour de fête -- après qu'il a été lié au bouquet ; car même sur un rameau détaché de l'arbre il peut encore en pousser une.
יֵשׁ דִּחוּי אֵצֶל מִצְוֹת כְּלוֹמַר נוֹהֶגֶת תּוֹרַת דִּחוּי אֵצֶל מִצְוֹת כְּשֵׁם שֶׁנּוֹהֶגֶת אֵצֶל קָרְבָּנוֹת דְּאִם נִרְאֶה וְנִדַּחַת מִשֶּׁנִּשְׁחַט' אֲמַרְתְּ יִדָּחֶה דְּתוּ לָא הָדַר חֲזִי הָכָא נָמֵי הוֹאִיל וְנִדְחָה כְּשֶׁנִּקְטַם תּוּ לָא הָדַר מִיחְזֵי בַּעֲלִייַּת תְּמָרָה וְהָשְׁתָּא לָא דִּיֵּיק בֵּין דָּחוּי מֵעִיקָּרָא לְנִרְאָה וְנִדְחֶה דְּהַאי דְּנִקְטַם מעיו"ט לֹא נִרְאֶה מֵעוֹלָם:
Y a-t-il un dihouy en matière de mitsvot -- c'est-à-dire : la loi du dihouy s'applique-t-elle aux mitsvot comme elle s'applique aux korbanot ? Car pour un korban, s'il a été apte puis mis à l'écart après avoir été abattu, tu dis qu'il reste écarté, puisqu'il ne redeviendra plus apte. Ici de même : puisqu'il a été écarté au moment où son sommet a été brisé, il ne redeviendra plus apte par la pousse de la tamra. Et pour l'instant on ne distingue pas entre dihouy dès l'origine et apte puis écarté, alors même que ce myrte, dont le sommet a été brisé la veille du jour de fête, n'a jamais été apte.
🗂️ Tossefot (1)
נִקְטַם מֵעֶרֶב יו"ט וְעָלְתָה בּוֹ תְּמָרָה ביו"ט מַהוּ. אַף עַל פִּי שֶׁבַּקּוּנְטְרֵס הִזְכִּיר נִרְאֶה וְנִדְחָה הָא דְּהָכָא דָּחוּי מֵעִיקָּרָא הוּא כֵּיוָן דְּבִתְחִלַּת יו"ט לָא חֲזִי כִּדְמוֹכַח לְקַמָּן גַּבֵּי אַשְׁחוּר מעיו"ט וּנְהִי דְּגַבֵּי קָדָשִׁים פְּשִׁיטָא לָן דְּדָחוּי מֵעִיקָּרָא הָוֵי דָּחוּי גַּבֵּי מַפְרִישׁ נְקֵבָה לְפִסְחוֹ בְּפֶ' מִי שֶׁהָיָה טָמֵא (פְּסָחִים ד' צח. וְשָׁם) וְגַבֵּי בְּהֵמָה שֶׁל שְׁנֵי שֻׁותָּפִים בפ"ק דִּזְבָחִים (ד' יב. וְשָׁם) ובפ"ק דְּקִדּוּשִׁין (ד' ז. וְשָׁם) גַּבֵּי מִצְוָה מִיבַּעְיָא לָן וְכִי תֵּימָא הָא דְּאַסְּקִינַן גַּבֵּי אַשְׁחוּר תִּפְשׁוֹט דְּדָחוּי מֵעִיקָּרָא לָא הָוֵי דָּחוּי לָא דָּמְיָין לְהָכָא כִּדְפָרֵישְׁנָא לְעֵיל דְּשָׁאנֵי הָתָם דִּבְיָדוֹ לְלַקֵּט וְאַפֵּי' בְּקָדָשִׁים מַכְשִׁירִין מה"ט בְּמַסֶּכֶת זְבָחִים פֶּ' כָּל הַפְּסוּלִין (זְבָחִים דַּף לד: וְשָׁם) דִּתְנַן גַּבֵּי קִבֵּל הַכָּשֵׁר וְנָתַן לַפָּסוּל יַחְזִיר לַכָּשֵׁר וּפָרִיךְ בגמ' וְלֶיהֱוֵי דָּחוּי וּמְשַׁנֵּי רַב אַשִּׁי כֹּל שֶׁבְּיָדוֹ לָא הָוֵי דָּחוּי וּמִיהוּ לָא לְגַמְרֵי דָּמֵי לְהַאי דִּינָא דְּהָא נִרְאָה וְנִדְחָה הוּא וּלְקַמָּן מַסְּקִינַן דְּלָא תִּפְשׁוֹט מִינֵי' נִרְאֶה וְנִדְחֶה חוֹזֵר וְנִרְאֶה אע"ג דִּבְיָדוֹ לְלַקְּטָן וְכֵן בְּהַהִיא דְּהִפְרִישׁ קָרְבָּן וְהֵמִיר דָּת דִּבְיָדוֹ לַחֲזֹור וַאֲפִילּוּ הָכִי אָמְרִינַן פ"ק דִּזְבָחִים (ד' יב: וְשָׁם) הוֹאִיל וְנִדְחָה יִדָּחֶה עוֹד אָמַר בִּזְבָחִים פֶּרֶק קָדְשֵׁי קָדָשִׁים (זְבָחִים ד' נט. וְשָׁם) כָּל הַקֳּדָשִׁים שֶׁנִּשְׁחֲטוּ עַד שֶׁלֹּא נִפְגַּם הַמִּזְבֵּחַ וְאַחַ"כּ נִפְגַּם הַמִּזְבֵּחַ פְּסוּלִין דְּהוֹאִיל וְנִדְחָה יִדָּחֶה אע"פ שֶׁבְּיָדוֹ לְתַקֵּן וְצָרִיךְ לְחַלֵּק בִּדְבָרִים וְהָא דִּמְדַמֵּי הָכָא הַהִיא דְּכִיסּוּי הַדָּם דִּבְיָדוֹ לְגַלּוֹת מִכָּל מָקוֹם הָיָה לוֹ לְחָשְׁבוֹ דָּחוּי הוֹאִיל וְנִפְטַר מִלְּכַסּוֹת לֹא נִתְחַיֵּיב לְהוֹצִיאוֹ מִן הַדָּחוּי כְּדֵי לַחֲזֹור וּלְכַסּוֹת וְהָא דְּמַייְתִי לֵימָא כְתַנָּאֵי מֵעֵבֶר וְלִקְּטָן הֲוָה מָצֵי לְדַחוֹיֵי דמ"ד הָתָם אֵין דָּחוּי מִשּׁוּם דִּבְיָדוֹ לְתַקֵּן אֲבָל הָכָא דְּאֵין בְּיָדוֹ לְתַקֵּן יֵשׁ דִּחוּי:
Son sommet a été brisé la veille du jour de fête et une tamra y a poussé le jour de fête, quelle est la loi ? -- bien que le Kountras (Rachi) ait mentionné le cas de ce qui a été apte puis écarté, notre cas est un dihouy dès l'origine, puisqu'au début du jour de fête il n'était pas apte, comme le prouve la suite à propos du etrog qui a noirci la veille du jour de fête. Et bien qu'il soit évident pour nous, en matière de kodachim, qu'un dihouy dès l'origine est un dihouy -- ainsi pour celui qui met à part une femelle pour son korban pessa'h (Pessahim 98a), pour la bête appartenant à deux associés (Zevahim 12a), et dans Kidouchin 7a -- en matière de mitsvot la question reste ouverte. Et si tu dis : n'avons-nous pas conclu, à propos du noircissement, qu'on en déduit qu'un dihouy dès l'origine n'est pas un dihouy ? -- cela ne ressemble pas à notre cas, comme nous l'avons expliqué plus haut, car là-bas il est en son pouvoir de cueillir les baies. Et même en matière de kodachim on déclare apte pour cette raison, dans Zevahim 34b : nous avons appris que si un homme apte à recueilli le sang et l'a donné à un homme inapte, celui-ci le rend à l'homme apte ; la Guemara objecte : que ce soit donc un dihouy ! et Rav Achi répond : tout ce qui est en son pouvoir n'est pas un dihouy. Toutefois ce n'est pas entièrement comparable à notre règle, car là-bas il s'agit de ce qui a été apte puis écarté, et plus loin nous concluons qu'on ne peut en déduire que ce qui a été apte puis écarté redevient apte, bien qu'il soit en son pouvoir de les cueillir. De même pour celui qui met à part un korban puis change de religion, alors qu'il est en son pouvoir de revenir, et pourtant on dit (Zevahim 12b) : puisqu'il a été écarté, il restera écarté. On dit encore (Zevahim 59a) : tous les kodachim qui ont été abattus avant que l'autel ne soit endommagé, et que l'autel à ensuite été endommagé, sont passoul, car puisqu'ils ont été écartés ils restent écartés -- bien qu'il soit en son pouvoir de réparer. Il faut donc distinguer selon les cas. Et quant au fait qu'on rapproche ici le cas du kissouy ha-dam, où il est en son pouvoir de découvrir le sang -- il aurait malgré tout fallu le tenir pour un dihouy, puisque, ayant été dispensé de couvrir, il n'est pas tenu de faire sortir le sang de son état d'écart afin de couvrir à nouveau. Et quant à ce qu'on amène lima ke-tanaei à partir de avar ve-liktan, on aurait pu écarter le rapprochement : celui qui dit là-bas qu'il n'y a pas de dihouy, c'est parce qu'il est en son pouvoir de réparer ; tandis qu'ici, où il n'est pas en son pouvoir de réparer, il y aurait dihouy.
💡 Explication

R. Yirmeya déplace la question dans le temps, et c'est ce déplacement qui ouvre tout le cœur du folio. Chez Oulla, la cassure et la repousse étaient sans date ; ici, la cassure a lieu avant le début du jour de fête et la repousse pendant. Le myrte était donc invalidé à l'instant précis où l'obligation de la mitsva a commencé.

La catégorie invoquée est le dihouy, la mise à l'écart. Elle est bien établie pour les korbanot : une bête consacrée qui devient inapte reste écartée même si la cause disparaît -- hoil ve-idhi idhi, puisqu'elle a été écartée, elle reste écartée. La question est de savoir si cette logique vaut aussi pour l'accomplissement d'une mitsva.

Tossefot précise une distinction que Rachi laissait dans l'ombre : notre cas est un dihouy me-ikara, un écart dès l'origine (le myrte n'a jamais été apte ce jour-là), et non un nir a ve-nid ha, apte puis écarté. Il ajoute un troisième critère, qui revient plusieurs fois dans le folio : lorsque la réparation est en son pouvoir, l'écart pèse moins lourd.

6
וְתִפְשֹׁוט לֵיהּ מֵהָא דִּתְנַן: כִּסָּהוּ וְנִתְגַּלָּה — פָּטוּר מִלְּכַסּוֹת. כִּסָּהוּ הָרוּחַ — חַייָּב לְכַסּוֹת. וְאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁחָזַר וְנִתְגַּלָּה, אֲבָל לֹא חָזַר וְנִתְגַּלָּה — פָּטוּר מִלְּכַסּוֹת.

Mais qu'il résolve la question à partir de ce que nous avons appris dans la michna : s'il l'a couvert et que le sang s'est découvert -- il est dispensé de couvrir ; si c'est le vent qui l'a couvert -- il est tenu de couvrir. Et Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : on n'a enseigné cela que dans le cas où le sang s'est de nouveau découvert ; mais s'il ne s'est pas de nouveau découvert -- il est dispensé de couvrir.

📜 Rachi (2)
כִּסָּהוּ אָדָם לְדַם חַיָּה אוֹ עוֹף:
Il l'a couvert -- un homme a couvert le sang d'une bête sauvage ou d'un oiseau.
לֹא שָׁנוּ דְּכִסָּהוּ הָרוּחַ חַייָּב לְכַסּוֹת אֶלָּא שֶׁחָזַר וְנִתְגַּלָּה:
On n'a enseigné -- que si le vent l'a couvert il est tenu de couvrir -- que dans le cas où le sang s'est de nouveau découvert.
💡 Explication

La Guemara cherche à résoudre la question de R. Yirmeya par un cas apparemment sans rapport : le kissouy ha-dam, l'obligation de couvrir de terre le sang d'une bête sauvage ou d'un oiseau après l'abattage. Le rapprochement se justifie parce que c'est un des rares endroits où la loi décrit ce qui arrive quand une mitsva devient momentanément impossible ou sans objet.

Trois états sont à distinguer. Si un homme a couvert le sang, la mitsva a été accomplie : même si le sang se découvre ensuite, il n'y a plus rien à faire. Si le vent l'a couvert, aucune mitsva n'a été accomplie, mais il n'y a plus de sang visible : l'homme est dispensé. La ligne décisive est la troisième : le vent avait couvert, puis le sang s'est découvert -- et là l'homme est de nouveau tenu de couvrir.

🖼️ Schéma
Kissouy ha-dam : quatre situations, et ce qu'elles révèlent du dihouy Après l'abattage d'une bête sauvage ou d'un oiseau, il faut couvrir le sang de terre. Que se passe-t-il si le sang bouge ? Qui a couvert Ce qui arrive ensuite Statut Raison Un homme acte de mitsva Le sang se découvre Dispensé de couvrir La mitsva a été faite Le vent Le sang reste couvert Dispensé de couvrir Plus de sang visible Le vent Le sang se découvre Tenu de couvrir La ligne décisive La difficulté de la Guemara sur la troisième ligne Tant que le vent l'avait couvert, l'homme était dispensé : il avait donc été écarté de cette mitsva. Hoil ve-idhi idhi -- ce qui a été écarté devrait le rester ; on ne voit pas pourquoi le devoir reviendrait. Rav Papa : s'il revient, c'est qu'il n'y a pas de dihouy en matière de mitsvot.
Les trois états du sang, et l'endroit exact où la Guemara va trouver sa preuve : la troisième ligne.
7
וְהָוֵינַן בָּהּ: כִּי חָזַר וְנִתְגַּלָּה אַמַּאי חַיָּיב לְכַסּוֹת? הוֹאִיל וְאִידְּחִי אִידְּחִי!

Et nous nous sommes interrogés là-dessus : lorsque le sang s'est de nouveau découvert, pourquoi serait-il tenu de couvrir ? Puisqu'il a été écarté, qu'il reste écarté !

📜 Rachi (2)
הוֹאִיל וְאִידְּחִי עַל יְדֵי הָרוּחַ מִכִּיסּוּי שֶׁל מִצְוָה כִּדְקָאָמַר דְּכִי לֹא נִתְגַּלָּה פָּטוּר מִלְּכַסּוֹת:
Puisqu'il a été écarté -- par le vent, du couvrement qui constitue la mitsva, comme il vient d'être dit : s'il ne s'est pas de nouveau découvert, il est dispensé de couvrir.
אִידְּחִי לְעוֹלָם וַאֲפִילּוּ נִתְגַּלָּה:
Qu'il reste écarté -- pour toujours, même s'il s'est de nouveau découvert.
💡 Explication

Voici formulée la difficulté qui va livrer la preuve. Pendant tout le temps où le vent tenait le sang couvert, l'homme était dispensé : il avait donc bel et bien été écarté de cette mitsva. Si le principe du dihouy valait pour les mitsvot, cet écart serait définitif et le devoir ne pourrait plus revenir.

Or la michna dit qu'il revient. C'est exactement l'inverse de ce que produit le principe dans le domaine des korbanot.

8
וְאָמַר רַב פָּפָּא: זֹאת אוֹמֶרֶת אֵין דִּחוּי אֵצֶל מִצְוֹת.

Et Rav Papa a dit : cela veut dire qu'il n'y a pas de dihouy en matière de mitsvot.

📜 Rachi (1)
וְאָמַר רַב פָּפָּא גֵּר':
Ve-amar Rav Papa -- telle est la version du texte.
💡 Explication

Rav Papa tire la conclusion en une formule : ein dihouy etsel mitsvot. Le mécanisme de mise à l'écart définitive appartient au domaine de la kedoucha -- ce qui est consacré porte un statut qui, une fois perdu, ne se recouvre pas. Une mitsva, elle, n'est pas un statut mais un acte à accomplir : si l'obstacle disparaît, l'acte redevient possible et donc dû.

Si cette lecture est la bonne, la question de R. Yirmeya devrait être réglée : le myrte dont la tamra a poussé le jour de fête serait kacher. Le segment suivant montre pourquoi ce n'est pas si simple.

9
דְּרַב פָּפָּא גּוּפָא מִיבַּעְיָא לֵיהּ: מִיפְשָׁיט פְּשִׁיט לֵיהּ דְּאֵין דִּחוּי אֵצֶל מִצְוֹת — לָא שְׁנָא לְקֻולָּא וְלָא שְׁנָא לְחֻומְרָא, אוֹ דִּלְמָא סַפּוֹקֵי מְסַפְּקָא לֵיהּ — לְחוּמְרָא אָמְרִינַן, לְקֻולָּא לָא אָמְרִינַן. תֵּיקוּ.

C'est sur Rav Papa lui-même que portait sa question : est-ce évident pour lui qu'il n'y a pas de dihouy en matière de mitsvot -- sans différence entre ce qui va vers l'indulgence et ce qui va vers la rigueur ? ou bien peut-être était-ce pour lui un doute : vers la rigueur nous le disons, vers l'indulgence nous ne le disons pas. Teiku -- la question reste ouverte.

📜 Rachi (7)
דְּרַב פָּפָּא גּוּפֵיהּ הַאי דִּיּוּקָא דְּרַב פַּפָּא מִיבַּעְיָא לִי' לֵר' יִרְמְיָה:
Sur Rav Papa lui-même -- c'est cette déduction même de Rav Papa qui faisait question pour R. Yirmeya.
מִיפְשָׁט פְּשִׁיט לֵיהּ לְתַנָּא דִּתְנָא כִּסָּהוּ הָרוּחַ חַיָּיב לְכַסּוֹת דְּאֵין דָּחוּי:
Est-ce évident pour lui -- pour le tana qui a enseigné que si le vent l'a couvert il est tenu de couvrir : est-ce parce qu'il tient pour certain qu'il n'y a pas de dihouy ?
לָא שְׁנָא לְחוּמְרָא כִּי הָכָא דִּמְחַיֵּיב לֵיהּ בְּכִיסּוּי מִשּׁוּם טַעְמָא דְּאֵין דָּחוּי:
Sans différence vers la rigueur -- comme ici, où on l'oblige à couvrir en raison du principe qu'il n'y a pas de dihouy.
וְלָא שְׁנָא לְקֻולָּא כִּי הַהִיא דְּר' יִרְמְיָה דְּאִי אָמְרִי' אֵין דָּחוּי הָוֵי כָּשֵׁר וְאִם יֵשׁ דָּחוּי הָוֵי פָּסוּל וְאָמְרִי' אֵין דָּחוּי וּמַכְשְׁרִינַן:
Ni de différence vers l'indulgence -- comme dans le cas de R. Yirmeya : si nous disons qu'il n'y a pas de dihouy, il est kacher ; s'il y a dihouy, il est passoul -- et nous dirions qu'il n'y a pas de dihouy et le déclarerions kacher.
אוֹ דִּלְמָא מְסַפְּקָא לֵיהּ לְתַנָּא וּמִסְּפֵיקָא לְחוּמְרָא הוּא דִּמְחַיֵּיב לֵיהּ בְּכִיסּוּי שֶׁמָּא אֵין דָּחוּי:
Ou peut-être était-ce un doute pour lui -- pour le tana ; et c'est par doute, vers la rigueur, qu'il l'oblige à couvrir : peut-être n'y a-t-il pas de dihouy.
אֲבָל לְקֻולָּא כְּגוֹן לְעִנְיַן תְּמָרָה:
Mais vers l'indulgence -- comme dans le cas de la tamra.
לָא אָמְרִינַן אֶלָּא פָּסְלִינַן שֶׁמָּא יֵשׁ דִּחוּי אוֹ אֵין דִּחוּי:
Nous ne le disons pas -- nous invalidons plutôt, dans le doute : peut-être y a-t-il dihouy, peut-être non.
💡 Explication

La preuve s'effondre pour une raison élégante : R. Yirmeya connaissait évidemment le passage sur le sang. Sa question ne portait pas sur le principe, mais sur la portée de ce que Rav Papa en avait tiré.

Tout tient à la direction dans laquelle le principe joue. Dans le cas du sang, ein dihouy conduit à une rigueur : il faut couvrir une seconde fois. Or une règle appliquée vers la rigueur ne prouve rien sur elle-même -- on peut très bien obliger à couvrir par simple scrupule, sans avoir tranché. Dans le cas du myrte, en revanche, ein dihouy conduit à une indulgence : on déclare kacher un objet dont l'invalidité est établie. Là, un simple doute ne suffit plus.

D'où l'alternative : ou bien le tana du kissouy avait vraiment tranché, et le principe vaut dans les deux sens ; ou bien il doutait, et sa décision n'exprime qu'une prudence unilatérale. Rien ne permet de choisir. Teiku.

🖼️ Schéma
Pourquoi la preuve échoue : la question portait déjà sur Rav Papa R. Yirmeya connaissait le passage du sang. Sa question était : jusqu'où porte ce que Rav Papa en a tiré ? Rav Papa : ein dihouy déduit du sang couvert par le vent Si le tana en était certain Le principe est un vrai principe : il joue indifféremment dans les deux directions. Rigueur : couvrir le sang une seconde fois. Indulgence : le hadas repoussé est kacher. La question de R. Yirmeya serait tranchée Si le tana était dans le doute Il obligeait à couvrir par simple scrupule, comme on fait toujours dans le doute. Rigueur : oui, on couvre -- au cas où. Indulgence : non -- le hadas reste passoul. La question de R. Yirmeya reste ouverte TEIKU
Pourquoi une preuve tirée d'une rigueur ne peut pas fonder une indulgence -- et pourquoi la question reste ouverte.
10
לֵימָא כְתַנָּאֵי: עָבַר וְלִקְּטָן — פָּסוּל, דִּבְרֵי רַבִּי אֶלְעָזָר (בֶּן) צָדוֹק, וַחֲכָמִים מַכְשִׁירִין. סַבְרוּהָ דְּכֻולֵּי עָלְמָא, לוּלָב אֵין צָרִיךְ אֶגֶד. וְאִם תִּמְצֵי לוֹמַר צָרִיךְ אֶגֶד, לָא יָלְפִינַן לוּלָב מִסֻּוכָּה דִּכְתִיב בָּהּ: ״תַּעֲשֶׂה״ — וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי.

Disons que cela dépend d'une divergence entre tanaim : s'il a transgressé et les a cueillies -- il est passoul, paroles de Rabbi Elazar be-Rabbi Tsadok ; et les Sages déclarent kacher. Ils ont posé que, de l'avis de tous, le loulav n'a pas besoin d'être lié ; et même si tu voulais dire qu'il a besoin d'être lié, nous ne déduisons pas le loulav de la souka, a propos de laquelle il est écrit « tu feras » -- et non à partir de ce qui est déjà fait.

📜 Rachi (5)
עָבַר וְלִקְּטָן לְעִינְּבֵי הֲדַס שֶׁהָיוּ מְרֻובִּין מַעֲלִין וּתְנַן אִם מִיעֲטָן כָּשֵׁר וְאֵין מְמַעֲטִין ביו"ט מִשּׁוּם שְׁבוּת שֶׁדּוֹמֶה לְמַתְּקָן כְּלִי וּמַכְשִׁירוֹ וְאִם עָבַר וּמִיעֲטָן פָּסוּל כְּדִמְפָרֵשׁ טַעְמָא וְאָזִיל:
Il a transgressé et les a cueillies -- les baies du myrte, qui étaient plus nombreuses que les feuilles ; et nous avons appris que s'il les a réduites il est kacher. Or on ne les réduit pas un jour de fête, en raison d'une chevout, parce que cela ressemble à la réparation d'un ustensile et à sa mise en état ; et s'il a transgressé et les a réduites, il est passoul, comme la Guemara va l'expliquer.
סַבְרוּהָ רַבָּנָן דְּבֵי מִדְרְשָׁא דִּבְעוּ לְמֵימַר דְּהַךְ פְּלוּגְתָּא בְּיֵשׁ דִּחוּי וְאֵין דִּחוּי הִיא:
Ils ont posé -- les maîtres de la maison d'étude, qui voulaient dire que ce désaccord porte sur la question de savoir s'il y a ou non un dihouy.
דכ"ע רַבָּנָן וְר' אֶלְעָזָר בְּר' צָדוֹק:
De l'avis de tous -- des Sages comme de R. Elazar be-R. Tsadok.
לוּלָב אֵין צָרִיךְ אֶגֶד וְלֹא שַׁיָּיךְ בֵּיהּ עֲשִׂיָּה דְּלוֹקֵי טַעְמָא דָּר' אֶלְעָזָר דְּפָסַל מִשּׁוּם תַּעֲשֶׂה וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי בִּפְסוּלוֹת וא"נ צָרִיךְ אֶגֶד אַפֵּ"ה מִשּׁוּם תַּעֲשֶׂה וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי לָא מִיפְּסִיל דְּהָא בְּדִידֵיהּ לָא כְּתִיב תַּעֲשֶׂה:
Le loulav n'a pas besoin d'être lié -- il n'y a donc pas d'acte de fabrication auquel rattacher le motif de R. Elazar, qui invaliderait au titre de tu feras -- et non à partir de ce qui est déjà fait, dans les cas d'invalidité. Et même s'il fallait le lier, il ne serait pas pour autant invalide à ce titre, puisque le mot tu feras n'est pas écrit à son sujet.
וְלוּלָב מִסֻּוכָּה לָא יָלֵיף הִלְכָּךְ מֵהַשְׁתָּא לֵיכָּא לְמִיפְסְלֵיהּ אֶלָּא מִשּׁוּם דִּחוּי דְּכֵיוָן שֶׁאֲגָדוֹ בִּפְסוּל וְנִקְרָא עָלָיו שֵׁם לוּלָב שֶׁל מִצְוָה בִּשְׁעַת דִּחוּי נִדְחֶה לְעוֹלָם ואע"ג דְּלָא נִרְאָה וְנִדְחָה הוּא אֶלָּא דָּחוּי מֵעִיקָּרָא וְהַאי דְּנָקֵיט פְּלֻוגְתַּייְהוּ בְּמִיעֲטָן בְּיוֹם טוֹב מִשּׁוּם דִּסְתָמָא בָּתַר דְּאַגְדֵּיהּ הוּא דְּהָא בְּיוֹם טוֹב לָא אַגִּיד לֵיהּ וְאִי לֹא צָרִיךְ אֶגֶד אִיצְטְרִיךְ לְמִינְקַט בְּיוֹם טוֹב מִשּׁוּם דְּאִי לָאו דְּקֹדֶשׁ הַיּוֹם אַכַּתִּי לֹא חָל עָלֶיהָ זְמַן מִצְוָה וְלֹא שֵׁם מִצְוָה לִמְקָרְיָיה דָּחוּי:
Et on ne déduit pas le loulav de la souka -- dès lors, il n'y a plus de quoi l'invalider sinon au titre du dihouy : puisqu'il l'a lié dans un état d'invalidité et que le nom de loulav de la mitsva lui a été applique au moment où il était écarté, il est écarté pour toujours -- et cela bien qu'il ne s'agisse pas de ce qui a été apte puis écarté, mais d'un écart dès l'origine. Et s'ils ont formulé leur désaccord sur le cas où il les a réduites un jour de fête, c'est parce qu'ordinairement cela se fait après qu'il l'a lié, puisqu'un jour de fête on ne le lie pas ; et si le lien n'est pas requis, il fallait encore parler du jour de fête, car sans la sanctification du jour, ni le temps de la mitsva ni le nom de mitsva ne seraient encore tombés sur lui pour qu'on puisse le dire écarté.
💡 Explication

Nouvelle tentative : peut-être la question de R. Yirmeya fait-elle déjà l'objet d'une divergence entre tanaim. Le cas est celui d'un myrte dont les baies étaient trop nombreuses -- donc passoul -- et que quelqu un a réparé le jour de fête, ce qui est interdit au titre d'une chevout (interdit rabbinique du repos), parce que cueillir les baies ressemble à la réparation d'un ustensile.

Le mot savrouha signale une construction : la maison d'étude propose une lecture, et pour qu'elle tienne il faut d'abord écarter les autres explications possibles du désaccord. Deux verrous sont donc posés. D'abord, le loulav n'a pas besoin d'être lié -- sans lien, il n'y a aucun acte de fabrication à invalider. Ensuite, même s'il fallait le lier, on ne transposerait pas au loulav la règle ta asse ve-lo min hé assouy, tu feras et non à partir de ce qui est déjà fait, tirée du verset de la souka.

Ces deux verrous posés, il ne reste qu'un seul motif concevable pour invalider : le dihouy.

🖼️ Schéma
Savrouha : les deux verrous que la maison d'étude doit poser d'abord Pour que la mahloket porte sur le dihouy, il faut d'abord fermer les deux autres explications possibles. Verrou 1 -- le loulav n'a pas besoin d'être lié Sans lien, il n'y a aucun acte de fabrication : le motif ta asse ve-lo min hé assouy ne trouve rien à quoi se fixer. Rachi : c'est le seul moyen d'empêcher qu'on explique R. Elazar par ce motif-là plutôt que par le dihouy. Verrou 2 -- et même si le lien était requis, on ne transpose pas depuis la souka Ta asse est écrit à propos de la souka, pas du loulav. Rien n'autorise à étendre l'exigence à une autre mitsva. Les deux verrous posés, il ne reste plus qu'une explication concevable du désaccord. R. Elazar be-R. Tsadok invalide Lié dans un état d'invalidité, le bouquet a reçu le nom de mitsva alors qu'il était écarté. Les Sages déclarent kacher Le dihouy vaut pour la kedoucha, les korbanot ; il ne vaut pas pour l'accomplissement d'une mitsva.
Savrouha : les deux préalables qu'il faut accorder pour que la mahloket puisse porter sur le dihouy.
11
מַאי לַָאו בְּהָא קָמִיפַּלְגִי, דְּמַאן דִּפְסִיל סָבַר: אָמְרִינַן יֵשׁ דִּחוּי אֵצֶל מִצְוֹת, וּמַאן דְּמַכְשִׁיר סָבַר: לָא אָמְרִינַן יֵשׁ דִּחוּי אֵצֶל מִצְוֹת?

N'est-ce pas là-dessus qu'ils divergent : celui qui invalide tient que nous disons qu'il y a un dihouy en matière de mitsvot, et celui qui déclare kacher tient que nous ne disons pas qu'il y a un dihouy en matière de mitsvot ?

📜 Rachi (1)
וּמַאן דְּמַכְשַׁר סָבַר אֵין דָּחוּי לְעִנְיַן מִצְוָה אֶלָּא לְעִנְיַן קְדֻושָּׁה כְּגוֹן קָרְבָּנוֹת:
Et celui qui déclare kacher tient -- qu'il n'y a pas de dihouy pour ce qui est d'une mitsva, mais seulement pour ce qui relève de la kedoucha, comme les korbanot.
💡 Explication

La proposition est maintenant explicite : R. Elazar be-R. Tsadok appliquerait le dihouy aux mitsvot, les Sages le refuseraient. Si c'était exact, la question de R. Yirmeya ne serait pas une question ouverte mais une mahloket tannaitique -- ce qui changerait tout, puisqu'on pourrait alors trancher selon la règle ordinaire, en faveur des Sages.

Rachi formule au passage la ligne de partage sous sa forme la plus nette : le dihouy appartient au domaine de la kedoucha, pas à celui de l'acte.

12
לֹא, דְּכֻולֵּי עָלְמָא לָא אָמְרִינַן יֵשׁ דִּחוּי אֵצֶל מִצְוֹת, וְהָכָא בְּמֵילַף לוּלָב מִסֻּוכָּה קָא מִיפַּלְגִי. מַר סָבַר: יָלְפִינַן לוּלָב מִסֻּוכָּה, וּמַר סָבַר: לָא יָלְפִינַן לוּלָב מִסֻּוכָּה.

Non : de l'avis de tous, nous ne disons pas qu'il y a un dihouy en matière de mitsvot ; et ici, c'est sur la déduction du loulav à partir de la souka qu'ils divergent. L'un tient que nous déduisons le loulav de la souka, et l'autre tient que nous ne déduisons pas le loulav de la souka.

📜 Rachi (2)
לָא דְּכ"ע לָא אָמְרִי' יֵשׁ דָּחוּי בַּמִּצְוָה וְטַעֲמָא דְּמַאן דְּפָסַל מִשּׁוּם תַּעֲשֶׂה וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי הוּא דְּקָסָבַר לוּלָב צָרִיךְ לְמֵיגַד וְשַׁיָּיךְ בֵּיהּ עֲשִׂיָּה וְהָכָא בְּמֵילַף לוּלָב מִסֻּוכָּה פְּלִיגִי:
Non, de l'avis de tous nous ne disons pas qu'il y a un dihouy pour une mitsva -- et le motif de celui qui invalide est tu feras et non à partir de ce qui est déjà fait ; car il tient que le loulav doit être lié, si bien qu'il comporte un acte de fabrication ; et ici, c'est sur la déduction du loulav à partir de la souka qu'ils divergent.
יָלְפִינַן בְּבִנְיַן אָב הוֹאִיל וְזֶה בַּעֲשִׂיָּה וְזֶה בַּעֲשִׂיָּה מַה זֶה וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי אַף זֶה וְלֹא מִן הֶעָשׂוּי:
Nous déduisons -- par binyan av : puisque celle-ci comporte un acte de fabrication et celui-là aussi, de même que pour celle-là on exige et non à partir de ce qui est déjà fait, de même pour celui-ci.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָכָא בְּמֵילַף לוּלָב מִסֻּוכָּה קָמִיפַּלְגִי. וַהֲוָה מָצֵי לְאַשְׁמוֹעִינַן פְּלֻוגְתַּייְהוּ בְּלִיקְּטָן בְּהֶיתֵּר כְּגוֹן מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב לְאַחַר שֶׁאֲגָדָן וְהָא דִּנְקַט פְּלֻוגְתַּייְהוּ בְּלִיקְּטָן בְּאִיסּוּר כְּגוֹן ביו"ט לְאַשְׁמוֹעֵי' דַּאֲפִילּוּ הָכֵי חֲכָמִים מַכְשִׁירִין דְּאֵין דָּחוּי:
Et ici, c'est sur la déduction du loulav à partir de la souka qu'ils divergent -- il aurait pu nous enseigner leur désaccord dans le cas où il les aurait cueillies licitement, par exemple la veille du jour de fête après les avoir liées. Et s'il a formulé leur désaccord dans le cas où il les a cueillies de manière illicite, c'est-à-dire un jour de fête, c'est pour nous enseigner que même dans ce cas les Sages déclarent kacher, puisqu'il n'y a pas de dihouy.
💡 Explication

La Guemara défait le premier verrou. On peut parfaitement soutenir que tous nient le dihouy en matière de mitsvot, et que leur désaccord porte ailleurs : sur la transposition de la règle de la souka au loulav, par binyan av -- un raisonnement qui étend une règle d'un cas à un autre parce qu'ils partagent le trait qui la fonde, ici le fait de comporter un acte de fabrication.

Conséquence : la mahloket ne dit plus rien sur le dihouy, et la question de R. Yirmeya redevient ouverte. Tossefot ajoute une observation fine sur le choix du cas : la baraita aurait pu décrire une cueillette licite ; si elle a choisi le cas illicite, c'est pour montrer que les Sages déclarent kacher même là.

13
וְאִיבָּעֵית אֵימָא: אִי סְבִירָא לַן לוּלָב צָרִיךְ אֶגֶד, דְּכֻולֵּי עָלְמָא יָלְפִינַן לוּלָב מִסֻּוכָּה, וְהָכָא בְּלוּלָב צָרִיךְ אֶגֶד קָא מִיפַּלְגִי, וּבִפְלוּגְתָּא דְּהָנֵי תַּנָּאֵי, דְּתַנְיָא: לוּלָב, בֵּין אָגוּד, בֵּין שֶׁאֵינוֹ אָגוּד — כָּשֵׁר, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אָגוּד — כָּשֵׁר, שֶׁאֵינוֹ אָגוּד — פָּסוּל.

Et si tu veux, dis plutôt : si nous tenons que le loulav doit être lié, alors de l'avis de tous nous déduisons le loulav de la souka, et ici c'est sur le point de savoir si le loulav doit être lié qu'ils divergent -- et ils divergent dans la divergence de ces tanaim, comme il a été enseigné : le loulav, qu'il soit lié ou qu'il ne soit pas lié, est kacher ; Rabbi Yehouda dit : lié -- kacher, non lié -- passoul.

💡 Explication

Troisième lecture, qui remonte encore d'un cran. Si l'on accorde que le loulav doit être lié, alors la transposition depuis la souka ne fait plus problème pour personne, et le désaccord se déplace vers le préalable lui-même : le lien est-il requis ?

Et cette question-là n'est pas nouvelle -- elle fait déjà l'objet d'une mahloket tannaitique explicite entre R. Yehouda, qui invalide le bouquet non lié, et les Sages, qui le déclarent kacher. R. Elazar be-R. Tsadok se rangerait donc du côté de R. Yehouda. Le folio a ainsi ramené une divergence obscure à une divergence connue : c'est le mouvement caractéristique de la sougya.

14
מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי יְהוּדָה? יָלֵיף ״לְקִיחָה״ ״לְקִיחָה״ מֵאֲגֻודַּת אֵזוֹב. כְּתִיב הָכָא: ״וּלְקַחְתֶּם לָכֶם בַּיּוֹם הָרִאשׁוֹן״, וּכְתִיב הָתָם: ״וּלְקַחְתֶּם אֲגֻודַּת אֵזוֹב״. מַה לְהַלָּן — אֲגֻודָּה, אַף כָּאן — אֲגֻודָּה. וְרַבָּנָן לֵית לְהוּ ״לְקִיחָה״ ״לְקִיחָה״.

Quelle est la raison de Rabbi Yehouda ? Il déduit « prise » de « prise », à partir du bouquet d'hysope.

Il est écrit ici : « et vous prendrez pour vous, le premier jour... », et il est écrit là-bas : « et vous prendrez un bouquet d'hysope » -- de même que là-bas il s'agit d'un bouquet, de même ici il s'agit d'un bouquet. Et les Sages n'admettent pas ce « prise » -- « prise ».

💡 Explication

La source de R. Yehouda est une gezera chava, l'un des procédés herméneutiques de la Tora : un même terme apparaissant dans deux contextes autorise à transporter de l'un à l'autre ce qui n'est explicite que dans un seul. Ici, le terme est le verbe prendre, lekiha.

Le verset des quatre espèces dit « et vous prendrez pour vous » sans préciser sous quelle forme. Le verset du pessa'h d'Égypte dit « et vous prendrez un bouquet d'hysope » -- et là, la forme est nommée. R. Yehouda importe donc la forme : la prise des quatre espèces doit se faire en agouda, en bouquet lié.

Les Sages, eux, n'ont pas reçu cette gezera chava -- car une gezera chava ne se crée pas librement, elle doit avoir été transmise. C'est pourquoi leur refus n'a pas besoin d'autre argument.

🖼️ Schéma
La gezera chava de R. Yehouda : lekiha -- lekiha Un même verbe, prendre, dans deux contextes : ce qui est explicite ici éclaire ce qui est tu là-bas. Ici -- les quatre espèces Et vous prendrez pour vous, le premier jour... Lévitique 23:40 Le verset dit prendre, mais ne dit pas sous quelle forme cette prise se fait. Là-bas -- le pessa'h d'Égypte Et vous prendrez un bouquet d'hysope... Exode 12:22 Le même verbe, et cette fois la forme est dite : agouda, en bouquet lié. R. Yehouda accepte la gezera chava Non lié -- passoul, de la Tora elle-même. Les Sages ne l'ont pas reçue Lié ou non lié -- kacher dans les deux cas.
Deux versets, un même verbe : ce que la gezera chava transporte du pessa'h d'Égypte aux quatre espèces.
15
מַאן תְּנָא לְהָא דְּתָנוּ רַבָּנַן: לוּלָב מִצְוָה לְאָוגְדוֹ, וְאִם לֹא אֲגָדוֹ כָּשֵׁר. מַנִּי? אִי רַבִּי יְהוּדָה, כִּי לֹא אֲגָדוֹ אַמַּאי כָּשֵׁר? אִי רַבָּנָן, מַאי מִצְוָה קָא עָבֵיד? לְעוֹלָם רַבָּנַן, וּמִצְוָה מִשּׁוּם ״זֶה אֵלִי וְאַנְוֵהוּ״.

Qui est le tana de ce que nos maîtres ont enseigné : le loulav, c'est une mitsva de le lier, et s'il ne l'a pas lié, il est kacher ? Qui est-ce ?

Si c'est Rabbi Yehouda -- lorsqu'il ne l'a pas lié, pourquoi serait-il kacher ? Si ce sont les Sages -- quelle mitsva accomplit-il donc ?

En réalité ce sont les Sages, et la mitsva est en raison de « celui-ci est mon Dieu et je L'embellirai ».

📜 Rachi (1)
וְאַנְוֵהוּ הִתְנָאֵה לְפָנָיו:
Ve-anvehou, et je L'embellirai -- fais-toi beau devant Lui.
💡 Explication

Une baraita se tient exactement entre les deux avis : lier est une mitsva, mais l'absence de lien n'invalide pas. Elle ne peut donc être ni R. Yehouda, pour qui le non-lié est passoul, ni les Sages, pour qui le lien n'a aucune valeur normative.

La solution ne modifie aucun des deux avis : elle change la nature de l'obligation. Le lien ne relève pas de la validité de la mitsva, mais de sa beauté -- ze Eli ve-anvehou, celui-ci est mon Dieu et je L'embellirai, que la tradition lit comme hitna é lefanav, fais-toi beau devant Lui : embellis les mitsvot que tu accomplis. C'est la source classique du principe de hidour mitsva.

Deux registres se superposent ainsi sans se confondre : ce qui rend l'acte valide, et ce qui le rend beau.

16
אוֹ שֶׁהָיוּ עֲנָבָיו מְרֻובִּין. אָמַר רַב חִסְדָּא: דָּבָר זֶה, רַבֵּינוּ הַגָּדוֹל אֲמָרוֹ, וְהַמָּקוֹם יִהְיֶה בְּעֶזְרוֹ: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בְּמָקוֹם אֶחָד, אֲבָל בִּשְׁנַיִם אוֹ שְׁלֹשָׁה מְקוֹמוֹת — כָּשֵׁר.

« Ou si ses baies étaient plus nombreuses. » Rav Hisda a dit : cette parole, notre grand maître l'a dite -- et que le Lieu lui soit en aide : on n'a enseigné cela que lorsqu'elles sont en un seul endroit ; mais en deux ou trois endroits, il est kacher.

📜 Rachi (3)
רַבֵּינוּ רַב:
Notre maître -- Rav.
בְּמָקוֹם א' שֶׁהָעֲנָבִים כֻּולָּן בְּיַחַד וּמִיהוּ מְרֻובִּין הֵן עַל הֶעָלִין שֶׁבְּכָל הַהֲדַס:
En un seul endroit -- que les baies soient toutes rassemblées ; et elles sont malgré tout plus nombreuses que les feuilles de tout le myrte.
הָכִי גָּרְסִינַן לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בְּמָקוֹם אֶחָד אֲבָל בִּשְׁנַיִם וּשְׁלֹשָׁה מְקוֹמוֹת כָּשֵׁר אֲמַר לֵיהּ רָבָא שְׁנַיִם וּשְׁלֹשָׁה מְקוֹמוֹת הָוֵה לֵיהּ מְנֻומָּר וּפָסוּל הָכִי גָרְסִינַן לָהּ לְקַמָּן לְעִנְיַן עָלְתָה חֲזָזִית בְּאֶתְרוֹג:
Version du texte : on lit ainsi -- on n'a enseigné cela que lorsqu'elles sont en un seul endroit, mais en deux ou trois endroits il est kacher ; Rava lui dit : en deux ou trois endroits, il est bigarré et passoul. Ainsi lit-on plus loin à propos du cas où une hazazit, une tache, est apparue sur le etrog.
⚖️ Rosh (1)
ת"ר יָבְשׁוּ רֹוב עָלָיו וְנִשְׁתַּייְּרוּ בּוֹ שְׁלֹשָׁה בַּדֵּי עָלִין לַחִין כָּשֵׁר אָמַר רַב חִסְדָּא וּבְרֹאשׁ כָּל אֶחָד וְאֶחָד. פרש"י ג' בְּדִין וּבְכָל בַּד וּבַד שְׁלֹשָׁה עָלִין לַחִין דְּבִבְצִיר מִשְּׁלֹשָׁה עָלִין לָא הָוֵי עָבוֹת וְשֶׁיְּהוּ הֶעָלִין הַלַּחִין בְּרָאשֵׁי הַבַּדִּין אֲבָל בְּאֶמְצָעָן לָאו הָדָר הוּא וּפֵירוּשׁוֹ אֵינוֹ מוּבָן לִכְאוֹרָה דְּמַשְׁמַע עָנָף כְּמוֹ בַּדֵּי אִילָן וְכֵן מַשְׁמַע מִתּוֹךְ פרש"י וְאִם כֵּן מַאי הַאי דְּקָאָמַר וְנִשְׁתַּיְּירוּ בּוֹ ג' בְּדִין וַהֲלֹא מִתְּחִלָּה אֵינָם כִּי אִם ג' וְעוֹד יָבְשׁוּ רֹוב עָלָיו מַשְׁמַע דְּקָאֵי אַהֲדַס אֶחָד וּמַה שַׁייָּךְ לְהַזְכִּיר בּוֹ שִׁיּוּר ג' בְּדִין וה"ר יְשַׁעְיָה דְּטַרַאנִי פֵּירֵשׁ דְּהַאי עָלָיו עַל לוּלָב קָאֵי שֶׁהָיוּ בּוֹ הַרְבֵּה בְּדִין שֶׁל הֲדַס וְיָבְשׁוּ רֻובָּם אִם נִשְׁתַּייְּרוּ בָּהֶם שְׁלֹשָׁה בְּדִין וּבָהֶן שְׁלֹשָׁה עָלִין לַחִין לְכָל אֶחָד וְאֶחָד כָּשֵׁר דְּאִי אַהֲדַס קָאֵי הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר וְנִשְׁתַּייְּרוּ בּוֹ שְׁלֹשָׁה עָלִין לַחִין וְלֹא ג' בְּדִין וְתוּ דְּקָאָמַר רַב חִסְדָּא בְּרֹאשׁ כָּל אֶחָד ש"מ דְּאַלּוּלָב קָאֵי ע"כ. וְלָא נְהִירָא דְּלָמָּה דִּבֵּר הַתַּנָּא בְּלוּלָב שֶׁיֵּשׁ בּוֹ יוֹתֵר מִשְּׁלֹשָׁה בְּדִין כֵּיוָן דְּאֵין צָרִיךְ יוֹתֵר וְעוֹד יָבְשׁוּ רֹוב עָלָיו מַשְׁמַע דְּאַהֲדַס קָאֵי דְּאִי אַלּוּלָב קָאֵי וְיֵשׁ לוֹ בְּדִין הַרְבֵּה הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר יָבְשׁוּ רֹוב בְּדִין וְנִשְׁתַּייְּרוּ שְׁלֹשָׁה בַּדִּין וּבָהֶן שְׁלֹשָׁה עָלִין לַחִין ונ"ל יָבְשׁוּ רֹוב עָלָיו שֶׁל הַהֲדַס וְנִשְׁתַּייְּרוּ בּוֹ ג' בְּדִין וּתְלָתָא בְּחַד קִינֵּא מִיקְּרֵי בַּד עַל שֵׁם שֶׁיּוֹצְאִין כְּאֶחָד מִמָּקוֹם אֶחָד וְכָל קֵן וְקֵן עוֹמֵד לְבַד עַל כֵּן נִקְרָא בַּד כְּמוֹ בַּדֵּי מְחָטִין דְּגַבֵּי מְצִיאָה בּ"מ דַּף כד.. בַּדֵּי עָלִין לַחִין כְּלוֹמַר עָלִין לַחִין יֵשׁ בְּכָל בַּד וּבַד וְלֹא שֶׁיְּהוּ כֻּולָּן לַחִין דא"כ ה"ל לְמֵימַר ג' בְּדִין לַחִין מִדְּקָאָמַר שְׁלֹשָׁה בַּדֵּי עֲלֵי לַחִין מַשְׁמַע שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן מִקְצָת עָלִין לַחִין וְאַפֵּי' אֵין בְּכָל בַּד וּבַד אֶלָּא עָלֶה אֶחָד כָּשֵׁר וְקָאָמַר רַב חִסְדָּא שֶׁאוֹתוֹ הֶעָלֶה יְהֵא בְּרֹאשׁ כָּל בַּד וּבַד כִּי ג' עָלִין שֶׁל קֵן א' יוֹצֵא מִכָּאן וְא' יוֹצֵא מִכָּאן וְהַג' בָּאֶמְצַע מֻורְכָּב עַל שְׁנֵיהֶם הוּא הַנִּקְרָא רֹאשׁ וּבוֹ תָּלוּי הֶהָדָר כִּי הוּא נִרְאֶה יוֹתֵר מֵהָאֲחֵרִים וְכָתַב הָרָאָבָ"ד זַ"ל אִם הָיוּ אֵלּוּ שְׁלֹשָׁה עָלִין שֶׁנִּשְׁתַּיְּירוּ כְּמֻושִׂין פָּסוּל דְּאֵין מַצִּיל מִיַּד הַיָּבֵשׁ אֶלָּא הַלַּח וְזֶה הֶהָדוּר וְלָא יָדְעִינַן חוּמְרָא זוֹ מִנַּיִן לוֹ דְּכֵיוָן שֶׁהַכְּמוֹשׁ כָּשֵׁר דִּינוֹ כְּלַח לְכָל דָּבָר וְאֵין לוֹ לְדַקְדֵּק מִדְּהִזְכִּיר הַתַּנָּא לַחִין. כָּתַב הָרָאָבָ"ד זַ"ל דְּבָעֵינַן כֻּולֵּי שִׁיעוּרָא דַּהֲדַס שֶׁיְּהֵא עָבוֹת לְמִצְוָה אוֹ רֻובֵּיהּ לְעִיכּוּבָא מִדְּמַקְשֶׁה דַּף לב: לְרַב הוּנָא עַל ר' טִרְפוֹן דְּבָעֵי הֲדַס אַמָּה בַּת חֲמִשָּׁה דְּהַשְׁתָּא תְּלָתָא לָא מַשְׁכְּחִינַן חֲמִשָּׁה מִיבַּעְיָא אַלְמָא בָּעֵי כֻּולֵּי שִׁיעוּרָא דַּהֲדַס עָבוֹת דִּבְלֹא עָבוֹת מַשְׁכַּחַת טוּבָא בַּת תְּלָתָא וּבַת חֲמִשָּׁה וְעוֹד דַּהֲדַס דֻּומְיָא דְּלוּלָב מֶה הָתָם בָּעֵינַן רֹוב הֶעָלִין בְּהֶכְשֵׁר כִּדְפֵי' לְעֵיל בְּפֶ' זֶה סִימָן ג' מִן הַתּוֹס' אַף בַּהֲדַס כָּךְ וא"כ אֵין הֶכְשֵׁירוֹ שֶׁל הֲדַס אֶלָּא בְּעָבֹות הִלְכָּךְ לְמִצְוָה בָּעֵינַן כָּל שִׁיעוּר הֲדַס עָבוֹת וְאִם אֵין אֶלָּא הָרוֹב עָבוֹת כָּשֵׁר מִדְּנָשְׁרוּ מִקְצָת עָלִין כָּשֵׁר בְּרֻובּוֹ הָכִי נָמֵי אִי הֲוָה מִיעוּט שֶׁאֵינוֹ עָבוֹת כָּשֵׁר דְּלָא גָּרַע מִנְשָׁרוֹ וְיֵשׁ אוֹמְרִים וּבִלְבַד שֶׁתְּהֵא עָבוֹת בְּרֹאשׁוֹ כִּדְאָמְרִינַן גַּבֵּי יָבְשׁוּ עָלָיו דְּבָעֵינַן שֶׁיְּהֵא בְּרֹאשׁ כָּל אֶחָד וְאֶחָד וְלֹא נְהִירָא דְּלָא בָּעֵינַן עֲבוֹת בְּרֹאשׁוֹ דִּסְתָם מִשּׁוּם הָדָר הוּא וְאִם אֵין הַלַּח בְּרֹאשׁוֹ לָא הָוֵי הָדָר אֲבָל הָכָא עָבוֹת הוּא דְּבָעֵינַן ואע"ג שֶׁאֵינוֹ בְּרֹאשׁוֹ קִיֵּים מִצְוַת עֲבוֹת עַד כָּאן וּשְׁאָר הַמְחַבְּרִים כָּתְבוּ בְּעִנְיָן אַחֵר וְדִבְרֵי הָרָאָבָ"ד זַ"ל מְחֻוָּורִין. כָּתַב בַּעַל הָעִיטּוּר נִפְרְצוּ דַּהֲדַס וְלוּלָב לֹא שֶׁנִּתְלְשׁוּ מִן הַשִּׁדְרָה דְּאִם כֵּן נִפְרְצוּ דַּהֲדַס הַיְינוּ נָשְׁרוּ וּבָרַייְתָא קָתָנֵי נָשְׁרוּ רֹוב עָלָיו וּבִלְבַד שֶׁיְּהֵא עֲבוֹתוֹ קַיֶּימֶת אֶלָּא נִפְרְצוּ מְחֻובָּר הוּא אֶלָּא שֶׁנִּפְרַץ וְנִסְדַּק לִסְדָקִין שְׁתַּיִם וְשָׁלֹשׁ ע"כ וּדְבָרָיו אֵינָן נְכוֹנִים בָּזֶה דְּנָשְׁרוּ דְּבָרַיְיתָא כָּל הֶעָבוֹת קַייָּמוֹת אֶלָּא שֶׁנָּשְׁרוּ הֶעָלִים הַיְּתֵירִים עַל הֶעָבוֹת וְנִפְרְצוּ דְּמַתְנִיתִין הַיְינוּ שֶׁנָּשַׁר רֹוב עָבוֹת שֶׁל שִׁיעוּר הֲדַס וְנִשְׁתַּיֵּיר הַמִּיעוּט וְאַף לְפֵירוּשׁ ר"י דִּמְפָרֵשׁ נִפְרְצוּ עָלָיו דְּלוּלָב שֶׁנֶּחְלְקוּ הֶעָלִין כִּי חֻופְיָא. בְּנִפְרְצוּ דַּהֲדַס וַעֲרָבָה הָוֵי פֵּירוּשׁ נָשְׁרוּ דְּלָא שַׁיָּיךְ בְּהוּ כִּי חֻופְיָא וּלְכָךְ לֹא אָמַר בְּהוּ רַב פָּפָּא דַּעֲבִיד כִּי חֻופְיָא: נִקְטַם רֹאשׁוֹ תְּנָא עֻולָּא בַּר חֲנִינָא נִקְטַם רֹאשׁוֹ וְעָלְתָה בּוֹ תְּמָרָה כָּשֵׁר. וְאִיפְּסִיקָא הִלְכְתָא לְקַמָּן כַּר' טַרְפוֹן דְּאָמַר אַפֵּי' שְׁלָשְׁתָּן קְטוּמִים הִלְכָּךְ לָא שְׁנָא עָלְתָה בּוֹ תְּמָרָה וְלָא שְׁנָא לֹא עָלְתָה בּוֹ תְּמָרָה וּלְקַמָּן נְדַקְדֵּק בּוֹ:
Nos maîtres ont enseigné : la majorité de ses feuilles s'est desséchée et il lui est resté trois bdei alin lahin -- kacher ; Rav Hisda a dit : et à la tête de chacun d'eux. Rachi a expliqué : trois rameaux, et sur chaque rameau trois feuilles humides, car avec moins de trois feuilles il n'y a pas de avot ; et que les feuilles humides soient à l'extrémité des rameaux, mais au milieu ce n'est pas hadar. Cette explication ne s'entend pas d'emblée : bad semble désigner un rameau, comme les bdei ilan, les branches d'un arbre, et c'est aussi ce qui ressort de Rachi ; mais alors, que signifie il lui est resté trois rameaux, puisqu'au départ il n'y en a que trois ! De plus, la majorité de ses feuilles s'est desséchée suggère qu'il s'agit d'un seul hadas : quel sens y a-t-il alors à parler d'un reste de trois rameaux ? Et Rabbenou Yechaya de Trani a expliqué que ses feuilles se rapporte au bouquet, qui comportait de nombreux rameaux de hadas dont la majorité s'est desséchée : s'il en reste trois rameaux portant chacun trois feuilles humides, c'est kacher. Car s'il s'agissait du hadas seul, il aurait fallu dire il lui est resté trois feuilles humides, et non trois rameaux ; et de plus, puisque Rav Hisda dit à la tête de chacun, apprends-en que cela vise le bouquet. Fin de citation. Mais cela n'est pas clair : pourquoi le tana aurait-il parlé d'un bouquet comportant plus de trois rameaux, alors qu'il n'en faut pas davantage ? De plus, la majorité de ses feuilles s'est desséchée suggère qu'il s'agit du hadas ; car s'il s'agissait du bouquet aux nombreux rameaux, il aurait fallu dire la majorité des rameaux s'est desséchée et il en est resté trois, portant chacun trois feuilles humides. Il me semble donc : la majorité des feuilles du hadas s'est desséchée et il lui est resté trois bdin -- et un groupe de trois feuilles sur un même nid s'appelle bad, parce qu'elles sortent ensemble d'un même point ; chaque nid se tient à part, et c'est pourquoi on l'appelle bad, comme dans l'expression bdei mahatin, des paquets d'aiguilles, dans Baba Metsia 24a. Bdei alin lahin veut dire : il y a dans chaque bad des feuilles humides -- et non que toutes doivent l'être ; car s'il en était ainsi, il aurait fallu dire trois bdin humides. Du fait qu'il dit trois bdei alei lahin, il ressort qu'il s'y trouve une partie de feuilles humides, et même s'il n'y a dans chaque bad qu'une seule feuille humide, c'est kacher. Et Rav Hisda dit que cette feuille doit se trouver à la tête de chaque bad : car des trois feuilles d'un nid, l'une sort d'un côté, l'autre de l'autre, et la troisième, au milieu, est montée sur les deux autres -- c'est elle que l'on appelle la tête, et c'est d'elle que dépend le hadar, car elle se voit plus que les autres. Et le Raavad zal a écrit : si ces trois feuilles restantes sont flétries, c'est passoul, car seule la feuille humide sauve de la sécheresse, et c'est là le hadar. Nous ne savons pas d'où lui vient cette rigueur : puisque la feuille flétrie est kachère, son statut est celui de la feuille humide en tout point, et il n'y a pas lieu de déduire quoi que ce soit du fait que le tana a dit humides. Le Raavad zal a écrit encore qu'il faut que toute la mesure du hadas soit avot pour la mitsva, ou du moins sa majorité pour ne pas l'invalider, puisqu'on objecte en 32b à Rav Houna à propos de R. Tarfon, qui exige un hadas d'une coudée de cinq : or maintenant on ne trouve déjà pas de trois, comment parler de cinq ! Il en ressort qu'on exige que toute la mesure du hadas soit avot -- car sans le avot on en trouve beaucoup, de trois comme de cinq. De plus, le hadas est comparable au loulav : de même que là-bas on exige que la majorité des feuilles soit en état de validité, comme on l'a expliqué plus haut dans ce chapitre, siman 3, au nom des Tossefot, de même pour le hadas. Et s'il en est ainsi, la validité du hadas ne tient qu'au avot ; c'est pourquoi, pour la mitsva, on exige que toute la mesure du hadas soit avot, et s'il n'y a que la majorité qui soit avot, c'est kacher -- car puisque la chute d'une partie des feuilles laisse kacher pour sa majorité, de même, si une minorité n'est pas avot, c'est kacher, ce qui n'est pas moindre que le cas des feuilles tombées. Et certains disent : pourvu que le avot soit à son sommet, comme nous disons à propos des feuilles desséchées, où l'on exige qu'il y en ait à la tête de chacune. Mais cela n'est pas clair : on n'exige pas le avot à son sommet, car le cas des feuilles relève du hadar, et si l'humide n'est pas au sommet ce n'est pas hadar ; tandis qu'ici c'est le avot que l'on exige, et même s'il n'est pas au sommet la mitsva du avot est accomplie. Fin de citation. Les autres auteurs ont écrit autrement, mais les propos du Raavad zal sont limpides. L'auteur du Ittour a écrit : nifretsou, pour le hadas et pour le loulav, ne veut pas dire que les feuilles ont été arrachées de la chidra, car alors nifretsou du hadas serait la même chose que nachrou, tombées, alors que la baraita enseigne : la majorité de ses feuilles est tombée, pourvu que son avot demeure. Nifretsou signifie plutôt qu'elles tiennent encore mais qu'elles se sont fendues, en deux ou trois fentes. Fin de citation. Ses propos ne sont pas justes ici : nachrou, dans la baraita, vise le cas où tous les avot demeurent et où seules sont tombées les feuilles surnuméraires par rapport au avot ; tandis que nifretsou, dans la michna, vise le cas où la majorité du avot de la mesure du hadas est tombée et où il n'en reste qu'une minorité. Et même selon l'explication de Ri, qui explique nifretsou alav du loulav comme le fait que les feuilles se sont fendues à la manière d'un balai, pour le hadas et pour la arava nifretsou a le sens de nachrou, car l'image du balai ne s'y applique pas -- et c'est bien pourquoi Rav Papa n'a pas dit à leur sujet qu'il est comme un balai. « Son sommet a été brisé. » Oulla bar Hanina a enseigné : son sommet a été brisé mais une tamra y a poussé -- kacher. Or la halakha a été tranchée plus loin comme R. Tarfon, qui dit que même si les trois espèces sont brisées c'est kacher ; dès lors, il n'y a pas de différence entre le cas où une tamra y a poussé et celui où il n'en a pas poussé -- et nous y reviendrons plus loin.
💡 Explication

Le folio revient à la liste des défauts de la michna : les anavim, les baies noires du myrte, qui invalident lorsqu'elles sont plus nombreuses que les feuilles. Rav Hisda transmet au nom de Rav une restriction, et il l'accompagne d'une formule de déférence très rare -- notre grand maître, et que le Lieu lui soit en aide -- qui marque à la fois l'autorité de la parole rapportée et le risque qu'il y a à la transmettre.

La restriction change la nature du critère. Le nombre n'est pas seul en cause : ce qui invalide, c'est une masse continue de noir en un seul point, qui rompt l'aspect du myrte. Réparties sur deux ou trois endroits, les mêmes baies -- toujours plus nombreuses que les feuilles -- laissent le myrte présentable, donc hadar.

Rachi anticipe déjà, dans sa note de version, l'objection que Rava va soulever : justement, dispersé, cela fait menoumar, bigarré -- et le bigarré est un défaut à part entière, connu ailleurs à propos de la tache sur le etrog.

🖼️ Schéma
Anavav merubin : le nombre des baies, et surtout leur répartition Dans les deux myrtes ci-dessous, les baies sont plus nombreuses que les feuilles. Seule la disposition change. Massées en un seul endroit Passoul -- c'est le cas de la michna Une tache sombre continue rompt l'aspect du myrte. Réparties en deux ou trois points Kacher -- Rav, transmis par Rav Hisda Aucune masse continue : le myrte reste présentable. Le folio s'arrête là : amar leh Rava -- Rava lui dit. Son objection, que Rachi annonce dès ici : deux ou trois endroits, c'est justement menoumar, bigarré -- et donc passoul.
Même nombre de baies, deux dispositions : la masse continue invalide, la dispersion sauve -- jusqu'à l'objection de Rava.
17
אָמַר לֵיהּ רָבָא:

Rava lui dit :

💡 Explication

Le folio s'interrompt sur l'amorce d'une objection. Rachi en a déjà donné le contenu dans sa note de version au segment précédent : pour Rava, la dispersion des baies sur deux ou trois endroits ne sauve rien -- elle produit au contraire un myrte menoumar, bigarré, et le bigarré est passoul.

Le désaccord est instructif : Rav Hisda et Rava mesurent le même défaut sur deux échelles différentes. Pour l'un, ce qui compte est qu'aucune zone ne soit envahie ; pour l'autre, ce qui compte est l'unité visuelle de l'ensemble. La suite se lit en 33b.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).