Sukkah 34a — Reconnaître le saule, et se méfier des noms

Sukkah 34a

Sougya : Le folio commence par la fin de la baraita sur arvêi nahal et met face à face deux façons de lire un même pluriel : pour Abba Chaoul il compte deux aravot, une pour le loulav et une pour le tour de l'autel au Temple, tandis que pour les Sages il inclut largement le saule de champ sec et celui des montagnes -- ce qui les oblige à fonder la arava du Temple sur une halakha transmise à Moché au Sinaï, aux côtés des dix jeunes plants et de la libation d'eau. La Guemara passe ensuite à la question de reconnaissance : comment distinguer la arava de la tsaftsafa, cette espèce voisine qui lui ressemble sans en être une.

Une première baraita la situe par le lieu -- au bord du torrent -- et R. Zeira cherche un verset qui déprécie la tsaftsafa, ce qu'Abbaye conteste avant que le mot samo ne tranche et que R.

Abbahou n'en tire une parabole sur Israël. Une seconde baraita donne trois signes physiques -- tige rouge, feuille allongée, bord lisse -- que le hilfa gila vient compliquer, jusqu'à ce qu'Abbaye le déclare apte malgré son bord dentelé et malgré son nom composé.

Le folio se termine sur une série inattendue : quatre paires de mots dont les sens se sont interverties depuis la destruction du Temple -- saule et tsaftsafa, chofar et trompette, grande et petite table, et les deux poches de l'estomac du ruminant -- chacune avec la halakha qu'un simple malentendu de vocabulaire suffirait à fausser.

Le fil du folio : reconnaître le saule, puis se méfier des noms Trois mouvements. Combien d'aravot, à quoi les reconnaît-on, et que faire quand les mots ont changé de sens. Mouvement 1 (seg. 0-1) -- combien de mitsvot de arava le mot arvêi enseigne-t-il ? Abba Chaoul lit le pluriel arvêi comme un compte : deux aravot. Une pour le loulav, une pour le Temple. Les Sages lisent le même pluriel comme une extension : le saule de champ sec et celui des montagnes sont aptes. Mais alors, d'où tirent-ils la arava du Temple ? D'une halakha transmise à Moché au Sinaï, sans verset. Trois lois de ce genre ont été cherchées en vain dans la Torah : dix jeunes plants, arava, libation d'eau. Enjeu pratique soulevé par Tossefot : on ne tire pas deux derachot du même mot -- il faut choisir laquelle. Mouvement 2 (seg. 2-7) -- comment distinguer la arava de la tsaftsafa Première baraita : arvêi nahal désigne ce qui pousse au bord du torrent, contre la tsaftsafa des montagnes. R. Zeira cherche un verset : Ezechiel 17,5 emploie tsaftsafa dans une réprimande -- donc en mauvaise part. Abbaye objecte : le verset explique peut-être, il ne déprécie pas. Réponse : alors que ferait le mot chemo ? R. Abbahou en tire une parabole : Je les avais plantés comme un saule, ils se sont faits tsaftsafa. Seconde baraita : trois signes physiques -- tige, forme de la feuille, bord de la feuille. Le hilfa gila complique le tableau : son bord est dentelé comme une faucille, et pourtant il est kacher. Son nom composé ne le disqualifie pas : arvêi nahal, dit le verset, en tout état de cause. Mouvement 3 (seg. 8-13) -- quatre paires de noms qui se sont interverties Rav Hisda part d'une observation de langue : depuis la destruction du Temple, trois mots ont échangé de sens. À chaque fois la Guemara demande la même chose : quelle différence pratique ? Et répond par une halakha. Saule et tsaftsafa -- pour le loulav. Chofar et trompette -- pour Roch Hachana. Grande et petite table -- pour la vente. Abbaye ajoute une quatrième paire, anatomique : bei kassei et houblila, deux poches de l'estomac du ruminant. Enjeu : l'aiguille trouvée dans la paroi. L'une a une paroi épaisse qui protège, l'autre une paroi mince. Se tromper de mot, ici, c'est déclarer terefa une bête kachère -- ou l'inverse. Rava bar Yossef ajoute une paire géographique -- Bavel et Boursif -- et la phrase reste en suspens. Leçon de fond du passage : un nom n'est pas une chose. La halakha vise l'objet, pas le mot qui le désigne. D'où l'attention constante des textes à dire de quoi ils parlent, et non seulement comment cela s'appelle.
Vue d ensemble du folio : du compte des aravot aux noms qui se sont interverties.
Reconnaître la arava : trois signes, et une exception La baraita donne trois critères. Le hilfa gila en manque un et reste pourtant apte. Arava -- kachère Tige (kane) : rouge Feuille : allongée (machoukh) Bord (pe) : lisse, sans dentelures Pousse au bord du torrent -- arvêi nahal Selon les Sages, celle du champ sec aussi Tsaftsafa -- passoule Tige : blanche Feuille : ronde Bord : dentelé comme une scie Pousse entre les montagnes Ezechiel 17,5 l'emploie en mauvaise part Hilfa gila -- kacher Une espèce de arava Bord dentelé -- mais comme une faucille, pas une scie Porte un nom composé Abbaye : apte pour la hochana Le chem levai ne disqualifie pas ici arvêi nahal -- en tout état de cause La difficulté des deux baraitot, et sa résolution par Abbaye Baraita A : bord dentelé comme une faucille = tsaftsafa, passoule Baraita B : comme une faucille -- kacher ; comme une scie -- passoul Abbaye tranche La baraita B parle du hilfa gila, un cas particulier de arava Le bord dentelé est donc un signe de tsaftsafa pour toutes les espèces, sauf pour celle-là. Tossefot ajoute : si la baraita prend la peine d'énumérer les signes de la tsaftsafa, c'est bien pour dire -- ceux-là seulement.
Les trois signes distinctifs de la arava face à la tsaftsafa, et le cas du hilfa gila.
Quatre paires de noms intervertis, quatre halakhot en jeu Chaque fois : le mot d'hier désigne la chose d'aujourd hui. La Guemara demande à chaque fois la nafka mina. Auteur Nom d'hier Désigne aujourd hui Nafka mina Rav Hisda depuis la destruction hilfeta (tsaftsafa) arvata (saule) arvata hilfeta Le loulav Rav Hisda chofara (corne recourbée) hatsotserta (droite) hatsotserta chofara Le chofar de Roch Hachana Rav Hisda petorata (petite table) petora (grande table) petora petorata Les achats et les ventes Abbaye bei kassei (paroi épaisse) houblila (paroi mince) houblila bei kassei L'aiguille dans la paroi Rava bar Yossef Bavel Boursif suite en 34b Les trois premières paires sont celles de Rav Hisda -- hani telat mileh. Abbaye et Rava bar Yossef ajoutent la leur. Rachi : dans chaque paire, ce n'est pas l'objet qui a changé, c'est le nom qui a glissé d'un objet à l'autre.
Les quatre paires de noms échangés et la conséquence pratique de chacune.
1
אַבָּא שָׁאוּל אוֹמֵר: ״עַרְבִי״ — שְׁתַּיִם. אַחַת לְלוּלָב, וְאַחַת לַמִּקְדָּשׁ.

Abba Chaoul dit : arvêi (saules), au pluriel -- deux. Une pour le loulav, et une pour le Temple.

📜 Rachi (1)
אַבָּא שָׁאוּל אוֹמֵר עַרְבֵי דְּאָמַר קְרָא לֹא לְהַכְשִׁיר שֶׁל בַּעַל בָּא אֶלָּא לְלַמֶּדְךָ שֶׁצָּרִיךְ שְׁתֵּי מִצְוֹת שֶׁל עֲרָבָה אַחַת לְאַגָּדָה בְּלוּלָב וְאַחַת לַמִּקְדָּשׁ לְהַקִּיף אֶת הַמִּזְבֵּחַ כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן בְּפֶרֶק לוּלָב וַעֲרָבָה (סֻוכָּה דַּף מה.):
Abba Chaoul omer, Abba Chaoul dit -- le mot arvêi employé par le verset ne vient pas rendre apte le saule de champ sec, mais t enseigner qu'il faut deux mitsvot de arava : l'une pour être liée au loulav, l'autre pour le Temple, afin de faire le tour de l'autel, comme nous le disons plus loin au chapitre Loulav ve-arava (Souka 45a).
🗂️ Tossefot (1)
וְאַחַת לַמִּקְדָּשׁ. תֵּימַהּ דְּכֵיוָן דְּלֵית לֵיהּ הִלְכְתָא אֵימָא אַף בְּגִבּוּלִין דְּמִידִי מִקְדָּשׁ כְּתִיב בִּקְרָא:
Ve-ahat la-mikdach, et une pour le Temple -- c'est étonnant. Puisque [Abba Chaoul] ne dispose pas de la halakha [transmise à Moché au Sinaï], je pourrais dire que cette seconde arava vaut même bi-gvouline, en province, hors du Temple -- car après tout, où le verset écrit-il le mot Temple ?
💡 Explication

Le folio s'ouvre sur la fin d'une baraita commencée en 33b. Le verset des quatre espèces dit arvêi nahal, les saules du torrent, au pluriel. Chaque tana tire de ce pluriel quelque chose de différent, et ces lectures s'excluent l'une l'autre.

Pour Abba Chaoul, le pluriel est un compte : il y a deux mitsvot distinctes de saule. L'une est le rameau lié au loulav, que chacun prend en main les jours de la fête. L'autre n'existe qu'au Temple : on dressait de grands rameaux de saule contre l'autel et on en faisait le tour chaque jour de Souccot.

Tossefot pose aussitôt la question qui dérange. Abba Chaoul tire la arava du Temple d'un verset, non d'une tradition orale. Or le verset ne dit nulle part le mot Temple. Pourquoi cette seconde arava serait-elle réservée au Sanctuaire, et non pratiquée partout ?

🖼️ Schéma
Un seul mot, deux lectures inconciliables : arvêi arvêi nahal -- pluriel Abba Chaoul -- le pluriel compte Deux aravot sont requises : une liée au loulav une pour le tour de l'autel au Temple Conséquence : le mot est déjà employé, il ne peut plus servir à inclure le saule de champ sec ni de montagne. Seul le saule du torrent est apte Les Sages -- le pluriel inclut arvêi enseigne : en tout état de cause. saule du champ sec (baal) : apte saule des montagnes : apte Conséquence : la arava du Temple n'a plus de source scripturaire ; elle est halakha le-Moche mi-Sinaï. Toute arava est apte pour le loulav Nafka mina, selon Tossefot : peut-on prendre pour le loulav un saule qui n'a pas poussé au bord d'un cours d'eau ?
Les deux lectures du pluriel arvêi et ce que chacune coûte à l'autre.
2
וְרַבָּנָן, לַמִּקְדָּשׁ מְנָא לְהוּ? הִלְכְתָא גְּמִירִי לְהוּ. דְּאָמַר רַבִּי אַסִּי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: עֶשֶׂר נְטִיעוֹת, עֲרָבָה וְנִיסּוּךְ הַמַּיִם — הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי.

Et les Sages, d'où tirent-ils celle du Temple ? Ils l'ont reçue par tradition, comme une halakha [transmise à Moché au Sinaï].

Car Rabbi Assi a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : les dix jeunes plants, la arava et la libation d'eau -- halakha [transmise] à Moché au Sinaï.

📜 Rachi (4)
וְרַבָּנָן דְּדָרְשִׁי עַרְבֵי לְהַכְשִׁיר שֶׁל בַּעַל וְשֶׁל הָרִים לַמִּקְדָּשׁ מְנָא לְהוּ:
Ve-rabbanan, et les Sages -- eux qui interprètent arvêi comme rendant apte le saule de champ sec et celui des montagnes : d'où tirent-ils la arava du Temple ?
עֶשֶׂר נְטִיעוֹת עֲרָבָה וְנִסּוּךְ הַמַּיִם הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי אֵלּוּ שְׁלֹשָׁה נִשְׁאֲלוּ בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ מִנַּיִן לָהֶם מִן הַתּוֹרָה וְהֵשִׁיבוּ שֶׁהֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי הֵם וְשָׁמַע הַשּׁוֹמֵעַ וּגְרָסָם כַּסֵּדֶר שֶׁשְּׁמָעָם וְכֵן שִׁיעוּרִים וַחֲצִיצִין וּמֵחִיצִין (לְעֵיל סֻוכָּה דַּף ה:) שְׁמָעָן הַשּׁוֹמֵעַ וְסִדְרָן כַּסֵּדֶר שֶׁשְּׁמָעָן וְכֵן בְּכָל מָקוֹם עֶשֶׂר נְטִיעוֹת מִשְׁנָה הִיא בְּסֵדֶר זְרָעִים (שְׁבִיעִית פ"א מ"ו) עֶשֶׂר נְטִיעוֹת הַמְפֻוזָּרוֹת בְּתוֹךְ בֵּית סְאָה שֶׁאֵין בֵּין זוֹ לָזוֹ אֶלָּא כַּמָּה שֶׁיֵּשׁ בֵּין זוֹ לַחֲבֶרְתָּהּ וְתָפְסוּ בֵּית סְאָה שֶׁהוּא נ' אַמָּה עַל נ' אַמָּה מְפֻוזָּרוֹת לְאֹורֶךְ וְרֹוחַב בְּשָׁוֶה חוֹרְשִׁין כָּל בֵּית סְאָה בִּשְׁבִילָן עֶרֶב שְׁבִיעִית עַד ר"ה אע"פ שֶׁמִּצְוָה מִן הַתּוֹרָה לְהוֹסִיף מֵחֹול עַל הַקֹּדֶשׁ כִּדְנָפְקָא לָן מִבְּחָרִישׁ וּבַקָּצִיר תִּשְׁבֹּות חָרִישׁ שֶׁל עֶרֶב שְׁבִיעִית הַנִּכְנָס לִשְׁבִיעִית וְאָסוּר לַחֲרֹושׁ שְׁלֹשִׁים יוֹם לִפְנֵי ר"ה כִּדְאָמְרִי' בִּשְׁמַעְתָּא קַמַּייְתָא דְּמוֹעֵד קָטָן (דַּף ג.) מִקְּרָאֵי בִּנְטִיעוֹת נֶאֱמַר לְמֹשֶׁה מִסִּינַי שֶׁמֻּותָּר לַחֲרֹושׁ תַּחְתֵּיהֶם עַד ר"ה כְּדֵי שֶׁלֹּא יָבְשׁוּ וְאִם עָשָׂר הֵן וּמְפֻוזָּרוֹת כְּהִלְכָתָן בְּתוֹךְ בֵּית סְאָה נֶאֱמַר לְמֹשֶׁה שֶׁיּוֹנְקוֹת בְּבֵית סְאָה כֻּולָּהּ וּמֻותָּר לַחֲרֹושׁ אֶת כֻּולָּן בִּשְׁבִילָן אֲבָל אִם אֵינָם עָשָׂר אוֹ שֶׁאֵינָן מְפֻוזָּרוֹת כְּהִלְכָתָן חוֹרֵשׁ תַּחַת כָּל אַחַת וְאַחַת כְּשִׁיעוּר יְנִיקָתָהּ לְפִי חֶשְׁבּוֹן עָשָׂר לְבֵית סְאָה וּבָאִילָנוֹת זְקֵנִים נֶאֱסַר ל' יוֹם לִפְנֵי ר"ה כִּדְאָמְרִינַן בְּמוֹעֵד קָטָן (שָׁם) לְר' יִשְׁמָעֵאל מֵהִלְכְתָא ולר"ע מִקְּרָאֵי וַחֲכָמִים עָשׂוּ סְייָג לַתּוֹרָה וְאָסְרוּ בִּשְׂדֵה הַלָּבָן מִפֶּסַח וְאֵילָךְ וּבִשְׂדֵה הָאִילָן בִּזְקֵנִים מֵעֲצֶרֶת וְאֵילָךְ וְאָמְרוּ בִּזְקֵנִים מִפְּנֵי שֶׁיּוֹנְקִים הַרְבֵּה שָׁלֹשׁ אִילָנוֹת (מִמַּטַּע עֲשָׂרָה) לְבֵית סְאָה הֲרֵי אֵלּוּ מִצְטָרְפִים וְחוֹרְשִׁים כָּל בֵּית סְאָה בִּשְׁבִילָן עֵד עֲצֶרֶת לְפִי שֶׁכֻּולּוֹ צָרִיךְ לָהֶן וְיָצְתָה מִתּוֹרַת שְׂדֵה לָבָן וְנַעֲשֵׂית שְׂדֵה אִילָן וְאִם אֵינָם שָׁלֹשׁ חוֹרֵשׁ לְכָל אֶחָד תַּחְתָּיו לְפִי חֶשְׁבּוֹן עַד עֲצֶרֶת וְהַשְּׁאָר אָסוּר מִפֶּסַח וְאֵילָךְ:
Esser netiot, arava ve-nissoukh ha-mayim halakha le-Moche mi-Sinaï, dix jeunes plants, la arava et la libation d'eau sont une halakha à Moché du Sinaï -- ces trois-là ont été posées à la maison d'étude : d'où les tient-on dans la Torah ? On répondit que ce sont des halakhot [transmises] à Moché au Sinaï ; celui qui les entendit les apprit dans l'ordre où il les avait entendues. De même chiourim (les mesures), hatsitsine (les interpositions) et mehitsine (les cloisons), plus haut (Souka 5b) : celui qui les entendit les rangea dans l'ordre où il les avait entendues -- et ainsi partout. Dix jeunes plants : c'est une michna dans l'ordre Zeraim (Chevi it 1,6). Dix jeunes plants dispersés à l'intérieur d'un beit sea, sans qu'il y ait entre l'un et l'autre plus que l'écart régulier entre eux ; on a retenu la mesure du beit sea, soit cinquante coudées sur cinquante, avec des plants répartis également en longueur et en largeur -- on laboure tout le beit sea à cause d'eux, la veille de la chemita, jusqu'à Roch Hachana. Et cela bien qu'il y ait une mitsva de la Torah d'ajouter du profane au sacré, comme nous le déduisons de be-harich ou-va-katsir tichbot (Ex 34,21) -- le labour de la veille de chemita qui entre dans la chemita -- et qu'il soit interdit de labourer trente jours avant Roch Hachana, comme nous le disons dans la première sougya de Moed Katan (3a) à partir des versets. Pour les jeunes plants, il a été dit à Moché au Sinaï qu'il est permis de labourer sous eux jusqu'à Roch Hachana, afin qu'ils ne se dessèchent pas. Et s'ils sont dix et dispersés selon la règle à l'intérieur d'un beit sea, il a été dit à Moché qu'ils tirent leur nourriture de tout le beit sea et qu'il est permis de le labourer entièrement à cause d'eux. Mais s'ils ne sont pas dix, ou s'ils ne sont pas dispersés selon la règle, on laboure sous chacun d'eux selon la mesure de sa succion, à raison de dix pour un beit sea. Pour des arbres âgés, [le labour] est interdit trente jours avant Roch Hachana, comme nous le disons dans Moed Katan (ibid.) : selon R. Yichmael en vertu d'une halakha, et selon R. Akiva à partir des versets. Les Sages ont fait une haie à la Torah et ont interdit [le labour] du champ blanc à partir de Pessa'h, et du verger, pour les arbres âgés, à partir de Atseret. Ils ont dit pour les arbres âgés parce qu'ils tirent beaucoup de nourriture. Trois arbres [d'une plantation de dix] pour un beit sea : ceux-là se joignent et l'on laboure tout le beit sea à cause d'eux jusqu'à Atseret, car ils en ont besoin tout entier, et [le champ] est sorti du statut de champ blanc pour devenir un verger. S'ils ne sont pas trois, on laboure sous chacun selon le calcul, jusqu'à Atseret, et le reste est interdit à partir de Pessa'h.
עֲרָבָה לַמִּקְדָּשׁ דְּאִילּוּ עֲרָבָה לְלוּלָב מִקְּרָא נָפְקָא:
Arava, la arava -- celle du Temple ; car la arava du loulav, elle, se déduit d'un verset.
וְנִיסּוּךְ הַמַּיִם לִתְמִידִין שֶׁל שַׁחַר שִׁבְעַת יְמֵי הֶחָג כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן בְּפֶרֶק לוּלָב וַעֲרָבָה (סֻוכָּה דַּף מח.) וְהָתָם מְפָרֵשׁ כֵּיצַד מְנַסְּכִין בֵּין מַיִם בֵּין יַיִן וְכָל קָרְבָּנוֹת כָּל יְמוֹת הַשָּׁנָה אֵין נִסְכֵּיהֶם אֶלָּא יַיִן חוּץ מִן הֶחָג בְּתָמִיד שֶׁל שַׁחַר שֶׁצָּרִיךְ שְׁנֵי נִיסּוּכִין:
Ve-nissoukh ha-mayim, et la libation d'eau -- sur le tamid du matin, pendant les sept jours de la fête, comme nous le disons plus loin au chapitre Loulav ve-arava (Souka 48a) ; on y explique comment on verse, tant l'eau que le vin. Tous les sacrifices, tout au long de l'année, n'ont pour libation que du vin -- sauf pendant la fête, sur le tamid du matin, qui requiert deux libations.
🗂️ Tossefot (1)
וְרַבָּנַן לַמִּקְדָּשׁ מְנָא לְהוּ. הָכִי נָמֵי מָצֵי לְמִיבְעֵי לְאַבָּא שָׁאוּל שֶׁל בַּעַל וְשֶׁל הָרִים מְנָא לֵיהּ וְשֶׁמָּא לֵית לֵיהּ וְלֵית לֵיהּ נָמֵי הָא דְּדָרְשִׁי רַבָּנָן לְקַמָּן עַרְבֵי נַחַל שְׁתַּיִם אֶלָּא סָבַר לֵיהּ כְּרַבִּי עֲקִיבָא דְּאָמַר הֲדַס אֶחָד וַעֲרָבָה אַחַת וְאֵין הֲלָכָה כְּר"ע כִּדְמוֹכַח לְקַמָּן וּלְפִי זֶה צָרִיךְ לִיזָּהֵר שֶׁלֹּא לִיטֹּול עֲרָבָה לְלוּלָב אא"כ גְּדֵילָה עַל הַנַּחַל דִּשְׁתֵּי דְּרָשׁוֹת לָא דָּרְשִׁינַן מַעֲרָבִי כִּדְדָרְשִׁינַן לְקַמָּן וְכִדְדָרְשִׁינַן הָכָא וְכָל הָנֵי תַּנָּאֵי דְּהָכָא וְדִלְקַמָּן מִתַּנְיָא גַּבֵּי הֲדָדֵי בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים מַשְׁמַע דְּמַר דָּרֵישׁ לֵיהּ הָכִי וּמַר דָּרֵישׁ לֵיהּ הָכִי:
Ve-rabbanan la-mikdach mena lehou, et les Sages, d'où tirent-ils celle du Temple -- on aurait pu tout aussi bien demander à Abba Chaoul : le saule de champ sec et celui des montagnes, d'où les tient-il ? Peut-être ne les admet-il pas, et n'admet-il pas non plus ce que les Sages interprètent plus loin, à savoir que arvêi nahal enseigne deux [aravot] ; il tiendrait plutôt comme Rabbi Akiva, qui dit un myrte et une arava. Or la halakha ne suit pas R. Akiva, comme cela ressort plus loin. Et selon cela, il faut prendre garde à ne prendre pour le loulav qu'une arava qui a poussé au bord du torrent -- car on ne tire pas deux derachot du mot arvêi, celle que l'on tire plus loin et celle que l'on tire ici. Et tous ces tannaim, ceux d'ici et ceux de plus loin, sont enseignés ensemble dans le Torat Kohanim : cela indique que l'un l'interprète ainsi et l'autre ainsi.
⚖️ Rosh (1)
גמ' ת"ר עַרְבֵי נַחַל הַגְּדֵילוֹת עַל הַנַּחַל ד"א עַרְבֵי נַחַל שֶׁעָלָה שֶׁלָּהּ מָשׁוּךְ כְּנַחַל תַּנְיָא אִידַּךְ עַרְבֵי נַחַל אֵין לִי אֶלָּא עַרְבֵי נַחַל שֶׁל בַּעַל וְשֶׁל הָרִים מִנַּיִן ת"ל עַרְבֵי נַחַל מ"מ. אַבָּא שָׁאוּל אוֹמֵר עַרְבֵי נָחַל שְׁתַּיִם אַחַת לַלּוּלָב וְאַחַת לַמִּקְדָּשׁ וּלְרַבָּנָן לַמִּקְדָּשׁ מנ"ל הִלְכְתָא גְּמִירִי לָהּ וְכָתְבוּ הַתּוֹס' דְּאַבָּא שָׁאוּל ות"ק לֵית לְהוּ הָא דְּדָרְשִׁינַן לְקַמָּן עַרְבֵי שְׁתַּיִם אֶלָּא סָבְרִי כר"ע דְּאָמַר עֲרָבָה א' דִּשְׁתֵּי דְּרָשׁוֹת לָא דָּרְשִׁי' מַעֲרָבִי כִּדְמוֹכַח הָכָא דִּלְרַבָּנָן דְּדָרְשִׁי מַעֲרָבִי לְרַבּוֹת שֶׁל בַּעַל וְשֶׁל הָרִים צְרִיכָא לְמֵימַר דְּהִלְכְתָא גְּמִירִי לָהּ וְאֵין הֲלָכָה כְּר"ע וְדָרְשִׁי' עַרְבֵי נַחַל שְׁתַּיִם א"כ לָא אִיתְרַבִּי שֶׁל בַּעַל וְשֶׁל הָרִים א"כ צָרִיךְ לִיזָּהֵר שֶׁלֹּא לְהָבִיא עֲרָבָה אֶלָּא אוֹתָן שֶׁגְּדֵלִים עַל נַחֲלֵי מַיִם וְלֹא שֶׁל הָרִים וְלֹא שֶׁל בַּעַל ע"כ וְכֵן מַשְׁמַע מִדִּבְרֵי הַאַלְפָסִי שֶׁלֹּא הֵבִיא הַבָּרַייְתָא דְּשֶׁל בַּעַל וְשֶׁל הָרִים וְקָשֶׁה לִי שֶׁלֹּא רָאִיתִי הָעוֹלָם נִזְהָרִים מִזֶּה וְגַם רַשִׁ"י פִּי' עַרְבֵי נַחַל הַגְּדֵלִים עַל הַנַּחַל דְּמִצְוָה לְהָבִיא הַגְּדֵלִים עַל הַנַּחַל אֲבָל בְּדִיעֲבַד כְּשֵׁרִים שֶׁל בַּעַל וְשֶׁל הָרִים דְּמִרַבֵּינַן לָהֶן מֵעַרְבֵי נָחַל. מ"מ לֹא רָאִיתִי לְרַבּוֹתַי שֶׁהָיוּ מְצֻוִּוין לְהָבִיא עֲרָבָה הַגְּדֵילָה עַל הַנַּחַל ונ"ל לְפָרֵשׁ דְּעַרְבֵי נַחַל הַגְּדֵילוֹת עַל הַנַּחַל כְּלוֹמַר מִמִּין הַגָּדֵל עַל הַנַּחַל דְּהַיְינוּ עֲרָבָה שֶׁרֻובָּם גְּדֵילָה עַל הַנַּחַל לִמְעוּטֵי צַפְצָפָה הַגְּדֵילָה בֶּהָרִים. ד"א עַרְבֵי נַחַל שֶׁעָלָה שֶׁלָּהּ מָשׁוּךְ כְּנַחַל לִמְעוּטֵי צַפְצָפָה שֶׁעָלָה שֶׁלָּהּ עָגֹול וְהַאי תַּנָּא לֹא מַצְרִיךְ קְרָא לְרַבּוֹיֵי שֶׁל בַּעַל וְשֶׁל הָרִים דְּבִכְלַל עַרְבֵי נַחַל הֵן וְהָכִי סָבְרִי רַבָּנָן דִּלְקַמָּן דְּמַצְרְכִי שְׁתֵּי עֲרָבוֹת וְכֵן מַשְׁמַע מִתּוֹךְ דִּבְרֵי הָרַמְבַּ"ם זַ"ל פ"ז מֹהַל' לוּלָב הל"ג שֶׁכָּתַב עַרְבֵי נַחַל הָאֲמוּרוֹת בַּתּוֹרָה אֵינוֹ כָּל דָּבָר הַגָּדֵל עַל הַנַּחַל אֶלָּא מִין יָדוּעַ הוּא הַנִּקְרָא עַרְבֵי נַחַל עָלֶה שֶׁלּוֹ מָשׁוּךְ וּפִיהוּ חָלָק וְקָנֶה שֶׁלּוֹ אָדֹום וְרֹוב מִין זֶה גָּדֵל עַל הַנְּחָלִים לְכָךְ נִקְרָא עַרְבֵי נַחַל וְאַפֵּי' הָיָה גָּדֵל בַּמִּדְבָּר אוֹ בֶּהָרִים כָּשֵׁר ע"כ: ת"ר אֵיזוֹהִי עֲרָבָה וְאֵיזוֹ הִיא צַפְצָפָה עֲרָבָה קָנֶה שֶׁלָּהּ אָדֹום עָלֶה שֶׁלָּהּ מָשׁוּךְ וּפִיהָ חָלָק צַפְצָפָה קָנֶה שֶׁלָּהּ לָבָן עָלֶה שֶׁלָּהּ עָגֹול וּפִיהָ דּוֹמֶה לְמַגָּל וְהַתַּנְיָא דּוֹמֶה לְמַגָּל כָּשֵׁר דּוֹמֶה לְמַסָּר פָּסוּל אֲמַר אַבָּיֵי כִּי תַּנְיָא הָהִיא בְּחִילְפָא גִּילָא אָמַר אַבָּיֵי שְׁמַע מִינַּהּ הַאי חִילְפָא גִּילָא כָּשֵׁר לְהוֹשַׁעְנָא ואע"ג דְּאִית לֵיהּ שֵׁם לְוַוי:
Guemara. Nos maîtres ont enseigné : arvei nahal, celles qui poussent au bord du torrent. Autre explication : arvei nahal, celle dont la feuille est allongée comme un torrent. Il est enseigné dans une autre baraita : arvei nahal -- je n'ai là que les saules du torrent ; ceux du champ sec et ceux des montagnes, d'où [sait-on qu'ils sont aptes] ? Le verset dit arvei nahal, en tout état de cause. Abba Chaoul dit : arvei nahal, deux -- une pour le loulav et une pour le Temple. Et pour les Sages, d'où vient celle du Temple ? Ils l'ont reçue comme halakha. Les Tossefot ont écrit qu'Abba Chaoul et le premier tana n'admettent pas ce que nous interprétons plus loin, que arvei enseigne deux [aravot] ; ils tiennent plutôt comme R. Akiva, qui dit une seule arava -- car on ne tire pas deux derachot du mot arvei, comme cela ressort d'ici : puisque, pour les Sages qui tirent de arvei l'inclusion du saule de champ sec et de montagne, il a fallu dire que [la arava du Temple] leur vient d'une halakha. Or la halakha ne suit pas R. Akiva, et nous interprétons bien arvei nahal comme enseignant deux [aravot] ; s'il en est ainsi, le saule de champ sec et celui des montagnes n'ont pas été inclus, et il faut donc prendre garde à n'apporter que des saules qui poussent au bord des cours d'eau, ni ceux des montagnes ni ceux du champ sec. Fin de citation. C'est aussi ce qui ressort des paroles du Alfassi, qui n'a pas rapporté la baraita du saule de champ sec et des montagnes. Mais cela me fait difficulté, car je n'ai pas vu que l'on se garde de cela dans le monde. Rachi aussi a expliqué arvei nahal comme ceux qui poussent au bord du torrent, au sens où il y a mitsva d'apporter ceux qui poussent au bord du torrent, mais qu'après coup (be-diavad) ceux du champ sec et des montagnes sont aptes, puisque nous les incluons à partir de arvei nahal. En tout état de cause, je n'ai pas vu que mes maîtres ordonnaient d'apporter une arava ayant poussé au bord du torrent. Il me semble donc qu'il faut expliquer ainsi : arvei nahal, celles qui poussent au bord du torrent, c'est-à-dire de l'espèce qui pousse au bord du torrent -- à savoir la arava, dont la plupart poussent au bord du torrent -- à l'exclusion de la tsaftsafa, qui pousse dans les montagnes. Autre explication : arvei nahal, celle dont la feuille est allongée comme un torrent, à l'exclusion de la tsaftsafa dont la feuille est ronde. Et ce tana-là n'a pas besoin d'un verset pour inclure le saule de champ sec et celui des montagnes, car ils sont déjà compris dans arvei nahal. C'est aussi ce que tiennent les Sages de plus loin, qui exigent deux aravot. C'est encore ce qui ressort des paroles du Rambam, de mémoire bénie, au chapitre 7 des Lois du loulav, halakha 3, qui a écrit : les arvei nahal mentionnées dans la Torah ne désignent pas tout ce qui pousse au bord du torrent, mais une espèce déterminée, appelée arvei nahal, dont la feuille est allongée, le bord lisse et la tige rouge ; et parce que la plupart de cette espèce pousse au bord des torrents, on l'a appelée arvei nahal -- et même si elle a poussé dans le désert ou dans les montagnes, elle est apte. Fin de citation. Nos maîtres ont enseigné : quelle est la arava et quelle est la tsaftsafa ? La arava, sa tige est rouge, sa feuille allongée et son bord lisse. La tsaftsafa, sa tige est blanche, sa feuille ronde et son bord ressemble à une faucille. Mais n'a-t-on pas enseigné : semblable à une faucille -- kacher, semblable à une scie -- passoul ! Abbaye a dit : cette baraita-là a été enseignée à propos du hilfa gila. Abbaye a dit : apprends-en que ce hilfa gila est apte pour la hochana, et cela bien qu'il porte un nom accompagné d'un qualificatif.
💡 Explication

La question des Sages est exactement symétrique de celle de Tossefot au segment précédent. Puisqu'ils ont dépensé le pluriel arvêi pour inclure les saules qui n'ont pas poussé au bord d'un cours d'eau, il ne leur reste rien pour fonder la arava du Temple. Réponse : cette mitsva ne repose sur aucun verset. C'est une halakha le-Moche mi-Sinaï, une loi transmise oralement à Moché, dont la Torah écrite ne porte pas trace.

La Guemara cite alors une liste bien connue de R. Yo'hanan : trois lois que la maison d'étude a cherchées en vain dans le texte -- les dix jeunes plants qui autorisent à labourer tout un champ à la veille de la chemita, la arava du Temple, et la libation d'eau versée sur l'autel pendant Souccot. Rachi ajoute une remarque de méthode : ces listes ne sont pas classées, elles sont retenues dans l'ordre où on les a entendues.

Tossefot en tire la conséquence pratique qui intéresse l'étudiant : si la halakha ne suit pas R. Akiva et que le pluriel sert bien à exiger deux aravot, alors l'inclusion du saule de montagne tombe -- et il faudrait prendre garde à ne se servir que d'un saule poussé au bord de l'eau. Le Roch, plus loin, relève que l'usage reçu ne va pas dans ce sens, et propose une autre lecture où la mention du torrent désigne l'espèce et non le lieu.

🖼️ Schéma
Trois lois sans verset : halakha le-Moche mi-Sinaï R. Assi au nom de R. Yo'hanan. Rachi : on les a cherchées à la maison d'étude, sans les trouver dans la Torah. Dix jeunes plants Dix plants répartis dans un beit sea (50 x 50 coudées). On laboure tout le champ à cause d'eux, jusqu'à Roch Hachana de la chemita. Chevi it 1,6 Arava du Temple On dressait des rameaux contre l'autel et on en faisait le tour chaque jour. Rachi précise : celle-là seule est sans verset -- pas celle du loulav. Libation d'eau Sur le tamid du matin, les sept jours de la fête. Toute l'année les libations sont de vin seul ; là, il y en a deux -- eau et vin. Souka 48a Rachi note que celui qui a entendu ces trois-là les a retenues dans l'ordre entendu -- comme chiourim, hatsitsine, mehitsine. La liste n'est donc pas un classement logique : c'est une chaîne de transmission orale, gardée telle quelle.
Les trois halakhot sans verset citées par R. Assi au nom de R. Yo'hanan.
3
תָּנוּ רַבָּנַן: ״עַרְבֵי נַחַל״ — הַגְּדֵילוֹת עַל הַנַּחַל, פְּרָט לְצַפְצָפָה הַגְּדֵילָה בֵּין הֶהָרִים. אָמַר רַבִּי זֵירָא, מַאי קְרָאָהּ: ״קָח עַל מַיִם רַבִּים צַפְצָפָה שָׂמוֹ״.

Nos maîtres ont enseigné : arvei nahal, les saules du torrent -- celles qui poussent au bord du torrent, à l'exclusion de la tsaftsafa, qui pousse entre les montagnes. Rabbi Zeira a dit : quel est le verset ?

Il le plaça au bord des grandes eaux, il en fit une tsaftsafa (Ezechiel 17,5).

📜 Rachi (2)
מַאי קְרָאָהּ דְּצַפְצָפָה לִגְרִיעוּתָא וְלָא מִינָא דַּעֲרָבָה הִיא דְּנִרַבְּיֵיהּ מַעֲרָבִי מִכָּל מָקוֹם:
Mai kera à, quel est le verset -- [c'est-à-dire] d'où vient que la tsaftsafa est nommée en mauvaise part et qu'elle n'est pas de l'espèce de la arava, de sorte que nous l'inclurions à partir de arvei, en tout état de cause.
קָח עַל מַיִם רַבִּים צַפְצָפָה שָׂמוֹ כְּדִמְפָרֵשׁ לֵיהּ ר' אָבָהוּ אוֹתוֹ שֶׁנִּשְׁרַשׁ וְאָחוּז עַל מַיִם רַבִּים נַעֲשֶׂה צַפְצָפָה אַלְמָא גְּרִיעוּתָא הִיא דִּבְתוֹכָחָה נֶאֱמַר בִּיחֶזְקֵאל:
Kah al mayim rabim tsaftsafa samo, il le plaça au bord des grandes eaux, il en fit une tsaftsafa -- comme l'explique R. Abbahou : celui qui s'était enraciné et fixé au bord des grandes eaux est devenu une tsaftsafa. Preuve que le terme est dépréciatif, puisqu'il est employé dans une réprimande, chez Ezechiel.
💡 Explication

Nouvelle baraita, qui aborde la question par un autre bout : non plus combien d'aravot, mais laquelle. Elle lit arvei nahal comme une indication de lieu -- ce qui pousse au bord du torrent -- afin d'écarter la tsaftsafa, une espèce voisine du saule qui pousse dans les montagnes.

R. Zeira demande une preuve scripturaire, et sa question est plus fine qu'il n'y paraît. Le pluriel arvei sert déjà à inclure largement ; qu'est-ce qui empêche d'y inclure aussi la tsaftsafa ? Il faut donc montrer qu'elle est disqualifiée en elle-même. Le verset d'Ezechiel, tiré d'une parabole de réprimande, emploie ce mot dans un contexte de déchéance -- ce qui suffit à établir qu'il ne s'agit pas d'une variété noble de saule.

4
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: וְדִילְמָא פָּרוֹשֵׁי קָא מְפָרֵשׁ — ״קָח עַל מַיִם רַבִּים״, וּמַאי נִיהוּ — צַפְצָפָה! אִם כֵּן, מַאי ״שְׁמוֹ״? אָמַר רַבִּי אָבָהוּ: אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: אֲנִי אָמַרְתִּי שֶׁיְּהוּ יִשְׂרָאֵל לְפָנַי כ״קח עַל מַיִם רַבִּים״, וּמַאי נִיהוּ — עֲרָבָה, וְהֵן שָׂמוּ עַצְמָן כְּצַפְצָפָה שֶׁבֶּהָרִים.

Abbaye lui dit : et peut-être le verset ne fait-il qu'expliquer -- il le plaça au bord des grandes eaux, et qu'est-ce donc ? Une tsaftsafa !

[Réponse :] s'il en est ainsi, que signifie samo, il en fit ? Rabbi Abbahou a dit : le Saint béni soit-Il a dit -- Moi, J'avais dit que les enfants d'Israël seraient devant Moi comme une pousse au bord des grandes eaux, et qu'est-ce donc ?

La arava. Et eux se sont faits eux-mêmes comme la tsaftsafa des montagnes.

📜 Rachi (1)
א"ר אָבָהוּ גָּרְסִינַן וְלָא גָּרְסִינַן אֶלָּא וְלָאו לְפָרוֹשֵׁי טַעְמָא דְּמַתְנִי' אֶלָּא מִלְּתָא בְּאַפֵּי נַפְשָׁהּ הִיא הוֹאִיל וְאַיְירֵי בִּקְרָא פַּרְשִׁיָּה:
Amar Rabbi Abbahou, R. Abbahou a dit -- telle est la leçon, et l'on ne lit pas ela, plutôt. Ce n'est pas pour expliquer le motif de la baraita, mais c'est un propos indépendant : puisque l'on traitait de ce verset, on l'a expliqué.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: אֲנִי אָמַרְתִּי שֶׁיְּהוּ יִשְׂרָאֵל לְפָנַי כ"קח עַל מַיִם רַבִּים " (יְחֶזְקֵאל יז, ה) וְכוּ'. נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁיִּהְיוּ רְאוּיָן לְטוֹב מִצַּד זְכוּת הַתּוֹרָה שֶׁנִּקְרֵאת מַיִם וְהֵם שָׂמוּ עַצְמָם כְּצַפְצָפָה בֵּין הֶהָרִים שֶׁלֹּא עָסְקוּ בַּתּוֹרָה כָּרָאוּי וְרַק רְאוּיָם לְטוֹבָה בִּזְכוּת הָאָבוֹת שֶׁנִּקְרְאוּ הָרִים. אוֹ יוּבַן בס"ד אֲנִי אָמַרְתִּי שֶׁיִּהְיוּ כָּעֲרֵבָה שֶׁפִּיהָ חָלָק וְאֵין בּוֹ פְּגִימוֹת וְהֵם נַעֲשׂוּ כְּצַפְצָפָה שֶׁפִּיהָ דּוֹמֶה לְמַגָּל הֶעָשׂוּי פְּגִימוֹת פְּגִימוֹת כֵּן הֵם פְּגָמוֹ לְשׁוֹנָם וְדִבּוּרָם. וּבָזֶה יוּבַן בס"ד רָמַז הַכָּתוּב (הוֹשֵׁעַ יד, ג) 'כָּל תִּשָּׂא עָוֹ‍ן וְקַח טוֹב' כְּלוֹמַר שֶׁעַתָּה נִדְמֶה אֶל קַח הַטּוֹב הַגָּדֵל 'עַל מַיִם רַבִּים'.
Amar ha-Kadoch Baroukh Hou : ani amarti che-yehou Israël lefanai ke-kah al mayim rabim, le Saint béni soit-Il a dit : Moi, J'avais dit que les enfants d'Israël seraient devant Moi comme une pousse au bord des grandes eaux (Ezechiel 17,5), etc. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le sens est celui-ci : qu'ils soient dignes du bien par le mérite de la Torah, qui est appelée eau ; et eux se sont faits eux-mêmes comme la tsaftsafa d'entre les montagnes, en ce qu'ils ne se sont pas occupés de Torah comme il convenait, et ne sont plus dignes du bien que par le mérite des Pères, qui sont appelés montagnes. Ou bien on peut le comprendre ainsi, avec l'aide du Ciel : Moi, J'avais dit qu'ils seraient comme la arava, dont le bord de la feuille est lisse et sans ébréchures ; et ils se sont faits comme la tsaftsafa, dont le bord ressemble à une faucille toute en ébréchures -- ainsi ont-ils ébréché leur langue et leur parole. Et par là se comprend, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset (Osée 14,3) kol tissa avon ve-kah tov, pardonne toute faute et prends le bien : c'est-à-dire que nous soyons désormais semblables au kah, à la bonne pousse qui grandit al mayim rabim, au bord des grandes eaux.
💡 Explication

L'objection d'Abbaye porte sur la grammaire du verset. Un verset biblique procède souvent par parallélisme : la seconde moitié reprend et précise la première. Si c'est le cas ici, le prophète dirait simplement qu'on a planté une tsaftsafa au bord des grandes eaux -- et la tsaftsafa pousserait donc bel et bien près de l'eau, ce qui ruine la preuve.

La réponse tient à un seul mot : samo, il en fit, ou il l'institua. Ce verbe marque un changement d'état, pas une apposition. Quelque chose a été planté au bord de l'eau, puis est devenu autre chose. La lecture parallèle est donc exclue.

R. Abbahou déploie ce changement d'état en parabole. Rachi précise d'ailleurs que ce propos n'est pas la réponse à l'objection, mais une exposition autonome, greffée sur le verset à l'occasion. Israël avait été planté comme une arava au bord des eaux ; c'est lui-même qui s'est transformé en tsaftsafa des montagnes -- l'image d'une déchéance choisie, non subie.

5
אִיכָּא דְּמַתְנֵי לַהּ לְהַאי קְרָא אַמַּתְנִיתָא: ״קָח עַל מַיִם רַבִּים צַפְצָפָה שָׂמוֹ״. מַתְקִיף לַהּ רַבִּי זֵירָא: וְדִילְמָא פָּרוֹשֵׁי קָא מְפָרֵשׁ ״קָח עַל מַיִם רַבִּים״, מַאי נִיהוּ — צַפְצָפָה! אִם כֵּן — מַאי ״שְׁמוֹ״? אָמַר רַבִּי אָבָהוּ: אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: אֲנִי אָמַרְתִּי שֶׁיְּהוּ יִשְׂרָאֵל לְפָנַי כ״קח עַל מַיִם רַבִּים״, וּמַאי נִיהוּ — עֲרָבָה, וְהֵן שָׂמוּ עַצְמָן כְּצַפְצָפָה שֶׁבֶּהָרִים.

Il en est qui enseignent ce verset à la suite de la baraita elle-même : il le plaça au bord des grandes eaux, il en fit une tsaftsafa. Rabbi Zeira objecte : et peut-être le verset ne fait-il qu'expliquer -- il le plaça au bord des grandes eaux, qu'est-ce donc ?

Une tsaftsafa ! S'il en est ainsi, que signifie samo ?

Rabbi Abbahou a dit : le Saint béni soit-Il a dit -- Moi, J'avais dit que les enfants d'Israël seraient devant Moi comme une pousse au bord des grandes eaux, et qu'est-ce donc ? La arava.

Et eux se sont faits eux-mêmes comme la tsaftsafa des montagnes.

📜 Rachi (1)
וְאִיכָּא דְּמַתְנֵי לְהַאי קְרָא אַמַּתְנִי' דְּתַנָּא דְּמַתְנִי' גּוּפֵיהּ אַייְתְיֵהּ בְּמָתְנֵי' וְלָאו ר' זֵירָא וְהַךְ אַתְקָפְתָּא דְּאַבַּיֵּי מַתְנֵי לָהּ בַּר' זֵירָא וְתֵירוּצָא דְּא"כ מַאי שְׁמוֹ מַתְנוּ לָהּ בְּלֹא גַּבְרָא:
Ve-ika de-matnei le-haï kera à-matnitin, il en est qui enseignent ce verset à la suite de la baraita -- c'est le tana de la baraita lui-même qui a apporté [le verset] dans la baraita, et non R. Zeira ; et cette objection, qui était celle d'Abbaye, ils l'enseignent au nom de R. Zeira ; quant à la réponse s'il en est ainsi, que signifie samo, ils l'enseignent sans nom d'auteur.
💡 Explication

Même matériau, autre répartition des rôles. Dans la première version, le verset était apporté par R. Zeira et l'objection venait d'Abbaye. Dans celle-ci, le verset fait déjà partie de la baraita, l'objection est mise au compte de R. Zeira, et la réponse ne porte aucun nom.

Ce genre de doublet est fréquent dans le Talmud et ne change rien au contenu de l'argument. Il documente deux traditions d'école sur la chaîne de transmission. La substance -- le mot samo exclut la lecture par parallélisme -- reste identique dans les deux versions.

6
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵי זֶהוּ עֲרָבָה וְאֵיזֶהוּ צַפְצָפָה? עֲרָבָה, קָנֶה שֶׁלָּהּ אָדֹום, וְעָלֶה שֶׁלָּהּ מָשׁוּךְ וּפִיהָ חָלָק. צַפְצָפָה, קָנֶה שֶׁלָּהּ לָבָן, וְעָלֶה שֶׁלָּהּ עָגֹול וּפִיהָ דּוֹמֶה לְמַגָּל. וְהָא תַּנְיָא: דּוֹמֶה לְמַגָּל כָּשֵׁר, דּוֹמֶה לְמַסָּר — פָּסוּל! אָמַר אַבַּיֵּי: כִּי תַנְיָא הַהִיא, בְּחִילְפָא גִּילָא.

Nos maîtres ont enseigné : quelle est la arava et quelle est la tsaftsafa ? La arava : sa tige est rouge, sa feuille est allongée et son bord est lisse.

La tsaftsafa : sa tige est blanche, sa feuille est ronde et son bord ressemble à une faucille. Mais n'a-t-on pas enseigné : semblable à une faucille -- kacher ; semblable à une scie -- passoul !

Abbaye a dit : cette baraita-là a été enseignée à propos du hilfa gila.

📜 Rachi (4)
קָנֶה שֶׁלָּהּ עֵץ שֶׁלָּהּ:
Kane chelah, sa tige -- son bois.
וּפִיהָ חָלָק חֻודָּן שֶׁל עָלִין חָלָק וְאֵינוֹ עָשׂוּי פְּגִימוֹת פְּגִימוֹת:
Ou-fiha halak, et son bord est lisse -- la pointe des feuilles est lisse, et n'est pas faite de dentelures.
וְהַתַּנְיָא דּוֹמֶה לְמַגָּל כָּשֵׁר מַגָּל קָצִיר פְּגִימוֹתֶיהָ כֻּולָּן נוֹטוֹת לְצַד אֶחָד עֲקוּמוֹת כְּלַפֵּי בֵּית יָד שֶׁלָּהּ. מַסָּר הִיא מְגֵירָה שֶׁקּוֹרִין שיג"ה וּפְגִימוֹתֶיהָ הוֹלְכוֹת נוֹכְחוֹ וְלָהֶם שְׁנֵי עֻוקְצִין אֶחָד מִכָּאן וְאֶחָד מִכָּאן כִּפְגִימוֹת סַכִּין:
Ve-ha tania dôme le-magal kacher, mais n'a-t-on pas enseigné que semblable à une faucille est kacher -- la faucille de moisson : ses dents penchent toutes du même côté, recourbées vers son manche. Le massar est la scie, que l'on appelle sighe [en langue vernaculaire] : ses dents vont droit devant elles et portent deux pointes, une de chaque côté, comme les dentelures d'un couteau.
ה"ג מַשְׁכַּחַת לָהּ בְּחִילְפָא גִּילָא וְלֹא גָּרַס וּמַשְׁכַּחַת לָהּ חִילְפָא גִּילָא מִין עֲרָבָה כְּשֵׁרָה הִיא וּפִיהָ דּוֹמֶה לְמַגָּל אֲבָל שְׁאָר עֲרָבָה פִּיהָ חָלָק:
Ha gorsinan machkahat lah be-hilfa gila, telle est la leçon : on trouve cela dans le hilfa gila -- et l'on ne lit pas ou-machkahat lah. Le hilfa gila est une espèce de arava apte, dont le bord ressemble à une faucille ; mais le bord des autres aravot est lisse.
🗂️ Tossefot (1)
קָנֶה שֶׁלָּהּ כו'. כֵּיוָן דְּפֵירֵשׁ סִימָנֵי עֲרָבָה הָוֵי סַגִּי אֶלָּא לְהַכְשִׁיר אַף שֶׁאֵין בּוֹ ג' סִימָנִים אֵלּוּ כְּגוֹן חִילְפָא גִּילָא לְפִיכָךְ קָתָנֵי סִימָנֵי צַפְצָפָה לְמֵימַר דַּוְקָא הָנֵי:
Kane chelah, sa tige, etc. -- dès lors qu'elle a détaillé les signes de la arava, cela aurait dû suffire. Si [la baraita] énonce aussi les signes de la tsaftsafa, c'est pour rendre apte même ce qui ne possède pas ces trois signes -- comme le hilfa gila -- en disant : ceux-là seulement [disqualifient].
💡 Explication

Après le lieu de pousse, la baraita passe aux signes physiques. Trois critères séparent la arava de la tsaftsafa : la couleur de la tige, rouge contre blanche ; la forme de la feuille, allongée contre ronde ; et le bord de la feuille, lisse contre dentelé.

Une seconde baraita vient brouiller le troisième critère : elle distingue deux sortes de dentelures, celles d'une faucille et celles d'une scie, et ne déclare passoul que les secondes. Rachi rend la différence visible : les dents d'une faucille penchent toutes du même côté, celles d'une scie sont droites et pointent des deux côtés.

Abbaye résout en circonscrivant la seconde baraita à une espèce particulière, le hilfa gila, une variété de saule dont le bord est dentelé. Tossefot ajoute une observation de méthode : si la baraita prend la peine d'énumérer aussi les signes de la tsaftsafa, alors que les signes de la arava suffisaient, c'est pour dire que seuls ces trois-là disqualifient -- ce qui laisse la place au hilfa gila.

🖼️ Schéma
Trois bords de feuille, selon Rachi Tout se joue sur la forme des dentelures. Rachi décrit l'outil pour faire voir la feuille. Bord lisse Aucune dentelure. C'est la arava ordinaire. Kachère signe donné par la baraita Comme une faucille Dents toutes penchées du même côté, vers le manche. Kacher -- hilfa gila c'est la lecture d'Abbaye Comme une scie Dents droites, à deux pointes, une de chaque côté. Passoul c'est la tsaftsafa Rachi donne le nom vernaculaire de la scie -- sighe -- et compare ses dents à celles d'un couteau de chehita. La distinction n'est donc pas dentelé contre lisse, mais dentelé dans un sens contre dentelé dans les deux.
Les trois formes de bord décrites par Rachi et leur statut halakhique.
7
אָמַר אַבַּיֵּי: שְׁמַע מִינַּהּ הַאי חִילְפָא גִּילָא — כָּשֵׁר לְהוֹשַׁעְנָא. פְּשִׁיטָא! מַהוּ דְתֵימָא: הוֹאִיל וְאִית לֵיהּ שֵׁם לְווַי לָא נִתַּכְשַׁר, קָא מַשְׁמָע לַן.

Abbaye a dit : apprends-en que ce hilfa gila est apte pour la hochana. -- C'est évident ! -- On aurait pu dire que, puisqu'il porte un nom accompagné d'un qualificatif, il ne serait pas apte : il nous l'apprend donc.

💡 Explication

Abbaye tire de sa propre résolution une conclusion positive : le hilfa gila n'est pas seulement toléré, il est apte pour la hochana, le bouquet des quatre espèces.

L'objection c'est évident vise ce qui paraît acquis : puisqu'il s'agit d'une espèce de saule, pourquoi faudrait-il le dire ? La réponse invoque une règle bien connue du droit talmudique, celle du chem levai, le nom accompagné. Une chose qui ne s'appelle pas simplement X mais X-de-telle-sorte peut se voir refuser le statut de X pur -- on le rencontre ailleurs, par exemple pour les espèces de blé ou les villes.

8
וְאֵימָא הָכִי נָמֵי! ״עַרְבֵי נַחַל״ אֲמַר רַחֲמָנָא, מִכָּל מָקוֹם.

Et dis donc qu'il en est bien ainsi ! -- Le Miséricordieux a dit arvei nahal, [au pluriel,] en tout état de cause.

💡 Explication

La Guemara pousse l'objection jusqu'au bout : si le chem levai disqualifie ailleurs, pourquoi pas ici ? Autrement dit, admettons que le hilfa gila soit écarté.

La réponse rappelle le pluriel du verset, déjà exploité au début du folio. Arvei nahal vaut mi-kol makom, en tout état de cause -- une formule qui neutralise précisément les objections de catégorie. Ce même pluriel qui incluait le saule des montagnes inclut donc aussi celui dont le nom est composé.

9
אָמַר רַב חִסְדָּא: הָנֵי תְּלָת מִילֵּי אִשְׁתַּנִּי שְׁמַייְהוּ מִכִּי חֲרַב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ: חֲלַפְתָּא — עֲרַבְתָּא, עֲרַבְתָּא — חֲלַפְתָּא. מַאי נָפְקָא מִינָּה? לְלוּלָב.

Rav Hisda a dit : ces trois choses-là ont changé de nom depuis que le Temple a été détruit. Le hilfeta est [appelé] arvata, et la arvata est [appelée] hilfeta.

Quelle différence pratique ? Pour le loulav.

📜 Rachi (1)
חִילְפָא עֲרַבְתָּא לָאו הַיְינוּ חִילְפָא גִּילָא אֶלָּא צַפְצָפָה וְעַכְשָׁיו נִשְׁתַּנֵּית מִשְּׁמָהּ וְקוֹרִין לָהּ עֲרָבָה:
Hilfa arvata, le hilfa est la arvata -- il ne s'agit pas ici du hilfa gila, mais de la tsaftsafa ; elle a maintenant changé de nom et on l'appelle arava.
💡 Explication

Le folio change de registre sans changer de sujet. Rav Hisda part d'une observation de langue : depuis la destruction du Temple, trois couples de mots ont échangé leurs référents. Ce qu'on appelait saule s'appelle désormais hilfeta, et inversement.

Rachi prévient une confusion facile : le hilfeta dont il est question ici n'est pas le hilfa gila du passage précédent, qui est une variété de saule apte. C'est la tsaftsafa, l'espèce disqualifiée. Le renversement est donc lourd de conséquences : qui demande aujourd hui une arvata pour son loulav se voit remettre ce que la baraita appelait tsaftsafa.

10
שִׁיפּוּרָא — חֲצוֹצַרְתָּא, חֲצוֹצַרְתָּא — שִׁיפּוּרָא. מַאי נָפְקָא מִינָּה? לְשׁוֹפָר שֶׁל רֹאשׁ הַשָּׁנָה.

Le chofar est [appelé] hatsotserta, la trompette, et la hatsotserta est [appelée] chofar. Quelle différence pratique ?

Pour le chofar de Roch Hachana.

📜 Rachi (2)
שִׁיפּוּרָא כָּפוּף:
Chifoura, le chofar -- [une corne] recourbée.
חֲצוֹצַרְתָּא פְּשׁוּטָה וְאֵינָהּ שֶׁל אַיִל:
Hatsotserta, la trompette -- droite, et qui n'est pas de bélier.
💡 Explication

Deuxième paire. Rachi donne les deux définitions objectives, celles qui ne dépendent pas du vocabulaire : l'instrument recourbé, en corne de bélier, contre l'instrument droit, qui n'est pas fait de corne de bélier.

L'enjeu est direct. À Roch Hachana on ne s'acquitte qu'avec l'instrument recourbé. Si quelqu un demande aujourd hui quel instrument prendre et qu'on lui répond par le mot ancien, il prendra le mauvais. Il faut donc lui indiquer ce que sa génération appelle hatsotserta.

11
פָּתוֹרְתָּא — פָּתוּרָא, פָּתוּרָא — פָּתוֹרְתָּא. לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ? לְמִקָּח וּמִמְכָּר.

La petorata est [appelée] petora, et la petora est [appelée] petorata. Pour quelle différence pratique ?

Pour les achats et les ventes.

📜 Rachi (1)
פָּתוֹרְתָּא פָּתוּרָא הָאַחַת גְּדוֹלָה וְהָאַחַת קְטַנָּה וְשָׁם הָיוּ רְגִילִין לִקְרוֹת לִגְדוֹלָה חֵלֶף קְטַנָּה וְשֶׁל קְטַנָּה לִגְדוֹלָה:
Petorata petora, la petorata est la petora -- l'une est grande et l'autre petite ; là-bas, ils avaient coutume de donner à la grande le nom de la petite, et à la petite le nom de la grande.
💡 Explication

Troisième paire, entièrement profane cette fois : deux formats de table. La conséquence n'est plus rituelle mais civile -- elle touche au mekah ou-mimkar, le droit de la vente.

Le raisonnement est celui de tout contrat : ce qui engage les parties, c'est le sens des mots dans leur usage présent. Qui commande une petora en pensant au vocabulaire ancien recevra la table de l'autre taille, et la vente sera faite sur un malentendu.

12
אָמַר אַבַּיֵּי, אַף אֲנִי אוֹמֵר: בֵּי כָּסֵי — הֻובְלִילָא, הֻובְלִילָא — בֵּי כָּסֵי.

Abbaye a dit : moi aussi j'en dis une -- le bei kassei est [appelé] houblila, et le houblila est [appelé] bei kassei.

📜 Rachi (2)
אַף אֲנִי אוֹמֵר אַף אֲנִי יֵשׁ בְּיָדִי עוֹד אֶחָד שֶׁנִּתְחַלֵּף שָׁמָּה:
Af ani omer, moi aussi j'en dis une -- moi aussi j'ai en main un cas de plus dont le nom a été interverti.
הֻובְלִילָא צנפיי"ל:
Houvlila, le houblila -- tsanfeil [nom vernaculaire de l'une des poches de l'estomac du ruminant].
💡 Explication

Abbaye ajoute une quatrième paire à la liste de Rav Hisda, qui n'en comptait que trois. La formule af ani omer, moi aussi j'en dis une, signale une contribution personnelle au même genre d'observation.

Il s'agit ici de deux compartiments de l'estomac des ruminants. Le bei kassei, littéralement la maison des coupes, et le houblila -- deux poches voisines dont le nom a glissé de l'une à l'autre. Rachi se contente de donner un équivalent vernaculaire, signe que l'identification anatomique précise était déjà délicate de son temps.

13
לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ? לְמַחַט הַנִּמְצָא בְּעֹובִי בֵּית הַכּוֹסוֹת.

Pour quelle différence pratique ? Pour l'aiguille trouvée dans l'épaisseur du beit ha-kossot.

📜 Rachi (1)
בֵּית הַכּוֹסוֹת סוֹף הַכָּרֵס שֶׁקּוֹרִין פנצ"ה וְהוּא עָשׂוּי כְּכוֹבַע וּכְכוֹס וְדָופְנוֹ סָבִיב (שָׂפָה) לוֹ עָבֶה כִּשְׁתֵּי דְּפָנוֹת וְתַנְיָא חֻולִּין (דַּף נ:) מַחַט שֶׁנִּמְצֵאת בְּעֹובִי בֵּית הַכּוֹסוֹת מִצַּד אֶחָד תְּחוּבָה בְּעָובְיוֹ וְלֹא נִיקַּב נֶקֶב מְפֻולָּשׁ כָּשֵׁר שֶׁהָעֹובִי סוֹתְמוֹ וּמֵגֵין מִשְּׁנֵי צְדָדִין שֶׁהַנֶּקֶב מְפֻולָּשׁ טְרֵיפָה וּבְאוֹתוֹ שֶׁקּוֹרִין עַכְשָׁיו בֵּית הַכּוֹסוֹת אֵין חִילּוּק לְהַכְשִׁיר מִפְּנֵי שֶׁדָּופְנוֹ דַּק וְהוּא הָיָה רָגִיל לִקְרוֹת הֻובְלִילָא:
Beit ha-kossot -- l'extrémité de la panse, que l'on appelle pantse ; il est fait comme un chapeau et comme une coupe, et sa paroi tout autour est épaisse comme deux parois. Il est enseigné dans Houlin (50b) : une aiguille trouvée dans l'épaisseur du beit ha-kossot d'un seul côté, enfoncée dans son épaisseur sans avoir percé un trou de part en part -- [la bête est] kachère, car l'épaisseur bouche [le trou] et protège ; des deux côtés, c'est-à-dire lorsque le trou traverse -- terefa. Mais dans ce que l'on appelle aujourd hui beit ha-kossot, il n'y a pas de distinction permettant de déclarer kacher, parce que sa paroi est mince -- et c'est celui-là que l'on avait coutume d'appeler houblila.
🗂️ Tossefot (1)
בֵּית הַכּוֹסוֹת. סוֹף הַכָּרֵס שֶׁקּוֹרִין פַּנְצֶא וְהוּא עָשׂוּי כְּכוֹבַע וּכְכוֹס וְתַנְיָא מַחַט שֶׁנִּמְצֵאת בְּעֹובִי בֵּית הַכּוֹסוֹת מִצַּד אֶחָד וְלֹא נִיקַּב נֶקֶב מְפֻולָּשׁ כְּשֵׁרָה שֶׁהָעוֹר סוֹתְמוֹ וּמֵגֵין מִשְּׁנֵי צְדָדִין שֶׁהַנֶּקֶב מְפֻולָּשׁ טְרֵפָה וּבְאוֹתוֹ שֶׁקּוֹרִין עַכְשָׁיו בֵּית הַכּוֹסוֹת אֵין חִילּוּק לְהַכְשִׁיר מִפְּנֵי שֶׁדָּופְנוֹ דַּק וְהוּא הָיָה רָגִיל לִקְרוֹת הֻובְלִילָא כָּךְ פֵּי' בַּקְּוַנְט' וְאִם תִּמְצָא לוֹמַר דְּאֵין סְבָרָא שֶׁיְּהֵא טְרֵפָה הוֹאִיל וְלֹא נִיקַּב אֶלָּא חֲצִי הָעוֹר מָצֵינַן לְמֵימַר דְּכֻולּוֹ נִיקַּב וְחָייְשִׁינַן שֶׁמָּא הִבְרִיא כִּי הֵיכִי דְּחָיֵישׁ בְּרֵישׁ אֵלּוּ טְרֵפוֹת (חֻולִּין דַּף מג:) גַּבֵּי יָשַׁב לוֹ קוֹץ בַּוֶּשֶׁט לְמָאֵן דְּחָייֵשׁ לִסְפֵק דְּרוּסָה וְהָא דִּתְנָא הָתָם הֶמְסֵס וּבֵית הַכּוֹסוֹת שֶׁנִּיקְּבוּ לַחוּץ דְּמַשְׁמַע דְּבָעֵינַן נֶקֶב מְפֻולָּשׁ לָאו דַּוְקָא לַחוּץ מְפֻולָּשׁ אֶלָּא כְּלוֹמַר כְּלַפֵּי חוּץ לְאַפּוֹקֵי נִקְּבוּ זֶה לְתוֹךְ זֶה וְהָא דְּקָא אָמְרִי' בְּעֹובִי בֵּית הַכּוֹסוֹת מִצַּד אֶחָד כְּשֵׁרָה צָרִיךְ לְפָרֵשׁ אוֹתוֹ צַד מִבִּפְנִים כְּלַפֵּי הָרְעִי דְּאִי צַד חִיצוֹן שֶׁכְּלַפֵּי חֲלַל הַגּוּף אַפֵּי' לֹא נִיקַּב כְּלָל אֶלָּא שֶׁנִּמְצֵאת מַחַט בַּחֲלַל הַגּוּף טְרֵפָה דְּאָמְרִינַן נְקוּבֵי נָקַב וַאֲתַאי וְאֵין נִרְאֶה לר"ת לוֹמַר שֶׁתְּהֵא טְרֵפָה בְּלֹא נֶקֶב אֶלָּא חֲצִי הָעֹובִי שֶׁל הֶמְסֵס נָמֵי מִצַּד אֶחָד כְּשֵׁרָה וְהָא דִּנְקַט עֹובִי בֵּית הַכּוֹסוֹת רְבוּתָא קמ"ל אע"פ שֶׁנִּיקַּב עוֹר אֶחָד שָׁלֵם אַפֵּ"ה כְּשֵׁרָה עַד שֶׁיִּנָּקְבוּ שְׁנֵיהֶם וְאַיְּידֵי דִּנְקַט מִצַּד אֶחָד כְּשֵׁרָה נְקַט נָמֵי מְשַׁנֵּי צְדָדִין טְרֵיפָה אַף עַל פִּי דְּמִילְּתָא דִּפְשִׁיטָא הִיא אִי נָמֵי ס"ד מִשְּׁנֵי צְדָדִין דְּנִיקְּבוּ שְׁתֵּי הָעוֹרוֹת כְּשֵׁרָה לְפִי שֶׁשּׁוֹכֵב ע"ג הֶמְסֵס וּמְדֻובָּק שָׁם בַּשֻּׁומָּן וּמֵגֵין שֶׁלֹּא יֵצֵא הָרְעִי מִידִי דַּהֲוָה אַחַלְחֹולֶת שֶׁנִּיקְּבָה וִירֵכַיִם מַעֲמִידוֹת אוֹתָהּ וְהָא דְּנָפְקָא מִינָּהּ הָכָא בְּמַאי דְּאִישְׁתַּנִּי שְׁמַיְיהוּ הַייְנוּ נַפְקוּתָא דְּלָא תִּטְעֶה מַה שֶׁאָמַר מִצַּד אֶחָד כְּשֵׁרָה הַיְינוּ בְּהֻובְלִילָא דְּהַייְנוּ הֶמְסֵס שֶׁקּוֹרִין עַכְשָׁיו בֵּית הַכּוֹסוֹת אֲבָל מַה שֶׁקּוֹרִין הֻובְלִילָא דְּהַייְנוּ מַה שֶׁהָיוּ רְגִילִין לִקְרוֹת בֵּית הַכּוֹסוֹת אַפֵּי' מִצַּד אֶחָד טְרֵפָה הוֹאִיל וְנִיקַּב עוֹר שָׁלֵם וְכֵן שֶׁלֹּא נִטְעֶה נָמֵי בְּמִשְׁנֵי צְדָדִין טְרֵפָה דְּהָוֵי בְּמַה שֶׁקּוֹרִין עַכְשָׁיו בֵּית הַכּוֹסוֹת דְּהוּא הֶמְסֵס אֲבָל מַה שֶׁקּוֹרִין עַכְשָׁיו הֻובְלִילָא דְּהוּא מַה שֶּׁהָיוּ קוֹרְאִין תְּחִלָּה בֵּית הַכּוֹסוֹת אַפֵּי' מִשְּׁנֵי צְדָדִין כְּשֵׁרָה כְּחַלְחֹולֶת שֶׁנִּיקְּבָה וִירֵכַיִם מַעֲמִידוֹת אוֹתָהּ:
Beit ha-kossot -- l'extrémité de la panse, que l'on appelle pantsa ; il est fait comme un chapeau et comme une coupe. Et il est enseigné : une aiguille trouvée dans l'épaisseur du beit ha-kossot d'un seul côté, sans avoir percé un trou de part en part -- kachère, car la membrane bouche et protège ; des deux côtés, c'est-à-dire lorsque le trou traverse -- terefa. Or dans ce que l'on appelle aujourd hui beit ha-kossot, il n'y a pas de distinction permettant de déclarer kacher, parce que sa paroi est mince -- et c'est celui-là que l'on avait coutume d'appeler houblila. Ainsi a expliqué le Kountras (Rachi). Et si tu voulais dire qu'il n'est pas raisonnable qu'elle soit terefa alors que la moitié seulement de la membrane a été percée, nous pouvons répondre que la membrane a été percée tout entière et que nous craignons qu'elle ne se soit refermée -- de même que l'on craint au début du chapitre Elou terefot (Houlin 43b) à propos d'une épine plantée dans l'oesophage, selon celui qui craint pour un doute de derissa. Quant à ce qui est enseigné là-bas, le hemses et le beit ha-kossot qui ont été percés vers l'extérieur -- ce qui laisse entendre qu'il faut un trou traversant -- il ne s'agit pas précisément d'un trou traversant vers le dehors, mais cela veut dire du côté extérieur, à l'exclusion du cas où l'un a été percé dans l'autre. Et ce que nous disons, dans l'épaisseur du beit ha-kossot d'un seul côté, kachère, il faut l'expliquer du côté intérieur, du côté des excréments. Car s'il s'agissait du côté extérieur, celui qui donne sur la cavité du corps, alors même s'il n'y avait aucune perforation, du seul fait qu'une aiguille se trouve dans la cavité du corps [la bête serait] terefa, puisque nous disons : elle a bien percé quelque chose en chemin. Mais Rabbenou Tam ne trouve pas juste de dire qu'elle serait terefa sans perforation ; plutôt, même la moitié de l'épaisseur du hemses, d'un seul côté, est kachère. Et si [la baraita] a mentionné l'épaisseur du beit ha-kossot, c'est pour nous apprendre une nouveauté : bien qu'une membrane entière ait été percée, elle reste malgré tout kachère tant que les deux ne sont pas percées. Et puisqu'elle a dit d'un seul côté kachère, elle a dit aussi des deux côtés terefa, bien que ce soit évident. Ou bien encore : tu aurais pu penser que même des deux côtés, les deux membranes étant percées, elle soit kachère -- parce qu'il repose sur le hemses, y adhère par la graisse, qui protège et empêche les excréments de sortir, comme dans le cas de l'intestin percé que les cuisses maintiennent. Quant à la différence pratique dont il est question ici, dans le fait que les noms se sont intervertis, la voici : que tu ne te trompes pas. Ce qu'il a dit, d'un seul côté kachère, cela vaut pour le houblila, c'est-à-dire le hemses, que l'on appelle aujourd hui beit ha-kossot ; mais ce que l'on appelle houblila, c'est-à-dire ce que l'on avait coutume d'appeler beit ha-kossot, est terefa même d'un seul côté, puisqu'une membrane entière a été percée. Et de même pour que nous ne nous trompions pas sur des deux côtés terefa : cela vaut pour ce que l'on appelle aujourd hui beit ha-kossot, qui est le hemses ; mais ce que l'on appelle aujourd hui houblila, qui est ce que l'on appelait au début beit ha-kossot, est kachère même des deux côtés, comme l'intestin percé que les cuisses maintiennent.
💡 Explication

Voici la nafka mina la plus lourde de la série. La baraita de Houlin enseigne qu'une aiguille trouvée dans l'épaisseur du beit ha-kossot, enfoncée d'un seul côté sans traverser, laisse la bête kachère : la paroi, épaisse comme deux membranes, bouche et protège. Percée de part en part, la bête est terefa.

Tout repose donc sur cette épaisseur. Or l'organe que la génération d'Abbaye appelle beit ha-kossot est l'autre -- celui dont la paroi est mince. Appliquer la phrase ancienne au nom nouveau, c'est déclarer kachère une bête qui ne l'est pas. Le nom, ici, n'est pas une question de vocabulaire : il décide de ce qu'on mange.

Tossefot rapporte l'explication de Rachi puis discute longuement le cas, notamment avec Rabbenou Tam, sur deux points : faut-il craindre que la perforation se soit refermée, et de quel côté -- intérieur ou extérieur -- il faut comprendre l'expression d'un seul côté. Il conclut en retournant le tableau terme à terme, pour que l'étudiant ne se trompe dans aucun des deux sens.

🖼️ Schéma
L'aiguille dans la paroi : pourquoi le nom décide de la kacheroute Deux poches de l'estomac du ruminant, deux parois de nature différente, deux règles opposées. Beit ha-kossot d'autrefois appelé houblila aujourd hui Paroi épaisse comme deux parois aiguille enfoncée d'un seul côté D'un côté seulement : kacher De part en part : terefa Houblila d'autrefois appelé beit ha-kossot aujourd hui Paroi mince, une seule épaisseur rien ne bouche le trou Aucune distinction possible Percée : terefa Le piège que signale Abbaye La baraita de Houlin 50b dit : dans l'épaisseur du beit ha-kossot, d'un seul côté -- kacher. Qui applique cette phrase à ce qu'on appelle aujourd hui beit ha-kossot déclare kachère une bête terefa.
Les deux poches de l'estomac, leur paroi, et le sort de l'aiguille selon chacune.
14
אָמַר רָבָא בַּר יוֹסֵף, אַף אֲנִי אוֹמֵר: בָּבֶל — בּוֹרְסִיף, בּוֹרְסִיף — בָּבֶל. לְמַאי

Rava bar Yossef a dit : moi aussi j'en dis une -- Bavel est [appelée] Boursif, et Boursif est [appelée] Bavel. Pour quelle...

💡 Explication

Cinquième paire, et dernière du folio : deux villes de Babylonie dont les noms se sont échangés. La phrase s'interrompt au milieu -- le-mai, pour quelle... -- et la question de la différence pratique trouvera sa réponse au début de 34b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).