Sukkah 34b — Combien de branches, et quel etrog

Sukkah 34b

Sougya : Le folio achève d'abord la série des noms échangés commencée en 34a : puisque Bavel s'appelle désormais Boursif et Boursif Bavel, la différence pratique tombe sur les actes de divorce, où seule la ville réputée savante dispense le porteur de la déclaration be-fanai nikhtav. S'ouvre ensuite une michna sur le compte des quatre espèces, où trois tanaim lisent le même verset différemment : Rabbi Yichmael demande trois hadassim et deux aravot, Rabbi Tarfon accepte que les trois myrtes soient tronqués puisqu'il n'exige pas le hadar pour cette espèce, et Rabbi Akiva ramène tout à un exemplaire par espèce.

La baraita montre d'où sortent ces nombres -- kappot écrit sans vav, les trois mots de anaf ets avot, le pluriel arvei -- et Rabbi Eliezer tire de l'absence de vav devant kappot que l'etrog reste hors du faisceau, tout en fondant sur ou-lekahtem l'exigence d'une lekiha tama, une prise complète où les espèces se conditionnent mutuellement. Une objection de type mah nafchakh oblige Rabbi Yichmael à se rétracter, Chmouel tranche comme Rabbi Tarfon, et l'on découvre qu'il s'en servait pour faire baisser le prix des myrtes au marché -- l'indulgence la plus effrayante pour un vendeur n'étant pas la plus indulgente sur le papier.

Le folio se termine sur une nouvelle michna consacrée à l'etrog : d'abord les invalidations tenant à son statut juridique -- vol, achera, ville condamnée, orla, terouma, demai, maasser cheni -- puis celles tenant à son corps, où tout se joue sur la distinction entre le trou et le manque, entre le pitom qui appartient au fruit et l'okets qui n'en fait pas partie, avant la couleur et les deux mesures extrêmes.

Le fil du folio : combien de branches, puis quel etrog Trois mouvements. Une fin de sujet, une michna sur les nombres, une michna sur l'etrog. Mouvement 1 (seg. 0) -- la queue de la série des noms échangés Bavel s'appelle désormais Boursif et Boursif s'appelle Bavel. Quelle différence pratique ? Les actes de divorce : on n'exige la formule du porteur que pour la ville qui n'est pas savante. Le nom inscrit dans le guet doit désigner la vraie ville -- un malentendu de vocabulaire fausse l'acte. Mouvement 2 (seg. 1-6) -- combien de hadassim et d'aravot, et faut-il qu'ils soient entiers Michna : R. Yichmael compte 3 hadassim et 2 aravot ; R. Tarfon accepte les trois tronqués ; R. Akiva ramène tout à un. Baraita : chaque nombre sort du verset Lévitique 23,40 -- kappot écrit sans vav donne un, anaf ets avot donne trois. R. Eliezer : l'absence de vav devant kappot détache l'etrog du faisceau ; ou-lekahtem impose une prise complète. Objection à R. Yichmael : sa position est instable -- ou il exige trois entiers, ou il n'en exige aucun. Réponse de Bira a au nom de R. Ami : R. Yichmael s'est rétracté. Un seul hadas suffit, mais il doit être entier. Halakha selon Chmouel : comme R. Tarfon. Et Chmouel s'en sert pour faire baisser le prix des myrtes au marché. Pourquoi pas la menace R. Akiva, plus indulgente encore ? Parce que trois tronqués sont faciles à trouver, un seul intact ne l'est pas. En pratique, c'est R. Tarfon qui effraie le plus le vendeur. Mouvement 3 (seg. 7-8) -- nouvelle michna : quand un etrog est-il passoul ? Première liste : par la provenance ou le statut juridique du fruit -- vol, achera, ville condamnée, orla, terouma, demai, maasser. Le principe de fond : lakhem, il doit être à vous ; et la prise doit rester une lekiha tama, une prise complète. Seconde liste : par l'aspect physique -- hazazit, pitom arraché, peau enlevée, fente, trou avec manque. Puis la couleur : noir comme un Kouchi -- passoul ; vert comme le poireau -- R. Meir apte, R. Yehouda passoul. Puis la taille : minimum une noix ou un œuf ; maximum, deux dans une main ou un dans deux mains. Ligne de partage utile : le manque (hisaron) invalide, le simple trou sans manque n'invalide pas. Deuxième ligne de partage : ce qui touche à la beauté (hadar) contre ce qui touche à la propriété (lakhem). Le Roch discutera lequel de ces défauts n'invalide que le premier jour de fête, et lesquels invalident tous les jours. La Guemara sur cette michna commencera en 35a ; le folio se termine sur l'énoncé.
Vue d ensemble du folio : de la fin des noms échangés au compte des espèces, puis à l etrog.
La mahloket des nombres : combien de hadassim, combien d'aravot, et faut-il la cime Trois tanaim lisent le même verset et arrivent à trois faisceaux différents. R. Yichmael première version de son avis Loulav : 1 -- kappot écrit sans vav Etrog : 1 -- péri ets hadar Hadas : 3 -- anaf / ets / avot Arava : 2 -- arvei, un pluriel Deux hadassim peuvent être ketoumim (cime tronquée), un doit rester entier. Position instable -- voir l'objection. Après rétractation (Bira a au nom de R. Ami) : un seul hadas suffit, mais entier. R. Tarfon halakha retenue par Chmouel Loulav : 1 -- Etrog : 1 Hadas : 3 -- Arava : 2 Les trois hadassim peuvent être ketoumim : le hadas n'a pas besoin de hadar (beauté) selon lui. Rachi : lo baei hadar be-hadas. Explication du Roch (au nom de R. Yechaya) : les feuilles recouvrent le bois, donc la troncature ne se voit presque pas. R. Akiva le plus indulgent sur le nombre Loulav : 1 -- Etrog : 1 Hadas : 1 -- Arava : 1 De même qu'il y a un loulav et un etrog, de même un hadas et une arava. Symétrie des quatre espèces. Rachi : de-lo baei ela had. Mais l'indulgence est théorique : ce seul hadas devrait être entier, et un hadas entier est rare. La nafka mina du marché : quelle menace fait le plus baisser le prix ? Chmouel aux marchands de myrte : vendez au juste prix, sinon j'enseignerai publiquement comme R. Tarfon. Question de la Guemara : R. Akiva est plus indulgent (un seul hadas) -- pourquoi ne pas le brandir, lui ? Réponse : sur le marché réel, trois myrtes tronqués se trouvent partout, un myrte intact ne se trouve pas. Donc R. Tarfon ruine mieux le vendeur que R. Akiva : l'indulgence pratique n'est pas l'indulgence formelle.
R. Yichmael, R. Tarfon, R. Akiva : trois comptes des espèces et la menace de Chmouel au marché.
Anatomie de l'etrog et les deux familles d'invalidation Michna finale du folio : d'abord le statut juridique du fruit, ensuite son corps. Le corps du fruit pitom (protubérance apicale) okets (pédoncule, la queue) hazazit : pustules en relief, sensibles au toucher (Roch). Pitom arraché : passoul. Okets arraché : kacher. Le pitom fait partie du fruit, la queue non. Famille 1 -- le statut du fruit (lakhem, il doit être à vous) Volé : passoul -- mitsva ha-baa ba-avéra, la mitsva vient par la transgression même. Achera et ville condamnée : passoul -- destinés à être brûlés, mikhtat chiouro. Orla et terouma impure : passoul -- interdits à la consommation, donc pas à vous. Terouma pure et maasser cheni à Jérusalem : a priori non, à posteriori kacher. Demai : Beit Chammai invalident, Beit Hillel déclarent apte. Famille 2 -- le corps du fruit (hadar, il doit être beau et entier) Passoul : hazazit sur la majeure partie, pitom enlevé, peau enlevée, fendu, percé AVEC manque. Kacher : hazazit sur la moindre partie, okets enlevé, percé SANS manque (une aiguille entrée et sortie). Couleur : noir comme un Kouchi -- passoul. Vert poireau -- R. Meir apte, R. Yehouda passoul. Taille minimale : R. Meir une noix, R. Yehouda un œuf. Sec (yavech) : passoul dans tous les cas. Charnière du paragraphe : ce qui sépare kacher de passoul, c'est le manque, pas le trou. La taille maximale : deux avis, deux façons de mesurer avec la main R. Yehouda : deux tiennent dans une main R. Yossi : un seul dans les deux mains suffit Enjeu : jusqu'où un etrog peut-il grossir sans cesser d'être pris en main de façon reconnaissable (lekiha) ? R. Yossi est le plus large.
Anatomie de l etrog, les deux familles d invalidation, et la mesure maximale selon R. Yehouda et R. Yossi.
1
נָפְקָא מִינַּהּ? לְגִיטֵּי נָשִׁים.

[Quelle est la] différence pratique ? Pour les actes de divorce des femmes (guittin).

📜 Rachi (1)
לְגִיטֵּי נָשִׁים דְּקַייְמָא לָן (גִּיטִּין דַּף ב.) הַמֵּבִיא גֵּט מִחוּצָה לָאָרֶץ צָרִיךְ שֶׁיֹּאמַר בְּפָנַי נִכְתַּב וּבְפָנַי נֶחְתַּם אִי מִשּׁוּם דְּאֵין מְצוּיִין לְקַייְּמוֹ וְאִי מִשּׁוּם דְּאֵין בְּקִיאִין לִשְׁמָהּ וְהַמֵּבִיא מֵאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל אֵינוֹ צָרִיךְ לְפִי שֶׁבְּקִיאִין לִשְׁמָהּ וְעוֹלֵי רַגְלַיִם מְצֻוייָּן לְהַכִּיר חֲתִימַת עֵדִים לְקַייְּמוֹ וְאָמְרִי' הָתָם (דַּף ו.) בָּבֶל כְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל לְגִיטִּין לְפִי שֶׁהֵן בְּנֵי תּוֹרָה וּבְקִיאִין לִשְׁמָהּ וּבְנֵי יְשִׁיבָה מְצֻוייָּן לֵילֵךְ וְלִלְמֹוד מִשָּׁם תּוֹרָה מִכָּל מְקוֹמוֹת וּבוֹרְסִיף סָמוּךְ לְבָבֶל וְאֵינָן בְּנֵי תּוֹרָה כִּדְאָמְרִינַן (סַנְהֶדְרִין דַּף קט.) מַאי בּוֹרְסִיף בּוּר שֶׁשָּׁפוּ אֶת מֵימָיו וְלֹא נִשְׁתַּיֵּיר בּוֹ כְּלוּם וְהַמֵּבִיא מִשָּׁם צָרִיךְ שֶׁיֹּאמַר אֲבָל עַכְשָׁיו נִתְחַלֵּף שְׁמָם הִלְכָּךְ הַמֵּבִיא מִבָּבֶל צָרִיךְ שֶׁיֹּאמַר וּמִבּוֹרְסִיף אֵין צָרִיךְ:
Pour les actes de divorce des femmes -- car nous tenons pour établi (Guittin 2a) que celui qui apporte un guet depuis l'étranger doit déclarer : devant moi il a été écrit et devant moi il a été signé -- soit parce qu'il ne se trouve pas [de témoins] pour le valider, soit parce qu'ils ne sont pas experts en lichma (l'écriture faite expressément au nom de cette femme). Celui qui l'apporte de Terre d'Israël n'a pas à le déclarer, parce que là-bas ils sont experts en lichma et que les pèlerins montant aux fêtes se trouvent là pour reconnaître la signature des témoins et la valider. Et nous disons là-bas (Guittin 6a) que Bavel est comme la Terre d'Israël pour les guittin, parce que ce sont des gens de Torah, experts en lichma, et que les gens des yechivot vont et viennent y étudier la Torah depuis tous les lieux. Or Boursif est proche de Bavel et ses habitants ne sont pas des gens de Torah, comme nous disons (Sanhédrin 109a) : qu'est-ce que Boursif ? Un puits (bor) dont on a vidé les eaux et où il n'est rien resté. Celui qui apporte [un guet] de là doit donc faire la déclaration. Mais aujourd hui leurs noms se sont échangés -- dès lors, celui qui apporte de ce qu'on appelle Bavel doit faire la déclaration, et de ce qu'on appelle Boursif il n'a pas à la faire.
🗂️ Tossefot (1)
נָפְקָא מִינַּהּ לְגִיטֵּי נָשִׁים. כִּדְפֵירֵשׁ בַּקְּוַנְט' דְּקַייְמָא לָן בְּפ"ק דְּגִיטִּין (דַּף ו.) דְּבָבֶל כְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל לְגִיטִּין דְּאֵין צָרִיךְ לוֹמַר בְּפָנַי נִכְתַּב וּבְפָנַי נֶחְתַּם דִּשְׁכִיחִי מְתִיבְתָּא וּבְקִיאִין לִשְׁמָהּ וְגַם עֵדִים מְצוּיִין לְקַיְּימוֹ וְהַייְנוּ מַה שֶׁקּוֹרִין בּוֹרְסִיף דְּמִשְׁתַּנֵּי שְׁמָהּ וּבְסוֹף בַּמֶּה מַדְלִיקִין (שַׁבָּת דַּף לו: וְשָׁם) פִּי' עוֹד לָשׁוֹן אַחֵר וְנָפְקָא מִינָּהּ לְעִנְיַן שְׁמוֹ וּשְׁמָהּ וְשֵׁם עִירוֹ וְשֵׁם עִירָהּ וְלֹא יִתָּכֵן דְּבָבֶל הוּא שֵׁם הַמְּדִינָה כִּדְאָמַר (קִדּוּשִׁין דַּף עא.) א"י עִיסָּה לְבָבֶל וְאָמְרִי' פֶּרֶק עֲשָׂרָה יוּחֲסִין (שָׁם) עַד הֵיכָן הוּא בָּבֶל וְאֵין כּוֹתְבִין שֵׁם הַמְּדִינָה בְּגֵט אֶלָּא שֵׁם הָעִיר:
La différence pratique porte sur les actes de divorce des femmes. Comme Rachi l'a expliqué : nous tenons pour établi au premier chapitre de Guittin (6a) que Bavel est comme la Terre d'Israël pour les guittin, en ce qu'il n'y faut pas dire devant moi il a été écrit et devant moi il a été signé, car les académies y sont fréquentes, que l'on y est expert en lichma et que des témoins s'y trouvent pour valider [l'acte] ; et c'est cela même que l'on appelle aujourd hui Boursif, puisque son nom a changé. Et à la fin de Ba-me madlikin (Chabbat 36b et parallèle), Rachi a donné encore une autre explication : la différence pratique porterait sur [l'identification dans le guet] de son nom à lui, de son nom à elle, du nom de sa ville à lui et du nom de sa ville à elle. Mais cela ne tient pas : Bavel est le nom de la province, comme il est dit (Kidouchin 71a) que la Terre d'Israël est pâte [mélangée] par rapport à Bavel, et comme nous demandons au chapitre Assara Yohassin (ibid.) : jusqu'où s'étend Bavel ? Or on n'écrit pas dans le guet le nom de la province, mais celui de la ville.
💡 Explication

Le folio s'ouvre sur la fin d'une phrase commencée en 34a. Rava bar Yossef venait d'ajouter une dernière paire à la série des noms qui se sont interverties depuis la destruction : Bavel s'appelle désormais Boursif et Boursif s'appelle Bavel. La Guemara demande la nafka mina, la conséquence pratique, et répond : les guittin, les actes de divorce.

Pourquoi les guittin ? Parce que la loi impose au porteur d'un guet venu de l'étranger de déclarer be-fanai nikhtav ou-ve-fanai nehtam -- devant moi il a été écrit et signé. Bavel en était dispensée, étant assimilée à la Terre d'Israël : on y savait écrire un guet lichma, expressément pour cette femme-là. Boursif, la ville voisine, n'avait pas cette réputation. Si les deux noms s'échangent et que personne ne le sait, un tribunal appliquera la dispense à la mauvaise ville.

2
מַתְנִי׳ רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר: שְׁלֹשָׁה הֲדַסִּים וּשְׁתֵּי עֲרָבוֹת, לוּלָב אֶחָד, וְאֶתְרוֹג אֶחָד. אֲפִילּוּ שְׁנַיִם קְטוּמִים, וְאֶחָד אֵינוֹ קָטוּם. רַבִּי טִרְפוֹן אוֹמֵר: אֲפִילּוּ שְׁלָשְׁתָּן קְטוּמִים. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: כְּשֵׁם שֶׁלּוּלָב אֶחָד וְאֶתְרוֹג אֶחָד — כָּךְ הֲדַס אֶחָד וַעֲרָבָה אַחַת.

MICHNA. Rabbi Yichmael dit : trois hadassim (branches de myrte) et deux aravot (rameaux de saule), un loulav et un etrog.

Même si deux [des myrtes] sont ketoumim (à la cime tronquée) et qu'un seul ne l'est pas [c'est valide]. Rabbi Tarfon dit : même si les trois sont ketoumim.

Rabbi Akiva dit : de même qu'il y a un seul loulav et un seul etrog, de même un seul hadas et une seule arava.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' שְׁלֹשָׁה הֲדַסִּים בַּגְּמָרָא יָלֵיף לָהּ:
MICHNA. Trois hadassim -- la Guemara le déduit [d'un verset].
וַאֲפִילּוּ שְׁנַיִם קְטוּמֵין אַהֲדַסִּים קָאֵי וּבַגְּמָרָא פָּרִיךְ מַה נַפְשָׁךְ אִי קָטוּם פָּסוּל וְהוּא צָרִיךְ שְׁלֹשָׁה לִיבְעֵי כּוּלְּהוּ שְׁלֵימִים וְאִי קָטוּם כָּשֵׁר לְכַשֵּׁיר שְׁלָשְׁתָּן קְטוּמִים וּמְשַׁנֵּי חָזַר בּוֹ ר' יִשְׁמָעֵאל מִתְּחִלַּת דְּבָרָיו שֶׁהָיָה מַצְרִיךְ שְׁלֹשָׁה וְאָמַר אַפֵּי' שְׁנַיִם קְטוּמֵין וְהוּא הַדִּין אִי לָא מַיְיתֵי לְהוּ לְגַמְרֵי דְּהָא קְטוּמִים כְּמַאן דְּלֵיתַנְהוּ דָּמֵי:
Et même deux ketoumim -- cela se rapporte aux hadassim. Et dans la Guemara on objecte : quoi qu'il en soit ! Si le ketoum est passoul (invalide) et qu'il en faut trois, qu'il les exige tous entiers ; et si le ketoum est kacher, qu'il déclare aptes les trois ketoumim. On répond : Rabbi Yichmael s'est rétracté du début de ses propos, où il en exigeait trois, et il a dit même deux ketoumim -- et il en va de même s'il ne les apporte pas du tout, car des ketoumim sont considérés comme inexistants.
ר' טִרְפוֹן אוֹמֵר אַפֵּי' שְׁלָשְׁתָּן קְטוּמִים דְּלָא בָּעֵי הָדַר בַּהֲדַס:
Rabbi Tarfon dit : même les trois ketoumim -- car il n'exige pas le hadar (la beauté) pour le hadas.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר שְׁלֹשָׁה הֲדַסִּים וּשְׁתֵּי עֲרָבוֹת וְלוּלָב אֶחָד וְאֶתְרוֹג אֶחָד וְאַפֵּי' שְׁנַיִם קְטוּמִים וְאֶחָד אֵינוֹ קָטוּם ר' טִרְפוֹן אוֹמֵר אַפֵּי' שְׁלָשְׁתָּן קְטוּמִים ר"ע אוֹמֵר כְּשֵׁם שֶׁאֶתְרוֹג אֶחָד וְלוּלָב אֶחָד כָּךְ הֲדַס אֶחָד וַעֲרָבָה אַחַת:
MICHNA. Rabbi Yichmael dit : trois hadassim et deux aravot, un loulav et un etrog ; et même deux ketoumim et un qui n'est pas ketoum. Rabbi Tarfon dit : même les trois ketoumim. Rabbi Akiva dit : de même qu'il y a un etrog et un loulav, de même un hadas et une arava.
💡 Explication

Nouvelle michna, nouveau sujet : le compte des quatre espèces. Tout le monde s'accorde sur un loulav et un etrog ; le désaccord porte sur le myrte et le saule. Rabbi Yichmael en demande trois et deux, Rabbi Akiva un et un.

Le second axe du débat est le ketoum, la branche dont la cime a été tronquée. Rabbi Yichmael tolère deux myrtes tronqués à condition qu'un reste intact ; Rabbi Tarfon les accepte tous les trois tronqués, parce qu'il n'exige pas le hadar -- la beauté -- pour le myrte. Rachi annonce déjà l'objection que la Guemara adressera à Rabbi Yichmael : sa position semble couper en deux une exigence qui ne se coupe pas.

3
גְּמ׳ תַּנְיָא, רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר: ״פְּרִי עֵץ הָדָר״ — אֶחָד. ״כַּפַּת תְּמָרִים״ — אֶחָד. ״עֲנַף עֵץ עָבֹות״ — שְׁלֹשָׁה. ״עַרְבֵי נַחַל״ — שְׁתַּיִם. וַאֲפִילּוּ שְׁנַיִם קְטוּמִים, וְאֶחָד שֶׁאֵינוֹ קָטוּם. רַבִּי טִרְפוֹן אוֹמֵר: שְׁלֹשָׁה, וַאֲפִילּוּ שְׁלָשְׁתָּן קְטוּמִים. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: כְּשֵׁם שֶׁלּוּלָב אֶחָד וְאֶתְרוֹג אֶחָד, כָּךְ הֲדַס אֶחָד וַעֲרָבָה אַחַת.

GUEMARA. Il a été enseigné [dans une baraita] : Rabbi Yichmael dit : <<le fruit de l'arbre hadar>> -- un ; <<kappot temarim>> (rameaux de palmier) -- un ; <<anaf ets avot>> (branche d'arbre touffu) -- trois ; <<arvei nahal>> (saules du torrent) -- deux.

Et même si deux sont ketoumim et qu'un n'est pas ketoum. Rabbi Tarfon dit : trois, et même les trois ketoumim.

Rabbi Akiva dit : de même qu'il y a un loulav et un etrog, de même un hadas et une arava.

📜 Rachi (3)
גְּמ' כַּפַּת תְּמָרִים אֶחָד מַשְׁמַע דְּכַפַּת כְּתִיב:
GUEMARA. Kappot temarim -- un : cela signifie qu'il est écrit kappot [sans vav, donc lu comme un singulier].
עָנָף חַד עֵץ חַד עָבוֹת חַד:
Anaf -- un ; ets -- un ; avot -- un [trois mots, donc trois branches].
וַאֲפִילּוּ שְׁנַיִם קְטוּמִים אַהֲדַס קָאֵי:
Et même deux ketoumim -- cela se rapporte au hadas.
🗂️ Tossefot (2)
עֲנַף עֵץ עָבוֹת שְׁלֹשָׁה. פֵּי' בַּקּוּנְטְ' עָנָף חַד עֵץ חַד עָבוֹת חַד וְתֵימַהּ דִּלְעֵיל (סֻוכָּה דַּף לב:) אוֹקֵימְנָא עָנָף עֵץ שֶׁעֲנָפָיו חוֹפִין אֶת עֵצָיו וְדָרְשִׁינַן נָמֵי עֵץ עָבֹות קָלוּעַ כְּמִין קְלִיעָה וא"ת וְנֵימָא פְּרִי עֵץ הָדָר שְׁלֹשָׁה וי"ל דְּמִדְּרָשָׁא דְּעֵץ דָּרְשִׁינַן שֶׁטַּעַם עֵצוֹ וּפִרְיוֹ שָׁוִים:
Anaf ets avot -- trois. Rachi a expliqué : anaf en fait un, ets un, avot un. Et c'est étonnant : plus haut (Souka 32b) nous avons établi que anaf ets désigne l'arbre dont les branches recouvrent son bois, et nous avons interprété de même ets avot comme tressé à la manière d'une tresse [ces mots servent donc déjà à une autre deracha]. Et si tu dis : disons alors que péri ets hadar en fait trois lui aussi ! On peut répondre : de la deracha du mot ets on tire que le goût de son bois et celui de son fruit sont identiques [ce mot est donc déjà employé].
עַרְבֵי נַחַל שְׁתַּיִם. אֲפִילּוּ נוֹתֵן כַּמָּה הֲדַסִּים וְכַמָּה עֲרָבוֹת בְּלוּלָב אֵין זֶה בַּל תּוֹסִיף אֲפִילּוּ לָמֶ"ד צָרִיךְ אֶגֶד אא"כ מוֹסִיף מִין אַחֵר כִּדְפָרֵישִׁית בְּסוֹף רָאוּהוּ בֵּית דִּין (ר"ה דַּף כח: ד"ה וּמְנָא):
Arvei nahal -- deux. Même si l'on met plusieurs hadassim et plusieurs aravot dans le loulav, il n'y a là aucun bal tossif (interdiction d'ajouter à la mitsva), même selon celui qui soutient qu'il faut un aggoud (lien) -- sauf si l'on y ajoute une espèce différente, comme je l'ai expliqué à la fin du chapitre Raouhou Beit Din (Roch Hachana 28b, s.v. ou-mena).
💡 Explication

La baraita montre d'où sortent les nombres de la michna : chacun est lu dans le verset de Lévitique 23,40. Le mot kappot est écrit sans vav dans le texte consonantique, ce qui autorise à le lire au singulier : un seul loulav. L'expression anaf ets avot compte trois mots, donc trois myrtes. Et arvei est un pluriel, dont le minimum est deux.

Tossefot soulève la difficulté de méthode : ces mêmes mots ont déjà servi ailleurs à définir la nature des espèces -- un myrte dont les feuilles recouvrent le bois, tressé comme une natte. Un mot ne peut pas servir deux fois. La réponse consiste à montrer que chaque terme a bien son emploi propre.

4
אָמַר לוֹ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר: יָכוֹל יְהֵא אֶתְרוֹג עִמָּהֶן בַּאֲגֻודָּה אַחַת? אָמַרְתָּ, וְכִי נֶאֱמַר ״פְּרִי עֵץ הָדָר וְכַפֹּת תְּמָרִים״? וַהֲלֹא לֹא נֶאֱמַר אֶלָּא ״כְּפַת״! וּמִנַּיִן שֶׁמְּעַכְּבִין זֶה אֶת זֶה? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וּלְקַחְתֶּם״ — שֶׁתְּהֵא לְקִיחָה תַּמָּה.

Rabbi Eliezer lui dit : peut-être l'etrog doit-il être avec eux dans un seul faisceau ? Tu dirais [en réponse] : est-il donc dit <<le fruit de l'arbre hadar ET des rameaux de palmier>> ?

Or il n'est dit que <<kappot>> [sans vav de liaison] ! Et d'où [sait-on] qu'ils se conditionnent mutuellement ?

La Torah enseigne : <<ou-lekahtem>> (et vous prendrez) -- que la prise soit tama (complète).

📜 Rachi (3)
יָכוֹל יַאַגְדֵם כֻּולָּן וְאַף הָאֶתְרוֹג עִמָּהֶם אָמַרְתָּ וְכִי נֶאֱמַר וְכִפַּת תְּמָרִים דְּנֶיהֱוֵי מַשְׁמַע וָי"ו מוֹסִיף עַל עִנְיָן רִאשׁוֹן לְצָרְפוֹ עִם פְּרִי עֵץ הָדָר וַהֲלֹא לֹא נֶאֱמַר אֶלָּא כַּפֹּת מַשְׁמַע בִּפְנֵי עַצְמָן הֵן וְלֹא עִם הָאֶתְרוֹג וַעֲנַף עֵץ מוֹסִיף עֲלֵיהֶם וְעַרְבֵי נָחַל מוֹסִיף עֲלֵיהֶם שֶׁנֶּאֱמַר בָּהֶן ווי"ן לְפִיכָךְ נֶאֱגָדִין עִם הַלּוּלָב:
Peut-être doit-il tous les lier -- l'etrog aussi avec eux. Tu dirais : est-il dit ve-khappot temarim [avec un vav], de sorte que ce vav ajouterait au sujet précédent pour joindre [les rameaux] au fruit de l'arbre hadar ? Or il n'est dit que kappot, ce qui indique qu'ils sont à part et non avec l'etrog. Tandis que va-anaf ets s'ajoute à eux et ve-arvei nahal s'ajoute à eux, puisqu'un vav y est écrit ; c'est pourquoi ils sont liés avec le loulav.
שֶׁמְּעַכְּבִין זֶה אֶת זֶה אִם חָסֵר אַחַת מֵאַרְבַּעְתָּן אֵין הַשְּׁלֹשָׁה מִצְוָה:
Qu'ils se conditionnent mutuellement -- s'il manque l'une des quatre, les trois [autres] ne constituent pas la mitsva.
תָּמַהּ שְׁלֹמֹה דְּדָרֵישׁ וְלָקַחְתָּ תָּם:
Tama -- entière ; car il interprète ou-lekahtem comme ou-lekahta tam, et tu prendras de façon entière.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁתְּהֵא לְקִיחָה תַּמָּה. מֵהַאי טַעְמָא נָמֵי פָּסְלִינַן אֶתְרוֹג חָסֵר מִשּׁוּם דְּאֵין זֶה לְקִיחָה תַּמָּה וּבְיוֹם שֵׁנִי לָא חָיְישִׁינַן אַף עַל גַּב דְּקָפְדִינַן אַאַרְבָּעָה מִינִין וְטַעֲמָא פֵּירַשְׁתִּי בְּרֵישׁ פִּירְקִין (סֻוכָּה דַּף כט: וְשָׁם ב"'ה בָּעֵינַן) וּבְהַקּוֹמֵץ רַבָּה (מְנָחוֹת דַּף כז.) מַסִּיק דְּהָא דִּמְעַכְּבִי אַהֲדָדֵי לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁאֵין לוֹ אֲבָל יֵשׁ לוֹ אֵין מְעַכְּבִין וּפֵירֵשׁ בַּהֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת אֵין מְעַכְּבִין דְּלָא תֵּימָא עַד דְּמַגְבֶּה לְהוּ בַּהֲדֵי הֲדָדֵי אֶלָּא אִי מַגְבֶּה כֹּל חַד וְחַד לְחוֹדֵיהּ שַׁפִּיר דָּמֵי דְּקַייְמָא לָן לוּלָב אֵין צָרִיךְ אֶגֶד וּדְבַר תֵּימַהּ הוּא לוֹמַר כֵּן דְּכֵיוָן דְּכֻולּוֹ מִצְוָה אַחַת הֵיאַךְ יוֹעִילוּ בְּזֶה אַחַר זֶה ור״ת הִגִּיהַּ בְּסִפְרוֹ לֹא שָׁנוּ דִּמְעַכְּבִין מִשּׁוּם תֵּמַהּ אֶלָּא שֶׁאֵין לוֹ אֲבָל יֵשׁ לוֹ תֵּמַהּ הוּא אע״פ שֶׁלֹּא חִבְּרוֹ בְּאַגְדּוֹ כִּדְאָמְרִי' (לְעֵיל סֻוכָּה דַּף לג.) דְּלָא דָּרְשִׁי רַבָּנָן לְקִיחָה לְקִיחָה וְלֵר' יְהוּדָה דְּדָרֵישׁ לְקִיחָה מַשְׁמַע לֵיהּ דְּלָא הָוֵי תֵּמַהּ אא״כ אֲגָדוֹ:
Que la prise soit tama (complète). Pour cette même raison nous invalidons aussi un etrog auquel il manque quelque chose, car ce n'est pas une prise complète ; et le second jour nous ne nous en soucions pas, bien que nous exigions les quatre espèces -- j'en ai expliqué la raison au début de notre chapitre (Souka 29b, s.v. ba inan). Et dans Ha-kometz Rabba (Menahot 27a) on conclut que ce conditionnement mutuel n'a été enseigné que lorsqu'il ne les a pas [toutes] ; mais s'il les a, elles ne se conditionnent pas. Les Halakhot Guedolot ont expliqué elles ne se conditionnent pas ainsi : ne dis pas qu'il faut les soulever toutes ensemble, mais s'il soulève chacune séparément c'est valide, car nous tenons que le loulav n'exige pas d'aggoud (lien). Or c'est chose étonnante de dire cela : puisque le tout forme une seule mitsva, comment vaudraient-elles l'une après l'autre ? Rabbenou Tam a donc corrigé dans son livre : cela n'a été enseigné -- qu'elles se conditionnent au titre de tama -- que lorsqu'il ne les a pas ; mais s'il les a, c'est tama même s'il ne les a pas réunies en un faisceau -- conformément à ce que nous disons (plus haut, Souka 33a) que les Sages ne font pas la deracha lekiha-lekiha ; tandis que pour Rabbi Yehouda, qui interprète lekiha [ainsi], il comprend qu'il n'y a pas de tama à moins de les avoir liées.
💡 Explication

Rabbi Eliezer construit son argument sur une lettre : le vav de liaison. Le verset dit péri ets hadar, puis kappot temarim sans vav, puis va-anaf ets avot et ve-arvei nahal avec vav. L'absence de vav devant kappot coupe la phrase en deux : l'etrog d'un côté, les trois branches de l'autre. C'est de là que vient l'usage de lier ensemble loulav, hadas et arava, et de tenir l'etrog à part.

La seconde moitié du segment change de registre. Le mot ou-lekahtem est relu comme ou-lekahta tam, et tu prendras de façon entière : la prise doit être une lekiha tama. Conséquence immédiate, notée par Rachi : s'il manque une seule des quatre espèces, les trois autres ne valent rien. Tossefot étend le principe au fruit lui-même -- un etrog incomplet ruine la prise complète -- puis discute une nuance importante de Menahot 27a.

🖼️ Schéma
La lettre vav découpe le verset : ce qu'on lie et ce qu'on tient à part Lévitique 23,40 -- l'argument de R. Eliezer repose sur la présence ou l'absence du vav de liaison. péri ets hadar le fruit de l'arbre hadar = l'etrog tête de liste kappot temarim rameaux de palmier SANS vav = début d'une nouvelle série va-anaf ets avot et branche d'arbre touffu AVEC vav s'ajoute au précédent ve-arvei nahal et saules du torrent AVEC vav s'ajoute au précédent coupure Etrog tenu à part pas dans le faisceau Loulav + hadas + arava : les trois sont liés ensemble en un aggoud les vav les chaînent l'un à l'autre à partir de kappot temarim Second enseignement du segment : ou-lekahtem, une lekiha tama Rachi lit ou-lekahtem comme ou-lekahta tam : et tu prendras de façon entière. Il manque une espèce, la mitsva n'est pas faite. Conséquence tirée par Tossefot : un etrog auquel il manque quelque chose est aussi passoul, faute de prise complète. Nuance de Menahot 27a : elles se conditionnent quand il ne les a pas ; s'il les a toutes, il peut les soulever séparément.
Le découpage du verset par les vav, et le principe de la lekiha tama qui en découle.
5
וְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל, מַה נַפְשָׁךְ? אִי שְׁלֵימִין בָּעֵי — לִיבְעֵי נָמֵי כּוּלְּהוּ, אִי לָא בָּעֵי שְׁלֵימִין — אֲפִילּוּ חַד נָמֵי לָא! אָמַר בִּירָאָה אָמַר רַבִּי אַמֵּי: חָזַר בּוֹ רַבִּי יִשְׁמָעֵאל.

Et Rabbi Yichmael -- quoi qu'il en soit ! S'il exige [des myrtes] entiers, qu'il les exige tous [entiers] ; et s'il n'exige pas d'entiers, même un seul ne devrait pas [être requis intact] !

Bira a a dit au nom de Rabbi Ami : Rabbi Yichmael s'est rétracté.

📜 Rachi (3)
וְר' יִשְׁמָעֵאל דְּמַכְשִׁיר שְׁנַיִם קְטוּמִים וְחַד מַצְרִיךְ שָׁלֵם הֵיכָן חִלְּקָן הַכָּתוּב אִי בָּעֵי הֲדַר נִיבְעֵי בְּכוּלְּהוּ וְאִי לָא בָּעֵי הָדָר אֲפִילּוּ בְּחַד לֹא נַצְרִיךְ:
Et Rabbi Yichmael, qui déclare aptes deux ketoumim et exige qu'un soit entier : où le verset a-t-il fait cette distinction ? S'il exige le hadar (la beauté), qu'il l'exige pour tous ; et s'il n'exige pas le hadar, on ne devrait même pas l'exiger pour un seul.
אָמַר בְּיִרְאָה שֵׁם חָכָם:
Bira a a dit -- nom d'un Sage.
חָזַר בּוֹ ר' יִשְׁמָעֵאל מִתְּחִלַּת דְּבָרָיו וּמַכְשַׁר בְּחַד וּמִיהוּ הֲדַר בָּעֵי:
Rabbi Yichmael s'est rétracté -- du début de ses propos ; il déclare apte avec un seul, mais il exige tout de même le hadar.
💡 Explication

L'objection est une mah nafchakh : quoi qu'il en soit, la position ne tient pas. Ou bien l'exigence de hadar pèse sur le myrte, et alors les trois doivent être intacts ; ou bien elle n'y pèse pas, et alors aucun n'a besoin de l'être. Un partage deux tronqués contre un intact ne se lit dans aucun verset.

La réponse de Bira a au nom de Rabbi Ami est économique : Rabbi Yichmael s'est rétracté. Sa position finale, selon Rachi, est celle-ci -- un seul myrte suffit, mais il doit être entier. Le hadar est donc bien requis ; c'est le nombre trois qui tombe.

6
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: הֲלָכָה כְּרַבִּי טֵרָפוֹן. וְאַזְדָּא שְׁמוּאֵל לְטַעְמֵיהּ, דַּאֲמַר לְהוּ שְׁמוּאֵל לְהָנְהוּ דִּמְזַבְּנֵי אַסָּא: אַשְּׁווּ וְזַבִּינוּ, וְאִי לָא — דָּרֵישְׁנָא לְכוּ כְּרַבִּי טַרְפוֹן.

Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : la halakha est comme Rabbi Tarfon. Et Chmouel suit ici sa propre ligne, car Chmouel dit à ceux qui vendaient du myrte : vendez au juste prix ; sinon, j'enseignerai publiquement pour vous comme Rabbi Tarfon.

📜 Rachi (4)
הֲלָכָה כַּר' טִרְפוֹן לְהָקֵל דְּקָטוּם כָּשֵׁר:
La halakha est comme Rabbi Tarfon -- pour alléger : le ketoum est kacher.
אַשְּׁווּ וְזַבִּינוּ מְכָרוֹ בְּשָׁוֶה וְאַל תַּעֲלוּ עַל דְּמֵיהֶם מִפְּנֵי שֶׁמְּבַקְּשִׁים מִכֶּם שְׁלֹשָׁה הֲדַסִּין וּשְׁלֵמִים:
Achvou ou-zvinou -- vendez à leur juste valeur et n'en surélevez pas le prix parce qu'on vous demande trois hadassim entiers.
וְאִי לָא מַשְׁוִיתוּ:
Et sinon -- si vous n'ajustez pas [vos prix].
דְּרָשֵׁינָא כַּר' טִרְפוֹן דְּמַכְשַׁר בִּקְטוּמִין:
J'enseignerai comme Rabbi Tarfon -- qui déclare aptes les ketoumim.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל הֲלָכָה כְּרַבִּי טַרְפוֹן וְהָא דְּמַכְשִׁיר בַּהֲדַס קָטוּם טְפֵי מִלּוּלָב וַעֲרָבָה פִּי' ה"ר יְשַׁעְיָה זַ"ל מִשּׁוּם דַּעֲנָפָיו חוֹפִין אֶת עֵצָיו וְאֵין קְטִימְתּוּ נִרְאֵית כָּל כָּךְ וְהָרָאָבָ"ד זַ"ל וּבַעַל הַמָּאוֹר זַ"ל חִלְּקוּ בֵּין נִקְטַם רֹאשׁוֹ לִקְטֹום דְּהָכָא וּפֵירוּשָׁם רָחוֹק מִן הַדַּעַת וְכָל הָנֵי שִׁיעוּרֵי שֶׁלֹּא לְפָחוֹת מֵהֶם אֲבָל לְהוֹסִיף יָכוֹל וְאֵין כָּאן מִשּׁוּם בַּל תּוֹסִיף אֲפִילּוּ לָמֶ"ד לוּלָב צָרִיךְ אֶגֶד אֶלָּא אִם כֵּן מוֹסִיף מִין אַחֵר כִּדְמוֹכַח סוֹף פ' רָאוּהוּ בֵּית דִּין (רֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף כֹּח:) וְהָרַמְבַּ"ם זַ"ל כָּתַב פ"ז מֹהַל' לוּלָב הֵל' ז' אִם רָצָה לְהוֹסִיף בַּהֲדַס כְּדֵי שֶׁתִּהְיֶה אֲגֻודָּה גְּדוֹלָה מוֹסִיף וְנוֹי מִצְוָה הוּא אֲבָל שְׁאָר הַמִּינִים אֵין מוֹסִיפִין עַל מִנְיָנָם וְאֵין גּוֹרְעִין מֵהֶן וְאִם הוֹסִיף אוֹ גָּרַע פָּסוּל וְאִפְכָּא מִסְתַּבְּרָא דְּבַהֲדַס כְּתִיב מִנְיָנָא עָנָף עֵץ עָבֹות וּבַעֲרָבָה כְּתִיב עַרְבֵי וּמִיעוּט עַרְבֵי שְׁתַּיִם אֲבָל כָּל מַה שֶׁמּוֹסִיף בִּכְלַל עַרְבֵי הוּא. וְחַכְמֵי פרובינצי"א הִקְשׁוּ עָלָיו וְחָזַר בּוֹ וְהִכְשִׁיר הַכֹּל וְיֵרָאֶה שֶׁכֵּן בְּאֶתְרוֹג וְלוּלָב אֵין בָּהֶם מִשּׁוּם בַּל תּוֹסִיף אע"ג דִּכְתִיב כְּפַת וּפְרִי עֵץ כֵּיוָן שֶׁאֵינוֹ מוֹסִיף מִין אַחֵר וְהָא דְּאָמְרִי' לְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף לה.) פְּרִי אֶחָד אָמַר רַחֲמָנָא וְלֹא שְׁנַיִם וּשְׁלֹשָׁה הַייְנוּ לְעִנְיַן חוֹבַת לְקִיחָה כְּלוֹמַר אִם בָּאתָ לְהַצְרִיךְ שְׁנַיִם וּשְׁלֹשָׁה כִּי הֵיכִי דְּמִתְנְכַר לְקִיחָה פְּרִי אֶחָד אָמַר רַחֲמָנָא וְלֹא שְׁנַיִם וּבַהֲדַס שֶׁאֵינוֹ עָבוֹת נֶחְלְקוּ הַגְּדוֹלִים אִם הוּא מִין הֲדַס וְיָכוֹל לְהוֹסִיף מִמֶּנּוּ לְנוֹי בה"ג כָּתַב דַּהֲדַס שׁוֹטֶה אַפֵּי' בַּהֲדֵי אָסָא אַחֲרֵינִי פָּסוּל וְר' נַטְרוֹנַאי כָּתַב אִם יוּכַל לַעֲשׂוֹת כֻּולּוֹ מִן הֶעָבוֹת מִצְוָה מִן הַמֻּובְחָר וְאִם אֵינוֹ מוֹצֵא אֶלָּא שְׁלֹשָׁה הֲדַסִּים עָבוֹת מְמַלֵּא אוֹתוֹ הֲדַס שׁוֹטֶה וְשַׁפִּיר דָּמֵי וְכֵן כָּתַב רַבִּי פְּלַטְיָא מִן הַמִּקְרָא הָיָה מַשְׁמַע דִּשְׁנֵי מִינִין הֵן דִּכְתִיב בְּעֶזְרָא וַעֲלֵי הֲדַס וְעָלַי עֵץ עָבֹות. וְאָמְנָם אָנוּ רוֹאִין שֶׁגְּדֵלִים בַּעֲרוּגָה אַחַת וְשָׁוִין בְּמַרְאֶה וּבְקוֹמָה זֶה יוֹצְאִין עָלָיו עָבוֹת וְזֶה אֵין יוֹצְאִין עָלָיו עָבוֹת וַאֲפִילּוּ שֶׁפְּסָלוֹ הַכָּתוּב לְמִצְוַת הֲדַס מ"מ מִין אֶחָד הוּא וְאֵין כָּאן בַּל תּוֹסִיף מִידִי דַּהֲוָה אַסֵּיב וְעִיקָּרָא דְּדִיקְלָא דְּאָמַר לְקַמָּן (סֻוכָּה דַּף לוֹ:) דְּאוֹגְדִים בּוֹ אֶת הַלּוּלָב לְרַבִּי יְהוּדָה אֲבָל לֹא בְּמִין אַחֵר מִשּׁוּם דְּסָבַר לוּלָב צָרִיךְ אֶגֶד וְאִי מַיְיתֵי מִינָא אַחֲרִינָא הָוֵה לֵיהּ ה' מִינִים אֲבָל סִיב וְעִיקָּרָא דְּדִיקְלָא אֵין בּוֹ מִשּׁוּם בַּל תּוֹסִיף מִשּׁוּם דְּמִינָא דְּדִיקְלָא הוּא אע"פ שֶׁאֵינוֹ כָּשֵׁר לְלוּלָב וּמַה שֶׁחֲלָקוֹ הַכָּתוּב לִשְׁנַיִם לָאו מִשּׁוּם דִּשְׁתֵּי מִינִין נִינְהוּ אֶלָּא אָמַר לָהֶם עֶזְרָא שֶׁיְּדַקְדְּקוּ וְיַחְפְּשׂוּ לְהָבִיא עֲבוֹת לְמִצְוַת לוּלָב וּמַעֲלֵי הֲדַס יָבִיאוּ הִרְבָּה לַעֲשׂוֹת סֻוכָּה בַּגְּמָרָא לְעֵיל (סֻוכָּה דַּף יב.). תַּנְיָא אָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר יָכוֹל יְאַגְּדֵן כֻּולָּן כְּאֶחָד אָמַרְתָּ וְכִי נֶאֱמַר וְכַפּוֹת וַהֲלֹא לֹא נֶאֱמַר אֶלָּא כַּפֹּות תְּמָרִים וּמִנַּיִן שֶׁמְּעַכְּבִין זֶה אֶת זֶה ת"ל וּלְקַחְתֶּם לְקִיחָה תַּמָּה. תַּנְיָא ד' מִינִין שֶׁבַּלּוּלָב אֵין פּוֹחֲתִין מֵהֶן וְאֵין מוֹסִיפִין עֲלֵיהֶן לֹא מָצָא אֶתְרוֹג לֹא יָבִיא פָּרִישׁ וְלֹא רִימּוֹן וְלֹא דָּבָר אַחֵר וְיֵשׁ שֶׁרוֹצִים לְדַקְדֵּק מִכָּאן דְּאִם לֹא מָצָא אֶתְרוֹג כָּשֵׁר מְבָרֵךְ בִּפְסוּל מִדִּנְקַט פָּרִישׁ וְרִמּוֹן דַּוְקָא וְלָא נְקַט פְּסִיל ואור"י דְּיֵשׁ לִדְחוֹת דְּנָקֵיט פָּרִישׁ וְרִמּוֹן לִרְבוּתָא אע"פ שֶׁהוּא הָדָר וְשָׁלֵם אֲבָל י"ל דְּשָׁרֵי כְּמוֹ לוּלָב פָּסוּל לְרַבָּנָן דְּשָׁרֵי בִּשְׁעַת הַדְּחָק דְּתַנְיָא בְּכֻולָּן כְּמוּשִׁים כְּשֵׁרִים יְבֵשִׁים פְּסוּלִים ר' יְהוּדָה אוֹמֵר אַף יְבֵשִׁים כְּשֵׁרִים אָמַר רַבִּי יְהוּדָה מַעֲשֶׂה בִּבְנֵי כְּרַכִּים שֶׁהָיוּ מוֹרִישִׁים אֶת לוּלְבֵיהֶם לִבְנֵיהֶם אָמְרוּ לוֹ אֵין שְׁעַת הַדְּחָק רְאָיָה מִכָּאן מַשְׁמַע שֶׁבִּשְׁעַת הַדְּחָק יוֹצְאִים אֲפִילּוּ בִּפְסוּל וְכֵן כָּתַב הָר' יְשַׁעְיָה דְּטַרָאנִי וְכֵן כָּתַב הָרָאָבָ"ד זַ"ל וְשׁוּב חָזַר בּוֹ וְאוֹמֵר דְּבֵין בִּשְׁעַת הַדְּחָק וּבֵין שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת הַדְּחָק אֵין יוֹצְאִין בְּיָבֵשׁ כְּלָל דְּכָל הֵיכָא דְּקָתָנֵי פָּסוּל דְּמַשְׁמַע אֲפִילּוּ דִּיעֲבַד אֲפִילּוּ בִּמְקוֹם הַדְּחָק לֹא יָצָא בּוֹ דְּאֵיךְ יִתָּכֵן זֶה לִהְיוֹת שֶׁבִּמְקוֹם הַדְּחָק יוֹצְאִין בּוֹ וּמְבָרְכִין עָלָיו לְכַתְּחִלָּה וְשֶׁלֹּא בִּמְקוֹם הַדְּחָק אַפֵּי' דִּיעֲבַד לֹא יָצָא וּסְבָרָא הוּא כִּי הַיָּבֵשׁ כְּמֵת הוּא וְכַמָּה שֶׁנִּכְתַּת שִׁיעוּרוֹ וְאֵינֶנּוּ וְאֵין מְבָרְכִין עָלָיו אֶלָּא שֶׁנּוֹטְלִין אוֹתוֹ בְּיָדַיִם בִּשְׁעַת הַדְּחָק כְּדֵי שֶׁלֹּא תִּשְׁתַּכַּח מֵהֶן תּוֹרַת לוּלָב וְאֶתְרוֹג וְזֶהוּ שֶׁאוֹמֵר אֵין שְׁעַת הַדְּחָק רְאָיָה כְּלוֹמַר שֶׁלֹּא עָשׂוּ כֵּן אֶלָּא כְּדֵי שֶׁלֹּא תִּשְׁתַּכַּח מֵהֶן תּוֹרַת לוּלָב וּכְמוֹ שֶׁאָמַרְנוּ בִּיבֵשִׁים שֶׁנּוֹטְלִין אוֹתוֹ לְזִכָּרוֹן בְּעָלְמָא שֶׁלֹּא תִּשְׁתַּכַּח וְכוּ' ה"נ בְּמָקוֹם שֶׁיֵּשׁ לוֹ לוּלָב וְאֵין לוֹ אֶתְרוֹג אע"פ שֶׁמְּעַכְּבִין זֶה אֶת זֶה וְאֵין מְבָרְכִין עַל הַלּוּלָב בְּלֹא אֶתְרוֹג אַפֵּ"ה מִצְוָה לִיטֹּול אֶת הַלּוּלָב לְבַדּוֹ בְּלֹא אֶתְרוֹג לְזִכָּרוֹן בְּעָלְמָא כְּדֵי שֶׁלֹּא תִּשְׁתַּכַּח תּוֹרַת לוּלָב כִּדְאָמְרִינַן לֹא מָצָא אֶתְרוֹג וְכוּ' וְאָמְרִי' פְּשִׁיטָא מַהוּ דְּתֵימָא כִּי הֵיכִי דְּלֹא תִּשְׁתַּכַּח מִצְוַת אֶתְרוֹג קמ"ל זִימְנִין דְּנָפֵיק מִינֵּיהּ חֻורְבָּה דְּכִי אִיתֵיהּ לְאֶתְרוֹג נָמֵי שָׁבֵיק לֵיהּ וּמַייְתִי לְהָנָךְ שְׁמַע מִינָּה הֵיכָא דְּלֵיכָּא לְמִיחַשׁ לְחֻורְבָּה כִּי הָכָא צָרִיךְ לְמִינְקַט כִּי הֵיכִי דְּלָא לִישְׁתְּכַח מִצְוַת לוּלָב וְעוֹד מִדְּקָאָמַר נַיְיתֵי כִּי הֵיכִי דְּלָא לִישְׁתְּכַח מִצְוַת אֶתְרוֹג וְאִי לָא נָקֵיט לוּלָב אַמַּאי מַייְתֵי פָּרֵישׁ שֶׁלֹּא תִּשְׁתַּכַּח תּוֹרַת אֶתְרוֹג וְכִי חָמוּר תּוֹרַת אֶתְרוֹג מִתּוֹרַת לוּלָב אֶלָּא ש"מ דְּנָקֵיט לוּלָב אע"פ שֶׁאֵין אֶתְרוֹג וְסָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא לִינְקֹוט בַּהֲדֵיהּ פָּרִישׁ אוֹ רִמּוֹן לְזִכָּרוֹן דְּהַאי אֶתְרוֹג קמ"ל דְּמוּטָב לִיטֹּול הַלּוּלָב וְלֹא לִיטֹּול עִמּוֹ מִין אַחֵר בִּמְקוֹם אֶתְרוֹג מִשּׁוּם דְּנָפֵיק מִינֵּיהּ חֻורְבָּה וְאִם תֹּאמַר בְּלוּלָב נָמֵי נָפֵיק חֻורְבָּה מִינֵּיהּ דְּזִימְנִין הֲוָה לֵיהּ תַּרְוַיְיהוּ וּבָעֵי לְמִיפַּק בַּלּוּלָב לְחוּדֵיהּ וְלֹא הִיא דְּאַרְבָּעָה מִינִין שֶׁבַּלּוּלָב מְפָרְשִׁי בְּאוֹרָיְיתָא וְלָא אֲתָא לְמִיטְעֵי אֲבָל אֶתְרוֹג לָא אִתַּפְרַשׁ בְּהֶדְיָא וְקָסָבַר אִינִישׁ דְּפָרֵישׁ אוֹ רִימּוֹן פְּרִי עֵץ הָדָר הוּא וּבֵין יְבֵשִׁים לְלַחִים לֵיכָּא לְמִיגְזַר מִשּׁוּם חָרְבָה דְּהֵיכָא דְּאִיכָּא לַחִין לָא שָׁבְקִי לַחִין וְעָבְדִי יְבֵשִׁים ע"כ. וּמִלְּשׁוֹן אֵין שְׁעַת הַדְּחָק רְאָיָה אֵינוֹ מוֹרֶה עַל פִּי' זֶה דְּרַבִּי יְהוּדָה הֵבִיא רְאָיָה לִדְבָרָיו דְּאָמַר יְבֵשִׁים כְּשֵׁרִים וּמְבָרְכִין עֲלֵיהֶם מִבְּנֵי כְּרַכִּים שֶׁהָיוּ מְבָרְכִין עַל הַיְּבֵשִׁים וְאָמְרוּ לוֹ חֲכָמִים אֵין שְׁעַת הַדְּחָק רְאָיָה שֶׁאֵין לִלְמֹוד שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת הַדְּחָק מִשְּׁעַת הַדְּחָק אֲבָל מוֹדוּ רַבָּנָן דִּבְמָקוֹם הַדְּחָק הָיוּ מְבָרְכִין דְּאִם לֹא כֵן יֹאמְרוּ לוֹ בִּשְׁעַת הַדְּחָק נָמֵי לֹא הָיוּ מְבָרְכִין אֶלָּא כָּל הָנֵי פְּסוּלֵי מְסָרָן הַכָּתוּב לַחֲכָמִים וְהֵם אָמְרוּ שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת הַדְּחָק אֲפִילּוּ בְּדִיעֲבַד לֹא יָצָא כְּדֵי שֶׁיִּזָּהֲרוּ יִשְׂרָאֵל בְּמִצְוֹת אֲבָל בִּמְקוֹם הַדְּחָק הִכְשִׁירוּם כֵּיוָן שֶׁאִי אֶפְשָׁר בְּעִנְיָן אַחֵר מְבָרְכִין עֲלֵיהֶן. בְּפֶ' הַקּוֹמֵץ רַבָּה (מְנָחוֹת דַּף כז.) אַרְבָּעָה מִינִין שֶׁבַּלּוּלָב מְעַכְּבִין זֶה אֶת זֶה וְאָמַר רַב חָנָן בַּר רָבָא לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁאֵין לוֹ אֲבָל יֵשׁ לוֹ אֵין מְעַכְּבִין ואע"ג דְּנָטַל כֹּל חַד וְחַד לְחוֹדֵיהּ נָפֵיק יְדֵי חוֹבְתֵיהּ דקי"ל לוּלָב אֵין צָרִיךְ אֶגֶד וְכֵן פֵּירֵשׁ בה"ג וְלָא נְהִירָא לר"ת דְּכֵיוָן דְּכֻולָּן מִצְוָה אַחַת לֹא מִיסְתַּבֵּר שֶׁיּוֹעִילוּ בְּזֶה אַחַר זֶה וְהִגִּיהַּ בַּסְּפָרִים לֹא שָׁנוּ דִּמְעַכְּבִין מִשּׁוּם תַּמָּה אֶלָּא שֶׁאֵין לוֹ אֲבָל יֵשׁ לוֹ תַּמָּה הִיא אע"פ שֶׁלֹּא חִבְּרָם בַּאֲגֻודָּה אַחַת כְּרַבָּנָן דְּלָא דָּרְשִׁי לְקִיחָה לְקִיחָה וְלָא נְהִירָא לִי גִּירְסָתוֹ וּפֵירוּשׁוֹ דְּאִם לֹא בָּא לְהַשְׁמִיעֵנוּ רַב חָנָן בַּר רָבָא אֶלָּא דַּהֲלָכָה כְּרַבָּנָן דְּלוּלָב אֵין צָרִיךְ אֶגֶד לֵימָא הֲלָכָה כְּרַבָּנָן וְעוֹד לָמָּה לִי כְּלָל מִמֵּילָא יָדַעְנָא דְּהִלְכְתָא כְּרַבִּים אֶלָּא אֲתָא לְאַשְׁמְעִינַן דְּכֵיוָן שֶׁמֻּונָּחִין כָּל אַרְבַּעְתָּן לְפָנָיו שֶׁמְּבָרֵךְ וְנוֹטְלָן זֶה אַחַר זֶה וּמִסְתַּבֵּר שֶׁמַּגְבִּיהַּ הַלּוּלָב תְּחִלָּה שֶׁמַּזְכִּירִים אוֹתוֹ בִּבְרָכָה:
GUEMARA. Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : la halakha est comme Rabbi Tarfon. Et quant au fait qu'il déclare apte un hadas ketoum plus volontiers qu'un loulav ou une arava [tronqués], Rabbi Yechaya, de mémoire bénie, a expliqué : parce que ses feuilles recouvrent son bois et que sa troncature ne se voit guère. Le Raavad et le Baal ha-Maor, de mémoire bénie, ont distingué entre niktam rocho (dont la tête a été coupée) et le katoum dont il est question ici -- mais leur explication est éloignée du bon sens. Et toutes ces mesures [de nombre] valent pour ne pas en retrancher ; mais on peut ajouter, et il n'y a là aucun bal tossif, même selon celui qui soutient que le loulav exige un lien -- sauf si l'on ajoute une espèce autre, comme le prouve la fin du chapitre Raouhou Beit Din (Roch Hachana 28b). Le Rambam, de mémoire bénie, a écrit (Hilkhot Loulav 7,7) : s'il veut ajouter du hadas afin que le faisceau soit grand, il ajoute, et c'est un embellissement de la mitsva ; mais pour les autres espèces on n'ajoute pas à leur nombre et on n'en retranche pas, et s'il a ajouté ou retranché c'est passoul. Or l'inverse serait plus logique : pour le hadas un nombre est écrit -- anaf ets avot -- tandis que pour l'arava il est écrit arvei, dont le minimum est deux, mais tout ce qu'on y ajoute reste compris dans arvei. Les Sages de Provence lui ont objecté, il s'est rétracté et a tout déclaré apte. Et il apparaît qu'il en va de même pour l'etrog et le loulav : il n'y a pas chez eux de bal tossif, bien qu'il soit écrit kappot et péri ets, dès lors qu'on n'ajoute pas une espèce autre. Et ce que nous disons plus loin (Souka 35a) -- le Miséricordieux a dit un fruit, et non deux ou trois -- concerne l'obligation de la prise : c'est-à-dire, si tu venais à en exiger deux ou trois pour que la prise soit reconnaissable, le Miséricordieux a dit un fruit et non deux. Quant au hadas qui n'est pas avot (touffu), les grands [décisionnaires] ont divergé : est-ce une variété de hadas dont on puisse ajouter pour l'embellissement ? Les Halakhot Guedolot ont écrit que le hadas chote (myrte sauvage) est passoul même joint à d'autres myrtes. Rav Netronai a écrit : s'il peut faire tout [le faisceau] de myrte avot, c'est la mitsva de la meilleure manière ; et s'il ne trouve que trois myrtes avot, il complète avec du hadas chote, et c'est valide. Ainsi a écrit également Rabbi Paltia : d'après le verset il semblerait que ce soient deux espèces, car il est écrit dans Ezra des feuilles de hadas et des feuilles d'arbre avot. Et pourtant nous voyons qu'ils poussent dans un même parterre, semblables d'aspect et de taille : sur l'un les feuilles sortent en touffe, sur l'autre non. Et même si le verset l'a disqualifié pour la mitsva du hadas, c'est malgré tout une seule espèce, et il n'y a là aucun bal tossif -- comme il en va du siv (fibre) et de la souche du palmier, dont on dit plus loin (Souka 36b) qu'on peut y lier le loulav selon Rabbi Yehouda, mais non avec une espèce autre, puisqu'il tient que le loulav exige un lien et que s'il apportait une autre espèce il y aurait cinq espèces ; tandis que le siv et la souche du palmier ne relèvent pas de bal tossif, car ils sont de l'espèce du palmier bien qu'ils ne soient pas aptes comme loulav. Et si le verset [d'Ezra] les a séparés en deux, ce n'est pas parce que ce sont deux espèces : Ezra leur a dit d'être minutieux et de chercher à apporter de l'avot pour la mitsva du loulav, et d'apporter en quantité des feuilles de hadas pour faire la souka -- [comme] dans la Guemara plus haut (Souka 12a). Il a été enseigné : Rabbi Eliezer a dit : peut-être doit-il tous les lier ensemble ? Tu dirais : est-il dit ve-khappot ? Or il n'est dit que kappot temarim. Et d'où [sait-on] qu'ils se conditionnent mutuellement ? La Torah enseigne ou-lekahtem -- une prise complète. Il a été enseigné : les quatre espèces du loulav, on n'en retranche pas et on n'y ajoute pas ; s'il n'a pas trouvé d'etrog, qu'il n'apporte pas de coing, ni de grenade, ni autre chose. Certains veulent en déduire que s'il n'a pas trouvé d'etrog kacher, il récite la bénédiction sur un [etrog] passoul, puisque la baraita mentionne précisément le coing et la grenade et non un [etrog] passoul. Le Ri a dit qu'on peut réfuter : elle mentionne le coing et la grenade pour la force de l'argument, bien qu'ils soient beaux et entiers. Mais on peut dire qu'il est permis [d'user d'un passoul], comme le loulav passoul selon les Sages, qui le permettent en cas de contrainte (cheat ha-dehak) : car il a été enseigné -- pour toutes [les espèces], flétries : aptes ; sèches : passoul ; Rabbi Yehouda dit : même sèches, elles sont aptes. Rabbi Yehouda a dit : il est arrivé que les habitants des villes fortifiées transmettent leurs loulavim en héritage à leurs enfants. Ils lui dirent : un temps de contrainte n'est pas une preuve. D'ici il ressort qu'en temps de contrainte on s'acquitte même avec un passoul ; ainsi a écrit Rabbi Yechaya de Trani, et ainsi a écrit le Raavad de mémoire bénie. Puis celui-ci s'est rétracté et dit qu'en temps de contrainte comme hors temps de contrainte on ne s'acquitte nullement avec du sec, car partout où il est enseigné passoul -- ce qui vaut même à posteriori -- même en cas de contrainte on ne s'en acquitte pas. Comment serait-il possible qu'en cas de contrainte on s'en acquitte et qu'on récite dessus la bénédiction à priori, alors que hors contrainte même à posteriori on ne s'en acquitte pas ? Et c'est logique, car le sec est comme un mort, comme si sa mesure était pilée et qu'il n'existait plus ; on ne récite donc pas de bénédiction dessus, mais on le prend en mains en temps de contrainte afin que la loi du loulav et de l'etrog ne s'oublie pas d'eux. Tel est le sens de un temps de contrainte n'est pas une preuve : ils n'ont agi ainsi que pour que la loi du loulav ne s'oublie pas. Et de même que nous l'avons dit des [loulavim] secs, qu'on les prend en simple mémorial afin que [la mitsva] ne s'oublie pas -- de même ici, là où il a un loulav mais pas d'etrog : bien qu'ils se conditionnent mutuellement et qu'on ne bénisse pas sur le loulav sans etrog, il y a néanmoins mitsva de prendre le loulav seul, sans etrog, en simple mémorial, pour que la loi du loulav ne s'oublie pas. Comme nous disons : s'il n'a pas trouvé d'etrog, etc. -- et nous demandons : c'est évident ! [On répond :] tu aurais pu dire qu [il faut apporter un autre fruit] afin que la mitsva de l'etrog ne s'oublie pas ; cela nous enseigne qu'il en sort parfois une ruine, car même lorsqu'il y a un etrog on le délaisserait pour apporter ceux-là. Apprends-en que là où il n'y a pas à craindre de ruine, comme ici, il faut prendre [le loulav] afin que la mitsva du loulav ne s'oublie pas. De plus, puisqu'il dit qu'il apporte afin que la mitsva de l'etrog ne s'oublie pas -- et s'il ne prend pas le loulav, pourquoi apporterait-il un coing pour que la loi de l'etrog ne s'oublie pas ? La loi de l'etrog serait-elle plus grave que celle du loulav ? Apprends-en plutôt qu'il prend le loulav même sans etrog, et tu aurais pu penser qu'il prenne avec lui un coing ou une grenade en mémorial de cet etrog : cela nous enseigne qu'il vaut mieux prendre le loulav sans prendre avec lui une autre espèce à la place de l'etrog, parce qu'il en sortirait une ruine. Et si tu dis : pour le loulav aussi il en sortirait une ruine, car parfois il aurait les deux et voudrait s'acquitter avec le loulav seul -- il n'en est rien, car les quatre espèces du loulav sont explicitées dans la Torah et l'on ne viendra pas à se tromper ; tandis que l'etrog n'y est pas explicité, et l'on pourrait croire que le coing ou la grenade est le fruit de l'arbre hadar. Et entre secs et frais il n'y a pas lieu de décréter par crainte de ruine, car là où il y a des frais on ne délaisse pas les frais pour user des secs. Fin de citation. Mais l'expression un temps de contrainte n'est pas une preuve n'indique pas cette explication : Rabbi Yehouda apportait une preuve à ses paroles -- il dit que les secs sont aptes et qu'on récite dessus la bénédiction -- depuis les habitants des villes fortifiées qui bénissaient sur des secs ; et les Sages lui dirent : un temps de contrainte n'est pas une preuve, car on ne peut apprendre le temps ordinaire du temps de contrainte. Mais les Sages concèdent qu'en cas de contrainte ils bénissaient, sinon ils lui auraient dit qu'en temps de contrainte non plus ils ne bénissaient pas. En vérité, toutes ces invalidations, le verset les a remises aux Sages : ils ont dit que hors temps de contrainte on ne s'acquitte même à posteriori, afin qu'Israël soit scrupuleux dans les mitsvot ; mais en cas de contrainte ils les ont déclarées aptes, puisqu'il est impossible de faire autrement, et l'on récite dessus la bénédiction. Au chapitre Ha-kometz Rabba (Menahot 27a) : les quatre espèces du loulav se conditionnent mutuellement. Et Rav Hanan bar Rava a dit : cela n'a été enseigné que lorsqu'il ne les a pas ; mais s'il les a, elles ne se conditionnent pas -- et même s'il a pris chacune séparément, il s'est acquitté de son obligation, car nous tenons que le loulav n'exige pas d'aggoud ; ainsi ont expliqué les Halakhot Guedolot. Et cela n'a pas paru correct à Rabbenou Tam : puisqu'elles forment toutes une seule mitsva, il n'est pas logique qu'elles vaillent l'une après l'autre. Il a corrigé dans les livres : cela n'a été enseigné -- qu'elles se conditionnent au titre de tama -- que lorsqu'il ne les a pas ; mais s'il les a, c'est tama même s'il ne les a pas réunies en un seul faisceau, selon les Sages qui ne font pas la deracha lekiha-lekiha. Or sa version et son explication ne me paraissent pas justes : si Rav Hanan bar Rava ne venait nous enseigner que la halakha est comme les Sages -- que le loulav n'exige pas d'aggoud -- qu'il dise la halakha est comme les Sages ! De plus, à quoi bon ? Nous savons de nous-mêmes que la halakha suit la majorité. Il vient donc nous enseigner que dès lors que les quatre sont posées devant lui, il bénit et les prend l'une après l'autre ; et il est logique qu'il soulève d'abord le loulav, puisque c'est lui que l'on mentionne dans la bénédiction.
💡 Explication

Chmouel tranche : la halakha suit Rabbi Tarfon, donc le myrte tronqué est kacher. Puis la Guemara montre que cette décision n'est pas restée théorique. Chmouel s'en est servi comme d'un levier économique contre les marchands de myrte : achvou ou-zvinou, vendez au juste prix -- sinon j'enseigne publiquement que les branches tronquées conviennent, et votre marchandise rare perd sa valeur.

Le Roch profite de ce passage pour ouvrir un long dossier halakhique : pourquoi le myrte tolère-t-il la troncature plus qu'une autre espèce, peut-on ajouter des branches sans transgresser le bal tossif, que faire du myrte non touffu, et surtout -- que fait-on en cheat ha-dehak, en temps de contrainte, quand on ne dispose que d'espèces invalides ? Sa thèse : on les prend en main sans bénédiction, pour que la loi ne s'oublie pas.

🖼️ Schéma
Peut-on ajouter des branches au faisceau ? L'arbre de décision du Roch Les nombres de la michna sont un plancher, pas un plafond -- sauf si l'on change d'espèce. J'ajoute quelque chose au faisceau des quatre espèces C'est la MÊME espèce plus de hadassim, plus d'aravot C'est une AUTRE espèce une cinquième sorte de branche Pas de bal tossif valide, même si le loulav exige un lien Bal tossif on aurait cinq espèces au lieu de quatre Le dossier du Roch autour de cette règle Rambam (Loulav 7,7) : on ajoute du hadas pour la beauté, mais pas les autres espèces. Le Roch trouve l'inverse plus logique. Les sages de Provence ont objecté au Rambam ; il s'est rétracté et a tout déclaré apte. Test-limite : le siv et la souche du palmier servent à lier le loulav sans bal tossif, car ils sont de l'espèce du palmier. Cas débattu : le hadas choté (myrte non touffu) -- même espèce que l'avot, ou espèce à part ?
Ajouter des branches : la ligne qui sépare le permis du bal tossif, et le dossier du Roch.
7
מַאי טַעְמָא? אִילֵימָא מִשּׁוּם דְּמֵיקֵל — וְלִידְרוֹשׁ לְהוּ כְּרַבִּי עֲקִיבָא דְּמֵיקֵל טְפֵי! תְּלָתָא קְטִימִי שְׁכִיחִי, חַד וְלָא קְטִים לָא שְׁכִיחַ.

Quelle en est la raison ? Si tu dis : parce qu'il est indulgent -- qu'il leur enseigne donc comme Rabbi Akiva, qui est plus indulgent encore !

[Réponse :] trois [myrtes] ketoumim sont chose courante ; un seul qui ne soit pas ketoum n'est pas chose courante.

📜 Rachi (1)
כר"ע דְּלָא בָּעֵי אֶלָּא חַד:
Comme Rabbi Akiva -- qui n'en exige qu'un seul.
🗂️ Tossefot (1)
וְלִדְרֹושׁ לְהוּ כר"ע דְּמֵיקֵל טְפֵי. תֵּימַהּ הָא לָא סְבִירָא לֵיהּ כר"ע אֶלָּא כְּרַבִּי טִרְפוֹן וְי"ל דְּכָל זֶה מִן הַדִּיּוּק שֶׁבָּא לְהוֹכִיחַ דִּשְׁמוּאֵל לְטַעְמִי' דִּכְרַבִּי טִרְפוֹן סְבִירָא לֵיהּ דְּאִי מַפְחִיד לְהוּ בְּמִידִי דְּלָא סָבַר כְּדֵי שֶׁיִּמְכְּרוּ בְּזוֹל הָיָה לוֹ לְהַפְחִידָם מר"ע דְּמֵיקֵל טְפֵי וְדָחֵי אַדְּרַב' מְפַחֲדִי טְפֵי מֵרַבִּי טֵרָפוֹן דִּתְלָתָא קְטוּמֵין שְׁכִיחִי מֵחַד דְּלָא קְטִים וּמֵעוֹלָם לֹא תִּשְׁמַע דְּסָבַר כְּרַבִּי טִרְפוֹן וּמִיהוּ קָשֶׁה מִפֶּרֶק כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים דַּף ל.) מִקְּדֵירוֹת בְּפֶסַח דְּאָמַר שְׁמוּאֵל מַשְׁהֵי לְהוּ עַד אַחַר הַפֶּסַח וְעָבֵיד בְּהוּ בֵּין בְּמִינוֹ בֵּין שֶׁלֹּא בְּמִינוֹ וְאָמְרִינַן וְאַזְדָּא שְׁמוּאֵל לְטַעְמֵיהּ דַּאֲמַר לְהוּ שְׁמוּאֵל לְהָנְהוּ דְּמִזָּבֵנוּ כַּנְדֵי אַשְּׁווּ זְבִינַיְיכוּ וְאִי לָא דָּרֵישְׁנָא לְכוּ כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן כְּלוֹמַר דְּשָׁרֵי חָמֵץ לְאַחַר הַפֶּסַח כִּי לֵיתֵיהּ בְּעֵינֵיהּ וּמַשְׁמַע בְּהֶדְיָא דְּלָא מְפַחֵד בְּמִידִי דְּלָא סָבַר לֵיהּ וְי"ל דְּהָתָם לָמָּה לוֹ לְהַפְחִידָם בְּמִידִי דְּלָא סָבַר לֵיהּ דְּבִשְׁלָמָא הָכָא מָצֵי לְמֵימַר דְּהָיָה מַפְחִידָם כְּדֵי שֶׁיִּמְכְּרוּ בְּזוֹל וּתְהֵא הַמִּצְוָה מְצוּיָה וְלֹא יִמָּנְעוּ בִּשְׁבִיל יֹוקֶר וא"ת וְאִי סָבַר לָהּ כְּר' טִרְפוֹן לִידְרֹושׁ לְהוּ כְּוָותֵיהּ דְּכִי הַאי גַּווְנָא פָּרִיךְ בְּפֶרֶק כָּל שָׁעָה (שָׁם) וּמְשַׁנֵּי אַתְּרֵי' דְּרַב הֲוָה וְי"ל דְּהָכָא הִנִּיחַ מִשּׁוּם הִידּוּר מִצְוָה וּבְרֵישׁ בָּבָא בָּתְרָא (דַּף ה. וְשָׁם) גַּבֵּי רוּנְיָא דְּאַקְפְּיֵהּ רָבִינָא מֵאַרְבַּע רוּחוֹתָיו וַאֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרָבָא וַאֲמַר זִיל פַּיְּיסֵיהּ בְּמַאי דְּאִיפַּייַּס וְאִי לָא דָּיֵינְינָא לָךְ כְּרַב הוּנָא אַלִּיבָּא דְּרַבִּי יוֹסֵי דְּאָמַר הַכֹּל לְפִי מַה שֶּׁגָּדַר מַה שֶׁלֹּא דָּן לוֹ לְפִי שֶׁנִּתְפַּיֵּיס רָבִינָא וּמָחַל לוֹ בְּפָחוֹת:
Qu'il leur enseigne donc comme Rabbi Akiva, qui est plus indulgent. C'est étonnant : il ne tient pourtant pas comme Rabbi Akiva mais comme Rabbi Tarfon ! On peut répondre : tout cela relève du raisonnement par lequel la Guemara vient prouver que Chmouel suit ici sa propre ligne, c'est-à-dire qu'il tient comme Rabbi Tarfon. Car s'il les effrayait avec une position qu'il ne partage pas, afin qu'ils vendent bon marché, il aurait dû les effrayer avec Rabbi Akiva, qui est plus indulgent. Et la Guemara repousse : au contraire, ils sont plus effrayés par Rabbi Tarfon, puisque trois ketoumim sont plus courants qu'un seul non ketoum -- et alors tu n'aurais jamais entendu [par là] qu'il tient comme Rabbi Tarfon. Il reste néanmoins une difficulté depuis le chapitre Kol Chaa (Pessahim 30a), à propos des marmites à Pessa'h : Chmouel dit qu'on les laisse jusqu'après Pessa'h et qu'on y cuisine tant en leur espèce qu'en une autre ; et nous disons : Chmouel suit ici sa propre ligne, car Chmouel dit à ceux qui vendaient des paniers : vendez au juste prix, sinon j'enseignerai pour vous comme Rabbi Chimon -- c'est-à-dire qui permet le hametz après Pessa'h lorsqu'il n'est plus en nature. Il en ressort explicitement qu'il n'effraie pas avec une position qu'il ne partage pas. On peut répondre : là-bas, pourquoi les effrayerait-il avec ce qu'il ne tient pas ? Tandis qu'ici on peut dire qu'il les effrayait afin qu'ils vendent bon marché, que la mitsva soit accessible et qu'on ne s'en abstienne pas à cause du prix. Et si tu dis : s'il tient comme Rabbi Tarfon, qu'il leur enseigne donc ainsi [pour de bon] ! -- car c'est ainsi que la Guemara objecte dans Kol Chaa (ibid.) et répond : c'était dans le lieu de Rav [où l'on ne pouvait enseigner contre lui] -- on peut répondre qu'ici il a laissé [la pratique stricte] au titre du hidour mitsva, l'embellissement de la mitsva. Et au début de Baba Batra (5a), à propos de Ronia que Ravina avait entouré de ses quatre côtés et qui vint devant Rava, celui-ci lui dit : va l'apaiser par ce dont il se contentera, sinon je te jugerai selon Rav Houna d'après Rabbi Yossi, qui dit que tout est selon ce qu'il a clôturé -- ce qu'il ne lui a finalement pas jugé, parce que Ravina s'est apaisé et lui a remis pour moins.
💡 Explication

La Guemara teste la cohérence de l'anecdote. Si la menace de Chmouel n'était qu'une tactique, il aurait dû brandir l'avis le plus indulgent de tous -- celui de Rabbi Akiva, qui n'exige qu'un seul myrte. Pourquoi Rabbi Tarfon ?

La réponse retourne la notion d'indulgence. Formellement, Rabbi Akiva demande moins de branches. Pratiquement, il demande une branche intacte, denrée rare, alors que Rabbi Tarfon se contente de trois branches tronquées, que l'on trouve partout. Pour un marchand, la position de Rabbi Tarfon est donc la plus ruineuse. Tossefot exploite ce point pour établir que Chmouel tenait réellement comme Rabbi Tarfon, et confronte le passage à un parallèle de Pessahim où Chmouel menace d'une position qu'il ne partage pas.

8
מַתְנִי׳ אֶתְרוֹג הַגָּזוּל וְהַיָּבֵשׁ — פָּסוּל. שֶׁל אֲשֵׁרָה וְשֶׁל עִיר הַנִּדַּחַת — פָּסוּל. שֶׁל עָרְלָה — פָּסוּל. שֶׁל תְּרוּמָה טְמֵאָה — פָּסוּל. שֶׁל תְּרוּמָה טְהוֹרָה לֹא יִטּוֹל, וְאִם נָטַל — כָּשֵׁר. שֶׁל דְּמַאי — בֵּית שַׁמַּאי פּוֹסְלִין, וּבֵית הִלֵּל מַכְשִׁירִין. שֶׁל מַעֲשֵׂר שֵׁנִי בִּירוּשָׁלַיִם — לֹא יִטֹּול, וְאִם נָטַל — כָּשֵׁר.

MICHNA. Un etrog volé ou desséché -- passoul.

Celui d'une achera (arbre voué à l'idolâtrie) ou d'une ville condamnée (ir ha-nidahat) -- passoul. Celui de orla -- passoul.

Celui de terouma impure -- passoul. Celui de terouma pure -- il ne le prendra pas [à priori], mais s'il l'a pris, c'est kacher.

Celui de demai -- Beit Chammai l'invalident et Beit Hillel le déclarent apte. Celui de maasser cheni à Jérusalem -- il ne le prendra pas, mais s'il l'a pris, c'est kacher.

📜 Rachi (5)
מַתְנֵי' שֶׁל עָרְלָה וְשֶׁל תְּרוּמָה טְמֵאָה פָּסוּל בַּגְּמָרָא מְפָרֵשׁ טַעְמָא:
MICHNA. Celui de orla et celui de terouma impure -- passoul : la Guemara en explique la raison.
לֹא יִטֹּול בַּגְּמָרָא מְפָרֵשׁ טַעְמָא:
Il ne le prendra pas -- la Guemara en explique la raison.
בִּירוּשָׁלַיִם שֶׁהִיא כְּשֵׁרָה לַאֲכִילַת מַעֲשֵׂר שֵׁנִי:
À Jérusalem -- car elle est apte à la consommation du maasser cheni.
לֹא יִטֹּול כְּדִמְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
Il ne le prendra pas -- comme la Guemara l'explique.
וְאִם נָטַל כָּשֵׁר שֶׁהֲרֵי יֵשׁ בָּהּ הֶיתֵּר אֲכִילָה אֲבָל חוּץ לִירוּשָׁלַיִם לֹא דְּלָכֶם כְּתִיב הָרָאוּי לָכֶם:
Et s'il l'a pris, c'est kacher -- car il comporte une permission de consommation. Mais hors de Jérusalem, non : car il est écrit lakhem, ce qui est propre à vous.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' אֶתְרוֹג הַגָּזוּל וְהַיָּבֵשׁ פָּסוּל שֶׁל אֲשֵׁירָה וְשֶׁל עִיר הַנִּדַּחַת פָּסוּל שֶׁל עָרְלָה פָּסוּל וְשֶׁל תְּרוּמָה טְמֵאָה פָּסוּל וְשֶׁל טְהוֹרָה לֹא יִטּוֹל וְאִם נָטַל כָּשֵׁר וְשֶׁל דְּמַאי ב"ש פּוֹסְלִין וב"ה מַכְשִׁירִין אִית סְפָרִים דְּגָרְסִי אַמַּתְנִיתִין שֶׁל אֲשֵׁירָה וְשֶׁל עִיר הַנִּדַּחַת פָּסוּל מִשּׁוּם דְּהָוֵה לֵיהּ מִצְוָה הַבָּאָה בַּעֲבֵירָה מִשּׁוּם דִּס"ל דְּלָא שַׁיָּיךְ לְמִיפְסַל מִשּׁוּם דִּמְיכַתַּת שִׁיעוּרֵיהּ מִשּׁוּם דְּלָא אַשְׁכְּחַן שִׁיעוּר מְפֹורָשׁ בְּאֶתְרוֹג וְהָא דְּאָמְרִי' כֶּאֱגוֹז כַּבֵּיצָה לָאו מִשּׁוּם שִׁיעוּר הוּא אֶלָּא כְּדִמְפָרֵשׁ טַעְמָא לְעֵיל (סֻוכָּה דַּף לא:) מִשּׁוּם דְּלָא גְּמַר פֵּירָא הוּא וְלָא נְהִירָא לר"י דְּא"כ אַמַּאי אִיצְטְרִיךְ לְפָרֵשׁ טַעְמָא דַּאֲשֵׁירָה וְעִיר הַנִּדַּחַת גַּבֵּי לוּלָב מִשּׁוּם דִּמְיכַתַּת שִׁיעוּרֵיהּ תִּיפּוֹק לֵיהּ מִשּׁוּם מִצְוָה הַבָּאָה בַּעֲבֵירָה וְעוֹד אַמַּאי שָׁרְיָא בַּאֲשֵׁרָה דְּנָכְרִי דִּיעֲבַד דְּהָא מִשּׁוּם מִצְוָה הַבָּאָה בַּעֲבֵירָה פָּסְלִינַן בְּדִיעֲבַד אֶלָּא וַדַּאי לָא מִיקְּרֵי מִצְוָה הַבָּאָה בַּעֲבֵירָה אֶלָּא דֻּומְיָא בִּדְגָזֵל דְּמֵחֲמַת עֲבֵירָה הוּא דְּגָזַל בְּאוֹתָהּ הַמִּצְוָה שֶׁיּוֹצֵא בָּהּ אֲבָל הָנֵי לָא נָפֵיק בְּהוּ מֵחֲמַת הָעֲבֵירָה שֶׁנַּעֲשֵׂית וּבְאֶתְרוֹג שַׁיָּיךְ שַׁפִּיר שִׁיעוּרָא מִשּׁוּם דְּבָעֵינַן דְּמִינְּכַר לְקִיחָה וּמֵהַאי טַעְמָא פָּסְלִינַן פִּלְפְּלִין וְכֵיוָן דִּמְיכַתַּת שִׁיעוּרֵיהּ הָוֵי כְּאִילּוּ נִשְׁחָק כֻּולּוֹ וְהָוֵי כְּאִילּוּ לֹא מְנַכֵּר לְקִיחָה:
MICHNA. Un etrog volé ou desséché -- passoul ; celui d'une achera ou d'une ville condamnée -- passoul ; celui de orla -- passoul ; celui de terouma impure -- passoul ; celui de [terouma] pure -- il ne le prendra pas, mais s'il l'a pris c'est kacher ; celui de demai -- Beit Chammai invalident et Beit Hillel déclarent apte. Il est des livres qui lisent sur notre michna : celui d'une achera et celui d'une ville condamnée sont passoul parce que c'est une mitsva ha-baa ba-avéra, une mitsva accomplie par une transgression -- car ils tiennent qu'on ne saurait l'invalider au titre de mikhtat chiouro (sa mesure est comme réduite en poussière), puisqu'on ne trouve pas de mesure explicite pour l'etrog ; et ce que nous disons comme une noix ou comme un œuf ne tient pas à une mesure mais, comme la raison en est expliquée plus haut (Souka 31b), à ce qu'il n'est pas un fruit arrivé à maturité. Mais cela n'a pas paru correct au Ri : s'il en était ainsi, pourquoi aurait-il fallu expliquer la raison de l'achera et de la ville condamnée, à propos du loulav, par le mikhtat chiouro ? Qu'on la tire donc de la mitsva ha-baa ba-avéra ! De plus, pourquoi permet-on a posteriori l'achera d'un non-Juif, alors qu'au titre de mitsva ha-baa ba-avéra nous invalidons même à posteriori ? Il faut donc dire qu'on n'appelle mitsva ha-baa ba-avéra que dans un cas semblable au vol, où c'est par la transgression même -- le vol -- qu'il s'acquitte de cette mitsva-là ; tandis que dans ces cas-ci il ne s'acquitte pas par la transgression commise. Et pour l'etrog une mesure s'applique bel et bien, parce que nous exigeons que la prise soit reconnaissable -- et c'est pour cette raison que nous invalidons les grains de poivre ; dès lors que sa mesure est comme pilée, c'est comme s'il était entièrement broyé, et comme si la prise n'était pas reconnaissable.
💡 Explication

Nouvelle michna, qui passe du compte des branches au fruit. La première liste ne parle jamais de l'apparence de l'etrog : elle porte sur son statut juridique. Le principe sous-jacent est le mot lakhem du verset -- il doit être à vous -- et la lekiha tama du segment 3.

Trois niveaux se dégagent. Passoul absolu : le vol (la mitsva viendrait par la transgression), l'achera et la ville condamnée (voués au feu, leur mesure est comme anéantie), l'orla et la terouma impure (interdits à la consommation). Interdit à priori mais valable après coup : la terouma pure et le maasser cheni, consommables sous conditions. Et un cas litigieux : le demai, produit dont on doute qu'il ait été dîme -- Beit Chammai invalident, Beit Hillel déclarent apte.

Le Roch discute longuement une variante textuelle : faut-il invalider l'achera au titre de mitsva ha-baa ba-avéra ou de mikhtat chiouro ? Le Ri tranche pour le second, en réservant la première notion au seul cas du vol.

🖼️ Schéma
D'où vient cet etrog ? Arbre de décision de la michna Trois sorties : passoul même à posteriori, interdit à priori mais valable après coup, et pleinement kacher. Un etrog en main PASSOUL Volé (gazoul) -- la mitsva viendrait par la transgression. Achera, ville condamnée -- voués au feu, mesure anéantie. Orla, terouma impure -- interdits à la consommation. À PRIORI NON, APRÈS COUP OUI Terouma pure -- on évite de l'abîmer, mais elle est mangeable. Maasser cheni À JÉRUSALEM -- la ville où il peut être consommé. Hors de Jérusalem : passoul, car lakhem veut dire à vous. CONTESTÉ : LE DEMAI Produit d'un am ha-arets dont on doute qu'il ait prélevé la dîme. Beit Chammai : passoul. Beit Hillel : kacher. Le demai est mangeable en pratique, d'où l'indulgence de Beit Hillel. Le débat du Roch : pourquoi l'achera est-elle passoul ? Certaines versions disent : au titre de mitsva ha-baa ba-avéra -- la mitsva accomplie par une transgression. Le Ri refuse : sinon, pourquoi avoir invoqué mikhtat chiouro pour le loulav ? Et pourquoi permettre à posteriori l'achera d'un non-Juif ? Sa thèse : mitsva ha-baa ba-avéra ne vise que le vol, où c'est la transgression elle-même qui procure la mitsva. Et une mesure minimale existe bien pour l'etrog, car la prise doit rester reconnaissable -- d'où l'invalidation des grains de poivre.
Les trois sorties de la michna selon la provenance du fruit, et le débat du Roch sur l'achera.
9
עָלְתָה חֲזָזִית עַל רֻובּוֹ, נִטְּלָה פִּטְמָתוֹ, נִקְלַף, נִסְדַּק, נִיקַּב וְחָסַר כָּל שֶׁהוּא — פָּסוּל. עָלְתָה חֲזָזִית עַל מִיעוּטוֹ, נָטַל עֻוקְצוֹ, נִיקַּב וְלֹא חָסַר כָּל שֶׁהוּא — כָּשֵׁר. אֶתְרוֹג הַכּוּשִׁי — פָּסוּל, וְהַיָּרוֹק כְּכַרְתִּי — רַבִּי מֵאִיר מַכְשִׁיר וְרַבִּי יְהוּדָה פּוֹסֵל. שִׁיעוּר אֶתְרוֹג הַקָּטָן, רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: כֶּאֱגוֹז, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר כְּבֵיצָה. וּבְגָדוֹל — כְּדֵי שֶׁיֹּאחַז שְׁנַיִם בְּיָדוֹ. דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה, וְרַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אֲפִילּוּ אֶחָד בִּשְׁתֵּי יָדָיו.

S'il est monté une hazazit (excroissance verruqueuse) sur la majeure partie [de l'etrog], si son pitom (protubérance apicale) a été enlevé, s'il a été pelé, fendu, percé, ou s'il lui manque quoi que ce soit -- passoul. S'il est monté une hazazit sur sa moindre partie, si son okets (pédoncule) a été enlevé, s'il a été percé sans qu'il lui manque quoi que ce soit -- kacher.

Un etrog kouchi (noir) -- passoul ; et celui qui est vert comme le poireau : Rabbi Meir le déclare apte et Rabbi Yehouda le déclare passoul. La mesure du petit etrog : Rabbi Meir dit comme une noix, Rabbi Yehouda dit comme un œuf.

Et pour le grand : de sorte qu'il puisse en tenir deux dans une seule main -- paroles de Rabbi Yehouda ; Rabbi Yossi dit : même un seul dans ses deux mains.

📜 Rachi (7)
חֲזָזִית כְּמִין אֲבַעְבּוּעוֹת דַּקּוֹת:
Hazazit -- comme de fines pustules.
נָטְלָה פִּטְמָתוֹ רֹאשׁ אֶתְרוֹג מִפִּי רַבִּי' יַעֲקֹב וְדֻוגְמָתוֹ הפטמ' שֶׁל רִמּוֹן (עֻוקְצִין פ"ב מ"ג):
Son pitom a été enlevé -- la tête de l'etrog, de la bouche de notre maître Yaakov ; son équivalent est le pitom de la grenade (Ouktsin 2,3).
הָכִי גָּרְסִי' נִקְלַף נִסְדַּק נִיקַּב וְחָסַר כָּל שֶׁהוּא פָּסוּל נִיקַּב וְחָסַר כָּל שֶׁהוּא חֲדָא מִילְּתָא דְּאִילּוּ נִיקַּב וְלֹא חָסַר שֶׁתָּחַב בּוֹ מַחַט וְהוֹצִיאָהּ כָּשֵׁר כִּדְקָתָנֵי סֵיפָא:
Voici la version : pelé, fendu, percé et auquel il manque quoi que ce soit -- passoul. Percé et auquel il manque quoi que ce soit forment une seule et même chose ; car s'il a été percé sans qu'il manque rien -- qu'on y ait enfoncé une aiguille puis retirée -- c'est kacher, comme l'enseigne la fin [de la michna].
נִיטַּל עֻוקְצוֹ זְנָבוֹ כְּמוֹ בְּעֻוקְצֵי תְּאֵנִים (סַנְהֶדְרִין דַּף מ.):
Son okets a été enlevé -- sa queue, comme dans les pédoncules des figues (Sanhédrin 40a).
הַכּוּשִׁי שֶׁבָּא מֵאֶרֶץ כּוּשׁ וְשָׁחוֹר הוּא:
Le kouchi -- qui vient du pays de Kouch et qui est noir.
כָּרְתִי כְּרֵישִׁים פור"י:
Karti -- des poireaux ; en langue vernaculaire, pori.
וּבַגָּדוֹל שֶׁלֹּא יְהֵא גָּדוֹל יוֹתֵר מִדַּאי:
Et pour le grand -- qu'il ne soit pas trop grand.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' עָלְתָה חֲזָזִית עַל רֻובּוֹ נִיטְּלָה פִּיטְמָתוֹ נִקְלַף נִסְדַּק נִיקַּב חָסַר כָּל שֶׁהוּא פָּסוּל עָלְתָה חֲזָזִית עַל מִיעוּטוֹ נִיטַּל עֻוקְצוֹ נִיקַּב וְלֹא חָסַר כָּל שֶׁהוּא כָּשֵׁר אֶתְרוֹג הַכּוּשִׁי פָּסוּל הַיָּרוֹק כְּכַרָּתֵי רַבִּי מֵאִיר מַכְשִׁיר וְרַבִּי יְהוּדָה פּוֹסֵל. עָלְתָה חֲזָזִית פרש"י כְּמִין אֲבַעְבּוּעוֹת וְהוּא שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן מַמָּשׁ שֶׁמְּקוֹמוֹ נִיכָּר בְּמִשְׁמוּשׁ שֶׁהוּא גָּבוֹהַּ מִשְּׁאָר הָאֶתְרוֹג וּבִירֻושַּׁל' הֵל' ו מַסִּיק עָלֶיהָ רַבִּי יִצְחָק בַּר נַחְמָן בְּשֵׁם שְׁמוּאֵל כָּל הַפְּסוּלִים אֵינָם פּוֹסְלִין אֶלָּא בְּיוֹם טוֹב רִאשׁוֹן בִּלְבַד תַּמָּן אָמְרִי' רֻובּוֹ מִצַּד א' חָוטְמוֹ כְּרֻובּוֹ. הָא דְּאָמְרִי' רֻובּוֹ מִצַּד אֶחָד י"ל כְּגָמ' דִּידַן דְּהַייְנוּ בְּמָקוֹם אֶחָד אֲבָל בִּשְׁנַיִם וּשְׁלֹשָׁה מְקוֹמוֹת אַפֵּי' מִיעוּטוֹ פָּסוּל וְלֹא כְּדִבְרֵי הַמְפָרְשִׁים דִּבְרֻובּוֹ שֶׁל צַד אֶחָד מִיפְּסִיל כֵּיוָן דְּמַתְנִי' בִּסְתָמָא קָתָנֵי רֻובּוֹ שֶׁל אֶתְרוֹג קָאָמַר. וְנִרְאֶה שֶׁהַיְּרוּשַׁלְמִי סוֹבֵר שֶׁהַחֲזָזִית חָשׁוּב כְּחָסֵר וּלְכָךְ לָא מִיפְּסִיל אֶלָּא ביו"ט רִאשׁוֹן וְלֹא מִיסְתַּבֵּר כְּלָל דְּאִי טַעְמָא מִשּׁוּם חָסֵר מַאי נ"מ בֵּין רֻובּוֹ לְמִיעוּטוֹ בְּחָוטְמוֹ אֶלָּא וַדַּאי מִשּׁוּם הָדַר הוּא וּמִיפְּסִיל בְּכָל הַיָּמִים אוֹ שֶׁמָּא הַיְרוּשַׁלְמִי פְּלִיג אַגְּמָרָא דִּידַן וְסָבַר דַּאֲפִילּוּ בְּהָדָר לָא מִיפְּסִיל אֶלָּא ביו"ט רִאשׁוֹן:
MICHNA. S'il est monté une hazazit sur sa majeure partie, si son pitom a été enlevé, s'il a été pelé, fendu, percé, s'il lui manque quoi que ce soit -- passoul. S'il est monté une hazazit sur sa moindre partie, si son okets a été enlevé, s'il a été percé sans qu'il lui manque quoi que ce soit -- kacher. Un etrog kouchi -- passoul ; celui qui est vert comme le poireau : Rabbi Meir le déclare apte, Rabbi Yehouda le déclare passoul. Il est monté une hazazit : Rachi a expliqué, comme des pustules -- et il s'agit de celles qui ont de la consistance, dont l'emplacement se sent au toucher parce qu'il est plus élevé que le reste de l'etrog. Et dans le Yerouchalmi (halakha 6) Rabbi Yits hak bar Nahman conclut au nom de Chmouel : toutes ces invalidations n'invalident que le premier jour de fête. Là-bas ils disent : sa majeure partie d'un seul côté ; son nez [l'extrémité supérieure] compte comme sa majeure partie. Ce qu'ils disent sa majeure partie d'un seul côté, on peut l'expliquer conformément à notre Guemara : c'est-à-dire en un seul endroit ; mais en deux ou trois endroits, même sa moindre partie est passoul. Et non comme le disent les commentateurs, selon qui la majeure partie d'un seul côté invalide -- puisque notre michna enseigne de façon absolue et parle de la majeure partie de l'etrog. Et il apparaît que le Yerouchalmi tient la hazazit pour un manque, et que c'est pour cela qu'elle n'invalide que le premier jour de fête. Mais cela n'est nullement logique : si la raison était le manque, quelle différence y aurait-il entre sa majeure partie, sa moindre partie et son nez ? Il faut donc dire que c'est au titre du hadar (la beauté), et qu'elle invalide tous les jours. Ou peut-être le Yerouchalmi diverge-t-il de notre Guemara et tient-il que même au titre du hadar cela n'invalide que le premier jour de fête.
💡 Explication

Seconde moitié de la michna : le corps du fruit. La ligne de partage décisive apparaît au milieu de la liste et Rachi la souligne : ce qui invalide n'est pas le trou, c'est le manque (hisaron). Un etrog percé par une aiguille que l'on retire reste kacher ; un etrog percé dont il manque un fragment est passoul.

Seconde distinction, anatomique : le pitom, la protubérance apicale, fait partie du fruit -- l'arracher invalide. L okets, le pédoncule par lequel le fruit tenait à l'arbre, n'en fait pas partie -- l'arracher n'invalide pas. La hazazit, elle, se juge en proportion : majeure partie, passoul ; moindre partie, kacher.

Viennent enfin la couleur -- noir, passoul ; vert poireau, mahloket entre Rabbi Meir et Rabbi Yehouda -- et la taille, minimale puis maximale. Le Roch confronte notre michna au Yerouchalmi, qui limiterait toutes ces invalidations au premier jour de fête, et refuse cette lecture : si la hazazit relevait du manque, la michna n'aurait pas distingué selon la surface atteinte. C'est donc bien le hadar qui est en jeu.

🖼️ Schéma
Anatomie de l'etrog et les deux familles d'invalidation Michna finale du folio : d'abord le statut juridique du fruit, ensuite son corps. Le corps du fruit pitom (protubérance apicale) okets (pédoncule, la queue) hazazit : pustules en relief, sensibles au toucher (Roch). Pitom arraché : passoul. Okets arraché : kacher. Le pitom fait partie du fruit, la queue non. Famille 1 -- le statut du fruit (lakhem, il doit être à vous) Volé : passoul -- mitsva ha-baa ba-avéra, la mitsva vient par la transgression même. Achera et ville condamnée : passoul -- destinés à être brûlés, mikhtat chiouro. Orla et terouma impure : passoul -- interdits à la consommation, donc pas à vous. Terouma pure et maasser cheni à Jérusalem : à priori non, à posteriori kacher. Demai : Beit Chammai invalident, Beit Hillel déclarent apte. Famille 2 -- le corps du fruit (hadar, il doit être beau et entier) Passoul : hazazit sur la majeure partie, pitom enlevé, peau enlevée, fendu, percé AVEC manque. Kacher : hazazit sur la moindre partie, okets enlevé, percé SANS manque (une aiguille entrée et sortie). Couleur : noir comme un Kouchi -- passoul. Vert poireau -- R. Meir apte, R. Yehouda passoul. Taille minimale : R. Meir une noix, R. Yehouda un œuf. Sec (yavech) : passoul dans tous les cas. Charnière du paragraphe : ce qui sépare kacher de passoul, c'est le manque, pas le trou. La taille maximale : deux avis, deux façons de mesurer avec la main R. Yehouda : deux tiennent dans une main R. Yossi : un seul dans les deux mains suffit Enjeu : jusqu'où un etrog peut-il grossir sans cesser d'être pris en main de façon reconnaissable (lekiha) ? R. Yossi est le plus large.
Le corps de l'etrog : pitom contre okets, trou contre manque, et les deux mesures extrêmes.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).