Sougya : Le folio achève d'abord la série des noms échangés commencée en 34a : puisque Bavel s'appelle désormais Boursif et Boursif Bavel, la différence pratique tombe sur les actes de divorce, où seule la ville réputée savante dispense le porteur de la déclaration be-fanai nikhtav. S'ouvre ensuite une michna sur le compte des quatre espèces, où trois tanaim lisent le même verset différemment : Rabbi Yichmael demande trois hadassim et deux aravot, Rabbi Tarfon accepte que les trois myrtes soient tronqués puisqu'il n'exige pas le hadar pour cette espèce, et Rabbi Akiva ramène tout à un exemplaire par espèce.
La baraita montre d'où sortent ces nombres -- kappot écrit sans vav, les trois mots de anaf ets avot, le pluriel arvei -- et Rabbi Eliezer tire de l'absence de vav devant kappot que l'etrog reste hors du faisceau, tout en fondant sur ou-lekahtem l'exigence d'une lekiha tama, une prise complète où les espèces se conditionnent mutuellement. Une objection de type mah nafchakh oblige Rabbi Yichmael à se rétracter, Chmouel tranche comme Rabbi Tarfon, et l'on découvre qu'il s'en servait pour faire baisser le prix des myrtes au marché -- l'indulgence la plus effrayante pour un vendeur n'étant pas la plus indulgente sur le papier.
Le folio se termine sur une nouvelle michna consacrée à l'etrog : d'abord les invalidations tenant à son statut juridique -- vol, achera, ville condamnée, orla, terouma, demai, maasser cheni -- puis celles tenant à son corps, où tout se joue sur la distinction entre le trou et le manque, entre le pitom qui appartient au fruit et l'okets qui n'en fait pas partie, avant la couleur et les deux mesures extrêmes.
[Quelle est la] différence pratique ? Pour les actes de divorce des femmes (guittin).
Le folio s'ouvre sur la fin d'une phrase commencée en 34a. Rava bar Yossef venait d'ajouter une dernière paire à la série des noms qui se sont interverties depuis la destruction : Bavel s'appelle désormais Boursif et Boursif s'appelle Bavel. La Guemara demande la nafka mina, la conséquence pratique, et répond : les guittin, les actes de divorce.
Pourquoi les guittin ? Parce que la loi impose au porteur d'un guet venu de l'étranger de déclarer be-fanai nikhtav ou-ve-fanai nehtam -- devant moi il a été écrit et signé. Bavel en était dispensée, étant assimilée à la Terre d'Israël : on y savait écrire un guet lichma, expressément pour cette femme-là. Boursif, la ville voisine, n'avait pas cette réputation. Si les deux noms s'échangent et que personne ne le sait, un tribunal appliquera la dispense à la mauvaise ville.
MICHNA. Rabbi Yichmael dit : trois hadassim (branches de myrte) et deux aravot (rameaux de saule), un loulav et un etrog.
Même si deux [des myrtes] sont ketoumim (à la cime tronquée) et qu'un seul ne l'est pas [c'est valide]. Rabbi Tarfon dit : même si les trois sont ketoumim.
Rabbi Akiva dit : de même qu'il y a un seul loulav et un seul etrog, de même un seul hadas et une seule arava.
Nouvelle michna, nouveau sujet : le compte des quatre espèces. Tout le monde s'accorde sur un loulav et un etrog ; le désaccord porte sur le myrte et le saule. Rabbi Yichmael en demande trois et deux, Rabbi Akiva un et un.
Le second axe du débat est le ketoum, la branche dont la cime a été tronquée. Rabbi Yichmael tolère deux myrtes tronqués à condition qu'un reste intact ; Rabbi Tarfon les accepte tous les trois tronqués, parce qu'il n'exige pas le hadar -- la beauté -- pour le myrte. Rachi annonce déjà l'objection que la Guemara adressera à Rabbi Yichmael : sa position semble couper en deux une exigence qui ne se coupe pas.
GUEMARA. Il a été enseigné [dans une baraita] : Rabbi Yichmael dit : <<le fruit de l'arbre hadar>> -- un ; <<kappot temarim>> (rameaux de palmier) -- un ; <<anaf ets avot>> (branche d'arbre touffu) -- trois ; <<arvei nahal>> (saules du torrent) -- deux.
Et même si deux sont ketoumim et qu'un n'est pas ketoum. Rabbi Tarfon dit : trois, et même les trois ketoumim.
Rabbi Akiva dit : de même qu'il y a un loulav et un etrog, de même un hadas et une arava.
La baraita montre d'où sortent les nombres de la michna : chacun est lu dans le verset de Lévitique 23,40. Le mot kappot est écrit sans vav dans le texte consonantique, ce qui autorise à le lire au singulier : un seul loulav. L'expression anaf ets avot compte trois mots, donc trois myrtes. Et arvei est un pluriel, dont le minimum est deux.
Tossefot soulève la difficulté de méthode : ces mêmes mots ont déjà servi ailleurs à définir la nature des espèces -- un myrte dont les feuilles recouvrent le bois, tressé comme une natte. Un mot ne peut pas servir deux fois. La réponse consiste à montrer que chaque terme a bien son emploi propre.
Rabbi Eliezer lui dit : peut-être l'etrog doit-il être avec eux dans un seul faisceau ? Tu dirais [en réponse] : est-il donc dit <<le fruit de l'arbre hadar ET des rameaux de palmier>> ?
Or il n'est dit que <<kappot>> [sans vav de liaison] ! Et d'où [sait-on] qu'ils se conditionnent mutuellement ?
La Torah enseigne : <<ou-lekahtem>> (et vous prendrez) -- que la prise soit tama (complète).
Rabbi Eliezer construit son argument sur une lettre : le vav de liaison. Le verset dit péri ets hadar, puis kappot temarim sans vav, puis va-anaf ets avot et ve-arvei nahal avec vav. L'absence de vav devant kappot coupe la phrase en deux : l'etrog d'un côté, les trois branches de l'autre. C'est de là que vient l'usage de lier ensemble loulav, hadas et arava, et de tenir l'etrog à part.
La seconde moitié du segment change de registre. Le mot ou-lekahtem est relu comme ou-lekahta tam, et tu prendras de façon entière : la prise doit être une lekiha tama. Conséquence immédiate, notée par Rachi : s'il manque une seule des quatre espèces, les trois autres ne valent rien. Tossefot étend le principe au fruit lui-même -- un etrog incomplet ruine la prise complète -- puis discute une nuance importante de Menahot 27a.
Et Rabbi Yichmael -- quoi qu'il en soit ! S'il exige [des myrtes] entiers, qu'il les exige tous [entiers] ; et s'il n'exige pas d'entiers, même un seul ne devrait pas [être requis intact] !
Bira a a dit au nom de Rabbi Ami : Rabbi Yichmael s'est rétracté.
L'objection est une mah nafchakh : quoi qu'il en soit, la position ne tient pas. Ou bien l'exigence de hadar pèse sur le myrte, et alors les trois doivent être intacts ; ou bien elle n'y pèse pas, et alors aucun n'a besoin de l'être. Un partage deux tronqués contre un intact ne se lit dans aucun verset.
La réponse de Bira a au nom de Rabbi Ami est économique : Rabbi Yichmael s'est rétracté. Sa position finale, selon Rachi, est celle-ci -- un seul myrte suffit, mais il doit être entier. Le hadar est donc bien requis ; c'est le nombre trois qui tombe.
Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : la halakha est comme Rabbi Tarfon. Et Chmouel suit ici sa propre ligne, car Chmouel dit à ceux qui vendaient du myrte : vendez au juste prix ; sinon, j'enseignerai publiquement pour vous comme Rabbi Tarfon.
Chmouel tranche : la halakha suit Rabbi Tarfon, donc le myrte tronqué est kacher. Puis la Guemara montre que cette décision n'est pas restée théorique. Chmouel s'en est servi comme d'un levier économique contre les marchands de myrte : achvou ou-zvinou, vendez au juste prix -- sinon j'enseigne publiquement que les branches tronquées conviennent, et votre marchandise rare perd sa valeur.
Le Roch profite de ce passage pour ouvrir un long dossier halakhique : pourquoi le myrte tolère-t-il la troncature plus qu'une autre espèce, peut-on ajouter des branches sans transgresser le bal tossif, que faire du myrte non touffu, et surtout -- que fait-on en cheat ha-dehak, en temps de contrainte, quand on ne dispose que d'espèces invalides ? Sa thèse : on les prend en main sans bénédiction, pour que la loi ne s'oublie pas.
Quelle en est la raison ? Si tu dis : parce qu'il est indulgent -- qu'il leur enseigne donc comme Rabbi Akiva, qui est plus indulgent encore !
[Réponse :] trois [myrtes] ketoumim sont chose courante ; un seul qui ne soit pas ketoum n'est pas chose courante.
La Guemara teste la cohérence de l'anecdote. Si la menace de Chmouel n'était qu'une tactique, il aurait dû brandir l'avis le plus indulgent de tous -- celui de Rabbi Akiva, qui n'exige qu'un seul myrte. Pourquoi Rabbi Tarfon ?
La réponse retourne la notion d'indulgence. Formellement, Rabbi Akiva demande moins de branches. Pratiquement, il demande une branche intacte, denrée rare, alors que Rabbi Tarfon se contente de trois branches tronquées, que l'on trouve partout. Pour un marchand, la position de Rabbi Tarfon est donc la plus ruineuse. Tossefot exploite ce point pour établir que Chmouel tenait réellement comme Rabbi Tarfon, et confronte le passage à un parallèle de Pessahim où Chmouel menace d'une position qu'il ne partage pas.
MICHNA. Un etrog volé ou desséché -- passoul.
Celui d'une achera (arbre voué à l'idolâtrie) ou d'une ville condamnée (ir ha-nidahat) -- passoul. Celui de orla -- passoul.
Celui de terouma impure -- passoul. Celui de terouma pure -- il ne le prendra pas [à priori], mais s'il l'a pris, c'est kacher.
Celui de demai -- Beit Chammai l'invalident et Beit Hillel le déclarent apte. Celui de maasser cheni à Jérusalem -- il ne le prendra pas, mais s'il l'a pris, c'est kacher.
Nouvelle michna, qui passe du compte des branches au fruit. La première liste ne parle jamais de l'apparence de l'etrog : elle porte sur son statut juridique. Le principe sous-jacent est le mot lakhem du verset -- il doit être à vous -- et la lekiha tama du segment 3.
Trois niveaux se dégagent. Passoul absolu : le vol (la mitsva viendrait par la transgression), l'achera et la ville condamnée (voués au feu, leur mesure est comme anéantie), l'orla et la terouma impure (interdits à la consommation). Interdit à priori mais valable après coup : la terouma pure et le maasser cheni, consommables sous conditions. Et un cas litigieux : le demai, produit dont on doute qu'il ait été dîme -- Beit Chammai invalident, Beit Hillel déclarent apte.
Le Roch discute longuement une variante textuelle : faut-il invalider l'achera au titre de mitsva ha-baa ba-avéra ou de mikhtat chiouro ? Le Ri tranche pour le second, en réservant la première notion au seul cas du vol.
S'il est monté une hazazit (excroissance verruqueuse) sur la majeure partie [de l'etrog], si son pitom (protubérance apicale) a été enlevé, s'il a été pelé, fendu, percé, ou s'il lui manque quoi que ce soit -- passoul. S'il est monté une hazazit sur sa moindre partie, si son okets (pédoncule) a été enlevé, s'il a été percé sans qu'il lui manque quoi que ce soit -- kacher.
Un etrog kouchi (noir) -- passoul ; et celui qui est vert comme le poireau : Rabbi Meir le déclare apte et Rabbi Yehouda le déclare passoul. La mesure du petit etrog : Rabbi Meir dit comme une noix, Rabbi Yehouda dit comme un œuf.
Et pour le grand : de sorte qu'il puisse en tenir deux dans une seule main -- paroles de Rabbi Yehouda ; Rabbi Yossi dit : même un seul dans ses deux mains.
Seconde moitié de la michna : le corps du fruit. La ligne de partage décisive apparaît au milieu de la liste et Rachi la souligne : ce qui invalide n'est pas le trou, c'est le manque (hisaron). Un etrog percé par une aiguille que l'on retire reste kacher ; un etrog percé dont il manque un fragment est passoul.
Seconde distinction, anatomique : le pitom, la protubérance apicale, fait partie du fruit -- l'arracher invalide. L okets, le pédoncule par lequel le fruit tenait à l'arbre, n'en fait pas partie -- l'arracher n'invalide pas. La hazazit, elle, se juge en proportion : majeure partie, passoul ; moindre partie, kacher.
Viennent enfin la couleur -- noir, passoul ; vert poireau, mahloket entre Rabbi Meir et Rabbi Yehouda -- et la taille, minimale puis maximale. Le Roch confronte notre michna au Yerouchalmi, qui limiterait toutes ces invalidations au premier jour de fête, et refuse cette lecture : si la hazazit relevait du manque, la michna n'aurait pas distingué selon la surface atteinte. C'est donc bien le hadar qui est en jeu.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).